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Le juge Falcone, une tragédie moderne

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Giovanni Falcone, né à Palerme le 18 mai 1939 et mort le 23 mai 1992, est un juge italien qui s’était spécialisé dans la lutte anti-mafia. Il fut notamment, grâce à un travail inlassable d’enquête et de recueil de preuves, mené avec son ami le juge Paolo Borsellino, à l’origine du « maxi procès » contre la mafia qui jugea 474 accusés de février 86 à décembre 87


Giovanni Falcone a payé de sa vie son courage. Un livre vient de paraître en France qui raconte son combat, sous la plume de Roberto Saviano, journaliste et écrivain, qui vit sous protection policière depuis la parution d’un ouvrage « explosif » contre la Camorra napolitaine : Gomorra. 600 pages qui filent comme la course d’un homme, que la mort va rejoindre, et qui le sait, et qui pourtant continue sa route, sans se retourner, au nom de la vérité. Des pages que l’on tourne avec respect, avec angoisse, avec amitié, avec tendresse, pour ce juge que l’on pourrait qualifier de héros, mais qui est bien plus que cela : un homme tout simplement. Un homme qui aime, un homme qui a peur, un homme qui doute, qui se décourage, mais qui toujours reprend sa quête. Malgré la menace qui rôde, impossible à oublier, malgré l’inexorable qui donne à chaque instant de bonheur volé, d’amitié partagée, d’amour reçu, d’amour donné, la densité incandescente d’une vie qu’il aime passionnément et qu’il sait lui échapper.

Roberto Saviano © Mauro Scrobogna/LaPresse/Shutter/SIPA

Force d’âme

Le livre de Roberto Saviano nous prend par la main, et par le cœur, pour nous partager les combats de Giovanni Falcone contre Cosa Nostra, la mafia sicilienne. Contre la mafia mais aussi contre les complicités, les abandons, les lâchetés qui, même au sein des institutions politiques et judiciaires, s’efforcent par bêtise ou par intérêt, d’entraver son travail, au point d’en faire parfois un Sisyphe, que seule la force d’âme, et la conviction d’agir pour le bien commun, lui font remonter inlassablement le chemin.

À lire aussi, Philippe Bilger : Giovanni Falcone: vivre, mourir comme lui?

Du premier chapitre « Feu », au dernier « Le courage est solitaire », ce sont 75 brèves séquences extraordinairement vivantes auxquelles nous participons en témoins proches, grâce à une écriture à la fois factuelle et qui, dans le même temps, commente avec une bouleversante humanité l’action dans laquelle nous sommes immergés. Nous voyons les évènements avec précision, et sans temps mort, comme dans un film passionnant et, dans le même temps, Saviano explique ce que nous avons besoin de comprendre, mais aussi parle à notre cœur en restituant avec une touchante sincérité la puissante dimension émotionnelle de cette tragédie moderne.

Un beau récit

Un livre de grand journaliste, où tout est vrai, précis (cf. les nombreuses annexes en fin de livre qui documentent tout). Un livre de grand écrivain qui, entre les faits, sait imaginer et raconter avec son cœur, les petites choses de la vie qui en font toute la douceur et la déchirante beauté.

Je voudrais citer ici les dernières lignes de ce chef-d’œuvre. Paolo Borsellino, grand ami de Giovanni Falcone, autre juge courageux, et qui sera assassiné lui aussi quelques semaines plus tard, vient de recueillir le dernier souffle de Giovanni : « Pas une seule fois, mais à répétition, sans trève, il a suivi son éternelle et formidable obsession. La pensée d’un monde sans plus de mafia brûlait dans sa poitrine, et quand une pensée habite les corps, peuple les esprits, un jour ou l’autre elle finit par peupler également la terre. Tout cela Paolo Borsellino le sait. Et c’est pour ça que maintenant il donne des coups de de poing dans le mur de son salon en criant « Giovanni ! Giovanni ! » le visage sillonné de larmes qui roulent sur ses joues rasées et tombent sur ses chaussures noires. Lui non plus n’a jamais cessé d’y croire. Seulement, maintenant il se sent seul. Et il est inévitable qu’il en soit ainsi, car le courage est solitaire. »

Giovanni Falcone, éd. Gallimard, 608 pages

Giovanni Falcone

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L’État de droit, c’est plus fort que toi !

Qu’est ce qui permet de fermer une chaîne de télé populaire ou d’interdire l’expulsion de terroristes étrangers ? L’État de droit ! Une poignée de hauts magistrats biberonnés au progressisme ont prééminance sur les pouvoirs exécutif et législatif issus des urnes. Un dispositif conçu pour dissuader les gouvernants d’abuser de leur pouvoir leur interdit désormais de l’exercer.


L’État de droit a encore frappé. Sa dernière fantaisie, décrétée par ses plus hautes instances, a été de fermer une chaîne de télévision. Sans doute celle-ci n’était-elle pas le royaume de la distinction, mais on ignorait que les régulateurs fussent si intraitables sur les bonnes manières. De plus, C8 ayant déjà été lourdement sanctionnée pour ses manquements, il faut croire que dans ce domaine, la « double peine », si contraire aux droits de l’homme quand il s’agit de délinquants étrangers, est parfaitement légitime. S’ils avaient pu embastiller Hanouna pour protéger la jeunesse et les bonnes mœurs, les conseillers d’État, qui ont validé la condamnation à mort prononcée par l’Arcom, l’auraient certainement fait.

La sauvegarde du pluralisme…

Cyril Hanouna n’est pas Voltaire qu’on assassine. Mais son émission séduisait la jeunesse des banlieues autant que celle des campagnes, des mélenchonistes comme des lepénistes. Peut-être parce que tous les points de vue et tous les sujets y avaient droit de cité et que, entre commentaires oiseux sur les dernières frasques des people et grosses blagues qui tachent, on pouvait y voir de vrais débats sur le mode castagne. C’est le seul plateau où j’ai pu croiser le fer avec un islamiste qui menaçait une prof, un ex-dealer et futur député extrême gauchiste, un chroniqueur cochant toutes les cases de la rien-pensance. Et ce n’était pas du chiqué.

Qui l’eût cru, les magistrats de la section du contentieux du Conseil d’État ont de l’humour. S’ils ont entériné la fermeture de C8, c’est… pour sauvegarder le pluralisme. Dans sa décision du 19 février, le Conseil affirme que l’Arcom choisit « les projets qui contribuent le mieux à la sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socioculturels, lequel participe de l’objectif de valeur constitutionnelle de pluralisme des courants de pensée et d’opinion […] ». Pour Jean-Éric Schoettl qui pratique cette langue obscure, c’est une jurisprudence anti-Bolloré qui s’inscrit dans le droit fil de la jurisprudence Hersant concoctée il y a quarante ans. À la manœuvre alors, le Conseil constitutionnel présidé par Robert Badinter ne s’était pas contenté de censurer la loi « communication » de François Léotard, il avait dicté au législateur une série de dispositions supposées protéger le pluralisme et limiter les concentrations1. Nul n’ignorait à l’époque que l’objectif était de contenir les appétits de Robert Hersant, surnommé le « Papivore » par la gauche pour sa boulimie de journaux – les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître ce temps où la presse écrite était un pouvoir.

Liberté d’oppression

L’actualité est coquine. Deux jours avant que le Conseil rende sa sentence, J. D. Vance fustigeait un recul de la liberté d’expression en Europe et exhortait les dirigeants à ne pas avoir peur de leurs peuples. On pourrait demander au vice-président américain de garder ses leçons de maintien (et de défendre la liberté de porter la burqa chez lui si ça lui chante). N’empêche, à en juger par le déferlement de protestations, il a visé juste.

Imaginons, par pure hypothèse, comme dit Gilles-William, que cela arrive au pays de Poutine ou Orban, qu’une chaîne de télévision appartenant à un homme d’affaires en délicatesse avec le pouvoir et en rupture avec la doxa médiatique soit fermée sur décision d’une haute juridiction (dans les régimes autoritaires, il y a toujours un tribunal pour faire le sale boulot). Les éditocrates progressistes hurleraient à la démocratie confisquée. Ici, ils jurent que la lutte continue – CNews émet toujours. Ça se passe en France en 2025, des élus et des journalistes applaudissent bruyamment la fermeture d’une chaîne de télévision. Ils ont le droit : c’est l’État de droit. Et l’État de droit, c’est sacré. Les ploucs qui regardaient C8 n’ont qu’à écouter France Inter.

C’est l’État de droit qui prétend obliger Robert Ménard à célébrer le mariage d’un homme qui n’a rien à faire sur notre territoire. C’est l’État de droit qui espionne un ancien président et le condamne sur la base d’intentions supposées. C’est l’État de droit qui nous interdit de maintenir en détention un terroriste en fin de peine que son pays refuse de reprendre, nous empêche d’expulser un imam vociférant, nous somme de reprendre un Tchétchène radicalisé (ce que d’ailleurs nous n’avons pas fait), et sacrifie la sécurité du grand nombre au respect sourcilleux des droits des criminels. Personne n’a eu la cruauté de comptabiliser ses victimes, ni de recenser les dommages qu’il inflige à la société. Mais dans les bistrots, on a compris : l’État de droit, c’est ce qui emmerde les gens ordinaires et fait plaisir aux belles âmes prodigues en leçons de vivre-ensemble et de sans-frontiérisme.

Au départ, bien sûr, une belle et grande idée, inséparable de la démocratie elle-même. Elle garantit que la loi s’impose à tous, particulièrement au gouvernement. C’est une protection contre l’arbitraire du pouvoir, mais aussi contre celui de la majorité. N’en déplaise aux intégristes de la souveraineté populaire, le peuple ne peut pas tout faire, il ne peut pas supprimer la démocratie elle-même.

Le pouvoir des juges

Le contrôle de constitutionnalité élaboré par le duo Debré/de Gaulle, au demeurant une concession à l’air du temps post-totalitaire, visait à s’assurer que gouvernants et gouvernés respectaient la Constitution, sanctifiée par le vote populaire. Ils n’imaginaient pas que, par une série de coups d’État feutrés, des juges s’arrogeraient non seulement un pouvoir de définition et d’extension illimitée du « bloc constitutionnel » qui s’impose à tous, mais aussi un pouvoir normatif considérable. Le législateur, comme le pouvoir exécutif, doit respecter, en plus de la Constitution, une panoplie extensible de grands principes aussi élastiques qu’imprécis, sans oublier les normes européennes. Ainsi les citoyens ont-ils perdu la main sur des sujets essentiels pour la vie de la nation. Exemple, tout le monde admet, pour s’en réjouir ou la déplorer, l’existence d’un grand remplacement démographique et culturel. L’immigration est donc une question politique majeure. Or, la politique migratoire a été préemptée par des hauts magistrats et orientée dans une direction exactement opposée à celle que souhaite la majorité (lire Jean-Éric Schoettl, pages 24-25 du magazine). À la sortie de cet alambic aux mille tuyaux, des principes supérieurs interdisent aux Français de décider qui ils accueillent, empêchent nos banques de financer notre industrie d’armement ou décident quelle télévision le public peut voir. Dans ces conditions, pourquoi se déplacer pour aller voter ?

Toutes sortes de hauts magistrats (juges stricto sensu, membres du Conseil constitutionnel, du Conseil d’État ou d’autorités « indépendantes » investies d’un pouvoir de police) ont désormais prééminence sur les pouvoirs exécutif et législatif issus des urnes. De sorte qu’un dispositif conçu pour dissuader les gouvernants d’abuser de leur pouvoir leur interdit désormais de l’exercer. Ce renversement a accompagné le triomphe de l’idéologie des droits de l’Homme, implacablement décrypté par Marcel Gauchet, fin observateur de l’impotence des pouvoirs démocratiques : « En 1971, explique-t-il, le Conseil constitutionnel a décidé que la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946, qui énoncent de grands principes, faisaient désormais partie du droit positif, donnant libre cours au juge pour les accommoder à leur sauce. Pour la petite histoire, le président du Conseil, un gaulliste historique, voulait enquiquiner Pompidou. C’est le début de la mutation qui verra l’État de droit devenir l’État des droits de l’Homme. » Face aux droits sacrés de tout individu, serait-il la dernière des ordures, l’État et la collectivité n’en ont aucun et certainement pas celui de se protéger.

Dans ce nouveau rapport de forces, ce n’est pas l’arbitraire des gouvernants qui fait peur, mais celui des juges qui les tiennent en joue, lesquels ont en commun de ne pas être élus et de n’avoir aucun compte à rendre. L’État de droit a un visage et un numéro de téléphone – en réalité, quelques dizaines. Les décisions qui changent la grammaire de la vie collective sont prises par des êtres humains. Souvent surdiplômés, parfois très intelligents, ils officient au sein des hautes juridictions nationales et européennes ou des instances de régulation spécifiques.

L’État de droit est un État de gauche

Des esprits soupçonneux sont d’autant plus portés à voir dans la fermeture de C8 une décision politique que la fréquence libérée a été attribuée à un macroniste bon teint, parfaitement estimable par ailleurs. Ils se trompent. Emmanuel Macron n’a nullement besoin de prendre son téléphone. Les gens qui décident pensent comme lui (en moins performant sans doute). Il en a nommé certains car, comme l’écrit Samuel Fitoussi dans une chronique hilarante, l’indépendance de la Justice étant un principe fondamental, il vaut mieux s’en assurer en y nommant ses amis – mais de toute façon, l’alignement des planètes mentales est spontané2. Notre enquête sur l’Arcom montre que l’État de droit est gouverné par un petit monde endogame dont les membres ont fréquenté les bonnes écoles, les cabinets ministériels (de gauche, faut-il le préciser) et les cénacles de la bonne société progressiste avant, pour certains, de faire un petit tour dans l’audiovisuel public ou la culture subventionnée. Tous ces gens convaincus de détenir le monopole de la raison et d’incarner la résistance au populisme ont baigné dans la même saumure idéologique. Ce qui inspire à Fitoussi une croustillante définition de la dictature de la majorité : « Écueil dans lequel peut tomber la démocratie (rappeler qu’il a été magistralement décrit par Tocqueville). Lui préférer la dictature de la minorité (de l’Arcom, du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel). »

Dans ce paysage, il n’est pas si surprenant qu’Emmanuel Macron choisisse comme président du Conseil constitutionnel, non pas son cheval certes, mais un homme qui n’a ni la stature morale, ni l’envergure intellectuelle nécessaires à une telle charge et dont le seul mérite est sa loyauté envers lui (voir le portrait de Joseph Macé-Scaron). Rue Montpensier, Richard Ferrand retrouvera Véronique Malbec qui, lorsqu’elle était procureur général à Rennes, a laissé le parquet de Brest, placé sous ses ordres directs, classer la crapoteuse affaire des Mutuelles de Bretagne, finalement prescrite deux ans plus tard3. Le nouveau pape de l’État de droit dialoguera d’égal à égal avec le président de la section du contentieux du Conseil d’État, Christophe Chantepy, ancien dircab de Jean-Marc Ayrault, et avec celui de la Cour des comptes, le hiérarque socialiste Pierre Moscovici. D’aucuns évoquent une république de copains. On préférera l’expression fleurie de l’ami Stéphane Germain : l’État de droit est un État de gauche.


  1. Lire son texte sur le site de la Revue politique et parlementaire : « Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Arcom : hier
    Hersant, aujourd’hui Bolloré », 25 février 2025. ↩︎
  2. Samuel Fitoussi, « De l’État de droit aux fake news, un petit dictionnaire de la classe politique macroniste », Figarovox, 24
    février 2025. ↩︎
  3. Richard Ferrand n’a pas contesté les faits. Lorsqu’il était directeur général des Mutuelles de Bretagne, sa compagne a pu
    acquérir un bien immobilier sans débourser un centime (intégralement financé par l’emprunt) grâce à une garantie de
    location…des Mutuelles de Bretagne. ↩︎

Antoine Dupont s’ennuie

La grave blessure d’Antoine Dupont, lors d’un Irlande-France d’anthologie, permettra-t-elle au capitaine des Bleus de surmonter la crise existentielle qui visiblement le ronge ? Quand on a tout gagné, reste-t-il une vie dans le sport ? se demande notre chroniqueur.


Dans The Queen’s Gambit, mini-série en sept épisodes dont j’ai déjà eu l’occasion de dire tout le bien que j’en pense, l’héroïne, Elisabeth Harmon, en route vers les plus hautes sphères des échecs, écrase un tout jeune joueur russe d’une douzaine d’années. Comme celui-ci lui confie qu’il a un plan de carrière qui doit infailliblement le mener au sommet des classements, Harmon le déconcerte en lui lançant : « Et après ? Qu’est-ce que tu feras, après ? »

Le monde d’après

C’est le genre de scène qui fait d’un téléfilm convenu une grande expérience cinématographique. Les films « sportifs » se soucient rarement de cet « après » — sinon sous la forme « comment gèrera-t-il ses millions ? » Mais les échecs sont un sport cérébral, où l’esprit, tendu vers la victoire, ne s’en satisfait jamais.

« Et après ? » C’est la question que s’est posée Bobby Fisher un beau jour de 1973, après être devenu champion du monde en battant Boris Spassky. Il ne s’en est jamais remis.

Nombre de champions arrivés au sommet ont vu le gouffre devant eux, et ont reculé. Numéro 1 mondial, Björn Borg s’est mis sur la touche à 25 ans, expliquant : « Je sais que cela paraît fou, mais je n’ai absolument pas été déçu (sa défaite à Wimbledon en 1981). De retour au vestiaire, je n’étais pas triste. C’était étrange. Lorsque je suis rentré à l’hôtel, je n’ai plus repensé à la défaite. J’ai alors réalisé que quelque chose ne tournait plus rond. Ce scénario s’est répété à l’US Open, quelques mois plus tard. Après la victoire de John McEnroe, j’ai directement filé à la maison que je possédais alors à Long Island. J’ai sauté dans la piscine comme un vacancier. Là, en me prélassant, j’ai réalisé que la motivation n’était plus là. Ce jour-là, âgé de 25 ans, j’ai décidé d’arrêter ma carrière. Décision que je n’ai jamais regrettée. J’avais été n°1, devenir n°2 ne m’intéressait pas. » Et quelque temps plus tard, il a fait une probable tentative de suicide. Plus récemment, Ashleigh Barty, l’Australienne qui écrasait tout sur son passage, a pris sa retraite sportive à 25 ans, cédant ainsi sa place de numéro 1 mondiale à la jeune Polonaise Iga Świątek. « Et après ? » lui a murmuré la petite voix.

Si jeunesse savait…

Antoine Dupont a tout gagné très jeune. À 28 ans, il détient quatre championnats de France, deux Coupes d’Europe, une médaille d’or en rugby à sept aux derniers Jeux Olympiques, et il est désigné comme le meilleur joueur au monde. « Et puis ? » demanderait Elisabeth Harmon…

Sa contre-performance lors d’Angleterre-France (et quand Dupont renifle, toute l’équipe tousse) n’a à mon sens d’autre origine que cet ennui qui se lit dans ses yeux, pour peu que l’on y prête attention. Il est surdoué, et intelligent — une distinction dont ne s’embarrassent guère certaines des gloires de son équipe…

Il y a deux « ennuis » en français. Le plus courant, ce sentiment d’inoccupation, vient du bas latin inodiare, formé sur la locution usuelle en latin classique in odio esse « être un objet de haine » — pour les autres ou pour soi-même. C’est déjà du lourd : lorsque Racine écrit dans Bérénice « Dans l’Orient désert quel devint mon ennui… », ou quand Baudelaire traite l’Ennui (majuscule, s’il vous plaît) de « monstre », il faut comprendre qu’il y a là un sens métaphysique dont la simple inoccupation est loin de rendre compte.

C’est là que nous retrouvons le second mot, bien plus savant : l’acédie.

L’acédie est à l’origine un terme à connotation christique : c’est un oubli, une négligence des obligations religieuses. Le pape Grégoire le Grand intègre l’acédie dans la tristesse, dont elle procède. Thomas d’Aquin en fait le péché-pivot, celui dont tous les autres procèdent. Car pourquoi se vautrer dans la gourmandise ou la luxure si ce n’est par ennui ?

La blessure de Dupont est très sérieuse. Une rupture des ligaments croisés du genou ne se soigne pas en deux semaines, ni même en deux mois. Peut-être lui évitera-t-elle la confrontation avec soi-même dont naît immanquablement l’acédie. Nous lui souhaitons de revenir à son meilleur niveau — et ce travailleur acharné, qui est devenu ambidextre (des mains et des pieds) par un fabuleux effort de volonté, en est bien capable. Oui — mais après ?
Il lui manque la Coupe du Monde — mais cela dépend autant de lui que de son équipe, pleine de brillantes individualités dont on espère qu’elles dureront jusqu’en 2027. Dupont a-t-il envie d’aller jusque-là ? Il aura 31 ans — oui, mais après ?

Un autre Saint Louis… qui n’a pas été roi

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Jean de La Rochefoucauld publie Le duc de Bourgogne, promesses et mirages du petit-fils de Louis XIV (Perrin)


Un autre Saint Louis ? Mais lui n’aura pas eu la chance de régner. Petit-fils du Roi Soleil, le duc de Bourgogne s’éteint en 1712, âgé de 29 ans à peine. Le vieux Louis XIV lui survivra jusqu’en 1715. Le duc d’Anjou, troisième fils du duc de Bourgogne et donc arrière-petit-fils du Roi Soleil, sera le futur Louis XV dont le règne, après la Régence exercée comme l’on sait par le duc d’Orléans, sera fort long. Si Bourgogne avait vécu, l’ancien régime aurait-il connu un sort tout différent ? On peut en rêver.

En parallèle à ses activités professionnelles au Sénat, le très bien-né Jean de La Rochefoucauld a donc trouvé le loisir de se pencher sur cette personnalité méconnue du Grand siècle, le duc de Bourgogne, auquel il consacre une remarquable biographie. Le temps de sa courte vie, le fils aîné de Louis de France, dit Le Grand Dauphin, aura été pourtant au centre de l’attention du microcosme curial :  ce prince tellement chéri de son grand-père assurait potentiellement, dans l’exercice de la primogéniture mâle, la précieuse continuité de la dynastie.

Bossu, malingre, boiteux

Au-delà du portrait qu’en dresse cette biographie avec une constante élégance de style, un univers d’intrigues de palais, de préséances jalouses, d’instrumentalisations matrimoniales, de cabales ou de joutes théologiques se déploie sous nos yeux, sur fond de conflits territoriaux – cf. la sanglante et funeste Guerre de succession d’Espagne dont le duc de Bourgogne, promis en mariage (ce dès les deux ans révolus de la princesse !) à la Turinoise Marie-Adélaïde de Savoie, la fille de Victor-Amédée II, ennemi de la monarchie française, aura été tout à la fois un enjeu, un témoin, et un acteur vaillant mais malheureux…

La superbe toile de Rigaud qui illustre la couverture de l’ouvrage nous montre un bel adolescent emperruqué, en armure : portait trompeur, car le fils du Grand Dauphin était en réalité fort « mal conformé », selon l’expression consacrée : bossu, malingre, boiteux. Pour pédagogue, on lui donne Fénelon : l’auteur des Aventures de Télémaque indique à son studieux élève « une direction éloignée du luxe de Versailles et des guerres de son grand-père ». Jusqu’à sa mort, le pieux duc de Bourgogne demeurera très attaché à son précepteur, même au-delà de la disgrâce qui contraint ce dernier, exilé à Cambrai sur ordre royal, à garder ses distances avec le rejeton princier.

A lire aussi: Peer Gynt, une formidable aventure

Les tractations, festivités, dépenses somptuaires, voyages, intrinsèquement liés au statut du duc de Bourgogne au sein (et même au sommet) de cette société d’ordres implacablement hiérarchisée font tout le sel de l’ouvrage de Jean de La Rochefoucauld, lequel sait de quoi il parle : en filigrane, c’est tout un monde disparu qui transparaît lumineusement dans ces pages. Ce monde d’étiquette rigide, de cérémonials implacables, de rites religieux aussi contraignants qu’incoercibles, mais aussi bien ce microcosme vibrionnant de haines sourdes et de rivalités féroces, clapotant dans les badinages et les secrets d’alcôves, où les seigneurs de haut rang, leurs épouses, leurs maîtresses, leurs progénitures constituent autour des princes et des bâtards, légitimés ou pas, une courtisanerie servile, perpétuellement en quête d’honneurs, de préséances, de charges lucratives…  C’est ce tissu sociologique si particulier, si étonnant pour le regard contemporain, que nous restitue Jean de La Rochefoucauld dans toute son épaisseur et sa vitalité.  

Rival du duc de Vendôme sur le terrain de la guerre, déconsidéré bientôt, à tort ou à raison, par sa défaite à Audenarde en 1708 face à la coalition, le duc de Bourgogne se mue peu à peu en bigot : « le dimanche 12 mai [1709], à Marly, convoquant de façon inédite un conseil de guerre, le roi [Louis XIV] l’y invite, « en lui disant un peu aigrement » [dixit Saint-Simon] : ‘’A moins que vous n’aimiez mieux aller à vêpres’’ »… Au fil des pages, d’ailleurs, les extraits des fielleux et si plaisants Mémoires du célèbre « duc et pair » servent de fil conducteur au récit, qui puise assez copieusement ses sources, également, dans les extraordinaires Mémoires du marquis de Sourches sur le règne de Louis XIV.  

Trois dauphins meurent en une année

Se confiant sur le tard à l’amitié fidèle du génial mémorialiste Saint-Simon, bien plus proche de son grand-père que de son père le Grand Dauphin (lequel meurt en 1711) « dans l’atmosphère macabre qui continue d’envelopper la cour » en cette fin de règne calamiteuse, l’héritier de la couronne et père du futur Louis XV est passé, par un mauvais coup du sort, à côté du destin qui lui avait été promis. Maltraité par la postérité (en particulier par l’historiographie, – Michelet en tête), l’homme était intelligent, de grande culture, profondément bon, intègre et généreux. Eperdument amoureux de son épouse Marie-Adélaïde, laquelle rend son dernier souffle à peine âgée de 26 ans, il ne lui survit que de quelques jours, en ce mois de février 1712 ! Saint-Simon pleure « la disparition de celui qu’il considère comme un saint ». Le 8 mars, c’est au tour du second fils survivant de Louis et Marie-Adélaïde, le duc de Bretagne, de rendre l’âme : il avait 5 ans.  Ainsi ne reste, pour assurer la succession, que le troisième arrière-petit fils de Louis XIV, le duc d’Anjou. Saint-Simon, toujours : « Trois dauphins moururent donc en moins d’un an, dont un seul enfant, et, en vingt-quatre jours, le père, la mère et le fils aîné ».

De ce personnage comme éclipsé par l’histoire, cette excellente biographie donne une juste mesure. Car le duc de Bourgogne, contrairement à tant d’autres princes de sang, n’a pas suscité de légende, ni de geste poétique autour de son nom. Comme l’exprime fort bien le sous-titre du livre, celui qui aurait dû être roi ne demeure, en somme, que l’incarnation d’une promesse qui finit en mirage.       

A lire : Le duc de Bourgogne, promesses et mirages du petit-fils de Louis XIV. Jean de La Rochefoucauld. Perrin, 2025. En librairies. 384 pages.

Macron: entre menace russe et menace terroriste, pourquoi choisir?

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En invoquant le « droit à la vie tranquille » lors de sa visite du chantier du futur siège de la DGSI, Emmanuel Macron engage l’État à rendre des comptes, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol. Dans son discours, le président a également affirmé que la nation devait combattre « en même temps » les menaces géopolitiques et « terroristes ». C’était la moindre des choses.


Qui a mis la France dans cette insécurité permanente ? En proclamant, mardi à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), un « droit à la vie tranquille », Emmanuel Macron a voulu corriger ses prédictions anxiogènes sur une possible guerre contre la Russie.

Génération désenchantée

Mais le président s’est épargné d’aller à la source des désordres et des menaces qui abiment la nation, vantée jadis pour sa gaîté et ses joyeuses insolences. Le président a fait cette déclaration à l’occasion de la pose de la première pierre de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure). Ayant eu la chance de connaître la légèreté des années soixante et soixante-dix, je mesure l’angoisse de la jeune génération. Déjà confrontée à une violence désinhibée, elle est priée de s’enthousiasmer à la perspective d’une défense de la nation en danger. Or ce qu’endure cette jeunesse maltraitée est le résultat d’un demi-siècle d’incuries politiques, de décisions irréfléchies, d’idéologies farfelues. Le chef de l’Etat, dans sa défense satisfaite des sociétés ouvertes, est la synthèse de ces erreurs cumulées. Il est vertigineux de se pencher sur le déclin français, en ayant en mémoire ce que fut la grandeur du pays. Michelet, dans son introduction à L’histoire de la révolution française (1) le rappelle : « Dès le dernier siècle (ndlr : le XVIIIe), Paris était déjà la voix du globe. La planète parlait par trois hommes : Voltaire, Jean-Jacques et Montesquieu ». Aujourd’hui, la France a dû céder sa place d’arbitre à l’Arabie Saoudite, où se traite la paix en Ukraine. Ceux qui alertent sur notre dégringolade continuent d’être qualifiés, par la pensée clonée, de « déclinistes », comme s’ils se réjouissaient de cette chute, tandis que les politiques s’empressent de se garder, plus que jamais, de toute nostalgie.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’État de droit, c’est plus fort que toi !

En même temps

Il y a, chez Macron, une perversion masochiste à évoquer ce droit à la vie tranquille tout en instillant dans l’opinion, depuis le 5 mars, la peur d’un conflit nucléaire et en appelant à protéger la patrie et ses frontières, deux mots jusqu’alors sulfureux chez les progressistes. Hier, le président a d’ailleurs tenté de rééquilibrer son analyse initiale, focalisée sur le seul « danger existentiel » russe, en y replaçant « en même temps » le terrorisme islamiste parmi les ennemis de la France. La moindre des choses. Reste que ce nouveau droit à la sécurité élémentaire, clairement reconnu par l’Elysée (même si l’annonce est passée inaperçue), fait désormais obligation au chef de l’Etat et au gouvernement de le respecter. Sera-ce l’occasion pour les citoyens abandonnés de demander des comptes à l’Etat défaillant ? Ce dernier a déjà été condamné par la justice administrative, sur recours des écologistes, pour « inaction climatique » après des engagements non tenus pour lutter contre le carbone et le réchauffement climatique. Les manquements sécuritaires sont autrement plus dangereux. J’ai déjà eu l’occasion de noter ici la révolte, récente, de certaines victimes contre les pouvoirs publics. « La France a tué mon époux », avait notamment accusé en août dernier la veuve du gendarme Eric Comyn. En réalité l’Etat, délabré, est trop souvent à la source de mises en danger de la vie d’autrui, de non-assistances à personne en danger, d’abus de confiance, d’abandons de poste, etc. Il serait temps que les fauteurs de trouble, à l’abri de leurs hautes fonctions, répondent devant des juges de leurs incuries.

(1) Tome I, page 70, La Pléiade

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Sommes-nous des ectoplasmes ?

Concernant Trump et l’Ukraine, toute une « bonne presse » entend substituer au doute une pensée univoque, se désole notre chroniqueur. Il refuse de se laisser intimider.


Mon titre renvoie à un sens figuré qui décrit des personnes inconsistantes et sans personnalité.
J’éprouve parfois l’impression que dans la vie intellectuelle et politique, comme dans l’univers médiatique, il y a un désir de nous voir gouvernés par des préjugés, des réflexes, des injonctions venues d’ailleurs. Comme si nous étions incapables de mener ensemble des pensées contradictoires ou de tenir bon sur un certain nombre de convictions fondamentales. Comme s’il était impossible de présumer honnêteté, sincérité et tolérance ; et fatal de les dégrader en soumission, opportunisme et inconstance.

Le droit à la nuance remis en cause

Écoutant François Hollande au Grand Jury le 9 mars si bien animé par Olivier Bost, je l’ai trouvé passionnant, pertinent sur beaucoup de points, en tout cas pas indigne du président qu’il avait été et du remarquable commentateur qu’il sait être quand la vision socialiste ne met pas à mal sa lucidité. Après l’émission, j’ai exprimé cet avis équilibré sur X mais que n’avais-je pas dit ! Il aurait fallu que je sois une sorte de pantin voué à détester François Hollande, parce que son mandat aurait été exclusivement calamiteux…

https://twitter.com/BilgerPhilippe/status/1898706139753103707

Qu’elle soit enkystée à droite ou dans la gauche extrême, cette volonté de nous refuser le droit à la mesure et à la nuance est intolérable. On rêverait que nous fussions des ectoplasmes, des fétus de la réflexion comme il y a des fétus de paille. Heureusement la liberté résiste.
Cette propension à imaginer que l’humain, dans son registre professionnel, est prêt à toutes les compromissions et à toutes les voltes dès lors que des prescriptions lui seraient faites est à la fois fausse et offensante.

À lire aussi : La République mourra-t-elle du ridicule ?

Ainsi, parce que de nouvelles règles seraient fixées, des regards différents imposés sur l’actualité nationale et internationale, il y aurait une soumission immédiate et, du jour au lendemain, une grille de lecture radicalement autre ? Je ne le crois pas une seconde et si c’était le cas, ce serait désespérant.

Celui qui abaisse c’est qu’il est bas…

Je tire cette observation d’un article du Monde qui mettant en cause Vincent Bolloré – le miracle serait l’incrimination d’un autre que lui ! – dénonce comme une évidence le changement d’orientation que ce dernier aurait imposé à son groupe : en gros, il faudrait soutenir dorénavant à toute force Donald Trump et Vladimir Poutine !
Je n’ose imaginer que, même avec une vision conservatrice et peut-être admirative de ces personnalités hors norme, on puisse aller sans frémir vers de telles aberrations. Le simplisme ne peut pas avoir libre cours au sujet d’une réalité géopolitique qui, pour être dangereuse et difficile à maîtriser, exige finesse et équité minimale. Entre la démolition outrancière du sénateur Malhuret et les inconditionnels de ce duo américain et russe, il y a place pour une autre appréciation internationale.
Il suffit d’ailleurs de lire la chronique de Pascal Praud dans le JDD du 9 mars pour constater que ce dernier, qui serait particulièrement ciblé, est aux antipodes d’une idolâtrie de Trump et de Poutine et qu’il ne passe pas heureusement par pertes et profits la cause de l’Ukraine !

À lire aussi du même auteur : Comment je me suis trompé sur Donald Trump…

À supposer l’existence d’une emprise enjoignant une pensée unique pro-Trump et Poutine aussi bien dans l’écrit que par oral, cette domination serait bien faible qui permettrait sur les plateaux, par exemple de la part d’Olivier Dartigolles, d’Élisabeth Lévy et, modestement, de moi-même, des contradictions et le rappel de données incontestables : Poutine, un dictateur sans scrupule, a envahi l’Ukraine, le président Zelensky n’est peut-être pas irréprochable mais son pays et lui sont victimes et se battent courageusement, le président Trump est trop instable pour constituer un modèle, la paix est souhaitable mais elle ne peut pas être conforme aux seules revendications russes et le président Macron, s’il a trop dramatisé, n’en demeure pas moins l’incarnation d’une Europe à laquelle Donald Trump a redonné de la vigueur.
Qui, dans le groupe de Vincent Bolloré, qu’on a le droit d’admirer quand on n’a jamais fait preuve dans son quotidien de la moindre flagornerie, a jamais été empêché de proférer ou d’écrire ces considérations acceptables sinon par tous, du moins par beaucoup ?
Derrière cette idée fausse que la caporalisation du groupe serait telle que chacun, au garde-à-vous, obtempérerait, il y a le mépris qui, sous-estimant la liberté des uns et des autres, ferait de ces animateurs et de ces journalistes des ectoplasmes prêts à se trahir eux-mêmes et à trahir le réel ! Celui qui abaisse c’est qu’il est bas, a écrit Henry de Montherlant. On a un parfait exemple de cette dérive quand on prête un pouvoir malfaisant et infini à quelqu’un et qu’on présume la médiocrité de tous les autres !
Je n’ai pas une conception optimiste de la nature humaine. Aussi il me semble que je peux être cru quand j’affirme que nous ne sommes pas tous des ectoplasmes !

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La science qu’on abat

Une étude de 2020 répondait enfin à la question que l’on se pose tous: « Les médecins blancs tuent-ils les bébés noirs ? », et dénonçait un prétendu racisme en fonction de la couleur de peau du nouveau-né dont les soignants se chargent. Un rapport absurde qui soulève surtout la question de l’utilisation des chiffres au service d’une idéologie…


Bien que les militants de la justice sociale prétendent que la notion d’objectivité est une fiction raciste inventée par les Blancs, ils y ont recours quand il s’agit de prouver scientifiquement le racisme des Blancs. C’est ainsi qu’une étude publiée en 2020 dans la revue prestigieuse Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America a répondu positivement, chiffres à l’appui, à la question « Les médecins blancs tuent-ils les bébés noirs1 ? ». Les quatre auteurs sont des chercheurs en management, et l’une d’entre elles, Rachel R. Hardeman, une Noire, est spécialisée dans l’application de la théorie critique de la race à des questions médicales. Le magazine Time la classe dans les 100 personnes les plus influentes au monde en 2024.

L’étude a analysé 1,8 million de naissances en Floride entre 1992 et 2015 en se focalisant sur le taux de mortalité selon l’origine ethnique. Conclusion : le taux de mortalité des bébés blancs est de 0,3 %, quel que soit le médecin, alors que pour les bébés noirs, il est de 0,9 % si le médecin est blanc et de 0,4 % si le médecin est noir. Mais corrélation n’implique pas causalité. Il fallait montrer qu’aucun autre facteur n’a provoqué la surmortalité des bébés noirs soignés par des Blancs. Ainsi, les chercheurs ont éliminé des dizaines d’autres paramètres possibles. CQFD !

Sauf qu’une autre étude, publiée quatre ans plus tard dans la même revue par deux autres chercheurs en management, démontre qu’une omission majeure a faussé ces calculs : le poids du bébé à la naissance2. Quand ce dernier est inférieur à 1,5 kg, le bébé est en danger et nécessite des soins intensifs. Or, la proportion de bébés noirs nés dans cette situation est plus élevée que celle des blancs, et un plus grand nombre d’entre eux sont pris en charge par des médecins blancs. Ainsi, la couleur du bébé et du médecin ne joue aucun rôle dans la surmortalité des bébés noirs. Conclusion : l’objectivité est une bien fiction – quand elle est manipulée à des fins exclusives de justice sociale.


  1. « Physician–patient racial concordance and disparities in birthing mortality for newborns », 17 août 2020. ↩︎
  2. « Physician–patient racial concordance and newborn mortality », 16 septembre 2024. ↩︎

C’est quoi être français ?

François Bayrou a annoncé fin février qu’il allait lancer des « conventions citoyennes décentralisées » pour débattre de la question : « Qu’est-ce qu’être français ? » Alain Bentolila lui répond.


La question posée par François Bayrou est nécessaire. Elle risque cependant de susciter des réponses hétéroclites, principalement nourries de stéréotypes historiques, de souvenirs musicaux et de goûts culinaires, qui appartiennent bien sûr à notre imaginaire national. Plutôt que de tenter de dresser une liste sans fin dans laquelle Roland de Roncevaux le disputerait au cassoulet, et Édith Piaf à Victor Hugo, je préfère tenter de fonder notre identité nationale sur la capacité de chaque citoyen d’établir une claire hiérarchie entre : les valeurs universelles, les propriétés nationales, et les appartenances culturelles, confessionnelles et ethniques. J’insiste sur le terme « hiérarchie » ; il signifie pour moi que, dans l’esprit du citoyen français, les valeurs universelles doivent l’emporter sur les spécificités nationales et que les fondements historiques, culturels et linguistique français s’imposent aux marques d’appartenance communautaires. C’est ainsi que le principe universel selon lequel les peuples doivent disposer d’eux-mêmes, expose la colonisation à une juste critique. De même, le principe de laïcité français s’oppose à toute dérive sectaire des religions.

Culture et identité

Le fait que l’on appartienne, par un hasard heureux ou non, à un groupe qui partage certaines croyances, certaines habitudes culturelles, certains comportements et des histoires communes, ne doit en aucune façon effacer la singularité intellectuelle de chaque citoyen français. Cette appartenance communautaire chaleureusement assumée, ne saurait définir notre identité : une appartenance se reçoit avec reconnaissance ; une identité se construit en toute liberté sur la base des valeurs universelles et nationales. La subordination des croyances d‘appartenance à nos valeurs apparaît donc aujourd’hui absolument essentielle car c’est elle qui permet de comprendre nos différences, nos divergences et d’en discuter en toute liberté et en toute intelligence sans pour autant trahir sa communauté, sans avoir honte de ses racines. En bref, une appartenance ne se renie pas mais elle ne nous définit pas. J’appartiens à la communauté juive MAIS je revendique le droit en tant que français de dénoncer la colonisation de la Cisjordanie ; tu appartiens à la communauté musulmane MAIS tu as le courage en tant que citoyen français d’affirmer reconnaître le droit à l’existence de l’Etat d’Israël ; elle est catholique MAIS elle se bat, en tant que citoyenne française pour le droit à l’avortement. Tout citoyen français doit ainsi avoir la capacité d’analyser avec objectivité, profondeur historique et humanisme une situation dans toute sa complexité en refusant que quiconque, au nom d’une appartenance commune, puisse lui imposer une vision tronquée et stéréotypée des réalités politiques sociales et culturelles.

La puissance de la langue française

Chérir son appartenance culturelle ou spirituelle sans jamais aliéner son libre arbitre est l’unique façon de construire un dialogue dans lequel chaque citoyen, dans sa singularité, contribue à construire l’intelligence collective. Portés par notre langue commune, nous saurons tous exposer et comprendre nos arguments respectifs, sans soumission et sans haine et… nous rendrons la nation française un peu plus intelligente. Pour que soit affirmée pacifiquement la richesse de sa diversité, l’identité nationale doit être portée par un engagement solennel de la République : « nul, quelle que soit sa croyance, quelle que soit sa culture, ne sera privé de la force de la parole, nul ne sera privé de la capacité de comprendre ». Pour relever le défi de la différence, la puissance de la langue française, est en effet centrale. Fondamentalement, l’identité nationale, c’est la conscience d’appartenir à une communauté rassemblant des appartenances diverses, mais dans laquelle chaque citoyen partage une volonté de dialogue grâce à une égale maîtrise, un égal respect, un égal amour de la même langue. Seule une maîtrise plus justement partagée de la langue française pourra donc permettre à tous les citoyens de notre pays de ne considérer aucune différence comme infranchissable, aucune divergence comme inexplicable, aucune appartenance comme un ghetto identitaire. Je dis bien « maîtriser la langue française », et non la « baragouiner ». Nous avons en effet ; depuis trop longtemps, accepté avec une complaisance coupable que le problème d’insécurité linguistique dont souffrent certains citoyens soit dissimulé sous le concept dangereux de « diversité linguistique ». Chacun pouvant ainsi parler comme il l’entend, chacun pouvant écrire comme cela lui chante, peu importe la justesse et l’efficacité de son langage. Nous devons, au contraire, à tous ceux que l’on accueille, d’où qu’ils viennent, le meilleur de notre langue. Ce n’est donc pas dans le foisonnement de particularismes langagiers, qui stigmatisent plus qu’ils ne distinguent, que réside la promesse d’une identité nationale honorable et désirée. Tous les citoyens dans ce pays ont droit à une langue commune juste, précise et… créative ; il est de notre devoir de la leur offrir, il est de leur devoir de la chérir.

Ainsi, ce ne sera jamais de « ma faute »!

Un bon dragueur est forcément « entreprenant ». Et, on peut malheureusement parfois voir du harcèlement là où il n’y en a pas, estime notre chroniqueuse.


L’Oréal nous le dit, dans sa nouvelle campagne que nous n’y sommes « jamais » pour rien si on nous harcèle. Nous apprenons, déclinée en rouge en affiches de 4 par 3, dans les couloirs du métro parisien entre autres, que ce n’est JAMAIS de notre faute si nous sommes harcelées parce que nous portons un magnifique rouge à lèvres ou des talons aiguilles. Il est en tout état de cause inadmissible de harceler une femme.

Oies blanches

Toutefois, la campagne de la marque affirmant il y a quelques années « parce que je le vaux bien » était autrement plus sympathique et valorisante pour nous les femmes. L’Oréal, cette marque de référence et de qualité, qui a aussi fait une belle campagne il y a quelques années sur l’excellence professionnelle des femmes, se met à traîner dans la rue et à provoquer : pourquoi ?

Il faut arrêter de taper sur les hommes, et seulement sur les hommes : ce ne sont pas tous des harceleurs, loin de là. Ce type d’affiches et d’accroches vont-elles dissuader les harceleurs, ou au contraire les émoustiller ? Quant à faire dire indéfiniment aux femmes que ce n’est jamais de leur faute, on comprend l’idée – mais elles peuvent aussi comprendre toutes seules qu’elles sont responsables de leur image, ne les prenons pas non plus pour des oies blanches…

Que sous-entend-on dans ces assertions ? Que tous les hommes seraient potentiellement obsédés sexuels, dragueurs incontinents, méprisants des femmes, frustrés, et alléchés par un simple rouge à lèvres ? Doit-on donc entériner que nos tenues n’y sont jamais pour rien ? Ce n’est pas tout à fait exact.

Drague plus ou moins subtile

Cette notion de harcèlement est en effet devenue un vertige de la civilisation, il suffit de le constater chez la jeune génération féminine qui, dès qu’on la regarde avec trop d’insistance, insulte immédiatement les garçons en question. Inquiétant à tous points de vue car cela fausse le jeu et la définition du rapport entre le harcèlement et la drague éternelle, la drague autrement dit « la cour » durant des siècles plus romanesques. Au XVIème siècle, on appelait le fait de faire la cour une « entreprise », car effectivement il faut être entreprenant… c’est la clé du succès. Personne n’est dupe, il y a une nuance entre être dragué et être harcelé, nuance parfois subtile, question de perception : on peut voir du harcèlement où il n’y en a pas. 

A lire aussi: Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

Un autre problème majeur est que nous jouons parfois les saintes Nitouche : maquillées comme des camions volés, perchées sur des talons vertigineux, vêtues d’une jupette à ras (je vous laisse qualifier) et affublées d’un décolleté à faire dérailler un motard ou provoquer un coup de frein dangereux chez un conducteur lambda. Pourtant, si ce dernier ose siffler, il devient gravement coupable.

L’attentat à la pudeur n’existe plus

Nous aurions tous les droits sur nos accoutrements ? Il est pourtant inquiétant de ne pas mettre de limites au charme et à la provocation de toutes ces jeunes femmes qui considèrent de plus en plus que leur tenue vestimentaire et comportementale ne concerne qu’elles-mêmes, no limites. Improbable, d’ailleurs si c’était si innocent et involontaire de se promener avec des tenues provocantes, pourquoi le feraient-elles ? car il est inconfortable de se percher sur des talons aiguilles,  de se décolleter jusqu’à risquer une fluxion de poitrine, de passer une éternité à se maquiller… et je ne vous parle même pas des pantalons collants à l’extrême, d’ailleurs sont-ce des pantalons ou des collants ? Les mini jupes ne sont plus des jupes mais parfois des culottes. L’attentat à la pudeur n’existe plus, sauf à être entièrement nues… parce que nous le voulons bien ? Plus sérieusement, les toutes jeunes filles en particulier doivent être au courant de leur pouvoir d’attraction et de leur devoir face au fait que les hommes ne sont pas des femmes comme les autres, qu’il y a des formes d’attirance différentes, qu’exciter un homme même par des vêtements provoque des réactions pas forcément souhaitables, et que ce n’est pas un jeu innocent et sans danger. Par ailleurs, nous vivons une mixité sociale et religieuse et il faut en tenir compte quoi qu’on en pense. Être conscientes que dans certains pays les femmes arborant des tenues provocantes passent pour des « professionnelles » et peuvent être agressées.

Facile de dire « je fais ce que je veux »… mais encore faut-il se tenir bien, dans tous les sens du terme. Cela signifie faire preuve d’un minimum de décence, s’habiller de manière adaptée aux circonstances et aux personnes qui nous entourent. La liberté s’arrête là où commence la provocation volontaire, surtout chez les jeunes (et même aux yeux de leurs parents). Le soir, est-ce vraiment si compliqué de glisser un imper sur une tenue sexy ?

Se tenir bien, c’est aussi éviter de provoquer sexuellement quelqu’un dont on n’attend rien, et ne pas renvoyer aux garçons une image des femmes à la fois paralysante, inquiétante et déroutante. À qui ont-ils affaire ? Ces garçons respectueux, un peu classiques, ne savent plus à quels « seins » se vouer : à qui parler, quand, s’ils seront rejetés au premier contact ou au contraire si on leur reprochera de ne pas répondre à une approche trop directe… Est-ce être conservatrice et ringarde que d’espérer autre chose dans les relations entre les sexes ?

Eduquons nos fils à ne pas voir les femmes comme des proies et à les respecter quelles que soient leurs tenues ! Mais nous les femmes sommes responsables de ce que nous affichons. 

Le féminisme deviendrait-il le prêt-à-penser des marques pour se faire de la pub ? Dommage.

La France sens dessus dessous !

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Pierre-Édouard Stérin, la start-up nation, c’est lui!

Convaincu que l’État serait mieux géré si le gouvernement était composé de chefs d’entreprise, le milliardaire Pierre-Édouard Stérin promeut ses idées conservatrices libérales à travers l’ambitieuse plateforme Périclès. Un projet évidemment caricaturé par les médias de gauche.


Il est le nouvel épouvantail de la presse progressiste. Non content d’aller à la messe tous les dimanches, de voter à droite sans complexe et de figurer dans le top 100 des milliardaires français – triple caractéristique qui frôle le péché mortel à en croire les récents articles parus à son sujet dans Le Monde, L’Humanité et Le Nouvel Obs –, Pierre-Édouard Stérin a aggravé son cas en janvier dernier quand il a fait savoir qu’un petit morceau de sa fortune, acquise grâce à sa start-up Smartbox, serait désormais consacré à une « société d’intelligence politique » baptisée Périclès, dont la mission est de distribuer 20 millions d’euros par an à des ONG libérales-conservatrices comme l’Institut de recherches économiques et fiscales ou l’Observatoire du décolonialisme. Parmi les solutions promues par le quinquagénaire, également considéré comme l’un des principaux « Business Angels » européens : donner les commandes de la France à des dirigeants dotés d’une solide expérience en entreprise, à la manière de l’Amérique de Donald Trump et d’Elon Musk. Une perspective peut-être pas si impensable au pays de l’ex-directeur de tannerie Antoine Pinay, de l’ancien négociant en spiritueux Jean Monnet et du ci-devant banquier Georges Pompidou.


Causeur. Il y a quelques jours, vous avez fait sensation sur le réseau social LinkedIn en publiant une liste de onze grands patrons du privé qui pourraient, selon vous, former un gouvernement idéal. Par exemple, le portefeuille de la Santé pourrait être attribué à Stéphane Bancel, le PDG de Moderna, et celui de la Réduction de la dépense publique à Carlos Tavares, l’ancien numéro un de Peugeot-Citroën. Est-ce juste un jeu de l’esprit ou une proposition sérieuse ?

Pierre-Édouard Stérin. C’est sérieux. Mettre à la tête des ministères des experts reconnus du monde de l’entreprise, qui ont obtenu de vrais succès dans leur domaine me semble une idée de bon sens. C’est une question d’offre. Gouverner, cela veut dire avoir une vision et des objectifs, puis recruter et manager une équipe afin de les réaliser, et enfin savoir faire des choix quand des décisions importantes doivent être prises. C’est le boulot quotidien des entrepreneurs.

Dans votre publication sur LinkedIn, vous oubliez de définir le profil du président idéal. Voudriez-vous que, comme aux États-Unis, un homme d’affaires accède à l’Élysée ? Soutiendriez-vous le plus puissant d’entre eux, Bernard Arnault, comme l’écrit Le Monde ?

Je ne le connais pas personnellement, mais sa réussite plaide incontestablement en sa faveur. Cela dit, une personne comme Xavier Niel, davantage orientée vers la tech et la création d’entreprise, me paraît présenter aussi un profil intéressant, même si je ne suis pas certain d’être d’accord avec lui sur tous les sujets clefs. D’autres personnalités me semblent également pertinentes, comme Patrick Pouyanné, le PDG de Total, ou Vincent Bolloré.

On est tenté de vous comparer avec ce dernier, qui est lui aussi un catholique de droite assumé. Quelles sont vos relations avec lui ?

Très bonnes. Il est une source d’inspiration, comme George Soros peut l’être également, mais dans le camp d’en face !

N’est-ce pas contradictoire d’être milliardaire quand on a la foi chrétienne ?

Aucunement. Je vous renvoie à la parabole des Talents dans les Évangiles.

N’y a-t-il pas tout de même quelque paradoxe à prôner des valeurs ancestrales pour la société et, en même temps, investir, comme vous le faites, dans des technologies, notamment numériques, qui bouleversent radicalement nos modes de vie ?

Catholicisme et développement ne sont évidemment pas incompatibles.

Revenons à votre idée de gouvernement d’entrepreneurs. Les Français y sont-ils disposés ? Ne préféreront-ils pas toujours les hommes politiques venus du service public et pétris de convictions étatistes ?

Certes le socialisme est omniprésent en France, mais nombre de nos concitoyens ont encore une énorme énergie à déployer. Tout n’est pas perdu, le redressement est possible. Ce sera compliqué, j’en conviens. Mais je suis un éternel optimiste. Si la France a été détruite en quelques dizaines d’années, nous pouvons tout à fait en faire à nouveau une formidable puissance en quelques dizaines d’années !

En vous mêlant de politique avec la fortune immense qui est la vôtre, ne risquez-vous pas de fausser le jeu démocratique ?

Non, pas du tout. Que des patrons se mêlent de politique, comme vous dîtes, cela n’a rien de nouveau. Regardez en Amérique, les milieux d’affaires soutiennent les candidats aux élections présidentielles. Le plus souvent d’ailleurs, ils aident davantage le candidat démocrate que le candidat républicain… Cela empêche-t-il les États-Unis d’être une grande démocratie ? Chez nous en Europe, c’est la même chose. Un financier comme George Soros, mais aussi d’autres membres de l’élite économique, de façon plus discrète, ne m’ont pas attendu pour exercer une certaine influence sur la politique.

En France, depuis quelques semaines, plusieurs grands capitaines d’industrie critiquent le gouvernement et les hausses de taxe sur les entreprises. Qu’avez-vous pensé de cette montée au créneau ?

Il était temps ! Les patrons français sont, en un sens, responsables de la situation actuelle du pays, car ils ont trop longtemps voulu éviter de s’impliquer dans ces sujets.

Le Medef a quand même pris des positions politiques par le passé. Par exemple en appelant à voter pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, et en se déclarant favorable à la mondialisation et à l’immigration…

C’est vrai, une grande partie du patronat, des bourgeois et de la gauche sont responsables de l’ouverture des frontières. Il s’agissait pour eux de favoriser une économie où l’on produit toujours moins cher et où l’on consomme toujours plus et à moindre prix. Je m’inscris en totale opposition avec ce courant.

Quel regard portez-vous sur le couple exécutif actuellement au pouvoir en France ?

Je suis plus que sceptique envers Emmanuel Macron et François Bayrou, compte tenu des résultats qu’ils ont pu avoir l’un comme l’autre ces dernières années aux postes qu’ils ont occupés. On n’envoie pas à Matignon quelqu’un qui ne sait pas diriger une ville. On ne réélit pas un président qui a déjà eu sa chance et qui a fait si peu pour son pays. Nommons plutôt des gens qui ont déjà démontré des capacités de restructuration et de développement dans une entreprise ! Ils ont bien plus d’expérience que tous les politiques réunis.

Vous pilotez vos activités depuis Bruxelles. Comprenez-vous les critiques de ceux qui vous reprochent un manque de patriotisme du fait de cette expatriation ?

Je préférerais vivre en France, croyez-moi. Si je vis en Belgique, c’est pour économiser des impôts, que je reverse ensuite au centuple dans des projets caritatifs et métapolitiques.

Le juge Falcone, une tragédie moderne

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Le journaliste et écrivain italien Giampaolo Pansa avec le magistrat italien Giovanni Falcone © Pino Granata/Mondadori Portfolio/SIPA

Giovanni Falcone, né à Palerme le 18 mai 1939 et mort le 23 mai 1992, est un juge italien qui s’était spécialisé dans la lutte anti-mafia. Il fut notamment, grâce à un travail inlassable d’enquête et de recueil de preuves, mené avec son ami le juge Paolo Borsellino, à l’origine du « maxi procès » contre la mafia qui jugea 474 accusés de février 86 à décembre 87


Giovanni Falcone a payé de sa vie son courage. Un livre vient de paraître en France qui raconte son combat, sous la plume de Roberto Saviano, journaliste et écrivain, qui vit sous protection policière depuis la parution d’un ouvrage « explosif » contre la Camorra napolitaine : Gomorra. 600 pages qui filent comme la course d’un homme, que la mort va rejoindre, et qui le sait, et qui pourtant continue sa route, sans se retourner, au nom de la vérité. Des pages que l’on tourne avec respect, avec angoisse, avec amitié, avec tendresse, pour ce juge que l’on pourrait qualifier de héros, mais qui est bien plus que cela : un homme tout simplement. Un homme qui aime, un homme qui a peur, un homme qui doute, qui se décourage, mais qui toujours reprend sa quête. Malgré la menace qui rôde, impossible à oublier, malgré l’inexorable qui donne à chaque instant de bonheur volé, d’amitié partagée, d’amour reçu, d’amour donné, la densité incandescente d’une vie qu’il aime passionnément et qu’il sait lui échapper.

Roberto Saviano © Mauro Scrobogna/LaPresse/Shutter/SIPA

Force d’âme

Le livre de Roberto Saviano nous prend par la main, et par le cœur, pour nous partager les combats de Giovanni Falcone contre Cosa Nostra, la mafia sicilienne. Contre la mafia mais aussi contre les complicités, les abandons, les lâchetés qui, même au sein des institutions politiques et judiciaires, s’efforcent par bêtise ou par intérêt, d’entraver son travail, au point d’en faire parfois un Sisyphe, que seule la force d’âme, et la conviction d’agir pour le bien commun, lui font remonter inlassablement le chemin.

À lire aussi, Philippe Bilger : Giovanni Falcone: vivre, mourir comme lui?

Du premier chapitre « Feu », au dernier « Le courage est solitaire », ce sont 75 brèves séquences extraordinairement vivantes auxquelles nous participons en témoins proches, grâce à une écriture à la fois factuelle et qui, dans le même temps, commente avec une bouleversante humanité l’action dans laquelle nous sommes immergés. Nous voyons les évènements avec précision, et sans temps mort, comme dans un film passionnant et, dans le même temps, Saviano explique ce que nous avons besoin de comprendre, mais aussi parle à notre cœur en restituant avec une touchante sincérité la puissante dimension émotionnelle de cette tragédie moderne.

Un beau récit

Un livre de grand journaliste, où tout est vrai, précis (cf. les nombreuses annexes en fin de livre qui documentent tout). Un livre de grand écrivain qui, entre les faits, sait imaginer et raconter avec son cœur, les petites choses de la vie qui en font toute la douceur et la déchirante beauté.

Je voudrais citer ici les dernières lignes de ce chef-d’œuvre. Paolo Borsellino, grand ami de Giovanni Falcone, autre juge courageux, et qui sera assassiné lui aussi quelques semaines plus tard, vient de recueillir le dernier souffle de Giovanni : « Pas une seule fois, mais à répétition, sans trève, il a suivi son éternelle et formidable obsession. La pensée d’un monde sans plus de mafia brûlait dans sa poitrine, et quand une pensée habite les corps, peuple les esprits, un jour ou l’autre elle finit par peupler également la terre. Tout cela Paolo Borsellino le sait. Et c’est pour ça que maintenant il donne des coups de de poing dans le mur de son salon en criant « Giovanni ! Giovanni ! » le visage sillonné de larmes qui roulent sur ses joues rasées et tombent sur ses chaussures noires. Lui non plus n’a jamais cessé d’y croire. Seulement, maintenant il se sent seul. Et il est inévitable qu’il en soit ainsi, car le courage est solitaire. »

Giovanni Falcone, éd. Gallimard, 608 pages

Giovanni Falcone

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L’État de droit, c’est plus fort que toi !

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Cyril Hanouna et le producteur Lionel Stan auditionnés à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête parlementaire sur l'attribution des autorisations de service de télévision, Paris, 14 mars 2024 © Jacques Witt/SIPA

Qu’est ce qui permet de fermer une chaîne de télé populaire ou d’interdire l’expulsion de terroristes étrangers ? L’État de droit ! Une poignée de hauts magistrats biberonnés au progressisme ont prééminance sur les pouvoirs exécutif et législatif issus des urnes. Un dispositif conçu pour dissuader les gouvernants d’abuser de leur pouvoir leur interdit désormais de l’exercer.


L’État de droit a encore frappé. Sa dernière fantaisie, décrétée par ses plus hautes instances, a été de fermer une chaîne de télévision. Sans doute celle-ci n’était-elle pas le royaume de la distinction, mais on ignorait que les régulateurs fussent si intraitables sur les bonnes manières. De plus, C8 ayant déjà été lourdement sanctionnée pour ses manquements, il faut croire que dans ce domaine, la « double peine », si contraire aux droits de l’homme quand il s’agit de délinquants étrangers, est parfaitement légitime. S’ils avaient pu embastiller Hanouna pour protéger la jeunesse et les bonnes mœurs, les conseillers d’État, qui ont validé la condamnation à mort prononcée par l’Arcom, l’auraient certainement fait.

La sauvegarde du pluralisme…

Cyril Hanouna n’est pas Voltaire qu’on assassine. Mais son émission séduisait la jeunesse des banlieues autant que celle des campagnes, des mélenchonistes comme des lepénistes. Peut-être parce que tous les points de vue et tous les sujets y avaient droit de cité et que, entre commentaires oiseux sur les dernières frasques des people et grosses blagues qui tachent, on pouvait y voir de vrais débats sur le mode castagne. C’est le seul plateau où j’ai pu croiser le fer avec un islamiste qui menaçait une prof, un ex-dealer et futur député extrême gauchiste, un chroniqueur cochant toutes les cases de la rien-pensance. Et ce n’était pas du chiqué.

Qui l’eût cru, les magistrats de la section du contentieux du Conseil d’État ont de l’humour. S’ils ont entériné la fermeture de C8, c’est… pour sauvegarder le pluralisme. Dans sa décision du 19 février, le Conseil affirme que l’Arcom choisit « les projets qui contribuent le mieux à la sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socioculturels, lequel participe de l’objectif de valeur constitutionnelle de pluralisme des courants de pensée et d’opinion […] ». Pour Jean-Éric Schoettl qui pratique cette langue obscure, c’est une jurisprudence anti-Bolloré qui s’inscrit dans le droit fil de la jurisprudence Hersant concoctée il y a quarante ans. À la manœuvre alors, le Conseil constitutionnel présidé par Robert Badinter ne s’était pas contenté de censurer la loi « communication » de François Léotard, il avait dicté au législateur une série de dispositions supposées protéger le pluralisme et limiter les concentrations1. Nul n’ignorait à l’époque que l’objectif était de contenir les appétits de Robert Hersant, surnommé le « Papivore » par la gauche pour sa boulimie de journaux – les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître ce temps où la presse écrite était un pouvoir.

Liberté d’oppression

L’actualité est coquine. Deux jours avant que le Conseil rende sa sentence, J. D. Vance fustigeait un recul de la liberté d’expression en Europe et exhortait les dirigeants à ne pas avoir peur de leurs peuples. On pourrait demander au vice-président américain de garder ses leçons de maintien (et de défendre la liberté de porter la burqa chez lui si ça lui chante). N’empêche, à en juger par le déferlement de protestations, il a visé juste.

Imaginons, par pure hypothèse, comme dit Gilles-William, que cela arrive au pays de Poutine ou Orban, qu’une chaîne de télévision appartenant à un homme d’affaires en délicatesse avec le pouvoir et en rupture avec la doxa médiatique soit fermée sur décision d’une haute juridiction (dans les régimes autoritaires, il y a toujours un tribunal pour faire le sale boulot). Les éditocrates progressistes hurleraient à la démocratie confisquée. Ici, ils jurent que la lutte continue – CNews émet toujours. Ça se passe en France en 2025, des élus et des journalistes applaudissent bruyamment la fermeture d’une chaîne de télévision. Ils ont le droit : c’est l’État de droit. Et l’État de droit, c’est sacré. Les ploucs qui regardaient C8 n’ont qu’à écouter France Inter.

C’est l’État de droit qui prétend obliger Robert Ménard à célébrer le mariage d’un homme qui n’a rien à faire sur notre territoire. C’est l’État de droit qui espionne un ancien président et le condamne sur la base d’intentions supposées. C’est l’État de droit qui nous interdit de maintenir en détention un terroriste en fin de peine que son pays refuse de reprendre, nous empêche d’expulser un imam vociférant, nous somme de reprendre un Tchétchène radicalisé (ce que d’ailleurs nous n’avons pas fait), et sacrifie la sécurité du grand nombre au respect sourcilleux des droits des criminels. Personne n’a eu la cruauté de comptabiliser ses victimes, ni de recenser les dommages qu’il inflige à la société. Mais dans les bistrots, on a compris : l’État de droit, c’est ce qui emmerde les gens ordinaires et fait plaisir aux belles âmes prodigues en leçons de vivre-ensemble et de sans-frontiérisme.

Au départ, bien sûr, une belle et grande idée, inséparable de la démocratie elle-même. Elle garantit que la loi s’impose à tous, particulièrement au gouvernement. C’est une protection contre l’arbitraire du pouvoir, mais aussi contre celui de la majorité. N’en déplaise aux intégristes de la souveraineté populaire, le peuple ne peut pas tout faire, il ne peut pas supprimer la démocratie elle-même.

Le pouvoir des juges

Le contrôle de constitutionnalité élaboré par le duo Debré/de Gaulle, au demeurant une concession à l’air du temps post-totalitaire, visait à s’assurer que gouvernants et gouvernés respectaient la Constitution, sanctifiée par le vote populaire. Ils n’imaginaient pas que, par une série de coups d’État feutrés, des juges s’arrogeraient non seulement un pouvoir de définition et d’extension illimitée du « bloc constitutionnel » qui s’impose à tous, mais aussi un pouvoir normatif considérable. Le législateur, comme le pouvoir exécutif, doit respecter, en plus de la Constitution, une panoplie extensible de grands principes aussi élastiques qu’imprécis, sans oublier les normes européennes. Ainsi les citoyens ont-ils perdu la main sur des sujets essentiels pour la vie de la nation. Exemple, tout le monde admet, pour s’en réjouir ou la déplorer, l’existence d’un grand remplacement démographique et culturel. L’immigration est donc une question politique majeure. Or, la politique migratoire a été préemptée par des hauts magistrats et orientée dans une direction exactement opposée à celle que souhaite la majorité (lire Jean-Éric Schoettl, pages 24-25 du magazine). À la sortie de cet alambic aux mille tuyaux, des principes supérieurs interdisent aux Français de décider qui ils accueillent, empêchent nos banques de financer notre industrie d’armement ou décident quelle télévision le public peut voir. Dans ces conditions, pourquoi se déplacer pour aller voter ?

Toutes sortes de hauts magistrats (juges stricto sensu, membres du Conseil constitutionnel, du Conseil d’État ou d’autorités « indépendantes » investies d’un pouvoir de police) ont désormais prééminence sur les pouvoirs exécutif et législatif issus des urnes. De sorte qu’un dispositif conçu pour dissuader les gouvernants d’abuser de leur pouvoir leur interdit désormais de l’exercer. Ce renversement a accompagné le triomphe de l’idéologie des droits de l’Homme, implacablement décrypté par Marcel Gauchet, fin observateur de l’impotence des pouvoirs démocratiques : « En 1971, explique-t-il, le Conseil constitutionnel a décidé que la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946, qui énoncent de grands principes, faisaient désormais partie du droit positif, donnant libre cours au juge pour les accommoder à leur sauce. Pour la petite histoire, le président du Conseil, un gaulliste historique, voulait enquiquiner Pompidou. C’est le début de la mutation qui verra l’État de droit devenir l’État des droits de l’Homme. » Face aux droits sacrés de tout individu, serait-il la dernière des ordures, l’État et la collectivité n’en ont aucun et certainement pas celui de se protéger.

Dans ce nouveau rapport de forces, ce n’est pas l’arbitraire des gouvernants qui fait peur, mais celui des juges qui les tiennent en joue, lesquels ont en commun de ne pas être élus et de n’avoir aucun compte à rendre. L’État de droit a un visage et un numéro de téléphone – en réalité, quelques dizaines. Les décisions qui changent la grammaire de la vie collective sont prises par des êtres humains. Souvent surdiplômés, parfois très intelligents, ils officient au sein des hautes juridictions nationales et européennes ou des instances de régulation spécifiques.

L’État de droit est un État de gauche

Des esprits soupçonneux sont d’autant plus portés à voir dans la fermeture de C8 une décision politique que la fréquence libérée a été attribuée à un macroniste bon teint, parfaitement estimable par ailleurs. Ils se trompent. Emmanuel Macron n’a nullement besoin de prendre son téléphone. Les gens qui décident pensent comme lui (en moins performant sans doute). Il en a nommé certains car, comme l’écrit Samuel Fitoussi dans une chronique hilarante, l’indépendance de la Justice étant un principe fondamental, il vaut mieux s’en assurer en y nommant ses amis – mais de toute façon, l’alignement des planètes mentales est spontané2. Notre enquête sur l’Arcom montre que l’État de droit est gouverné par un petit monde endogame dont les membres ont fréquenté les bonnes écoles, les cabinets ministériels (de gauche, faut-il le préciser) et les cénacles de la bonne société progressiste avant, pour certains, de faire un petit tour dans l’audiovisuel public ou la culture subventionnée. Tous ces gens convaincus de détenir le monopole de la raison et d’incarner la résistance au populisme ont baigné dans la même saumure idéologique. Ce qui inspire à Fitoussi une croustillante définition de la dictature de la majorité : « Écueil dans lequel peut tomber la démocratie (rappeler qu’il a été magistralement décrit par Tocqueville). Lui préférer la dictature de la minorité (de l’Arcom, du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel). »

Dans ce paysage, il n’est pas si surprenant qu’Emmanuel Macron choisisse comme président du Conseil constitutionnel, non pas son cheval certes, mais un homme qui n’a ni la stature morale, ni l’envergure intellectuelle nécessaires à une telle charge et dont le seul mérite est sa loyauté envers lui (voir le portrait de Joseph Macé-Scaron). Rue Montpensier, Richard Ferrand retrouvera Véronique Malbec qui, lorsqu’elle était procureur général à Rennes, a laissé le parquet de Brest, placé sous ses ordres directs, classer la crapoteuse affaire des Mutuelles de Bretagne, finalement prescrite deux ans plus tard3. Le nouveau pape de l’État de droit dialoguera d’égal à égal avec le président de la section du contentieux du Conseil d’État, Christophe Chantepy, ancien dircab de Jean-Marc Ayrault, et avec celui de la Cour des comptes, le hiérarque socialiste Pierre Moscovici. D’aucuns évoquent une république de copains. On préférera l’expression fleurie de l’ami Stéphane Germain : l’État de droit est un État de gauche.


  1. Lire son texte sur le site de la Revue politique et parlementaire : « Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Arcom : hier
    Hersant, aujourd’hui Bolloré », 25 février 2025. ↩︎
  2. Samuel Fitoussi, « De l’État de droit aux fake news, un petit dictionnaire de la classe politique macroniste », Figarovox, 24
    février 2025. ↩︎
  3. Richard Ferrand n’a pas contesté les faits. Lorsqu’il était directeur général des Mutuelles de Bretagne, sa compagne a pu
    acquérir un bien immobilier sans débourser un centime (intégralement financé par l’emprunt) grâce à une garantie de
    location…des Mutuelles de Bretagne. ↩︎

Antoine Dupont s’ennuie

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Antoine Dupont après la défaite du XV de France en 1/4 de finale de la coupe du monde contre l'Afrique du Sud, Paris, 15 octobre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

La grave blessure d’Antoine Dupont, lors d’un Irlande-France d’anthologie, permettra-t-elle au capitaine des Bleus de surmonter la crise existentielle qui visiblement le ronge ? Quand on a tout gagné, reste-t-il une vie dans le sport ? se demande notre chroniqueur.


Dans The Queen’s Gambit, mini-série en sept épisodes dont j’ai déjà eu l’occasion de dire tout le bien que j’en pense, l’héroïne, Elisabeth Harmon, en route vers les plus hautes sphères des échecs, écrase un tout jeune joueur russe d’une douzaine d’années. Comme celui-ci lui confie qu’il a un plan de carrière qui doit infailliblement le mener au sommet des classements, Harmon le déconcerte en lui lançant : « Et après ? Qu’est-ce que tu feras, après ? »

Le monde d’après

C’est le genre de scène qui fait d’un téléfilm convenu une grande expérience cinématographique. Les films « sportifs » se soucient rarement de cet « après » — sinon sous la forme « comment gèrera-t-il ses millions ? » Mais les échecs sont un sport cérébral, où l’esprit, tendu vers la victoire, ne s’en satisfait jamais.

« Et après ? » C’est la question que s’est posée Bobby Fisher un beau jour de 1973, après être devenu champion du monde en battant Boris Spassky. Il ne s’en est jamais remis.

Nombre de champions arrivés au sommet ont vu le gouffre devant eux, et ont reculé. Numéro 1 mondial, Björn Borg s’est mis sur la touche à 25 ans, expliquant : « Je sais que cela paraît fou, mais je n’ai absolument pas été déçu (sa défaite à Wimbledon en 1981). De retour au vestiaire, je n’étais pas triste. C’était étrange. Lorsque je suis rentré à l’hôtel, je n’ai plus repensé à la défaite. J’ai alors réalisé que quelque chose ne tournait plus rond. Ce scénario s’est répété à l’US Open, quelques mois plus tard. Après la victoire de John McEnroe, j’ai directement filé à la maison que je possédais alors à Long Island. J’ai sauté dans la piscine comme un vacancier. Là, en me prélassant, j’ai réalisé que la motivation n’était plus là. Ce jour-là, âgé de 25 ans, j’ai décidé d’arrêter ma carrière. Décision que je n’ai jamais regrettée. J’avais été n°1, devenir n°2 ne m’intéressait pas. » Et quelque temps plus tard, il a fait une probable tentative de suicide. Plus récemment, Ashleigh Barty, l’Australienne qui écrasait tout sur son passage, a pris sa retraite sportive à 25 ans, cédant ainsi sa place de numéro 1 mondiale à la jeune Polonaise Iga Świątek. « Et après ? » lui a murmuré la petite voix.

Si jeunesse savait…

Antoine Dupont a tout gagné très jeune. À 28 ans, il détient quatre championnats de France, deux Coupes d’Europe, une médaille d’or en rugby à sept aux derniers Jeux Olympiques, et il est désigné comme le meilleur joueur au monde. « Et puis ? » demanderait Elisabeth Harmon…

Sa contre-performance lors d’Angleterre-France (et quand Dupont renifle, toute l’équipe tousse) n’a à mon sens d’autre origine que cet ennui qui se lit dans ses yeux, pour peu que l’on y prête attention. Il est surdoué, et intelligent — une distinction dont ne s’embarrassent guère certaines des gloires de son équipe…

Il y a deux « ennuis » en français. Le plus courant, ce sentiment d’inoccupation, vient du bas latin inodiare, formé sur la locution usuelle en latin classique in odio esse « être un objet de haine » — pour les autres ou pour soi-même. C’est déjà du lourd : lorsque Racine écrit dans Bérénice « Dans l’Orient désert quel devint mon ennui… », ou quand Baudelaire traite l’Ennui (majuscule, s’il vous plaît) de « monstre », il faut comprendre qu’il y a là un sens métaphysique dont la simple inoccupation est loin de rendre compte.

C’est là que nous retrouvons le second mot, bien plus savant : l’acédie.

L’acédie est à l’origine un terme à connotation christique : c’est un oubli, une négligence des obligations religieuses. Le pape Grégoire le Grand intègre l’acédie dans la tristesse, dont elle procède. Thomas d’Aquin en fait le péché-pivot, celui dont tous les autres procèdent. Car pourquoi se vautrer dans la gourmandise ou la luxure si ce n’est par ennui ?

La blessure de Dupont est très sérieuse. Une rupture des ligaments croisés du genou ne se soigne pas en deux semaines, ni même en deux mois. Peut-être lui évitera-t-elle la confrontation avec soi-même dont naît immanquablement l’acédie. Nous lui souhaitons de revenir à son meilleur niveau — et ce travailleur acharné, qui est devenu ambidextre (des mains et des pieds) par un fabuleux effort de volonté, en est bien capable. Oui — mais après ?
Il lui manque la Coupe du Monde — mais cela dépend autant de lui que de son équipe, pleine de brillantes individualités dont on espère qu’elles dureront jusqu’en 2027. Dupont a-t-il envie d’aller jusque-là ? Il aura 31 ans — oui, mais après ?

Un autre Saint Louis… qui n’a pas été roi

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© Perrin

Jean de La Rochefoucauld publie Le duc de Bourgogne, promesses et mirages du petit-fils de Louis XIV (Perrin)


Un autre Saint Louis ? Mais lui n’aura pas eu la chance de régner. Petit-fils du Roi Soleil, le duc de Bourgogne s’éteint en 1712, âgé de 29 ans à peine. Le vieux Louis XIV lui survivra jusqu’en 1715. Le duc d’Anjou, troisième fils du duc de Bourgogne et donc arrière-petit-fils du Roi Soleil, sera le futur Louis XV dont le règne, après la Régence exercée comme l’on sait par le duc d’Orléans, sera fort long. Si Bourgogne avait vécu, l’ancien régime aurait-il connu un sort tout différent ? On peut en rêver.

En parallèle à ses activités professionnelles au Sénat, le très bien-né Jean de La Rochefoucauld a donc trouvé le loisir de se pencher sur cette personnalité méconnue du Grand siècle, le duc de Bourgogne, auquel il consacre une remarquable biographie. Le temps de sa courte vie, le fils aîné de Louis de France, dit Le Grand Dauphin, aura été pourtant au centre de l’attention du microcosme curial :  ce prince tellement chéri de son grand-père assurait potentiellement, dans l’exercice de la primogéniture mâle, la précieuse continuité de la dynastie.

Bossu, malingre, boiteux

Au-delà du portrait qu’en dresse cette biographie avec une constante élégance de style, un univers d’intrigues de palais, de préséances jalouses, d’instrumentalisations matrimoniales, de cabales ou de joutes théologiques se déploie sous nos yeux, sur fond de conflits territoriaux – cf. la sanglante et funeste Guerre de succession d’Espagne dont le duc de Bourgogne, promis en mariage (ce dès les deux ans révolus de la princesse !) à la Turinoise Marie-Adélaïde de Savoie, la fille de Victor-Amédée II, ennemi de la monarchie française, aura été tout à la fois un enjeu, un témoin, et un acteur vaillant mais malheureux…

La superbe toile de Rigaud qui illustre la couverture de l’ouvrage nous montre un bel adolescent emperruqué, en armure : portait trompeur, car le fils du Grand Dauphin était en réalité fort « mal conformé », selon l’expression consacrée : bossu, malingre, boiteux. Pour pédagogue, on lui donne Fénelon : l’auteur des Aventures de Télémaque indique à son studieux élève « une direction éloignée du luxe de Versailles et des guerres de son grand-père ». Jusqu’à sa mort, le pieux duc de Bourgogne demeurera très attaché à son précepteur, même au-delà de la disgrâce qui contraint ce dernier, exilé à Cambrai sur ordre royal, à garder ses distances avec le rejeton princier.

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Les tractations, festivités, dépenses somptuaires, voyages, intrinsèquement liés au statut du duc de Bourgogne au sein (et même au sommet) de cette société d’ordres implacablement hiérarchisée font tout le sel de l’ouvrage de Jean de La Rochefoucauld, lequel sait de quoi il parle : en filigrane, c’est tout un monde disparu qui transparaît lumineusement dans ces pages. Ce monde d’étiquette rigide, de cérémonials implacables, de rites religieux aussi contraignants qu’incoercibles, mais aussi bien ce microcosme vibrionnant de haines sourdes et de rivalités féroces, clapotant dans les badinages et les secrets d’alcôves, où les seigneurs de haut rang, leurs épouses, leurs maîtresses, leurs progénitures constituent autour des princes et des bâtards, légitimés ou pas, une courtisanerie servile, perpétuellement en quête d’honneurs, de préséances, de charges lucratives…  C’est ce tissu sociologique si particulier, si étonnant pour le regard contemporain, que nous restitue Jean de La Rochefoucauld dans toute son épaisseur et sa vitalité.  

Rival du duc de Vendôme sur le terrain de la guerre, déconsidéré bientôt, à tort ou à raison, par sa défaite à Audenarde en 1708 face à la coalition, le duc de Bourgogne se mue peu à peu en bigot : « le dimanche 12 mai [1709], à Marly, convoquant de façon inédite un conseil de guerre, le roi [Louis XIV] l’y invite, « en lui disant un peu aigrement » [dixit Saint-Simon] : ‘’A moins que vous n’aimiez mieux aller à vêpres’’ »… Au fil des pages, d’ailleurs, les extraits des fielleux et si plaisants Mémoires du célèbre « duc et pair » servent de fil conducteur au récit, qui puise assez copieusement ses sources, également, dans les extraordinaires Mémoires du marquis de Sourches sur le règne de Louis XIV.  

Trois dauphins meurent en une année

Se confiant sur le tard à l’amitié fidèle du génial mémorialiste Saint-Simon, bien plus proche de son grand-père que de son père le Grand Dauphin (lequel meurt en 1711) « dans l’atmosphère macabre qui continue d’envelopper la cour » en cette fin de règne calamiteuse, l’héritier de la couronne et père du futur Louis XV est passé, par un mauvais coup du sort, à côté du destin qui lui avait été promis. Maltraité par la postérité (en particulier par l’historiographie, – Michelet en tête), l’homme était intelligent, de grande culture, profondément bon, intègre et généreux. Eperdument amoureux de son épouse Marie-Adélaïde, laquelle rend son dernier souffle à peine âgée de 26 ans, il ne lui survit que de quelques jours, en ce mois de février 1712 ! Saint-Simon pleure « la disparition de celui qu’il considère comme un saint ». Le 8 mars, c’est au tour du second fils survivant de Louis et Marie-Adélaïde, le duc de Bretagne, de rendre l’âme : il avait 5 ans.  Ainsi ne reste, pour assurer la succession, que le troisième arrière-petit fils de Louis XIV, le duc d’Anjou. Saint-Simon, toujours : « Trois dauphins moururent donc en moins d’un an, dont un seul enfant, et, en vingt-quatre jours, le père, la mère et le fils aîné ».

De ce personnage comme éclipsé par l’histoire, cette excellente biographie donne une juste mesure. Car le duc de Bourgogne, contrairement à tant d’autres princes de sang, n’a pas suscité de légende, ni de geste poétique autour de son nom. Comme l’exprime fort bien le sous-titre du livre, celui qui aurait dû être roi ne demeure, en somme, que l’incarnation d’une promesse qui finit en mirage.       

A lire : Le duc de Bourgogne, promesses et mirages du petit-fils de Louis XIV. Jean de La Rochefoucauld. Perrin, 2025. En librairies. 384 pages.

Macron: entre menace russe et menace terroriste, pourquoi choisir?

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À Saint-Ouen (93), le chantier du futur siège de la DGSI est lancé par le président Macron, 11 mars 2025. DR.

En invoquant le « droit à la vie tranquille » lors de sa visite du chantier du futur siège de la DGSI, Emmanuel Macron engage l’État à rendre des comptes, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol. Dans son discours, le président a également affirmé que la nation devait combattre « en même temps » les menaces géopolitiques et « terroristes ». C’était la moindre des choses.


Qui a mis la France dans cette insécurité permanente ? En proclamant, mardi à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), un « droit à la vie tranquille », Emmanuel Macron a voulu corriger ses prédictions anxiogènes sur une possible guerre contre la Russie.

Génération désenchantée

Mais le président s’est épargné d’aller à la source des désordres et des menaces qui abiment la nation, vantée jadis pour sa gaîté et ses joyeuses insolences. Le président a fait cette déclaration à l’occasion de la pose de la première pierre de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure). Ayant eu la chance de connaître la légèreté des années soixante et soixante-dix, je mesure l’angoisse de la jeune génération. Déjà confrontée à une violence désinhibée, elle est priée de s’enthousiasmer à la perspective d’une défense de la nation en danger. Or ce qu’endure cette jeunesse maltraitée est le résultat d’un demi-siècle d’incuries politiques, de décisions irréfléchies, d’idéologies farfelues. Le chef de l’Etat, dans sa défense satisfaite des sociétés ouvertes, est la synthèse de ces erreurs cumulées. Il est vertigineux de se pencher sur le déclin français, en ayant en mémoire ce que fut la grandeur du pays. Michelet, dans son introduction à L’histoire de la révolution française (1) le rappelle : « Dès le dernier siècle (ndlr : le XVIIIe), Paris était déjà la voix du globe. La planète parlait par trois hommes : Voltaire, Jean-Jacques et Montesquieu ». Aujourd’hui, la France a dû céder sa place d’arbitre à l’Arabie Saoudite, où se traite la paix en Ukraine. Ceux qui alertent sur notre dégringolade continuent d’être qualifiés, par la pensée clonée, de « déclinistes », comme s’ils se réjouissaient de cette chute, tandis que les politiques s’empressent de se garder, plus que jamais, de toute nostalgie.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’État de droit, c’est plus fort que toi !

En même temps

Il y a, chez Macron, une perversion masochiste à évoquer ce droit à la vie tranquille tout en instillant dans l’opinion, depuis le 5 mars, la peur d’un conflit nucléaire et en appelant à protéger la patrie et ses frontières, deux mots jusqu’alors sulfureux chez les progressistes. Hier, le président a d’ailleurs tenté de rééquilibrer son analyse initiale, focalisée sur le seul « danger existentiel » russe, en y replaçant « en même temps » le terrorisme islamiste parmi les ennemis de la France. La moindre des choses. Reste que ce nouveau droit à la sécurité élémentaire, clairement reconnu par l’Elysée (même si l’annonce est passée inaperçue), fait désormais obligation au chef de l’Etat et au gouvernement de le respecter. Sera-ce l’occasion pour les citoyens abandonnés de demander des comptes à l’Etat défaillant ? Ce dernier a déjà été condamné par la justice administrative, sur recours des écologistes, pour « inaction climatique » après des engagements non tenus pour lutter contre le carbone et le réchauffement climatique. Les manquements sécuritaires sont autrement plus dangereux. J’ai déjà eu l’occasion de noter ici la révolte, récente, de certaines victimes contre les pouvoirs publics. « La France a tué mon époux », avait notamment accusé en août dernier la veuve du gendarme Eric Comyn. En réalité l’Etat, délabré, est trop souvent à la source de mises en danger de la vie d’autrui, de non-assistances à personne en danger, d’abus de confiance, d’abandons de poste, etc. Il serait temps que les fauteurs de trouble, à l’abri de leurs hautes fonctions, répondent devant des juges de leurs incuries.

(1) Tome I, page 70, La Pléiade

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Sommes-nous des ectoplasmes ?

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Concernant Trump et l’Ukraine, toute une « bonne presse » entend substituer au doute une pensée univoque, se désole notre chroniqueur. Il refuse de se laisser intimider.


Mon titre renvoie à un sens figuré qui décrit des personnes inconsistantes et sans personnalité.
J’éprouve parfois l’impression que dans la vie intellectuelle et politique, comme dans l’univers médiatique, il y a un désir de nous voir gouvernés par des préjugés, des réflexes, des injonctions venues d’ailleurs. Comme si nous étions incapables de mener ensemble des pensées contradictoires ou de tenir bon sur un certain nombre de convictions fondamentales. Comme s’il était impossible de présumer honnêteté, sincérité et tolérance ; et fatal de les dégrader en soumission, opportunisme et inconstance.

Le droit à la nuance remis en cause

Écoutant François Hollande au Grand Jury le 9 mars si bien animé par Olivier Bost, je l’ai trouvé passionnant, pertinent sur beaucoup de points, en tout cas pas indigne du président qu’il avait été et du remarquable commentateur qu’il sait être quand la vision socialiste ne met pas à mal sa lucidité. Après l’émission, j’ai exprimé cet avis équilibré sur X mais que n’avais-je pas dit ! Il aurait fallu que je sois une sorte de pantin voué à détester François Hollande, parce que son mandat aurait été exclusivement calamiteux…

https://twitter.com/BilgerPhilippe/status/1898706139753103707

Qu’elle soit enkystée à droite ou dans la gauche extrême, cette volonté de nous refuser le droit à la mesure et à la nuance est intolérable. On rêverait que nous fussions des ectoplasmes, des fétus de la réflexion comme il y a des fétus de paille. Heureusement la liberté résiste.
Cette propension à imaginer que l’humain, dans son registre professionnel, est prêt à toutes les compromissions et à toutes les voltes dès lors que des prescriptions lui seraient faites est à la fois fausse et offensante.

À lire aussi : La République mourra-t-elle du ridicule ?

Ainsi, parce que de nouvelles règles seraient fixées, des regards différents imposés sur l’actualité nationale et internationale, il y aurait une soumission immédiate et, du jour au lendemain, une grille de lecture radicalement autre ? Je ne le crois pas une seconde et si c’était le cas, ce serait désespérant.

Celui qui abaisse c’est qu’il est bas…

Je tire cette observation d’un article du Monde qui mettant en cause Vincent Bolloré – le miracle serait l’incrimination d’un autre que lui ! – dénonce comme une évidence le changement d’orientation que ce dernier aurait imposé à son groupe : en gros, il faudrait soutenir dorénavant à toute force Donald Trump et Vladimir Poutine !
Je n’ose imaginer que, même avec une vision conservatrice et peut-être admirative de ces personnalités hors norme, on puisse aller sans frémir vers de telles aberrations. Le simplisme ne peut pas avoir libre cours au sujet d’une réalité géopolitique qui, pour être dangereuse et difficile à maîtriser, exige finesse et équité minimale. Entre la démolition outrancière du sénateur Malhuret et les inconditionnels de ce duo américain et russe, il y a place pour une autre appréciation internationale.
Il suffit d’ailleurs de lire la chronique de Pascal Praud dans le JDD du 9 mars pour constater que ce dernier, qui serait particulièrement ciblé, est aux antipodes d’une idolâtrie de Trump et de Poutine et qu’il ne passe pas heureusement par pertes et profits la cause de l’Ukraine !

À lire aussi du même auteur : Comment je me suis trompé sur Donald Trump…

À supposer l’existence d’une emprise enjoignant une pensée unique pro-Trump et Poutine aussi bien dans l’écrit que par oral, cette domination serait bien faible qui permettrait sur les plateaux, par exemple de la part d’Olivier Dartigolles, d’Élisabeth Lévy et, modestement, de moi-même, des contradictions et le rappel de données incontestables : Poutine, un dictateur sans scrupule, a envahi l’Ukraine, le président Zelensky n’est peut-être pas irréprochable mais son pays et lui sont victimes et se battent courageusement, le président Trump est trop instable pour constituer un modèle, la paix est souhaitable mais elle ne peut pas être conforme aux seules revendications russes et le président Macron, s’il a trop dramatisé, n’en demeure pas moins l’incarnation d’une Europe à laquelle Donald Trump a redonné de la vigueur.
Qui, dans le groupe de Vincent Bolloré, qu’on a le droit d’admirer quand on n’a jamais fait preuve dans son quotidien de la moindre flagornerie, a jamais été empêché de proférer ou d’écrire ces considérations acceptables sinon par tous, du moins par beaucoup ?
Derrière cette idée fausse que la caporalisation du groupe serait telle que chacun, au garde-à-vous, obtempérerait, il y a le mépris qui, sous-estimant la liberté des uns et des autres, ferait de ces animateurs et de ces journalistes des ectoplasmes prêts à se trahir eux-mêmes et à trahir le réel ! Celui qui abaisse c’est qu’il est bas, a écrit Henry de Montherlant. On a un parfait exemple de cette dérive quand on prête un pouvoir malfaisant et infini à quelqu’un et qu’on présume la médiocrité de tous les autres !
Je n’ai pas une conception optimiste de la nature humaine. Aussi il me semble que je peux être cru quand j’affirme que nous ne sommes pas tous des ectoplasmes !

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La science qu’on abat

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© D.R.

Une étude de 2020 répondait enfin à la question que l’on se pose tous: « Les médecins blancs tuent-ils les bébés noirs ? », et dénonçait un prétendu racisme en fonction de la couleur de peau du nouveau-né dont les soignants se chargent. Un rapport absurde qui soulève surtout la question de l’utilisation des chiffres au service d’une idéologie…


Bien que les militants de la justice sociale prétendent que la notion d’objectivité est une fiction raciste inventée par les Blancs, ils y ont recours quand il s’agit de prouver scientifiquement le racisme des Blancs. C’est ainsi qu’une étude publiée en 2020 dans la revue prestigieuse Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America a répondu positivement, chiffres à l’appui, à la question « Les médecins blancs tuent-ils les bébés noirs1 ? ». Les quatre auteurs sont des chercheurs en management, et l’une d’entre elles, Rachel R. Hardeman, une Noire, est spécialisée dans l’application de la théorie critique de la race à des questions médicales. Le magazine Time la classe dans les 100 personnes les plus influentes au monde en 2024.

L’étude a analysé 1,8 million de naissances en Floride entre 1992 et 2015 en se focalisant sur le taux de mortalité selon l’origine ethnique. Conclusion : le taux de mortalité des bébés blancs est de 0,3 %, quel que soit le médecin, alors que pour les bébés noirs, il est de 0,9 % si le médecin est blanc et de 0,4 % si le médecin est noir. Mais corrélation n’implique pas causalité. Il fallait montrer qu’aucun autre facteur n’a provoqué la surmortalité des bébés noirs soignés par des Blancs. Ainsi, les chercheurs ont éliminé des dizaines d’autres paramètres possibles. CQFD !

Sauf qu’une autre étude, publiée quatre ans plus tard dans la même revue par deux autres chercheurs en management, démontre qu’une omission majeure a faussé ces calculs : le poids du bébé à la naissance2. Quand ce dernier est inférieur à 1,5 kg, le bébé est en danger et nécessite des soins intensifs. Or, la proportion de bébés noirs nés dans cette situation est plus élevée que celle des blancs, et un plus grand nombre d’entre eux sont pris en charge par des médecins blancs. Ainsi, la couleur du bébé et du médecin ne joue aucun rôle dans la surmortalité des bébés noirs. Conclusion : l’objectivité est une bien fiction – quand elle est manipulée à des fins exclusives de justice sociale.


  1. « Physician–patient racial concordance and disparities in birthing mortality for newborns », 17 août 2020. ↩︎
  2. « Physician–patient racial concordance and newborn mortality », 16 septembre 2024. ↩︎

C’est quoi être français ?

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Coluche candidat a l'élection présidentielle © 1 décembre 1980

François Bayrou a annoncé fin février qu’il allait lancer des « conventions citoyennes décentralisées » pour débattre de la question : « Qu’est-ce qu’être français ? » Alain Bentolila lui répond.


La question posée par François Bayrou est nécessaire. Elle risque cependant de susciter des réponses hétéroclites, principalement nourries de stéréotypes historiques, de souvenirs musicaux et de goûts culinaires, qui appartiennent bien sûr à notre imaginaire national. Plutôt que de tenter de dresser une liste sans fin dans laquelle Roland de Roncevaux le disputerait au cassoulet, et Édith Piaf à Victor Hugo, je préfère tenter de fonder notre identité nationale sur la capacité de chaque citoyen d’établir une claire hiérarchie entre : les valeurs universelles, les propriétés nationales, et les appartenances culturelles, confessionnelles et ethniques. J’insiste sur le terme « hiérarchie » ; il signifie pour moi que, dans l’esprit du citoyen français, les valeurs universelles doivent l’emporter sur les spécificités nationales et que les fondements historiques, culturels et linguistique français s’imposent aux marques d’appartenance communautaires. C’est ainsi que le principe universel selon lequel les peuples doivent disposer d’eux-mêmes, expose la colonisation à une juste critique. De même, le principe de laïcité français s’oppose à toute dérive sectaire des religions.

Culture et identité

Le fait que l’on appartienne, par un hasard heureux ou non, à un groupe qui partage certaines croyances, certaines habitudes culturelles, certains comportements et des histoires communes, ne doit en aucune façon effacer la singularité intellectuelle de chaque citoyen français. Cette appartenance communautaire chaleureusement assumée, ne saurait définir notre identité : une appartenance se reçoit avec reconnaissance ; une identité se construit en toute liberté sur la base des valeurs universelles et nationales. La subordination des croyances d‘appartenance à nos valeurs apparaît donc aujourd’hui absolument essentielle car c’est elle qui permet de comprendre nos différences, nos divergences et d’en discuter en toute liberté et en toute intelligence sans pour autant trahir sa communauté, sans avoir honte de ses racines. En bref, une appartenance ne se renie pas mais elle ne nous définit pas. J’appartiens à la communauté juive MAIS je revendique le droit en tant que français de dénoncer la colonisation de la Cisjordanie ; tu appartiens à la communauté musulmane MAIS tu as le courage en tant que citoyen français d’affirmer reconnaître le droit à l’existence de l’Etat d’Israël ; elle est catholique MAIS elle se bat, en tant que citoyenne française pour le droit à l’avortement. Tout citoyen français doit ainsi avoir la capacité d’analyser avec objectivité, profondeur historique et humanisme une situation dans toute sa complexité en refusant que quiconque, au nom d’une appartenance commune, puisse lui imposer une vision tronquée et stéréotypée des réalités politiques sociales et culturelles.

La puissance de la langue française

Chérir son appartenance culturelle ou spirituelle sans jamais aliéner son libre arbitre est l’unique façon de construire un dialogue dans lequel chaque citoyen, dans sa singularité, contribue à construire l’intelligence collective. Portés par notre langue commune, nous saurons tous exposer et comprendre nos arguments respectifs, sans soumission et sans haine et… nous rendrons la nation française un peu plus intelligente. Pour que soit affirmée pacifiquement la richesse de sa diversité, l’identité nationale doit être portée par un engagement solennel de la République : « nul, quelle que soit sa croyance, quelle que soit sa culture, ne sera privé de la force de la parole, nul ne sera privé de la capacité de comprendre ». Pour relever le défi de la différence, la puissance de la langue française, est en effet centrale. Fondamentalement, l’identité nationale, c’est la conscience d’appartenir à une communauté rassemblant des appartenances diverses, mais dans laquelle chaque citoyen partage une volonté de dialogue grâce à une égale maîtrise, un égal respect, un égal amour de la même langue. Seule une maîtrise plus justement partagée de la langue française pourra donc permettre à tous les citoyens de notre pays de ne considérer aucune différence comme infranchissable, aucune divergence comme inexplicable, aucune appartenance comme un ghetto identitaire. Je dis bien « maîtriser la langue française », et non la « baragouiner ». Nous avons en effet ; depuis trop longtemps, accepté avec une complaisance coupable que le problème d’insécurité linguistique dont souffrent certains citoyens soit dissimulé sous le concept dangereux de « diversité linguistique ». Chacun pouvant ainsi parler comme il l’entend, chacun pouvant écrire comme cela lui chante, peu importe la justesse et l’efficacité de son langage. Nous devons, au contraire, à tous ceux que l’on accueille, d’où qu’ils viennent, le meilleur de notre langue. Ce n’est donc pas dans le foisonnement de particularismes langagiers, qui stigmatisent plus qu’ils ne distinguent, que réside la promesse d’une identité nationale honorable et désirée. Tous les citoyens dans ce pays ont droit à une langue commune juste, précise et… créative ; il est de notre devoir de la leur offrir, il est de leur devoir de la chérir.

Ainsi, ce ne sera jamais de « ma faute »!

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DR.

Un bon dragueur est forcément « entreprenant ». Et, on peut malheureusement parfois voir du harcèlement là où il n’y en a pas, estime notre chroniqueuse.


L’Oréal nous le dit, dans sa nouvelle campagne que nous n’y sommes « jamais » pour rien si on nous harcèle. Nous apprenons, déclinée en rouge en affiches de 4 par 3, dans les couloirs du métro parisien entre autres, que ce n’est JAMAIS de notre faute si nous sommes harcelées parce que nous portons un magnifique rouge à lèvres ou des talons aiguilles. Il est en tout état de cause inadmissible de harceler une femme.

Oies blanches

Toutefois, la campagne de la marque affirmant il y a quelques années « parce que je le vaux bien » était autrement plus sympathique et valorisante pour nous les femmes. L’Oréal, cette marque de référence et de qualité, qui a aussi fait une belle campagne il y a quelques années sur l’excellence professionnelle des femmes, se met à traîner dans la rue et à provoquer : pourquoi ?

Il faut arrêter de taper sur les hommes, et seulement sur les hommes : ce ne sont pas tous des harceleurs, loin de là. Ce type d’affiches et d’accroches vont-elles dissuader les harceleurs, ou au contraire les émoustiller ? Quant à faire dire indéfiniment aux femmes que ce n’est jamais de leur faute, on comprend l’idée – mais elles peuvent aussi comprendre toutes seules qu’elles sont responsables de leur image, ne les prenons pas non plus pour des oies blanches…

Que sous-entend-on dans ces assertions ? Que tous les hommes seraient potentiellement obsédés sexuels, dragueurs incontinents, méprisants des femmes, frustrés, et alléchés par un simple rouge à lèvres ? Doit-on donc entériner que nos tenues n’y sont jamais pour rien ? Ce n’est pas tout à fait exact.

Drague plus ou moins subtile

Cette notion de harcèlement est en effet devenue un vertige de la civilisation, il suffit de le constater chez la jeune génération féminine qui, dès qu’on la regarde avec trop d’insistance, insulte immédiatement les garçons en question. Inquiétant à tous points de vue car cela fausse le jeu et la définition du rapport entre le harcèlement et la drague éternelle, la drague autrement dit « la cour » durant des siècles plus romanesques. Au XVIème siècle, on appelait le fait de faire la cour une « entreprise », car effectivement il faut être entreprenant… c’est la clé du succès. Personne n’est dupe, il y a une nuance entre être dragué et être harcelé, nuance parfois subtile, question de perception : on peut voir du harcèlement où il n’y en a pas. 

A lire aussi: Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

Un autre problème majeur est que nous jouons parfois les saintes Nitouche : maquillées comme des camions volés, perchées sur des talons vertigineux, vêtues d’une jupette à ras (je vous laisse qualifier) et affublées d’un décolleté à faire dérailler un motard ou provoquer un coup de frein dangereux chez un conducteur lambda. Pourtant, si ce dernier ose siffler, il devient gravement coupable.

L’attentat à la pudeur n’existe plus

Nous aurions tous les droits sur nos accoutrements ? Il est pourtant inquiétant de ne pas mettre de limites au charme et à la provocation de toutes ces jeunes femmes qui considèrent de plus en plus que leur tenue vestimentaire et comportementale ne concerne qu’elles-mêmes, no limites. Improbable, d’ailleurs si c’était si innocent et involontaire de se promener avec des tenues provocantes, pourquoi le feraient-elles ? car il est inconfortable de se percher sur des talons aiguilles,  de se décolleter jusqu’à risquer une fluxion de poitrine, de passer une éternité à se maquiller… et je ne vous parle même pas des pantalons collants à l’extrême, d’ailleurs sont-ce des pantalons ou des collants ? Les mini jupes ne sont plus des jupes mais parfois des culottes. L’attentat à la pudeur n’existe plus, sauf à être entièrement nues… parce que nous le voulons bien ? Plus sérieusement, les toutes jeunes filles en particulier doivent être au courant de leur pouvoir d’attraction et de leur devoir face au fait que les hommes ne sont pas des femmes comme les autres, qu’il y a des formes d’attirance différentes, qu’exciter un homme même par des vêtements provoque des réactions pas forcément souhaitables, et que ce n’est pas un jeu innocent et sans danger. Par ailleurs, nous vivons une mixité sociale et religieuse et il faut en tenir compte quoi qu’on en pense. Être conscientes que dans certains pays les femmes arborant des tenues provocantes passent pour des « professionnelles » et peuvent être agressées.

Facile de dire « je fais ce que je veux »… mais encore faut-il se tenir bien, dans tous les sens du terme. Cela signifie faire preuve d’un minimum de décence, s’habiller de manière adaptée aux circonstances et aux personnes qui nous entourent. La liberté s’arrête là où commence la provocation volontaire, surtout chez les jeunes (et même aux yeux de leurs parents). Le soir, est-ce vraiment si compliqué de glisser un imper sur une tenue sexy ?

Se tenir bien, c’est aussi éviter de provoquer sexuellement quelqu’un dont on n’attend rien, et ne pas renvoyer aux garçons une image des femmes à la fois paralysante, inquiétante et déroutante. À qui ont-ils affaire ? Ces garçons respectueux, un peu classiques, ne savent plus à quels « seins » se vouer : à qui parler, quand, s’ils seront rejetés au premier contact ou au contraire si on leur reprochera de ne pas répondre à une approche trop directe… Est-ce être conservatrice et ringarde que d’espérer autre chose dans les relations entre les sexes ?

Eduquons nos fils à ne pas voir les femmes comme des proies et à les respecter quelles que soient leurs tenues ! Mais nous les femmes sommes responsables de ce que nous affichons. 

Le féminisme deviendrait-il le prêt-à-penser des marques pour se faire de la pub ? Dommage.

La France sens dessus dessous !

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Pierre-Édouard Stérin, la start-up nation, c’est lui!

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Pierre-Édouard Stérin Anthony © DEHEZ/REA/Otium Capital

Convaincu que l’État serait mieux géré si le gouvernement était composé de chefs d’entreprise, le milliardaire Pierre-Édouard Stérin promeut ses idées conservatrices libérales à travers l’ambitieuse plateforme Périclès. Un projet évidemment caricaturé par les médias de gauche.


Il est le nouvel épouvantail de la presse progressiste. Non content d’aller à la messe tous les dimanches, de voter à droite sans complexe et de figurer dans le top 100 des milliardaires français – triple caractéristique qui frôle le péché mortel à en croire les récents articles parus à son sujet dans Le Monde, L’Humanité et Le Nouvel Obs –, Pierre-Édouard Stérin a aggravé son cas en janvier dernier quand il a fait savoir qu’un petit morceau de sa fortune, acquise grâce à sa start-up Smartbox, serait désormais consacré à une « société d’intelligence politique » baptisée Périclès, dont la mission est de distribuer 20 millions d’euros par an à des ONG libérales-conservatrices comme l’Institut de recherches économiques et fiscales ou l’Observatoire du décolonialisme. Parmi les solutions promues par le quinquagénaire, également considéré comme l’un des principaux « Business Angels » européens : donner les commandes de la France à des dirigeants dotés d’une solide expérience en entreprise, à la manière de l’Amérique de Donald Trump et d’Elon Musk. Une perspective peut-être pas si impensable au pays de l’ex-directeur de tannerie Antoine Pinay, de l’ancien négociant en spiritueux Jean Monnet et du ci-devant banquier Georges Pompidou.


Causeur. Il y a quelques jours, vous avez fait sensation sur le réseau social LinkedIn en publiant une liste de onze grands patrons du privé qui pourraient, selon vous, former un gouvernement idéal. Par exemple, le portefeuille de la Santé pourrait être attribué à Stéphane Bancel, le PDG de Moderna, et celui de la Réduction de la dépense publique à Carlos Tavares, l’ancien numéro un de Peugeot-Citroën. Est-ce juste un jeu de l’esprit ou une proposition sérieuse ?

Pierre-Édouard Stérin. C’est sérieux. Mettre à la tête des ministères des experts reconnus du monde de l’entreprise, qui ont obtenu de vrais succès dans leur domaine me semble une idée de bon sens. C’est une question d’offre. Gouverner, cela veut dire avoir une vision et des objectifs, puis recruter et manager une équipe afin de les réaliser, et enfin savoir faire des choix quand des décisions importantes doivent être prises. C’est le boulot quotidien des entrepreneurs.

Dans votre publication sur LinkedIn, vous oubliez de définir le profil du président idéal. Voudriez-vous que, comme aux États-Unis, un homme d’affaires accède à l’Élysée ? Soutiendriez-vous le plus puissant d’entre eux, Bernard Arnault, comme l’écrit Le Monde ?

Je ne le connais pas personnellement, mais sa réussite plaide incontestablement en sa faveur. Cela dit, une personne comme Xavier Niel, davantage orientée vers la tech et la création d’entreprise, me paraît présenter aussi un profil intéressant, même si je ne suis pas certain d’être d’accord avec lui sur tous les sujets clefs. D’autres personnalités me semblent également pertinentes, comme Patrick Pouyanné, le PDG de Total, ou Vincent Bolloré.

On est tenté de vous comparer avec ce dernier, qui est lui aussi un catholique de droite assumé. Quelles sont vos relations avec lui ?

Très bonnes. Il est une source d’inspiration, comme George Soros peut l’être également, mais dans le camp d’en face !

N’est-ce pas contradictoire d’être milliardaire quand on a la foi chrétienne ?

Aucunement. Je vous renvoie à la parabole des Talents dans les Évangiles.

N’y a-t-il pas tout de même quelque paradoxe à prôner des valeurs ancestrales pour la société et, en même temps, investir, comme vous le faites, dans des technologies, notamment numériques, qui bouleversent radicalement nos modes de vie ?

Catholicisme et développement ne sont évidemment pas incompatibles.

Revenons à votre idée de gouvernement d’entrepreneurs. Les Français y sont-ils disposés ? Ne préféreront-ils pas toujours les hommes politiques venus du service public et pétris de convictions étatistes ?

Certes le socialisme est omniprésent en France, mais nombre de nos concitoyens ont encore une énorme énergie à déployer. Tout n’est pas perdu, le redressement est possible. Ce sera compliqué, j’en conviens. Mais je suis un éternel optimiste. Si la France a été détruite en quelques dizaines d’années, nous pouvons tout à fait en faire à nouveau une formidable puissance en quelques dizaines d’années !

En vous mêlant de politique avec la fortune immense qui est la vôtre, ne risquez-vous pas de fausser le jeu démocratique ?

Non, pas du tout. Que des patrons se mêlent de politique, comme vous dîtes, cela n’a rien de nouveau. Regardez en Amérique, les milieux d’affaires soutiennent les candidats aux élections présidentielles. Le plus souvent d’ailleurs, ils aident davantage le candidat démocrate que le candidat républicain… Cela empêche-t-il les États-Unis d’être une grande démocratie ? Chez nous en Europe, c’est la même chose. Un financier comme George Soros, mais aussi d’autres membres de l’élite économique, de façon plus discrète, ne m’ont pas attendu pour exercer une certaine influence sur la politique.

En France, depuis quelques semaines, plusieurs grands capitaines d’industrie critiquent le gouvernement et les hausses de taxe sur les entreprises. Qu’avez-vous pensé de cette montée au créneau ?

Il était temps ! Les patrons français sont, en un sens, responsables de la situation actuelle du pays, car ils ont trop longtemps voulu éviter de s’impliquer dans ces sujets.

Le Medef a quand même pris des positions politiques par le passé. Par exemple en appelant à voter pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, et en se déclarant favorable à la mondialisation et à l’immigration…

C’est vrai, une grande partie du patronat, des bourgeois et de la gauche sont responsables de l’ouverture des frontières. Il s’agissait pour eux de favoriser une économie où l’on produit toujours moins cher et où l’on consomme toujours plus et à moindre prix. Je m’inscris en totale opposition avec ce courant.

Quel regard portez-vous sur le couple exécutif actuellement au pouvoir en France ?

Je suis plus que sceptique envers Emmanuel Macron et François Bayrou, compte tenu des résultats qu’ils ont pu avoir l’un comme l’autre ces dernières années aux postes qu’ils ont occupés. On n’envoie pas à Matignon quelqu’un qui ne sait pas diriger une ville. On ne réélit pas un président qui a déjà eu sa chance et qui a fait si peu pour son pays. Nommons plutôt des gens qui ont déjà démontré des capacités de restructuration et de développement dans une entreprise ! Ils ont bien plus d’expérience que tous les politiques réunis.

Vous pilotez vos activités depuis Bruxelles. Comprenez-vous les critiques de ceux qui vous reprochent un manque de patriotisme du fait de cette expatriation ?

Je préférerais vivre en France, croyez-moi. Si je vis en Belgique, c’est pour économiser des impôts, que je reverse ensuite au centuple dans des projets caritatifs et métapolitiques.