Ne revenons pas sur le fond de Jour de colère, à propos de quoi nous nous sommes expliqués publiquement avec ses organisateurs, dont nous ne remettons pas en cause la bonne foi, même si nous pouvons diverger sur certains points, lesquels restent tout à fait légitimes et dans le champ du débat rationnel.

Il reste malgré tout quelques faits étranges, notamment dans la propension des forces de l’ordre à organiser de façon sélective, depuis un an et les premières grandes Manifs pour tous, les arrestations et les gardes à vue. On n’en compte pas moins d’un millier pour quelques dizaines de condamnations réelles à la fin. Les policiers, que l’on sait particulièrement zélés et réactifs lorsqu’il s’agit d’appréhender Marie-Ségolène et Charles-Edouard qui ont jeté une misérable canette sur un Robocop surarmé, sont bizarrement absents quand cinquante néonazis parfaitement identifiables défilent en tendant le bras en hurlant « Juifs dehors ».

Lesdits barbares n’étaient même pas en l’occurrence des soraliens issus de la diversité – ce qui eût pu expliquer la vergogne du ministère de l’Intérieur à les toucher – mais tout ce que l’on fait de plus classique dans la vieille extrême droite pétainiste, les zigotos de feu L’Œuvre française et des Jeunesses nationalistes (dissoutes officiellement toutes deux au moment de l’affaire Méric), cornaqués par Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac, le premier ayant tenté de s’emparer du micro à la tribune avant d’être lestement rabroué par le service d’ordre. Curieusement ces gens-là, qui défilaient sous la banderole de leur nouveau faux-nez, Les Caryatides, ne sont jamais alpagués. Lorsque Gabriac et ses copains récidivent deux jours plus tard en interrompant la diffusion à Annecy du film de Caroline Fourest sur les Femen, ils sont exfiltrés par les flics et immédiatement relâchés. De là à considérer qu’ils sont les idiots utiles de M. Valls, il n’y a qu’un pas qu’on ne répugne pas à sauter.

Le ministre de l’Intérieur aura de plus en plus de mal à justifier publiquement sa lutte contre le fascisme s’il continue de laisser ces zouaves tendre le bras impunément pendant qu’il coffre des Veilleurs pacifiques. Il serait bon que ses services s’expliquent enfin sur la pusillanimité – ou l’amateurisme ? – dont ils font preuve devant ce groupuscule censément interdit.

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