Accueil Site Page 235

Culture et médias publics: il est temps d’en finir avec la propagande aux frais du contribuable

0

Depuis Jack Lang, la confiscation de la culture par un clan politique (au mépris du pluralisme, de la liberté de création et de l’intérêt général) est un véritable scandale démocratique ! Alors que la société se fracture et que les opinions des citoyens français ont tendance à se polariser, il est urgent de faire respecter la neutralité.


Tous les gestes créatifs, du plus exigeant au plus populaire, ont contribué depuis des siècles à façonner notre culture, et donc la France elle-même. Les grandes œuvres de l’esprit, les chefs-d’œuvre du cinéma et de la musique, le patrimoine architectural, la langue, la mode, composent le ciment qui nous lie, depuis Rabelais jusqu’à Houellebecq en passant par François Truffaut ou Alain Bashung.

La grandeur d’un pays ne se mesure pas seulement à ses résultats économiques, mais aussi à la puissance de sa culture. Dans un domaine comme dans l’autre, les 50 nuances de social-étatisme qui dirigent la France depuis des décennies ont bridé et affaibli le pays. La soviétisation de la France, planifiée depuis Paris par une caste interchangeable, n’a pas épargné la culture. Rien n’échappe à la main de l’État démiurge, incapable sur l’insécurité ou l’immigration illégale, mais implacable pour « emmerder les Français » comme disait Pompidou, réduire nos libertés, régir nos vies dans le moindre détail, penser à notre place, et transformer la culture en outil de propagande. 

Nourrir une vision de gauche du monde

Depuis 1981 et le règne de Jack Lang rue de Valois, la culture publique est devenue une arme politique, et un monde en coupes réglées. Les 15 milliards € d’argent public dépensés chaque année (Etat plus collectivités) ne servent pas à rendre la culture accessible à tous, ni à élever les esprits, mais essentiellement à nourrir une vision progressiste du monde — inclusive, bien-pensante, loin du peuple, bref, de gauche —, et à rémunérer ceux qui jouent le jeu. « Une subvention contre une signature au bas d’un manifeste électoral », écrivait Michel Schneider dans son remarquable essai La comédie de la culture (1993), consacrée au Ministère et ses dérives.

En institutionnalisant la culture, en organisant sa bureaucratie, en professionnalisant les métiers, en nommant depuis la rue de Valois les directeurs des scènes nationales, des festivals, des musées, ou encore les responsables de l’audiovisuel public ou du cinéma, en récompensant les bons élèves à coups de subventions/récompenses, le camp du bien a posé les fondations solides d’un système à la botte de son idéologie. Depuis lors, jamais un ministre de la Culture, y compris de droite, n’a osé la moindre réforme, même modeste, visant à un soupçon de pluralisme. La gauche culturelle, prompte à hurler au fascisme dans les médias à la moindre incartade, fait peur. Dans ce microcosme militant, ivre de sa supériorité morale, l’entresoi est un art de vivre et la pensée unique règne en maître. Dans ce monde binaire biberonné aux subventions, de l’art contemporain au théâtre, du cinéma aux médias publics, l’univers est divisé en deux camps : d’un côté le « camp du bien » (eux), et de l’autre les Français qui pensent mal et qu’il s’agit de rééduquer (soit 90 % de la population, qui finance sans broncher cet entre-soi par l’impôt).

A lire aussi: L’État de droit, c’est plus fort que toi !

Plus subtil et pervers que la censure directe, ce système conduit à l’autocensure des artistes. Discuter aujourd’hui « en off » avec des créateurs, fussent-ils dramaturges, scénaristes, chorégraphes, ou candidats à la direction d’une scène nationale, revient à entendre toujours le même discours résigné. Obtenir un poste ou une subvention contraint à se soumettre au dogme, à masquer ses opinions, et donc à s’autocensurer. Dans un monde régi par une idéologie politique allant de LFI à la gauche du PS, même les universalistes républicains de gauche vivent cachés…. Pas un projet sans moraline diversitaire n’est envisageable. Pas un dossier de subvention ou de candidature sans les mots et thèmes obligatoires de la culture institutionnelle : urgence climatique, vivre-ensemble, racisme systémique de la France, glorification des LGBTQI+, haine de la « laïcité islamophobe » (sic), haine du libéralisme, des riches, de la culture classique, des flics, et bien entendu du Blanc de plus de cinquante ans, à moins qu’il ne fût déconstruit et repentant.

Il faut fréquenter les festivals, visiter les FRAC, voir les expositions d’art contemporain, regarder attentivement ce que finance le CNC, ce qu’expose le Palais de Tokyo, ou le CV des artistes politisés logés à la Villa Médicis de Rome, etc…, pour mesurer l’ampleur de la mainmise de la gauche sur la culture institutionnelle. On constate une absence quasi totale de pluralisme. Idem sur les antennes de l’audiovisuel public, sous la tutelle du ministère de la Culture. A ce rythme, c’est le consentement à l’impôt de la majorité silencieuse, méprisée par la caste au pouvoir, qui sera bientôt en jeu.    

Renversement de paradigme

Imaginons un instant la situation inverse, pour mesurer la gravité de ce qui relève du détournement légal d’argent public à des fins politiques. Si un Jack Lang de droite avait fait exactement la même chose, si la culture publique était depuis des décennies entre les mains de petits marquis de droite, qui ne financeraient que des spectacles à la gloire de Jeanne d’Arc, la rénovation des églises, et censureraient toutes tentatives de spectacles jugés décadents, tout le monde serait à juste titre horrifié. Nous parlerions à raison de culture réactionnaire et de dérive totalitaire.

Dans tous les cas, la confiscation de la culture par un clan est un scandale démocratique, et un danger pour l’unité nationale. Paradoxalement, ceux qui participent à ce système se vivent en rempart vivant contre le totalitarisme. Ils oublient que l’élection de Trump aux Etats-Unis est moins une adhésion à son projet qu’une réaction épidermique de la majorité silencieuse contre les excès du progressisme woke, et le déni du réel glorifié par le show-biz et les médias mainstream. La gronde électorale des peuples en Europe et en France relève de la même mécanique infernale.

La cancel culture, tribunal de l’inquisition du wokisme, a placé le dernier clou du cercueil sur l’art et la création. L’art doit plus que jamais donner des leçons de gauche. « À quoi sert d’écrire si ce n’est pas pour dénoncer le racisme ? », écrit Édouard Louis, mètre étalon de l’époque. Plus rien ne doit offenser les minorités. Charles Bukowski ou Serge Gainsbourg pourraient-ils créer librement aujourd’hui ? Sans doute pas. Le tribunal de la bien-pensance veille au grain. Or on ne fait pas de l’art avec des bons sentiments. Les artistes ne sont pas des ONG. Pas de culture forte et puissante sans liberté d’expression, sans liberté de ton. Pas d’art dérangeant et révolutionnaire possible quand les corbeaux de la cancel culture reposent sur les épaules des créateurs, surveillant leur moindre écart. Martelons-le : pire encore que la censure, l’autocensure est la plus insupportable des contraintes qui pèsent sur les artistes. Combien de chefs-d’œuvre et d’idées formidables ont été tués dans l’œuf, ou affadis par leur créateur, par crainte des conséquences sociales et financières ?

Peu de politiques ont le courage d’oser s’attaquer publiquement aux Tables de la Loi gravées par Jack Lang. Mais les choses changent tant le camp du bien autoproclamé s’effondre dans les urnes, et tant sont antidémocratiques les dérives observées. David Lisnard signait récemmment dans Le Figaro une tribune contre le financement par l’argent du contribuable de spectacles hostiles aux valeurs républicaines[1]. Christelle Morançais, présidente du Conseil Régional des pays de la Loire, vient d’annoncer la fin de l’essentiel des subventions régionales automatiques à la culture, évoquant « le monopole intouchable d’associations très politisées, qui vivent d’argent public ». On peut critiquer cette décision radicale, mais la politisation de ces associations est un secret de Polichinelle. Une remise à plat du système s’impose pour en finir avec ses abus.    

A lire aussi: L’Arcom, « autorité indépendante », mais de qui ?

« ll fut un temps où la culture servait à ouvrir les yeux », regrette Alain Finkielkraut. Ceux qui la régentent lui demandent désormais d’avoir les yeux grands fermés sur la réalité du monde, de regarder les Français de haut, et d’assener des leçons de morale. La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, résume sa mission avec toute la candeur du camp du bien : «On essaie de représenter la France telle qu’on voudrait qu’elle soit». L’urgence n’est pas de fusionner France télé et Radio France, mais bel et bien de garantir le pluralisme dans les grilles des médias publics. La mission du service public est de financer des programmes exigeants, sans obligation d’audience, que le privé ne finance pas. La seule utilité d’un média public n’est pas de concurrencer Netflix ou de produire des jeux, mais de tirer les spectateurs vers le haut. Nous en sommes loin. Face à ces dérives, comment s’étonner que certains réclament la privatisation de l’audiovisuel public ? 

Minée de l’intérieur et victime d’un déclassement accéléré dans tous les domaines, la France a plus que jamais besoin d’une culture et d’un système éducatif forts. Et donc de financements à la hauteur des enjeux. Mais une réforme puissante et radicale est nécessaire pour libérer la culture institutionnelle de l’emprise politique. Nous ne voulons surtout pas une culture « de droite » pour remplacer une culture « de gauche », mais une réforme profonde garantissant la liberté d’expression, de création, et le pluralisme. La neutralité des services publics — dans la culture, dans les médias, à l’école, mais aussi dans la justice — est un impératif non négociable dans une démocratie digne de ce nom, n’en déplaise à la CGT spectacle ou au Syndicat de la Magistrature. Il est urgent de faire respecter la neutralité des services publics, et l’ensemble des Français qui les financent. Il y va de la survie de notre démocratie tant la société se fracture en deux camps radicalisés.

La vérrouillage de services publics (justice, culture, médias) et des institutions (Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Arcom) par un camp politique — qui de surcroit se gargarise en permanence de protéger l’État de droit —, devrait être au cœur de nos inquiétudes. Dans l’état actuel des choses, qui peut affirmer que la France est encore une démocratie exemplaire ?  

La Comédie de la culture (H.C. Essais)

Price: ---

0 used & new available from


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/l-argent-public-n-a-pas-a-financer-des-spectacles-hostiles-aux-valeurs-republicaines-20230421

Mort sur ordonnance

Éthique. Les débats sur la « fin de vie » reprennent ce mardi à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre François Bayrou a scindé le texte initial en deux volets distincts. Les conservateurs soulignent que la légalisation de l’euthanasie constitue un enjeu de civilisation, marquant selon eux un basculement anthropologique majeur. Ils redoutent que la proposition de loi sur les soins palliatifs ne réponde pas suffisamment aux besoins réels du pays, tandis que celle relative à l’aide à mourir dépasserait largement les engagements pris par Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Le regard d’Elisabeth Lévy.


Alors que la loi sur l’euthanasie sera examinée à partir du 12 mai, j’écoute ceux qui doutent. La légèreté anthropologique de certains défenseurs de cette loi est effrayante. Planqués derrière quelques slogans comme « mourir dans la dignité », ils renvoient tout opposant dans les cordes de la réaction. Ils brandissent des cas personnels réellement bouleversants pour empêcher de réfléchir. Que répondre à quelqu’un qui implore la société de mettre fin à son calvaire ?

Je n’ai pas de religion concernant cette question. La mort doit peut-être échapper à la loi. C’est une question douloureuse, difficile, et qui ne devrait pas être une cause militante qu’on se jette à la tête. Sur Le Figaro TV[1], l’écrivain Michel Houellebecq parle d’une espèce d’arrogance progressiste qui revient à balayer toute la sagesse et les pensées antérieures. Voilà pourquoi il faut écouter ceux qui doutent plutôt que les marchands de certitudes. Houellebecq distingue l’euthanasie du suicide assisté où la société fournit le poison mais ne l’administre pas (Entre 1/3 et 50% des gens ne l’utilisent pas une fois qu’on leur a remis, d’ailleurs). Sa grande inquiétude, c’est que les malades et les vieux se sentent de trop. « Par des siècles de condition difficile, on a été dressé à l’impératif de ne pas être à charge. Mais ce n’est pas une envie de mourir. » 

A lire aussi: Marcel Gauchet : « L’Europe est l’idiot du village global » 

Houellebecq n’est pas un spécialiste du sujet, répliquera-t-on.

D’abord, toute personne qui réfléchit à notre civilisation peut être un spécialiste. Ensuite écoutons aussi les vrais spécialistes. Écoutons donc Théo Boer, professeur d’éthique aux Pays-Bas, pays pionnier dans le domaine, qui signait hier une tribune dans Le Monde[2] : « J’ai cru qu’un cadre rigoureux pouvait prévenir les dérives de l’euthanasie: je n’en suis plus si sûr ». Son texte m’a bouleversée. Tout le monde devrait le lire. Il n’y a pas d’idéologie. M. Boer part du réel. Que nous dit-il ? En 2024, son pays a enregistré une hausse de 10% des euthanasies. Désormais, cela représente près de 6% des décès en Hollande. Où on observe par ailleurs l’émergence de l’euthanasie à deux (108 décès en 2024). Pire : l’euthanasie pour troubles psychiatriques a augmenté de + 59 %. Souvenons-nous de cette jeune Belge de 18 ans, traumatisée par les attentats, qui avait obtenu le droit d’être tuée. Des patients physiquement en bonne santé, mais souffrant mentalement demandent et obtiennent donc désormais de mourir.

Le centriste Olivier Falorni est le rapporteur du texte qui sera débattu à l’Assemblée cette semaine © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00906654_000020

Et cela continue. Car le Parlement hollandais examinera bientôt une loi accordant le suicide assisté à toute personne âgée de 74 ans, même bien-portante… En somme : vous avez fait votre temps, on vous débranche ! Cela commence à faire peur. Bien sûr, il faut prendre en compte la souffrance des malades en phase terminale. Le développement des soins palliatifs est donc fondamental. Mais l’extension permanente du domaine de la mort assistée crée un risque que les malades ressentent une pression pour en finir. Il s’agit d’inscrire dans la loi le droit, voire le devoir de tuer. On a le droit voire le devoir de douter.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio au micro de Jean-Jacques Bourdin


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/il-n-y-a-aucun-besoin-d-etre-un-catho-reac-pour-etre-contre-l-euthanasie-michel-houellebecq-debat-de-la-fin-de-vie-au-figaro-20250406

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/07/theo-boer-professeur-d-ethique-neerlandais-j-ai-cru-qu-un-cadre-rigoureux-pouvait-prevenir-les-derives-de-l-euthanasie-je-n-en-suis-plus-si-sur_6592197_3232.html

Armement: les recettes carnivores

Pour retrouver une industrie de défense digne de ce nom, l’Europe aurait tout intérêt à prendre exemple sur la Russie, la Chine et les États-Unis.


Le 4 mars, Ursula von der Leyen a annoncé le lancement du plan « Readiness 2030/ReArm Europe », destiné à doper l’économie de défense du Vieux Continent. Derrière les belles formules et un budget de pas moins de 800 milliards d’euros sur cinq ans, une question se pose : le volontarisme financier suffit-il à relancer une dynamique industrielle ?

Changement d’échelle

Fabriquer des blindés, des missiles et des munitions exige des matières premières (acier, titane, tungstène, terres rares, etc.) ainsi que des produits semi-finis (tels que les semi-conducteurs), dont nous maîtrisons peu ou mal l’approvisionnement. Et lorsque ces intrants sont disponibles, encore faut-il que l’énergie soit accessible à un prix compétitif. À cet égard, EDF, bien qu’entreprise d’État, ne joue pas convenablement son rôle, comme l’a pointé Roland Lescure, ancien ministre de l’Industrie (2022-2024), le 13 mars dans L’Usine nouvelle.

À lire aussi : Nous avons épuisé les dividendes de notre puissance

Enfin et surtout, il ne suffit pas de décréter l’augmentation des cadences de production. Il faut ouvrir de nouvelles usines, former, recruter. Aujourd’hui, le principal goulot d’étranglement réside dans le manque de sites industriels, mais aussi d’ouvriers spécialisés et d’ingénieurs, dont la formation demande des années. Sans main-d’œuvre qualifiée, impossible de changer d’échelle.

Comme d’autres pays, il faut être prêt !

Comment surmonter tant d’obstacles ? Même s’ils sont loin d’apporter toutes les réponses, trois cas d’école méritent d’être passés en revue : la Russie, la Chine et les États-Unis.

Depuis qu’elle a envahi l’Ukraine en 2022, la Russie est passée en économie de guerre. Mais son appareil productif est resté sensiblement le même. Seulement, ses priorités ont été réorientées vers le militaire. Par exemple, des usines de wagons assemblent désormais des chars. Les chaînes tournent en 24/7, avec un renforcement massif des effectifs. Contrairement aux idées reçues, Vladimir Poutine n’a pas sacrifié son industrie, il l’a simplement adaptée à ses nouvelles exigences.

La Chine, elle, n’est pas en guerre, mais son économie est structurée pour pouvoir basculer en quelques semaines. Les grandes usines du pays conservent des capacités de production duales, qui permettent de passer du civil au militaire à tout moment. Les fabricants de semi-conducteurs sont en outre contraints de garder des stocks importants pour l’armée. Contrairement à la France, dont les dirigeants commencent à réfléchir une fois le conflit commencé, la Chine a déjà intégré la logique martiale dans son organisation économique.

À lire aussi : Réarmement: se reposer ou être libres…

Les États-Unis, enfin, préparent également leur industrie à une éventuelle guerre prolongée. Ils sont en train de relocaliser la production d’acier et de semi-conducteurs, tandis que la « Bipartisan Infrastructure Law », votée en 2021 sous Joe Biden, a pour objet de moderniser les grands axes routiers stratégiques reliant les bases militaires. Depuis l’élection de Donald Trump, le gouvernement prévoit en outre des coupes dans les pensions des soldats retraités afin de libérer des fonds servant à subventionner l’industrie de l’armement.

Face à ces trois puissances qui se comportent comme des « carnivores » (pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron), il ne suffit pas que l’herbivore européen proclame qu’il va désormais manger de la viande. Il faut également qu’il aiguise ses dents.

La poésie en plein essor

À l’occasion du Printemps des Poètes, Jean-Yves Reuzeau publie l’anthologie Esprit de Résistance qui réunit 118 poètes d’aujourd’hui. Avec 7% de progression pour l’année 2024 et 1,6 million d’exemplaires vendus, le genre connaît la plus belle progression de l’édition. Il a répondu à nos questions.


Alors que l’édition 2025 du Printemps des Poètes se termine, nous avons rencontré Jean-Yves Reuzeau, éditeur, écrivain et poète, qui vient de sortir Esprit de Résistance, l’année poétique : 118 poètes d’aujourd’hui, aux éditions Seghers. « L’Année poétique propose un rendez-vous annuel aux passionnés de poésie », expliquent ces dernières en quatrième de couverture de l’ouvrage. « (…) Des poètes consacrés et de nouvelles voix qui viennent de France, de Belgique, du Luxembourg, du Québec ou de Suisse, ou encore de Guinée, d’Haïti, du Liban, du Maroc, de Roumanie ou de Djibouti, pour ceux qui ont choisi d’écrire en français. (…) Tous résistent aux convenances et aux discours dominants, à l’impérialisme du sens, à une ère de cynisme et de médiocrité sublimée, pour s’insurger contre l’état du monde. »


Volcanique

Causeur. Que représente pour vous le Printemps des poètes ?

Jean-Yves Reuzeau : Le Printemps des Poètes est une manifestation nationale et internationale qui a fêté ses 25 ans d’activité. Celle-ci permet une large sensibilisation à la poésie sous toutes ses formes non seulement pendant quinze jours mais aussi durant toute l’année. Son rôle est très important pour éveiller l’intérêt des plus jeunes et élargir le public concerné et rajeuni. Il faut se rendre compte que plus de 18 000 manifestations sont programmées en 2025. Et que plusieurs millions de personnes sont mises en face d’un poème à cette occasion. Le thème choisi cette année par le Printemps des Poètes, « volcanique », souligne la vitalité étonnante de ce genre littéraire, principalement depuis la crise du Covid.

Quel rôle avez-vous joué au sein de ce Printemps des poètes au fil des ans et des éditions ?

Depuis sept ans, à la demande du Printemps des Poètes, je publie à cette occasion une importante anthologie de poésie francophone contemporaine. Ces livres présentent des textes inédits d’une centaine d’auteurs en pleine activité créatrice. Cette année, cette anthologie est éditée par les éditions Seghers qui ont souhaité donner une nouvelle vie à leur mythique collection « L’Année poétique ». Avec pour titre Esprit de résistance. Pour l’occasion, j’ai organisé une quinzaine de rencontres-lectures dans des librairies, des théâtres ou d’autres lieux. À Paris, Montpellier, Montréal, Marseille, Genève, etc. Souvent devant un public nombreux et enthousiaste.

Pouvez-vous nous présenter cette anthologie Esprit de résistance ?

Ce livre volumineux (400 pages) a pour ambition d’offrir un large panorama de la création poétique dans la francophonie, mais aussi à travers le monde. Tous les textes sont inédits et écrits pour l’occasion. Ils doivent être écrits par des auteurs qui ont parfois choisi d’écrire en français. Certains viennent du Liban, de Roumanie, de Guinée, de Djibouti ou d’Haïti. Chaque génération est représentée à part quasiment égale. Sans oublier la présence des grands noms qui nous ont quittés en une année particulièrement cruelle : Guy Goffette, Charles Juliet, Annie Le Brun, Jacques Réda ou Jacques Roubaud. Une trentaine de pages de notes biographiques permettent aux lecteurs de partir à la découverte de l’œuvre des auteurs qui les auront le plus marqués. Une anthologie doit avant tout être un espace de découvertes.

« Poètes, vos papiers ! »

Parmi ces 118 poètes, pourriez-vous nous parler de quatre ou cinq qui vous ont marqué vous-même, étonné, interpellé ? Et pourquoi ?

Pour un anthologiste, le plus excitant reste sans doute de révéler de nouvelles voix. Pour cette année, les plus remarquées sont notamment celles de Sara Bourre, Julia Lepère, Julie Nakache, Noah Truong ou Pauline Picot dont un poème de huit vers a particulièrement marqué les esprits. Ces poèmes parlent du quotidien, des menaces de notre temps, mais aussi d’espoir et d’ouverture, de brûlure du langage et de folie passionnément.

Esprit de résistance. Résister contre qui, contre quoi ? Il y a un côté engagé, rebelle dans cette expression. Selon vous, la poésie doit-elle être engagée ? Ne peut-elle pas être désengagée, sensuelle, douce, apaisée ?

Esprit de résistance : thème choisi en pensant à Pierre Seghers, créateur de la fameuse collection « Poètes d’aujourd’hui » et en lutte sa vie durant, mais aussi en réaction face à une époque particulièrement chaotique et menaçante. Résistance contre l’intolérance ambiante et face aux mensonges et trahisons qui rongent nos sociétés de façon accélérée. Guerres réelles, économiques ou idéologiques. De toute façon, la poésie reste acte de résistance en elle-même, par ses audaces textuelles et ses tentatives de réparer le réel. Elle résiste aux convenances, aux discours dominants.

Couture, Arthur H., Marie Modiano ; il y a quelques chanteurs et chanteuses parmi les 118. Pourquoi ?

Plusieurs chanteurs et chanteuses participent à cette anthologie : CharlÉlie Couture, Arthur H, Arthur Teboul, Marie Modiano, Clara Ysé… Certains écrivains ou lecteurs du genre tentent comme toujours de renier le statut de poète à ceux ou celles qui portent les mots en musique. Sans doute vexés ou frustrés par un succès médiatique ou commercial qui leur fait défaut… « Poètes vos papiers ! » hurlait ainsi Léo Ferré, pour faire justement se pâmer les précieux à l’arrêt…

L’édition se méfie-t-elle un peu moins de la poésie, dite peu vendeuse ?

L’édition a bien sûr remarqué, depuis la période pandémie, que le secteur de la poésie connaissait un essor conséquent. La poésie est d’ailleurs un des très rares domaines en croissance, avec 7 % de progression pour l’année 2024 selon l’institut d’étude de marché GfK. Pour 1,6 million d’exemplaires vendus. La poésie a toujours progressé en temps de crise et le nouveau dérèglement international risque de renforcer cette tendance. Des collections se créent (notamment de poche) chez les éditeurs traditionnels comme chez les indépendants. Les librairies agrandissent leurs rayons spécifiques, exposent ces livres en vitrine. Les tirages augmentent. Les thématiques se cristallisent souvent sur les préoccupations de l’époque (féminisme, animalisme, éco-anxiété, état de guerre permanent, phénomènes migratoires, présence invasive de l’intelligence artificielle, etc.) Les lectures publiques rencontrent un succès croissant. Remy de Gourmont l’affirmait avec provocation dès 1892 : « Il n’y a qu’un seul genre en littérature : le poème. »

Esprit de Résistance, L’année poétique : 118 poètes d’aujourd’hui, Jean-Yves Reuzeau ; éd. Seghers ; 386 p.

Esprit de résistance - L'Année poétique. Anthologie

Price: ---

0 used & new available from

Coup pour rien

Copenhague, début du XXe siècle. Karoline, une jeune ouvrière, lutte pour survivre. Lorsqu’elle tombe enceinte elle noue un lien fort avec Dagmar, qui l’aidera à surmonter les épreuves auxquelles elle doit faire face…


Un drame horrifique raté et éprouvant

Présenté comme l’un des événements cinématographiques du Festival de Cannes l’an passé, mais dont la sortie a été maintes fois repoussée depuis (mauvais signe !), La Jeune Femme à l’aiguille, du Danois Magnus van Horn, ressemble à s’y méprendre à une punition.

Punition qu’on inflige à des spectateurs pourtant coupables de rien, sinon d’avoir payé un ticket d’entrée pour se faire battre. En noir et blanc crasseux et dans un style outré aux effets spéciaux parfaitement gratuits, le film déroule avec complaisance le chemin de croix d’une ouvrière à Copenhague en 1912, sur fond d’infanticides tirés d’une histoire vraie.

A lire aussi: Le vol est puni!

Mais le cinéaste fait surtout le malin en faisant émerger des thèmes « actuels » (sororité, avortement, patriarcat, etc.) dont l’utilisation appuyée dénote une roublardise assez grossière et pour tout dire indécente. À force de multiplier les abominations, le film finit par sombrer définitivement dans sa propre caricature.

2h02


Les femmes d’Auschwitz

Chochana Boukhobza s’appuie sur les témoignages des survivantes du camp d’Auschwitz-Birkenau ainsi que sur les procès des membres de la SS pour nous faire découvrir et comprendre la vie des femmes déportées.


Visiter Auschwitz-Birkenau, ce n’est certes pas une partie de plaisir. Les pauvres âmes qui connurent là-bas l’enfer ne s’y manifestent pas, elles ne hantent pas de façon mystérieuse ces sinistres ruines. Il n’y a ici que le silence glacé de l’indicible, comme si la douleur de ces millions de sacrifiés ne pouvait s’exprimer que dans un hurlement muet, sidéré, tel que nous le montre « le Cri » tableau prémonitoire d’Edward Munch.

La Shoah fut une déchirure cataclysmique de la trame de notre humanité, que rien ne pourra réparer ; une explosion tellement puissante de toutes nos valeurs que, pareille au bigbang, il en restera longtemps un fond diffus, une lumière certes vacillante, mais qui ne s’éteindra pas tant que des témoignages en garderont et en protègeront le souvenir.

C’est à ce travail essentiel que durant sept années s’est livrée Chochana Boukhobza pour réaliser son grand ouvrage Les femmes d’Auschwitz-Birkenau : une somme qui nous met en contact, en proximité affective, avec d’innombrables femmes qu’un destin tragique amena jusqu’à la sinistre rampe de Birkenau.

À lire aussi : Auschwitz a dépouillé l’espèce humaine de toute prétention à l’innocence ou à la pureté

Ce livre est le fruit d’une recherche inlassable et méticuleuse, dans les archives, les minutes des procès, les témoignages, les interviews, les recherches historiques, les photos, les films, les autobiographies… Un travail dont on sent à la lecture vibrer le respect, voire l’affection, de l’auteure pour toutes ces « héroïnes » qu’elle nous présente par leurs nom et prénom, leur vie de famille, l’itinéraire qui les a menées vers l’enfer, et ce qui s’en suivit. Un incroyable travail de compilation qu’il a fallu ordonner puis composer pour en faire ce livre passionnant.

Tous ces brins de vie, tous ces instants volés à l’oubli, que nous vivons, sidérés, bouleversés mais aussi parfois passionnés et admiratifs, offrent une expérience de lecture qui ne s’oublie pas. Le mot est certes galvaudé mais c’est bien d’une immersion qu’il s’agit ici.

Les appels interminables deux fois par jour, en guenilles et dans le froid. Les sélections qui s’annoncent et qu’on attend dans l’angoisse de la mort. La promiscuité mais aussi les amitiés profondes. La solitude et les rencontres. L’incertitude permanente de ce que le jour qui vient réserve. Ne pas tomber malade, faire bonne figure, ne pas penser aux parents ou à l’enfant arraché à la descente du train. Les kapos, les SS, les médecins, les cheffes de block… tous acteurs de l’industrie de la mort, indifférents ou zélés, pervers, cruels ou parfois capable de moments d’humanité. Dans cet univers sans espoir on n’est à l’abri de rien, on a faim, on a soif, on a peur. Et l’on espère un jour qui ne vient pas.

À lire aussi : Ne pas oublier Auschwitz

Pourtant dans cette interminable nuit il est des phares qui donnent un peu de lumière… Des femmes dont le courage, l’abnégation, la force de caractère et l’intelligence ouvrent parfois des brèches dans le mur de l’impossible, arrangent des solutions pour mieux soigner, pour trouver un peu de repos, pour éviter la mort. Des femmes qui donnent des conseils, qui trouvent des vêtements ou des couvertures. Des femmes qui osent comploter et fomenter la révolte.

Il y a même quelquefois des amours qui naissent, des rencontres physiques pourtant impensables avec un homme à peine entrevu, juste un regard. Et l’on apprend l’histoire d’un couple ainsi formé qui s’est marié après la guerre. Et l’on croise une vaillante jeune fille, Simone Jacob, de 16 ans, que remarquera une cheffe de camp redoutée de toutes qui lui dit « toi tu es trop jolie pour mourir ! ». Elle va la transférer dans un petit camp, loin des crématoires, elle, sa mère et sa sœur sans qui elle refusait de partir. Cette Simone se fera mieux connaître plus tard sous le nom de Simone Veil.

C’est toute la beauté tragique de ce livre passionnant, il nous partage de l’humanité pure, dans sa faiblesse, dans sa déréliction, mais aussi dans sa force et sa grandeur. C’est un gros volume de plus de 500 pages. Il vous faudra peut-être plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour l’achever. Peu importe, on peut le prendre, puis le laisser, puis le reprendre. Cet univers, toutes ces histoires, toutes ces vies que vous accompagnez par la lecture, vous vous en sentirez si proches…

Et ne craignez pas que ce livre vous casse le moral. En le lisant vous redonnez vie aux femmes d’Auschwitz, et curieusement, une fois sa lecture achevée, vous sentirez en vous comme un courage nouveau, avec le sentiment que, au bout du compte, le mal aura toujours face à lui, et plus fort que lui, les « justes ».

574 pages

Les femmes d'Auschwitz-Birkenau

Price: ---

0 used & new available from

Le vol est puni!

Bill Skarsgard (“Ça”) va vite regretter de s’en être pris à la voiture d’Anthony Hopkins


Depuis Le Silence des agneaux, Hannibal et j’en passe, Sir Anthony Hopkins n’a même plus besoin de montrer son vieux masque raviné par l’âge (l’acteur British naturalisé américain a tout de même franchi le cap des 87 ans) : sa voix inimitable suffit à donner le frisson. Piégé (titre original, Locked) dure depuis plusieurs quarts d’heure, et toujours pas de Hopkins à l’image : juste le son. Se fera-t-il attendre jusqu’à la fin du film ? Premier suspense, en creux.

La main dans le sac

Dans une métropole américaine absolument sinistre, ravagée par la misère (rues pleines de détritus, maculées de tags, envahies par les SDF, les putes et les camés), un jeune repris de justice pas futé, coincé par ses dettes, ses problèmes de couple et de garde d’enfant, a repéré au milieu d’un parking à l’air libre cet énorme SUV noir, rutilant, estampillé DOLUS : la tentation est trop forte. (Dans le rôle, on retrouve le joli comédien suédois Bill Skarsgard, 34 ans – mais on lui en donne 10 de moins – , qui jouait le comte Orlok, funestement vampirisé dans Nosferatu, le film de Robert Eggers). Chance, la portière n’est pas verrouillée ; le candide pied nickelé pénètre dans l’habitacle, sûr d’y trouver du pèse, un larfeuille ou un smartphone à voler. Fuck, plus moyen de sortir, les issues se sont bloquées automatiquement. Surprise du chef, un type à la voix sadiquement doucereuse se pose en justicier, et entame avec le petit délinquant pris la main dans le sac, via la radio du tableau de bord, un échange vocal pas engageant du tout.

A lire aussi: Coup de maître

Des progrès fulgurants de l’I.A, Piégé va livrer pendant une heure – et – demi la démonstration percutante. Voiture autonome suréquipée, la cellule sur pneus où le chenapan subit sa torture punitive expérimente avec succès les plus spectaculaires avancées technologiques du secteur automobile : blindage absolument étanche, clim de haute intensité, entre congélation et suffocation, taser électrique incorporé au dossier en cas de rébellion, coffret-distributeur réfrigéré d’en-cas + boissons (100% anti-effraction), conduite sans pilote 100% automatisée avec guidage laser, etc. Contrôle total. Après avoir longuement tourmenté sa victime de son seul organe sardonique, le diable vengeur Hopkins finit tout de même par se pointer en chair et en os à la vitre du véhicule, pour se lancer avec son infortuné passager dans une virée nocturne plutôt secouante, et qui ne les laissera pas indemne…  

Macabre

Piégé (Locked) est un habile remake de 4X4, un film hispano-argentin millésimé 2019, signé Mariano Cohn, sur un scénario de son compère habituel Gaston Duprat  (duo à qui l’on doit, entre autres, un film délicieusement paranoïaque sur le thème du voisin envahissant, L’homme d’à côté). Concocté par David Yarovesky, 39 ans, cinéaste qui fait carrière depuis ses débuts dans le film horreur (cf. Brightburn : l’enfant du mal, ou Les Pages de l’angoisse, disponible sur Netflix), ce dernier opus a le mérite de ne pas s’éterniser outre mesure (1h35 montre en main), de ne pas manquer d’humour noir, et de ne jamais en faire trop, ni dans l’épouvante, ni dans le gore. Macabre autant que distrayant, ce huis-clos au volant tient la route.

L’acteur suédois Bill Skarsgård. « Piégé » de David Yarovesky. Photo : Metropolitan

L’on plaignait Anthony Hopkins d’avoir perdu sa somptueuse villa de Pacific Palisades dans les incendies de Los Angeles. Ironie du cinéma, cette fiction lui fait sacrifier aux flammes, en plus, une très coûteuse bagnole.


Piégé. Film de David Yarovesky. Avec Anthony Hopkins, Bill Skarsgard. États-Unis. 2024.

Durée: 1h35.

En salles le 9 avril.

Dédiabolisation? Marine Le Pen face au choix de la radicalité

Et si Marine Le Pen cédait finalement à la tentation trumpiste ?


La position antisystème adoptée dimanche par le RN met-elle fin à sa normalisation ? Le 12 septembre 2021, Marine Le Pen déclarait : « La radicalité ne paye pas », en critiquant la stratégie d’Éric Zemmour. Dimanche, Louis Aliot, numéro 2 du parti, a fustigé « le système qui nous fait la guerre ». Il a fait applaudir, devant environ 7000 personnes (chiffres généreux de la police) place Vauban à Paris, les noms de Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Éric Zemmour et Marion Maréchal.

Marine, Donald, embrassez-vous !

Ce même « système » a été à son tour critiqué par la fondatrice du RN, qui a vu le 31 mars sa trajectoire politique percutée par un jugement qu’elle a qualifié de « décision politique ». Ces déclarations montrent un raidissement du RN par rapport à sa posture encravatée d’arrondisseur d’angles et de lustreur de pensées convenables. Dans Le Figaro du 11 juillet 2022, Robert Ménard, à l’affût d’un contrepied, s’en prenait aux « haineux de Twitter qui s’imaginent en rébellion contre le « système », ce vilain mot inventé par les nazis pour parler de la démocratie de Weimar, alors qu’ils sont les nouveaux conservateurs, aigris, rances ». En réalité, l’antisystème a ses vertus s’il s’agit d’y voir, avec Catherine Rouvier[1], « le refus de la dictature de la pensée unique », mais aussi la récusation des élites mondialistes. Contrairement aux réticences initiales de Le Pen, une exigence de radicalité devrait également s’imposer dans une quête des racines (radix) du déclin français. À ceux qui s’emploient à déverser des infamies sur le peuple paria, se souvenir du conseil de Talleyrand : « Il y a une arme plus terrible que la calomnie, c’est la vérité ».

A lire aussi: Connaissez-vous Stephen Miran?

Dire la vérité oblige le RN à rompre franchement avec la caste fragilisée. La réticence de Marine Le Pen à s’approprier la « révolution du bon sens » de Donald Trump, qui a dénoncé la concernant une « chasse aux sorcières », n’est pas cohérente. Une demande de rupture est palpable dans l’opinion excédée, en attente de convictions assumées. Hier, les protestations contre les ZFE (zones à faible émission) qui interdisent les villes aux bagnoles des « gueux » (Alexandre Jardin) n’ont pas attiré la foule à Paris. Le RN des périphéries, rejoint par un maigre public parisien et filloniste, n’a pu remplir la Place Vauban. Mais la révolte, timide, est là. Elle est sans doute prête à perpétuer, d’une autre manière, les premiers gilets jaunes déboulant sur les Champs Élysées le 17 novembre 2018 sous les insultes des notables.

Des Français méprisés

Le pouvoir contesté a d’ailleurs renouvelé sa riposte, visant à réduire ces indignations en une expression de l’« extrême droite ». L’extrême gauche et Gabriel Attal (Renaissance) s’y sont employés dès hier. Cette France méprisée se laissera-t-elle encore intimider ?

A lire aussi: C’est pas Versailles ici… c’est Vauban

Même si l’accélération de la procédure d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du RN, annoncée dans l’urgence par le Garde des Sceaux, atténue la violence immédiate du jugement interdisant à Le Pen de poursuivre son parcours, demeure le soupçon d’une « subjectivité judiciaire » (Henri Guaino) ou d’une « tentation d’un messianique judiciaire » (Noëlle Lenoir) de justiciers politisés. Les éléments d’une agression démocratique par un système paniqué sont visibles. Ils donnent raison au discours de Munich de J.D. Vance, vice-président des Etats-Unis, mettant en garde, le 14 février, les dirigeants européens contre la peur des électeurs. Aux Français de refuser cette société d’obéissance, imposée par une oligarchie déphasée.


[1] La France Colin-maillard, Editions de la Délivrance

La France Colin-maillard

Price: ---

0 used & new available from

Le marxisme au pluriel

0

Jean-Numa Ducange propose un regard singulier et pertinent sur le marxisme que la gauche actuelle a trop tendance à oublier…


Le marxisme a-t-il encore quelque chose à nous dire ? C’est l’interrogation qui sous-tend l’ouvrage de Jean-Numa Ducange paru dans la collection des PUF, « Que sais-je ? ». Délibérément, le marxisme se conjugue ici au pluriel : certes, il existe une matrice commune forte, née à la fin du XIXe siècle en Allemagne et Autriche-Hongrie ; elle a essaimé dans toute l’Europe. Bien évidemment, la synthèse « marxiste-léniniste » canonisée par Staline est celle qui a eu le plus d’influence au cours du XXe siècle.

A lire aussi: Le pèlerinage d’adieu d’Omar Youssef Souleimane

Avis aux wokes déchaînés

La qualité du présent livre est justement de ne pas oublier les versions les plus dogmatiques du marxisme, cherchant à expliquer leur large succès, puis leur déclin, tout en accordant une place importante aux courants « dissidents ». La droite et les religions ne sont pas non plus extérieures à tout cela… Ducange nous épargne ainsi un énième ouvrage purement interne à l’histoire de la gauche en montrant que la force du marxisme réside peut-être in fine dans sa capacité à proposer des hybridations : des catholiques ont pu être influencés par le marxisme (beaucoup moins du côté de l’islam, pour des raisons structurelles peut-être trop brièvement expliquées ici) et une grande figure du libéralisme politique comme Raymond Aron y a porté un vif intérêt, même si c’était pour le réfuter. Mais Marx, pour Aron, méritait mieux que sa version la plus sombre et criminelle incarnée par le goulag. Au final, une synthèse vive et stimulante, qui montre combien la pauvreté et la confusion idéologique qui règne dans la gauche actuelle résulte aussi de l’effacement du marxisme qui, quoique l’on en pense, fournissait un cadre théorique de haut niveau. Avis aux wokes déchaînés qui ont remplacé la réflexion approfondie par une succession d’indignations désarticulées !

Les marxismes, Jean-Numa Ducange ; PUF ; « Que sais-je ? » ; 128 p.

Les Marxismes

Price: ---

0 used & new available from

Les médailles interdites de Mme Faber: la guerre des boutons (royaux)

Son refus de décorer cinq bénévoles œuvrant auprès de demandeurs d’asile fait tanguer la coalition gouvernementale aux Pays-Bas : Mme Faber, ministre de l’Asile, assume sa ligne dure. Récit.


Mercredi 2 avril, le Parlement de La Haye a rejeté à une grande majorité la motion de l’opposition de gauche exigeant la démission de Marjolein Faber. La ministre est membre du Parti de la Liberté (PVV) de M. Geert Wilders. Qui, avec son talent pour la provocation, avait exigé qu’elle-aussi soit décorée au nom du roi Willem Alexander. Non pas pour assistance à des migrants, mais pour son refus de les « choyer »

Une idée de nouveau film pour Julie Delpy ?

Pendant le vote parlementaire, la modeste commune de Best, dans la province de Brabant, fut secouée par des centaines de citoyens s’opposant, parfois violemment, au projet d’y installer un centre de réfugiés. C’était la troisième rébellion de ce genre dans le pays en une semaine. Une quatrième fut couronnée de succès, le maire cédant aux opposants outrés qui avaient assiégé la mairie. Autant de signes que l’accueil chaleureux prôné par les adversaires de Mme Faber ne fait pas l’unanimité.

La ministre, réfractaire aux bienséances politiques et parlementaires, avait osé rompre avec la tradition qu’un ministre signe automatiquement l’octroi d’une déclaration royale, sorte de Légion d’Honneur honorant celles et ceux qui, bénévolement, se soucient de leurs prochains. Cinq distinctions furent destinées cette année à des volontaires travaillant pour l’agence gouvernementale d’accueil aux migrants, le COA.

A lire aussi: Marcel Gauchet : « L’Europe est l’idiot du village global » 

Or, la ministre a une dent contre cet organisme, dont elle a vainement tenté de réduire le financement par l’Etat. Elle en snobe les responsables autant qu’elle peut, les jugeant coupables d’alimenter les pompes aspirantes de l’immigration. Une distinction royale pour ses bénévoles ne manquerait pas d’être connue dans le monde entier, chauffant à blanc lesdites pompes, selon elle. Mme Faber refuse, par conséquent, d’en rajouter, laissant au Premier ministre, M. Dick Schoof, le soin de signer les distinctions honnies, car « contraires à la politique anti-immigration que je veux mener ».

Tollé

Normalement, l’approbation des distinctions est réglée en coulisse dans les ministères et les mairies, mais cette fois-ci le journal De Telegraaf eut vent des bisbilles en haut lieu. Ou en fut informé par M. Wilders en personne, croit savoir l’opposition.

Tollé prévisible à gauche, qui reproche à la ministre de politiser une tradition a-politique chérie au royaume. Mais l’affaire secoue également la coalition gouvernementale quadripartite, dont le PVV de M. Wilders est le pilier le plus important. C’est que ses trois partenaires, dont les libéraux du parti VVD, partagent la vue de la gauche en la matière… Des sources anonymes dans le camp gouvernemental vilipendent « leur » ministre, dont elles souhaitent le départ. Furieux, M. Wilders annonce qu’en ce cas, il retirera son parti de la coalition au pouvoir depuis huit mois. Ainsi, il est en train de mater la rébellion au sein du gouvernement, mais pour combien de temps ?

Mme Faber avait récemment encore frôlé son éviction, arguant que le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, n’avait pas été élu démocratiquement, avant de rétropédaler sous la pression du Premier ministre sans étiquette, qui, c’était visible lors des débats parlementaires de mercredi dernier, ne l’apprécie guère. 

Ces derniers jours, des journaux néerlandais ont sondé des bénévoles dans des centres d’accueil gérés par le COA. Certains affirment se sentir « criminalisés » par la ministre Faber. Parmi eux, une sage-femme ayant aidé à mettre au monde de nombreux enfants de réfugiés. Mais sur les réseaux sociaux de droite, on pouvait lire que cette « COA-collabo » méritait une sanction pour aide au grand-remplacement, et non pas une distinction royale…

Culture et médias publics: il est temps d’en finir avec la propagande aux frais du contribuable

0
Rassemblement des salariés des médias publics contre le projet de loi de fusion, devant l'Assemblée nationale, Paris, 1er avril 2025 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Depuis Jack Lang, la confiscation de la culture par un clan politique (au mépris du pluralisme, de la liberté de création et de l’intérêt général) est un véritable scandale démocratique ! Alors que la société se fracture et que les opinions des citoyens français ont tendance à se polariser, il est urgent de faire respecter la neutralité.


Tous les gestes créatifs, du plus exigeant au plus populaire, ont contribué depuis des siècles à façonner notre culture, et donc la France elle-même. Les grandes œuvres de l’esprit, les chefs-d’œuvre du cinéma et de la musique, le patrimoine architectural, la langue, la mode, composent le ciment qui nous lie, depuis Rabelais jusqu’à Houellebecq en passant par François Truffaut ou Alain Bashung.

La grandeur d’un pays ne se mesure pas seulement à ses résultats économiques, mais aussi à la puissance de sa culture. Dans un domaine comme dans l’autre, les 50 nuances de social-étatisme qui dirigent la France depuis des décennies ont bridé et affaibli le pays. La soviétisation de la France, planifiée depuis Paris par une caste interchangeable, n’a pas épargné la culture. Rien n’échappe à la main de l’État démiurge, incapable sur l’insécurité ou l’immigration illégale, mais implacable pour « emmerder les Français » comme disait Pompidou, réduire nos libertés, régir nos vies dans le moindre détail, penser à notre place, et transformer la culture en outil de propagande. 

Nourrir une vision de gauche du monde

Depuis 1981 et le règne de Jack Lang rue de Valois, la culture publique est devenue une arme politique, et un monde en coupes réglées. Les 15 milliards € d’argent public dépensés chaque année (Etat plus collectivités) ne servent pas à rendre la culture accessible à tous, ni à élever les esprits, mais essentiellement à nourrir une vision progressiste du monde — inclusive, bien-pensante, loin du peuple, bref, de gauche —, et à rémunérer ceux qui jouent le jeu. « Une subvention contre une signature au bas d’un manifeste électoral », écrivait Michel Schneider dans son remarquable essai La comédie de la culture (1993), consacrée au Ministère et ses dérives.

En institutionnalisant la culture, en organisant sa bureaucratie, en professionnalisant les métiers, en nommant depuis la rue de Valois les directeurs des scènes nationales, des festivals, des musées, ou encore les responsables de l’audiovisuel public ou du cinéma, en récompensant les bons élèves à coups de subventions/récompenses, le camp du bien a posé les fondations solides d’un système à la botte de son idéologie. Depuis lors, jamais un ministre de la Culture, y compris de droite, n’a osé la moindre réforme, même modeste, visant à un soupçon de pluralisme. La gauche culturelle, prompte à hurler au fascisme dans les médias à la moindre incartade, fait peur. Dans ce microcosme militant, ivre de sa supériorité morale, l’entresoi est un art de vivre et la pensée unique règne en maître. Dans ce monde binaire biberonné aux subventions, de l’art contemporain au théâtre, du cinéma aux médias publics, l’univers est divisé en deux camps : d’un côté le « camp du bien » (eux), et de l’autre les Français qui pensent mal et qu’il s’agit de rééduquer (soit 90 % de la population, qui finance sans broncher cet entre-soi par l’impôt).

A lire aussi: L’État de droit, c’est plus fort que toi !

Plus subtil et pervers que la censure directe, ce système conduit à l’autocensure des artistes. Discuter aujourd’hui « en off » avec des créateurs, fussent-ils dramaturges, scénaristes, chorégraphes, ou candidats à la direction d’une scène nationale, revient à entendre toujours le même discours résigné. Obtenir un poste ou une subvention contraint à se soumettre au dogme, à masquer ses opinions, et donc à s’autocensurer. Dans un monde régi par une idéologie politique allant de LFI à la gauche du PS, même les universalistes républicains de gauche vivent cachés…. Pas un projet sans moraline diversitaire n’est envisageable. Pas un dossier de subvention ou de candidature sans les mots et thèmes obligatoires de la culture institutionnelle : urgence climatique, vivre-ensemble, racisme systémique de la France, glorification des LGBTQI+, haine de la « laïcité islamophobe » (sic), haine du libéralisme, des riches, de la culture classique, des flics, et bien entendu du Blanc de plus de cinquante ans, à moins qu’il ne fût déconstruit et repentant.

Il faut fréquenter les festivals, visiter les FRAC, voir les expositions d’art contemporain, regarder attentivement ce que finance le CNC, ce qu’expose le Palais de Tokyo, ou le CV des artistes politisés logés à la Villa Médicis de Rome, etc…, pour mesurer l’ampleur de la mainmise de la gauche sur la culture institutionnelle. On constate une absence quasi totale de pluralisme. Idem sur les antennes de l’audiovisuel public, sous la tutelle du ministère de la Culture. A ce rythme, c’est le consentement à l’impôt de la majorité silencieuse, méprisée par la caste au pouvoir, qui sera bientôt en jeu.    

Renversement de paradigme

Imaginons un instant la situation inverse, pour mesurer la gravité de ce qui relève du détournement légal d’argent public à des fins politiques. Si un Jack Lang de droite avait fait exactement la même chose, si la culture publique était depuis des décennies entre les mains de petits marquis de droite, qui ne financeraient que des spectacles à la gloire de Jeanne d’Arc, la rénovation des églises, et censureraient toutes tentatives de spectacles jugés décadents, tout le monde serait à juste titre horrifié. Nous parlerions à raison de culture réactionnaire et de dérive totalitaire.

Dans tous les cas, la confiscation de la culture par un clan est un scandale démocratique, et un danger pour l’unité nationale. Paradoxalement, ceux qui participent à ce système se vivent en rempart vivant contre le totalitarisme. Ils oublient que l’élection de Trump aux Etats-Unis est moins une adhésion à son projet qu’une réaction épidermique de la majorité silencieuse contre les excès du progressisme woke, et le déni du réel glorifié par le show-biz et les médias mainstream. La gronde électorale des peuples en Europe et en France relève de la même mécanique infernale.

La cancel culture, tribunal de l’inquisition du wokisme, a placé le dernier clou du cercueil sur l’art et la création. L’art doit plus que jamais donner des leçons de gauche. « À quoi sert d’écrire si ce n’est pas pour dénoncer le racisme ? », écrit Édouard Louis, mètre étalon de l’époque. Plus rien ne doit offenser les minorités. Charles Bukowski ou Serge Gainsbourg pourraient-ils créer librement aujourd’hui ? Sans doute pas. Le tribunal de la bien-pensance veille au grain. Or on ne fait pas de l’art avec des bons sentiments. Les artistes ne sont pas des ONG. Pas de culture forte et puissante sans liberté d’expression, sans liberté de ton. Pas d’art dérangeant et révolutionnaire possible quand les corbeaux de la cancel culture reposent sur les épaules des créateurs, surveillant leur moindre écart. Martelons-le : pire encore que la censure, l’autocensure est la plus insupportable des contraintes qui pèsent sur les artistes. Combien de chefs-d’œuvre et d’idées formidables ont été tués dans l’œuf, ou affadis par leur créateur, par crainte des conséquences sociales et financières ?

Peu de politiques ont le courage d’oser s’attaquer publiquement aux Tables de la Loi gravées par Jack Lang. Mais les choses changent tant le camp du bien autoproclamé s’effondre dans les urnes, et tant sont antidémocratiques les dérives observées. David Lisnard signait récemmment dans Le Figaro une tribune contre le financement par l’argent du contribuable de spectacles hostiles aux valeurs républicaines[1]. Christelle Morançais, présidente du Conseil Régional des pays de la Loire, vient d’annoncer la fin de l’essentiel des subventions régionales automatiques à la culture, évoquant « le monopole intouchable d’associations très politisées, qui vivent d’argent public ». On peut critiquer cette décision radicale, mais la politisation de ces associations est un secret de Polichinelle. Une remise à plat du système s’impose pour en finir avec ses abus.    

A lire aussi: L’Arcom, « autorité indépendante », mais de qui ?

« ll fut un temps où la culture servait à ouvrir les yeux », regrette Alain Finkielkraut. Ceux qui la régentent lui demandent désormais d’avoir les yeux grands fermés sur la réalité du monde, de regarder les Français de haut, et d’assener des leçons de morale. La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, résume sa mission avec toute la candeur du camp du bien : «On essaie de représenter la France telle qu’on voudrait qu’elle soit». L’urgence n’est pas de fusionner France télé et Radio France, mais bel et bien de garantir le pluralisme dans les grilles des médias publics. La mission du service public est de financer des programmes exigeants, sans obligation d’audience, que le privé ne finance pas. La seule utilité d’un média public n’est pas de concurrencer Netflix ou de produire des jeux, mais de tirer les spectateurs vers le haut. Nous en sommes loin. Face à ces dérives, comment s’étonner que certains réclament la privatisation de l’audiovisuel public ? 

Minée de l’intérieur et victime d’un déclassement accéléré dans tous les domaines, la France a plus que jamais besoin d’une culture et d’un système éducatif forts. Et donc de financements à la hauteur des enjeux. Mais une réforme puissante et radicale est nécessaire pour libérer la culture institutionnelle de l’emprise politique. Nous ne voulons surtout pas une culture « de droite » pour remplacer une culture « de gauche », mais une réforme profonde garantissant la liberté d’expression, de création, et le pluralisme. La neutralité des services publics — dans la culture, dans les médias, à l’école, mais aussi dans la justice — est un impératif non négociable dans une démocratie digne de ce nom, n’en déplaise à la CGT spectacle ou au Syndicat de la Magistrature. Il est urgent de faire respecter la neutralité des services publics, et l’ensemble des Français qui les financent. Il y va de la survie de notre démocratie tant la société se fracture en deux camps radicalisés.

La vérrouillage de services publics (justice, culture, médias) et des institutions (Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Arcom) par un camp politique — qui de surcroit se gargarise en permanence de protéger l’État de droit —, devrait être au cœur de nos inquiétudes. Dans l’état actuel des choses, qui peut affirmer que la France est encore une démocratie exemplaire ?  

La Comédie de la culture (H.C. Essais)

Price: ---

0 used & new available from


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/l-argent-public-n-a-pas-a-financer-des-spectacles-hostiles-aux-valeurs-republicaines-20230421

Mort sur ordonnance

0
© Martin Meissner/AP/SIPA Numéro de reportage : AP21680542_000002

Éthique. Les débats sur la « fin de vie » reprennent ce mardi à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre François Bayrou a scindé le texte initial en deux volets distincts. Les conservateurs soulignent que la légalisation de l’euthanasie constitue un enjeu de civilisation, marquant selon eux un basculement anthropologique majeur. Ils redoutent que la proposition de loi sur les soins palliatifs ne réponde pas suffisamment aux besoins réels du pays, tandis que celle relative à l’aide à mourir dépasserait largement les engagements pris par Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Le regard d’Elisabeth Lévy.


Alors que la loi sur l’euthanasie sera examinée à partir du 12 mai, j’écoute ceux qui doutent. La légèreté anthropologique de certains défenseurs de cette loi est effrayante. Planqués derrière quelques slogans comme « mourir dans la dignité », ils renvoient tout opposant dans les cordes de la réaction. Ils brandissent des cas personnels réellement bouleversants pour empêcher de réfléchir. Que répondre à quelqu’un qui implore la société de mettre fin à son calvaire ?

Je n’ai pas de religion concernant cette question. La mort doit peut-être échapper à la loi. C’est une question douloureuse, difficile, et qui ne devrait pas être une cause militante qu’on se jette à la tête. Sur Le Figaro TV[1], l’écrivain Michel Houellebecq parle d’une espèce d’arrogance progressiste qui revient à balayer toute la sagesse et les pensées antérieures. Voilà pourquoi il faut écouter ceux qui doutent plutôt que les marchands de certitudes. Houellebecq distingue l’euthanasie du suicide assisté où la société fournit le poison mais ne l’administre pas (Entre 1/3 et 50% des gens ne l’utilisent pas une fois qu’on leur a remis, d’ailleurs). Sa grande inquiétude, c’est que les malades et les vieux se sentent de trop. « Par des siècles de condition difficile, on a été dressé à l’impératif de ne pas être à charge. Mais ce n’est pas une envie de mourir. » 

A lire aussi: Marcel Gauchet : « L’Europe est l’idiot du village global » 

Houellebecq n’est pas un spécialiste du sujet, répliquera-t-on.

D’abord, toute personne qui réfléchit à notre civilisation peut être un spécialiste. Ensuite écoutons aussi les vrais spécialistes. Écoutons donc Théo Boer, professeur d’éthique aux Pays-Bas, pays pionnier dans le domaine, qui signait hier une tribune dans Le Monde[2] : « J’ai cru qu’un cadre rigoureux pouvait prévenir les dérives de l’euthanasie: je n’en suis plus si sûr ». Son texte m’a bouleversée. Tout le monde devrait le lire. Il n’y a pas d’idéologie. M. Boer part du réel. Que nous dit-il ? En 2024, son pays a enregistré une hausse de 10% des euthanasies. Désormais, cela représente près de 6% des décès en Hollande. Où on observe par ailleurs l’émergence de l’euthanasie à deux (108 décès en 2024). Pire : l’euthanasie pour troubles psychiatriques a augmenté de + 59 %. Souvenons-nous de cette jeune Belge de 18 ans, traumatisée par les attentats, qui avait obtenu le droit d’être tuée. Des patients physiquement en bonne santé, mais souffrant mentalement demandent et obtiennent donc désormais de mourir.

Le centriste Olivier Falorni est le rapporteur du texte qui sera débattu à l’Assemblée cette semaine © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00906654_000020

Et cela continue. Car le Parlement hollandais examinera bientôt une loi accordant le suicide assisté à toute personne âgée de 74 ans, même bien-portante… En somme : vous avez fait votre temps, on vous débranche ! Cela commence à faire peur. Bien sûr, il faut prendre en compte la souffrance des malades en phase terminale. Le développement des soins palliatifs est donc fondamental. Mais l’extension permanente du domaine de la mort assistée crée un risque que les malades ressentent une pression pour en finir. Il s’agit d’inscrire dans la loi le droit, voire le devoir de tuer. On a le droit voire le devoir de douter.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio au micro de Jean-Jacques Bourdin


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/il-n-y-a-aucun-besoin-d-etre-un-catho-reac-pour-etre-contre-l-euthanasie-michel-houellebecq-debat-de-la-fin-de-vie-au-figaro-20250406

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/07/theo-boer-professeur-d-ethique-neerlandais-j-ai-cru-qu-un-cadre-rigoureux-pouvait-prevenir-les-derives-de-l-euthanasie-je-n-en-suis-plus-si-sur_6592197_3232.html

Armement: les recettes carnivores

0
L'usine d'armement du groupe franco-allemand KNDS à Bourges © Charles Bury/SIPA

Pour retrouver une industrie de défense digne de ce nom, l’Europe aurait tout intérêt à prendre exemple sur la Russie, la Chine et les États-Unis.


Le 4 mars, Ursula von der Leyen a annoncé le lancement du plan « Readiness 2030/ReArm Europe », destiné à doper l’économie de défense du Vieux Continent. Derrière les belles formules et un budget de pas moins de 800 milliards d’euros sur cinq ans, une question se pose : le volontarisme financier suffit-il à relancer une dynamique industrielle ?

Changement d’échelle

Fabriquer des blindés, des missiles et des munitions exige des matières premières (acier, titane, tungstène, terres rares, etc.) ainsi que des produits semi-finis (tels que les semi-conducteurs), dont nous maîtrisons peu ou mal l’approvisionnement. Et lorsque ces intrants sont disponibles, encore faut-il que l’énergie soit accessible à un prix compétitif. À cet égard, EDF, bien qu’entreprise d’État, ne joue pas convenablement son rôle, comme l’a pointé Roland Lescure, ancien ministre de l’Industrie (2022-2024), le 13 mars dans L’Usine nouvelle.

À lire aussi : Nous avons épuisé les dividendes de notre puissance

Enfin et surtout, il ne suffit pas de décréter l’augmentation des cadences de production. Il faut ouvrir de nouvelles usines, former, recruter. Aujourd’hui, le principal goulot d’étranglement réside dans le manque de sites industriels, mais aussi d’ouvriers spécialisés et d’ingénieurs, dont la formation demande des années. Sans main-d’œuvre qualifiée, impossible de changer d’échelle.

Comme d’autres pays, il faut être prêt !

Comment surmonter tant d’obstacles ? Même s’ils sont loin d’apporter toutes les réponses, trois cas d’école méritent d’être passés en revue : la Russie, la Chine et les États-Unis.

Depuis qu’elle a envahi l’Ukraine en 2022, la Russie est passée en économie de guerre. Mais son appareil productif est resté sensiblement le même. Seulement, ses priorités ont été réorientées vers le militaire. Par exemple, des usines de wagons assemblent désormais des chars. Les chaînes tournent en 24/7, avec un renforcement massif des effectifs. Contrairement aux idées reçues, Vladimir Poutine n’a pas sacrifié son industrie, il l’a simplement adaptée à ses nouvelles exigences.

La Chine, elle, n’est pas en guerre, mais son économie est structurée pour pouvoir basculer en quelques semaines. Les grandes usines du pays conservent des capacités de production duales, qui permettent de passer du civil au militaire à tout moment. Les fabricants de semi-conducteurs sont en outre contraints de garder des stocks importants pour l’armée. Contrairement à la France, dont les dirigeants commencent à réfléchir une fois le conflit commencé, la Chine a déjà intégré la logique martiale dans son organisation économique.

À lire aussi : Réarmement: se reposer ou être libres…

Les États-Unis, enfin, préparent également leur industrie à une éventuelle guerre prolongée. Ils sont en train de relocaliser la production d’acier et de semi-conducteurs, tandis que la « Bipartisan Infrastructure Law », votée en 2021 sous Joe Biden, a pour objet de moderniser les grands axes routiers stratégiques reliant les bases militaires. Depuis l’élection de Donald Trump, le gouvernement prévoit en outre des coupes dans les pensions des soldats retraités afin de libérer des fonds servant à subventionner l’industrie de l’armement.

Face à ces trois puissances qui se comportent comme des « carnivores » (pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron), il ne suffit pas que l’herbivore européen proclame qu’il va désormais manger de la viande. Il faut également qu’il aiguise ses dents.

La poésie en plein essor

0
L'écrivain et poète français Jean-Yves Reuzeau © Léna Tritscher

À l’occasion du Printemps des Poètes, Jean-Yves Reuzeau publie l’anthologie Esprit de Résistance qui réunit 118 poètes d’aujourd’hui. Avec 7% de progression pour l’année 2024 et 1,6 million d’exemplaires vendus, le genre connaît la plus belle progression de l’édition. Il a répondu à nos questions.


Alors que l’édition 2025 du Printemps des Poètes se termine, nous avons rencontré Jean-Yves Reuzeau, éditeur, écrivain et poète, qui vient de sortir Esprit de Résistance, l’année poétique : 118 poètes d’aujourd’hui, aux éditions Seghers. « L’Année poétique propose un rendez-vous annuel aux passionnés de poésie », expliquent ces dernières en quatrième de couverture de l’ouvrage. « (…) Des poètes consacrés et de nouvelles voix qui viennent de France, de Belgique, du Luxembourg, du Québec ou de Suisse, ou encore de Guinée, d’Haïti, du Liban, du Maroc, de Roumanie ou de Djibouti, pour ceux qui ont choisi d’écrire en français. (…) Tous résistent aux convenances et aux discours dominants, à l’impérialisme du sens, à une ère de cynisme et de médiocrité sublimée, pour s’insurger contre l’état du monde. »


Volcanique

Causeur. Que représente pour vous le Printemps des poètes ?

Jean-Yves Reuzeau : Le Printemps des Poètes est une manifestation nationale et internationale qui a fêté ses 25 ans d’activité. Celle-ci permet une large sensibilisation à la poésie sous toutes ses formes non seulement pendant quinze jours mais aussi durant toute l’année. Son rôle est très important pour éveiller l’intérêt des plus jeunes et élargir le public concerné et rajeuni. Il faut se rendre compte que plus de 18 000 manifestations sont programmées en 2025. Et que plusieurs millions de personnes sont mises en face d’un poème à cette occasion. Le thème choisi cette année par le Printemps des Poètes, « volcanique », souligne la vitalité étonnante de ce genre littéraire, principalement depuis la crise du Covid.

Quel rôle avez-vous joué au sein de ce Printemps des poètes au fil des ans et des éditions ?

Depuis sept ans, à la demande du Printemps des Poètes, je publie à cette occasion une importante anthologie de poésie francophone contemporaine. Ces livres présentent des textes inédits d’une centaine d’auteurs en pleine activité créatrice. Cette année, cette anthologie est éditée par les éditions Seghers qui ont souhaité donner une nouvelle vie à leur mythique collection « L’Année poétique ». Avec pour titre Esprit de résistance. Pour l’occasion, j’ai organisé une quinzaine de rencontres-lectures dans des librairies, des théâtres ou d’autres lieux. À Paris, Montpellier, Montréal, Marseille, Genève, etc. Souvent devant un public nombreux et enthousiaste.

Pouvez-vous nous présenter cette anthologie Esprit de résistance ?

Ce livre volumineux (400 pages) a pour ambition d’offrir un large panorama de la création poétique dans la francophonie, mais aussi à travers le monde. Tous les textes sont inédits et écrits pour l’occasion. Ils doivent être écrits par des auteurs qui ont parfois choisi d’écrire en français. Certains viennent du Liban, de Roumanie, de Guinée, de Djibouti ou d’Haïti. Chaque génération est représentée à part quasiment égale. Sans oublier la présence des grands noms qui nous ont quittés en une année particulièrement cruelle : Guy Goffette, Charles Juliet, Annie Le Brun, Jacques Réda ou Jacques Roubaud. Une trentaine de pages de notes biographiques permettent aux lecteurs de partir à la découverte de l’œuvre des auteurs qui les auront le plus marqués. Une anthologie doit avant tout être un espace de découvertes.

« Poètes, vos papiers ! »

Parmi ces 118 poètes, pourriez-vous nous parler de quatre ou cinq qui vous ont marqué vous-même, étonné, interpellé ? Et pourquoi ?

Pour un anthologiste, le plus excitant reste sans doute de révéler de nouvelles voix. Pour cette année, les plus remarquées sont notamment celles de Sara Bourre, Julia Lepère, Julie Nakache, Noah Truong ou Pauline Picot dont un poème de huit vers a particulièrement marqué les esprits. Ces poèmes parlent du quotidien, des menaces de notre temps, mais aussi d’espoir et d’ouverture, de brûlure du langage et de folie passionnément.

Esprit de résistance. Résister contre qui, contre quoi ? Il y a un côté engagé, rebelle dans cette expression. Selon vous, la poésie doit-elle être engagée ? Ne peut-elle pas être désengagée, sensuelle, douce, apaisée ?

Esprit de résistance : thème choisi en pensant à Pierre Seghers, créateur de la fameuse collection « Poètes d’aujourd’hui » et en lutte sa vie durant, mais aussi en réaction face à une époque particulièrement chaotique et menaçante. Résistance contre l’intolérance ambiante et face aux mensonges et trahisons qui rongent nos sociétés de façon accélérée. Guerres réelles, économiques ou idéologiques. De toute façon, la poésie reste acte de résistance en elle-même, par ses audaces textuelles et ses tentatives de réparer le réel. Elle résiste aux convenances, aux discours dominants.

Couture, Arthur H., Marie Modiano ; il y a quelques chanteurs et chanteuses parmi les 118. Pourquoi ?

Plusieurs chanteurs et chanteuses participent à cette anthologie : CharlÉlie Couture, Arthur H, Arthur Teboul, Marie Modiano, Clara Ysé… Certains écrivains ou lecteurs du genre tentent comme toujours de renier le statut de poète à ceux ou celles qui portent les mots en musique. Sans doute vexés ou frustrés par un succès médiatique ou commercial qui leur fait défaut… « Poètes vos papiers ! » hurlait ainsi Léo Ferré, pour faire justement se pâmer les précieux à l’arrêt…

L’édition se méfie-t-elle un peu moins de la poésie, dite peu vendeuse ?

L’édition a bien sûr remarqué, depuis la période pandémie, que le secteur de la poésie connaissait un essor conséquent. La poésie est d’ailleurs un des très rares domaines en croissance, avec 7 % de progression pour l’année 2024 selon l’institut d’étude de marché GfK. Pour 1,6 million d’exemplaires vendus. La poésie a toujours progressé en temps de crise et le nouveau dérèglement international risque de renforcer cette tendance. Des collections se créent (notamment de poche) chez les éditeurs traditionnels comme chez les indépendants. Les librairies agrandissent leurs rayons spécifiques, exposent ces livres en vitrine. Les tirages augmentent. Les thématiques se cristallisent souvent sur les préoccupations de l’époque (féminisme, animalisme, éco-anxiété, état de guerre permanent, phénomènes migratoires, présence invasive de l’intelligence artificielle, etc.) Les lectures publiques rencontrent un succès croissant. Remy de Gourmont l’affirmait avec provocation dès 1892 : « Il n’y a qu’un seul genre en littérature : le poème. »

Esprit de Résistance, L’année poétique : 118 poètes d’aujourd’hui, Jean-Yves Reuzeau ; éd. Seghers ; 386 p.

Esprit de résistance - L'Année poétique. Anthologie

Price: ---

0 used & new available from

Coup pour rien

0
© Lukasz Bak - Kintop

Copenhague, début du XXe siècle. Karoline, une jeune ouvrière, lutte pour survivre. Lorsqu’elle tombe enceinte elle noue un lien fort avec Dagmar, qui l’aidera à surmonter les épreuves auxquelles elle doit faire face…


Un drame horrifique raté et éprouvant

Présenté comme l’un des événements cinématographiques du Festival de Cannes l’an passé, mais dont la sortie a été maintes fois repoussée depuis (mauvais signe !), La Jeune Femme à l’aiguille, du Danois Magnus van Horn, ressemble à s’y méprendre à une punition.

Punition qu’on inflige à des spectateurs pourtant coupables de rien, sinon d’avoir payé un ticket d’entrée pour se faire battre. En noir et blanc crasseux et dans un style outré aux effets spéciaux parfaitement gratuits, le film déroule avec complaisance le chemin de croix d’une ouvrière à Copenhague en 1912, sur fond d’infanticides tirés d’une histoire vraie.

A lire aussi: Le vol est puni!

Mais le cinéaste fait surtout le malin en faisant émerger des thèmes « actuels » (sororité, avortement, patriarcat, etc.) dont l’utilisation appuyée dénote une roublardise assez grossière et pour tout dire indécente. À force de multiplier les abominations, le film finit par sombrer définitivement dans sa propre caricature.

2h02


Les femmes d’Auschwitz

0
Entrée du camp de Birkenau, le 27 janvier 1945 © D.R.

Chochana Boukhobza s’appuie sur les témoignages des survivantes du camp d’Auschwitz-Birkenau ainsi que sur les procès des membres de la SS pour nous faire découvrir et comprendre la vie des femmes déportées.


Visiter Auschwitz-Birkenau, ce n’est certes pas une partie de plaisir. Les pauvres âmes qui connurent là-bas l’enfer ne s’y manifestent pas, elles ne hantent pas de façon mystérieuse ces sinistres ruines. Il n’y a ici que le silence glacé de l’indicible, comme si la douleur de ces millions de sacrifiés ne pouvait s’exprimer que dans un hurlement muet, sidéré, tel que nous le montre « le Cri » tableau prémonitoire d’Edward Munch.

La Shoah fut une déchirure cataclysmique de la trame de notre humanité, que rien ne pourra réparer ; une explosion tellement puissante de toutes nos valeurs que, pareille au bigbang, il en restera longtemps un fond diffus, une lumière certes vacillante, mais qui ne s’éteindra pas tant que des témoignages en garderont et en protègeront le souvenir.

C’est à ce travail essentiel que durant sept années s’est livrée Chochana Boukhobza pour réaliser son grand ouvrage Les femmes d’Auschwitz-Birkenau : une somme qui nous met en contact, en proximité affective, avec d’innombrables femmes qu’un destin tragique amena jusqu’à la sinistre rampe de Birkenau.

À lire aussi : Auschwitz a dépouillé l’espèce humaine de toute prétention à l’innocence ou à la pureté

Ce livre est le fruit d’une recherche inlassable et méticuleuse, dans les archives, les minutes des procès, les témoignages, les interviews, les recherches historiques, les photos, les films, les autobiographies… Un travail dont on sent à la lecture vibrer le respect, voire l’affection, de l’auteure pour toutes ces « héroïnes » qu’elle nous présente par leurs nom et prénom, leur vie de famille, l’itinéraire qui les a menées vers l’enfer, et ce qui s’en suivit. Un incroyable travail de compilation qu’il a fallu ordonner puis composer pour en faire ce livre passionnant.

Tous ces brins de vie, tous ces instants volés à l’oubli, que nous vivons, sidérés, bouleversés mais aussi parfois passionnés et admiratifs, offrent une expérience de lecture qui ne s’oublie pas. Le mot est certes galvaudé mais c’est bien d’une immersion qu’il s’agit ici.

Les appels interminables deux fois par jour, en guenilles et dans le froid. Les sélections qui s’annoncent et qu’on attend dans l’angoisse de la mort. La promiscuité mais aussi les amitiés profondes. La solitude et les rencontres. L’incertitude permanente de ce que le jour qui vient réserve. Ne pas tomber malade, faire bonne figure, ne pas penser aux parents ou à l’enfant arraché à la descente du train. Les kapos, les SS, les médecins, les cheffes de block… tous acteurs de l’industrie de la mort, indifférents ou zélés, pervers, cruels ou parfois capable de moments d’humanité. Dans cet univers sans espoir on n’est à l’abri de rien, on a faim, on a soif, on a peur. Et l’on espère un jour qui ne vient pas.

À lire aussi : Ne pas oublier Auschwitz

Pourtant dans cette interminable nuit il est des phares qui donnent un peu de lumière… Des femmes dont le courage, l’abnégation, la force de caractère et l’intelligence ouvrent parfois des brèches dans le mur de l’impossible, arrangent des solutions pour mieux soigner, pour trouver un peu de repos, pour éviter la mort. Des femmes qui donnent des conseils, qui trouvent des vêtements ou des couvertures. Des femmes qui osent comploter et fomenter la révolte.

Il y a même quelquefois des amours qui naissent, des rencontres physiques pourtant impensables avec un homme à peine entrevu, juste un regard. Et l’on apprend l’histoire d’un couple ainsi formé qui s’est marié après la guerre. Et l’on croise une vaillante jeune fille, Simone Jacob, de 16 ans, que remarquera une cheffe de camp redoutée de toutes qui lui dit « toi tu es trop jolie pour mourir ! ». Elle va la transférer dans un petit camp, loin des crématoires, elle, sa mère et sa sœur sans qui elle refusait de partir. Cette Simone se fera mieux connaître plus tard sous le nom de Simone Veil.

C’est toute la beauté tragique de ce livre passionnant, il nous partage de l’humanité pure, dans sa faiblesse, dans sa déréliction, mais aussi dans sa force et sa grandeur. C’est un gros volume de plus de 500 pages. Il vous faudra peut-être plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour l’achever. Peu importe, on peut le prendre, puis le laisser, puis le reprendre. Cet univers, toutes ces histoires, toutes ces vies que vous accompagnez par la lecture, vous vous en sentirez si proches…

Et ne craignez pas que ce livre vous casse le moral. En le lisant vous redonnez vie aux femmes d’Auschwitz, et curieusement, une fois sa lecture achevée, vous sentirez en vous comme un courage nouveau, avec le sentiment que, au bout du compte, le mal aura toujours face à lui, et plus fort que lui, les « justes ».

574 pages

Les femmes d'Auschwitz-Birkenau

Price: ---

0 used & new available from

Le vol est puni!

0
Anthony Hopkins dans "Piégé" (2025) de David Yarovesky Titre original : Locked © Metropolitan

Bill Skarsgard (“Ça”) va vite regretter de s’en être pris à la voiture d’Anthony Hopkins


Depuis Le Silence des agneaux, Hannibal et j’en passe, Sir Anthony Hopkins n’a même plus besoin de montrer son vieux masque raviné par l’âge (l’acteur British naturalisé américain a tout de même franchi le cap des 87 ans) : sa voix inimitable suffit à donner le frisson. Piégé (titre original, Locked) dure depuis plusieurs quarts d’heure, et toujours pas de Hopkins à l’image : juste le son. Se fera-t-il attendre jusqu’à la fin du film ? Premier suspense, en creux.

La main dans le sac

Dans une métropole américaine absolument sinistre, ravagée par la misère (rues pleines de détritus, maculées de tags, envahies par les SDF, les putes et les camés), un jeune repris de justice pas futé, coincé par ses dettes, ses problèmes de couple et de garde d’enfant, a repéré au milieu d’un parking à l’air libre cet énorme SUV noir, rutilant, estampillé DOLUS : la tentation est trop forte. (Dans le rôle, on retrouve le joli comédien suédois Bill Skarsgard, 34 ans – mais on lui en donne 10 de moins – , qui jouait le comte Orlok, funestement vampirisé dans Nosferatu, le film de Robert Eggers). Chance, la portière n’est pas verrouillée ; le candide pied nickelé pénètre dans l’habitacle, sûr d’y trouver du pèse, un larfeuille ou un smartphone à voler. Fuck, plus moyen de sortir, les issues se sont bloquées automatiquement. Surprise du chef, un type à la voix sadiquement doucereuse se pose en justicier, et entame avec le petit délinquant pris la main dans le sac, via la radio du tableau de bord, un échange vocal pas engageant du tout.

A lire aussi: Coup de maître

Des progrès fulgurants de l’I.A, Piégé va livrer pendant une heure – et – demi la démonstration percutante. Voiture autonome suréquipée, la cellule sur pneus où le chenapan subit sa torture punitive expérimente avec succès les plus spectaculaires avancées technologiques du secteur automobile : blindage absolument étanche, clim de haute intensité, entre congélation et suffocation, taser électrique incorporé au dossier en cas de rébellion, coffret-distributeur réfrigéré d’en-cas + boissons (100% anti-effraction), conduite sans pilote 100% automatisée avec guidage laser, etc. Contrôle total. Après avoir longuement tourmenté sa victime de son seul organe sardonique, le diable vengeur Hopkins finit tout de même par se pointer en chair et en os à la vitre du véhicule, pour se lancer avec son infortuné passager dans une virée nocturne plutôt secouante, et qui ne les laissera pas indemne…  

Macabre

Piégé (Locked) est un habile remake de 4X4, un film hispano-argentin millésimé 2019, signé Mariano Cohn, sur un scénario de son compère habituel Gaston Duprat  (duo à qui l’on doit, entre autres, un film délicieusement paranoïaque sur le thème du voisin envahissant, L’homme d’à côté). Concocté par David Yarovesky, 39 ans, cinéaste qui fait carrière depuis ses débuts dans le film horreur (cf. Brightburn : l’enfant du mal, ou Les Pages de l’angoisse, disponible sur Netflix), ce dernier opus a le mérite de ne pas s’éterniser outre mesure (1h35 montre en main), de ne pas manquer d’humour noir, et de ne jamais en faire trop, ni dans l’épouvante, ni dans le gore. Macabre autant que distrayant, ce huis-clos au volant tient la route.

L’acteur suédois Bill Skarsgård. « Piégé » de David Yarovesky. Photo : Metropolitan

L’on plaignait Anthony Hopkins d’avoir perdu sa somptueuse villa de Pacific Palisades dans les incendies de Los Angeles. Ironie du cinéma, cette fiction lui fait sacrifier aux flammes, en plus, une très coûteuse bagnole.


Piégé. Film de David Yarovesky. Avec Anthony Hopkins, Bill Skarsgard. États-Unis. 2024.

Durée: 1h35.

En salles le 9 avril.

Dédiabolisation? Marine Le Pen face au choix de la radicalité

0
Marion Maréchal, très applaudie à Paris lors du rassemblement pour Marine Le Pen le 6 avril 2025. La nièce de Marine Le Pen est souvent présentée comme plus à droite que sa tante © UPI/Newscom/SIPA

Et si Marine Le Pen cédait finalement à la tentation trumpiste ?


La position antisystème adoptée dimanche par le RN met-elle fin à sa normalisation ? Le 12 septembre 2021, Marine Le Pen déclarait : « La radicalité ne paye pas », en critiquant la stratégie d’Éric Zemmour. Dimanche, Louis Aliot, numéro 2 du parti, a fustigé « le système qui nous fait la guerre ». Il a fait applaudir, devant environ 7000 personnes (chiffres généreux de la police) place Vauban à Paris, les noms de Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Éric Zemmour et Marion Maréchal.

Marine, Donald, embrassez-vous !

Ce même « système » a été à son tour critiqué par la fondatrice du RN, qui a vu le 31 mars sa trajectoire politique percutée par un jugement qu’elle a qualifié de « décision politique ». Ces déclarations montrent un raidissement du RN par rapport à sa posture encravatée d’arrondisseur d’angles et de lustreur de pensées convenables. Dans Le Figaro du 11 juillet 2022, Robert Ménard, à l’affût d’un contrepied, s’en prenait aux « haineux de Twitter qui s’imaginent en rébellion contre le « système », ce vilain mot inventé par les nazis pour parler de la démocratie de Weimar, alors qu’ils sont les nouveaux conservateurs, aigris, rances ». En réalité, l’antisystème a ses vertus s’il s’agit d’y voir, avec Catherine Rouvier[1], « le refus de la dictature de la pensée unique », mais aussi la récusation des élites mondialistes. Contrairement aux réticences initiales de Le Pen, une exigence de radicalité devrait également s’imposer dans une quête des racines (radix) du déclin français. À ceux qui s’emploient à déverser des infamies sur le peuple paria, se souvenir du conseil de Talleyrand : « Il y a une arme plus terrible que la calomnie, c’est la vérité ».

A lire aussi: Connaissez-vous Stephen Miran?

Dire la vérité oblige le RN à rompre franchement avec la caste fragilisée. La réticence de Marine Le Pen à s’approprier la « révolution du bon sens » de Donald Trump, qui a dénoncé la concernant une « chasse aux sorcières », n’est pas cohérente. Une demande de rupture est palpable dans l’opinion excédée, en attente de convictions assumées. Hier, les protestations contre les ZFE (zones à faible émission) qui interdisent les villes aux bagnoles des « gueux » (Alexandre Jardin) n’ont pas attiré la foule à Paris. Le RN des périphéries, rejoint par un maigre public parisien et filloniste, n’a pu remplir la Place Vauban. Mais la révolte, timide, est là. Elle est sans doute prête à perpétuer, d’une autre manière, les premiers gilets jaunes déboulant sur les Champs Élysées le 17 novembre 2018 sous les insultes des notables.

Des Français méprisés

Le pouvoir contesté a d’ailleurs renouvelé sa riposte, visant à réduire ces indignations en une expression de l’« extrême droite ». L’extrême gauche et Gabriel Attal (Renaissance) s’y sont employés dès hier. Cette France méprisée se laissera-t-elle encore intimider ?

A lire aussi: C’est pas Versailles ici… c’est Vauban

Même si l’accélération de la procédure d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du RN, annoncée dans l’urgence par le Garde des Sceaux, atténue la violence immédiate du jugement interdisant à Le Pen de poursuivre son parcours, demeure le soupçon d’une « subjectivité judiciaire » (Henri Guaino) ou d’une « tentation d’un messianique judiciaire » (Noëlle Lenoir) de justiciers politisés. Les éléments d’une agression démocratique par un système paniqué sont visibles. Ils donnent raison au discours de Munich de J.D. Vance, vice-président des Etats-Unis, mettant en garde, le 14 février, les dirigeants européens contre la peur des électeurs. Aux Français de refuser cette société d’obéissance, imposée par une oligarchie déphasée.


[1] La France Colin-maillard, Editions de la Délivrance

La France Colin-maillard

Price: ---

0 used & new available from

Le marxisme au pluriel

0
Portrait de Karl Marx (1818–1883). DR.

Jean-Numa Ducange propose un regard singulier et pertinent sur le marxisme que la gauche actuelle a trop tendance à oublier…


Le marxisme a-t-il encore quelque chose à nous dire ? C’est l’interrogation qui sous-tend l’ouvrage de Jean-Numa Ducange paru dans la collection des PUF, « Que sais-je ? ». Délibérément, le marxisme se conjugue ici au pluriel : certes, il existe une matrice commune forte, née à la fin du XIXe siècle en Allemagne et Autriche-Hongrie ; elle a essaimé dans toute l’Europe. Bien évidemment, la synthèse « marxiste-léniniste » canonisée par Staline est celle qui a eu le plus d’influence au cours du XXe siècle.

A lire aussi: Le pèlerinage d’adieu d’Omar Youssef Souleimane

Avis aux wokes déchaînés

La qualité du présent livre est justement de ne pas oublier les versions les plus dogmatiques du marxisme, cherchant à expliquer leur large succès, puis leur déclin, tout en accordant une place importante aux courants « dissidents ». La droite et les religions ne sont pas non plus extérieures à tout cela… Ducange nous épargne ainsi un énième ouvrage purement interne à l’histoire de la gauche en montrant que la force du marxisme réside peut-être in fine dans sa capacité à proposer des hybridations : des catholiques ont pu être influencés par le marxisme (beaucoup moins du côté de l’islam, pour des raisons structurelles peut-être trop brièvement expliquées ici) et une grande figure du libéralisme politique comme Raymond Aron y a porté un vif intérêt, même si c’était pour le réfuter. Mais Marx, pour Aron, méritait mieux que sa version la plus sombre et criminelle incarnée par le goulag. Au final, une synthèse vive et stimulante, qui montre combien la pauvreté et la confusion idéologique qui règne dans la gauche actuelle résulte aussi de l’effacement du marxisme qui, quoique l’on en pense, fournissait un cadre théorique de haut niveau. Avis aux wokes déchaînés qui ont remplacé la réflexion approfondie par une succession d’indignations désarticulées !

Les marxismes, Jean-Numa Ducange ; PUF ; « Que sais-je ? » ; 128 p.

Les Marxismes

Price: ---

0 used & new available from

Les médailles interdites de Mme Faber: la guerre des boutons (royaux)

0
La ministre hollandaise Marjolein Faber, La Haye, 5 février 2025 © John Beckmann/Orange Pictures/Sh/SIPA

Son refus de décorer cinq bénévoles œuvrant auprès de demandeurs d’asile fait tanguer la coalition gouvernementale aux Pays-Bas : Mme Faber, ministre de l’Asile, assume sa ligne dure. Récit.


Mercredi 2 avril, le Parlement de La Haye a rejeté à une grande majorité la motion de l’opposition de gauche exigeant la démission de Marjolein Faber. La ministre est membre du Parti de la Liberté (PVV) de M. Geert Wilders. Qui, avec son talent pour la provocation, avait exigé qu’elle-aussi soit décorée au nom du roi Willem Alexander. Non pas pour assistance à des migrants, mais pour son refus de les « choyer »

Une idée de nouveau film pour Julie Delpy ?

Pendant le vote parlementaire, la modeste commune de Best, dans la province de Brabant, fut secouée par des centaines de citoyens s’opposant, parfois violemment, au projet d’y installer un centre de réfugiés. C’était la troisième rébellion de ce genre dans le pays en une semaine. Une quatrième fut couronnée de succès, le maire cédant aux opposants outrés qui avaient assiégé la mairie. Autant de signes que l’accueil chaleureux prôné par les adversaires de Mme Faber ne fait pas l’unanimité.

La ministre, réfractaire aux bienséances politiques et parlementaires, avait osé rompre avec la tradition qu’un ministre signe automatiquement l’octroi d’une déclaration royale, sorte de Légion d’Honneur honorant celles et ceux qui, bénévolement, se soucient de leurs prochains. Cinq distinctions furent destinées cette année à des volontaires travaillant pour l’agence gouvernementale d’accueil aux migrants, le COA.

A lire aussi: Marcel Gauchet : « L’Europe est l’idiot du village global » 

Or, la ministre a une dent contre cet organisme, dont elle a vainement tenté de réduire le financement par l’Etat. Elle en snobe les responsables autant qu’elle peut, les jugeant coupables d’alimenter les pompes aspirantes de l’immigration. Une distinction royale pour ses bénévoles ne manquerait pas d’être connue dans le monde entier, chauffant à blanc lesdites pompes, selon elle. Mme Faber refuse, par conséquent, d’en rajouter, laissant au Premier ministre, M. Dick Schoof, le soin de signer les distinctions honnies, car « contraires à la politique anti-immigration que je veux mener ».

Tollé

Normalement, l’approbation des distinctions est réglée en coulisse dans les ministères et les mairies, mais cette fois-ci le journal De Telegraaf eut vent des bisbilles en haut lieu. Ou en fut informé par M. Wilders en personne, croit savoir l’opposition.

Tollé prévisible à gauche, qui reproche à la ministre de politiser une tradition a-politique chérie au royaume. Mais l’affaire secoue également la coalition gouvernementale quadripartite, dont le PVV de M. Wilders est le pilier le plus important. C’est que ses trois partenaires, dont les libéraux du parti VVD, partagent la vue de la gauche en la matière… Des sources anonymes dans le camp gouvernemental vilipendent « leur » ministre, dont elles souhaitent le départ. Furieux, M. Wilders annonce qu’en ce cas, il retirera son parti de la coalition au pouvoir depuis huit mois. Ainsi, il est en train de mater la rébellion au sein du gouvernement, mais pour combien de temps ?

Mme Faber avait récemment encore frôlé son éviction, arguant que le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, n’avait pas été élu démocratiquement, avant de rétropédaler sous la pression du Premier ministre sans étiquette, qui, c’était visible lors des débats parlementaires de mercredi dernier, ne l’apprécie guère. 

Ces derniers jours, des journaux néerlandais ont sondé des bénévoles dans des centres d’accueil gérés par le COA. Certains affirment se sentir « criminalisés » par la ministre Faber. Parmi eux, une sage-femme ayant aidé à mettre au monde de nombreux enfants de réfugiés. Mais sur les réseaux sociaux de droite, on pouvait lire que cette « COA-collabo » méritait une sanction pour aide au grand-remplacement, et non pas une distinction royale…