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Iran : le rêve américain

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Née d’une mère française et d’un père iranien, Delphine Minoui est correspondante du Figaro au Moyen-Orient. Elle publie Je vous écris de Téhéran (Seuil).

Daoud Boughezala. Vous avez redécouvert votre identité iranienne à la mort de votre grand-père paternel, en 1997. Jusqu’alors, à quelles images votre âme persane s’identifiait-elle ?

Delphine Minoui. J’avais des souvenirs d’enfance, notamment la douceur de mes dernières vacances de l’été 1978, juste avant la révolution. Mon père étant arrivé en France à l’âge de 11 ans, il n’avait pas d’amis iraniens et il ne nous parlait jamais du pays. L’image suivante s’est imposée lorsque les religieux ont pris le pouvoir en 1979 à Téhéran. Après une première phase d’idéalisation où les intellectuels prenaient l’ayatollah Khomeiny pour le Mahatma Gandhi, il s’est avéré être un religieux rétrograde, qui a permis à l’Occident de réduire l’Iran à quelques clichés : tchador, intégrisme, terrorisme.

Vous avez découvert après la mort de votre grand-père que, bien avant la révolution islamique, ce libre-penseur avait pris une deuxième femme, en cachette de son épouse officielle. Il faut croire que le modèle patriarcal iranien préexistait à la révolution islamique…

L’Iran du chah fonctionnait déjà selon un mode de vie patriarcal et religieux. Certes, les femmes étaient bien plus libres de choisir leur tenue vestimentaire, mais elles restaient subordonnées dans la prise de décisions au sein du foyer, et on ne les encourageait pas à gravir l’échelle sociale. Il ne faut pas s’arrêter au symbole un peu artificiel des Iraniennes que l’on voit en minijupes sur ces belles photos des années 1970. Ces clichés ne concernaient qu’une élite occidentalisée qui avait les moyens de voyager dans le monde entier.[access capability= »lire_inedits »]

Entre 1998 et 2009, vous avez séjourné en Iran et observé l’évolution d’un couple dont le mari, Mahmoud, est milicien, et l’épouse, Fatemeh, au départ très effacée, s’est progressivement affirmée. Insinuez-vous que la République islamique a favorisé l’émancipation des femmes ?

Malgré la chape de plomb que fait peser l’intrication du politique et du religieux, les femmes iraniennes font partie des plus émancipées, des plus combatives, et presque des plus laïques de la région. Même si la révolution est devenue islamique, elle a conservé certains de ses objectifs émancipateurs du début, en particulier la justice sociale et l’égal accès au savoir. Khomeiny a incité les femmes à aller à l’université, en partant du principe que, voilées, elles étaient protégées du regard masculin et pouvaient donc s’asseoir sur les mêmes bancs que les garçons. Or, l’université, c’est l’accès au savoir, la mise en débat des règles imposées par le mari et par le pouvoir, la découverte de livres étrangers traduits en persan, autant dire un grand pas vers l’émancipation.

D’accord, mais on imagine que, comme les mini-jupes des années 1970, cette libération par l’éducation est réservée à certaines couches sociales…

Non, l’évolution de Fatemeh est une métaphore des transformations qui traversent aussi les classes populaires et les familles religieuses, pas seulement la jeunesse bourgeoise de Téhéran. Par petites touches, je l’ai vue reprendre les études qu’elle avait arrêtées après son mariage, se brancher sur la parabole, interdite, pour regarder ce qui se passe ailleurs, troquer le tchador contre un voile léger, etc. Fatemeh est allée jusqu’à affirmer ses convictions politiques au sein de son couple, ce qui est très fort. En 2005, quand Ahmadinejad s’est présenté pour la première fois, elle a voté pour son rival réformateur Rafsandjani, contre les convictions de son mari. Quatre ans plus tard, Fatemeh sort dans la rue avec les opposants à Ahmadinejad tandis que son mari participe à la répression et rentre un soir la chemise maculée de sang. Son couple est alors au bord du divorce.

Le camp des défenseurs de la République islamique s’est-il profondément fracturé, à l’image de ce couple ?

Une déchirure s’est produite en 2009 : alors que le Guide représentait traditionnellement la figure de l’arbitre, Khamenei est descendu dans l’arène politique en soutenant la fraude électorale et en se rangeant du côté d’Ahmadinejad. La violente répression des manifestations démocratiques a beaucoup choqué les Iraniens, y compris certains miliciens. On a pu lire sur Internet des mea culpa de bassidjis qui disaient : on soutient la République islamique, mais pas au point d’aller tuer nos frères et sœurs. Il y a aussi eu des défections au sein des gardiens de la Révolution, qui forment l’armée d’élite du régime, des démissions de diplomates, etc.

On a du mal à comprendre les objectifs du mouvement vert : les manifestants anti-Ahmadinejad veulent-ils réformer la République islamique ou l’abattre ?

Les jeunes qui sortaient dans la rue ne voulaient pas forcément renverser le régime, tout ce qu’ils demandaient, c’est qu’on respecte leur vote. Mais, face à la répression, le mouvement de 2009 s’est radicalisé dans son expression, jusqu’à des slogans comme « À mort le guide suprême ! » ou « À bas la République islamique ! ». Cependant, si des spécialistes de l’Iran estiment que le noyau dur des partisans indéfectibles du régime représente seulement 30 % de la population, la majorité désenchantée est partagée, certains souhaitant un changement radical de régime, d’autres une réforme du système existant : cette dernière façon de voir les choses est très chiite, car le chiisme prône l’ijtihad, l’interprétation permanente des textes religieux, l’adaptation à son temps.

S’agissant de l’adaptation à son temps, c’est parfois mal imité… En tout cas, le régime a survécu au mouvement de 2009 alors que plusieurs dictatures arabes ont été balayées ou durablement fragilisées par la vague révolutionnaire de 2011. La majorité silencieuse des Iraniens souhaitait-elle le statu quo ?

Il est délicat de comparer la vague verte aux printemps arabes, car les Iraniens ont déjà fait une révolution en 1979 et renversé un pouvoir autocratique. Dans ce sens, ils ont une certaine longueur d’avance. Et ils sont bien placés pour savoir qu’une révolution n’accouche pas d’une démocratie du jour au lendemain. De plus, si des révolutions arabes sont parvenues à déloger leurs dictateurs – du moins en ce qui concerne l’Egypte et la Tunisie -, c’est parce que l’armée s’est rangée de leur côté. En 2009 en Iran, non seulement les manifestants n’ont pas bénéficié du soutien des militaires, mais ils ont subi la répression des Gardiens de la révolution et de leur force de réserve, les bassidjis. Toute l’habileté du Guide suprême a été de savoir doser la répression : les arrestations, les tortures dans les prisons et les morts se sont certes multipliés par centaines, mais Khamenei n’a pas lâché tous les fauves du régime comme Assad en Syrie. L’important était d’instiller une peur suffisante dans la population pour que le mouvement s’essouffle et que les gens cessent de manifester. Depuis 2013, l’élection du président modéré Hassan Rohani a permis une certaine ouverture, tolérée par le Guide qui considère qu’elle garantit la survie du régime. Pour l’heure, les Iraniens s’en accommodent, même s’ils rêvent toujours de démocratie.

Donc l’Iran n’est pas une démocratie. Mais est-ce une dictature ?

L’Iran n’est évidemment pas une dictature comme celles de Saddam Hussein ou de Kadhafi, où régnaient une pensée et un parti uniques. Certes, les candidats aux élections sont présélectionnés, mais il y a un jeu démocratique. Des foules immenses assistent à des meetings de campagne dans les stades de football, les candidats débattent de véritables questions comme les droits des femmes, le dialogue avec l’Amérique, la censure et la liberté d’expression. Et puis, il y a tous ces espaces d’expression dans lesquels se réfugient discrètement les Iraniens : les associations, les blogs, les réseaux sociaux….

Et le négationnisme d’Etat, qu’en pensent les Iraniens ?

En fait, en dépit des slogans de l’époque Ahmadinejad, la majorité des Iraniens ne sont pas négationnistes, et cela vaut pour l’intérieur du régime. En 2007, la télévision d’Etat a diffusé un feuilleton qui racontait un épisode assez peu connu : le sauvetage d’un millier de juifs de France par le Chah qui leur offrit la nationalité iranienne.

La géopolitique est-elle déterminante dans le jeu politique ?

Elle pèse significativement sur les orientations de Khamenei. En 2009, il a décidé de soutenir Ahmadinejad à cause des menaces américaines et israéliennes de frappes sur les sites nucléaires – il avait la phobie du « regime change » qu’avait promu George W. Bush. Mais, en 2013, on était dans une autre configuration, et Ahmadinejad était allé trop loin : alors qu’il était le poulain du Guide, il avait pris ses aises, relançant le programme nucléaire, déclarant qu’il fallait rayer Israël de la carte…

Mais Ahmadinejad ne faisait que reprendre la phraséologie de Khomeiny. Et Khamenei a tenu des propos tout aussi virulents contre Israël…

Certes, Khamenei se livre régulièrement à des sorties anti-israéliennes. Mais le président de la République s’exprimait de façon plus mesurée sur le sujet. Or, pendant ses deux mandats (2005-2013), Ahmadinejad s’est distingué par un ton particulièrement belliqueux. Ses provocations ont entraîné six rounds de sanctions internationales onusiennes qui ont durement frappé l’économie : les banques étrangères ont suspendu leurs lettres de créance avec l’Iran, de grosses entreprises françaises et occidentales installées en Iran ont cessé leur activité, etc. De manière très pragmatique, le Guide a réalisé que la crise économique était en train d’asphyxier le pays et risquait de susciter une nouvelle vague de mécontentement. En 2013, alors que les printemps arabes avaient eu raison de nombre d’autocrates de cette région, il a préféré lâcher du lest et ouvrir le jeu démocratique, permettant la victoire du modéré Rohani.

C’est surtout dans le domaine nucléaire qu’il a lâché du lest. Le 2 avril, l’Iran et les grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) ont signé un accord-cadre au terme de mois d’âpres discussions. Pourquoi les négociations se sont-elles à ce point éternisées ?

D’un côté comme de l’autre, les parties posaient des conditions très fermes. L’an dernier, j’ai été frappée par une déclaration de Khamenei, reprise ultérieurement sur son site. Pour justifier les négociations sur le nucléaire auprès de sa base ultraconservatrice, il a parlé de « flexibilité héroïque », un terme très persan qui se réfère à la lutte traditionnelle où, un peu comme au judo, le lutteur (pahlavan) doit faire preuve d’une certaine souplesse pour l’emporter. L’Iran voulait sortir la tête haute. Ces discussions à rallonge font aussi penser aux négociations du bazar de Téhéran : même si le vendeur de tapis réalise qu’il est sur le point d’obtenir un bon prix, il ne veut pas avoir le sentiment de céder. Réciproquement, un pays comme la France a certaines exigences – tout à fait compréhensibles – vis-à-vis de l’Iran, notamment la transparence. Certes, le régime assure avoir des intentions pacifiques et un projet exclusivement civil, motivé par ses immenses besoins en électricité. Reste que, pendant des années, l’Iran a gardé secrètes certaines de ses infrastructures nucléaires. Cela incite à la suspicion.

On saura le 30 juin si cet accord-cadre devient un accord final. Mais on a déjà assisté, en marge des négociations, à des échanges très cordiaux entre Américains et Iraniens. En cas de réconciliation avec les États-Unis, l’Iran doit-il craindre de perdre un ressort de mobilisation populaire ?

Je crois que tout l’Iran ne rêve que d’un accord avec l’Amérique ! Depuis la rupture des relations, suite à la prise d’otages de 1979, les officiels iraniens dénoncent l’oppression américaine, mais souffrent surtout du fait que l’Amérique les prend de haut. Ils se sentent mal compris, répètent à tout va : « Israël et le Pakistan peuvent développer un arsenal nucléaire. Alors pourquoi pas nous ? » Aujourd’hui, tous ceux que je rencontre me confirment l’énorme besoin de reconnaissance de leur pays. D’où l’engouement – qui traverse aujourd’hui toute la classe politique – pour l’accord de Lausanne.

Maintenant que les relations avec les États-Unis tendent à s’apaiser, qui est l’ennemi de la République islamique : Israël, l’État islamique, l’Arabie saoudite ?

Si demain l’ennemi américain disparaît, un autre est déjà en train de naître : l’État islamique. L’Iran et l’Irak ont une très longue frontière commune, et la grande peur des Iraniens est que Daesh commette un jour des attentats à Téhéran. D’ailleurs, il combat déjà dans la région, non pas de manière frontale, mais dans la guerre asymétrique, où il excelle. L’Iran, pour sa part, fonde sa stratégie sur la doctrine du paravent et du bouclier  que m’a exposée il y a quelques années un vétéran de la guerre Iran-Irak, très introduit aujourd’hui dans les cercles diplomatiques iraniens: la République islamique combat préventivement ses ennemis potentiels dans la région en utilisant divers leviers : le Hamas contre Israël, le Hezbollah libanais contre Israël et contre les insurgés syriens, les houthis au Yémen, etc.

Accessoirement, cela consiste souvent à encourager ou organiser des attaques terroristes contre des civils…Par ailleurs, on voit se constituer autour de l’Iran un croissant chiite qui va du Liban au Yémen. S’agit-il vraiment d’un conflit théologique ou le schisme qui divise l’islam depuis quinze siècles est-il seulement l’alibi d’un conflit de puissance ?

L’éternelle rivalité entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite a toujours eu pour enjeu le statut de puissance régionale. Mais le ferment religieux y joue un rôle actif. En privé, les dirigeants iraniens rappellent que « les sunnites, déjà, ont tué l’imam Hussein à la bataille de Kerbala, en 680 ». De même, une violente propagande antichiite déferle sur Internet, où djihadistes et salafistes parlent des hérétiques chiites. Ne nous leurrons pas : une guerre de religion a commencé à l’intérieur du monde musulman.[/access]

Je vous écris de Téhéran

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*Photo : wikicommons.

Brûlons les voiles

voile islamique

Contrairement à une légende tenace, les féministes n’ont jamais brûlé leurs soutiens-gorge. Elles avaient bien prévu de le faire, en ce jour de septembre 1968, pour protester contre l’élection, qu’elles jugeaient quelque peu futile et sexiste, de Miss Monde, mais elles n’ont pas eu l’autorisation de faire un feu en plein New York : alors, elles se sont contentées de les mettre à la poubelle.

Symboles de l’aliénation, de la contrainte, de l’enfermement. On peut imaginer que les suffragettes des années 1900 ont jeté de même leurs corsets, avant même que Mary Phelps Jacob invente la première paire de brassières en 1913. Mais Paul Poiret dès 1906 (ou est-ce Madeleine Vionnet ?) avait créé des robes à taille haute qui impliquaient la disparition de cet accessoire quelque peu contraignant. En tout cas, la Première Guerre mondiale en a sanctifié la disparition.
Tout ça pour dire…

Plusieurs amies d’un féminisme incontestable (pas les pétroleuses des chiennes de garde, non : de vraies féministes, qui attachent plus d’importance aux réalités qu’aux symboles, et ne répugnent pas, éventuellement, à s’offrir de la vraie lingerie de charme sans avoir l’impression d’être des femmes-objets) m’ont avoué partager un sentiment que j’éprouve pour ma part chaque jour : celui de ne plus supporter le moindre vêtement qui implique l’abaissement de la femme.
Le voile islamique, par exemple. Pas seulement la burka, ni le tchador, toutes ces horreurs inventées par des barbares pour contraindre les femmes à disparaître. Non, les simples voiles islamiques. « Une offense perpétuelle contre les femmes », me dit l’une d’entre elles. « Le symbole de l’abaissement concerté des femmes », me dit une autre. Et elles comprendraient fort bien que ‘on interdise ces symboles d’oppression non seulement dans les universités, non seulement à la Poste ou dans les hôpitaux, et dans les services publics en général, mais dans la rue. Parce que ce sont des exemples déplorables de soumission à une soi-disant autorité masculine qui évoque la barbarie et le Moyen-Age. Et rien d’autre.

Et ce n’est pas être un ayatollah de la laïcité (prodigieux oxymore, quand on y pense…) que de dire cela. C’est juste une façon de se rappeler que sur les écoles et les monuments français, il y a, avant tous les autres, un petit mot de trois syllabes qui s’écrit LI-BER-TE. Et que c’est un concept qui ne se négocie pas. Je sais bien que cela fait hurler les idiots utiles de l’islamisme radical, qu’ils sévissent sur Médiapart ou ailleurs. Mais il n’y a qu’une liberté – celle de 1793, celle de 1905. Et elle ne peut tolérer les symboles de l’esclavage.

Dans une ville comme Marseille (et dans pas mal d’autres : il faut habiter Paris, quartiers des ministères, pour croire que le voile est une offense anecdotique), ce sentiment d’horreur est permanent, parce que des voiles, on en voit partout. Chaque seconde. Comme si toutes les Musulmanes de cette ville avaient une fois pour toutes intégré le fait qu’elles sont inférieures, qu’elles sont impudiques, qu’elles ont quelque chose à cacher – leurs cheveux, en l’occurrence, symboles, paraît-il, d’une toison secrète que l’on n’exhibe pas : il faut être singulièrement taré pour voir dans ces « toisons moutonnant jusque sur l’encolure », comme dit le poète, un rappel des boulettes pubiennes, qui d’ailleurs, ces temps-ci, n’existent plus qu’à l’état de traces ou de tickets de métro.
Alors, oui, j’appelle solennellement les Musulmanes de France (la France, hé, les filles, vous savez, Liberté, Egalité, Sensualité) à mettre à la poubelle, sur la voie publique, toutes leurs chaînes. Brûlez les voiles ! Dépouillez-vous de ce harnachement imbécile.

Et ne venez pas me dire que c’est votre choix, comme dans cette lointaine émission d’Evelyne Thomas. Ce qui est systématique, ce qui est imposé, ne peut jamais être un choix – ou alors, au sens où l’esclave choisit ses chaînes. Inutile de vous expliquer ce qu’est l’aliénation, j’imagine. Vous êtes enfermées, cloîtrées là-dessous comme des esclaves médiévales. Attendez de voyager en Arabie Saoudite – à Rome, il faut faire comme les Romains, et à la Mecque comme les wahabbites. Mais ici ! Il fait déjà 25° dans la journée, et vous vous enfouissez sous des voiles ? Vous êtes cinglées.

Oui, brûlez vos voiles. Jetez-les. Faites-les disparaître. Proposez à vos hommes de les porter, pour changer – après tout, eux aussi ont des cheveux – et des barbes – qui pourraient évoquer des toisons pubiennes bouclées. Ce serait drôle qu’au nom d’une pseudo-pudeur, tous ces grands obsédés portent des voiles sur la tête. Ça les changerait des casquettes de base-ball.

Mais justement ils ne le font pas. Les voiles, c’est bon pour les nanas. Eux s’en vont tête libre.

Et c’est bien de liberté qu’il s’agit. La liberté d’être libre, et de ne pas s’engloutir sous des oripeaux funèbres. La liberté d’aller cheveux au vent – et de leur dire merde si jamais ils vous font une réflexion. Une femme vaut un homme, vous savez. Et si jamais une religion dit le contraire, eh bien, elle ment. Parce qu’au fond, ce n’est qu’une affaire de pouvoir. « Du côté de la barbe est la toute-puissance » – c’est ce que Molière fait dire à un triste imbécile cocu avant d’être marié. Et c’est bien tout ce qu’il(s) mérite(nt).

*Photo : Pixabay.com

On ne peut plus voter PS… Et PC, on peut?

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Parti communiste français

M. de Castelnau en veut un peu, et amicalement, à M. Leroy. Il lui reproche d’avoir mis beaucoup trop de temps à comprendre qu’il n’était plus possible de donner sa voix au parti socialiste car pour lui ça fait longtemps qu’il est honteux de se compromettre avec un parti dont les deux mamelles sont la capitulation et la trahison. Jérôme Leroy, lui, est plus hésitant, plus modéré ou, si l’on préfère, plus mou.

Leurs deux articles sont joliment écrits et respirent – vertu rare de nos jours – la sincérité. Un débat que seuls eux peuvent trancher : les grandes questions ont besoin de solitude et d’intimité pour être pesées et soupesées. Régis de Castelnau, à l’appui de son mépris affiché pour les socialistes (sociaux-traîtres un jour, sociaux-traîtres toujours…), convoque ces derniers au tribunal de l’Histoire. Et là, son réquisitoire sonne comme une imprécation : l’abandon de l’Espagne républicaine en 1936, les pleins pouvoirs à Vichy, la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie… Même si les termes sont excessifs, comme il convient à un procureur, ce n’est pas faux.

Mais histoire pour histoire, il y en a une autre qui chemine parallèlement à celle du PS français. L’histoire du PC français. Et elle autorise qu’on pose la question : peut-on encore voter pour le PC ? Ils sont des centaines de milliers qui pourraient y répondre. Des morts et des vivants. Des centaines de milliers qui ont été chassés, exclus par le PC ou, plus encore, qui sont partis, en silence et la peine au cœur, orphelins et brisés. Mais qui irait interroger les cimetières ?

Les premiers sont partis en 1939 lors de la signature du pacte Hitler-Staline (particulièrement infâme car en cadeau le chancelier du Troisième Reich reçut des dizaines de communistes allemands exilés en URSS). Le plus connu d’entre eux s’appelait Paul Nizan. Le PC s’appliqua à l’enfouir sous des tonnes de silence et de calomnies. Il fallut attendre les années 1960 et la réédition de son Aden Arabie, admirablement préfacé par Sartre (oui, le Sartre qui avait dit que pour lui « tout anticommuniste était un chien »), pour que Nizan renaisse.

D’autres, moins connus, furent en 1944 effacés de l’histoire de la Résistance. Les membres de l’OS, la première organisation militaire clandestine du PC. On décréta pour des raisons de basse politique qu’ils n’avaient jamais existé. Pierre Daix, qui vient de mourir, a écrit un très beau livre sur ces réprouvés.

Mais année après année les vagues se succédèrent, toujours plus fortes. Les hitléro-titistes de 1948, quand Tito rompit avec Staline. Puis en 1953, quand les chars soviétiques écrasèrent la révolte des ouvriers de Berlin-Est, des communistes furent submergés de dégoût et se retirèrent à leur tour. 1953, une année terrible. Les potences de Prague pour les dirigeants du PC tchécoslovaque accusés de « sionisme ». Et le complot des « blouses blanches » de Moscou avec ses médecins juifs. Une version stalinienne des Protocoles des sages de Sion. Combien furent-ils alors à être exclus ou à partir car ils ne comprenaient pas le silence du PC fidèlement subordonné à l’Union soviétique ? Pour le Parti, c’était « right or wrong, my country ».

Les chars soviétiques, encore eux, firent à Budapest en 1956, et en plus sanglant, ce qu’ils avaient fait à Berlin en 1953. Ils reprirent du service en 1968 et écrasèrent le printemps de Prague. L’espoir, s’il y en avait encore, fut tué à jamais. Et ils furent des milliers, écœurés, à quitter le Parti. Depuis, un fantôme hante les couloirs de l’immeuble de la place du Colonel-Fabien. Celui d’un homme au beau sourire triste : Alexander Dubček.

On conviendra avec MM. Leroy et de Castelnau que l’histoire des socialistes français, c’est pas terrible. Mais celle des communistes, c’est pas mal le pied non plus. Il demeure que les socialistes ont maintes fois exercé le pouvoir, ce qui les amenés à pécher. Les communistes non. Sauf quand ils y ont été brièvement associés en 1944 et 1981. Donc ils n’ont pas eu à mettre les mains dans le cambouis. À regarder l’intéressant parcours du PC, c’est heureux pour tout le monde. Alors pour qui voter ? M. Leroy en pince pour Juppé. M. de Castelnau, lui, appelle à un « vote révolutionnaire » et pragmatique en faveur de Sarkozy.

Et moi ? Eh bien, concernant les présidents, c’est Félix Faure que je préfère. Il a eu une mort enviable à l’Élysée. Une fellation administrée par la belle et experte Mme Steinheil eut raison de son cœur qui lâcha. Plus sérieusement, depuis que je suis en âge de voter, j’inscris sur mon bulletin le nom de Mendès France. Ça ne sert à rien puisque mon vote est frappé de nullité. Mais ça fait plaisir.

*Photo : Wikipedia.org

Michael Lonsdale: un homme et un Dieu

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Michael Lonsdale Padre Pio Renouveau charismatique

Pour l’adaptation en français de la mini-série italienne Padre Pio, vous doublez la voix du vieux saint qui, la veille de sa mort, raconte sa vie à un visiteur envoyé par l’Église. Ça ne doit pas être évident pour un acteur de s’adapter à l’interprétation d’un autre…

Michael Lonsdale : Non, d’ailleurs, je ne le fais presque jamais. Mais pour Padre Pio je ne pouvais pas laisser passer l’occasion ! Il fallait donc que je suive le mouvement des lèvres et que je reconstitue les expressions de Sergio Castellitto, l’acteur italien… Mais si vous me demandez comment j’aurais joué moi-même Padre Pio, la réponse est que je n’en sais rien ! Tout mon travail de comédien est basé sur l’improvisation, je mets des oreillettes et on m’envoie le texte, comme je l’ai fait pour le dernier film du réalisateur portugais Manoel de Oliveira, Gebo et l’ombre. C’est très chouette, pas besoin de mémoriser. J’apprends de moins en moins par cœur. Et puis on ne sait jamais d’avance comment on va jouer, sauf avec certains metteurs en scène très exigeants, comme Spielberg : sur le tournage de Munich, il avait une idée très précise du caractère du vieux mafieux que j’incarnais.

Pourquoi avez-vous accepté de faire une exception pour Padre Pio ? Seriez-vous particulièrement sensible au culte des saints, à leur charisme particulier ?

Oui, et particulièrement à celui de Padre Pio, qui guérissait les gens et envoyait promener le diable. Il y a une très belle scène où il approche sa main de la tête d’une jeune femme folle et déclare : « Va-t-en, laisse cette personne ! » Elle s’arrête alors de gigoter, et ça y est, le démon est parti. Je suis très charismatique, je vais à Paray-le-Monial tous les étés et j’y ai assisté à beaucoup de guérisons.[access capability= »lire_inedits »]

Y a-t-il quelque chose de commun, selon vous, entre le charisme des saints et celui des comédiens ?

Les saints ont une mission : être le vecteur d’une guérison. Nous, les comédiens, devons être le vecteur d’un caractère, d’une situation, d’un rôle… C’est autre chose, on soigne aussi, mais on se soigne soi-même !

Est-ce pour vous soigner que vous êtes devenu comédien ?

Je me suis souvent posé la question. Pendant la guerre, quand les Américains ont débarqué au Maroc, il y avait un cinéma pour les officiers, ouvert tout l’après-midi. Et, comme je n’allais pas à l’école, ils ont dit à mes parents : « S’il aime le cinéma, il peut venir ! » J’y allais tous les jours, je voyais tous les grands films, c’était en 1942…

…comme dans Casablanca !

Oui, enfin ça ne se passait pas du tout comme dans le film. J’étais fou, je rêvais, j’étais fasciné par les acteurs. Mais il n’y avait pas grand-chose au Maroc, et je ne suis devenu comédien qu’une fois arrivé en France. J’ai mis longtemps à oser. Finalement, alors que j’étais en train de me convertir, mon père spirituel, un dominicain qui m’a baptisé à l’âge de 22 ans, m’a envoyé voir le père Carré, l’aumônier des artistes. Celui-ci m’a recommandé à Mme Tania Balachova, le meilleur professeur de théâtre à l’époque. Il avait vu juste. En bonne pédagogue qu’elle était, elle a compris qu’avec moi, seule la menace fonctionnerait : un jour, elle m’a menacé devant tout le monde de me renvoyer si je ne me donnais pas totalement. J’ai eu très peur et, quelques semaines après, quand elle a créé un cours d’improvisation, j’ai commencé à me donner vraiment.

Vos débuts de comédien correspondent donc à votre conversion. Pourtant, au début des années 1950, la mode était plutôt à la révolution en général et au marxisme en particulier. Être croyant dans le monde du théâtre et du cinéma, ce n’est pas trop la croix et la bannière, si j’ose dire ?

Dans nos cours, on se passionnait trop pour le théâtre pour s’occuper de politique. La situation a changé après 1968. Il y avait toujours beaucoup de croyants parmi les acteurs – Claude Rich, Michel Serrault, Catherine Salviat, Jacques Dufilho… – mais ils restaient discrets sur le sujet car beaucoup de choses intéressantes venaient des réalisateurs de gauche, et ceux-là n’aimaient pas la religion. À partir des années 1980 et de la découverte du Goulag, beaucoup d’artistes se sont engagés dans la lutte anti-totalitaire. Moi, je n’ai découvert le Renouveau charismatique qu’en 1987.

C’est sans doute une chance pour vous, car si vous aviez été « repéré » comme croyant, on ne vous aurait sans doute pas offert d’aussi beaux rôles…

Oui, surtout que j’avais en prime le handicap de mes origines. Tania Balachova disait que j’étais moitié anglais, moitié français, et moitié belge-et-suisse et que, pour cette raison, je ne ferais pas grand-chose avant 30 ans. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire, mais elle m’a donné un conseil : « Ne faites pas le difficile, prenez tout ce qui viendra, il faut vous habituer à la caméra, à l’ambiance d’un tournage. » Elle a eu raison ! J’ai fait des petits films et je suis tout de suite tombé sur des gens intéressants, comme Marcel Hanoun. Puis j’ai rencontré Jean-Marie Serreau, et j’ai commencé mon cheminement vers Beckett, Ionesco, Duras… Mais ce que j’appréciais dans ce métier, c’était d’incarner des personnages inédits. Le répertoire m’intéresse peu. On m’a proposé d’entrer à la Comédie-Française. Il y a des gens formidables, c’est très bien joué, mais pourquoi serais-je allé jouer un Tartuffe de plus ?

Est-ce dans votre entourage familial que vous avez pris goût à la comédie, donc au travestissement ?

En tout cas, ça vient de très loin… Je suis un enfant naturel qui a été caché à la naissance. Ma mère était partie avec un homme qui n’était pas son mari, ce qui a provoqué un drame dans la famille française. Mon grand-père, qui était lui-même un enfant naturel, devait ignorer mon existence. Mais les bébés perçoivent tout et enregistrent tout. Un jour, mon père spirituel, le dominicain dont je vous ai parlé qui m’a orienté vers le théâtre, m’a dit cette phrase : « Vous ferez en public des confidences que vous ne pouvez pas faire en personne dans la vie. » C’est bien plus tard que j’ai compris ce qu’il voulait dire.

Ces dernières années, vous avez ajouté à votre collection de grands auteurs et metteurs en scène des figures comme Sœur Emmanuelle, Thérèse de Lisieux et saint François…

Laissez-moi vous raconter ma rencontre avec Thérèse de Lisieux. Un jour, à Paris, une femme assez ronde m’a abordé et m’a dit : « Je suis protestante, mais je voudrais être catholique. Voulez-vous être mon parrain ? » J’ai accepté et, pour me remercier, elle m’a offert un gros livre de sœur Thérèse qui rassemble des textes, des chansons, des pièces de théâtre. Il y avait une photo qui m’a particulièrement frappé : celle de Thérèse assise, habillée en Jeanne d’Arc. Elle était déjà au couvent à cette époque, mais elle a joué plusieurs pièces. Cette photo m’a touché à un moment très particulier de ma vie, alors que je venais de perdre ma mère. Elle était tombée malade quand j’avais 40 ans. C’était très dur, elle ne pouvait ni parler ni rien faire, mais je l’ai gardée à la maison. Je gagnais bien ma vie, avec les grands films comme James Bond et d’autres. Je ne me voyais pas l’envoyer à l’hôpital. Pendant onze ans, j’ai pu payer des infirmières, et quand elle est partie je me suis occupé de sa sœur qui habitait chez nous. Une merveille d’amour et de gentillesse, j’étais son enfant à elle aussi. Deux ans après, elle est partie aussi et je me suis retrouvé seul… C’est alors que j’ai lu le livre de Thérèse et que je suis tombé sur cette photo où elle fixe l’objectif sans essayer de « faire la sainte ».

Et vous avez trouvé le réconfort dans ce regard ?

C’est plus surprenant que ça. J’ai adressé une prière au Seigneur en expliquant que j’étais à sa disposition. On a alors sonné à la porte : c’était mon parrain qui me faisait une visite-surprise. Il a vu que j’allais mal – j’étais au bord des larmes – et m’a proposé de participer à une réunion à l’église Saint-François-Xavier : des gens qui chantent, prient les uns pour les autres, lisent à haute voix des textes de la Bible choisis au hasard… Quand nous sommes arrivés, la soirée avait commencé et ils chantaient tous en langues, c’est-à-dire sans prononcer de paroles précises. J’ai été pris d’une émotion incroyable, c’était comme une musique céleste. Il y avait aussi des groupes de prière. J’ai complètement plongé dedans, c’était formidable. Je suis né le jour de la Pentecôte, alors l’Esprit saint… ! Au bout de deux semaines, un prêtre est venu me chercher : « J’organise une grande semaine à Paray-le-Monial avec de la danse, du piano…, je t’invite à venir. » Je lui ai dit que je ne savais rien faire. On ne te demande pas de faire, mais de venir, m’a-t-il répondu. J’y suis allé et j’ai découvert une foule incroyable, des témoignages merveilleux. C’était très fort. Sœur Emmanuelle passait, Mère Teresa… J’ai complètement plongé, même si je ne suis pas devenu membre, par manque de temps. J’ai ensuite monté un spectacle sur saint François d’Assise, un autre sur la Petite Thérèse et encore un autre sur saint Bernard de Clairvaux, avec 120 personnes ! On l’a joué tous les étés pendant cinq ans, j’étais heureux comme tout. Plus tard, il y a encore eu un spectacle sur Sœur Emmanuelle.

Qu’avez-vous appris sur vous et sur l’homme en jouant tant de rôles différents depuis soixante ans ?

J’ai appris que « je » est un autre. À travers ces personnages que l’on emprunte, on se soigne, mais on apprend aussi beaucoup sur ce qu’est le frère. On comprend la phrase, si difficile à mettre en pratique : « Aimez-vous les uns les autres. » J’ai beaucoup réfléchi et j’ai compris que chaque être humain était une espèce de pièce unique, dans laquelle Dieu est présent, même si on ne fait pas appel à lui. Chaque être est une création de Dieu. J’ai appris à considérer avec beaucoup d’amour et de soin tous les humains, quels qu’ils soient. J’ai appris à aider et surtout à ne pas juger. Il y a des gens bien partout. Il faut pactiser avec les autres croyants, comme les bouddhistes que j’ai rencontrés, ou les musulmans consternés par ce qui se passe actuellement.

Et que se passe-t-il avec l’islam, selon vous ?

Beaucoup pensent qu’une nouvelle invasion musulmane se prépare, comme aux VIIe et VIIIe siècles, quand les musulmans ont envahi l’Afrique du Nord et l’Espagne, où ils sont restés près de huit cents ans. Il y a très longtemps, un musulman m’a dit : « Poitiers est une ville musulmane, puisqu’on l’a occupée. » Ce qui est triste, c’est que le pétrole est concentré dans ce coin précis du monde où des milliardaires qui ne savent pas quoi faire de leur argent financent des groupes qui tuent des vieux, des enfants… En travaillant à Mantes-la-Jolie, j’ai découvert que dans certains quartiers il y a plus d’Africains que de Français ! Alors ils s’énervent un peu, demandent des mosquées, il paraît même que certains voudraient supprimer les croix des pharmacies ! Ce n’est pas la guerre, mais la guéguerre…[/access]

*Photo : BERNARD BISSON/JDD/SIPA/1408241506

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«Trois souvenirs de ma jeunesse»: L’amour en fuite

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Desplechins Trois souvenirs de ma jeunesse

Après un film en demi-teinte (Jimmy P.), Desplechin revient sur des terres qui lui sont plus familières en retrouvant Paul Dédalus, le personnage principal de Comment je me suis disputé. Drôle d’idée que de revenir, 20 ans après, sur un film qui marqua indéniablement son époque et de proposer une espèce de surgeon romanesque. Trois souvenirs de ma jeunesse marque donc les retrouvailles avec un personnage qui décide de revenir en France après un séjour au Tadjikistan. Alors que nous l’avions connu doctorant et perdu dans ses atermoiements sentimentaux, Paul Dédalus se souvient ici de trois périodes de sa vie antérieure : son enfance, un voyage scolaire en Russie et sa rencontre avec Esther.

Ce qui frappe d’emblée dans le film, c’est à la fois son caractère « modeste » , s’inscrivant dans la lignée des chroniques sentimentales comme les affectionne un certain cinéma d’auteur français et, en même temps, son ambition de « film-somme ».

Construit en trois parties de longueurs très inégales (les trois quarts du film sont consacrés à la dernière de ces parties), le film fonctionne comme un nouveau feuilleté romanesque, ajoutant des couches fictionnelles à une œuvre qui en était déjà riche.

La première partie est consacrée à l’enfance de Paul et le cinéaste joue d’emblée sur les dissonances et des plans coupants comme des lames de rasoir : l’enfant menace de poignarder sa mère, se fait battre par son père, fugue… Comme dans Un conte de Noël, c’est moins la dimension psychologique qui intéresse Desplechin que le nœud de névroses œdipiennes qui se met en place dans ces « scènes primitives » filmées de manière très abrupte et saillante.

La deuxième partie s’intéresse à un voyage scolaire que Paul effectue en URSS avec l’un de ses amis. Sur place, ils seront chargés de porter de l’argent et des papiers à des juifs désirant se rendre en Israël. Dans cet épisode, le cinéaste renoue avec son premier long-métrage La sentinelle, lorgnant du côté du film d’espionnage et d’action. D’une certaine manière, cette digression du côté du « cinéma de genre » nourrit son cinéma et lui donne son aspect foisonnant. Elle lui permet également toucher une fois de plus à la question de l’identité. En offrant son passeport, Paul créé un véritable « double » qui s’inscrit là encore au cœur des préoccupations de Desplechin (voir Un conte de Noël et la question de la judéité qui hante la plupart de ses films).

Et c’est à travers la troisième longue partie du film qu’il va explorer l’identité complexe de Paul. Le jeune homme a quitté sa ville natale, Roubaix,  pour effectuer des études d’anthropologie à Paris. Mais c’est en revenant voir ses amis d’enfance et sa famille qu’il rencontre Esther dont il va s’éprendre.

C’est sans doute dans cette partie qui pourrait être la plus étriquée (film d’ados, romances amoureuses entre jeunes bourgeois…) que se déploie pourtant l’ampleur romanesque du film. Comme Truffaut, Desplechin a recours à la voix-off, aux échanges épistolaires et traite la chronique sentimentale comme un véritable « film de genre ». La beauté du film vient de sa manière très particulière de dépasser la psychologie, soit par l’excès (certaines scènes frôlent l’hystérie), soit par la bouffonnerie (le film peut être assez drôle) ou encore l’énergie des corps. Desplechin invente à partir de son roman familial une jeunesse à la fois vécue et fantasmée (en 1989, il a dix ans de plus que les ados qu’il met en scène). Du coup, il parvient à faire de Trois souvenirs de ma jeunesse un film universel sur le passage à l’âge adulte et tous les regrets qu’on laisse derrière soi.

Une belle scène montre la bande de jeunes en train de regarder la chute du mur de Berlin. Tout le monde se réjouit sauf Paul qui déclare qu’il voit dans cet événement « la mort de son enfance ». Ce court moment exprime assez bien la beauté du film qui parvient à lier quelque chose de très intime (la chute du communisme, pour Paul, ce sont aussi les souvenirs d’URSS qu’il évoquera plus tard) et de beaucoup plus général (les changements politiques du monde).

De la même manière, les débuts de l’histoire d’amour avec Esther entrent en résonance avec la liaison qu’ils entretiendront dans Comment je me suis disputé, et toutes les strates temporelles qu’arrive à restituer Desplechin donnent à l’œuvre son ampleur et sa mélancolie profonde. Quelque chose d’irrémédiable se joue pour Paul dans cette histoire d’amour, peut-être parce qu’il est à l’âge où les feux brûlent plus intensément. Et c’est au feu de ces amours adolescentes qu’il se consume toujours une fois adulte.

La force de Desplechin, c’est toujours de parvenir à déborder du cadre qu’il s’est fixé (la mise en scène s’emballe parfois en des successions de faux-raccords dans les champs/contrechamps) et de donner à une simple chronique adolescente des allures de fleuve tempétueux. Du coup, il parvient (notamment grâce à l’intensité du jeu de ses jeunes comédiens : Lou Roy-Lecollinet est une éblouissante révélation) à toucher à l’universel.

Les souvenirs qu’il met en scène sont ceux de Paul, sans doute un peu les siens mais finalement, ce sont aussi les nôtres…

 

Trois souvenirs de ma jeunesse (2015) d’Arnaud Desplechin avec Lou Roy-Lecollinet, Quentin Dolmaire, Mathieu Amalric, Françoise Lebrun, André Dussollier

 

Youtube aurait-il encore besoin de l’écrit?

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Enjoyphoenix Marie Lopez livre Enjoymarie

Le hashtag qui enflamme Twitter et Instagram ces temps-ci n’a aucun rapport avec le nouveau nom de l’UMP, le scandale de la FIFA ou les matches de Roland-Garros, mais avec un livre.  #Enjoymarie  est le titre de l’ouvrage publié il y a deux semaines par Marie Lopez, alias EnjoyPhoenix, une lyonnaise de vingt ans devenue superstar grâce aux conseils mode et maquillage qu’elle poste chaque semaine sur sa chaîne Youtube

A elle seule, elle fédère une communauté ultra-fidèle et soudée de plus d’un million d’abonnés, pour la grande majorité des adolescentes de 11 à 15 ans. Grâce à sa notoriété aussi fulgurante qu’inattendue, on la voit désormais à Cannes aux côtés de l’égérie de L’Oréal Eva Longoria, aux Etats-Unis pour faire la promotion de grandes marques de cosmétiques, et même récemment placardée dans le métro parisien lors d’une grande campagne d’affichage destinée à promouvoir les jeunes talents de la plateforme de vidéos qui a fêté ses dix ans ce mois-ci. Bref, on est très loin de la littérature. Marie Lopez, à l’instar de ses consœurs américaines et britanniques Bethany Mota ou Zoe Zugg, évolue dans un monde de paillettes et d’apparences.

Pourtant, c’est avec des trémolos dans la voix qu’elle a annoncé il y a peu à ses fans la parution prochaine d’un livre-témoignage sur son adolescence, truffé de conseils pour se sentir mieux dans sa peau « avec un appareil dentaire, des cheveux gras ou de l’acné ». Tout un programme.

Le plus étonnant n’est pas qu’une jeune femme douée pour la communication se lance dans cette aventure en surfant sur son succès auprès de ses petites sœurs. Non, c’est plutôt qu’une fois l’annonce postée sur les réseaux sociaux, une frange de la communauté encline à la critique l’a aussitôt accusée de « copier » d’autres Youtubeuses, de céder à un « effet de mode ». Un effet de mode, écrire un livre ? Vraiment ? Il faut croire que oui. Zoe Zugg, en particulier, est l’auteur d’un roman qui bat des records de vente au Royaume-Uni. Le livre de Marie Lopez, édité par Anne Carrière à 100 000 exemplaires, vient d’être tiré à nouveau à 80 000, et son auteur effectue actuellement une tournée de signatures rassemblant à chaque fois plusieurs milliers de lecteurs et lectrices.

Lorsqu’on s’aventure à lire les commentaires à l’orthographe hautement fantaisiste de ces jeunes personnes au sujet de l’objet qu’elles se sont fait offrir par leurs parents, il saute aux yeux que c’est sans doute là le premier et peut-être le dernier livre qu’elles dévoreront passionnément du début à la fin. Et on comprend vite pourquoi. Le style est oral et maladroit, le contenu fade, plein de bons sentiments, et n’intéressera effectivement que son cœur de cible, les adolescentes complexées.

Mais est-ce là le problème ? Les fans de Marie Lopez boivent ses paroles positives, sages, destinées à leur donner confiance en elles – et à surconsommer, naturellement. Comme l’ont été les héroïnes Disney aux Etats-Unis ou les chanteuses pour lolitas telles que Lorie ou Jenifer en France, Marie est un modèle que les parents approuvent, qui encourage les collégiennes à s’organiser pour les examens, à ne pas se maquiller outre mesure et à s’entourer de leur famille. Cerise sur le gâteau, grâce à elle et/ou à ses collègues, elles se mettent à lire.

Les Inrocks se sont fendus d’un « best of » moqueur un peu facile bien qu’édifiant, mais lire de la soupe est-il pire que ne rien lire du tout ? Des voix s’élèvent un peu partout sur la toile pour dénoncer la « facilité » avec laquelle Marie Lopez a accédé à l’édition alors que « certains rament toute une vie pour ça » ; mais mettre massivement un livre entre les mains d’ados qui ne jurent que par les écrans est-il vraiment regrettable ? Peut-on désapprouver qu’en 2015, être l’auteur d’un livre (du moins sur sa couverture) soit porteur d’une charge symbolique aussi forte pour des post-ados nées avec Internet ?

A ce stade du désamour de la jeunesse pour la littérature et le papier, est-il bien raisonnable de cracher dans la soupe populaire ? De l’argent pour les maisons d’édition qui en manquent cruellement, un modèle adoubé par les parents pour des millions de jeunes filles, un livre de deux cent pages écrit dans un français correct, voilà le bilan de l’opération. Mais la réaction aura sans doute besoin de pinailler sur les détails.

#Enjoymarie de Marie Lopez (Anne Carrière)

#EnjoyMarie

Prix: 8,00 €

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Les Républicains : une droite à l’américaine?

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Le débat sur le nouveau nom de l’UMP s’était jusqu’à présent focalisé sur l’hypothétique confiscation de la République par Nicolas Sarkozy. Accusation tellement énorme qu’elle ne résiste pas à l’examen. Les républicains et les démocrates se disputent-ils la démocratie et la république américaine ? Pas le moins du monde. Le Parti Socialiste aurait mieux fait de rester indifférent à cet énième changement de marque. Son indignation résonne comme un aveu de faiblesse. Comme si le parti de Blum et Mitterrand craignait lui-même de s’éloigner des valeurs républicaines.

La bataille pour la propriété intellectuelle de la République perdue en Justice, Jean-Christophe Cambadélis est contraint de politiser son discours. Comme l’a révélé Caroline Roux sur Europe 1, le Premier secrétaire du PS a donné comme consigne d’évoquer non pas « Les Républicains » mais « le Parti républicain ». La communication du PS semble changer d’angle d’attaque et renvoie le nouveau parti de droite aux partis de George W. Bush ou d’Alain Madelin. Non choix en réalité car Alain Madelin et « la bande à Léo » du PR n’ont jamais caché leur admiration pour l’Amérique de Ronald Reagan.

Sans doute Nicolas Sarkozy avait-il anticipé cette référence à l’Amérique, y compris au sein de son propre camp. Il a pris le pari (risqué) d’assumer le parallèle malgré l’anti-américanisme culturel de notre pays.

Les Républicains congrès fondateur Paris

Coïncidence d’autant plus frappante que la droite française va pour la première fois organiser des primaires, et que celles-ci se tiendront en même temps que les primaires républicaines (américaines) – dont les péripéties du Caucus de l’Iowa à l’investiture de la Convention tiendront en haleine l’opinion publique l’année prochaine. Avec cette primaire ouverte, non seulement la droite française singe la démocratie américaine mais elle abandonne l’idée gaullienne de la rencontre entre un homme et son peuple rassemblé. En 2016, le candidat républicain sera de toute évidence l’homme d’un parti avant d’être un candidat à la présidentielle.

Nicolas Sarkozy ne craint pas la comparaison, surtout avec l’Amérique. C’est une de ses qualités ; il aime provoquer, faire bouger les lignes, appeler à la rupture. Aux affaires étrangères, le couple Sarkozy-Kouchner puis Sarkozy-Juppé avait marqué pour notre pays une inédite lune de miel atlantiste et une rupture très nette avec les années Chirac-Villepin. Douze ans après le sursaut de la France face à l’invasion de l’Irak par l’Amérique, le parti gaulliste achève sa mue. Il assume son atlantisme après sa conversion maastrichtienne à une Europe de plus en plus fédérale. En 2002, l’UMP ressemblait déjà furieusement à l’UDF. Désormais c’est clair, avec le Parti Républicain, les héritiers de Valéry Giscard d’Estaing l’ont emporté sur ceux du général de Gaulle.

Les socialistes pourraient aisément critiquer cette nouvelle ligne politique libérale et américanisée. La lune de miel franco-américaine devait se terminer en 2012 tellement les socialistes s’étaient érigés en défenseur de notre tradition diplomatique d’indépendance nationale. Mais sur le dossier syro-iranien comme dans sa liaison incestueuse avec les pétromonarchies du Golfe, Laurent Fabius est plus en phase avec John McCain et Benyamin Netanyahou qu’avec John Kerry.

*Photo : © AFP STEPHANE DE SAKUTIN

Et si on offrait des DVD à maman?

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DVD films années 50 fête des mères

Les Gens de la nuit

Une jeunesse à bout de souffle, un Paris couleur sépia et le staccato d’un be-bop endiablé. Forcément, ça se passe à la fin des années 50 entre Passy et Saint-Germain-des-Prés. Des gamins en rupture jouent les fiers-à-bras à la terrasse du Bonaparte. Ils cachent leurs sentiments par peur d’aimer. Ils enfourchent des motocyclettes italiennes à deux temps en rêvant aux six cylindres d’une décapotable Jaguar. Ils écoutent Belafonte en fumant des cigarettes américaines et vidant une bouteille de scotch. Ils s’appellent Mic, Clo, Bob et Alain. Ce sont Les Tricheurs de Marcel Carné, Grand Prix du cinéma français 1958, interdit de diffusion en Suisse et en Italie pour amoralité. On aime ce film pour le minois bravache de Pascale Petit, le costume d’ange noir de Laurent Terzieff, le regard perdu de Jacques Charrier et la noblesse écorchée d’Andréa Parisy. Si en plus, je vous dis que Jean-Paul Belmondo a fait ses débuts dans ce film, Les Tricheurs ramassent la mise.

Les Tricheurs de Marcel Carné – DVD Studio Canal

Les Tricheurs

Prix: 29,98 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 18,99 €

 

Via con me

Ces Italiens des années 50 étaient d’incorrigibles jouisseurs. Leur cinéma avait du goût, à la fois juteux, croquant et légèrement citronné. Il mettait tous nos sens en alerte. Il plaçait le spectateur en position d’insatiable voyeur. Avec la même histoire, la même matière, les Français auraient produit une gentille comédie, parsemée de quelques bons mots, non dénuée d’une certaine lourdeur théâtrale. Il y manquait l’essentiel, l’appétit de vivre, la débine enchantée, les corps qui exultent, les mains baladeuses. La comédie italienne, c’est la misère  transcendée, la souillure éclatante des rues et les peaux qui transpirent l’ironie. Dommage que tu sois une canaille, réalisé par Alessandro Blasetti d’après une nouvelle d’Alberto Moravia, est un modèle du genre, aussi nerveux et gracieux qu’une Lambretta. Le film de 1955 n’a rien perdu de son charme corrosif et de sa force comique. Dans l’histoire du cinéma italien, cette brillante satire sociale marque la rencontre entre Sophia Loren et Marcello Mastroianni,  bien avant Mariage à l’italienne ou Une journée particulière. Paolo (Mastroianni), chauffeur de taxi sans histoire, légaliste dans l’âme, tombe sous les balconnets de la vénéneuse Lina (Loren), voleuse de métier et de son père, un Arsène Lupin romain, professeur ès escroquerie interprété par le fabuleux Vittorio de Sica. Seuls les Italiens savent faire monter une farce jusqu’à l’explosion finale. Mastroianni est désopilant de naïveté, de Sica éblouissant d’aplomb, quant à Sophia, atrocement moulée dans un maillot de bain de grand-maman, elle ne dévoile rien de son corps et pourtant terrasse tout sur son passage.

Dommage que tu sois une canaille de Alessandro Blasetti – DVD Les maîtres italiens SNC

Dommage que tu sois une canaille

Prix: 11,79 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

 

La Tragédie selon Melville

Pigalle 1955. Un petit matin couleur fusain. Grisaille sur Seine d’après-guerre. Les néons expulsent leur dernier gaz. Les bars de nuit ont sommeil. Yvonne, Ginette ou Marcelle ferment la caisse. Les entraîneuses sont fatiguées, les michetons sont lessivés. Quelques conscrits jouent aux soldats. Leur perm’ tire à sa fin. Dans trois heures, ils seront à la caserne à se raconter des craques. Tu te souviens de cette môme ? Elle m’a dans la peau, je te jure. C’est le sosie craché de Martine Carol. Tu charries mec, elle ferait un malheur à Medrano. Les rapins remballent leurs mauvais dessins. Les marchandes de quatre-saisons déballent leurs prébendes. Un grossium traverse la ville en Oldsmobile. Des larbins partent au turbin. Une laveuse de rues arrose ce jardin pavé de mauvaises intentions. Seules les herbes folles poussent sur ce bitume de misère. Le Sacré-Cœur s’est levé en pétard. La Savoyarde n’a plus de voix, elle a trop bamboché. Une fille mange des frites sur le trottoir. Quand Bob rentre chez lui, il a flambé tout son carbure. Il se regarde dans une glace. Sa gueule de voyou fait plaisir à voir. Trench froissé, clope au bec, galurin à la Marlowe, genre américain de la Porte de Saint-Ouen. Un beau spécimen de la race humaine. Melville filmait les hommes du milieu comme des héros grecs. De Montmartre à Deauville, en 4 CV ou Plymouth Belvédère, avec ou sans Smith & Wesson, sur tapis vert ou à la régulière, à Sparte ou Pantruche, même destin Antique.

Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville – DVD Studio Canal

Bob le Flambeur

Prix: 24,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 24,00 €

Ces quartiers français qui se rêvent en Palestine

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Pierre-André Taguieff Une France antijuive antisémitisme

A la liste déjà longue des fractures françaises, faut-il désormais ajouter celle qui sépare ceux et celles qui « se sont sentis Charlie » de ceux qui « ne se sont pas sentis Charlie » ? Et au sein de ceux-ci faut-il ajouter ceux qui se sont sentis « casher » ou bien pas casher du tout ? Tous les « je suis Charlie » se sont-ils simultanément sentis « hyper casher » ? Et s’il n’y avait eu que la tuerie dans le magasin casher, combien se seraient sentis solidaires ? Ces lignes de partage sont-elles les plus pertinentes pour comprendre les tiraillements de la société française ? Se substituent-elles au clivage droite/gauche ou bien traversent-elles ce même clivage ?

Y aurait-il une autre ligne de fracture, plus enfouie, plus difficile à admettre tant elle relève de ces parts d’ombres qu’on se refuse à éclairer, de celles dont on dénie la réalité ? Le déni idéologique du réel au profit d’une réécriture idéologique de nos réalités est une constante des passions françaises. Depuis l’affaire Dreyfus, depuis Vichy, depuis la guerre d’Algérie, le peuple français ne parvient pas à sortir d’une guerre civile permanente où s’affrontent régulièrement intelligentsia et classe politique. Rares sont ceux qui vont explorer les parts gênantes de ces conflits : combien de temps s’est-il écoulé en France pour porter un regard critique sur les bienfaits du communisme, pour admettre que l’avenir radieux promis n’était pas si radieux que cela ? L’aveuglement idéologique est le corollaire des passions intellectuelles hexagonales. Le corollaire de ce corollaire est l’incapacité à penser ailleurs qu’à l’intérieur de ce face à face.

D’autres facteurs ont construit un autre paysage sociétal. L’accélération des flux migratoires, la concentration des populations issues de l’immigration arabo-musulmane ont simultanément changé le paysage  démographique français autant qu’elles ont importé tous les éléments identitaires, tout l’imaginaire politique idéologique ou culturel de ces populations nouvelles, installées en France et en Europe.

Le rapport aux Juifs et à Israël fait partie des éléments premiers de cet imaginaire. Les populations arabo-musulmanes ont largement fait de la haine d’Israël le ciment identitaire de leur ressentiment. La Palestine semble être devenue une patrie imaginaire, une patrie fantasmatique permettant une identification nouvelle : ceux qui se vivent sans patrie de Trappes ou de Bondy  trouvent le reflet de leur condition dans le peuple sans patrie de Palestine. Les Indigènes de la République prétendent retrouver ici le reflet du sort fait aux Palestiniens par Israël. Arabes ici, arabes là-bas. Islam ici, islam là-bas. Police ici, Tsahal là-bas. FN ici, colons là-bas.

Comment comprendre que la Palestine soit la seule cause mobilisatrice pour la « jeunesse des quartiers » ? Comment comprendre la fièvre qui saisit les banlieues dès qu’un conflit éclate entre Israël et les Palestiniens ? Comment comprendre l’accumulation accélérée de passages à l’acte antijuifs commis depuis vingt ans par des jeunes issus de l’immigration arabo-musulmane ? Comment comprendre la popularité d’un Dieudonné au sein de ces populations ? Pourquoi la guerre à Gaza pendant l’été 2014 a-t-elle mobilisé tant de fureur antijuive à Sarcelles et à Paris, alors que dans le même temps les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes laissent indifférents les mêmes « jeunes-des-quartiers-sensibles » ?

Cette nouvelle donne antijuive contemporaine a été massivement déniée. La nouvelle question antijuive pose en creux toutes les questions à entrées multiples qui obligent à reconsidérer à la fois les données autant que les grilles d’analyse. Ce qui était pertinent à la fin des années 1960 ne l’est plus en 2015.

Voilà plus d’une vingtaine d’années que Pierre-André Taguieff  repère, analyse, dénonce les formes contemporaines du racisme, leurs nouveaux énoncés, leurs stratagèmes et leurs masques. Depuis plus de vingt ans Taguieff a fait du racisme, et en particulier de l’antisémitisme, le baromètre des fluctuations idéologiques de l’hexagone. Ce faisant, le chercheur a totalement renouvelé les catégories intellectuelles qui permettent de comprendre la mécanique intime de cette incurable maladie sociale. Le titre de son dernier ouvrage Une France antijuive ? commençant par un article indéfini et finissant par un point d’interrogation, met immédiatement de côté tout projet réducteur et toute lecture sommaire ou sloganesque de la situation française. Taguieff ne fait pas dans l’incantation vertueuse du  fascisme qui ne passera pas. Il se situe à l’opposé du pamphlet provocateur dont raffolent les plateaux télé. Toute la force de son propos se nourrit de l’étude minutieuse, implacable des faits. Mise en perspective, cette histoire de la nouvelle configuration antijuive contemporaine révèle, en creux, tout ce que la République a refusé de voir, tout ce que les médias ont refusé de nommer, tout ce dont les intellectuels (mais pas tous) ont refusé de prendre conscience, car c’est à partir du déni idéologique de cette réalité que s’est installée cette France antijuive, la part maudite de notre modernité.

Cette « nouvelle judéophobie », pour reprendre les mots de Pierre-André Taguieff, figure désormais en tête de liste des questions qui minent la société française. Combien d’années ont-elles été perdues pour ne pas avoir voulu regarder en face la progression de ce cancer ? Combien ont été perdues dans le refus de considérer que ce racisme-là devait être repensé autour du terreau où il fleurissait ? Combien de temps pour comprendre que la construction identitaire des « jeunes-des-cités » s’alimentait de cette haine particulière ? Combien de temps perdu à ne pas voir que la progression de l’islamisme développait simultanément cette culture du ressentiment antijuif ? Tous ces ingrédients multiples ont fusionné dans le passage à l’acte meurtrier des 7 et 9 janvier dernier. Le sang des « blasphémateurs » s’est mêlé à celui des Juifs, comme objet d’une même répulsion. La haine des « croisés, des mécréants et des Juifs », pour reprendre la phraséologie islamiste quels qu’en soient les divers auteurs, fait désormais partie des passions idéologiques d’une certaine France. La raison en est évidente : la présence de plus en plus importante de populations d’origine arabo-musulmane a atteint une masse critique telle qu’elle développe en son sein  les mêmes fureurs qui agitent le monde arabo-musulman à l’intérieur de son aire géographique. Voilà que ces nouveaux mots de « djihad », « fatwa », « hidjab » et autres salafisme ont envahi l’espace public européen et font désormais partie du paysage langagier. La haine du Juif fait partie des codes culturels banalisés des « banlieues sensibles », comme on sait si bien dire en novlangue politico-médiatique.

C’est ce paysage que Taguieff analyse au scalpel : d’abord les faits puis les mécanismes qui les lient, en particulier les passerelles idéologiques et les passeurs qui ont permis à ce nouveau paysage de se construire. Pendant des années, ceux qui sont chargés de penser la société ont dénié cette réalité. Les sciences sociales préféraient cultiver et entretenir ce qu’il était si confortable de cultiver et d’entretenir : la vision d’un monde partagé entre riches et pauvres, sans s’inquiéter du fait que les pauvres pouvaient aussi développer des haines idéologiques symétriques. Pendant des années, Taguieff fut considéré par la bien-pensance sociologique comme produisant des analyses « réacs ». Dans le conformisme autoproclamé « progressiste » du  milieu académique il n’est pas bien vu de bousculer certaines rentes de situation. Il faut se souvenir des cabales organisées contre Pierre-André Taguieff  par des « vigilants » de gauche pour avoir osé transgresser quelques tabous de la pensée autorisée. La paresse intellectuelle autant que le conformisme idéologique ont nourri le boycott de ses ouvrages dès que ceux-ci sortaient des catégories habituelles de l’antiracisme. Pourtant Taguieff avait été l’un des premiers à repérer les mauvaises effluves de la Nouvelle Droite du début des années 80, tout comme il fut l’un des premiers analystes de la menace lepéniste, de ses sources, de sa généalogie. Rien n’y fit : pour avoir osé repérer ce qui pouvait contester la sainteté de Stéphane Hessel, Taguieff fut aussitôt assigné au rôle de compagnon de route des penseurs réacs dont l’Obs et Mediapart adorent dresser la liste. De Garaudy en Abbé Pierre, de Faurisson en Dieudonné, de Tariq Ramadan en Alain Soral, la liste est longue de ces prêcheurs de haine ayant alimenté un air du temps dont les 7 et 9 janvier sont aussi l’aboutissement.

Chaque production de Taguieff est une mine de renseignements, de rappels des faits et de mise en relation de ces faits pour faire apparaître les cheminements, y compris les chemins de traverse. Les questions que pose Taguieff à travers le présent ouvrage doivent être entendues de toute urgence. Si Une France antijuive pointe son vilain museau, il y a bien péril en la demeure et ce péril a singulièrement progressé. Le moment présent signe une fracture dans le paysage national et c’est probablement autour du rapport au « signe juif » que se joue la survie de la France en tant que nation. Taguieff rappelle les mots du Premier Ministre, Manuel Valls : « Sans les Juifs, la France ne serait plus la France ». Ce livre est une convocation à ouvrir tout grand les yeux devant une menace majeure : ce qui menace les juifs menace la France. Il n’est pas trop tard pour penser et agir. A lire de toute urgence.

*Photo : LICHTFELD EREZ/SIPA/1407201217

Une France antijuive ? Regards sur la nouvelle configuration judéophobe

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Iran : le rêve américain

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iran delphine minoui usa nucleaire

iran delphine minoui usa nucleaire

Née d’une mère française et d’un père iranien, Delphine Minoui est correspondante du Figaro au Moyen-Orient. Elle publie Je vous écris de Téhéran (Seuil).

Daoud Boughezala. Vous avez redécouvert votre identité iranienne à la mort de votre grand-père paternel, en 1997. Jusqu’alors, à quelles images votre âme persane s’identifiait-elle ?

Delphine Minoui. J’avais des souvenirs d’enfance, notamment la douceur de mes dernières vacances de l’été 1978, juste avant la révolution. Mon père étant arrivé en France à l’âge de 11 ans, il n’avait pas d’amis iraniens et il ne nous parlait jamais du pays. L’image suivante s’est imposée lorsque les religieux ont pris le pouvoir en 1979 à Téhéran. Après une première phase d’idéalisation où les intellectuels prenaient l’ayatollah Khomeiny pour le Mahatma Gandhi, il s’est avéré être un religieux rétrograde, qui a permis à l’Occident de réduire l’Iran à quelques clichés : tchador, intégrisme, terrorisme.

Vous avez découvert après la mort de votre grand-père que, bien avant la révolution islamique, ce libre-penseur avait pris une deuxième femme, en cachette de son épouse officielle. Il faut croire que le modèle patriarcal iranien préexistait à la révolution islamique…

L’Iran du chah fonctionnait déjà selon un mode de vie patriarcal et religieux. Certes, les femmes étaient bien plus libres de choisir leur tenue vestimentaire, mais elles restaient subordonnées dans la prise de décisions au sein du foyer, et on ne les encourageait pas à gravir l’échelle sociale. Il ne faut pas s’arrêter au symbole un peu artificiel des Iraniennes que l’on voit en minijupes sur ces belles photos des années 1970. Ces clichés ne concernaient qu’une élite occidentalisée qui avait les moyens de voyager dans le monde entier.[access capability= »lire_inedits »]

Entre 1998 et 2009, vous avez séjourné en Iran et observé l’évolution d’un couple dont le mari, Mahmoud, est milicien, et l’épouse, Fatemeh, au départ très effacée, s’est progressivement affirmée. Insinuez-vous que la République islamique a favorisé l’émancipation des femmes ?

Malgré la chape de plomb que fait peser l’intrication du politique et du religieux, les femmes iraniennes font partie des plus émancipées, des plus combatives, et presque des plus laïques de la région. Même si la révolution est devenue islamique, elle a conservé certains de ses objectifs émancipateurs du début, en particulier la justice sociale et l’égal accès au savoir. Khomeiny a incité les femmes à aller à l’université, en partant du principe que, voilées, elles étaient protégées du regard masculin et pouvaient donc s’asseoir sur les mêmes bancs que les garçons. Or, l’université, c’est l’accès au savoir, la mise en débat des règles imposées par le mari et par le pouvoir, la découverte de livres étrangers traduits en persan, autant dire un grand pas vers l’émancipation.

D’accord, mais on imagine que, comme les mini-jupes des années 1970, cette libération par l’éducation est réservée à certaines couches sociales…

Non, l’évolution de Fatemeh est une métaphore des transformations qui traversent aussi les classes populaires et les familles religieuses, pas seulement la jeunesse bourgeoise de Téhéran. Par petites touches, je l’ai vue reprendre les études qu’elle avait arrêtées après son mariage, se brancher sur la parabole, interdite, pour regarder ce qui se passe ailleurs, troquer le tchador contre un voile léger, etc. Fatemeh est allée jusqu’à affirmer ses convictions politiques au sein de son couple, ce qui est très fort. En 2005, quand Ahmadinejad s’est présenté pour la première fois, elle a voté pour son rival réformateur Rafsandjani, contre les convictions de son mari. Quatre ans plus tard, Fatemeh sort dans la rue avec les opposants à Ahmadinejad tandis que son mari participe à la répression et rentre un soir la chemise maculée de sang. Son couple est alors au bord du divorce.

Le camp des défenseurs de la République islamique s’est-il profondément fracturé, à l’image de ce couple ?

Une déchirure s’est produite en 2009 : alors que le Guide représentait traditionnellement la figure de l’arbitre, Khamenei est descendu dans l’arène politique en soutenant la fraude électorale et en se rangeant du côté d’Ahmadinejad. La violente répression des manifestations démocratiques a beaucoup choqué les Iraniens, y compris certains miliciens. On a pu lire sur Internet des mea culpa de bassidjis qui disaient : on soutient la République islamique, mais pas au point d’aller tuer nos frères et sœurs. Il y a aussi eu des défections au sein des gardiens de la Révolution, qui forment l’armée d’élite du régime, des démissions de diplomates, etc.

On a du mal à comprendre les objectifs du mouvement vert : les manifestants anti-Ahmadinejad veulent-ils réformer la République islamique ou l’abattre ?

Les jeunes qui sortaient dans la rue ne voulaient pas forcément renverser le régime, tout ce qu’ils demandaient, c’est qu’on respecte leur vote. Mais, face à la répression, le mouvement de 2009 s’est radicalisé dans son expression, jusqu’à des slogans comme « À mort le guide suprême ! » ou « À bas la République islamique ! ». Cependant, si des spécialistes de l’Iran estiment que le noyau dur des partisans indéfectibles du régime représente seulement 30 % de la population, la majorité désenchantée est partagée, certains souhaitant un changement radical de régime, d’autres une réforme du système existant : cette dernière façon de voir les choses est très chiite, car le chiisme prône l’ijtihad, l’interprétation permanente des textes religieux, l’adaptation à son temps.

S’agissant de l’adaptation à son temps, c’est parfois mal imité… En tout cas, le régime a survécu au mouvement de 2009 alors que plusieurs dictatures arabes ont été balayées ou durablement fragilisées par la vague révolutionnaire de 2011. La majorité silencieuse des Iraniens souhaitait-elle le statu quo ?

Il est délicat de comparer la vague verte aux printemps arabes, car les Iraniens ont déjà fait une révolution en 1979 et renversé un pouvoir autocratique. Dans ce sens, ils ont une certaine longueur d’avance. Et ils sont bien placés pour savoir qu’une révolution n’accouche pas d’une démocratie du jour au lendemain. De plus, si des révolutions arabes sont parvenues à déloger leurs dictateurs – du moins en ce qui concerne l’Egypte et la Tunisie -, c’est parce que l’armée s’est rangée de leur côté. En 2009 en Iran, non seulement les manifestants n’ont pas bénéficié du soutien des militaires, mais ils ont subi la répression des Gardiens de la révolution et de leur force de réserve, les bassidjis. Toute l’habileté du Guide suprême a été de savoir doser la répression : les arrestations, les tortures dans les prisons et les morts se sont certes multipliés par centaines, mais Khamenei n’a pas lâché tous les fauves du régime comme Assad en Syrie. L’important était d’instiller une peur suffisante dans la population pour que le mouvement s’essouffle et que les gens cessent de manifester. Depuis 2013, l’élection du président modéré Hassan Rohani a permis une certaine ouverture, tolérée par le Guide qui considère qu’elle garantit la survie du régime. Pour l’heure, les Iraniens s’en accommodent, même s’ils rêvent toujours de démocratie.

Donc l’Iran n’est pas une démocratie. Mais est-ce une dictature ?

L’Iran n’est évidemment pas une dictature comme celles de Saddam Hussein ou de Kadhafi, où régnaient une pensée et un parti uniques. Certes, les candidats aux élections sont présélectionnés, mais il y a un jeu démocratique. Des foules immenses assistent à des meetings de campagne dans les stades de football, les candidats débattent de véritables questions comme les droits des femmes, le dialogue avec l’Amérique, la censure et la liberté d’expression. Et puis, il y a tous ces espaces d’expression dans lesquels se réfugient discrètement les Iraniens : les associations, les blogs, les réseaux sociaux….

Et le négationnisme d’Etat, qu’en pensent les Iraniens ?

En fait, en dépit des slogans de l’époque Ahmadinejad, la majorité des Iraniens ne sont pas négationnistes, et cela vaut pour l’intérieur du régime. En 2007, la télévision d’Etat a diffusé un feuilleton qui racontait un épisode assez peu connu : le sauvetage d’un millier de juifs de France par le Chah qui leur offrit la nationalité iranienne.

La géopolitique est-elle déterminante dans le jeu politique ?

Elle pèse significativement sur les orientations de Khamenei. En 2009, il a décidé de soutenir Ahmadinejad à cause des menaces américaines et israéliennes de frappes sur les sites nucléaires – il avait la phobie du « regime change » qu’avait promu George W. Bush. Mais, en 2013, on était dans une autre configuration, et Ahmadinejad était allé trop loin : alors qu’il était le poulain du Guide, il avait pris ses aises, relançant le programme nucléaire, déclarant qu’il fallait rayer Israël de la carte…

Mais Ahmadinejad ne faisait que reprendre la phraséologie de Khomeiny. Et Khamenei a tenu des propos tout aussi virulents contre Israël…

Certes, Khamenei se livre régulièrement à des sorties anti-israéliennes. Mais le président de la République s’exprimait de façon plus mesurée sur le sujet. Or, pendant ses deux mandats (2005-2013), Ahmadinejad s’est distingué par un ton particulièrement belliqueux. Ses provocations ont entraîné six rounds de sanctions internationales onusiennes qui ont durement frappé l’économie : les banques étrangères ont suspendu leurs lettres de créance avec l’Iran, de grosses entreprises françaises et occidentales installées en Iran ont cessé leur activité, etc. De manière très pragmatique, le Guide a réalisé que la crise économique était en train d’asphyxier le pays et risquait de susciter une nouvelle vague de mécontentement. En 2013, alors que les printemps arabes avaient eu raison de nombre d’autocrates de cette région, il a préféré lâcher du lest et ouvrir le jeu démocratique, permettant la victoire du modéré Rohani.

C’est surtout dans le domaine nucléaire qu’il a lâché du lest. Le 2 avril, l’Iran et les grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) ont signé un accord-cadre au terme de mois d’âpres discussions. Pourquoi les négociations se sont-elles à ce point éternisées ?

D’un côté comme de l’autre, les parties posaient des conditions très fermes. L’an dernier, j’ai été frappée par une déclaration de Khamenei, reprise ultérieurement sur son site. Pour justifier les négociations sur le nucléaire auprès de sa base ultraconservatrice, il a parlé de « flexibilité héroïque », un terme très persan qui se réfère à la lutte traditionnelle où, un peu comme au judo, le lutteur (pahlavan) doit faire preuve d’une certaine souplesse pour l’emporter. L’Iran voulait sortir la tête haute. Ces discussions à rallonge font aussi penser aux négociations du bazar de Téhéran : même si le vendeur de tapis réalise qu’il est sur le point d’obtenir un bon prix, il ne veut pas avoir le sentiment de céder. Réciproquement, un pays comme la France a certaines exigences – tout à fait compréhensibles – vis-à-vis de l’Iran, notamment la transparence. Certes, le régime assure avoir des intentions pacifiques et un projet exclusivement civil, motivé par ses immenses besoins en électricité. Reste que, pendant des années, l’Iran a gardé secrètes certaines de ses infrastructures nucléaires. Cela incite à la suspicion.

On saura le 30 juin si cet accord-cadre devient un accord final. Mais on a déjà assisté, en marge des négociations, à des échanges très cordiaux entre Américains et Iraniens. En cas de réconciliation avec les États-Unis, l’Iran doit-il craindre de perdre un ressort de mobilisation populaire ?

Je crois que tout l’Iran ne rêve que d’un accord avec l’Amérique ! Depuis la rupture des relations, suite à la prise d’otages de 1979, les officiels iraniens dénoncent l’oppression américaine, mais souffrent surtout du fait que l’Amérique les prend de haut. Ils se sentent mal compris, répètent à tout va : « Israël et le Pakistan peuvent développer un arsenal nucléaire. Alors pourquoi pas nous ? » Aujourd’hui, tous ceux que je rencontre me confirment l’énorme besoin de reconnaissance de leur pays. D’où l’engouement – qui traverse aujourd’hui toute la classe politique – pour l’accord de Lausanne.

Maintenant que les relations avec les États-Unis tendent à s’apaiser, qui est l’ennemi de la République islamique : Israël, l’État islamique, l’Arabie saoudite ?

Si demain l’ennemi américain disparaît, un autre est déjà en train de naître : l’État islamique. L’Iran et l’Irak ont une très longue frontière commune, et la grande peur des Iraniens est que Daesh commette un jour des attentats à Téhéran. D’ailleurs, il combat déjà dans la région, non pas de manière frontale, mais dans la guerre asymétrique, où il excelle. L’Iran, pour sa part, fonde sa stratégie sur la doctrine du paravent et du bouclier  que m’a exposée il y a quelques années un vétéran de la guerre Iran-Irak, très introduit aujourd’hui dans les cercles diplomatiques iraniens: la République islamique combat préventivement ses ennemis potentiels dans la région en utilisant divers leviers : le Hamas contre Israël, le Hezbollah libanais contre Israël et contre les insurgés syriens, les houthis au Yémen, etc.

Accessoirement, cela consiste souvent à encourager ou organiser des attaques terroristes contre des civils…Par ailleurs, on voit se constituer autour de l’Iran un croissant chiite qui va du Liban au Yémen. S’agit-il vraiment d’un conflit théologique ou le schisme qui divise l’islam depuis quinze siècles est-il seulement l’alibi d’un conflit de puissance ?

L’éternelle rivalité entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite a toujours eu pour enjeu le statut de puissance régionale. Mais le ferment religieux y joue un rôle actif. En privé, les dirigeants iraniens rappellent que « les sunnites, déjà, ont tué l’imam Hussein à la bataille de Kerbala, en 680 ». De même, une violente propagande antichiite déferle sur Internet, où djihadistes et salafistes parlent des hérétiques chiites. Ne nous leurrons pas : une guerre de religion a commencé à l’intérieur du monde musulman.[/access]

Je vous écris de Téhéran

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*Photo : wikicommons.

Brûlons les voiles

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voile islamique

voile islamique

Contrairement à une légende tenace, les féministes n’ont jamais brûlé leurs soutiens-gorge. Elles avaient bien prévu de le faire, en ce jour de septembre 1968, pour protester contre l’élection, qu’elles jugeaient quelque peu futile et sexiste, de Miss Monde, mais elles n’ont pas eu l’autorisation de faire un feu en plein New York : alors, elles se sont contentées de les mettre à la poubelle.

Symboles de l’aliénation, de la contrainte, de l’enfermement. On peut imaginer que les suffragettes des années 1900 ont jeté de même leurs corsets, avant même que Mary Phelps Jacob invente la première paire de brassières en 1913. Mais Paul Poiret dès 1906 (ou est-ce Madeleine Vionnet ?) avait créé des robes à taille haute qui impliquaient la disparition de cet accessoire quelque peu contraignant. En tout cas, la Première Guerre mondiale en a sanctifié la disparition.
Tout ça pour dire…

Plusieurs amies d’un féminisme incontestable (pas les pétroleuses des chiennes de garde, non : de vraies féministes, qui attachent plus d’importance aux réalités qu’aux symboles, et ne répugnent pas, éventuellement, à s’offrir de la vraie lingerie de charme sans avoir l’impression d’être des femmes-objets) m’ont avoué partager un sentiment que j’éprouve pour ma part chaque jour : celui de ne plus supporter le moindre vêtement qui implique l’abaissement de la femme.
Le voile islamique, par exemple. Pas seulement la burka, ni le tchador, toutes ces horreurs inventées par des barbares pour contraindre les femmes à disparaître. Non, les simples voiles islamiques. « Une offense perpétuelle contre les femmes », me dit l’une d’entre elles. « Le symbole de l’abaissement concerté des femmes », me dit une autre. Et elles comprendraient fort bien que ‘on interdise ces symboles d’oppression non seulement dans les universités, non seulement à la Poste ou dans les hôpitaux, et dans les services publics en général, mais dans la rue. Parce que ce sont des exemples déplorables de soumission à une soi-disant autorité masculine qui évoque la barbarie et le Moyen-Age. Et rien d’autre.

Et ce n’est pas être un ayatollah de la laïcité (prodigieux oxymore, quand on y pense…) que de dire cela. C’est juste une façon de se rappeler que sur les écoles et les monuments français, il y a, avant tous les autres, un petit mot de trois syllabes qui s’écrit LI-BER-TE. Et que c’est un concept qui ne se négocie pas. Je sais bien que cela fait hurler les idiots utiles de l’islamisme radical, qu’ils sévissent sur Médiapart ou ailleurs. Mais il n’y a qu’une liberté – celle de 1793, celle de 1905. Et elle ne peut tolérer les symboles de l’esclavage.

Dans une ville comme Marseille (et dans pas mal d’autres : il faut habiter Paris, quartiers des ministères, pour croire que le voile est une offense anecdotique), ce sentiment d’horreur est permanent, parce que des voiles, on en voit partout. Chaque seconde. Comme si toutes les Musulmanes de cette ville avaient une fois pour toutes intégré le fait qu’elles sont inférieures, qu’elles sont impudiques, qu’elles ont quelque chose à cacher – leurs cheveux, en l’occurrence, symboles, paraît-il, d’une toison secrète que l’on n’exhibe pas : il faut être singulièrement taré pour voir dans ces « toisons moutonnant jusque sur l’encolure », comme dit le poète, un rappel des boulettes pubiennes, qui d’ailleurs, ces temps-ci, n’existent plus qu’à l’état de traces ou de tickets de métro.
Alors, oui, j’appelle solennellement les Musulmanes de France (la France, hé, les filles, vous savez, Liberté, Egalité, Sensualité) à mettre à la poubelle, sur la voie publique, toutes leurs chaînes. Brûlez les voiles ! Dépouillez-vous de ce harnachement imbécile.

Et ne venez pas me dire que c’est votre choix, comme dans cette lointaine émission d’Evelyne Thomas. Ce qui est systématique, ce qui est imposé, ne peut jamais être un choix – ou alors, au sens où l’esclave choisit ses chaînes. Inutile de vous expliquer ce qu’est l’aliénation, j’imagine. Vous êtes enfermées, cloîtrées là-dessous comme des esclaves médiévales. Attendez de voyager en Arabie Saoudite – à Rome, il faut faire comme les Romains, et à la Mecque comme les wahabbites. Mais ici ! Il fait déjà 25° dans la journée, et vous vous enfouissez sous des voiles ? Vous êtes cinglées.

Oui, brûlez vos voiles. Jetez-les. Faites-les disparaître. Proposez à vos hommes de les porter, pour changer – après tout, eux aussi ont des cheveux – et des barbes – qui pourraient évoquer des toisons pubiennes bouclées. Ce serait drôle qu’au nom d’une pseudo-pudeur, tous ces grands obsédés portent des voiles sur la tête. Ça les changerait des casquettes de base-ball.

Mais justement ils ne le font pas. Les voiles, c’est bon pour les nanas. Eux s’en vont tête libre.

Et c’est bien de liberté qu’il s’agit. La liberté d’être libre, et de ne pas s’engloutir sous des oripeaux funèbres. La liberté d’aller cheveux au vent – et de leur dire merde si jamais ils vous font une réflexion. Une femme vaut un homme, vous savez. Et si jamais une religion dit le contraire, eh bien, elle ment. Parce qu’au fond, ce n’est qu’une affaire de pouvoir. « Du côté de la barbe est la toute-puissance » – c’est ce que Molière fait dire à un triste imbécile cocu avant d’être marié. Et c’est bien tout ce qu’il(s) mérite(nt).

*Photo : Pixabay.com

On ne peut plus voter PS… Et PC, on peut?

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Parti communiste français

Parti communiste français

M. de Castelnau en veut un peu, et amicalement, à M. Leroy. Il lui reproche d’avoir mis beaucoup trop de temps à comprendre qu’il n’était plus possible de donner sa voix au parti socialiste car pour lui ça fait longtemps qu’il est honteux de se compromettre avec un parti dont les deux mamelles sont la capitulation et la trahison. Jérôme Leroy, lui, est plus hésitant, plus modéré ou, si l’on préfère, plus mou.

Leurs deux articles sont joliment écrits et respirent – vertu rare de nos jours – la sincérité. Un débat que seuls eux peuvent trancher : les grandes questions ont besoin de solitude et d’intimité pour être pesées et soupesées. Régis de Castelnau, à l’appui de son mépris affiché pour les socialistes (sociaux-traîtres un jour, sociaux-traîtres toujours…), convoque ces derniers au tribunal de l’Histoire. Et là, son réquisitoire sonne comme une imprécation : l’abandon de l’Espagne républicaine en 1936, les pleins pouvoirs à Vichy, la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie… Même si les termes sont excessifs, comme il convient à un procureur, ce n’est pas faux.

Mais histoire pour histoire, il y en a une autre qui chemine parallèlement à celle du PS français. L’histoire du PC français. Et elle autorise qu’on pose la question : peut-on encore voter pour le PC ? Ils sont des centaines de milliers qui pourraient y répondre. Des morts et des vivants. Des centaines de milliers qui ont été chassés, exclus par le PC ou, plus encore, qui sont partis, en silence et la peine au cœur, orphelins et brisés. Mais qui irait interroger les cimetières ?

Les premiers sont partis en 1939 lors de la signature du pacte Hitler-Staline (particulièrement infâme car en cadeau le chancelier du Troisième Reich reçut des dizaines de communistes allemands exilés en URSS). Le plus connu d’entre eux s’appelait Paul Nizan. Le PC s’appliqua à l’enfouir sous des tonnes de silence et de calomnies. Il fallut attendre les années 1960 et la réédition de son Aden Arabie, admirablement préfacé par Sartre (oui, le Sartre qui avait dit que pour lui « tout anticommuniste était un chien »), pour que Nizan renaisse.

D’autres, moins connus, furent en 1944 effacés de l’histoire de la Résistance. Les membres de l’OS, la première organisation militaire clandestine du PC. On décréta pour des raisons de basse politique qu’ils n’avaient jamais existé. Pierre Daix, qui vient de mourir, a écrit un très beau livre sur ces réprouvés.

Mais année après année les vagues se succédèrent, toujours plus fortes. Les hitléro-titistes de 1948, quand Tito rompit avec Staline. Puis en 1953, quand les chars soviétiques écrasèrent la révolte des ouvriers de Berlin-Est, des communistes furent submergés de dégoût et se retirèrent à leur tour. 1953, une année terrible. Les potences de Prague pour les dirigeants du PC tchécoslovaque accusés de « sionisme ». Et le complot des « blouses blanches » de Moscou avec ses médecins juifs. Une version stalinienne des Protocoles des sages de Sion. Combien furent-ils alors à être exclus ou à partir car ils ne comprenaient pas le silence du PC fidèlement subordonné à l’Union soviétique ? Pour le Parti, c’était « right or wrong, my country ».

Les chars soviétiques, encore eux, firent à Budapest en 1956, et en plus sanglant, ce qu’ils avaient fait à Berlin en 1953. Ils reprirent du service en 1968 et écrasèrent le printemps de Prague. L’espoir, s’il y en avait encore, fut tué à jamais. Et ils furent des milliers, écœurés, à quitter le Parti. Depuis, un fantôme hante les couloirs de l’immeuble de la place du Colonel-Fabien. Celui d’un homme au beau sourire triste : Alexander Dubček.

On conviendra avec MM. Leroy et de Castelnau que l’histoire des socialistes français, c’est pas terrible. Mais celle des communistes, c’est pas mal le pied non plus. Il demeure que les socialistes ont maintes fois exercé le pouvoir, ce qui les amenés à pécher. Les communistes non. Sauf quand ils y ont été brièvement associés en 1944 et 1981. Donc ils n’ont pas eu à mettre les mains dans le cambouis. À regarder l’intéressant parcours du PC, c’est heureux pour tout le monde. Alors pour qui voter ? M. Leroy en pince pour Juppé. M. de Castelnau, lui, appelle à un « vote révolutionnaire » et pragmatique en faveur de Sarkozy.

Et moi ? Eh bien, concernant les présidents, c’est Félix Faure que je préfère. Il a eu une mort enviable à l’Élysée. Une fellation administrée par la belle et experte Mme Steinheil eut raison de son cœur qui lâcha. Plus sérieusement, depuis que je suis en âge de voter, j’inscris sur mon bulletin le nom de Mendès France. Ça ne sert à rien puisque mon vote est frappé de nullité. Mais ça fait plaisir.

*Photo : Wikipedia.org

Michael Lonsdale: un homme et un Dieu

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Michael Lonsdale Padre Pio Renouveau charismatique

Michael Lonsdale Padre Pio Renouveau charismatique

Pour l’adaptation en français de la mini-série italienne Padre Pio, vous doublez la voix du vieux saint qui, la veille de sa mort, raconte sa vie à un visiteur envoyé par l’Église. Ça ne doit pas être évident pour un acteur de s’adapter à l’interprétation d’un autre…

Michael Lonsdale : Non, d’ailleurs, je ne le fais presque jamais. Mais pour Padre Pio je ne pouvais pas laisser passer l’occasion ! Il fallait donc que je suive le mouvement des lèvres et que je reconstitue les expressions de Sergio Castellitto, l’acteur italien… Mais si vous me demandez comment j’aurais joué moi-même Padre Pio, la réponse est que je n’en sais rien ! Tout mon travail de comédien est basé sur l’improvisation, je mets des oreillettes et on m’envoie le texte, comme je l’ai fait pour le dernier film du réalisateur portugais Manoel de Oliveira, Gebo et l’ombre. C’est très chouette, pas besoin de mémoriser. J’apprends de moins en moins par cœur. Et puis on ne sait jamais d’avance comment on va jouer, sauf avec certains metteurs en scène très exigeants, comme Spielberg : sur le tournage de Munich, il avait une idée très précise du caractère du vieux mafieux que j’incarnais.

Pourquoi avez-vous accepté de faire une exception pour Padre Pio ? Seriez-vous particulièrement sensible au culte des saints, à leur charisme particulier ?

Oui, et particulièrement à celui de Padre Pio, qui guérissait les gens et envoyait promener le diable. Il y a une très belle scène où il approche sa main de la tête d’une jeune femme folle et déclare : « Va-t-en, laisse cette personne ! » Elle s’arrête alors de gigoter, et ça y est, le démon est parti. Je suis très charismatique, je vais à Paray-le-Monial tous les étés et j’y ai assisté à beaucoup de guérisons.[access capability= »lire_inedits »]

Y a-t-il quelque chose de commun, selon vous, entre le charisme des saints et celui des comédiens ?

Les saints ont une mission : être le vecteur d’une guérison. Nous, les comédiens, devons être le vecteur d’un caractère, d’une situation, d’un rôle… C’est autre chose, on soigne aussi, mais on se soigne soi-même !

Est-ce pour vous soigner que vous êtes devenu comédien ?

Je me suis souvent posé la question. Pendant la guerre, quand les Américains ont débarqué au Maroc, il y avait un cinéma pour les officiers, ouvert tout l’après-midi. Et, comme je n’allais pas à l’école, ils ont dit à mes parents : « S’il aime le cinéma, il peut venir ! » J’y allais tous les jours, je voyais tous les grands films, c’était en 1942…

…comme dans Casablanca !

Oui, enfin ça ne se passait pas du tout comme dans le film. J’étais fou, je rêvais, j’étais fasciné par les acteurs. Mais il n’y avait pas grand-chose au Maroc, et je ne suis devenu comédien qu’une fois arrivé en France. J’ai mis longtemps à oser. Finalement, alors que j’étais en train de me convertir, mon père spirituel, un dominicain qui m’a baptisé à l’âge de 22 ans, m’a envoyé voir le père Carré, l’aumônier des artistes. Celui-ci m’a recommandé à Mme Tania Balachova, le meilleur professeur de théâtre à l’époque. Il avait vu juste. En bonne pédagogue qu’elle était, elle a compris qu’avec moi, seule la menace fonctionnerait : un jour, elle m’a menacé devant tout le monde de me renvoyer si je ne me donnais pas totalement. J’ai eu très peur et, quelques semaines après, quand elle a créé un cours d’improvisation, j’ai commencé à me donner vraiment.

Vos débuts de comédien correspondent donc à votre conversion. Pourtant, au début des années 1950, la mode était plutôt à la révolution en général et au marxisme en particulier. Être croyant dans le monde du théâtre et du cinéma, ce n’est pas trop la croix et la bannière, si j’ose dire ?

Dans nos cours, on se passionnait trop pour le théâtre pour s’occuper de politique. La situation a changé après 1968. Il y avait toujours beaucoup de croyants parmi les acteurs – Claude Rich, Michel Serrault, Catherine Salviat, Jacques Dufilho… – mais ils restaient discrets sur le sujet car beaucoup de choses intéressantes venaient des réalisateurs de gauche, et ceux-là n’aimaient pas la religion. À partir des années 1980 et de la découverte du Goulag, beaucoup d’artistes se sont engagés dans la lutte anti-totalitaire. Moi, je n’ai découvert le Renouveau charismatique qu’en 1987.

C’est sans doute une chance pour vous, car si vous aviez été « repéré » comme croyant, on ne vous aurait sans doute pas offert d’aussi beaux rôles…

Oui, surtout que j’avais en prime le handicap de mes origines. Tania Balachova disait que j’étais moitié anglais, moitié français, et moitié belge-et-suisse et que, pour cette raison, je ne ferais pas grand-chose avant 30 ans. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire, mais elle m’a donné un conseil : « Ne faites pas le difficile, prenez tout ce qui viendra, il faut vous habituer à la caméra, à l’ambiance d’un tournage. » Elle a eu raison ! J’ai fait des petits films et je suis tout de suite tombé sur des gens intéressants, comme Marcel Hanoun. Puis j’ai rencontré Jean-Marie Serreau, et j’ai commencé mon cheminement vers Beckett, Ionesco, Duras… Mais ce que j’appréciais dans ce métier, c’était d’incarner des personnages inédits. Le répertoire m’intéresse peu. On m’a proposé d’entrer à la Comédie-Française. Il y a des gens formidables, c’est très bien joué, mais pourquoi serais-je allé jouer un Tartuffe de plus ?

Est-ce dans votre entourage familial que vous avez pris goût à la comédie, donc au travestissement ?

En tout cas, ça vient de très loin… Je suis un enfant naturel qui a été caché à la naissance. Ma mère était partie avec un homme qui n’était pas son mari, ce qui a provoqué un drame dans la famille française. Mon grand-père, qui était lui-même un enfant naturel, devait ignorer mon existence. Mais les bébés perçoivent tout et enregistrent tout. Un jour, mon père spirituel, le dominicain dont je vous ai parlé qui m’a orienté vers le théâtre, m’a dit cette phrase : « Vous ferez en public des confidences que vous ne pouvez pas faire en personne dans la vie. » C’est bien plus tard que j’ai compris ce qu’il voulait dire.

Ces dernières années, vous avez ajouté à votre collection de grands auteurs et metteurs en scène des figures comme Sœur Emmanuelle, Thérèse de Lisieux et saint François…

Laissez-moi vous raconter ma rencontre avec Thérèse de Lisieux. Un jour, à Paris, une femme assez ronde m’a abordé et m’a dit : « Je suis protestante, mais je voudrais être catholique. Voulez-vous être mon parrain ? » J’ai accepté et, pour me remercier, elle m’a offert un gros livre de sœur Thérèse qui rassemble des textes, des chansons, des pièces de théâtre. Il y avait une photo qui m’a particulièrement frappé : celle de Thérèse assise, habillée en Jeanne d’Arc. Elle était déjà au couvent à cette époque, mais elle a joué plusieurs pièces. Cette photo m’a touché à un moment très particulier de ma vie, alors que je venais de perdre ma mère. Elle était tombée malade quand j’avais 40 ans. C’était très dur, elle ne pouvait ni parler ni rien faire, mais je l’ai gardée à la maison. Je gagnais bien ma vie, avec les grands films comme James Bond et d’autres. Je ne me voyais pas l’envoyer à l’hôpital. Pendant onze ans, j’ai pu payer des infirmières, et quand elle est partie je me suis occupé de sa sœur qui habitait chez nous. Une merveille d’amour et de gentillesse, j’étais son enfant à elle aussi. Deux ans après, elle est partie aussi et je me suis retrouvé seul… C’est alors que j’ai lu le livre de Thérèse et que je suis tombé sur cette photo où elle fixe l’objectif sans essayer de « faire la sainte ».

Et vous avez trouvé le réconfort dans ce regard ?

C’est plus surprenant que ça. J’ai adressé une prière au Seigneur en expliquant que j’étais à sa disposition. On a alors sonné à la porte : c’était mon parrain qui me faisait une visite-surprise. Il a vu que j’allais mal – j’étais au bord des larmes – et m’a proposé de participer à une réunion à l’église Saint-François-Xavier : des gens qui chantent, prient les uns pour les autres, lisent à haute voix des textes de la Bible choisis au hasard… Quand nous sommes arrivés, la soirée avait commencé et ils chantaient tous en langues, c’est-à-dire sans prononcer de paroles précises. J’ai été pris d’une émotion incroyable, c’était comme une musique céleste. Il y avait aussi des groupes de prière. J’ai complètement plongé dedans, c’était formidable. Je suis né le jour de la Pentecôte, alors l’Esprit saint… ! Au bout de deux semaines, un prêtre est venu me chercher : « J’organise une grande semaine à Paray-le-Monial avec de la danse, du piano…, je t’invite à venir. » Je lui ai dit que je ne savais rien faire. On ne te demande pas de faire, mais de venir, m’a-t-il répondu. J’y suis allé et j’ai découvert une foule incroyable, des témoignages merveilleux. C’était très fort. Sœur Emmanuelle passait, Mère Teresa… J’ai complètement plongé, même si je ne suis pas devenu membre, par manque de temps. J’ai ensuite monté un spectacle sur saint François d’Assise, un autre sur la Petite Thérèse et encore un autre sur saint Bernard de Clairvaux, avec 120 personnes ! On l’a joué tous les étés pendant cinq ans, j’étais heureux comme tout. Plus tard, il y a encore eu un spectacle sur Sœur Emmanuelle.

Qu’avez-vous appris sur vous et sur l’homme en jouant tant de rôles différents depuis soixante ans ?

J’ai appris que « je » est un autre. À travers ces personnages que l’on emprunte, on se soigne, mais on apprend aussi beaucoup sur ce qu’est le frère. On comprend la phrase, si difficile à mettre en pratique : « Aimez-vous les uns les autres. » J’ai beaucoup réfléchi et j’ai compris que chaque être humain était une espèce de pièce unique, dans laquelle Dieu est présent, même si on ne fait pas appel à lui. Chaque être est une création de Dieu. J’ai appris à considérer avec beaucoup d’amour et de soin tous les humains, quels qu’ils soient. J’ai appris à aider et surtout à ne pas juger. Il y a des gens bien partout. Il faut pactiser avec les autres croyants, comme les bouddhistes que j’ai rencontrés, ou les musulmans consternés par ce qui se passe actuellement.

Et que se passe-t-il avec l’islam, selon vous ?

Beaucoup pensent qu’une nouvelle invasion musulmane se prépare, comme aux VIIe et VIIIe siècles, quand les musulmans ont envahi l’Afrique du Nord et l’Espagne, où ils sont restés près de huit cents ans. Il y a très longtemps, un musulman m’a dit : « Poitiers est une ville musulmane, puisqu’on l’a occupée. » Ce qui est triste, c’est que le pétrole est concentré dans ce coin précis du monde où des milliardaires qui ne savent pas quoi faire de leur argent financent des groupes qui tuent des vieux, des enfants… En travaillant à Mantes-la-Jolie, j’ai découvert que dans certains quartiers il y a plus d’Africains que de Français ! Alors ils s’énervent un peu, demandent des mosquées, il paraît même que certains voudraient supprimer les croix des pharmacies ! Ce n’est pas la guerre, mais la guéguerre…[/access]

*Photo : BERNARD BISSON/JDD/SIPA/1408241506

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«Trois souvenirs de ma jeunesse»: L’amour en fuite

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Desplechins Trois souvenirs de ma jeunesse

Desplechins Trois souvenirs de ma jeunesse

Après un film en demi-teinte (Jimmy P.), Desplechin revient sur des terres qui lui sont plus familières en retrouvant Paul Dédalus, le personnage principal de Comment je me suis disputé. Drôle d’idée que de revenir, 20 ans après, sur un film qui marqua indéniablement son époque et de proposer une espèce de surgeon romanesque. Trois souvenirs de ma jeunesse marque donc les retrouvailles avec un personnage qui décide de revenir en France après un séjour au Tadjikistan. Alors que nous l’avions connu doctorant et perdu dans ses atermoiements sentimentaux, Paul Dédalus se souvient ici de trois périodes de sa vie antérieure : son enfance, un voyage scolaire en Russie et sa rencontre avec Esther.

Ce qui frappe d’emblée dans le film, c’est à la fois son caractère « modeste » , s’inscrivant dans la lignée des chroniques sentimentales comme les affectionne un certain cinéma d’auteur français et, en même temps, son ambition de « film-somme ».

Construit en trois parties de longueurs très inégales (les trois quarts du film sont consacrés à la dernière de ces parties), le film fonctionne comme un nouveau feuilleté romanesque, ajoutant des couches fictionnelles à une œuvre qui en était déjà riche.

La première partie est consacrée à l’enfance de Paul et le cinéaste joue d’emblée sur les dissonances et des plans coupants comme des lames de rasoir : l’enfant menace de poignarder sa mère, se fait battre par son père, fugue… Comme dans Un conte de Noël, c’est moins la dimension psychologique qui intéresse Desplechin que le nœud de névroses œdipiennes qui se met en place dans ces « scènes primitives » filmées de manière très abrupte et saillante.

La deuxième partie s’intéresse à un voyage scolaire que Paul effectue en URSS avec l’un de ses amis. Sur place, ils seront chargés de porter de l’argent et des papiers à des juifs désirant se rendre en Israël. Dans cet épisode, le cinéaste renoue avec son premier long-métrage La sentinelle, lorgnant du côté du film d’espionnage et d’action. D’une certaine manière, cette digression du côté du « cinéma de genre » nourrit son cinéma et lui donne son aspect foisonnant. Elle lui permet également toucher une fois de plus à la question de l’identité. En offrant son passeport, Paul créé un véritable « double » qui s’inscrit là encore au cœur des préoccupations de Desplechin (voir Un conte de Noël et la question de la judéité qui hante la plupart de ses films).

Et c’est à travers la troisième longue partie du film qu’il va explorer l’identité complexe de Paul. Le jeune homme a quitté sa ville natale, Roubaix,  pour effectuer des études d’anthropologie à Paris. Mais c’est en revenant voir ses amis d’enfance et sa famille qu’il rencontre Esther dont il va s’éprendre.

C’est sans doute dans cette partie qui pourrait être la plus étriquée (film d’ados, romances amoureuses entre jeunes bourgeois…) que se déploie pourtant l’ampleur romanesque du film. Comme Truffaut, Desplechin a recours à la voix-off, aux échanges épistolaires et traite la chronique sentimentale comme un véritable « film de genre ». La beauté du film vient de sa manière très particulière de dépasser la psychologie, soit par l’excès (certaines scènes frôlent l’hystérie), soit par la bouffonnerie (le film peut être assez drôle) ou encore l’énergie des corps. Desplechin invente à partir de son roman familial une jeunesse à la fois vécue et fantasmée (en 1989, il a dix ans de plus que les ados qu’il met en scène). Du coup, il parvient à faire de Trois souvenirs de ma jeunesse un film universel sur le passage à l’âge adulte et tous les regrets qu’on laisse derrière soi.

Une belle scène montre la bande de jeunes en train de regarder la chute du mur de Berlin. Tout le monde se réjouit sauf Paul qui déclare qu’il voit dans cet événement « la mort de son enfance ». Ce court moment exprime assez bien la beauté du film qui parvient à lier quelque chose de très intime (la chute du communisme, pour Paul, ce sont aussi les souvenirs d’URSS qu’il évoquera plus tard) et de beaucoup plus général (les changements politiques du monde).

De la même manière, les débuts de l’histoire d’amour avec Esther entrent en résonance avec la liaison qu’ils entretiendront dans Comment je me suis disputé, et toutes les strates temporelles qu’arrive à restituer Desplechin donnent à l’œuvre son ampleur et sa mélancolie profonde. Quelque chose d’irrémédiable se joue pour Paul dans cette histoire d’amour, peut-être parce qu’il est à l’âge où les feux brûlent plus intensément. Et c’est au feu de ces amours adolescentes qu’il se consume toujours une fois adulte.

La force de Desplechin, c’est toujours de parvenir à déborder du cadre qu’il s’est fixé (la mise en scène s’emballe parfois en des successions de faux-raccords dans les champs/contrechamps) et de donner à une simple chronique adolescente des allures de fleuve tempétueux. Du coup, il parvient (notamment grâce à l’intensité du jeu de ses jeunes comédiens : Lou Roy-Lecollinet est une éblouissante révélation) à toucher à l’universel.

Les souvenirs qu’il met en scène sont ceux de Paul, sans doute un peu les siens mais finalement, ce sont aussi les nôtres…

 

Trois souvenirs de ma jeunesse (2015) d’Arnaud Desplechin avec Lou Roy-Lecollinet, Quentin Dolmaire, Mathieu Amalric, Françoise Lebrun, André Dussollier

 

Youtube aurait-il encore besoin de l’écrit?

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Enjoyphoenix Marie Lopez livre Enjoymarie

Enjoyphoenix Marie Lopez livre Enjoymarie

Le hashtag qui enflamme Twitter et Instagram ces temps-ci n’a aucun rapport avec le nouveau nom de l’UMP, le scandale de la FIFA ou les matches de Roland-Garros, mais avec un livre.  #Enjoymarie  est le titre de l’ouvrage publié il y a deux semaines par Marie Lopez, alias EnjoyPhoenix, une lyonnaise de vingt ans devenue superstar grâce aux conseils mode et maquillage qu’elle poste chaque semaine sur sa chaîne Youtube

A elle seule, elle fédère une communauté ultra-fidèle et soudée de plus d’un million d’abonnés, pour la grande majorité des adolescentes de 11 à 15 ans. Grâce à sa notoriété aussi fulgurante qu’inattendue, on la voit désormais à Cannes aux côtés de l’égérie de L’Oréal Eva Longoria, aux Etats-Unis pour faire la promotion de grandes marques de cosmétiques, et même récemment placardée dans le métro parisien lors d’une grande campagne d’affichage destinée à promouvoir les jeunes talents de la plateforme de vidéos qui a fêté ses dix ans ce mois-ci. Bref, on est très loin de la littérature. Marie Lopez, à l’instar de ses consœurs américaines et britanniques Bethany Mota ou Zoe Zugg, évolue dans un monde de paillettes et d’apparences.

Pourtant, c’est avec des trémolos dans la voix qu’elle a annoncé il y a peu à ses fans la parution prochaine d’un livre-témoignage sur son adolescence, truffé de conseils pour se sentir mieux dans sa peau « avec un appareil dentaire, des cheveux gras ou de l’acné ». Tout un programme.

Le plus étonnant n’est pas qu’une jeune femme douée pour la communication se lance dans cette aventure en surfant sur son succès auprès de ses petites sœurs. Non, c’est plutôt qu’une fois l’annonce postée sur les réseaux sociaux, une frange de la communauté encline à la critique l’a aussitôt accusée de « copier » d’autres Youtubeuses, de céder à un « effet de mode ». Un effet de mode, écrire un livre ? Vraiment ? Il faut croire que oui. Zoe Zugg, en particulier, est l’auteur d’un roman qui bat des records de vente au Royaume-Uni. Le livre de Marie Lopez, édité par Anne Carrière à 100 000 exemplaires, vient d’être tiré à nouveau à 80 000, et son auteur effectue actuellement une tournée de signatures rassemblant à chaque fois plusieurs milliers de lecteurs et lectrices.

Lorsqu’on s’aventure à lire les commentaires à l’orthographe hautement fantaisiste de ces jeunes personnes au sujet de l’objet qu’elles se sont fait offrir par leurs parents, il saute aux yeux que c’est sans doute là le premier et peut-être le dernier livre qu’elles dévoreront passionnément du début à la fin. Et on comprend vite pourquoi. Le style est oral et maladroit, le contenu fade, plein de bons sentiments, et n’intéressera effectivement que son cœur de cible, les adolescentes complexées.

Mais est-ce là le problème ? Les fans de Marie Lopez boivent ses paroles positives, sages, destinées à leur donner confiance en elles – et à surconsommer, naturellement. Comme l’ont été les héroïnes Disney aux Etats-Unis ou les chanteuses pour lolitas telles que Lorie ou Jenifer en France, Marie est un modèle que les parents approuvent, qui encourage les collégiennes à s’organiser pour les examens, à ne pas se maquiller outre mesure et à s’entourer de leur famille. Cerise sur le gâteau, grâce à elle et/ou à ses collègues, elles se mettent à lire.

Les Inrocks se sont fendus d’un « best of » moqueur un peu facile bien qu’édifiant, mais lire de la soupe est-il pire que ne rien lire du tout ? Des voix s’élèvent un peu partout sur la toile pour dénoncer la « facilité » avec laquelle Marie Lopez a accédé à l’édition alors que « certains rament toute une vie pour ça » ; mais mettre massivement un livre entre les mains d’ados qui ne jurent que par les écrans est-il vraiment regrettable ? Peut-on désapprouver qu’en 2015, être l’auteur d’un livre (du moins sur sa couverture) soit porteur d’une charge symbolique aussi forte pour des post-ados nées avec Internet ?

A ce stade du désamour de la jeunesse pour la littérature et le papier, est-il bien raisonnable de cracher dans la soupe populaire ? De l’argent pour les maisons d’édition qui en manquent cruellement, un modèle adoubé par les parents pour des millions de jeunes filles, un livre de deux cent pages écrit dans un français correct, voilà le bilan de l’opération. Mais la réaction aura sans doute besoin de pinailler sur les détails.

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Les Républicains : une droite à l’américaine?

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Le débat sur le nouveau nom de l’UMP s’était jusqu’à présent focalisé sur l’hypothétique confiscation de la République par Nicolas Sarkozy. Accusation tellement énorme qu’elle ne résiste pas à l’examen. Les républicains et les démocrates se disputent-ils la démocratie et la république américaine ? Pas le moins du monde. Le Parti Socialiste aurait mieux fait de rester indifférent à cet énième changement de marque. Son indignation résonne comme un aveu de faiblesse. Comme si le parti de Blum et Mitterrand craignait lui-même de s’éloigner des valeurs républicaines.

La bataille pour la propriété intellectuelle de la République perdue en Justice, Jean-Christophe Cambadélis est contraint de politiser son discours. Comme l’a révélé Caroline Roux sur Europe 1, le Premier secrétaire du PS a donné comme consigne d’évoquer non pas « Les Républicains » mais « le Parti républicain ». La communication du PS semble changer d’angle d’attaque et renvoie le nouveau parti de droite aux partis de George W. Bush ou d’Alain Madelin. Non choix en réalité car Alain Madelin et « la bande à Léo » du PR n’ont jamais caché leur admiration pour l’Amérique de Ronald Reagan.

Sans doute Nicolas Sarkozy avait-il anticipé cette référence à l’Amérique, y compris au sein de son propre camp. Il a pris le pari (risqué) d’assumer le parallèle malgré l’anti-américanisme culturel de notre pays.

Les Républicains congrès fondateur Paris

Coïncidence d’autant plus frappante que la droite française va pour la première fois organiser des primaires, et que celles-ci se tiendront en même temps que les primaires républicaines (américaines) – dont les péripéties du Caucus de l’Iowa à l’investiture de la Convention tiendront en haleine l’opinion publique l’année prochaine. Avec cette primaire ouverte, non seulement la droite française singe la démocratie américaine mais elle abandonne l’idée gaullienne de la rencontre entre un homme et son peuple rassemblé. En 2016, le candidat républicain sera de toute évidence l’homme d’un parti avant d’être un candidat à la présidentielle.

Nicolas Sarkozy ne craint pas la comparaison, surtout avec l’Amérique. C’est une de ses qualités ; il aime provoquer, faire bouger les lignes, appeler à la rupture. Aux affaires étrangères, le couple Sarkozy-Kouchner puis Sarkozy-Juppé avait marqué pour notre pays une inédite lune de miel atlantiste et une rupture très nette avec les années Chirac-Villepin. Douze ans après le sursaut de la France face à l’invasion de l’Irak par l’Amérique, le parti gaulliste achève sa mue. Il assume son atlantisme après sa conversion maastrichtienne à une Europe de plus en plus fédérale. En 2002, l’UMP ressemblait déjà furieusement à l’UDF. Désormais c’est clair, avec le Parti Républicain, les héritiers de Valéry Giscard d’Estaing l’ont emporté sur ceux du général de Gaulle.

Les socialistes pourraient aisément critiquer cette nouvelle ligne politique libérale et américanisée. La lune de miel franco-américaine devait se terminer en 2012 tellement les socialistes s’étaient érigés en défenseur de notre tradition diplomatique d’indépendance nationale. Mais sur le dossier syro-iranien comme dans sa liaison incestueuse avec les pétromonarchies du Golfe, Laurent Fabius est plus en phase avec John McCain et Benyamin Netanyahou qu’avec John Kerry.

*Photo : © AFP STEPHANE DE SAKUTIN

Et si on offrait des DVD à maman?

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DVD films années 50 fête des mères

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Les Gens de la nuit

Une jeunesse à bout de souffle, un Paris couleur sépia et le staccato d’un be-bop endiablé. Forcément, ça se passe à la fin des années 50 entre Passy et Saint-Germain-des-Prés. Des gamins en rupture jouent les fiers-à-bras à la terrasse du Bonaparte. Ils cachent leurs sentiments par peur d’aimer. Ils enfourchent des motocyclettes italiennes à deux temps en rêvant aux six cylindres d’une décapotable Jaguar. Ils écoutent Belafonte en fumant des cigarettes américaines et vidant une bouteille de scotch. Ils s’appellent Mic, Clo, Bob et Alain. Ce sont Les Tricheurs de Marcel Carné, Grand Prix du cinéma français 1958, interdit de diffusion en Suisse et en Italie pour amoralité. On aime ce film pour le minois bravache de Pascale Petit, le costume d’ange noir de Laurent Terzieff, le regard perdu de Jacques Charrier et la noblesse écorchée d’Andréa Parisy. Si en plus, je vous dis que Jean-Paul Belmondo a fait ses débuts dans ce film, Les Tricheurs ramassent la mise.

Les Tricheurs de Marcel Carné – DVD Studio Canal

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Via con me

Ces Italiens des années 50 étaient d’incorrigibles jouisseurs. Leur cinéma avait du goût, à la fois juteux, croquant et légèrement citronné. Il mettait tous nos sens en alerte. Il plaçait le spectateur en position d’insatiable voyeur. Avec la même histoire, la même matière, les Français auraient produit une gentille comédie, parsemée de quelques bons mots, non dénuée d’une certaine lourdeur théâtrale. Il y manquait l’essentiel, l’appétit de vivre, la débine enchantée, les corps qui exultent, les mains baladeuses. La comédie italienne, c’est la misère  transcendée, la souillure éclatante des rues et les peaux qui transpirent l’ironie. Dommage que tu sois une canaille, réalisé par Alessandro Blasetti d’après une nouvelle d’Alberto Moravia, est un modèle du genre, aussi nerveux et gracieux qu’une Lambretta. Le film de 1955 n’a rien perdu de son charme corrosif et de sa force comique. Dans l’histoire du cinéma italien, cette brillante satire sociale marque la rencontre entre Sophia Loren et Marcello Mastroianni,  bien avant Mariage à l’italienne ou Une journée particulière. Paolo (Mastroianni), chauffeur de taxi sans histoire, légaliste dans l’âme, tombe sous les balconnets de la vénéneuse Lina (Loren), voleuse de métier et de son père, un Arsène Lupin romain, professeur ès escroquerie interprété par le fabuleux Vittorio de Sica. Seuls les Italiens savent faire monter une farce jusqu’à l’explosion finale. Mastroianni est désopilant de naïveté, de Sica éblouissant d’aplomb, quant à Sophia, atrocement moulée dans un maillot de bain de grand-maman, elle ne dévoile rien de son corps et pourtant terrasse tout sur son passage.

Dommage que tu sois une canaille de Alessandro Blasetti – DVD Les maîtres italiens SNC

Dommage que tu sois une canaille

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La Tragédie selon Melville

Pigalle 1955. Un petit matin couleur fusain. Grisaille sur Seine d’après-guerre. Les néons expulsent leur dernier gaz. Les bars de nuit ont sommeil. Yvonne, Ginette ou Marcelle ferment la caisse. Les entraîneuses sont fatiguées, les michetons sont lessivés. Quelques conscrits jouent aux soldats. Leur perm’ tire à sa fin. Dans trois heures, ils seront à la caserne à se raconter des craques. Tu te souviens de cette môme ? Elle m’a dans la peau, je te jure. C’est le sosie craché de Martine Carol. Tu charries mec, elle ferait un malheur à Medrano. Les rapins remballent leurs mauvais dessins. Les marchandes de quatre-saisons déballent leurs prébendes. Un grossium traverse la ville en Oldsmobile. Des larbins partent au turbin. Une laveuse de rues arrose ce jardin pavé de mauvaises intentions. Seules les herbes folles poussent sur ce bitume de misère. Le Sacré-Cœur s’est levé en pétard. La Savoyarde n’a plus de voix, elle a trop bamboché. Une fille mange des frites sur le trottoir. Quand Bob rentre chez lui, il a flambé tout son carbure. Il se regarde dans une glace. Sa gueule de voyou fait plaisir à voir. Trench froissé, clope au bec, galurin à la Marlowe, genre américain de la Porte de Saint-Ouen. Un beau spécimen de la race humaine. Melville filmait les hommes du milieu comme des héros grecs. De Montmartre à Deauville, en 4 CV ou Plymouth Belvédère, avec ou sans Smith & Wesson, sur tapis vert ou à la régulière, à Sparte ou Pantruche, même destin Antique.

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Ces quartiers français qui se rêvent en Palestine

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Pierre-André Taguieff Une France antijuive antisémitisme

Pierre-André Taguieff Une France antijuive antisémitisme

A la liste déjà longue des fractures françaises, faut-il désormais ajouter celle qui sépare ceux et celles qui « se sont sentis Charlie » de ceux qui « ne se sont pas sentis Charlie » ? Et au sein de ceux-ci faut-il ajouter ceux qui se sont sentis « casher » ou bien pas casher du tout ? Tous les « je suis Charlie » se sont-ils simultanément sentis « hyper casher » ? Et s’il n’y avait eu que la tuerie dans le magasin casher, combien se seraient sentis solidaires ? Ces lignes de partage sont-elles les plus pertinentes pour comprendre les tiraillements de la société française ? Se substituent-elles au clivage droite/gauche ou bien traversent-elles ce même clivage ?

Y aurait-il une autre ligne de fracture, plus enfouie, plus difficile à admettre tant elle relève de ces parts d’ombres qu’on se refuse à éclairer, de celles dont on dénie la réalité ? Le déni idéologique du réel au profit d’une réécriture idéologique de nos réalités est une constante des passions françaises. Depuis l’affaire Dreyfus, depuis Vichy, depuis la guerre d’Algérie, le peuple français ne parvient pas à sortir d’une guerre civile permanente où s’affrontent régulièrement intelligentsia et classe politique. Rares sont ceux qui vont explorer les parts gênantes de ces conflits : combien de temps s’est-il écoulé en France pour porter un regard critique sur les bienfaits du communisme, pour admettre que l’avenir radieux promis n’était pas si radieux que cela ? L’aveuglement idéologique est le corollaire des passions intellectuelles hexagonales. Le corollaire de ce corollaire est l’incapacité à penser ailleurs qu’à l’intérieur de ce face à face.

D’autres facteurs ont construit un autre paysage sociétal. L’accélération des flux migratoires, la concentration des populations issues de l’immigration arabo-musulmane ont simultanément changé le paysage  démographique français autant qu’elles ont importé tous les éléments identitaires, tout l’imaginaire politique idéologique ou culturel de ces populations nouvelles, installées en France et en Europe.

Le rapport aux Juifs et à Israël fait partie des éléments premiers de cet imaginaire. Les populations arabo-musulmanes ont largement fait de la haine d’Israël le ciment identitaire de leur ressentiment. La Palestine semble être devenue une patrie imaginaire, une patrie fantasmatique permettant une identification nouvelle : ceux qui se vivent sans patrie de Trappes ou de Bondy  trouvent le reflet de leur condition dans le peuple sans patrie de Palestine. Les Indigènes de la République prétendent retrouver ici le reflet du sort fait aux Palestiniens par Israël. Arabes ici, arabes là-bas. Islam ici, islam là-bas. Police ici, Tsahal là-bas. FN ici, colons là-bas.

Comment comprendre que la Palestine soit la seule cause mobilisatrice pour la « jeunesse des quartiers » ? Comment comprendre la fièvre qui saisit les banlieues dès qu’un conflit éclate entre Israël et les Palestiniens ? Comment comprendre l’accumulation accélérée de passages à l’acte antijuifs commis depuis vingt ans par des jeunes issus de l’immigration arabo-musulmane ? Comment comprendre la popularité d’un Dieudonné au sein de ces populations ? Pourquoi la guerre à Gaza pendant l’été 2014 a-t-elle mobilisé tant de fureur antijuive à Sarcelles et à Paris, alors que dans le même temps les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes laissent indifférents les mêmes « jeunes-des-quartiers-sensibles » ?

Cette nouvelle donne antijuive contemporaine a été massivement déniée. La nouvelle question antijuive pose en creux toutes les questions à entrées multiples qui obligent à reconsidérer à la fois les données autant que les grilles d’analyse. Ce qui était pertinent à la fin des années 1960 ne l’est plus en 2015.

Voilà plus d’une vingtaine d’années que Pierre-André Taguieff  repère, analyse, dénonce les formes contemporaines du racisme, leurs nouveaux énoncés, leurs stratagèmes et leurs masques. Depuis plus de vingt ans Taguieff a fait du racisme, et en particulier de l’antisémitisme, le baromètre des fluctuations idéologiques de l’hexagone. Ce faisant, le chercheur a totalement renouvelé les catégories intellectuelles qui permettent de comprendre la mécanique intime de cette incurable maladie sociale. Le titre de son dernier ouvrage Une France antijuive ? commençant par un article indéfini et finissant par un point d’interrogation, met immédiatement de côté tout projet réducteur et toute lecture sommaire ou sloganesque de la situation française. Taguieff ne fait pas dans l’incantation vertueuse du  fascisme qui ne passera pas. Il se situe à l’opposé du pamphlet provocateur dont raffolent les plateaux télé. Toute la force de son propos se nourrit de l’étude minutieuse, implacable des faits. Mise en perspective, cette histoire de la nouvelle configuration antijuive contemporaine révèle, en creux, tout ce que la République a refusé de voir, tout ce que les médias ont refusé de nommer, tout ce dont les intellectuels (mais pas tous) ont refusé de prendre conscience, car c’est à partir du déni idéologique de cette réalité que s’est installée cette France antijuive, la part maudite de notre modernité.

Cette « nouvelle judéophobie », pour reprendre les mots de Pierre-André Taguieff, figure désormais en tête de liste des questions qui minent la société française. Combien d’années ont-elles été perdues pour ne pas avoir voulu regarder en face la progression de ce cancer ? Combien ont été perdues dans le refus de considérer que ce racisme-là devait être repensé autour du terreau où il fleurissait ? Combien de temps pour comprendre que la construction identitaire des « jeunes-des-cités » s’alimentait de cette haine particulière ? Combien de temps perdu à ne pas voir que la progression de l’islamisme développait simultanément cette culture du ressentiment antijuif ? Tous ces ingrédients multiples ont fusionné dans le passage à l’acte meurtrier des 7 et 9 janvier dernier. Le sang des « blasphémateurs » s’est mêlé à celui des Juifs, comme objet d’une même répulsion. La haine des « croisés, des mécréants et des Juifs », pour reprendre la phraséologie islamiste quels qu’en soient les divers auteurs, fait désormais partie des passions idéologiques d’une certaine France. La raison en est évidente : la présence de plus en plus importante de populations d’origine arabo-musulmane a atteint une masse critique telle qu’elle développe en son sein  les mêmes fureurs qui agitent le monde arabo-musulman à l’intérieur de son aire géographique. Voilà que ces nouveaux mots de « djihad », « fatwa », « hidjab » et autres salafisme ont envahi l’espace public européen et font désormais partie du paysage langagier. La haine du Juif fait partie des codes culturels banalisés des « banlieues sensibles », comme on sait si bien dire en novlangue politico-médiatique.

C’est ce paysage que Taguieff analyse au scalpel : d’abord les faits puis les mécanismes qui les lient, en particulier les passerelles idéologiques et les passeurs qui ont permis à ce nouveau paysage de se construire. Pendant des années, ceux qui sont chargés de penser la société ont dénié cette réalité. Les sciences sociales préféraient cultiver et entretenir ce qu’il était si confortable de cultiver et d’entretenir : la vision d’un monde partagé entre riches et pauvres, sans s’inquiéter du fait que les pauvres pouvaient aussi développer des haines idéologiques symétriques. Pendant des années, Taguieff fut considéré par la bien-pensance sociologique comme produisant des analyses « réacs ». Dans le conformisme autoproclamé « progressiste » du  milieu académique il n’est pas bien vu de bousculer certaines rentes de situation. Il faut se souvenir des cabales organisées contre Pierre-André Taguieff  par des « vigilants » de gauche pour avoir osé transgresser quelques tabous de la pensée autorisée. La paresse intellectuelle autant que le conformisme idéologique ont nourri le boycott de ses ouvrages dès que ceux-ci sortaient des catégories habituelles de l’antiracisme. Pourtant Taguieff avait été l’un des premiers à repérer les mauvaises effluves de la Nouvelle Droite du début des années 80, tout comme il fut l’un des premiers analystes de la menace lepéniste, de ses sources, de sa généalogie. Rien n’y fit : pour avoir osé repérer ce qui pouvait contester la sainteté de Stéphane Hessel, Taguieff fut aussitôt assigné au rôle de compagnon de route des penseurs réacs dont l’Obs et Mediapart adorent dresser la liste. De Garaudy en Abbé Pierre, de Faurisson en Dieudonné, de Tariq Ramadan en Alain Soral, la liste est longue de ces prêcheurs de haine ayant alimenté un air du temps dont les 7 et 9 janvier sont aussi l’aboutissement.

Chaque production de Taguieff est une mine de renseignements, de rappels des faits et de mise en relation de ces faits pour faire apparaître les cheminements, y compris les chemins de traverse. Les questions que pose Taguieff à travers le présent ouvrage doivent être entendues de toute urgence. Si Une France antijuive pointe son vilain museau, il y a bien péril en la demeure et ce péril a singulièrement progressé. Le moment présent signe une fracture dans le paysage national et c’est probablement autour du rapport au « signe juif » que se joue la survie de la France en tant que nation. Taguieff rappelle les mots du Premier Ministre, Manuel Valls : « Sans les Juifs, la France ne serait plus la France ». Ce livre est une convocation à ouvrir tout grand les yeux devant une menace majeure : ce qui menace les juifs menace la France. Il n’est pas trop tard pour penser et agir. A lire de toute urgence.

*Photo : LICHTFELD EREZ/SIPA/1407201217

Une France antijuive ? Regards sur la nouvelle configuration judéophobe

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