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Maroc : deux rois pour le prix d’un!

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Le Maroc est un pays plein de sable, où prospèrent le marocain, la marocaine, le soleil, le hérisson du désert, le chacal doré, le figuier, le dattier commun et le tajine aux légumes. Les marocains ont un roi qui s’appelle Mohammed n°6, qui a fait le choix de naître en 1963 – à l’instar de Laurent Ruquier et Elie Semoun. Le Maroc est un pays si plein de charmes que beaucoup de français y passent leurs congés payés, et que les cinéastes du monde entier y viennent tourner leurs films pour un rapport coût/soleil imbattable. Inutile d’évoquer le scandaleux comportement du pouvoir avec ses opposants, puisque Jamel Debbouze organise chaque année le « Marrakech du rire » dans la ville ocre. On vous dit que c’est sympa ! On a appris il y a quelques jours que les marocains sont parfois des blagueurs des blagueurs imprudents… en effet, un sosie du roi a écopé de trois ans de prison ferme pour s’être fait acclamer publiquement par la foule. Profitant de sa ressemblance avec le roi, indique l’AFP, Nabil Sbaï, 30 ans, au volant d’une voiture de luxe, a laissé des policiers lui ouvrir la route et des badauds l’acclamer sur son passage. La police a rapidement découvert la supercherie et une enquête a été ouverte » D’après des sources policières le jeune-homme n’en était pas à son coup d’essai et devenait même coutumier du fait de saluer les gens par la fenêtre de son véhicule ou encore de se laisser photographier. « J’aime le roi et j’aime imiter ses tenues vestimentaires. Je ne suis pas un escroc », s’est défendu le plaisantin, vraisemblablement sincère.

Les histoires de sosies sont souvent riches de péripéties haletantes. On se souvient de ce fait divers croustillant ayant impliqué à Epinal (bonjour l’imagerie !) les sosies de Serge Gainsbourg et Johnny Hallyday… l’homme à la tête de chou ayant poignardé le chanteur de Retiens la nuit pour des raisons nébuleuses, que la raison réprouve. Les sosies sont partout dans l’histoire politique. Saddam Hussein, ex-président irakien, envoyait ses sosies aux  cérémonies officielles les plus ennuyeuses, afin de pouvoir batifoler avec les fleurs du désert ou regarder ces cérémonies à la télé chez lui. Reste à savoir qui est actuellement au Palais de l’Elysée… François Hollande, ou son sosie ? Je mets mon dollar sur le sosie. Le vrai profite certainement de la vie sous le soleil corrézien…

Mali : Jihad et anarchie

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mali aqmi onu serval

Après dix casques bleus tchadiens victimes de mines en septembre dans la région de Kidal, neuf autres, originaires du Niger, tombés dans une embuscade menée par le Mujao entre Ménaka et Assongo le vendredi 3 octobre, un soldat sénégalais a encore été tué  hier à Kidal lors de l’attaque à la roquette d’un camp de l’ONU. Vingt morts en un peu plus d’un mois ! Le bilan est lourd pour la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), qui est seule en première ligne depuis que les Français de l’opération Serval se sont fondus dans le dispositif régional Barkhane et se montrent moins actifs sur le terrain, même s’ils y mènent toujours des actions ponctuelles. Mal équipés et souvent mal formés, peu adaptés à la guerre du désert à l’exception des 1200 Tchadiens et des 860 Nigériens présents dans le nord du pays, les soldats des Nations-Unies qui ne disposent pas de moyens aériens et de très peu de force de projection paient aujourd’hui un lourd tribut à la lutte contre les jihadistes qui sont plus actifs que jamais. L’opération Serval, en dépit des succès notables qu’elle a remportés en portant des coups très durs aux combattants d’Aqmi, n’a pas été menée jusqu’à son terme. Le retrait progressif des troupes françaises qui n’assurent plus guère la sécurité des populations, revient à donner un grand coup de pied dans une fourmilière et à laisser les soldats de l’ONU et ceux de l’armée malienne gérer la situation intenable ainsi créée. Après avoir fait le gros dos, les groupes jihadistes qui ont attendu patiemment des jours meilleurs se sont donc reconstitués.

Qu’il est loin le temps où François Hollande pouvait proclamer fièrement à Bamako le 19 septembre 2013 « Nous avons gagné cette guerre ! ». La France a-t-elle vraiment gagné la guerre au Mali ? Oui et non … Serval, affirmait François Hollande le 15 janvier 2013, avait trois objectifs : mettre fin à « l’agression terroriste », « sécuriser Bamako » et « permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale ». Si les deux premiers ont été clairement atteints, ce dont les Maliens se félicitent, on est loin du compte en ce qui concerne le troisième ! Bien au contraire, en janvier 2013, l’armée française a interdit à l’armée malienne de prendre position dans le nord du pays pour permettre à ses protégés du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) de s’installer dans la région de Kidal.

L’imprudente visite du Premier ministre malien Moussa Mara dans la ville, le 17 mai dernier, a été perçue comme une provocation par les rebelles. Des affrontements meurtriers ont rapidement éclaté entre l’armée malienne et le MNLA qui a attaqué la délégation gouvernementale et assassiné froidement des officiels et des cadres de l’administration. La tentative désastreuse de reprise de la ville par l’armée malienne le 21 mai s’est traduite par des dizaines de morts et une débâcle militaire dont les effets se font cruellement sentir aujourd’hui. Dans certaines parties du nord du Mali, le MNLA se promène avec la bénédiction des soldats de Barkhane et de la Minusma, lève des impôts et délivre des cartes d’identité d’un soi-disant Etat de l’Azawad qu’il prétend contrôler ! Au comble du désarroi, le gouvernement malien n’a d’autre solution que de demander, comme le fait aujourd’hui Moussa Mara dans un entretien accordé à l’Opinion, que les soldats français et ceux de l’ONU aident le Mali à cantonner les rebelles. Que ne l’a-t-on fait en janvier 2013, lors de l’arrivée des troupes françaises et tchadiennes à Kidal !

Si l’on excepte Tombouctou, Gao, et quelques postes secondaires à proximité de ces deux villes, l’armée malienne a  pratiquement disparu du nord du pays où jihadistes et groupes armés rebelles font régner la terreur. Les pistes de la région de Kidal sont piégées et font régulièrement des victimes parmi les forces de maintien de la paix et les populations civiles qui n’osent plus les emprunter. Si la ville de Gao vit en paix à l’ombre des troupes françaises, onusiennes et maliennes, les villages des alentours sont aux mains du Mujao qui bénéficie de solides appuis dans une partie de[fs1]  la population locale. Beaucoup, ici, n’ont pas oublié les exactions commises par la MNLA alors qu’il avait pris le contrôle de la ville en avril 2012. La lourde défaite infligée par les islamistes aux Touaregs au mois de juin de la même année avait alors été perçue comme une délivrance, sinon un châtiment divin. La situation n’est guère meilleure dans la région de Tombouctou où des groupes liés à Aqmi et peut-être à Ansar Dine ont repris leurs activités.

Les jihadistes ont su s’adapter aux circonstances. Il n’est plus question, aujourd’hui, de lourds convois de 4X4, mais de commandos mobiles et légers qui se déplacent à moto et se fondent dans la population sans être repérés. Les mines qu’ils fabriquent et posent sur les pistes de brousse sont pratiquement indétectables et font des ravages sur des véhicules qui ne sont pas conçus pour résister à des charges explosives. La saison des pluies est désormais terminée, et plus rien ne s’oppose à la reprise des opérations de harcèlement contre les forces de la Minusma. Plus grave encore, les nouvelles méthodes de terreur initiées par l’Etat Islamique semblent faire des émules au Mali. Il y a une dizaine de jours, un Touareg suspecté d’être un informateur des forces internationales a été enlevé dans la région de Tombouctou et décapité, sa tête étant déposée sur un marché pour remplir la population d’effroi…

Rien n’indique aujourd’hui que la situation puisse s’améliorer prochainement, bien au contraire. Les négociations de paix entre les groupes rebelles et le gouvernement malien sont actuellement au point mort. Le MNLA, qui ne recule devant aucune surenchère, réclame maintenant la mise en place d’un Etat fédéral, ce qui est bien évidemment inacceptable. Le 25 septembre, la population de Bamako est descendue en masse dans la rue pour dénoncer cette folle prétention. Les rodomontades du chef d’état-major de l’armée malienne qui affirmait récemment lors d’une conférence de presse « nous sommes en mesure de répondre par les armes si le dialogue échoue » prêteraient à rire si la situation n’était aussi tragique. La solution ne viendra pas davantage d’une éventuelle intervention française en Lybie, même si celle-ci serait de nature à perturber considérablement les groupes islamistes opérant au Mali. La crise que connait le pays, en effet, a des racines internes et ne dépend pas seulement de l’intrusion d’éléments étrangers sur le territoire national ni davantage des errements bien réels de la politique menée par la France dans le pays.

Les autorités maliennes ne se montrent pas à la hauteur de la situation. Les initiatives maladroites du jeune et bouillant premier ministre nommé par le président Ibrahim Boubacar Keita sont en partie à l’origine de la situation actuelle et Moussa Mara est aujourd’hui sur un siège éjectable. Le gouvernement, pour sa part, est empêtré dans des affaires de mauvaise gestion des fonds publics, si ce n’est de corruption. La mission du Fonds monétaire international (FMI) qui a récemment visité le pays a en effet pointé du doigt l’achat de l’avion présidentiel – n’y avait-il pas d’autre priorité dans un pays exsangue ?-  et de nombreux contrats militaires manifestement surfacturés. Ils ont depuis  été dénoncés, ce qui devrait permettre la reprise des versements du FMI bloqués depuis le mois de mai.

Loin de la lumière médiatique et des feux de l’actualité, le Mali semble donc inexorablement glisser vers le chaos.

*Photo : wikicommons.

Assemblée : Madame le Président, vous exagérez!

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julien aubert mazetier parite

Dans quelques années, l’histoire retiendra qu’un 7 octobre 2014, une certaine Sandrine Mazetier prit officiellement la succession de l’Académie française, créée en 1635 par Richelieu. Par quelle ruse du destin en est-on arrivé là ? C’est bien simple. Lors d’une séance de l’Assemblée nationale, un député, Julien Aubert, s’adresse au président de séance ainsi : « Madame le Président ». Dame Mazetier préside justement la séance. Elle n’apprécie pas cette préférence accordée à la grammaire française au détriment de la parité, d’autant que le député se trouve être un dangereux récidiviste. Quelques mois auparavant, il s’était déjà adressé à elle en ces termes. Elle avait alors réagi sur un ton plutôt humoristique en le désignant ensuite « Monsieur la députée ». Mais, cette fois, à l’occasion du débat sur la loi de transition énergétique au cours duquel Julien Aubert représente le groupe UMP, elle ne laisse pas passer l’affront. Elle dégaine un rappel à l’ordre inscrit au procès-verbal, ce qui vaut au député du Vaucluse une privation d’un quart de son indemnité parlementaire. Aubert a beau expliquer qu’il applique les préconisations de l’Académie française, rien n’y fait. Ce ne sont pas des vieux cons qui vont faire la loi dans l’Assemblée nationale, n’est-ce pas ? Et bien si, justement. Depuis 1635. À l’Assemblée nationale et ailleurs, c’est l’Académie qui décide ce qui est une faute de français et de ce qui ne l’est pas. Et appeler le président de séance « Madame la présidente », c’est officiellement une faute de français. Tant qu’une loi ne vient pas déposséder l’Académie française de ses prérogatives multiséculaires (j’ai réellement peur de donner des idées à certains, là…), ce sera le cas.

Cherchant désespérément sur le site de l’Assemblée nationale l’article du règlement qui impose de féminiser les titres, étant donné que les circulaires de féminisation des titres et métiers de 1986 et 1998 ne s’appliquent pas aux chambres parlementaires mais aux administrations, nous avons contacté la présidence de l’Assemblée nationale. Et nous avons demandé sur quelle base, sur quel texte, s’appuyait cette décision de sanction. Une conseillère de Claude Bartolone nous a répondu avec une diligence remarquable. Elle nous a indiqué un article de l’instruction générale du Bureau de l’assemblée nationale. L’article 19, dans son alinéa 3 indique que « Les fonctions exercées au sein de l’Assemblée sont mentionnées avec la marque du genre commandé par la personne concernée. ». Si on ne précise que cela, Aubert est coupable, en effet. Problème, cet article 19 est titré « compte-rendu de la séance ». Il est destiné à indiquer aux fonctionnaires du Parlement les dispositions selon lesquelles doit être rédigé le fameux compte-rendu. Depuis le 14 mai 1998, les rapporteurs des débats doivent donc féminiser les titres. Mais il faut être d’une mauvaise foi crasse ou d’une incompétence juridique notoire pour y voir une injonction imposée aux parlementaires dans leurs interventions. Que le bureau de l’Assemblée nationale impose, depuis seize ans, à des fonctionnaires titulaires d’un des concours les plus difficiles de la République, de maltraiter la langue française, cela  devrait déjà interpeller. Mais là, on passe le mur du çon : un président de séance exige arbitrairement d’étendre cette injonction aux parlementaires eux-mêmes.

Claude Bartolone peut encore s’éviter un ridicule cuisant en retirant cette sanction inique. Il ne le fera malheureusement pas. Ce qui va contraindre le député Aubert à saisir le Conseil constitutionnel pour contester logiquement l’arbitraire dont il est victime. Madame Mazetier a son soutien. Il ne faut pas l’enquiquiner, Madame Mazetier ! Elle est puissante ! Elle est plus forte que l’Académie française et le Bescherelle réunis ! Il y a quelques mois, elle voulait débaptiser les écoles maternelles. Trop sexistes ! Cela avait donné l’occasion de bien s’amuser un soir sur Twitter : #jeparlelemazetier avait connu un grand succès. Si on la laissait faire, Sandrine Mazetier féminiserait tous les titres, tous les métiers. Faites gaffe, quand même : il y a des professions qui pourraient poser problème. Maître-chien, par exemple, comme me le soufflait hier ma copine Coralie Delaume.

Trêve de plaisanterie, le président de séance a le devoir d’agir dans l’intérêt général de son institution, pas en fonction de ses opinions personnelles. En sanctionnant arbitrairement le député Aubert, Sandrine Mazetier manque non seulement aux devoirs inhérents à sa charge, mais elle déconsidère le combat féministe, comme le note Lydia Guirous chez nos confrères du FigaroVox. Et puis tiens, imaginez le cauchemar : Mazetier présidente : elle enverrait le député Aubert en camp de rééducation. L’accompagneraient, votre serviteur, bien sûr, mais aussi les académiciens récalcitrants, et bien d’autres. Elle y enverrait sans doute aussi Pascal Cherki, son collègue député socialiste, qui a demandé hier au gouvernement de montrer « qu’il avait des couilles », remarque qu’elle jugerait certainement affreusement sexiste.

On sera en bonne compagnie, en camp de rééducation par le travail domestique…

*Photo :  ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00678158_000006.

L’Occident et la nouvelle donne syrienne

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syrie assad daech biden

Voilà trois mois que la guerre contre l’Etat islamique a commencé. Comme toutes les guerres qui commencent, nous ne savons pas quand elle finira. Une seule certitude, la victoire sera longue à obtenir. La barbarie djihadiste a fait l’unanimité contre elle dans la région, mais l’endoctrinement de ses combattants est tel qu’il sera très difficile d’y éradiquer complétement le djihadisme.

Après le tardif ralliement turc, une fois de plus à contretemps, Barack Obama a fini d’encercler l’Etat islamique. Le siège de Daech est en place mais le blocus connaît quelques trouées. De l’avis même de Joe Biden, toujours aussi spontané, la responsabilité de la Turquie et des pétromonarchies dans l’émergence de l’EI a compliqué la donne : « Notre plus gros problème était nos alliés dans la région, les Turcs sont de grands amis, ainsi que les Saoudiens et les résidents des Emirats arabe unis (EAU) et autres. Mais leur seul intérêt était de renverser le président syrien Bachar Al-Assad et pour cela ils ont mené une guerre par procuration entre les sunnites et les chiites et ils ont fourni des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes à tous ceux qui acceptent de lutter contre Al-Assad ». Ankara et Abou Dhabi ont moyennement apprécié.

Pour le vice-président des Etats-Unis, la lutte contre Assad a aveuglé les opposants au régime, jusqu’à soutenir l’insoutenable. Les amateurs de complotisme, selon lesquels le despote syrien se cacherait derrière les djihadistes, devront revoir leur argumentaire à l’aune de cette décoiffante déclaration à l’université de Harvard.

Pour autant, si l’offensive américaine marque le pas, les responsabilités ne sont pas uniquement à rechercher chez ses alliés, aussi peu fiables soient-ils. La stratégie aérienne du Pentagone montre ses limites. L’US Air Force appuie des peshmergas kurdes dont l’agenda militaire est strictement défensif. La destruction des centres logistiques et pétroliers oblige l’EI à se réorganiser mais guère plus. Les chiites cherchent à se défendre, mais à quoi bon libérer des sunnites qu’ils haïssent. Les Turcs sont immobiles et laissent les kurdes en première ligne. Seules les clans sunnites pourront reconquérir pied à pied le terrain perdu.

Mais il n’y aura pas de succès durable en Irak si la stratégie de la coalition n’évolue pas en Syrie, où se concentre désormais la majorité des combats. Laurent Fabius ne veut pas intervenir en Syrie parce que cela pourrait aider la dictature baathiste. Il est vrai que nos Rafales décollent de la démocratie émiratie…

Soyons sérieux, soit les Américains mettent des troupes au sol (ou au moins des hélicoptères) pour repousser définitivement les troupes d’Al-Baghdadi, soit ils laissent Bachar Al-Assad le faire à leur place. Ils ne pourront pas, et vaincre les djihadistes, et renverser Assad, sans risquer la peau des GI’s. C’est l’un ou l’autre, il faut choisir.  “La difficulté de gouverner ce n’est pas d’avoir à choisir entre une bonne  et une mauvaise solution, mais d’avoir à choisir entre deux mauvaises”, observait Richelieu. Le chaos libyen nous interpelle chaque jour; que fait-on le jour d’après? La population syrienne est fatiguée par la guerre et la révolution, elle aspire au retour et à la paix. Elle refuse de subir la théocratie islamiste. Aucune issue ne peut être écartée pour parvenir à cet objectif.

Si l’Amérique souhaite réellement l’emporter dans sa guerre contre l’EI, il faudra donc qu’elle cesse, avec la France, d’appuyer l’Armée syrienne libre qui n’existe que dans les salons des ambassades et les colonnes des journaux parisiens. Sur le terrain, l’opposition à Assad se résume à une kyrielle de milices djihadistes. Joe Biden a beau jeu d’accuser les turcs et les pays du Golfe, c’est dans des mains djihadistes que finissent les armes livrées à l’opposition dite modérée.

Après trois ans de conflit, il est temps de renouer un dialogue, aujourd’hui au point mort, avec le régime syrien. Dominique de Villepin peut agacer avec sa grandiloquence mais il est vrai qu’une solution purement militaire en Syrie ne suffira pas. Comme en Irak, il faut accompagner l’effort de guerre d’une solution politique pragmatique. Or, qu’on le veuille ou non, le parti laïc Baath est incontournable. En échange de la promesse d’un agenda démocratique à Damas, la réouverture des ambassades occidentales pourrait être un nouveau départ pour la Syrie. Il sera plus simple d’imaginer un avenir politique par la suite; la victoire contre Daech passera par Damas, c’est inévitable. Reste à convaincre ladite opposition en exil de renoncer au départ sans condition d’Assad, sous peine de traiter exclusivement avec l’opposition officielle.

Le chemin de Damas est long, gageons qu’un rayon de lumière finira par éclairer les diplomaties occidentales. Car il n’y aura pas d’avenir démocratique en Syrie sans réconciliation ou du moins sans oubli, de part et d’autre.

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21629245_000006.

Le droit du rire et de l’oubli

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hollande trierweiler merci

Autour de moi et ailleurs, les femmes qui commentent la vengeance écrite de Valérie Trierweiler se rejoignent sur un point : c’est une femme blessée. Avant même de formuler une critique de cette entreprise de basse trahison, il semble qu’elles comprennent d’instinct le lien de cause à effet qui donne à une amante quittée une « license to kill ».

Dans ces cas-là, il n’y a plus de proportion dans les ripostes ou de convention de Genève dans la guerre des sexes, il n’y a même plus ni Noire ni Blanche, ni Arabe ni Juive, ni riche ni pauvre dans la vague solidaire et compassionnelle qui emporte, avec la femme « blessée », toutes les autres.

De la mise à la porte d’un amant volage avant délestage de ses vêtements et sous-vêtement cinq étages plus bas au divorce fracassant qui laisse un « papa » plumé et grelottant au sommet d’une grue, l’infinie variété des revanches hystériques ou calculées bénéficie en milieu féminin d’une généreuse culture de l’excuse, et la charité n’est pas de mise pour ceux qui ne prennent pas Carmen au sérieux quand elle chante : « Si je t’aime prends garde à toi. »[access capability= »lire_inedits »]

Il importe peu alors que le père de famille attentif et responsable soit chassé, exclu, banni en même temps que son alter ego qui aimait les femmes ou que le président de la République, chef de l’État et des armées, morfle pour le couillon découcheur et lâcheur. En amour trahi ou fini, tout est permis. Une femme désaimée ne s’empêche pas, elle se lâche.

Voyons donc ce que Valérie nous dit, puisque nous avons la chance de vivre dans une démocratie éclairée comme un studio de télévision, à l’exact opposé de ces dictatures où les dirigeants surveillent le peuple : ici, le surveillant, c’est nous.

« Il est cynique et menteur. »

Tous ceux et toutes celles qui connaissent la musique savent avec Sacha Guitry que « le mensonge est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour passer d’une femme à une autre sans avoir d’ennuis ». Ils n’accableront pas notre président pour sa stricte observance des lois naturelles dans sa pratique de l’adultère. Mais il y a plus grave, et le plus coupable n’est pas l’accusé. Valérie ne se contente pas de nous révéler que son ex est un homme comme les autres, elle dépasse des bornes que je n’aime pas voir franchies.

« Il parle des pauvres comme des sans-dents. »

Naturellement, je me moque comme François Hollande et comme vous des pauvres et des édentés, et je suis plutôt rassuré que notre chef sache, en privé, rire de tout, même avec n’importe qui. Le plus préoccupant n’est pas que la France d’en haut méprise celle d’en bas, qui se défend bien, mais que Valérie livre François en pâture au peuple en exposant des confessions, des confidences, et le plus secret, le plus intime de leurs échanges : leurs private jokes. En déballant du privé en place publique, l’ex-première dame  nous rejoue une « plaisanterie » à la Kundera où elle serait la délatrice et nous le tribunal populaire. Elle nous entraîne dans un monde transparent qui menace le droit des amants à se moquer du monde et où la méfiance pourrait bien un jour commander des cœurs boutonnés.

Quel couple ne jouit pas d’une complicité cimentée par un échange tendre et constant de blagues racistes ? Ou sexistes ? Ou les deux ? Comme celle de la blonde dans le RER.

Quelle union ne vibre pas d’un amour espiègle quand les amants s’offrent les mots d’humour les plus « phobes » en mode homo ? Ou islamo ? Ou les deux ? Comme celle des Gazaouis gays coincés dans un tunnel ?

Pendant des siècles la tradition française a voulu que ce qui ce faisait ou se disait au lit restât au lit. Cette tradition, battue en brèche par l’indiscrétion numérique sous toutes ses formes, pourrait définitivement disparaître à cause des mauvaises manières d’une mauvaise joueuse. Si ce mode de vengeance est permis, compris, légitimé, et peut-être imité, ce sera la fin du privilège des amants à faire de l’humour sans entraves. Si la suspicion entre dans les alcôves, le doute finira par compromettre le don de soi, dans l’amour comme dans l’étreinte. Si le principe de précaution fait son entrée en conjugalité, la connivence en sortira et, avec elle, les délices de l’association de médisants, la joie des comploteurs, la complicité des pactisés. Seul le règne de la confiance autorise un dialogue amoureux qui tisse l’union des cœurs, des esprits frères et des âmes sœurs. Si les confidences les plus profondes ou les plaisanteries les plus douteuses ne sont plus en sécurité, la vie des amants pourrait bien se réduire à des passages de sel dans un monde qui en serait privé.

Alors, on me dit que ces 200 pages de bas étages, menacent l’institution présidentielle, voire la République elle-même. Elles menacent bien plus que cela. Voici pourquoi l’affaire Trierweiler contre Hollande ne doit pas faire jurisprudence, même dans l’esprit vengeur des filles blessées, pour l’honneur des femmes et le bien de tous. Et puisque le livre a du succès, qu’il reste un épouvantail plutôt qu’un exemple et que la guerre des sexes reste, bien que sans lois, un commerce loyal.

 

Si Hollande avait lu Philip Roth…

François Hollande regrette sûrement de n’avoir pas suivi les conseils d’étudiants américains mâles donnés à un autre président dans La Tache de Philip Roth:

« Si Clinton l’avait enculée, elle aurait peut être fermé sa gueule. C’est pas l’homme qu’on raconte, Clinton. S’il l’avait retournée et enculée dans le bureau Ovale, on n’en serait pas là.

–          Mais il l’a jamais dominée, il a pas pris de risques.

–          Il faut bien voir que dès qu’il est entré à la Maison-Blanche, il a cessé de dominer. Il pouvait plus. Il dominait pas Willey non plus. C’est pour ça qu’il lui en a voulu. Une fois devenu président, il a perdu cette capacité de dominer les femmes qu’il avait dans l’Arkansas. Tant qu’il a été attorney général et gouverneur d’un petit Etat obscur, ça lui allait comme un gant.

–          (…)

–          Seulement quand on arrive à la Maison-Blanche, on peut plus dominer. Miss Willey se retourne contre vous. Il aurait dû s’assurer de sa loyauté en l’enculant. C’aurait dû être un pacte entre eux. Une chose qui les aurait liés. Seulement voilà, il n’y a pas eu de pacte. »

Philip Roth, La tache, Gallimard, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, p.185.[/access]

*Photo: Jacques Brinon/AP/SIPA.AP21618263_000002

Le modèle rhénan, c’est pas de la petite bière

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Nos amis allemands qui, on le sait, ont créé un modèle vers lequel nous devons tendre de toutes nos forces en restant le regard rivé sur la ligne bleue des Vosges et des déficits, nous poussent donc à les imiter. Par exemple, comme vient de le souligner Jacques de Guillebon, la politique familiale qui se dessine nous permettra enfin, comme les Allemands, d’être un pays de septuagénaires qui bossent sur des machines-outils et ne sont pas embêtés, quand ils reviennent chez eux, par les cris d’enfants dans les écoles ou les jardins publics. Après tout, une démographie en forme, c’est souvent un handicap car les enfants sont des ingrats et les adolescents des délinquants plus ou moins allogènes. Régler le problème de la jeunesse en la faisant disparaître, on a beau dire, c’est quand même une belle politique.

Mais qu’on ne vienne pas caricaturer l’Allemagne merkéliene qui sait aussi être sociale dans son genre. Dans la ville d’Essen, par exemple, un problème récurrent va être réglé par un projet original : les alcooliques, les drogués et les SDF (en général, ça cumule souvent) vont bénéficier d’un programme de réinsertion par le travail. On leur demande en effet de nettoyer les rues de la ville pour une rémunération de 1, 25 euros de l’heure. Même au pays du « mini-job », ça ne fait pas bezef. On complètera donc cette somme par des compensations en nature : un repas chaud et…trois bouteilles de bières pour le faire passer ainsi que du tabac pour les fumeurs.

Cette idée audacieuse de fournir de l’alcool à un alcoolique pour favoriser sa réinsertion devrait aller jusqu’au bout de sa logique : il faut absolument que les drogués, qui vont finir par se sentir stigmatisés, puissent se faire un shoot avant de prendre leur balai. Encore un effort, chers amis d’Outre-Rhin, pour être vraiment à la pointe de l’Etat-Providence !

Manif pour tous : Pagaille et confusion…

manif pour tous gpa

Elle est passée par ici, elle repassera par là ! La Manif Pour Tous a encore rassemblé dimanche de nombreuses personnes sur le pavé de Paris ou d’ailleurs. Au grand étonnement de certains observateurs qui ne comprennent pas l’utilité de faire perdurer ce mouvement, alors même que la loi est votée. Au-delà des querelles de chiffres que l’on pourrait facilement régler en faisant une moyenne des deux estimations (soit près de 300 000 personnes), il est reproché à la Manif d’être un fourre-tout un peu désordonné… Une sorte d’éparpillement que les plus réticents qualifient de pagaille.

Certes, les revendications sont diverses. Et si le mot d’ordre « l’humain n’est pas une marchandise » concernait avant-hier la GPA et les dangers de la commercialisation des enfants, d’autres questions connexes appelaient à la mobilisation. Chacun défend ce qui lui tient le plus à cœur.

C’est ainsi que se sont ajoutés, lors de cette édition,  de nouveaux manifestants, nullement opposés à l’union homosexuelle, mais réellement choqués par l’idée de la GPA. Les bleu-blanc-rose de dimanche comptaient aussi des membres ulcérés par la tonte systématique des familles depuis deux ans et demi (quotient familial, suppression et baisse de certaines allocations, etc.), d’autres arc-boutés sur le retrait de la loi Taubira, d’autres encore très inquiets de retrouver à l’Education Nationale la plus virulente zélatrice de l’idéologie du genre, quelques-uns venus dire leur colère contre François Hollande. On y trouvait le catho-bon-teint, institué caricature du mouvement par la presse, mais aussi des gauchistes choqués, des musulmans atterrés, tous venus défendre une certaine idée de l’enfant et de la famille.

En admettant que tout cela soit un peu pagaille, n’est-ce pas le strict reflet de la situation d’une France qui ne sait plus où elle va ? Se trouve-t-il aujourd’hui une autorité, capable d’écouter, de prendre acte et de faire avancer le pays ? Poursuivons-nous, depuis deux ans un cap précis fait d’objectifs et de stratégies ?

Non, les gouvernants eux-mêmes semblent ballotés au gré de faits qui les dépassent largement. Du point de vue économique, ils sont dépendants d’une croissance que seule la boule de cristal présidentielle a cru déceler. Sur la sécurité du territoire en cette période éminemment dangereuse, ils ne parviennent à endiguer la fuite des jeunes vers une guerre qui n’est pas la leur, pas plus qu’à interpeller ceux qui en reviennent, déçus ou non. Notre ancien ministre de l’économie se fait chahuter sur son bilan, alors qu’il prétend conduire les destinées économiques de l’Europe. Le Premier Ministre doit sans cesse aller éteindre le feu du doute chez nos partenaires européens. Et dans un paroxysme de schizophrénie, pour apaiser la grogne au sujet de la GPA, il affirme « pas de ça chez nous», alors même que dans les faits, c’est déjà partiellement autorisé, comme en témoignent les récents jugements émis sur la question.

Et que fait l’opposition qui rit de les voir si bêtes en ce tiroir ? Elle se déchire, se divise et se tire dans les pattes, obsédée par l’échéance qu’on croirait imminente tant on en parle et reparle à longueur de talk-shows, émissions, pages politiques et interviews. La question hautement éthique de la GPA vient en outre ajouter à la confusion qui règne dans le camp de l’alternance future. Aucune ligne commune ne peut se dégager au sein de ceux, dans l’opposition, qui se destinent aux plus hautes responsabilités.

Le spectacle offert par les ténors de l’UMP ne fait qu’accroître le sentiment de désordre déjà prédominant. Le niveau auquel se situent les querelles d’individualité -faites de petites phrases, de twitts assassins, de selfies et autres attestations d’égocentrisme- donne la désagréable impression que le personnel politique est lui-même sans repère et que le marigot dans lequel il évolue a totalement perdu contact avec la réalité.

Les Français sont inquiets à tous points de vue. Comment s’étonner dès lors, qu’ils profitent d’un mouvement dédié à une cause particulière, pour crier leur angoisse sur d’autres sujets ?

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00694669_000023.

Néo-fachos et gauchos réacs

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marine le pen pensive

« Michel Onfray, fils naturel de Jean-Paul Brighelli et de Farida Belghoul ? » se demande Sandrine Chesnel dans L’ Express
Primo, démentons : Onfray a ses propres parents, qui lui suffisent — et justement, tout est parti de là, depuis trois semaines que l’auteur du Traité d’athéologie est vilipendé par la gauche bien-pensante (pléonasme !).

Il n’est pas le seul : Véronique Soulé, dans Libé, dresse une première liste de proscription : « Qu’y a-t-il de commun entre Alain Bentolila (linguiste), Jean-Paul Brighelli (professeur) et Michel Onfray (philosophe) ? Réponse: ils trouvent que l’école française n’est plus ce qu’elle était, qu’au lieu d’apprendre à lire et à écrire, elle enseigne des choses ridicules aux élèves – du genre «théorie du genre» – et que tout ça est dû à Mai 1968. Pour ceux qui n’ont déjà pas le moral, mieux vaut s’abstenir. Pour ceux qui chercheraient un débat d’idées, idem. » Mais déjà le 20 septembre Renaud Dély, dans L’Obs, dressait la liste des « Nouveaux fachos » et de leurs amis : Elisabeth Lévy, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour et Richard Millet, mis en contiguïté intellectuelle de Patrick Buisson et de Robert Ménard, sans oublier Marc-Edouard Nabe, Alain Soral et Renaud Camus — « une amicale brune », dit finement le journaliste, qui m’a rappelé ces temps déjà lointain où l’ineffable Frakowiack me reprochait de « penser brun ». Et le 3 octobre, dans le Figaro, Alexandre Devecchio en proposait une autre : « Onfray, Guilluy, Michéa : la gauche réac ?» demandait-il. Comment ? Et Natacha Polony ? Laurence de Cock, qui gère Aggiornamento, le site d’Histoire-Géographie où se con/gratule la bien-pensance, a bien voulu la mettre dans le même sac que moi. Qu’elle en soit remerciée, j’en rêvais, effectivement.
De l’ouvrage de Bentolila, j’ai déjà tout dit sur le Point.fr — et de l’excellent petit livre de géographie pratique de Guilluy, aussi. Sur Finkielkraut, j’avais exprimé ici-même tout ce que m’inspirait la campagne répugnante des belles âmes au moment de son élection à l’Académie française.
Et pour ce qui est d’Onfray, tout est parti d’un tweet ravageur et d’une interview non moins enlevée sur France Inter à propos de son dernier livre où il feint de s’apercevoir que le Divin marquis malmenait les demoiselles (et s’en faisait malmener : voir son escapade à Marseille en juin 1772). Qu’a-t-il dit de si choquant ce jour-là ? « On apprenait à lire, à écrire, à compter et à penser, dans l’école républicaine. Ce n’est plus le cas. Le gamin d’aujourd’hui qui est fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage, il ne s’en sortira pas avec l’école telle qu’elle fonctionne, parce que c’est une école qui a décidé qu’il était réactionnaire d’apprendre à lire, à écrire, à compter, etc. »
Et cela a suffi à en faire mon fils naturel (j’ai commencé tôt, visiblement, Onfray n’a jamais que six ans de moins que moi). Pourtant, comme le dit avec un soupçon de franchise Véronique Soulé à la fin de son article, « il n’a pas vraiment tort » d’affirmer que « les enfants de pauvres font les frais de l’effondrement du système d’instruction et d’éducation français. Pour les autres, les parents se substituent à l’école défaillante ».

Je suis très honoré d’être associé parfois à de grands noms de la pensée contemporaine par les tenants de l’orthodoxie hollandiste (ça existe donc) qui à force d’exclure à droite et à gauche vont se retrouver très seuls. Il fut un temps où, de Zola à Sartre en passant par Bernanos ou Camus, une certaine idée de la contestation pouvait être revendiquée par la Gauche. Mais la Gauche de Jaurès et de Blum, le Parti communiste d’Aragon, ont-ils encore quelque chose à voir avec les néo-libéraux qui s’agitent à l’Elysée, à Libé, au Monde et au Nouvel Obs? L’idée que Jean Zay se faisait de l’Ecole a-t-elle quelque chose à voir avec celle de Philippe Meirieu ou de Najat Vallaud-Belkacem?
Il faut le dire et le redire : les socialistes de salon, de hasard et de bazar, les bobos du Marais et d’ailleurs, les pédagos du SGEN, du SE-UNSA et d’EELV, les antiracistes de profession, qui refusent de voir que la stratégie de Terra Nova en 2012 pour récupérer le vote des enfants d’immigrés impliquait le déni de ce qui se passe effectivement à Marseille ou à Saint-Denis, tous sont les fourriers du FN, les idiots utiles de Marine Le Pen. Parce que c’est prioritairement le peuple qui souffre qui pâtit de leur bonne conscience. Les enfants les plus démunis, comme le dit bien Onfray (« On apprenait à lire, à écrire, à compter et à penser, dans l’école républicaine. Ce n’est plus le cas. Le gamin d’aujourd’hui qui est fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage, il ne s’en sortira pas avec l’école telle qu’elle fonctionne, parce que c’est une école qui a décidé qu’il était réactionnaire d’apprendre à lire, à écrire, à compter, etc. ») n’ont plus d’autre espoir que de confirmer les prédictions de Bourdieu : il est venu enfin, le temps des héritiers ! Grâce aux sociologues de gauche (autre pléonasme) qui n’ont eu de cesse, en dénonçant le sort fait aux plus pauvres, d’inventer des dispositifs qui enfermaient dans des ghettos scolaires les victimes des ghettos sociaux. Vous leur laissez l’espoir de s’inscrire en ZEP, pendant que vos propres enfants s’épanouissent à Henri-IV ? Eh bien, ils vont se venger et vous le faire savoir — dans la rue peut-être, dans les urnes certainement. Sur les 35% de ceux qui votent et qui voteront pour Marine, et qui constitueront 52% du second tour en 2017, combien le font et le feront par désespoir de voir leurs enfants confinés dans des réserves, au sens indien du terme ? Oui, Meirieu et ses amis — et il lui en reste, la démence pédagogique étant fort bien partagée dans l’Education nationale — sont directement responsables du glissement à l’extrême-droite de tous ceux — des millions — qui ont cru à l’ascenseur social et n’ont même plus d’escalier.

Alors, persistez à vilipender les uns, parce qu’ils seraient néo-fachos, et à vous moquer des autres, parce qu’ils seraient gaucho-réacs. Quand vous ferez le tri, vous verrez qu’il ne reste personne, rien que vous et vos amis — les misérables 12% qui ont encore un intérêt à voter pour Hollande en 2017, et qui n’auront plus que leurs yeux pour pleurer, après le second tour — juste avant que l’on vous demande des comptes. Vous récusez l’intelligence, et vous avez raison : vu ce que vous êtes, elle est la suprême insulte.

*Photo: NIKO/SIPA. 00694412_000018

Du socialisme vénézuélien à la démocratie russe

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maduro venezuela socialisme

De la démocratie en Russie

Un député de Saint-Pétersbourg, Maxime Reznik, du parti libéral Iabloko, lassé par les propositions « idiotes » émises par ses collègues de la douma, a suggéré qu’un test psychologique soit instauré pour les prochaines candidatures au parlement régional. L’heure est grave, s’alarme-t-il : « Nous croulons sous les propositions de loi complètement folles. » Il est vrai que certains de ses collègues ne semblent pas avoir la lumière à tous les étages. Pour appuyer ses propos, Reznik cite régulièrement un projet de loi « qui relève du cas clinique ». Déposé par son collègue communiste Vadim Soloviev, ce texte suggère de rétablir les cours d’« information politique » dans les écoles.[access capability= »lire_inedits »]

Une idée aussi stupide que dangereuse, sans aucun doute, mais qui comme mille autres âneries parlementaires a été retoquée illico par une copieuse majorité de députés. Le représentant de Iabloko, aveuglé par son indignation, semble avoir oublié une étape décisive du processus législatif : le vote en Assemblée. Et, surtout, il a oublié que les propositions de loi sont déposées par un élu.

Aussi abruti que celui-ci s’avère, il demeure le représentant légal d’une fraction de l’électorat. Et même si on présume que ces électeurs-là ne sont guère plus sensés que leurs élus, peut-on priver des « idiots » de leurs représentants ? Pour moi, c’est niet.

Il est tout de même piquant que ce soit un authentique anticommuniste qui ressuscite les vieux réflexes soviétiques des années 1960-1970, quand le pouvoir décrétait que ses opposants étaient tous bons pour l’asile.

Heureusement, cette lubie stalino-libérale ne verra jamais le jour : les députés ne sont pas assez cinglés pour voter cette proposition.

Par Nastia Houdiakova

 

Venezuela : socialisme et biométrie

Alors que la France rame pour essayer d’arracher un malheureux point d’inflation, le Venezuela bolivarien, modèle de « l’autre gauche » mélenchoniste, ne sait plus comment juguler la hausse des prix, qui a atteint 60 %. Les emmerdes, comme le dit Chirac, volant en escadrille, les Vénézuéliens ont concomitamment découvert les joies de la pénurie. Ce n’est bien sûr pas la faute du successeur de Chavez, le président Maduro. Non, si on ne trouve plus de quoi faire bouillir la marmite, c’est à cause de la contrebande.

Dans le paradis bolivarien, l’État subventionne une flopée de produits de première nécessité (sucre, lait, beurre, oeufs, farine, papier toilette, etc.). Des produits que de mauvais citoyens achètent en quantité déraisonnable, non pour mettre 12 sucres dans leur café ou confectionner des guirlandes de papier hygiénique, mais pour aller, honte sur eux, les revendre clandestinement sur les mercados de la Colombie voisine à des prix défiant toute concurrence.

Résultat, à Caracas, le lait est bon marché, sauf qu’on n’en trouve pas ! À l’instar de son ancêtre bolchevique, le Venezuela révolutionnaire se mobilise donc contre la pénurie généralisée. En clair, il organise le rationnement. Mais attention, le citoyen bolivarien n’est pas l’Homo sovieticus. D’après le quotidien britannique The Guardian, le président Maduro envisagerait d’instaurer un système de rationnement ultra high-tech : un dispositif de reconnaissance biométrique des empreintes digitales qui empêchera les contrebandiers contre-révolutionnaires d’acheter quotidiennement 100 litres d’huile de palme pour les brader à Bogota. On ignore comment feront les manchots, mais en revanche, on fait confiance aux trafiquants pour trouver la parade. On fait confiance aussi aux thuriféraires du régime pour dégager un bilan positif de cette expérimentation. S’ils sont en panne d’idées, j’ai des éléments de langage imparables à leur suggérer.

Moi, si j’étais bolivariste, je dirais ça : le président Chavez s’était fixé pour objectif de créer au Venezuela le « socialisme du XXIe siècle ». En inventant le rationnement du 3e millénaire, ses successeurs ont déjà rempli une bonne partie du contrat.[/access]

Par Daoud Boughezala

*Photo:  John Minchillo/AP/SIPA.AP21627803_000001

Saint Juppé, politicien et martyr

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alain juppe chirac sarkozy

Donc, Alain Juppé, 72 ans sera élu en mai 2017 Président de la République Française. Félicitations ! Il succédera ainsi à Alain Poher, Raymond Barre, Édouard Balladur, Ségolène Royal, et last but not least Dominique Strauss-Kahn. Au cimetière des ambitions perdues, plein de ceux qui, choisis par le Mainstream et les sondages avaient « désignés, proclamés, fêtés, encensés, adulés. Ils étaient élus »[1. Philippe Séguin, discours de Bondy, 30 janvier 1995]. Ces opérations qui relevaient de la prophétie auto-réalisatrice, ont toutes finalement mangé le bitume. Qu’à cela ne tienne, remettons ça. Sondages flatteurs, CV tronqué, émissions de télévision en forme de tapis rouge, et exclamations de ravissement dans les médias, y compris dans les colonnes de Causeur.

Mais pourquoi ce revival de l’aveuglement amnésique ? La réponse est simple : le retour de Nicolas Sarkozy. Sous forme humoristique, j’ai essayé ici de décrire ce qui nous attendait.

N’ayant jamais ressenti la passion, la déception, et la haine compulsive qui s’attachent à la personnalité de celui-ci, j’ai un rapport très neutre à ce qui m’apparaît comme inéluctable. La personnalité clivante de l’ancien Président nourrit cependant un réflexe évident : « Tout sauf Sarkozy ». Sentant venir la catastrophe, la gauche effondrée, essaie de repeindre Alain Juppé sous des couleurs acceptables. Le Mainstream embraye, qui n’a aucune envie de supporter à nouveau le mari de Carla Bruni. Et puis il y a aussi la bourgeoisie, qui n’a jamais vraiment apprécié le parvenu de Neuilly et ses foucades. Agglomérée aux deux premiers, elle sera l’un des importants courants qui soutiendront l’hypothèse Juppé.

Cette bourgeoisie française, même transformée aujourd’hui en oligarchie, a des intérêts de classe. Dotée de moyens, de relais, d’une grande influence culturelle, elle possède une pratique ancienne de l’intervention politique dans l’élection présidentielle. Déjà, après la grande peur de 1968, non pas du monôme étudiant, mais du mai-juin ouvrier, considérant que de Gaulle n’était plus assez fiable dans le maintien d’un système conforme à ses intérêts, elle souhaita son départ. Demandant à Valéry Giscard d’Estaing, son représentant de l’organiser. Je me rappellerai toujours son intervention télévisée, pendant la campagne du référendum d’avril 1969 et de sa phrase : « Je ne l’approuverai pas ». Le PCF, aveuglé par sa volonté d’une union avec le PS, ne vit pas la manœuvre. Grâce à l’apport de ces voix de droite, Charles de Gaulle fut congédié. Georges Pompidou, beaucoup plus rassurant, fit un intérim pour laisser la place à Giscard lui-même. L’épisode François Mitterrand fit un peu peur au début mais on s’adapta. Et la conjonction des intérêts qui avaient fabriqué Giscard se prit à rêver à l’idée de recommencer et d’installer à l’Élysée soit un de ses représentants directs, soit un politicien accommodant. Il y eut « l’économiste » Raymond Barre père la rigueur bonhomme pour l’échéance de 1988. Perdu. Chirac sèchement battu cette année-là n’apparaissait pas crédible pour 1995. Après un tour de piste un peu ridicule de Delors, les relais des puissants fabriquèrent donc Édouard Balladur. Encore perdu. En 2002,  ils auraient bien préféré Jospin le grand privatiseur. On connaît l’histoire. Ce fut donc Jacques Chirac avec 82 % des voix au second tour… En 2007, le choix imbécile des militants socialistes de Ségolène Royal, comme candidat repoussoir, était suffisant pour faire élire le candidat de droite Nicolas Sarkozy. Malheureusement, celui-ci à l’usage se révéla insupportable. Les patrons ne l’aiment pas, pour des raisons politiques, techniques mais surtout culturelles. Ce parvenu est mal embouché et politiquement parfois imprévisible.

Le rejet de l’opinion rendant sa défaite inévitable en 2012, les médias nous sortirent alors de leur chapeau un néolibéral chimiquement pur membre par surcroît du Parti socialiste, qualité souhaitable pour mieux faire passer les purges. Même sans Nafissatou Diallo, DSK – caricature de l’establishment – aurait été battu. Justement à cause du caractère artificiel de son intronisation. Comme l’a encore démontré le référendum sur le TCE de 2005, le peuple ne fait pas toujours ce qu’on lui demande. Caramba, encore raté ! Ce fut donc François Hollande dont la soumission au capitalisme financier et à l’Europe des marchés ne pouvait effaroucher personne dans les couches dirigeantes. Mais dont trahison des engagements et inadaptation  pathétique à la fonction sont la source d’une impopularité rédhibitoire.

La défaite de la gauche en 2017 étant écrite, qui à droite pour succéder à Hollande, se demandent en chœur l’establishment, les grands patrons et la gauche molle? Patatras, voilà le parvenu de Neuilly qui rapplique! Panique à bord. Dites les juges, vite vite il faut nous en débarrasser ! L’affaire des écoutes a du plomb dans l’aile. Alors, lancement de toute urgence du missile tenu en réserve : Bygmalion. Problème, il n’y a aucune chance d’obtenir une condamnation de Nicolas Sarkozy assortie d’une inéligibilité avant mai 2017. La solution de repli, c’est de lui opposer un candidat crédible. Alors malgré ses 72 ans, ce sera Alain Juppé. Qui entend bien profiter de l’aubaine.

Mais, en fait, qui est Alain Juppé ? Brillant apparatchik du RPR dans les années 80, Jacques Chirac en  fit un maire-adjoint de Paris chargé des finances et de la gestion du domaine privé. C’est dire s’il fut aux premières loges… Il bénéficiera de tous les avantages liés à la fonction. Ce qui lui valut quelques soucis de logement qu’il a toujours considéré comme très injustes. Car un vif sentiment de sa supériorité intellectuelle, provoque chez lui une certaine ingénuité. Il soutint très mollement Jacques Chirac à l’automne 94, et s’apprêta à rejoindre Balladur en février 95 persuadé que le manche était de ce côté. C’est Philippe Séguin qui, portant la campagne de Chirac à bout de bras, le convaincant de la ligne de la « fracture sociale », inversa la tendance et permit en mars le fameux « croisement des courbes ». Sans beaucoup de scrupules, Alain Juppé changea à nouveau de trottoir. On connaît la suite, à celui qui fut l’artisan de sa victoire, et qui lui avait dit entre les deux tours : « n’oublie pas le pacte républicain… n’oublie pas ce peuple qui t’aura fait confiance et dont tu seras le seul recours… », Chirac préférera comme Premier ministre « l’apparatchik froid et qui n’aime pas les gens ». Le goujat insensible virant sans un mot et brutalement les « jupettes », ces ministres féminins que l’on avait sollicitées pour la galerie. Qui se fracassera ensuite sur les grèves de décembre 95. Par absence de sensibilité sociale, il ne les comprendra pas et poursuivra dans une sorte de voie autiste, concoctant avec Dominique de Villepin la dissolution de 1997. Rappelons-nous son humiliation entre les deux tours des législatives annonçant qu’il ne serait plus le premier ministre, si la droite l’emportait, passant en vain la main à Philippe Seguin. Trop tard pour éviter cinq ans de cohabitation à Jacques Chirac.

On nous ressert aujourd’hui la calembredaine de sa « condamnation sacrifice » au profit de Jacques Chirac. Cela ne correspond pas à la réalité. Alain Juppé fut poursuivi ès qualités de patron du RPR qu’il cumulait avec son poste de Premier Ministre. La loi de 1990 sur le financement des partis, avait été modifiée en 1995. Ce qui lui fut essentiellement reproché était de ne pas avoir mis les choses en ordre après ce nouveau texte. C’était sa propre responsabilité. Il a ensuite été victime d’une stratégie judiciaire suicidaire. Se présentant en première instance sur une ligne de rupture arrogante opposant sa légitimité politique au pouvoir des juges. Il y obtint une condamnation sévère qu’il ne fut pas possible de rattraper en appel. Après une courte traversée du désert, élection sans risque à la mairie de Bordeaux dans le siège encore chaud de Jacques Chaban-Delmas. Avant une spectaculaire défaite aux législatives en pleine vague bleue de 2007.

Alors on me dit ici qu’il a fait Normale Sup. Pensant immédiatement à BHL ou à Christophe Barbier, l’argument me laisse froid. Ensuite, qu’il ne fait pas de fautes de français. Encore heureux ! Après que l’État lui a financé deux grandes écoles (ENS, ENA) il ne manquerait plus qu’il massacre notre langue, comme un vulgaire Sarkozy ou une ouvrière de chez Gad !

Contrairement à ce que pourrait laisser penser cet article, je n’ai rien de spécial contre Alain Juppé. Ce que je déplore, c’est une nouvelle manipulation voulue par cet assemblage d’intérêts convergents  et reposant sur de gros moyens. Prenant les gens pour des imbéciles et des amnésiques. Et, comme les précédentes du même type, elle échouera. L’élection présidentielle en France, la mère de toutes les batailles, se déroule toujours sur des bases politiques. Parce qu’aussi imparfait soit le peuple, dans cette élection c’est lui qui décide. Et ce ne sont pas toujours les stratégies décidées dans les salons qui l’emportent.

Et il vaut mieux se préparer au scénario qui se profile, aussi pénible soit-il. Quel que soit son candidat, la gauche divisée sera laminée. Nicolas Sarkozy, qui aura récupéré l’UMP, ficelé les primaires, profitant de son savoir-faire et du relais indispensable d’un parti en ordre de bataille devrait quand même arriver à faire 20 % au premier tour. Il n’aura pas besoin de l’élan populaire dont il profita en 2007, et qu’il conserva en partie en 2012. En 2002, Jacques Chirac avait fait 19 % au premier tour et 82% au second…

Nicolas Sarkozy sera au second tour où il battra Marine Le Pen probablement arrivée en tête au premier. Le pire était que ce scénario était inscrit dans l’élection de François Hollande le 6 mai 2012.

*Photo : HARSIN ISA/SIPA. 00693489_000052. 

Maroc : deux rois pour le prix d’un!

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Le Maroc est un pays plein de sable, où prospèrent le marocain, la marocaine, le soleil, le hérisson du désert, le chacal doré, le figuier, le dattier commun et le tajine aux légumes. Les marocains ont un roi qui s’appelle Mohammed n°6, qui a fait le choix de naître en 1963 – à l’instar de Laurent Ruquier et Elie Semoun. Le Maroc est un pays si plein de charmes que beaucoup de français y passent leurs congés payés, et que les cinéastes du monde entier y viennent tourner leurs films pour un rapport coût/soleil imbattable. Inutile d’évoquer le scandaleux comportement du pouvoir avec ses opposants, puisque Jamel Debbouze organise chaque année le « Marrakech du rire » dans la ville ocre. On vous dit que c’est sympa ! On a appris il y a quelques jours que les marocains sont parfois des blagueurs des blagueurs imprudents… en effet, un sosie du roi a écopé de trois ans de prison ferme pour s’être fait acclamer publiquement par la foule. Profitant de sa ressemblance avec le roi, indique l’AFP, Nabil Sbaï, 30 ans, au volant d’une voiture de luxe, a laissé des policiers lui ouvrir la route et des badauds l’acclamer sur son passage. La police a rapidement découvert la supercherie et une enquête a été ouverte » D’après des sources policières le jeune-homme n’en était pas à son coup d’essai et devenait même coutumier du fait de saluer les gens par la fenêtre de son véhicule ou encore de se laisser photographier. « J’aime le roi et j’aime imiter ses tenues vestimentaires. Je ne suis pas un escroc », s’est défendu le plaisantin, vraisemblablement sincère.

Les histoires de sosies sont souvent riches de péripéties haletantes. On se souvient de ce fait divers croustillant ayant impliqué à Epinal (bonjour l’imagerie !) les sosies de Serge Gainsbourg et Johnny Hallyday… l’homme à la tête de chou ayant poignardé le chanteur de Retiens la nuit pour des raisons nébuleuses, que la raison réprouve. Les sosies sont partout dans l’histoire politique. Saddam Hussein, ex-président irakien, envoyait ses sosies aux  cérémonies officielles les plus ennuyeuses, afin de pouvoir batifoler avec les fleurs du désert ou regarder ces cérémonies à la télé chez lui. Reste à savoir qui est actuellement au Palais de l’Elysée… François Hollande, ou son sosie ? Je mets mon dollar sur le sosie. Le vrai profite certainement de la vie sous le soleil corrézien…

Mali : Jihad et anarchie

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mali aqmi onu serval

mali aqmi onu serval

Après dix casques bleus tchadiens victimes de mines en septembre dans la région de Kidal, neuf autres, originaires du Niger, tombés dans une embuscade menée par le Mujao entre Ménaka et Assongo le vendredi 3 octobre, un soldat sénégalais a encore été tué  hier à Kidal lors de l’attaque à la roquette d’un camp de l’ONU. Vingt morts en un peu plus d’un mois ! Le bilan est lourd pour la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), qui est seule en première ligne depuis que les Français de l’opération Serval se sont fondus dans le dispositif régional Barkhane et se montrent moins actifs sur le terrain, même s’ils y mènent toujours des actions ponctuelles. Mal équipés et souvent mal formés, peu adaptés à la guerre du désert à l’exception des 1200 Tchadiens et des 860 Nigériens présents dans le nord du pays, les soldats des Nations-Unies qui ne disposent pas de moyens aériens et de très peu de force de projection paient aujourd’hui un lourd tribut à la lutte contre les jihadistes qui sont plus actifs que jamais. L’opération Serval, en dépit des succès notables qu’elle a remportés en portant des coups très durs aux combattants d’Aqmi, n’a pas été menée jusqu’à son terme. Le retrait progressif des troupes françaises qui n’assurent plus guère la sécurité des populations, revient à donner un grand coup de pied dans une fourmilière et à laisser les soldats de l’ONU et ceux de l’armée malienne gérer la situation intenable ainsi créée. Après avoir fait le gros dos, les groupes jihadistes qui ont attendu patiemment des jours meilleurs se sont donc reconstitués.

Qu’il est loin le temps où François Hollande pouvait proclamer fièrement à Bamako le 19 septembre 2013 « Nous avons gagné cette guerre ! ». La France a-t-elle vraiment gagné la guerre au Mali ? Oui et non … Serval, affirmait François Hollande le 15 janvier 2013, avait trois objectifs : mettre fin à « l’agression terroriste », « sécuriser Bamako » et « permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale ». Si les deux premiers ont été clairement atteints, ce dont les Maliens se félicitent, on est loin du compte en ce qui concerne le troisième ! Bien au contraire, en janvier 2013, l’armée française a interdit à l’armée malienne de prendre position dans le nord du pays pour permettre à ses protégés du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) de s’installer dans la région de Kidal.

L’imprudente visite du Premier ministre malien Moussa Mara dans la ville, le 17 mai dernier, a été perçue comme une provocation par les rebelles. Des affrontements meurtriers ont rapidement éclaté entre l’armée malienne et le MNLA qui a attaqué la délégation gouvernementale et assassiné froidement des officiels et des cadres de l’administration. La tentative désastreuse de reprise de la ville par l’armée malienne le 21 mai s’est traduite par des dizaines de morts et une débâcle militaire dont les effets se font cruellement sentir aujourd’hui. Dans certaines parties du nord du Mali, le MNLA se promène avec la bénédiction des soldats de Barkhane et de la Minusma, lève des impôts et délivre des cartes d’identité d’un soi-disant Etat de l’Azawad qu’il prétend contrôler ! Au comble du désarroi, le gouvernement malien n’a d’autre solution que de demander, comme le fait aujourd’hui Moussa Mara dans un entretien accordé à l’Opinion, que les soldats français et ceux de l’ONU aident le Mali à cantonner les rebelles. Que ne l’a-t-on fait en janvier 2013, lors de l’arrivée des troupes françaises et tchadiennes à Kidal !

Si l’on excepte Tombouctou, Gao, et quelques postes secondaires à proximité de ces deux villes, l’armée malienne a  pratiquement disparu du nord du pays où jihadistes et groupes armés rebelles font régner la terreur. Les pistes de la région de Kidal sont piégées et font régulièrement des victimes parmi les forces de maintien de la paix et les populations civiles qui n’osent plus les emprunter. Si la ville de Gao vit en paix à l’ombre des troupes françaises, onusiennes et maliennes, les villages des alentours sont aux mains du Mujao qui bénéficie de solides appuis dans une partie de[fs1]  la population locale. Beaucoup, ici, n’ont pas oublié les exactions commises par la MNLA alors qu’il avait pris le contrôle de la ville en avril 2012. La lourde défaite infligée par les islamistes aux Touaregs au mois de juin de la même année avait alors été perçue comme une délivrance, sinon un châtiment divin. La situation n’est guère meilleure dans la région de Tombouctou où des groupes liés à Aqmi et peut-être à Ansar Dine ont repris leurs activités.

Les jihadistes ont su s’adapter aux circonstances. Il n’est plus question, aujourd’hui, de lourds convois de 4X4, mais de commandos mobiles et légers qui se déplacent à moto et se fondent dans la population sans être repérés. Les mines qu’ils fabriquent et posent sur les pistes de brousse sont pratiquement indétectables et font des ravages sur des véhicules qui ne sont pas conçus pour résister à des charges explosives. La saison des pluies est désormais terminée, et plus rien ne s’oppose à la reprise des opérations de harcèlement contre les forces de la Minusma. Plus grave encore, les nouvelles méthodes de terreur initiées par l’Etat Islamique semblent faire des émules au Mali. Il y a une dizaine de jours, un Touareg suspecté d’être un informateur des forces internationales a été enlevé dans la région de Tombouctou et décapité, sa tête étant déposée sur un marché pour remplir la population d’effroi…

Rien n’indique aujourd’hui que la situation puisse s’améliorer prochainement, bien au contraire. Les négociations de paix entre les groupes rebelles et le gouvernement malien sont actuellement au point mort. Le MNLA, qui ne recule devant aucune surenchère, réclame maintenant la mise en place d’un Etat fédéral, ce qui est bien évidemment inacceptable. Le 25 septembre, la population de Bamako est descendue en masse dans la rue pour dénoncer cette folle prétention. Les rodomontades du chef d’état-major de l’armée malienne qui affirmait récemment lors d’une conférence de presse « nous sommes en mesure de répondre par les armes si le dialogue échoue » prêteraient à rire si la situation n’était aussi tragique. La solution ne viendra pas davantage d’une éventuelle intervention française en Lybie, même si celle-ci serait de nature à perturber considérablement les groupes islamistes opérant au Mali. La crise que connait le pays, en effet, a des racines internes et ne dépend pas seulement de l’intrusion d’éléments étrangers sur le territoire national ni davantage des errements bien réels de la politique menée par la France dans le pays.

Les autorités maliennes ne se montrent pas à la hauteur de la situation. Les initiatives maladroites du jeune et bouillant premier ministre nommé par le président Ibrahim Boubacar Keita sont en partie à l’origine de la situation actuelle et Moussa Mara est aujourd’hui sur un siège éjectable. Le gouvernement, pour sa part, est empêtré dans des affaires de mauvaise gestion des fonds publics, si ce n’est de corruption. La mission du Fonds monétaire international (FMI) qui a récemment visité le pays a en effet pointé du doigt l’achat de l’avion présidentiel – n’y avait-il pas d’autre priorité dans un pays exsangue ?-  et de nombreux contrats militaires manifestement surfacturés. Ils ont depuis  été dénoncés, ce qui devrait permettre la reprise des versements du FMI bloqués depuis le mois de mai.

Loin de la lumière médiatique et des feux de l’actualité, le Mali semble donc inexorablement glisser vers le chaos.

*Photo : wikicommons.

Assemblée : Madame le Président, vous exagérez!

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julien aubert mazetier parite

julien aubert mazetier parite

Dans quelques années, l’histoire retiendra qu’un 7 octobre 2014, une certaine Sandrine Mazetier prit officiellement la succession de l’Académie française, créée en 1635 par Richelieu. Par quelle ruse du destin en est-on arrivé là ? C’est bien simple. Lors d’une séance de l’Assemblée nationale, un député, Julien Aubert, s’adresse au président de séance ainsi : « Madame le Président ». Dame Mazetier préside justement la séance. Elle n’apprécie pas cette préférence accordée à la grammaire française au détriment de la parité, d’autant que le député se trouve être un dangereux récidiviste. Quelques mois auparavant, il s’était déjà adressé à elle en ces termes. Elle avait alors réagi sur un ton plutôt humoristique en le désignant ensuite « Monsieur la députée ». Mais, cette fois, à l’occasion du débat sur la loi de transition énergétique au cours duquel Julien Aubert représente le groupe UMP, elle ne laisse pas passer l’affront. Elle dégaine un rappel à l’ordre inscrit au procès-verbal, ce qui vaut au député du Vaucluse une privation d’un quart de son indemnité parlementaire. Aubert a beau expliquer qu’il applique les préconisations de l’Académie française, rien n’y fait. Ce ne sont pas des vieux cons qui vont faire la loi dans l’Assemblée nationale, n’est-ce pas ? Et bien si, justement. Depuis 1635. À l’Assemblée nationale et ailleurs, c’est l’Académie qui décide ce qui est une faute de français et de ce qui ne l’est pas. Et appeler le président de séance « Madame la présidente », c’est officiellement une faute de français. Tant qu’une loi ne vient pas déposséder l’Académie française de ses prérogatives multiséculaires (j’ai réellement peur de donner des idées à certains, là…), ce sera le cas.

Cherchant désespérément sur le site de l’Assemblée nationale l’article du règlement qui impose de féminiser les titres, étant donné que les circulaires de féminisation des titres et métiers de 1986 et 1998 ne s’appliquent pas aux chambres parlementaires mais aux administrations, nous avons contacté la présidence de l’Assemblée nationale. Et nous avons demandé sur quelle base, sur quel texte, s’appuyait cette décision de sanction. Une conseillère de Claude Bartolone nous a répondu avec une diligence remarquable. Elle nous a indiqué un article de l’instruction générale du Bureau de l’assemblée nationale. L’article 19, dans son alinéa 3 indique que « Les fonctions exercées au sein de l’Assemblée sont mentionnées avec la marque du genre commandé par la personne concernée. ». Si on ne précise que cela, Aubert est coupable, en effet. Problème, cet article 19 est titré « compte-rendu de la séance ». Il est destiné à indiquer aux fonctionnaires du Parlement les dispositions selon lesquelles doit être rédigé le fameux compte-rendu. Depuis le 14 mai 1998, les rapporteurs des débats doivent donc féminiser les titres. Mais il faut être d’une mauvaise foi crasse ou d’une incompétence juridique notoire pour y voir une injonction imposée aux parlementaires dans leurs interventions. Que le bureau de l’Assemblée nationale impose, depuis seize ans, à des fonctionnaires titulaires d’un des concours les plus difficiles de la République, de maltraiter la langue française, cela  devrait déjà interpeller. Mais là, on passe le mur du çon : un président de séance exige arbitrairement d’étendre cette injonction aux parlementaires eux-mêmes.

Claude Bartolone peut encore s’éviter un ridicule cuisant en retirant cette sanction inique. Il ne le fera malheureusement pas. Ce qui va contraindre le député Aubert à saisir le Conseil constitutionnel pour contester logiquement l’arbitraire dont il est victime. Madame Mazetier a son soutien. Il ne faut pas l’enquiquiner, Madame Mazetier ! Elle est puissante ! Elle est plus forte que l’Académie française et le Bescherelle réunis ! Il y a quelques mois, elle voulait débaptiser les écoles maternelles. Trop sexistes ! Cela avait donné l’occasion de bien s’amuser un soir sur Twitter : #jeparlelemazetier avait connu un grand succès. Si on la laissait faire, Sandrine Mazetier féminiserait tous les titres, tous les métiers. Faites gaffe, quand même : il y a des professions qui pourraient poser problème. Maître-chien, par exemple, comme me le soufflait hier ma copine Coralie Delaume.

Trêve de plaisanterie, le président de séance a le devoir d’agir dans l’intérêt général de son institution, pas en fonction de ses opinions personnelles. En sanctionnant arbitrairement le député Aubert, Sandrine Mazetier manque non seulement aux devoirs inhérents à sa charge, mais elle déconsidère le combat féministe, comme le note Lydia Guirous chez nos confrères du FigaroVox. Et puis tiens, imaginez le cauchemar : Mazetier présidente : elle enverrait le député Aubert en camp de rééducation. L’accompagneraient, votre serviteur, bien sûr, mais aussi les académiciens récalcitrants, et bien d’autres. Elle y enverrait sans doute aussi Pascal Cherki, son collègue député socialiste, qui a demandé hier au gouvernement de montrer « qu’il avait des couilles », remarque qu’elle jugerait certainement affreusement sexiste.

On sera en bonne compagnie, en camp de rééducation par le travail domestique…

*Photo :  ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00678158_000006.

L’Occident et la nouvelle donne syrienne

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syrie assad daech biden

syrie assad daech biden

Voilà trois mois que la guerre contre l’Etat islamique a commencé. Comme toutes les guerres qui commencent, nous ne savons pas quand elle finira. Une seule certitude, la victoire sera longue à obtenir. La barbarie djihadiste a fait l’unanimité contre elle dans la région, mais l’endoctrinement de ses combattants est tel qu’il sera très difficile d’y éradiquer complétement le djihadisme.

Après le tardif ralliement turc, une fois de plus à contretemps, Barack Obama a fini d’encercler l’Etat islamique. Le siège de Daech est en place mais le blocus connaît quelques trouées. De l’avis même de Joe Biden, toujours aussi spontané, la responsabilité de la Turquie et des pétromonarchies dans l’émergence de l’EI a compliqué la donne : « Notre plus gros problème était nos alliés dans la région, les Turcs sont de grands amis, ainsi que les Saoudiens et les résidents des Emirats arabe unis (EAU) et autres. Mais leur seul intérêt était de renverser le président syrien Bachar Al-Assad et pour cela ils ont mené une guerre par procuration entre les sunnites et les chiites et ils ont fourni des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes à tous ceux qui acceptent de lutter contre Al-Assad ». Ankara et Abou Dhabi ont moyennement apprécié.

Pour le vice-président des Etats-Unis, la lutte contre Assad a aveuglé les opposants au régime, jusqu’à soutenir l’insoutenable. Les amateurs de complotisme, selon lesquels le despote syrien se cacherait derrière les djihadistes, devront revoir leur argumentaire à l’aune de cette décoiffante déclaration à l’université de Harvard.

Pour autant, si l’offensive américaine marque le pas, les responsabilités ne sont pas uniquement à rechercher chez ses alliés, aussi peu fiables soient-ils. La stratégie aérienne du Pentagone montre ses limites. L’US Air Force appuie des peshmergas kurdes dont l’agenda militaire est strictement défensif. La destruction des centres logistiques et pétroliers oblige l’EI à se réorganiser mais guère plus. Les chiites cherchent à se défendre, mais à quoi bon libérer des sunnites qu’ils haïssent. Les Turcs sont immobiles et laissent les kurdes en première ligne. Seules les clans sunnites pourront reconquérir pied à pied le terrain perdu.

Mais il n’y aura pas de succès durable en Irak si la stratégie de la coalition n’évolue pas en Syrie, où se concentre désormais la majorité des combats. Laurent Fabius ne veut pas intervenir en Syrie parce que cela pourrait aider la dictature baathiste. Il est vrai que nos Rafales décollent de la démocratie émiratie…

Soyons sérieux, soit les Américains mettent des troupes au sol (ou au moins des hélicoptères) pour repousser définitivement les troupes d’Al-Baghdadi, soit ils laissent Bachar Al-Assad le faire à leur place. Ils ne pourront pas, et vaincre les djihadistes, et renverser Assad, sans risquer la peau des GI’s. C’est l’un ou l’autre, il faut choisir.  “La difficulté de gouverner ce n’est pas d’avoir à choisir entre une bonne  et une mauvaise solution, mais d’avoir à choisir entre deux mauvaises”, observait Richelieu. Le chaos libyen nous interpelle chaque jour; que fait-on le jour d’après? La population syrienne est fatiguée par la guerre et la révolution, elle aspire au retour et à la paix. Elle refuse de subir la théocratie islamiste. Aucune issue ne peut être écartée pour parvenir à cet objectif.

Si l’Amérique souhaite réellement l’emporter dans sa guerre contre l’EI, il faudra donc qu’elle cesse, avec la France, d’appuyer l’Armée syrienne libre qui n’existe que dans les salons des ambassades et les colonnes des journaux parisiens. Sur le terrain, l’opposition à Assad se résume à une kyrielle de milices djihadistes. Joe Biden a beau jeu d’accuser les turcs et les pays du Golfe, c’est dans des mains djihadistes que finissent les armes livrées à l’opposition dite modérée.

Après trois ans de conflit, il est temps de renouer un dialogue, aujourd’hui au point mort, avec le régime syrien. Dominique de Villepin peut agacer avec sa grandiloquence mais il est vrai qu’une solution purement militaire en Syrie ne suffira pas. Comme en Irak, il faut accompagner l’effort de guerre d’une solution politique pragmatique. Or, qu’on le veuille ou non, le parti laïc Baath est incontournable. En échange de la promesse d’un agenda démocratique à Damas, la réouverture des ambassades occidentales pourrait être un nouveau départ pour la Syrie. Il sera plus simple d’imaginer un avenir politique par la suite; la victoire contre Daech passera par Damas, c’est inévitable. Reste à convaincre ladite opposition en exil de renoncer au départ sans condition d’Assad, sous peine de traiter exclusivement avec l’opposition officielle.

Le chemin de Damas est long, gageons qu’un rayon de lumière finira par éclairer les diplomaties occidentales. Car il n’y aura pas d’avenir démocratique en Syrie sans réconciliation ou du moins sans oubli, de part et d’autre.

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21629245_000006.

Le droit du rire et de l’oubli

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hollande trierweiler merci

hollande trierweiler merci

Autour de moi et ailleurs, les femmes qui commentent la vengeance écrite de Valérie Trierweiler se rejoignent sur un point : c’est une femme blessée. Avant même de formuler une critique de cette entreprise de basse trahison, il semble qu’elles comprennent d’instinct le lien de cause à effet qui donne à une amante quittée une « license to kill ».

Dans ces cas-là, il n’y a plus de proportion dans les ripostes ou de convention de Genève dans la guerre des sexes, il n’y a même plus ni Noire ni Blanche, ni Arabe ni Juive, ni riche ni pauvre dans la vague solidaire et compassionnelle qui emporte, avec la femme « blessée », toutes les autres.

De la mise à la porte d’un amant volage avant délestage de ses vêtements et sous-vêtement cinq étages plus bas au divorce fracassant qui laisse un « papa » plumé et grelottant au sommet d’une grue, l’infinie variété des revanches hystériques ou calculées bénéficie en milieu féminin d’une généreuse culture de l’excuse, et la charité n’est pas de mise pour ceux qui ne prennent pas Carmen au sérieux quand elle chante : « Si je t’aime prends garde à toi. »[access capability= »lire_inedits »]

Il importe peu alors que le père de famille attentif et responsable soit chassé, exclu, banni en même temps que son alter ego qui aimait les femmes ou que le président de la République, chef de l’État et des armées, morfle pour le couillon découcheur et lâcheur. En amour trahi ou fini, tout est permis. Une femme désaimée ne s’empêche pas, elle se lâche.

Voyons donc ce que Valérie nous dit, puisque nous avons la chance de vivre dans une démocratie éclairée comme un studio de télévision, à l’exact opposé de ces dictatures où les dirigeants surveillent le peuple : ici, le surveillant, c’est nous.

« Il est cynique et menteur. »

Tous ceux et toutes celles qui connaissent la musique savent avec Sacha Guitry que « le mensonge est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour passer d’une femme à une autre sans avoir d’ennuis ». Ils n’accableront pas notre président pour sa stricte observance des lois naturelles dans sa pratique de l’adultère. Mais il y a plus grave, et le plus coupable n’est pas l’accusé. Valérie ne se contente pas de nous révéler que son ex est un homme comme les autres, elle dépasse des bornes que je n’aime pas voir franchies.

« Il parle des pauvres comme des sans-dents. »

Naturellement, je me moque comme François Hollande et comme vous des pauvres et des édentés, et je suis plutôt rassuré que notre chef sache, en privé, rire de tout, même avec n’importe qui. Le plus préoccupant n’est pas que la France d’en haut méprise celle d’en bas, qui se défend bien, mais que Valérie livre François en pâture au peuple en exposant des confessions, des confidences, et le plus secret, le plus intime de leurs échanges : leurs private jokes. En déballant du privé en place publique, l’ex-première dame  nous rejoue une « plaisanterie » à la Kundera où elle serait la délatrice et nous le tribunal populaire. Elle nous entraîne dans un monde transparent qui menace le droit des amants à se moquer du monde et où la méfiance pourrait bien un jour commander des cœurs boutonnés.

Quel couple ne jouit pas d’une complicité cimentée par un échange tendre et constant de blagues racistes ? Ou sexistes ? Ou les deux ? Comme celle de la blonde dans le RER.

Quelle union ne vibre pas d’un amour espiègle quand les amants s’offrent les mots d’humour les plus « phobes » en mode homo ? Ou islamo ? Ou les deux ? Comme celle des Gazaouis gays coincés dans un tunnel ?

Pendant des siècles la tradition française a voulu que ce qui ce faisait ou se disait au lit restât au lit. Cette tradition, battue en brèche par l’indiscrétion numérique sous toutes ses formes, pourrait définitivement disparaître à cause des mauvaises manières d’une mauvaise joueuse. Si ce mode de vengeance est permis, compris, légitimé, et peut-être imité, ce sera la fin du privilège des amants à faire de l’humour sans entraves. Si la suspicion entre dans les alcôves, le doute finira par compromettre le don de soi, dans l’amour comme dans l’étreinte. Si le principe de précaution fait son entrée en conjugalité, la connivence en sortira et, avec elle, les délices de l’association de médisants, la joie des comploteurs, la complicité des pactisés. Seul le règne de la confiance autorise un dialogue amoureux qui tisse l’union des cœurs, des esprits frères et des âmes sœurs. Si les confidences les plus profondes ou les plaisanteries les plus douteuses ne sont plus en sécurité, la vie des amants pourrait bien se réduire à des passages de sel dans un monde qui en serait privé.

Alors, on me dit que ces 200 pages de bas étages, menacent l’institution présidentielle, voire la République elle-même. Elles menacent bien plus que cela. Voici pourquoi l’affaire Trierweiler contre Hollande ne doit pas faire jurisprudence, même dans l’esprit vengeur des filles blessées, pour l’honneur des femmes et le bien de tous. Et puisque le livre a du succès, qu’il reste un épouvantail plutôt qu’un exemple et que la guerre des sexes reste, bien que sans lois, un commerce loyal.

 

Si Hollande avait lu Philip Roth…

François Hollande regrette sûrement de n’avoir pas suivi les conseils d’étudiants américains mâles donnés à un autre président dans La Tache de Philip Roth:

« Si Clinton l’avait enculée, elle aurait peut être fermé sa gueule. C’est pas l’homme qu’on raconte, Clinton. S’il l’avait retournée et enculée dans le bureau Ovale, on n’en serait pas là.

–          Mais il l’a jamais dominée, il a pas pris de risques.

–          Il faut bien voir que dès qu’il est entré à la Maison-Blanche, il a cessé de dominer. Il pouvait plus. Il dominait pas Willey non plus. C’est pour ça qu’il lui en a voulu. Une fois devenu président, il a perdu cette capacité de dominer les femmes qu’il avait dans l’Arkansas. Tant qu’il a été attorney général et gouverneur d’un petit Etat obscur, ça lui allait comme un gant.

–          (…)

–          Seulement quand on arrive à la Maison-Blanche, on peut plus dominer. Miss Willey se retourne contre vous. Il aurait dû s’assurer de sa loyauté en l’enculant. C’aurait dû être un pacte entre eux. Une chose qui les aurait liés. Seulement voilà, il n’y a pas eu de pacte. »

Philip Roth, La tache, Gallimard, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, p.185.[/access]

*Photo: Jacques Brinon/AP/SIPA.AP21618263_000002

Le modèle rhénan, c’est pas de la petite bière

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Nos amis allemands qui, on le sait, ont créé un modèle vers lequel nous devons tendre de toutes nos forces en restant le regard rivé sur la ligne bleue des Vosges et des déficits, nous poussent donc à les imiter. Par exemple, comme vient de le souligner Jacques de Guillebon, la politique familiale qui se dessine nous permettra enfin, comme les Allemands, d’être un pays de septuagénaires qui bossent sur des machines-outils et ne sont pas embêtés, quand ils reviennent chez eux, par les cris d’enfants dans les écoles ou les jardins publics. Après tout, une démographie en forme, c’est souvent un handicap car les enfants sont des ingrats et les adolescents des délinquants plus ou moins allogènes. Régler le problème de la jeunesse en la faisant disparaître, on a beau dire, c’est quand même une belle politique.

Mais qu’on ne vienne pas caricaturer l’Allemagne merkéliene qui sait aussi être sociale dans son genre. Dans la ville d’Essen, par exemple, un problème récurrent va être réglé par un projet original : les alcooliques, les drogués et les SDF (en général, ça cumule souvent) vont bénéficier d’un programme de réinsertion par le travail. On leur demande en effet de nettoyer les rues de la ville pour une rémunération de 1, 25 euros de l’heure. Même au pays du « mini-job », ça ne fait pas bezef. On complètera donc cette somme par des compensations en nature : un repas chaud et…trois bouteilles de bières pour le faire passer ainsi que du tabac pour les fumeurs.

Cette idée audacieuse de fournir de l’alcool à un alcoolique pour favoriser sa réinsertion devrait aller jusqu’au bout de sa logique : il faut absolument que les drogués, qui vont finir par se sentir stigmatisés, puissent se faire un shoot avant de prendre leur balai. Encore un effort, chers amis d’Outre-Rhin, pour être vraiment à la pointe de l’Etat-Providence !

Manif pour tous : Pagaille et confusion…

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manif pour tous gpa

manif pour tous gpa

Elle est passée par ici, elle repassera par là ! La Manif Pour Tous a encore rassemblé dimanche de nombreuses personnes sur le pavé de Paris ou d’ailleurs. Au grand étonnement de certains observateurs qui ne comprennent pas l’utilité de faire perdurer ce mouvement, alors même que la loi est votée. Au-delà des querelles de chiffres que l’on pourrait facilement régler en faisant une moyenne des deux estimations (soit près de 300 000 personnes), il est reproché à la Manif d’être un fourre-tout un peu désordonné… Une sorte d’éparpillement que les plus réticents qualifient de pagaille.

Certes, les revendications sont diverses. Et si le mot d’ordre « l’humain n’est pas une marchandise » concernait avant-hier la GPA et les dangers de la commercialisation des enfants, d’autres questions connexes appelaient à la mobilisation. Chacun défend ce qui lui tient le plus à cœur.

C’est ainsi que se sont ajoutés, lors de cette édition,  de nouveaux manifestants, nullement opposés à l’union homosexuelle, mais réellement choqués par l’idée de la GPA. Les bleu-blanc-rose de dimanche comptaient aussi des membres ulcérés par la tonte systématique des familles depuis deux ans et demi (quotient familial, suppression et baisse de certaines allocations, etc.), d’autres arc-boutés sur le retrait de la loi Taubira, d’autres encore très inquiets de retrouver à l’Education Nationale la plus virulente zélatrice de l’idéologie du genre, quelques-uns venus dire leur colère contre François Hollande. On y trouvait le catho-bon-teint, institué caricature du mouvement par la presse, mais aussi des gauchistes choqués, des musulmans atterrés, tous venus défendre une certaine idée de l’enfant et de la famille.

En admettant que tout cela soit un peu pagaille, n’est-ce pas le strict reflet de la situation d’une France qui ne sait plus où elle va ? Se trouve-t-il aujourd’hui une autorité, capable d’écouter, de prendre acte et de faire avancer le pays ? Poursuivons-nous, depuis deux ans un cap précis fait d’objectifs et de stratégies ?

Non, les gouvernants eux-mêmes semblent ballotés au gré de faits qui les dépassent largement. Du point de vue économique, ils sont dépendants d’une croissance que seule la boule de cristal présidentielle a cru déceler. Sur la sécurité du territoire en cette période éminemment dangereuse, ils ne parviennent à endiguer la fuite des jeunes vers une guerre qui n’est pas la leur, pas plus qu’à interpeller ceux qui en reviennent, déçus ou non. Notre ancien ministre de l’économie se fait chahuter sur son bilan, alors qu’il prétend conduire les destinées économiques de l’Europe. Le Premier Ministre doit sans cesse aller éteindre le feu du doute chez nos partenaires européens. Et dans un paroxysme de schizophrénie, pour apaiser la grogne au sujet de la GPA, il affirme « pas de ça chez nous», alors même que dans les faits, c’est déjà partiellement autorisé, comme en témoignent les récents jugements émis sur la question.

Et que fait l’opposition qui rit de les voir si bêtes en ce tiroir ? Elle se déchire, se divise et se tire dans les pattes, obsédée par l’échéance qu’on croirait imminente tant on en parle et reparle à longueur de talk-shows, émissions, pages politiques et interviews. La question hautement éthique de la GPA vient en outre ajouter à la confusion qui règne dans le camp de l’alternance future. Aucune ligne commune ne peut se dégager au sein de ceux, dans l’opposition, qui se destinent aux plus hautes responsabilités.

Le spectacle offert par les ténors de l’UMP ne fait qu’accroître le sentiment de désordre déjà prédominant. Le niveau auquel se situent les querelles d’individualité -faites de petites phrases, de twitts assassins, de selfies et autres attestations d’égocentrisme- donne la désagréable impression que le personnel politique est lui-même sans repère et que le marigot dans lequel il évolue a totalement perdu contact avec la réalité.

Les Français sont inquiets à tous points de vue. Comment s’étonner dès lors, qu’ils profitent d’un mouvement dédié à une cause particulière, pour crier leur angoisse sur d’autres sujets ?

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00694669_000023.

Néo-fachos et gauchos réacs

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marine le pen pensive

marine le pen pensive

« Michel Onfray, fils naturel de Jean-Paul Brighelli et de Farida Belghoul ? » se demande Sandrine Chesnel dans L’ Express
Primo, démentons : Onfray a ses propres parents, qui lui suffisent — et justement, tout est parti de là, depuis trois semaines que l’auteur du Traité d’athéologie est vilipendé par la gauche bien-pensante (pléonasme !).

Il n’est pas le seul : Véronique Soulé, dans Libé, dresse une première liste de proscription : « Qu’y a-t-il de commun entre Alain Bentolila (linguiste), Jean-Paul Brighelli (professeur) et Michel Onfray (philosophe) ? Réponse: ils trouvent que l’école française n’est plus ce qu’elle était, qu’au lieu d’apprendre à lire et à écrire, elle enseigne des choses ridicules aux élèves – du genre «théorie du genre» – et que tout ça est dû à Mai 1968. Pour ceux qui n’ont déjà pas le moral, mieux vaut s’abstenir. Pour ceux qui chercheraient un débat d’idées, idem. » Mais déjà le 20 septembre Renaud Dély, dans L’Obs, dressait la liste des « Nouveaux fachos » et de leurs amis : Elisabeth Lévy, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour et Richard Millet, mis en contiguïté intellectuelle de Patrick Buisson et de Robert Ménard, sans oublier Marc-Edouard Nabe, Alain Soral et Renaud Camus — « une amicale brune », dit finement le journaliste, qui m’a rappelé ces temps déjà lointain où l’ineffable Frakowiack me reprochait de « penser brun ». Et le 3 octobre, dans le Figaro, Alexandre Devecchio en proposait une autre : « Onfray, Guilluy, Michéa : la gauche réac ?» demandait-il. Comment ? Et Natacha Polony ? Laurence de Cock, qui gère Aggiornamento, le site d’Histoire-Géographie où se con/gratule la bien-pensance, a bien voulu la mettre dans le même sac que moi. Qu’elle en soit remerciée, j’en rêvais, effectivement.
De l’ouvrage de Bentolila, j’ai déjà tout dit sur le Point.fr — et de l’excellent petit livre de géographie pratique de Guilluy, aussi. Sur Finkielkraut, j’avais exprimé ici-même tout ce que m’inspirait la campagne répugnante des belles âmes au moment de son élection à l’Académie française.
Et pour ce qui est d’Onfray, tout est parti d’un tweet ravageur et d’une interview non moins enlevée sur France Inter à propos de son dernier livre où il feint de s’apercevoir que le Divin marquis malmenait les demoiselles (et s’en faisait malmener : voir son escapade à Marseille en juin 1772). Qu’a-t-il dit de si choquant ce jour-là ? « On apprenait à lire, à écrire, à compter et à penser, dans l’école républicaine. Ce n’est plus le cas. Le gamin d’aujourd’hui qui est fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage, il ne s’en sortira pas avec l’école telle qu’elle fonctionne, parce que c’est une école qui a décidé qu’il était réactionnaire d’apprendre à lire, à écrire, à compter, etc. »
Et cela a suffi à en faire mon fils naturel (j’ai commencé tôt, visiblement, Onfray n’a jamais que six ans de moins que moi). Pourtant, comme le dit avec un soupçon de franchise Véronique Soulé à la fin de son article, « il n’a pas vraiment tort » d’affirmer que « les enfants de pauvres font les frais de l’effondrement du système d’instruction et d’éducation français. Pour les autres, les parents se substituent à l’école défaillante ».

Je suis très honoré d’être associé parfois à de grands noms de la pensée contemporaine par les tenants de l’orthodoxie hollandiste (ça existe donc) qui à force d’exclure à droite et à gauche vont se retrouver très seuls. Il fut un temps où, de Zola à Sartre en passant par Bernanos ou Camus, une certaine idée de la contestation pouvait être revendiquée par la Gauche. Mais la Gauche de Jaurès et de Blum, le Parti communiste d’Aragon, ont-ils encore quelque chose à voir avec les néo-libéraux qui s’agitent à l’Elysée, à Libé, au Monde et au Nouvel Obs? L’idée que Jean Zay se faisait de l’Ecole a-t-elle quelque chose à voir avec celle de Philippe Meirieu ou de Najat Vallaud-Belkacem?
Il faut le dire et le redire : les socialistes de salon, de hasard et de bazar, les bobos du Marais et d’ailleurs, les pédagos du SGEN, du SE-UNSA et d’EELV, les antiracistes de profession, qui refusent de voir que la stratégie de Terra Nova en 2012 pour récupérer le vote des enfants d’immigrés impliquait le déni de ce qui se passe effectivement à Marseille ou à Saint-Denis, tous sont les fourriers du FN, les idiots utiles de Marine Le Pen. Parce que c’est prioritairement le peuple qui souffre qui pâtit de leur bonne conscience. Les enfants les plus démunis, comme le dit bien Onfray (« On apprenait à lire, à écrire, à compter et à penser, dans l’école républicaine. Ce n’est plus le cas. Le gamin d’aujourd’hui qui est fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage, il ne s’en sortira pas avec l’école telle qu’elle fonctionne, parce que c’est une école qui a décidé qu’il était réactionnaire d’apprendre à lire, à écrire, à compter, etc. ») n’ont plus d’autre espoir que de confirmer les prédictions de Bourdieu : il est venu enfin, le temps des héritiers ! Grâce aux sociologues de gauche (autre pléonasme) qui n’ont eu de cesse, en dénonçant le sort fait aux plus pauvres, d’inventer des dispositifs qui enfermaient dans des ghettos scolaires les victimes des ghettos sociaux. Vous leur laissez l’espoir de s’inscrire en ZEP, pendant que vos propres enfants s’épanouissent à Henri-IV ? Eh bien, ils vont se venger et vous le faire savoir — dans la rue peut-être, dans les urnes certainement. Sur les 35% de ceux qui votent et qui voteront pour Marine, et qui constitueront 52% du second tour en 2017, combien le font et le feront par désespoir de voir leurs enfants confinés dans des réserves, au sens indien du terme ? Oui, Meirieu et ses amis — et il lui en reste, la démence pédagogique étant fort bien partagée dans l’Education nationale — sont directement responsables du glissement à l’extrême-droite de tous ceux — des millions — qui ont cru à l’ascenseur social et n’ont même plus d’escalier.

Alors, persistez à vilipender les uns, parce qu’ils seraient néo-fachos, et à vous moquer des autres, parce qu’ils seraient gaucho-réacs. Quand vous ferez le tri, vous verrez qu’il ne reste personne, rien que vous et vos amis — les misérables 12% qui ont encore un intérêt à voter pour Hollande en 2017, et qui n’auront plus que leurs yeux pour pleurer, après le second tour — juste avant que l’on vous demande des comptes. Vous récusez l’intelligence, et vous avez raison : vu ce que vous êtes, elle est la suprême insulte.

*Photo: NIKO/SIPA. 00694412_000018

Du socialisme vénézuélien à la démocratie russe

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maduro venezuela socialisme

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De la démocratie en Russie

Un député de Saint-Pétersbourg, Maxime Reznik, du parti libéral Iabloko, lassé par les propositions « idiotes » émises par ses collègues de la douma, a suggéré qu’un test psychologique soit instauré pour les prochaines candidatures au parlement régional. L’heure est grave, s’alarme-t-il : « Nous croulons sous les propositions de loi complètement folles. » Il est vrai que certains de ses collègues ne semblent pas avoir la lumière à tous les étages. Pour appuyer ses propos, Reznik cite régulièrement un projet de loi « qui relève du cas clinique ». Déposé par son collègue communiste Vadim Soloviev, ce texte suggère de rétablir les cours d’« information politique » dans les écoles.[access capability= »lire_inedits »]

Une idée aussi stupide que dangereuse, sans aucun doute, mais qui comme mille autres âneries parlementaires a été retoquée illico par une copieuse majorité de députés. Le représentant de Iabloko, aveuglé par son indignation, semble avoir oublié une étape décisive du processus législatif : le vote en Assemblée. Et, surtout, il a oublié que les propositions de loi sont déposées par un élu.

Aussi abruti que celui-ci s’avère, il demeure le représentant légal d’une fraction de l’électorat. Et même si on présume que ces électeurs-là ne sont guère plus sensés que leurs élus, peut-on priver des « idiots » de leurs représentants ? Pour moi, c’est niet.

Il est tout de même piquant que ce soit un authentique anticommuniste qui ressuscite les vieux réflexes soviétiques des années 1960-1970, quand le pouvoir décrétait que ses opposants étaient tous bons pour l’asile.

Heureusement, cette lubie stalino-libérale ne verra jamais le jour : les députés ne sont pas assez cinglés pour voter cette proposition.

Par Nastia Houdiakova

 

Venezuela : socialisme et biométrie

Alors que la France rame pour essayer d’arracher un malheureux point d’inflation, le Venezuela bolivarien, modèle de « l’autre gauche » mélenchoniste, ne sait plus comment juguler la hausse des prix, qui a atteint 60 %. Les emmerdes, comme le dit Chirac, volant en escadrille, les Vénézuéliens ont concomitamment découvert les joies de la pénurie. Ce n’est bien sûr pas la faute du successeur de Chavez, le président Maduro. Non, si on ne trouve plus de quoi faire bouillir la marmite, c’est à cause de la contrebande.

Dans le paradis bolivarien, l’État subventionne une flopée de produits de première nécessité (sucre, lait, beurre, oeufs, farine, papier toilette, etc.). Des produits que de mauvais citoyens achètent en quantité déraisonnable, non pour mettre 12 sucres dans leur café ou confectionner des guirlandes de papier hygiénique, mais pour aller, honte sur eux, les revendre clandestinement sur les mercados de la Colombie voisine à des prix défiant toute concurrence.

Résultat, à Caracas, le lait est bon marché, sauf qu’on n’en trouve pas ! À l’instar de son ancêtre bolchevique, le Venezuela révolutionnaire se mobilise donc contre la pénurie généralisée. En clair, il organise le rationnement. Mais attention, le citoyen bolivarien n’est pas l’Homo sovieticus. D’après le quotidien britannique The Guardian, le président Maduro envisagerait d’instaurer un système de rationnement ultra high-tech : un dispositif de reconnaissance biométrique des empreintes digitales qui empêchera les contrebandiers contre-révolutionnaires d’acheter quotidiennement 100 litres d’huile de palme pour les brader à Bogota. On ignore comment feront les manchots, mais en revanche, on fait confiance aux trafiquants pour trouver la parade. On fait confiance aussi aux thuriféraires du régime pour dégager un bilan positif de cette expérimentation. S’ils sont en panne d’idées, j’ai des éléments de langage imparables à leur suggérer.

Moi, si j’étais bolivariste, je dirais ça : le président Chavez s’était fixé pour objectif de créer au Venezuela le « socialisme du XXIe siècle ». En inventant le rationnement du 3e millénaire, ses successeurs ont déjà rempli une bonne partie du contrat.[/access]

Par Daoud Boughezala

*Photo:  John Minchillo/AP/SIPA.AP21627803_000001

Saint Juppé, politicien et martyr

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alain juppe chirac sarkozy

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Donc, Alain Juppé, 72 ans sera élu en mai 2017 Président de la République Française. Félicitations ! Il succédera ainsi à Alain Poher, Raymond Barre, Édouard Balladur, Ségolène Royal, et last but not least Dominique Strauss-Kahn. Au cimetière des ambitions perdues, plein de ceux qui, choisis par le Mainstream et les sondages avaient « désignés, proclamés, fêtés, encensés, adulés. Ils étaient élus »[1. Philippe Séguin, discours de Bondy, 30 janvier 1995]. Ces opérations qui relevaient de la prophétie auto-réalisatrice, ont toutes finalement mangé le bitume. Qu’à cela ne tienne, remettons ça. Sondages flatteurs, CV tronqué, émissions de télévision en forme de tapis rouge, et exclamations de ravissement dans les médias, y compris dans les colonnes de Causeur.

Mais pourquoi ce revival de l’aveuglement amnésique ? La réponse est simple : le retour de Nicolas Sarkozy. Sous forme humoristique, j’ai essayé ici de décrire ce qui nous attendait.

N’ayant jamais ressenti la passion, la déception, et la haine compulsive qui s’attachent à la personnalité de celui-ci, j’ai un rapport très neutre à ce qui m’apparaît comme inéluctable. La personnalité clivante de l’ancien Président nourrit cependant un réflexe évident : « Tout sauf Sarkozy ». Sentant venir la catastrophe, la gauche effondrée, essaie de repeindre Alain Juppé sous des couleurs acceptables. Le Mainstream embraye, qui n’a aucune envie de supporter à nouveau le mari de Carla Bruni. Et puis il y a aussi la bourgeoisie, qui n’a jamais vraiment apprécié le parvenu de Neuilly et ses foucades. Agglomérée aux deux premiers, elle sera l’un des importants courants qui soutiendront l’hypothèse Juppé.

Cette bourgeoisie française, même transformée aujourd’hui en oligarchie, a des intérêts de classe. Dotée de moyens, de relais, d’une grande influence culturelle, elle possède une pratique ancienne de l’intervention politique dans l’élection présidentielle. Déjà, après la grande peur de 1968, non pas du monôme étudiant, mais du mai-juin ouvrier, considérant que de Gaulle n’était plus assez fiable dans le maintien d’un système conforme à ses intérêts, elle souhaita son départ. Demandant à Valéry Giscard d’Estaing, son représentant de l’organiser. Je me rappellerai toujours son intervention télévisée, pendant la campagne du référendum d’avril 1969 et de sa phrase : « Je ne l’approuverai pas ». Le PCF, aveuglé par sa volonté d’une union avec le PS, ne vit pas la manœuvre. Grâce à l’apport de ces voix de droite, Charles de Gaulle fut congédié. Georges Pompidou, beaucoup plus rassurant, fit un intérim pour laisser la place à Giscard lui-même. L’épisode François Mitterrand fit un peu peur au début mais on s’adapta. Et la conjonction des intérêts qui avaient fabriqué Giscard se prit à rêver à l’idée de recommencer et d’installer à l’Élysée soit un de ses représentants directs, soit un politicien accommodant. Il y eut « l’économiste » Raymond Barre père la rigueur bonhomme pour l’échéance de 1988. Perdu. Chirac sèchement battu cette année-là n’apparaissait pas crédible pour 1995. Après un tour de piste un peu ridicule de Delors, les relais des puissants fabriquèrent donc Édouard Balladur. Encore perdu. En 2002,  ils auraient bien préféré Jospin le grand privatiseur. On connaît l’histoire. Ce fut donc Jacques Chirac avec 82 % des voix au second tour… En 2007, le choix imbécile des militants socialistes de Ségolène Royal, comme candidat repoussoir, était suffisant pour faire élire le candidat de droite Nicolas Sarkozy. Malheureusement, celui-ci à l’usage se révéla insupportable. Les patrons ne l’aiment pas, pour des raisons politiques, techniques mais surtout culturelles. Ce parvenu est mal embouché et politiquement parfois imprévisible.

Le rejet de l’opinion rendant sa défaite inévitable en 2012, les médias nous sortirent alors de leur chapeau un néolibéral chimiquement pur membre par surcroît du Parti socialiste, qualité souhaitable pour mieux faire passer les purges. Même sans Nafissatou Diallo, DSK – caricature de l’establishment – aurait été battu. Justement à cause du caractère artificiel de son intronisation. Comme l’a encore démontré le référendum sur le TCE de 2005, le peuple ne fait pas toujours ce qu’on lui demande. Caramba, encore raté ! Ce fut donc François Hollande dont la soumission au capitalisme financier et à l’Europe des marchés ne pouvait effaroucher personne dans les couches dirigeantes. Mais dont trahison des engagements et inadaptation  pathétique à la fonction sont la source d’une impopularité rédhibitoire.

La défaite de la gauche en 2017 étant écrite, qui à droite pour succéder à Hollande, se demandent en chœur l’establishment, les grands patrons et la gauche molle? Patatras, voilà le parvenu de Neuilly qui rapplique! Panique à bord. Dites les juges, vite vite il faut nous en débarrasser ! L’affaire des écoutes a du plomb dans l’aile. Alors, lancement de toute urgence du missile tenu en réserve : Bygmalion. Problème, il n’y a aucune chance d’obtenir une condamnation de Nicolas Sarkozy assortie d’une inéligibilité avant mai 2017. La solution de repli, c’est de lui opposer un candidat crédible. Alors malgré ses 72 ans, ce sera Alain Juppé. Qui entend bien profiter de l’aubaine.

Mais, en fait, qui est Alain Juppé ? Brillant apparatchik du RPR dans les années 80, Jacques Chirac en  fit un maire-adjoint de Paris chargé des finances et de la gestion du domaine privé. C’est dire s’il fut aux premières loges… Il bénéficiera de tous les avantages liés à la fonction. Ce qui lui valut quelques soucis de logement qu’il a toujours considéré comme très injustes. Car un vif sentiment de sa supériorité intellectuelle, provoque chez lui une certaine ingénuité. Il soutint très mollement Jacques Chirac à l’automne 94, et s’apprêta à rejoindre Balladur en février 95 persuadé que le manche était de ce côté. C’est Philippe Séguin qui, portant la campagne de Chirac à bout de bras, le convaincant de la ligne de la « fracture sociale », inversa la tendance et permit en mars le fameux « croisement des courbes ». Sans beaucoup de scrupules, Alain Juppé changea à nouveau de trottoir. On connaît la suite, à celui qui fut l’artisan de sa victoire, et qui lui avait dit entre les deux tours : « n’oublie pas le pacte républicain… n’oublie pas ce peuple qui t’aura fait confiance et dont tu seras le seul recours… », Chirac préférera comme Premier ministre « l’apparatchik froid et qui n’aime pas les gens ». Le goujat insensible virant sans un mot et brutalement les « jupettes », ces ministres féminins que l’on avait sollicitées pour la galerie. Qui se fracassera ensuite sur les grèves de décembre 95. Par absence de sensibilité sociale, il ne les comprendra pas et poursuivra dans une sorte de voie autiste, concoctant avec Dominique de Villepin la dissolution de 1997. Rappelons-nous son humiliation entre les deux tours des législatives annonçant qu’il ne serait plus le premier ministre, si la droite l’emportait, passant en vain la main à Philippe Seguin. Trop tard pour éviter cinq ans de cohabitation à Jacques Chirac.

On nous ressert aujourd’hui la calembredaine de sa « condamnation sacrifice » au profit de Jacques Chirac. Cela ne correspond pas à la réalité. Alain Juppé fut poursuivi ès qualités de patron du RPR qu’il cumulait avec son poste de Premier Ministre. La loi de 1990 sur le financement des partis, avait été modifiée en 1995. Ce qui lui fut essentiellement reproché était de ne pas avoir mis les choses en ordre après ce nouveau texte. C’était sa propre responsabilité. Il a ensuite été victime d’une stratégie judiciaire suicidaire. Se présentant en première instance sur une ligne de rupture arrogante opposant sa légitimité politique au pouvoir des juges. Il y obtint une condamnation sévère qu’il ne fut pas possible de rattraper en appel. Après une courte traversée du désert, élection sans risque à la mairie de Bordeaux dans le siège encore chaud de Jacques Chaban-Delmas. Avant une spectaculaire défaite aux législatives en pleine vague bleue de 2007.

Alors on me dit ici qu’il a fait Normale Sup. Pensant immédiatement à BHL ou à Christophe Barbier, l’argument me laisse froid. Ensuite, qu’il ne fait pas de fautes de français. Encore heureux ! Après que l’État lui a financé deux grandes écoles (ENS, ENA) il ne manquerait plus qu’il massacre notre langue, comme un vulgaire Sarkozy ou une ouvrière de chez Gad !

Contrairement à ce que pourrait laisser penser cet article, je n’ai rien de spécial contre Alain Juppé. Ce que je déplore, c’est une nouvelle manipulation voulue par cet assemblage d’intérêts convergents  et reposant sur de gros moyens. Prenant les gens pour des imbéciles et des amnésiques. Et, comme les précédentes du même type, elle échouera. L’élection présidentielle en France, la mère de toutes les batailles, se déroule toujours sur des bases politiques. Parce qu’aussi imparfait soit le peuple, dans cette élection c’est lui qui décide. Et ce ne sont pas toujours les stratégies décidées dans les salons qui l’emportent.

Et il vaut mieux se préparer au scénario qui se profile, aussi pénible soit-il. Quel que soit son candidat, la gauche divisée sera laminée. Nicolas Sarkozy, qui aura récupéré l’UMP, ficelé les primaires, profitant de son savoir-faire et du relais indispensable d’un parti en ordre de bataille devrait quand même arriver à faire 20 % au premier tour. Il n’aura pas besoin de l’élan populaire dont il profita en 2007, et qu’il conserva en partie en 2012. En 2002, Jacques Chirac avait fait 19 % au premier tour et 82% au second…

Nicolas Sarkozy sera au second tour où il battra Marine Le Pen probablement arrivée en tête au premier. Le pire était que ce scénario était inscrit dans l’élection de François Hollande le 6 mai 2012.

*Photo : HARSIN ISA/SIPA. 00693489_000052.