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La Fille dans la Thunderbird

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Dany est secrétaire à Paris. Elle n’a jamais vu la mer. Elle veut voir la mer. C’est une idée fixe, un peu compliquée pour une fille assez simple. Sur un coup de folie, elle empruntera la voiture de son patron, une Thunderbird,  et à nous la Côte d’Azur ! Sauf que rien ne se passe comme elle le rêvait. Partout, au café, au garage, à l’hôtel, on la reconnaît. Elle n’est plus celle qu’elle croyait être. Il se passe des choses étranges qu’elle n’aurait jamais imaginées. Elle pense devenir folle. Elle n’a toujours pas vu la mer, mais des vertes et des pas mûres. Et même un cadavre dans le coffre de sa voiture, ce qui pour une fille simple, simple mais sexy, devient de plus en plus oppressant.

Une fille, une voiture : cela suffit-il pour faire un film ? Joann Sfar qui n’avait pas démérité avec son Gainsbourg nous prouve que oui. Encore faut- il une pointe de Hitchcock, époque Vertigo, une ambiance d’Été Meurtrier et un certain décalage dans le temps, en l’occurrence les années soixante-dix. Sébastien Japrisot – et c’est la bonne nouvelle – inspire encore la cinéma français, même s’il est mort en 2003. La moins bonne nouvelle, c’est que Joann Sfar perd le fil du roman (La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil) dans le dénouement de l’intrigue, nous laissant seuls avec Dany et sa Thunderbird bleue. Bleue comme la mer qu’elle verra enfin. Freya Mavor une jeune actrice écossaise de vingt-deux ans, ne lâche rien dans le film, faisant mentir l’adage selon lequel les voitures sont plus intéressantes que les femmes. La Thunderbird n’est pas mal non plus.

La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Thriller de Joann Sfar avec Freya Mavor et Benjamin Biolay.

Gainsbourg - vie héroïque, le film (César 2011 du Meilleur Premier Film & Meilleur Acteur)

Prix: 6,12 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,22 €

#ClochesChrétiennes: le sain(t) communautarisme

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assomption chretiens orient

Cloches, sonnez, pour tous ceux qui savent que leurs peines/Vont s’effacer, vont bientôt guérir. En ce 15 août, les cloches de France répondent à Charles Trenet. Près de 70 diocèses catholiques, une vingtaine d’abbayes et sanctuaires, et des milliers d’églises font sonner leurs clochers. Ce ballet répond à l’appel d’une poignée de fidèles, qui ont eu l’idée d’exprimer ainsi leur soutien aux chrétiens d’Orient persécutés. L’opération est intitulée sur les réseaux sociaux #ChristianBells, l’anglais étant le seul langage commun de la Babel du Net. L’initiative française s’est propagée en Europe: deux diocèses espagnols, tous les diocèses de Belgique et du Luxembourg, ceux de Cologne et de Genève-Lausanne-Fribourg, ceux de Monaco et de Reykjavik, capitale de la lointaine Islande, ont annoncé leur participation.

Depuis 1950, l’Église catholique romaine a fixé au 15 août la fête du dogme de l’Assomption, la montée au Ciel de Marie, mère du Christ. Ce dogme, comme les autres, n’est pas sorti tout armé de la tête du pape, et avait des origines beaucoup plus anciennes. On a commencé à fêter l’Assomption en Gaule dès le VIe siècle, ce qui ne devait rien au hasard: le concile d’Ephèse de 431 avait proclamé Marie « Theotokos« , mère de Dieu, puisque le Christ est à la fois « vrai Dieu et vrai homme ». L’Église n’a fait qu’entériner ce qui était cru par tous les chrétiens. En Orient, et dans la chrétienté orthodoxe, l’Assomption (ou « Dormition ») a toujours été célébrée, indépendamment du dogme pontifical. Fête chrétienne, le 15 août est plus spécifiquement une fête française. En 1638, Louis XIII consacre son royaume à Marie, en encourageant ses sujets à prier ensemble pour leur pays à cette date. C’est une prière de toute la France, pour la France. La communion d’un peuple. Une préfiguration de la fête nationale. Ces cloches du 15 août rappellent que l’Église est encore le premier parti de France. Combien de divisions, dites-vous ? Venez et voyez.

Le débat sur le mariage gay a commencé à prendre de l’ampleur lorsqu’une prière fut lue dans toutes les églises, pour que chaque enfant bénéficie de « l’amour d’un père et une mère« . Le 15 août 2012, précisément. Les manifestants contre la loi Taubira doivent beaucoup au réseau d’écoles, de paroisses, d’aumôneries catholiques. La Manif Pour Tous est la fille aînée de l’Eglise française de ces dernières années. Ce fut sa force, et également sa faiblesse, en échouant à parler la même langue que la France laïque. Ce même défi est toujours là. Car cette Église qui s’agite suscite des questions légitimes. Le mot-dièse #ClochesChrétiennes, n’est-ce pas du communautarisme ? Que sont ces initiatives, sinon le signe que la tribu des cathos rejoint celle des gays, des Juifs et des buralistes, défendant chacun leurs intérêts ? Le danger du ghetto existe. Les catholiques sont des enfants de leur siècle atomisé. L’auteur de ces lignes était récemment présent à un mariage « à l’église ». C’était une belle fête de l’amour, de l’engagement et de la joie. Mais parmi les invités, quelques-uns se demandaient s’ils ne faisaient pas partie d’un club fermé qui se féliciterait d’exister encore. À la question posée par votre serviteur à certains, « tu as des amis non-catholiques ? », beaucoup étaient gênés de répondre par la négative. D’autres assument, et s’occupent à défendre leur entre-soi avec des polémiques complètement cloches. Le « saint » qui disparaît du bulletin météo quotidien de France 2.

Une « christianophobie » répertoriée sur une carte de France, copiée en moins belle sur celle des musulmans. Les boucs émissaires, de la « dictature socialiste » au « satanisme » musical. Ces boutefeux seraient plus inspirés de relire Tactique du diable de Lewis. Satan raffole du catholicisme identitaire: « amène-le au stade où la religion ne sera plus qu’un aspect de la « cause », où le christianisme est surtout estimé parce qu’il apporte d’excellents arguments à l’appui de l’effort de guerre britannique ou du pacifisme« . Une bonne manière de discerner le ghetto identitaire d’un sain(t) communautarisme, c’est l’universalité, qui est une vocation chrétienne et française. C’est là que l’opération #ClochesChrétiennes sort du lot. Le drame des chrétiens d’Orient n’est pas seulement la disparition d’Églises séculaires, c’est le signe que l’altérité la plus élémentaire est menacée par un totalitarisme qui refuse toute existence non-islamique. Leur cause dépasse les clivages et les sensibilités. Elle soulevait déjà l’indignation de Jean Jaurès, lors des massacres d’Arméniens par les Turcs en 1897. Bien avant que cela ne devienne branché.

En faisant sonner les cloches pour les chrétiens d’Orient le 15 août, l’Église de France fait honneur à son histoire, et rappelle qu’elle est toujours là pour redonner à son pays un supplément d’âme. Le catholicisme a façonné nos paysages, notre vocabulaire, notre esthétique, et même notre érotisme. Mais cette identité de caractère, cette marque indélébile, ne pourra demeurer que si elle est enracinée dans une véritable pratique religieuse. La France a été faite par des personnes qui croyaient en Dieu, et non par des individus qui jugeaient utiles les valeurs chrétiennes. La France s’appellera France si elle reste réellement chrétienne.

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21735154_000002.

La mob’ pour tous

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mobylette idiot international

Au journal, on aime le débat d’idées, la contradiction joyeuse, les empoignades viriles mais toujours correctes. Depuis le début de l’année, on a seulement enregistré deux côtes cassées et un nez brisé, signe de notre modération physique lors des conférences de rédaction. Je ne préfère pas trop m’étendre sur cet incident malheureux qui remonte à deux mois. Un européiste convaincu qui fut oublié, par mégarde, un week-end entier dans le sous-sol d’un pavillon de banlieue. Rassurez-vous, nous le libérâmes le lundi matin en nous quittant bons amis. Après deux jours dans le noir absolu propice à l’introspection, il admit que sa position rigoriste sur les dettes publiques pouvait choquer nos convictions humanistes. Entre souverainistes, marxistes, croyants, athées, libéraux, réactionnaires, partisans du vin biodynamique et du civet de lapin, souvent le ton monte, les mots s’emballent et il n’est pas rare de voir divers objets (stylo, cendrier, chaise, radiateur et dans les cas extrêmes, un exemplaire d’Indignez–vous) traverser la salle, signe de notre vitalité intellectuelle.

A l’approche de l’été, la direction nous a demandé de mettre un peu d’ordre dans ce foutoir. Les gens nous regardent, mieux ils nous lisent. Nous sommes vendus en kiosque, nous devons afficher une ligne éditoriale cohérente (à cet instant, certains voulurent quitter la pièce en criant : Et puis quoi encore, vous n’auriez pas l’intention de nous brider ?). Il fallut toute la diplomatie d’un ex-para pour que ces éléments factieux acceptent de se rasseoir après leur avoir promis une tribune libre où ils pourraient dénoncer à leur guise le comportement quasi-dictatorial de la direction, du marché, du système, etc… Si l’objectif était de ne plus passer aux yeux de nos confrères pour une bande d’énergumènes incontrôlables qui écrivent ce qu’ils pensent et sont incapables de s’accorder entre eux sur le moindre petit sujet, la soirée risquait d’être longue. « Trouvez un sujet où vous êtes tous d’accord ? Il en va du sérieux de notre publication ! » intima le rédacteur en chef peu enclin au dialogue constructif. Nous ne sommes pas au conseil des ministres. Ici, quand le chef ordonne, les subalternes acquiescent. S’en suivit alors un silence gêné qui se transforma vite en fronde, chacun trouvant la méthode dégueulasse, un ancien de L’Idiot International qui en avait pourtant vu du temps de Jean-Edern en matière de dinguerie faillit s’étrangler en sifflant une rasade de scotch (l’alcool favorise l’établissement de la vérité, vieille maxime journalistique des années 70).

Un autre confrère qui, de Philippe Tesson à Jean-François Kahn en passant par Serge July, avait, en quarante ans de carrière, usé son Mont-Blanc dans toutes les rédactions les plus foutraques n’en revenait pas. Il éructait : Inadmissible ! Humiliant ! Impardonnable ! Même le fayot de service qui avait accepté d’être payé en abonnement ne pouvait plus cacher son courroux. Le chef n’en démordait pas : « Vous ne sortirez d’ici qu’après avoir accordé vos violons ! Alors, j’attends…Quelqu’un a-t-il une idée ? ». Un seul d’entre nous se risqua à prendre la parole : «  Et si nous évoquions le conflit israélo-palestinien ? ». Personne ne daigna relever ce moment d’égarement, il y eut même pour la première fois, quelques sourires échangés entre les deux camps jusque-là irréconciliables.

Après cette tentative avortée, une de nos jeunes confrères, récemment fiancée, émit l’idée de parler du mariage comme socle de la société. Sa naïveté ne la sauva pas d’une volée de bois vert. Elle fut en quelques secondes ensevelie sous un torrent d’adjectifs aussi contradictoires que diffamants. Il fallait se rendre à l’évidence, nous n’étions d’accord sur rien. Pas le plus petit dénominateur commun en vue. Nous avions conscience de notre incurable singularité. Elle nous fascinait autant qu’elle nous chagrinait. Nous partagions bien quelque chose ensemble ? Quand on vit un coursier entrer dans la cour de notre immeuble. Il ne « pilotait » pas un de ces scooters modernes, tricycles carénés comme des automobiles, mais une simple mob’, une meule à l’ancienne, frêle comme un académicien, fraîche comme une lycéenne. Un cyclomoteur comme disent les pédants. 49,9 cm³ de plaisir.

Chacun y alla de son anecdote, on ne pouvait plus nous arrêter. Ce fils de paysan devenu universitaire se souvenait de ses interminables balades dans la campagne normande, ce fils de grand bourgeois élevé rue de la Pompe, jadis trotskiste, aujourd’hui avocat d’affaires eut la larme à l’œil, il se revoyait, dans un Paris enfumé, un certain mois de mai, courir d’une AG à une barricade au guidon de sa Motobécane, et ce commissaire de police ancien marlou des cités, aurait donné cher pour revivre les courses-poursuites à travers les barres d’immeubles, quant à cet aristo, il se souvenait que, sans sa « 103 », son éducation sexuelle aurait été cruellement ralentie. Pour tous, cette mob’, icône des banlieues, des campagnes, du djebel ou d’ailleurs avait le parfum de l’espoir et des combats perdus. Qu’à sa manière, elle avait plus compté dans nos vies que des précis d’économie ou des manuels d’histoire. Nous avions enfin (re)trouvé notre idéal commun.

*Photo: wikicommons.

Islamo-gauchisme : la filière belge

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Peu de choses me hérissent autant que l’amalgame systématique entre gauchisme, islamisme et antisémitisme, ce dernier surgissant ici et là comme la maladie infantile du marxisme. Il arrive néanmoins qu’un article bouscule notre confort intellectuel, comme le portrait que La Libre Belgique consacre à un certain Abdellah Boudami. Cet illustre inconnu s’est fait connaître en février 2012 en perturbant une conférence de son université bruxelloise (ULB) à laquelle participait Caroline Fourest.

Avec son escouade de grands démocrates réunis au sein du Collectif Réflexions musulmanes (CRM), Boudami avait réussi à faire capoter le débat en scandant « burqa bla-bla » pour faire taire ce symposium d’affreux islamophobes. Depuis, l’étudiant s’est mué en globe-trotter « humanitaire », « sillonnant » la Syrie de septembre à décembre 2013, sans combattre, nous dit-il, mais en signe de soutien à « la résistance contre le régime meurtrier de Bachar, et le projet d’une résistance islamique avec un projet islamique » (sic). Complètement à l’ouest du pays, les groupes armés salafistes Ahrar-Cham, Jeysh-al-islam, et Jeysh-al-Fatah, ainsi que le Front al-Nosra, émanation syrienne d’Al-Qaïda, incarnent à ses yeux une « résistance islamique solide et cohérente, héritage d’une méthode et d’une pensée qui se sont construites en réponse aux agissements des Etats occidentaux sur les décennies précédentes ». Comme ces djihadistes tendance nineties, le jeune belge ne tarit pas de critiques contre l’Etat islamique, que la nébuleuse salafiste classique accuse de dévoyer l’islam à travers son califat autoproclamé.

Si le spécialiste de l’antiterrorisme belge perçoit en Abdellah Boudami « le chaînon manquant entre l’extrême gauche et le salafisme », celui-ci n’est jamais que  le surgeon belge d’une mouvance islamo-gauchiste aux multiples avatars historiques, de Malcolm X à la Révolution iranienne. Sur le front syrien, les miliciens chiites du Hezbollah ainsi que pasdarans iraniens emploient d’ailleurs une rhétorique islamo-révolutionnaire voisine de la prose du CRM. Dans le sillage de l’Imam Khomeini, qui avait abondamment puisé dans l’œuvre du penseur islamo-marxiste Ahmed Shariati pour soulever les masses de jeunes déshérités, les supplétifs chiites de l’armée syrienne mènent en effet un combat contre les « orgueilleux », « apostats » et autres « infidèles » salafistes. Quitte à mourir en « martyrs ». Je ne sais pas ce qu’Abdellah Boudami a retenu de son passage sur les bancs de l’université. Mais j’aimerais bien savoir ce qu’il pense du concept de « rivalité mimétique »…

L’émasculée conception

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On les dit réactionnaires, rétrogrades et misogynes : les activistes américains du Men Rights Movement (MRM) sont en guerre contre une société qui a supposément troqué le patriarcat pour une misandrie à tous les étages. Ils sont au féminisme ce que le « coal rolling » est à l’écologisme. Quand les rednecks anti-écolos, au volant de leurs pick-up trucks trafiqués, crachent d’épais nuages de fumée noire au visage des défenseurs d’une « politique verte », les partisans du MRM clament leur détestation du féminisme au travers d’un discours musclé et provocateur. Agents actifs d’un corporatisme masculin, bien que comptant quelques femmes dans leurs rangs, ils décèlent, derrière le projet féministe, un complot genré qui va bien au-delà de la quête de l’égalité des droits. Leurs griefs sont nombreux : le montant exagéré des pensions alimentaires que les pères divorcés seraient condamnés à verser ainsi que l’attribution quasi systématique de la garde des enfants à la mère ; l’indifférence aux violences domestiques subies par les hommes, inversement proportionnelle à la victimisation systématique des femmes, qui laisserait libre cours aux fausses accusations de viol.[access capability= »lire_inedits »]

Les origines du mouvement restent assez floues. On trouve trace en 1898, à Londres, d’une éphémère Ligue des droits des hommes, axée sur les questions de divorce et, plus largement, sur « la lutte contre toutes les monstruosités nées de l’émancipation de la femme ». En 1926, à Vienne cette fois, der Bund für Männerrechte (La Fédération pour les droits des hommes), bénéficia d’un traitement médiatique plus important. Herr Kornblueh, l’un des cadres de l’association, voyait dans « la tyrannie des femmes modernes, qui réclament tous les droits et épousent les hommes dans le but de mener une existence insouciante, sans travail ni enfant, ou tentent d’obtenir le divorce et une pension alimentaire à vie, la cause sous-jacente de tous les maux ». Charlie Chaplin, rompu aux divorces dispendieux et tumultueux, fut l’un de leurs plus fervents supporteurs. En 1927, son divorce d’avec la jeune Lita Grey (elle était âgée de 15 ans au moment de leur union) donna lieu à une féroce bataille juridique, qui fit les manchettes pendant des mois et se conclut par le versement d’une indemnité de 825 000 dollars, un record pour l’époque.

Puis vinrent les années 1970, durant lesquelles la deuxième vague du féminisme américain, d’inspirations diverses, des Black Panthers à Simone de Beauvoir, quitta le terrain de la conquête des droits – dont certains étaient acquis (droit de vote, droit à l’instruction, droit à la contraception) – pour se consacrer à la « libération » des femmes du joug masculin. En réaction fut créée, à Columbia, la Coalition nationale pour les hommes, un contre-mouvement social, plus revendicatif que politique, dont l’objectif était « de sensibiliser sur les façons dont la discrimination sexuelle affecte les hommes et les garçons ». Soit le glissement progressif de la crise du pater familias (d’ordre sociétal) vers celle, identitaire, de l’homme en tant que tel.

À l’âge numérique, on a assisté à la naissance de la manosphère (mot-valise né de la contraction de man et de blogosphère), un boys club virtuel composé de centaines de sites, blogs et forums tout entiers dédiés à combattre les dérives supposées du féminisme et à redonner à la masculinité ses lettres de noblesse. Un phénomène de société inscrit dans le langage à travers divers néologismes, acronymes et autres hashtags. Ainsi, les activistes du MRM, qui sévissent majoritairement sur le site Internet A Voice for Men (AVfM), croisent les pickup artists (PUA), des moudjahidin de la séduction totalement dévoués à l’art de la drague virile (appelé game), qui prodiguent leur science à des incels, contraction de involuntarily et celibate – soit des célibataires par défaut désespérant de goûter aux joies de l’amour et du sexe. Pour eux, le monde est séparé en deux clans : celui des « mâles alpha » ayant pris la Red Pill (d’après la pilule rouge avalée par Keanu Reeves dans Matrix pour s’extraire de la réalité simulée) et celui des « mâles bêta », ayant opté pour la Blue Pill, synonyme d’illusions et de soumission à une société en proie à une conspiration féministe. Une vision qui conduit certains hommes à rejoindre la communauté MGTOW, abréviation de « men going their own way », composée d’hommes ayant renoncé à toute relation avec les femmes. Du prédateur stratège au démissionnaire, les membres de ce groupe à large spectre sont convaincus qu’en adhérant au mythe de l’oppression féminine au détriment de « la nature profonde de l’homme », la civilisation occidentale a perverti l’interaction entre hommes et femmes.

Relativement confidentiel et méconnu du grand public, le phénomène a pris une tournure nouvelle le 23 mai 2014, lorsque Elliot Rodger, un étudiant de 22 ans habitué des forums PUA, a assassiné six personnes et en a blessé quatorze autres à Isla Vista, en Californie, avant de retourner l’arme contre lui. Quelques minutes avant d’entamer sa virée macabre, l’adolescent, atteint du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme proche de celle de Rain Man), avait publié une vidéo sur YouTube : « Le jour de la vengeance est venu. Depuis ma puberté, j’ai été forcé à mener une vie de solitude, de rejet et de désirs inassouvis. Tout ça parce que les filles n’ont jamais été attirées par moi. J’ai 22 ans et je suis encore vierge, je n’ai jamais embrassé une fille. Cela a été une torture », y racontait le jeune homme assis au volant de sa voiture, regardant d’un œil fixe la caméra. « Je massacrerai toutes les salopes blondes, snobes et pourries gâtées que j’ai désirées et qui m’ont rejeté. Vous verrez enfin que c’est moi l’homme supérieur, le vrai mâle alpha », poursuivait-il, entre deux rires glaçants.

La tuerie a déclenché une tempête en ligne, incitant les femmes à partager leurs expériences de la misogynie, via le hashtag #YesAllWomen, tandis que les séducteurs kierkegaardiens de la manosphère assuraient que leur coaching en séduction avait précisément pour but « d’empêcher ça ». Comprendre : les actes de Rodgers étaient ceux d’un mâle bêta en manque de reconnaissance. « Vous détestez les femmes car vous n’avez pas les bonnes attentes. Les femmes sont, par nature, manipulatrices, imprévisibles et émotives. Acceptez cette vérité. Une fois fait, vous pourrez vous jouer des femmes pour ce qu’elles sont, et non pour ce que vous voudriez qu’elles soient », pouvait-on alors lire sur le forum Red Pill.

Difficile de ne pas voir dans ces propos les symptômes d’une extrême misogynie, portée par des hommes (pour la plupart blancs de classe moyenne) sexuellement et affectivement frustrés. La trace également d’un manichéisme qui accommode à la sauce yankee le sophisme bêbête : « Les hommes cherchent le bonheur auprès des femmes. Pourtant, les hommes sont malheureux. Donc les femmes sont la cause du malheur. » En somme, une lecture genrée de la misère affective de l’homme occidental, chère à Michel Houellebecq.

Pour le regretté Bernard Maris, assassiné le 7 janvier dernier dans les locaux de Charlie Hebdo, la détresse du héros des Particules élémentaires est principalement d’origine économique – le libéralisme étant par essence l’organisation de la frustration. « L’idée me vint peu à peu que tous ces gens – hommes ou femmes – n’étaient pas le moins du monde dérangés ; ils manquaient simplement d’amour. Leurs gestes, leurs attitudes, leurs mimiques trahissaient une soif déchirante de contacts physiques et de caresses ; mais, naturellement, cela n’était pas possible. Alors ils gémissaient, ils poussaient des cris, ils se déchiraient avec leurs ongles », écrivait déjà Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte. Tandis que le fondateur d’AVfM s’affiche régulièrement dans des conférences organisées par les mouvements libertariens, dont se réclament nombre des membres de cette manosphère, les conseillers en séduction monnaient – à prix fort – une promesse alléchante : nous rendre performants sur le marché impitoyable du désir. [/access]

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*Photo: Soleil

Vivre-ensemble sur Seine

Tel Aviv sur Seine

Une plage pour les juifs, une plage pour les arabes (et les gauchistes) – avec entre les deux des dizaines de gendarmes et des check-points que franchissent seulement les journalistes, venus en masse : voilà à quoi ressemble cet été le « vivre-ensemble » à Paris. Kippas et mini-jupes d’un côté, keffieh et quasi-burqas de l’autre. Autant le dire d’emblée : à en juger par la longueur des files d’attente aux contrôles de sécurité, Gaza fait plus recette que Tel Aviv…

Tel Aviv sur Seine checkpoint

En important le conflit israélo-palestinien dans le décor de carton-pâte que d’aucuns appellent « plage », Anne Hidalgo aura célébré avec éclat l’alliance du festif et du sécuritaire. Le plus comique, dans cette consternante affaire, est que les opposants à son initiative aient réussi à recréer sur les bords de Seine les traits les plus visibles de l’ordre qu’ils affirment dénoncer – là-bas aussi, chaque peuple a ses plages, même si aucune loi n’organise cette séparation, et là-bas aussi, on s’affronte sans se rencontrer. Bref, ils ont réussi : on s’y croirait !

Ceux qui espéraient une ambiance détendue et festive en ont donc été pour leurs frais. Passé le stress de l’entrée, il faut marcher une centaine de mètres pour atteindre le mini dancefloor ensablé sur lequel un DJ fait danser une dizaine de femmes qui youyoutent en short. Une oreille non exercée pourrait croire que c’est de la musique arabe, mais en l’occurrence, c’est de l’hébreu. Alors qu’on piétine devant le petit stand de fallafels attenant, les danseuses agitent deux drapeaux israéliens et un drapeau français, tout sourire malgré la tension palpable aux alentours. Et c’est tout. Quant au public, il semble presque exclusivement composé de « feujs ». Un DJ et un stand de fallafels : voilà pour le côté israélien.

Tel Aviv sur Seine danse

Tel Aviv sur Seine fallafels

Ensuite, nada, plus rien à voir. Du moins, jusqu’au barrage de gendarmes mobiles installé sous le pont Notre-Dame. Et pour cause : au-delà, c’est « Gaza plage », la manif improvisée par quelques associations dans la foulée des déclarations indignées du Parti de Gauche et d’EELV. Pour y accéder, on traverse le cordon de flics, et on aperçoit très vite les drapeaux palestiniens accrochés tout le long des rambardes. Curieusement, on ne peut pas franchir le passage dans l’autre sens (Gaza-Tel Aviv…).

Entourés d’une foule nettement plus compacte, les militants d’Europalestine et de BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), en tee-shirts verts, se sont approprié l’espace pour y installer des stands. Au menu : tracts, keffiehs, épices… En slalomant au milieu de la foule, on croise une jeune femme intégralement voilée à l’exception du visage, ostensiblement fermé. Mais le drapeau palestinien qu’elle tient à la main ressemble à un mouchoir de poche comparé à celui – géant – qu’un jeune homme est en train d’accrocher au mur qui longe le quai. Côté déco toujours, des photos d’enfants mutilés et de destructions attribuées à qui vous savez. Ici, le mal n’a qu’un nom.

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine voilée

« Nous, on ne veut pas de Tel Aviv, on n’aime pas Tel Aviv », explique un grand gaillard énervé à une petite dame qui s’est visiblement égarée de ce côté, mais ne se démonte pas. « Avez-vous lu cela ?», s’énerve-t-elle en brandissant Hippocrate aux enfers, livre sur les atrocités médicales nazies. C’est l’une des rares rencontres entre les deux « plages ». Immédiatement, une nuée de caméras les encercle. Sur de grandes banderoles, on retrouve les slogans habituels : « Boycott Israël, Etat criminel », « Laissez passer les bateaux », « Israël apartheid »… Et quelques adaptations de circonstance : « Hidalgo célèbre l’occupation israélienne », « Non à la collaboration avec l’Etat israélien », « Hidalgo sponsor de la colonisation »…

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine Hidalgo

L’ennui, c’est qu’il est impossible de revenir dans la petite « bande » de Tel Aviv plage. Parce que dans ce sens-là, donc, les forces de l’ordre ne laissent passer personne, même avec une carte de presse. Gaza plage représenterait-elle une menace plus importante pour Tel Aviv plage que l’inverse ? On marchera donc un kilomètre de plus, jusqu’au Pont-Neuf (sans compter un saut de puce en bus), pour revenir à notre point de départ. Pourtant, la longueur de la « plage » parisienne est ridicule…

Sur ce petit bout de l’hypercentre de Paris, de la taille d’un confetti, tout a été fait pour empêcher le moindre contact entre une population et une autre. Mission accomplie pour la mairie de Paris en cette journée ensoleillée, jusqu’à l’averse qui a sans doute participé, en fin d’après-midi, à ce que chacun rentre « chez soi » sans croiser son voisin. Pas grave, après tout, il y a une fête pour ça aussi.

*Photos : Pascal Bories

Tel Aviv sur Seine: ça barde au Front de gauche!

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tel aviv front gauche

La danse du scalp menée par la gauche de la gauche à propos de Tel Aviv sur Seine occupe l’espace médiatique au beau milieu de la pause estivale. Les ténors de la politique étant au vert ou au bord de la grande bleue, d’autres font l’actualité et comptent bien en profiter pour se faire une notoriété. Encore une fois, la cause palestinienne n’est malheureusement qu’un prétexte.

Il n’aura échappé à personne que la bronca contre Tel Aviv sur Seine a été lancée par Danielle Simonnet, une élue municipale parisienne du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. L’occasion de se payer la maire de Paris, Anne Hidalgo, et de tenter de mettre le PS dans l’embarras, semblait trop belle. En critiquant le choix de Tel Aviv comme partenaire de Paris plage, il était facile de fédérer autour d’elle tout le gratin du pire idéologique, une drôle d’alliance allant du très rouge au très brun, en passant par le BDS (Boycott, Divestment, Sanctions), l’Association France Palestine Solidarité et j’en passe.

Bref, un grand classique de l’antisionisme, avec comme corollaire bien connu, tous les débordements antisémites, classiques, sur les « réseaux sociaux » contre lesquels Madame Simonnet n’a pas encore protesté avec cette fermeté de ton qui la caractérise tant. En revanche, elle prend date auprès de ses futurs électeurs. Songeons que les élections régionales approchent (dans quatre mois) et le PS vivra probablement des heures très douloureuses. Il ne sera pas le seul : il est probable que la gauche dans son ensemble verra sa voilure largement réduite. Dans ce contexte de débâcle annoncée, les places en positions éligibles s’annoncent rares,  et tous les coups – surtout les plus bas – sont permis. Certains tentent donc de  se placer, cherchent à se faire remarquer par les médias et l’électorat en débordant « les têtes de liste » sur leur gauche. Et critiquer Israël peut sembler une martingale gagnante à ces esprits simples.

Ainsi, depuis le début de «l’affaire Tel Aviv sur Seine», les ultras du PG semblent occuper l’espace médiatique. En l’absence de prise de parole de Mélenchon sur le sujet, Eric Coquerel le coordinateur du Parti de Gauche, n’est monté au front que très tardivement… pour presque contrecarrer les propos de boutefeu de Madame Simonnet ! Ce matin, sur France Info, il a proposé que l’événement soit transformé en journée fédérant artistes palestiniens et israéliens oeuvrant pour la paix. Comme par hasard, une fois ce sujet épuisé, le journaliste  qui l’interrogeait est passé une question sur… les élections régionales.

Au Parti communiste, allié du PG au sein du Front de Gauche, la situation n’est pas plus claire. D’abord parce que la signature de l’alliance avec les (maigres) troupes de Mélenchon ne faisait pas l’unanimité, loin s’en faut. Dans certains cas, ces réticences  ont viré à la franche hostilité contre Mélenchon, sentiment qu’on exprime de plus en plus ouvertement place du Colonel-Fabien. Sur le terrain, les relations avec les camarades du PG s’en ressentent et divisent dans les sections déjà clairsemées du PC. Pour des raisons de micro-tactique, il arrive que des responsables locaux assument des prises de position de camarades un peu agités et aux courtes vues. Or, ces « débordements » toujours sur leur gauche, vont presque toujours avec une contestation de la politique d’union de listes pour les élections aux municipalités restées aux mains de la gauche, généralement dirigées par un maire PS. Quand l’occasion de mettre dans l’embarras un maire PS se présente, on ne se gêne pas !

À la gauche de la gauche, la surenchère anti-israélienne et antisioniste doit en outre avoir pour effet d’amener à eux de « nouveaux électeurs », entendez par là ceux des cités qui se décideraient à aller aux urnes. Marqués à la culotte par le NPA, le PC et le PG sont au coude à coude dans la course à ces voix.

Nous en sommes là. Tel-Aviv sur Seine a bien eu lieu. Le Parti de Gauche, par la voix d’Eric Coquerel (mais où diable est donc Mélenchon ?), vient de siffler la fin de la récréation dans les rangs. « On n’appelle pas à se mobiliser pour une simple raison, c’est qu’on a vu sur les réseaux sociaux depuis des jours – y compris venant d’une certaine extrême droite sioniste – des appels à provocation extrêmement violents », a développé Eric Coquerel sur Europe 1. « Il y a plein de gens qui rêvent que ça se passe mal et nous, nous n’avons pas les moyens militants d’éviter les provocations de ce type », a-t-il poursuivi, espérant que « tout va se passer dans le calme », même s' »il y a des gens qui ont envie de faire monter la sauce ».  Une manière bien  « Parti de Gauche » de taper sur les doigts de l’agitée du fond de la classe, la « non nommée » dans les interventions d’Eric Coquerel, une certaine… Danielle Simonnet!

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21778399_000016.

John Kerry, l’écouteur écouté

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John Kerry tombe de haut. Il a appris que ses camarades chinois et russes lisaient ses emails. Cette déloyauté patente l’a mis dans tous ses états. Mardi, il a donc prévenu que la question du piratage informatique serait abordée par Barack Obama qui recevra en septembre son homologue chinois Xi Jinping.

Dans un entretien sur la chaîne américaine CBS, questionné sur la possibilité qu’il soit espionné par la Chine et la Russie, le secrétaire d’Etat a répondu :  » C’est très probable (…) et nous savons qu’ils ont attaqué un certain nombre d’intérêts américains au cours des derniers jours ». La Chine et la Russie, au mépris de toutes les conventions internationales se permettraient donc d’espionner les Américains ? Au sujet de l’espionnage de ses mails, Kerry a ajouté : « C’est très possible (…) et j’écris bien entendu des choses en ayant cela à l’esprit ».

Choqué par l’ampleur que prend l’espionnage mondial, John Kerry a tenu à dénoncer ces dérives : « Nous vivons malheureusement dans un monde où un certain nombre de pays, y compris les Chinois et les Russes, ont constamment été impliqués dans des attaques contre des intérêts américains, contre le gouvernement américain ».

Face à cet intolérable comportement, il a tenu à rappeler que les Etats-Unis avaient « récemment soulevé cette question, de manière très, très ferme, dans [leur] dialogue avec les Chinois ». Il est donc normal que lors de la prochaine visite d’Etat à la Maison Blanche de Xi Jinping, la question de l’espionnage soit « au programme des discussions ».

Plein d’innocence, John Kerry s’est alarmé d’un « cybermonde très compliqué et évoluant très rapidement », se gardant bien d’expliquer pour quelles obscures raisons l’espionnage avait atteint un tel degré de sophistication. Le secrétaire d’Etat, plein de bonne volonté, a plaidé la cause de son pays, acculé par les offensives multiples à son encontre et forcé de développer de coûteuses stratégies de protection : « Des entreprises dépensent des milliards de dollars pour se protéger. Le gouvernement des Etats-Unis fait la même chose (…) Nous essayons de créer un code de bonne conduite ». Il a pourtant été forcé de déplorer qu’à « l’heure actuelle, c’est plutôt le Far West ».

Il est rassurant d’apprendre qu’un pays aussi droit que les Etats-Unis mette la main à la pâte pour enfin régler le problème de l’espionnage international. Grâce à lui, on n’écoutera plus les conversations des présidents français ou les échanges téléphoniques de Madame Merkel. Que ferions-nous sans les Etats-Unis pour nous protéger?

Sportive cherche sexe féminin

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dutee chand athletisme sexes

La grande coureuse indienne Dutee Chand a gagné le 27 juillet, après un recours auprès de la plus haute instance du sport, le droit de participer aux courses féminines. Une femme qui prend part aux compétitions de femmes, ce n’était pas si étonnant il y a quelques années. Maintenant, ça devient sujet à débat.

Après un contrôle antidopage lors des Jeux du Commonwealth en juillet 2014, la sprinteuse de 18 ans a été accusée d’«hyperandrogénie». C’est-à-dire que son corps présentait un «excès d’androgènes», hormones généralement masculines, qui favorisent notamment le développement des cellules musculaires. La jeune sportive a été suspendue de sa fédération et  interdite de compétition.  Elle a fait appel de cette décision auprès du tribunal arbitral du sport  qui lui a finalement redonné le droit, après un an d’attente, de courir avec les filles.

Tout l’enjeu se concentrait  sur cette question : les femmes XY dites « intersexuées », telles que Dutee Chand, peuvent-elles concourir avec des femmes XX ?

Dutee Chand est née avec des avantages physiques non négligeables pour une sportive, comme ne manque pas de le dénoncer la marathonienne Paula Radcliffe : « Son corps répond différemment, plus fortement à l’entraînement et à la course qu’une femme avec un taux normal de testostérone. » Mais peut-on légitimement reprocher à Dutee Chand son patrimoine génétique ? Une top-modèle reproche-t-elle à sa concurrente d’avoir des gènes plus favorables à la beauté ? Un joueur d’échecs reproche-t-il à son adversaire d’avoir un cerveau plus performant ?

Les fédérations sportives ont aussi tendance à penser que les sportives XY tirent un avantage indu de cette différence chromosomique, comme le prouvent la suspension de Dutee Chand ou de la coureuse sud-africaine Caster Semenya en 2009. Difficile à entendre pour ces athlètes qui n’ont pas choisi leur différence. Contrairement à d’autres sportives européennes, leur état est naturel. Elles n’ont fait appel ni aux opérations chirurgicales, ni aux traitements hormonaux.

Dutee Chand « n’a pas triché sur son genre », commente un journaliste de Libé. Mais ça n’a rien à voir avec le genre. On nous bassine suffisamment avec pour savoir ce que cela signifie : une tendance à un comportement féminin ou masculin, ou un peu de tout, ou l’un après l’autre, jusqu’aux six identités de genre proposées par les Universités de Californie à leurs étudiants. Rien à voir avec le schmilblick chromosomique ! En fait, c’est le genre qui est venu semer la confusion dans la distinction des sexes. À force de chercher les « tendances » de chacun, on en oublie l’essentiel, quitte à priver une femme du droit de faire partie d’une catégorie féminine.

Le verdict du tribunal arbitral du sport est à l’image de cette confusion générale. S’il affirme clairement que l’hyperandrogie n’est pas un motif de suspension des joueuses, il devient plus nébuleux quand il s’agit d’aborder la question éthique : « Le sexe des êtres humains ne peut être défini de façon binaire », insiste l’instance, car « la nature n’est pas ordonnée de façon stricte et le sexe n’est pas déterminé par un seul élément». Malgré tout, « comme il y a une distinction dans le sport entre les catégories féminines et masculines, la fédération doit trouver un socle qui permette la distinction entre les athlètes féminins et masculins ».

Et le socle qui permet la distinction entre les athlètes féminins et masculins, c’est le sexe. Bien obligé de ranger les femmes et les hommes dans des cases différentes, avec des critères ancestraux, sous peine de discriminer les femmes par rapport aux hommes en fonction de leur degré de féminité.

*Photo: Sipa. N° de reportage: AP21655890_000002.

Tel Aviv sur Seine: Sous les tollés, la plage

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tel aviv paris plage

À chaque mois d’été sa polémique. Jean-Paul Brighelli montrait, dans un article récent, de quelle manière la venue en juillet de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, avait bouleversé la petite commune de Vallauris Golfe-Juan, près de Cannes, faisant tourner la tête des commerçants de la région et des édiles locaux. Ceux-ci s’empressèrent de dérouler le tapis rouge pour le souverain et sa suite, en privatisant temporairement la plage publique située devant la villa royale et en autorisant l’installation temporaire d’un ascenseur permettant à Son Auguste Surcharge Pondérale d’accéder à SA plage avec plus de commodité. L’affaire prit cependant une tournure plus embarrassante quand Salmane d’Arabie se déclara indisposé par la présence d’une femme dans la Compagnie Républicaine de Sécurité affectée à sa protection. Alors que la France se remettait à peine de la terrible affaire des maillots de bain de Reims, les protestations s’élevèrent, provoquant finalement le départ du roi et de sa suite vers une destination plus accueillante, ne laissant pour seul souvenir aux Vallauriens qu’une dalle de béton coulée sur la plage, en indélébile hommage à l’obséquiosité empressée de ses hôtes.

Par un juste retour des choses, la polémique s’est déplacée en août du bord de mer aux bords de Seine, de la Côte d’Azur à Paris Plage. Chaque été depuis 2002, la rive droite de la Seine est envahie par les parasols, les palmiers en pot et le sable déversé par bennes entières sur le pavé pour offrir aux parisiens n’ayant pas la chance de pouvoir se rendre à Cannes ou au Touquet entre la mi-juillet et la mi-août un ersatz de villégiature balnéaire. Comme le dit un ami du sud de la France : « Paris Plage c’est pareil que Saint-Tropez, en été les deux sont réservés aux parisiens. » La canicule de 2003 contribua fortement à assurer le succès de ce que Philippe Muray qualifiait de « burlesque opération d’intoxication néo-balnéaire » et l’événement attire chaque année à Paris quelques millions de visiteurs venus profiter du bassin flottant, de cours de danse, de soirées DJ, de cours de fitness ou d’initiations au Segway, cette espèce de pupitre motorisé sur laquelle même Dean Martin aurait l’air ridicule. La manifestation s’est enrichie d’année en année de nouvelles animations thématiques : le Brésil – pays festif par excellence – fut à l’honneur, en 2006, tandis qu’un pique-nique géant était organisé de la place de l’Hôtel de Ville au centre Georges Pompidou en 2008. Même Mickey fut de la fête et vint inaugurer en personne une réplique en sable géante du château de Disneyland Paris en 2011. Pour marquer de son empreinte le sable de Paris Plage, Anne Hidalgo, nouvellement élue maire de Paris, décida donc que se tiendrait cette année une journée « Tel-Aviv-sur-Seine ». Si on y réfléchit bien, l’idée n’est pas si mauvaise tant la correspondance semble évidente entre la manifestation, devenue avec la Gay Pride ou la Techno Parade l’un des emblèmes du festivisme parisien, et le microcosme balnéaire et festif de Tel-Aviv, décrit avec une certaine justesse en 2006 par Eytan Fox dans le film The Bubble, au titre évocateur.

Le contexte international s’est révélé cependant assez défavorable à l’initiative, peu de temps après l’assassinat d’une famille, dont un nourrisson, au cocktail Molotov par des ultra-orthodoxes juifs en Cisjordanie, le 31 juillet dernier. Si la venue du roi d’Arabie Saoudite et ses histoires de plage privatisée et bétonnée ont modérément fait bruisser internet, l’annonce de l’organisation de « Tel-Aviv-sur-Seine » a en revanche électrisé la toile et a englouti les palmiers et les parasols de Paris-plage sous un déchaînement de protestations. Parmi celles-ci on a pu remarquer tout particulièrement celle de Danielle Simonnet, conseillère de Paris et secrétaire nationale du Parti de Gauche, qui a saisi immédiatement l’occasion de capitaliser sur l’émotion et l’indignation suscitée par la conjonction des événements.

Les rôles s’étant une fois de plus bien distribués, il paraît difficile de trancher l’affaire. La mairie de Paris défend la cause du festivisme pour tous, de Paris plage à Tel Aviv. «Nous voulions une initiative festive avec des animations ludiques, gratuites, des concerts, des food-trucks et autres», a rappelé Bruno Julliard sur Europe 1. L’opinion publique virtuelle et les réseaux sociaux réagissent quant à eux de manière quasiment pavlovienne et chargent tête baissée dès que l’on mentionne les mots « Israël » ou n’importe quel terme associé au champ lexical du conflit israélo-palestinien. Le Front de Gauche, par la voix de Danielle Simonnet, fait son boulot d’agitateur de tendances en agitant tout ce qu’il peut à la tribune de l’indignation médiatique. Pour réconcilier tout le monde, il y existe cependant une solution : il suffit de remettre à plus tard la journée telavivienne et d’organiser à la place une journée en l’honneur de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, nouvel invité d’honneur de Paris Plage. Cela représenterait un élégant geste d’excuse vis-à-vis du malheureux souverain saoudien si injustement traité par la municipalité de Vallauris, au point de devoir écourter ses vacances. Ce serait l’occasion de tenter une expérience innovante en créant une microrépublique islamique ludico-festive sur les bords de Seine et cela résoudrait beaucoup de problèmes en France : la tweetosphère indignée, le NPA et le Front de gauche seraient ainsi satisfaits qu’on ne parle plus de Tel-Aviv.

On répondrait aussi définitivement à la question du financement de Paris plage en privatisant tout le périmètre de la manifestation, de l’hôtel de ville au centre Pompidou, sans oublier le bassin de la Villette. On éviterait les nuisances sonores et l’abus de tenues vestimentaires indécentes en faisant interdire les DJs et toute forme de production musicale dans le secteur concerné, tandis que le seul vêtement de bain autorisé autour du bassin flottant serait le burkini. Les risques de débordements seraient aussi considérablement réduits grâce à l’interdiction absolue de l’alcool et l’on pourrait par ailleurs faciliter la compréhension de l’islam saoudien en organisant des randonnées-découvertes de Paris emmenées par des prêcheurs salafistes montés sur Segway, tandis que des ateliers décapitations et des soirées « Charia pour tous » mettraient une ambiance du tonnerre de 16h à 19h.

On rouvrirait aussi les rives de la Seine à la circulation automobile pour organiser un défilé en continu de belles bagnoles face à la foule en liesse des plagistes et puisque Salmane a l’air de s’y connaître un peu en ascenseurs, il pourrait en profiter pour installer un nouveau funiculaire flambant neuf et plaqué or à Montmartre. Pour finir, on pourrait proposer au pétromonarque de faire couler une belle dalle de béton place de l’Hôtel de Ville sur laquelle les commerçants parisiens éperdus de gratitude et rendus tous millionnaires viendraient déposer des gerbes de fleur et des montres plaqué or. Voilà. Problème réglé, la République islamique de Paris plage est née.

Sinon à part ça, il se passe quoi dans le monde?

La Fille dans la Thunderbird

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Dany est secrétaire à Paris. Elle n’a jamais vu la mer. Elle veut voir la mer. C’est une idée fixe, un peu compliquée pour une fille assez simple. Sur un coup de folie, elle empruntera la voiture de son patron, une Thunderbird,  et à nous la Côte d’Azur ! Sauf que rien ne se passe comme elle le rêvait. Partout, au café, au garage, à l’hôtel, on la reconnaît. Elle n’est plus celle qu’elle croyait être. Il se passe des choses étranges qu’elle n’aurait jamais imaginées. Elle pense devenir folle. Elle n’a toujours pas vu la mer, mais des vertes et des pas mûres. Et même un cadavre dans le coffre de sa voiture, ce qui pour une fille simple, simple mais sexy, devient de plus en plus oppressant.

Une fille, une voiture : cela suffit-il pour faire un film ? Joann Sfar qui n’avait pas démérité avec son Gainsbourg nous prouve que oui. Encore faut- il une pointe de Hitchcock, époque Vertigo, une ambiance d’Été Meurtrier et un certain décalage dans le temps, en l’occurrence les années soixante-dix. Sébastien Japrisot – et c’est la bonne nouvelle – inspire encore la cinéma français, même s’il est mort en 2003. La moins bonne nouvelle, c’est que Joann Sfar perd le fil du roman (La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil) dans le dénouement de l’intrigue, nous laissant seuls avec Dany et sa Thunderbird bleue. Bleue comme la mer qu’elle verra enfin. Freya Mavor une jeune actrice écossaise de vingt-deux ans, ne lâche rien dans le film, faisant mentir l’adage selon lequel les voitures sont plus intéressantes que les femmes. La Thunderbird n’est pas mal non plus.

La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Thriller de Joann Sfar avec Freya Mavor et Benjamin Biolay.

Gainsbourg - vie héroïque, le film (César 2011 du Meilleur Premier Film & Meilleur Acteur)

Prix: 6,12 €

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#ClochesChrétiennes: le sain(t) communautarisme

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assomption chretiens orient

assomption chretiens orient

Cloches, sonnez, pour tous ceux qui savent que leurs peines/Vont s’effacer, vont bientôt guérir. En ce 15 août, les cloches de France répondent à Charles Trenet. Près de 70 diocèses catholiques, une vingtaine d’abbayes et sanctuaires, et des milliers d’églises font sonner leurs clochers. Ce ballet répond à l’appel d’une poignée de fidèles, qui ont eu l’idée d’exprimer ainsi leur soutien aux chrétiens d’Orient persécutés. L’opération est intitulée sur les réseaux sociaux #ChristianBells, l’anglais étant le seul langage commun de la Babel du Net. L’initiative française s’est propagée en Europe: deux diocèses espagnols, tous les diocèses de Belgique et du Luxembourg, ceux de Cologne et de Genève-Lausanne-Fribourg, ceux de Monaco et de Reykjavik, capitale de la lointaine Islande, ont annoncé leur participation.

Depuis 1950, l’Église catholique romaine a fixé au 15 août la fête du dogme de l’Assomption, la montée au Ciel de Marie, mère du Christ. Ce dogme, comme les autres, n’est pas sorti tout armé de la tête du pape, et avait des origines beaucoup plus anciennes. On a commencé à fêter l’Assomption en Gaule dès le VIe siècle, ce qui ne devait rien au hasard: le concile d’Ephèse de 431 avait proclamé Marie « Theotokos« , mère de Dieu, puisque le Christ est à la fois « vrai Dieu et vrai homme ». L’Église n’a fait qu’entériner ce qui était cru par tous les chrétiens. En Orient, et dans la chrétienté orthodoxe, l’Assomption (ou « Dormition ») a toujours été célébrée, indépendamment du dogme pontifical. Fête chrétienne, le 15 août est plus spécifiquement une fête française. En 1638, Louis XIII consacre son royaume à Marie, en encourageant ses sujets à prier ensemble pour leur pays à cette date. C’est une prière de toute la France, pour la France. La communion d’un peuple. Une préfiguration de la fête nationale. Ces cloches du 15 août rappellent que l’Église est encore le premier parti de France. Combien de divisions, dites-vous ? Venez et voyez.

Le débat sur le mariage gay a commencé à prendre de l’ampleur lorsqu’une prière fut lue dans toutes les églises, pour que chaque enfant bénéficie de « l’amour d’un père et une mère« . Le 15 août 2012, précisément. Les manifestants contre la loi Taubira doivent beaucoup au réseau d’écoles, de paroisses, d’aumôneries catholiques. La Manif Pour Tous est la fille aînée de l’Eglise française de ces dernières années. Ce fut sa force, et également sa faiblesse, en échouant à parler la même langue que la France laïque. Ce même défi est toujours là. Car cette Église qui s’agite suscite des questions légitimes. Le mot-dièse #ClochesChrétiennes, n’est-ce pas du communautarisme ? Que sont ces initiatives, sinon le signe que la tribu des cathos rejoint celle des gays, des Juifs et des buralistes, défendant chacun leurs intérêts ? Le danger du ghetto existe. Les catholiques sont des enfants de leur siècle atomisé. L’auteur de ces lignes était récemment présent à un mariage « à l’église ». C’était une belle fête de l’amour, de l’engagement et de la joie. Mais parmi les invités, quelques-uns se demandaient s’ils ne faisaient pas partie d’un club fermé qui se féliciterait d’exister encore. À la question posée par votre serviteur à certains, « tu as des amis non-catholiques ? », beaucoup étaient gênés de répondre par la négative. D’autres assument, et s’occupent à défendre leur entre-soi avec des polémiques complètement cloches. Le « saint » qui disparaît du bulletin météo quotidien de France 2.

Une « christianophobie » répertoriée sur une carte de France, copiée en moins belle sur celle des musulmans. Les boucs émissaires, de la « dictature socialiste » au « satanisme » musical. Ces boutefeux seraient plus inspirés de relire Tactique du diable de Lewis. Satan raffole du catholicisme identitaire: « amène-le au stade où la religion ne sera plus qu’un aspect de la « cause », où le christianisme est surtout estimé parce qu’il apporte d’excellents arguments à l’appui de l’effort de guerre britannique ou du pacifisme« . Une bonne manière de discerner le ghetto identitaire d’un sain(t) communautarisme, c’est l’universalité, qui est une vocation chrétienne et française. C’est là que l’opération #ClochesChrétiennes sort du lot. Le drame des chrétiens d’Orient n’est pas seulement la disparition d’Églises séculaires, c’est le signe que l’altérité la plus élémentaire est menacée par un totalitarisme qui refuse toute existence non-islamique. Leur cause dépasse les clivages et les sensibilités. Elle soulevait déjà l’indignation de Jean Jaurès, lors des massacres d’Arméniens par les Turcs en 1897. Bien avant que cela ne devienne branché.

En faisant sonner les cloches pour les chrétiens d’Orient le 15 août, l’Église de France fait honneur à son histoire, et rappelle qu’elle est toujours là pour redonner à son pays un supplément d’âme. Le catholicisme a façonné nos paysages, notre vocabulaire, notre esthétique, et même notre érotisme. Mais cette identité de caractère, cette marque indélébile, ne pourra demeurer que si elle est enracinée dans une véritable pratique religieuse. La France a été faite par des personnes qui croyaient en Dieu, et non par des individus qui jugeaient utiles les valeurs chrétiennes. La France s’appellera France si elle reste réellement chrétienne.

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21735154_000002.

La mob’ pour tous

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mobylette idiot international

mobylette idiot international

Au journal, on aime le débat d’idées, la contradiction joyeuse, les empoignades viriles mais toujours correctes. Depuis le début de l’année, on a seulement enregistré deux côtes cassées et un nez brisé, signe de notre modération physique lors des conférences de rédaction. Je ne préfère pas trop m’étendre sur cet incident malheureux qui remonte à deux mois. Un européiste convaincu qui fut oublié, par mégarde, un week-end entier dans le sous-sol d’un pavillon de banlieue. Rassurez-vous, nous le libérâmes le lundi matin en nous quittant bons amis. Après deux jours dans le noir absolu propice à l’introspection, il admit que sa position rigoriste sur les dettes publiques pouvait choquer nos convictions humanistes. Entre souverainistes, marxistes, croyants, athées, libéraux, réactionnaires, partisans du vin biodynamique et du civet de lapin, souvent le ton monte, les mots s’emballent et il n’est pas rare de voir divers objets (stylo, cendrier, chaise, radiateur et dans les cas extrêmes, un exemplaire d’Indignez–vous) traverser la salle, signe de notre vitalité intellectuelle.

A l’approche de l’été, la direction nous a demandé de mettre un peu d’ordre dans ce foutoir. Les gens nous regardent, mieux ils nous lisent. Nous sommes vendus en kiosque, nous devons afficher une ligne éditoriale cohérente (à cet instant, certains voulurent quitter la pièce en criant : Et puis quoi encore, vous n’auriez pas l’intention de nous brider ?). Il fallut toute la diplomatie d’un ex-para pour que ces éléments factieux acceptent de se rasseoir après leur avoir promis une tribune libre où ils pourraient dénoncer à leur guise le comportement quasi-dictatorial de la direction, du marché, du système, etc… Si l’objectif était de ne plus passer aux yeux de nos confrères pour une bande d’énergumènes incontrôlables qui écrivent ce qu’ils pensent et sont incapables de s’accorder entre eux sur le moindre petit sujet, la soirée risquait d’être longue. « Trouvez un sujet où vous êtes tous d’accord ? Il en va du sérieux de notre publication ! » intima le rédacteur en chef peu enclin au dialogue constructif. Nous ne sommes pas au conseil des ministres. Ici, quand le chef ordonne, les subalternes acquiescent. S’en suivit alors un silence gêné qui se transforma vite en fronde, chacun trouvant la méthode dégueulasse, un ancien de L’Idiot International qui en avait pourtant vu du temps de Jean-Edern en matière de dinguerie faillit s’étrangler en sifflant une rasade de scotch (l’alcool favorise l’établissement de la vérité, vieille maxime journalistique des années 70).

Un autre confrère qui, de Philippe Tesson à Jean-François Kahn en passant par Serge July, avait, en quarante ans de carrière, usé son Mont-Blanc dans toutes les rédactions les plus foutraques n’en revenait pas. Il éructait : Inadmissible ! Humiliant ! Impardonnable ! Même le fayot de service qui avait accepté d’être payé en abonnement ne pouvait plus cacher son courroux. Le chef n’en démordait pas : « Vous ne sortirez d’ici qu’après avoir accordé vos violons ! Alors, j’attends…Quelqu’un a-t-il une idée ? ». Un seul d’entre nous se risqua à prendre la parole : «  Et si nous évoquions le conflit israélo-palestinien ? ». Personne ne daigna relever ce moment d’égarement, il y eut même pour la première fois, quelques sourires échangés entre les deux camps jusque-là irréconciliables.

Après cette tentative avortée, une de nos jeunes confrères, récemment fiancée, émit l’idée de parler du mariage comme socle de la société. Sa naïveté ne la sauva pas d’une volée de bois vert. Elle fut en quelques secondes ensevelie sous un torrent d’adjectifs aussi contradictoires que diffamants. Il fallait se rendre à l’évidence, nous n’étions d’accord sur rien. Pas le plus petit dénominateur commun en vue. Nous avions conscience de notre incurable singularité. Elle nous fascinait autant qu’elle nous chagrinait. Nous partagions bien quelque chose ensemble ? Quand on vit un coursier entrer dans la cour de notre immeuble. Il ne « pilotait » pas un de ces scooters modernes, tricycles carénés comme des automobiles, mais une simple mob’, une meule à l’ancienne, frêle comme un académicien, fraîche comme une lycéenne. Un cyclomoteur comme disent les pédants. 49,9 cm³ de plaisir.

Chacun y alla de son anecdote, on ne pouvait plus nous arrêter. Ce fils de paysan devenu universitaire se souvenait de ses interminables balades dans la campagne normande, ce fils de grand bourgeois élevé rue de la Pompe, jadis trotskiste, aujourd’hui avocat d’affaires eut la larme à l’œil, il se revoyait, dans un Paris enfumé, un certain mois de mai, courir d’une AG à une barricade au guidon de sa Motobécane, et ce commissaire de police ancien marlou des cités, aurait donné cher pour revivre les courses-poursuites à travers les barres d’immeubles, quant à cet aristo, il se souvenait que, sans sa « 103 », son éducation sexuelle aurait été cruellement ralentie. Pour tous, cette mob’, icône des banlieues, des campagnes, du djebel ou d’ailleurs avait le parfum de l’espoir et des combats perdus. Qu’à sa manière, elle avait plus compté dans nos vies que des précis d’économie ou des manuels d’histoire. Nous avions enfin (re)trouvé notre idéal commun.

*Photo: wikicommons.

Islamo-gauchisme : la filière belge

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Peu de choses me hérissent autant que l’amalgame systématique entre gauchisme, islamisme et antisémitisme, ce dernier surgissant ici et là comme la maladie infantile du marxisme. Il arrive néanmoins qu’un article bouscule notre confort intellectuel, comme le portrait que La Libre Belgique consacre à un certain Abdellah Boudami. Cet illustre inconnu s’est fait connaître en février 2012 en perturbant une conférence de son université bruxelloise (ULB) à laquelle participait Caroline Fourest.

Avec son escouade de grands démocrates réunis au sein du Collectif Réflexions musulmanes (CRM), Boudami avait réussi à faire capoter le débat en scandant « burqa bla-bla » pour faire taire ce symposium d’affreux islamophobes. Depuis, l’étudiant s’est mué en globe-trotter « humanitaire », « sillonnant » la Syrie de septembre à décembre 2013, sans combattre, nous dit-il, mais en signe de soutien à « la résistance contre le régime meurtrier de Bachar, et le projet d’une résistance islamique avec un projet islamique » (sic). Complètement à l’ouest du pays, les groupes armés salafistes Ahrar-Cham, Jeysh-al-islam, et Jeysh-al-Fatah, ainsi que le Front al-Nosra, émanation syrienne d’Al-Qaïda, incarnent à ses yeux une « résistance islamique solide et cohérente, héritage d’une méthode et d’une pensée qui se sont construites en réponse aux agissements des Etats occidentaux sur les décennies précédentes ». Comme ces djihadistes tendance nineties, le jeune belge ne tarit pas de critiques contre l’Etat islamique, que la nébuleuse salafiste classique accuse de dévoyer l’islam à travers son califat autoproclamé.

Si le spécialiste de l’antiterrorisme belge perçoit en Abdellah Boudami « le chaînon manquant entre l’extrême gauche et le salafisme », celui-ci n’est jamais que  le surgeon belge d’une mouvance islamo-gauchiste aux multiples avatars historiques, de Malcolm X à la Révolution iranienne. Sur le front syrien, les miliciens chiites du Hezbollah ainsi que pasdarans iraniens emploient d’ailleurs une rhétorique islamo-révolutionnaire voisine de la prose du CRM. Dans le sillage de l’Imam Khomeini, qui avait abondamment puisé dans l’œuvre du penseur islamo-marxiste Ahmed Shariati pour soulever les masses de jeunes déshérités, les supplétifs chiites de l’armée syrienne mènent en effet un combat contre les « orgueilleux », « apostats » et autres « infidèles » salafistes. Quitte à mourir en « martyrs ». Je ne sais pas ce qu’Abdellah Boudami a retenu de son passage sur les bancs de l’université. Mais j’aimerais bien savoir ce qu’il pense du concept de « rivalité mimétique »…

L’émasculée conception

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On les dit réactionnaires, rétrogrades et misogynes : les activistes américains du Men Rights Movement (MRM) sont en guerre contre une société qui a supposément troqué le patriarcat pour une misandrie à tous les étages. Ils sont au féminisme ce que le « coal rolling » est à l’écologisme. Quand les rednecks anti-écolos, au volant de leurs pick-up trucks trafiqués, crachent d’épais nuages de fumée noire au visage des défenseurs d’une « politique verte », les partisans du MRM clament leur détestation du féminisme au travers d’un discours musclé et provocateur. Agents actifs d’un corporatisme masculin, bien que comptant quelques femmes dans leurs rangs, ils décèlent, derrière le projet féministe, un complot genré qui va bien au-delà de la quête de l’égalité des droits. Leurs griefs sont nombreux : le montant exagéré des pensions alimentaires que les pères divorcés seraient condamnés à verser ainsi que l’attribution quasi systématique de la garde des enfants à la mère ; l’indifférence aux violences domestiques subies par les hommes, inversement proportionnelle à la victimisation systématique des femmes, qui laisserait libre cours aux fausses accusations de viol.[access capability= »lire_inedits »]

Les origines du mouvement restent assez floues. On trouve trace en 1898, à Londres, d’une éphémère Ligue des droits des hommes, axée sur les questions de divorce et, plus largement, sur « la lutte contre toutes les monstruosités nées de l’émancipation de la femme ». En 1926, à Vienne cette fois, der Bund für Männerrechte (La Fédération pour les droits des hommes), bénéficia d’un traitement médiatique plus important. Herr Kornblueh, l’un des cadres de l’association, voyait dans « la tyrannie des femmes modernes, qui réclament tous les droits et épousent les hommes dans le but de mener une existence insouciante, sans travail ni enfant, ou tentent d’obtenir le divorce et une pension alimentaire à vie, la cause sous-jacente de tous les maux ». Charlie Chaplin, rompu aux divorces dispendieux et tumultueux, fut l’un de leurs plus fervents supporteurs. En 1927, son divorce d’avec la jeune Lita Grey (elle était âgée de 15 ans au moment de leur union) donna lieu à une féroce bataille juridique, qui fit les manchettes pendant des mois et se conclut par le versement d’une indemnité de 825 000 dollars, un record pour l’époque.

Puis vinrent les années 1970, durant lesquelles la deuxième vague du féminisme américain, d’inspirations diverses, des Black Panthers à Simone de Beauvoir, quitta le terrain de la conquête des droits – dont certains étaient acquis (droit de vote, droit à l’instruction, droit à la contraception) – pour se consacrer à la « libération » des femmes du joug masculin. En réaction fut créée, à Columbia, la Coalition nationale pour les hommes, un contre-mouvement social, plus revendicatif que politique, dont l’objectif était « de sensibiliser sur les façons dont la discrimination sexuelle affecte les hommes et les garçons ». Soit le glissement progressif de la crise du pater familias (d’ordre sociétal) vers celle, identitaire, de l’homme en tant que tel.

À l’âge numérique, on a assisté à la naissance de la manosphère (mot-valise né de la contraction de man et de blogosphère), un boys club virtuel composé de centaines de sites, blogs et forums tout entiers dédiés à combattre les dérives supposées du féminisme et à redonner à la masculinité ses lettres de noblesse. Un phénomène de société inscrit dans le langage à travers divers néologismes, acronymes et autres hashtags. Ainsi, les activistes du MRM, qui sévissent majoritairement sur le site Internet A Voice for Men (AVfM), croisent les pickup artists (PUA), des moudjahidin de la séduction totalement dévoués à l’art de la drague virile (appelé game), qui prodiguent leur science à des incels, contraction de involuntarily et celibate – soit des célibataires par défaut désespérant de goûter aux joies de l’amour et du sexe. Pour eux, le monde est séparé en deux clans : celui des « mâles alpha » ayant pris la Red Pill (d’après la pilule rouge avalée par Keanu Reeves dans Matrix pour s’extraire de la réalité simulée) et celui des « mâles bêta », ayant opté pour la Blue Pill, synonyme d’illusions et de soumission à une société en proie à une conspiration féministe. Une vision qui conduit certains hommes à rejoindre la communauté MGTOW, abréviation de « men going their own way », composée d’hommes ayant renoncé à toute relation avec les femmes. Du prédateur stratège au démissionnaire, les membres de ce groupe à large spectre sont convaincus qu’en adhérant au mythe de l’oppression féminine au détriment de « la nature profonde de l’homme », la civilisation occidentale a perverti l’interaction entre hommes et femmes.

Relativement confidentiel et méconnu du grand public, le phénomène a pris une tournure nouvelle le 23 mai 2014, lorsque Elliot Rodger, un étudiant de 22 ans habitué des forums PUA, a assassiné six personnes et en a blessé quatorze autres à Isla Vista, en Californie, avant de retourner l’arme contre lui. Quelques minutes avant d’entamer sa virée macabre, l’adolescent, atteint du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme proche de celle de Rain Man), avait publié une vidéo sur YouTube : « Le jour de la vengeance est venu. Depuis ma puberté, j’ai été forcé à mener une vie de solitude, de rejet et de désirs inassouvis. Tout ça parce que les filles n’ont jamais été attirées par moi. J’ai 22 ans et je suis encore vierge, je n’ai jamais embrassé une fille. Cela a été une torture », y racontait le jeune homme assis au volant de sa voiture, regardant d’un œil fixe la caméra. « Je massacrerai toutes les salopes blondes, snobes et pourries gâtées que j’ai désirées et qui m’ont rejeté. Vous verrez enfin que c’est moi l’homme supérieur, le vrai mâle alpha », poursuivait-il, entre deux rires glaçants.

La tuerie a déclenché une tempête en ligne, incitant les femmes à partager leurs expériences de la misogynie, via le hashtag #YesAllWomen, tandis que les séducteurs kierkegaardiens de la manosphère assuraient que leur coaching en séduction avait précisément pour but « d’empêcher ça ». Comprendre : les actes de Rodgers étaient ceux d’un mâle bêta en manque de reconnaissance. « Vous détestez les femmes car vous n’avez pas les bonnes attentes. Les femmes sont, par nature, manipulatrices, imprévisibles et émotives. Acceptez cette vérité. Une fois fait, vous pourrez vous jouer des femmes pour ce qu’elles sont, et non pour ce que vous voudriez qu’elles soient », pouvait-on alors lire sur le forum Red Pill.

Difficile de ne pas voir dans ces propos les symptômes d’une extrême misogynie, portée par des hommes (pour la plupart blancs de classe moyenne) sexuellement et affectivement frustrés. La trace également d’un manichéisme qui accommode à la sauce yankee le sophisme bêbête : « Les hommes cherchent le bonheur auprès des femmes. Pourtant, les hommes sont malheureux. Donc les femmes sont la cause du malheur. » En somme, une lecture genrée de la misère affective de l’homme occidental, chère à Michel Houellebecq.

Pour le regretté Bernard Maris, assassiné le 7 janvier dernier dans les locaux de Charlie Hebdo, la détresse du héros des Particules élémentaires est principalement d’origine économique – le libéralisme étant par essence l’organisation de la frustration. « L’idée me vint peu à peu que tous ces gens – hommes ou femmes – n’étaient pas le moins du monde dérangés ; ils manquaient simplement d’amour. Leurs gestes, leurs attitudes, leurs mimiques trahissaient une soif déchirante de contacts physiques et de caresses ; mais, naturellement, cela n’était pas possible. Alors ils gémissaient, ils poussaient des cris, ils se déchiraient avec leurs ongles », écrivait déjà Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte. Tandis que le fondateur d’AVfM s’affiche régulièrement dans des conférences organisées par les mouvements libertariens, dont se réclament nombre des membres de cette manosphère, les conseillers en séduction monnaient – à prix fort – une promesse alléchante : nous rendre performants sur le marché impitoyable du désir. [/access]

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*Photo: Soleil

Vivre-ensemble sur Seine

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Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine

Une plage pour les juifs, une plage pour les arabes (et les gauchistes) – avec entre les deux des dizaines de gendarmes et des check-points que franchissent seulement les journalistes, venus en masse : voilà à quoi ressemble cet été le « vivre-ensemble » à Paris. Kippas et mini-jupes d’un côté, keffieh et quasi-burqas de l’autre. Autant le dire d’emblée : à en juger par la longueur des files d’attente aux contrôles de sécurité, Gaza fait plus recette que Tel Aviv…

Tel Aviv sur Seine checkpoint

En important le conflit israélo-palestinien dans le décor de carton-pâte que d’aucuns appellent « plage », Anne Hidalgo aura célébré avec éclat l’alliance du festif et du sécuritaire. Le plus comique, dans cette consternante affaire, est que les opposants à son initiative aient réussi à recréer sur les bords de Seine les traits les plus visibles de l’ordre qu’ils affirment dénoncer – là-bas aussi, chaque peuple a ses plages, même si aucune loi n’organise cette séparation, et là-bas aussi, on s’affronte sans se rencontrer. Bref, ils ont réussi : on s’y croirait !

Ceux qui espéraient une ambiance détendue et festive en ont donc été pour leurs frais. Passé le stress de l’entrée, il faut marcher une centaine de mètres pour atteindre le mini dancefloor ensablé sur lequel un DJ fait danser une dizaine de femmes qui youyoutent en short. Une oreille non exercée pourrait croire que c’est de la musique arabe, mais en l’occurrence, c’est de l’hébreu. Alors qu’on piétine devant le petit stand de fallafels attenant, les danseuses agitent deux drapeaux israéliens et un drapeau français, tout sourire malgré la tension palpable aux alentours. Et c’est tout. Quant au public, il semble presque exclusivement composé de « feujs ». Un DJ et un stand de fallafels : voilà pour le côté israélien.

Tel Aviv sur Seine danse

Tel Aviv sur Seine fallafels

Ensuite, nada, plus rien à voir. Du moins, jusqu’au barrage de gendarmes mobiles installé sous le pont Notre-Dame. Et pour cause : au-delà, c’est « Gaza plage », la manif improvisée par quelques associations dans la foulée des déclarations indignées du Parti de Gauche et d’EELV. Pour y accéder, on traverse le cordon de flics, et on aperçoit très vite les drapeaux palestiniens accrochés tout le long des rambardes. Curieusement, on ne peut pas franchir le passage dans l’autre sens (Gaza-Tel Aviv…).

Entourés d’une foule nettement plus compacte, les militants d’Europalestine et de BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), en tee-shirts verts, se sont approprié l’espace pour y installer des stands. Au menu : tracts, keffiehs, épices… En slalomant au milieu de la foule, on croise une jeune femme intégralement voilée à l’exception du visage, ostensiblement fermé. Mais le drapeau palestinien qu’elle tient à la main ressemble à un mouchoir de poche comparé à celui – géant – qu’un jeune homme est en train d’accrocher au mur qui longe le quai. Côté déco toujours, des photos d’enfants mutilés et de destructions attribuées à qui vous savez. Ici, le mal n’a qu’un nom.

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine voilée

« Nous, on ne veut pas de Tel Aviv, on n’aime pas Tel Aviv », explique un grand gaillard énervé à une petite dame qui s’est visiblement égarée de ce côté, mais ne se démonte pas. « Avez-vous lu cela ?», s’énerve-t-elle en brandissant Hippocrate aux enfers, livre sur les atrocités médicales nazies. C’est l’une des rares rencontres entre les deux « plages ». Immédiatement, une nuée de caméras les encercle. Sur de grandes banderoles, on retrouve les slogans habituels : « Boycott Israël, Etat criminel », « Laissez passer les bateaux », « Israël apartheid »… Et quelques adaptations de circonstance : « Hidalgo célèbre l’occupation israélienne », « Non à la collaboration avec l’Etat israélien », « Hidalgo sponsor de la colonisation »…

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine Hidalgo

L’ennui, c’est qu’il est impossible de revenir dans la petite « bande » de Tel Aviv plage. Parce que dans ce sens-là, donc, les forces de l’ordre ne laissent passer personne, même avec une carte de presse. Gaza plage représenterait-elle une menace plus importante pour Tel Aviv plage que l’inverse ? On marchera donc un kilomètre de plus, jusqu’au Pont-Neuf (sans compter un saut de puce en bus), pour revenir à notre point de départ. Pourtant, la longueur de la « plage » parisienne est ridicule…

Sur ce petit bout de l’hypercentre de Paris, de la taille d’un confetti, tout a été fait pour empêcher le moindre contact entre une population et une autre. Mission accomplie pour la mairie de Paris en cette journée ensoleillée, jusqu’à l’averse qui a sans doute participé, en fin d’après-midi, à ce que chacun rentre « chez soi » sans croiser son voisin. Pas grave, après tout, il y a une fête pour ça aussi.

*Photos : Pascal Bories

Tel Aviv sur Seine: ça barde au Front de gauche!

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tel aviv front gauche

tel aviv front gauche

La danse du scalp menée par la gauche de la gauche à propos de Tel Aviv sur Seine occupe l’espace médiatique au beau milieu de la pause estivale. Les ténors de la politique étant au vert ou au bord de la grande bleue, d’autres font l’actualité et comptent bien en profiter pour se faire une notoriété. Encore une fois, la cause palestinienne n’est malheureusement qu’un prétexte.

Il n’aura échappé à personne que la bronca contre Tel Aviv sur Seine a été lancée par Danielle Simonnet, une élue municipale parisienne du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. L’occasion de se payer la maire de Paris, Anne Hidalgo, et de tenter de mettre le PS dans l’embarras, semblait trop belle. En critiquant le choix de Tel Aviv comme partenaire de Paris plage, il était facile de fédérer autour d’elle tout le gratin du pire idéologique, une drôle d’alliance allant du très rouge au très brun, en passant par le BDS (Boycott, Divestment, Sanctions), l’Association France Palestine Solidarité et j’en passe.

Bref, un grand classique de l’antisionisme, avec comme corollaire bien connu, tous les débordements antisémites, classiques, sur les « réseaux sociaux » contre lesquels Madame Simonnet n’a pas encore protesté avec cette fermeté de ton qui la caractérise tant. En revanche, elle prend date auprès de ses futurs électeurs. Songeons que les élections régionales approchent (dans quatre mois) et le PS vivra probablement des heures très douloureuses. Il ne sera pas le seul : il est probable que la gauche dans son ensemble verra sa voilure largement réduite. Dans ce contexte de débâcle annoncée, les places en positions éligibles s’annoncent rares,  et tous les coups – surtout les plus bas – sont permis. Certains tentent donc de  se placer, cherchent à se faire remarquer par les médias et l’électorat en débordant « les têtes de liste » sur leur gauche. Et critiquer Israël peut sembler une martingale gagnante à ces esprits simples.

Ainsi, depuis le début de «l’affaire Tel Aviv sur Seine», les ultras du PG semblent occuper l’espace médiatique. En l’absence de prise de parole de Mélenchon sur le sujet, Eric Coquerel le coordinateur du Parti de Gauche, n’est monté au front que très tardivement… pour presque contrecarrer les propos de boutefeu de Madame Simonnet ! Ce matin, sur France Info, il a proposé que l’événement soit transformé en journée fédérant artistes palestiniens et israéliens oeuvrant pour la paix. Comme par hasard, une fois ce sujet épuisé, le journaliste  qui l’interrogeait est passé une question sur… les élections régionales.

Au Parti communiste, allié du PG au sein du Front de Gauche, la situation n’est pas plus claire. D’abord parce que la signature de l’alliance avec les (maigres) troupes de Mélenchon ne faisait pas l’unanimité, loin s’en faut. Dans certains cas, ces réticences  ont viré à la franche hostilité contre Mélenchon, sentiment qu’on exprime de plus en plus ouvertement place du Colonel-Fabien. Sur le terrain, les relations avec les camarades du PG s’en ressentent et divisent dans les sections déjà clairsemées du PC. Pour des raisons de micro-tactique, il arrive que des responsables locaux assument des prises de position de camarades un peu agités et aux courtes vues. Or, ces « débordements » toujours sur leur gauche, vont presque toujours avec une contestation de la politique d’union de listes pour les élections aux municipalités restées aux mains de la gauche, généralement dirigées par un maire PS. Quand l’occasion de mettre dans l’embarras un maire PS se présente, on ne se gêne pas !

À la gauche de la gauche, la surenchère anti-israélienne et antisioniste doit en outre avoir pour effet d’amener à eux de « nouveaux électeurs », entendez par là ceux des cités qui se décideraient à aller aux urnes. Marqués à la culotte par le NPA, le PC et le PG sont au coude à coude dans la course à ces voix.

Nous en sommes là. Tel-Aviv sur Seine a bien eu lieu. Le Parti de Gauche, par la voix d’Eric Coquerel (mais où diable est donc Mélenchon ?), vient de siffler la fin de la récréation dans les rangs. « On n’appelle pas à se mobiliser pour une simple raison, c’est qu’on a vu sur les réseaux sociaux depuis des jours – y compris venant d’une certaine extrême droite sioniste – des appels à provocation extrêmement violents », a développé Eric Coquerel sur Europe 1. « Il y a plein de gens qui rêvent que ça se passe mal et nous, nous n’avons pas les moyens militants d’éviter les provocations de ce type », a-t-il poursuivi, espérant que « tout va se passer dans le calme », même s' »il y a des gens qui ont envie de faire monter la sauce ».  Une manière bien  « Parti de Gauche » de taper sur les doigts de l’agitée du fond de la classe, la « non nommée » dans les interventions d’Eric Coquerel, une certaine… Danielle Simonnet!

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21778399_000016.

John Kerry, l’écouteur écouté

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John Kerry tombe de haut. Il a appris que ses camarades chinois et russes lisaient ses emails. Cette déloyauté patente l’a mis dans tous ses états. Mardi, il a donc prévenu que la question du piratage informatique serait abordée par Barack Obama qui recevra en septembre son homologue chinois Xi Jinping.

Dans un entretien sur la chaîne américaine CBS, questionné sur la possibilité qu’il soit espionné par la Chine et la Russie, le secrétaire d’Etat a répondu :  » C’est très probable (…) et nous savons qu’ils ont attaqué un certain nombre d’intérêts américains au cours des derniers jours ». La Chine et la Russie, au mépris de toutes les conventions internationales se permettraient donc d’espionner les Américains ? Au sujet de l’espionnage de ses mails, Kerry a ajouté : « C’est très possible (…) et j’écris bien entendu des choses en ayant cela à l’esprit ».

Choqué par l’ampleur que prend l’espionnage mondial, John Kerry a tenu à dénoncer ces dérives : « Nous vivons malheureusement dans un monde où un certain nombre de pays, y compris les Chinois et les Russes, ont constamment été impliqués dans des attaques contre des intérêts américains, contre le gouvernement américain ».

Face à cet intolérable comportement, il a tenu à rappeler que les Etats-Unis avaient « récemment soulevé cette question, de manière très, très ferme, dans [leur] dialogue avec les Chinois ». Il est donc normal que lors de la prochaine visite d’Etat à la Maison Blanche de Xi Jinping, la question de l’espionnage soit « au programme des discussions ».

Plein d’innocence, John Kerry s’est alarmé d’un « cybermonde très compliqué et évoluant très rapidement », se gardant bien d’expliquer pour quelles obscures raisons l’espionnage avait atteint un tel degré de sophistication. Le secrétaire d’Etat, plein de bonne volonté, a plaidé la cause de son pays, acculé par les offensives multiples à son encontre et forcé de développer de coûteuses stratégies de protection : « Des entreprises dépensent des milliards de dollars pour se protéger. Le gouvernement des Etats-Unis fait la même chose (…) Nous essayons de créer un code de bonne conduite ». Il a pourtant été forcé de déplorer qu’à « l’heure actuelle, c’est plutôt le Far West ».

Il est rassurant d’apprendre qu’un pays aussi droit que les Etats-Unis mette la main à la pâte pour enfin régler le problème de l’espionnage international. Grâce à lui, on n’écoutera plus les conversations des présidents français ou les échanges téléphoniques de Madame Merkel. Que ferions-nous sans les Etats-Unis pour nous protéger?

Sportive cherche sexe féminin

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dutee chand athletisme sexes

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La grande coureuse indienne Dutee Chand a gagné le 27 juillet, après un recours auprès de la plus haute instance du sport, le droit de participer aux courses féminines. Une femme qui prend part aux compétitions de femmes, ce n’était pas si étonnant il y a quelques années. Maintenant, ça devient sujet à débat.

Après un contrôle antidopage lors des Jeux du Commonwealth en juillet 2014, la sprinteuse de 18 ans a été accusée d’«hyperandrogénie». C’est-à-dire que son corps présentait un «excès d’androgènes», hormones généralement masculines, qui favorisent notamment le développement des cellules musculaires. La jeune sportive a été suspendue de sa fédération et  interdite de compétition.  Elle a fait appel de cette décision auprès du tribunal arbitral du sport  qui lui a finalement redonné le droit, après un an d’attente, de courir avec les filles.

Tout l’enjeu se concentrait  sur cette question : les femmes XY dites « intersexuées », telles que Dutee Chand, peuvent-elles concourir avec des femmes XX ?

Dutee Chand est née avec des avantages physiques non négligeables pour une sportive, comme ne manque pas de le dénoncer la marathonienne Paula Radcliffe : « Son corps répond différemment, plus fortement à l’entraînement et à la course qu’une femme avec un taux normal de testostérone. » Mais peut-on légitimement reprocher à Dutee Chand son patrimoine génétique ? Une top-modèle reproche-t-elle à sa concurrente d’avoir des gènes plus favorables à la beauté ? Un joueur d’échecs reproche-t-il à son adversaire d’avoir un cerveau plus performant ?

Les fédérations sportives ont aussi tendance à penser que les sportives XY tirent un avantage indu de cette différence chromosomique, comme le prouvent la suspension de Dutee Chand ou de la coureuse sud-africaine Caster Semenya en 2009. Difficile à entendre pour ces athlètes qui n’ont pas choisi leur différence. Contrairement à d’autres sportives européennes, leur état est naturel. Elles n’ont fait appel ni aux opérations chirurgicales, ni aux traitements hormonaux.

Dutee Chand « n’a pas triché sur son genre », commente un journaliste de Libé. Mais ça n’a rien à voir avec le genre. On nous bassine suffisamment avec pour savoir ce que cela signifie : une tendance à un comportement féminin ou masculin, ou un peu de tout, ou l’un après l’autre, jusqu’aux six identités de genre proposées par les Universités de Californie à leurs étudiants. Rien à voir avec le schmilblick chromosomique ! En fait, c’est le genre qui est venu semer la confusion dans la distinction des sexes. À force de chercher les « tendances » de chacun, on en oublie l’essentiel, quitte à priver une femme du droit de faire partie d’une catégorie féminine.

Le verdict du tribunal arbitral du sport est à l’image de cette confusion générale. S’il affirme clairement que l’hyperandrogie n’est pas un motif de suspension des joueuses, il devient plus nébuleux quand il s’agit d’aborder la question éthique : « Le sexe des êtres humains ne peut être défini de façon binaire », insiste l’instance, car « la nature n’est pas ordonnée de façon stricte et le sexe n’est pas déterminé par un seul élément». Malgré tout, « comme il y a une distinction dans le sport entre les catégories féminines et masculines, la fédération doit trouver un socle qui permette la distinction entre les athlètes féminins et masculins ».

Et le socle qui permet la distinction entre les athlètes féminins et masculins, c’est le sexe. Bien obligé de ranger les femmes et les hommes dans des cases différentes, avec des critères ancestraux, sous peine de discriminer les femmes par rapport aux hommes en fonction de leur degré de féminité.

*Photo: Sipa. N° de reportage: AP21655890_000002.

Tel Aviv sur Seine: Sous les tollés, la plage

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tel aviv paris plage

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À chaque mois d’été sa polémique. Jean-Paul Brighelli montrait, dans un article récent, de quelle manière la venue en juillet de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, avait bouleversé la petite commune de Vallauris Golfe-Juan, près de Cannes, faisant tourner la tête des commerçants de la région et des édiles locaux. Ceux-ci s’empressèrent de dérouler le tapis rouge pour le souverain et sa suite, en privatisant temporairement la plage publique située devant la villa royale et en autorisant l’installation temporaire d’un ascenseur permettant à Son Auguste Surcharge Pondérale d’accéder à SA plage avec plus de commodité. L’affaire prit cependant une tournure plus embarrassante quand Salmane d’Arabie se déclara indisposé par la présence d’une femme dans la Compagnie Républicaine de Sécurité affectée à sa protection. Alors que la France se remettait à peine de la terrible affaire des maillots de bain de Reims, les protestations s’élevèrent, provoquant finalement le départ du roi et de sa suite vers une destination plus accueillante, ne laissant pour seul souvenir aux Vallauriens qu’une dalle de béton coulée sur la plage, en indélébile hommage à l’obséquiosité empressée de ses hôtes.

Par un juste retour des choses, la polémique s’est déplacée en août du bord de mer aux bords de Seine, de la Côte d’Azur à Paris Plage. Chaque été depuis 2002, la rive droite de la Seine est envahie par les parasols, les palmiers en pot et le sable déversé par bennes entières sur le pavé pour offrir aux parisiens n’ayant pas la chance de pouvoir se rendre à Cannes ou au Touquet entre la mi-juillet et la mi-août un ersatz de villégiature balnéaire. Comme le dit un ami du sud de la France : « Paris Plage c’est pareil que Saint-Tropez, en été les deux sont réservés aux parisiens. » La canicule de 2003 contribua fortement à assurer le succès de ce que Philippe Muray qualifiait de « burlesque opération d’intoxication néo-balnéaire » et l’événement attire chaque année à Paris quelques millions de visiteurs venus profiter du bassin flottant, de cours de danse, de soirées DJ, de cours de fitness ou d’initiations au Segway, cette espèce de pupitre motorisé sur laquelle même Dean Martin aurait l’air ridicule. La manifestation s’est enrichie d’année en année de nouvelles animations thématiques : le Brésil – pays festif par excellence – fut à l’honneur, en 2006, tandis qu’un pique-nique géant était organisé de la place de l’Hôtel de Ville au centre Georges Pompidou en 2008. Même Mickey fut de la fête et vint inaugurer en personne une réplique en sable géante du château de Disneyland Paris en 2011. Pour marquer de son empreinte le sable de Paris Plage, Anne Hidalgo, nouvellement élue maire de Paris, décida donc que se tiendrait cette année une journée « Tel-Aviv-sur-Seine ». Si on y réfléchit bien, l’idée n’est pas si mauvaise tant la correspondance semble évidente entre la manifestation, devenue avec la Gay Pride ou la Techno Parade l’un des emblèmes du festivisme parisien, et le microcosme balnéaire et festif de Tel-Aviv, décrit avec une certaine justesse en 2006 par Eytan Fox dans le film The Bubble, au titre évocateur.

Le contexte international s’est révélé cependant assez défavorable à l’initiative, peu de temps après l’assassinat d’une famille, dont un nourrisson, au cocktail Molotov par des ultra-orthodoxes juifs en Cisjordanie, le 31 juillet dernier. Si la venue du roi d’Arabie Saoudite et ses histoires de plage privatisée et bétonnée ont modérément fait bruisser internet, l’annonce de l’organisation de « Tel-Aviv-sur-Seine » a en revanche électrisé la toile et a englouti les palmiers et les parasols de Paris-plage sous un déchaînement de protestations. Parmi celles-ci on a pu remarquer tout particulièrement celle de Danielle Simonnet, conseillère de Paris et secrétaire nationale du Parti de Gauche, qui a saisi immédiatement l’occasion de capitaliser sur l’émotion et l’indignation suscitée par la conjonction des événements.

Les rôles s’étant une fois de plus bien distribués, il paraît difficile de trancher l’affaire. La mairie de Paris défend la cause du festivisme pour tous, de Paris plage à Tel Aviv. «Nous voulions une initiative festive avec des animations ludiques, gratuites, des concerts, des food-trucks et autres», a rappelé Bruno Julliard sur Europe 1. L’opinion publique virtuelle et les réseaux sociaux réagissent quant à eux de manière quasiment pavlovienne et chargent tête baissée dès que l’on mentionne les mots « Israël » ou n’importe quel terme associé au champ lexical du conflit israélo-palestinien. Le Front de Gauche, par la voix de Danielle Simonnet, fait son boulot d’agitateur de tendances en agitant tout ce qu’il peut à la tribune de l’indignation médiatique. Pour réconcilier tout le monde, il y existe cependant une solution : il suffit de remettre à plus tard la journée telavivienne et d’organiser à la place une journée en l’honneur de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, nouvel invité d’honneur de Paris Plage. Cela représenterait un élégant geste d’excuse vis-à-vis du malheureux souverain saoudien si injustement traité par la municipalité de Vallauris, au point de devoir écourter ses vacances. Ce serait l’occasion de tenter une expérience innovante en créant une microrépublique islamique ludico-festive sur les bords de Seine et cela résoudrait beaucoup de problèmes en France : la tweetosphère indignée, le NPA et le Front de gauche seraient ainsi satisfaits qu’on ne parle plus de Tel-Aviv.

On répondrait aussi définitivement à la question du financement de Paris plage en privatisant tout le périmètre de la manifestation, de l’hôtel de ville au centre Pompidou, sans oublier le bassin de la Villette. On éviterait les nuisances sonores et l’abus de tenues vestimentaires indécentes en faisant interdire les DJs et toute forme de production musicale dans le secteur concerné, tandis que le seul vêtement de bain autorisé autour du bassin flottant serait le burkini. Les risques de débordements seraient aussi considérablement réduits grâce à l’interdiction absolue de l’alcool et l’on pourrait par ailleurs faciliter la compréhension de l’islam saoudien en organisant des randonnées-découvertes de Paris emmenées par des prêcheurs salafistes montés sur Segway, tandis que des ateliers décapitations et des soirées « Charia pour tous » mettraient une ambiance du tonnerre de 16h à 19h.

On rouvrirait aussi les rives de la Seine à la circulation automobile pour organiser un défilé en continu de belles bagnoles face à la foule en liesse des plagistes et puisque Salmane a l’air de s’y connaître un peu en ascenseurs, il pourrait en profiter pour installer un nouveau funiculaire flambant neuf et plaqué or à Montmartre. Pour finir, on pourrait proposer au pétromonarque de faire couler une belle dalle de béton place de l’Hôtel de Ville sur laquelle les commerçants parisiens éperdus de gratitude et rendus tous millionnaires viendraient déposer des gerbes de fleur et des montres plaqué or. Voilà. Problème réglé, la République islamique de Paris plage est née.

Sinon à part ça, il se passe quoi dans le monde?