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Caucase : Al-Qaïda contre l’Etat islamique

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Le 11 août 2015, une dépêche AFP annonçait la mort du chef de l’organisation islamiste Émirat du Caucase, Magomed Suleïmanov, insistant sur sa prétendue allégeance à l’État islamique. Or, ledit « émir » n’a jamais rallié l’organisation qu’Abou Bakr Al-Baghdadi dirige des confins de la Syrie et de l’Irak. Loin d’être anodine, une telle erreur témoigne d’une méconnaissance des conflits internes qui minent la rébellion islamiste caucasienne.

Depuis 2007, l’Émirat du Caucase revendique la souveraineté sur la partie russe du Caucase et mène une guerre de basse intensité contre la Russie, marquée notamment par deux attentats retentissants à Moscou dans le métro en 2010 et à l’aéroport de Domodedovo en 2011. Après la mort de son dirigeant historique, le Tchétchène Dokou Oumarov en septembre 2013 (date donnée par ses partisans), son successeur, le Daguestanais Aliaskhab Kebekov, a connu des difficultés pour maintenir l’unité apparente de cette structure transrégionale. Il s’est officiellement rapproché d’Al-Qaïda à partir de juillet 2014 en soutenant Al-Zawahiri dans sa querelle avec le « calife » Al-Baghdadi en Syrie. À l’instar des théologiens proches d’Al-Qaïda (Al-Maqdisi, Abou Qatada,…), Kebekov a considéré Al-Baghdadi comme un imposteur. D’après ces théoriciens, seul le premier émirat islamique – celui des Talibans- aurait eu la légitimité de fonder un califat.

Le conflit souterrain entre Al-Qaïda et l’Etat islamique a poussé les groupes de la mouvance takfiriste à se positionner. L’Émirat du Caucase, sous la domination du Tchétchène Dokou Oumarov (2007-2013) avait su rester ambigu sur ses rapports avec l’ancienne organisation de Ben Laden. Ainsi, les deux plus grands spécialistes de cette organisation divergeaient : l’Étasunien Gordon Hahn considérait l’émirat lié à Al-Qaïda tandis que le Tchétchène Maïrbek Vatchagaev voyait dans cette lecture des choses une entreprise de désinformation russe.  Avec son successeur Kebekov, l’alliance entre la multinationale de Ben Laden et l’émirat caucasien n’a plus fait aucun doute. Et c’est ainsi que, des plaines syriennes, le conflit entre Al-Qaïda et l’Etat islamique s’est déplacé dans le Caucase du Nord.

Dès décembre 2014, l’Organisation de l’Etat islamique a réussi à s’implanter au Daguestan, après la défection de dirigeants locaux de l’Emirat du Caucase. Tant et si bien qu’à la mort de Kebekov en avril 2015, l’Emirat s’est retrouvé dans une situation assez délicate : aucun leader ne s’affirmant, les émirs régionaux ont menacé de prêter serment au Califat. En juin 2015, une grande partie des leaders a ainsi prêté allégeance à Al-Baghdadi et crée la wilayat (région) du Caucase du Nord au sein du Califat. Une organisation islamiste concurrente de l’Émirat du Caucase est née.

À Kebekov a succédé Magomed Suleïmanov, connu pour ses positions virulentes à l’égard des ralliés à Al-Baghdadi quand il exerçait la fonction de qadi (juge suprême) de l’Émirat du Caucase. On ne peut donc pas décemment le dire proche de l’Etat islamique, comme l’ont fait une bonne partie des médias après sa mort la semaine dernière. Dans la mouvance jihadiste comme ailleurs, la realpolitik et les querelles d’ego prennent une place prépondérante. Terroristes, les organisations Al-Qaïda et Etat islamique n’en sont pas moins des groupes politiques avec chacune leurs intérêts…

*Image : wikipedia.

Turquie: un coup d’Etat en douce?

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erdogan turquie coup etat

Sans chars devant les sièges de la radio et de la télévision nationales ni proclamation de l’état d’urgence, la Turquie vient de subir un coup d’Etat. Et c’est peut-être parce que le scénario traditionnel d’un putsch n’a pas été respecté que les réactions tardent à venir. Mais à écouter le président turc Recep Tayyip Erdogan, un changement de régime s’est bien produit : « que vous soyez d’accord ou non, le régime turc a changé ». Ce que le locataire de la Ak Saray (littéralement « le palais blanc » c’est-à-dire la très très grande Maison blanche…) a voulu rappeler, c’est que, contrairement à son prédécesseur Abdullah Gül élu par les députés, lui, Erdogan a été plébiscité le 10 décembre 2014 par le peuple au suffrage universel direct. Il en déduit que le régime a changé : de démocratie parlementaire, la Turquie s’est muée en régime présidentiel.

Les faits remontent à fin août 2014 mais le moment est arrivé d’entériner la situation et de lui « donner un cadre légal ». Si Erdogan était un professeur de sciences politiques ou un journaliste, cette déclaration aurait été pleine de bon sens : effectivement, tout comme la Deuxième république française entre l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à sa présidence et le coup d’Etat du 2 décembre 1851, le régime turc est coincé entre deux légitimités égales et concurrentes. Or, Erdogan n’est pas un commentateur ni un simple acteur de la politique de son pays, il est le prince-président jouant en même temps sur tous les tableaux possibles.

Au départ, le plan était tout autre. L’élection d’août 2014 devait effectivement mettre un pied dans la porte constitutionnelle. Après sa victoire l’été dernier, Erdogan avait clairement affiché son intention de changer la constitution turque à fin de renforcer et d’étendre les pouvoirs du président. Dans un meeting à Istanbul quelques semaines avant le scrutin, il avait déclaré que s’il était élu président « Une nouvelle Constitution pour une nouvelle Turquie sera(it) l’une de nos priorités ». Or, pour changer la constitution, il faut passer soit par referendum soit par une majorité qualifiée de deux tiers des députés du parlement. Erdogan ayant choisi la voie parlementaire, l’échéance a été repoussée au 7 juin 2015, date des élections législatives. Si tout allait bien, l’AKP d’Erdogan devait remporter le scrutin haut la main et ensuite mener l’opération d’amendement constitutionnel. En lieu et place de ce plan parfaitement conçu, Erdogan a eu un petit « accident » de parcours : l’AKP est bel bien sorti en tête des formations politiques mais le parti islamo-conservateur a perdu neuf points (de 49.83% en 2011 à 40.87% en 2011), 69 sièges et la majorité absolue (entre 2011 et 2015, l’AKP occupait 327 sièges sur les 550 du parlement turc). Au vu de tels résultats venus s’ajouter à sa relativement courte victoire au premier tour de la présidentielle d’août 2014 (51.79%), on peut comprendre pourquoi il n’a pas risqué la voie référendaire.

Dans ce contexte, la déclaration d’Erdogan apparaît à la fois comme un ultimatum et la première salve de la prochaine campagne législative. Car depuis les élections de juin, l’AKP n’arrive pas à former une coalition. Malgré les manœuvres dilatoires, le temps passe et le piège constitutionnel se renferme sur l’AKP : impossible de continuer « à la belge ». Erdogan n’a de cesse de déclarer que la Turquie a besoin d’une nouvelle constitution car elle aspire à  un nouvel avenir. Mais il est paradoxalement l’exemple parfait de ce qu’on peut faire dans le cadre d’une démocratie parlementaire : entre 2002 et 2014, sans pouvoir exécutifs étendus ni palais de 1500 pièces, Recep Tayyip Erdogan a joui d’un champ de manœuvre politique inédit, grâce bien sûr à ses talents, son charisme et son énergie mais aussi aux actuelles règles du jeu politique turc. Plus que la nature de son régime, il semblerait que le véritable problème de la Turquie soit l’extraordinaire ambition d’un homme pour lequel tout est devenu trop petit.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21767958_000013.

Hongrie: cachez ce migrant…

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hongrie orban immigration

Voilà un  thème qui fait la une de nos journaux: les migrants. Mot qui, pour beaucoup d’Européens, rime avec  migraine. Y compris en Hongrie.

Alors que 43 000 migrants étaient enregistrés sur toute l’année 2014, les autorités hongroises en ont dénombré près de 100 000 fin juillet. Au rythme d’un millier par jour, le seuil des 200 000 immigrés illégaux sera très vraisemblablement dépassé fin 2015. Pour un pays d’à peine 10 millions d’habitants. Des migrants venus pour leur immense majorité de Syrie et d’Afghanistan, dont une forte proportion d’enfants, arrivés par la frontière serbe. Le problème donne d’autant plus de fil à retordre au gouvernement hongrois que, malgré les allégations du gouvernement, le pays et ses habitants sont loin de rouler sur l’or.

Alors que cette question épineuse mériterait d’être abordée en concertation avec, sinon l’ensemble des partenaires européens (jusqu’à présent divisés et peu efficaces), du moins avec les pays voisins, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a une fois de plus décidé de faire cavalier seul.

Tout d’abord en décidant d’ériger une double clôture le long de la frontière serbe, soit sur une longueur de 175 kilomètres : double rangée de grillages (1,50 mètre et 3 mètres) hérissés de barbelés et de lames de rasoir. Soit. Sauf que, dans le prolongement de cette ligne, les frontières roumaine et croate, ouvertes à tous vents, sont au moins deux à trois fois plus longues. Ces grillages aisés à contourner se révèlent également faciles à cisailler. À moins de placer un garde ou une caméra tous les 100 mètres, de faire des rondes incessantes ou d’édifier des miradors, comme au bon vieux temps du rideau de fer.  Passons. Malgré le coût astronomique de l’opération, on trouvera toujours des personnes de bonne foi pour applaudir.

Mais, pour enfoncer le clou, Viktor Orban a également lancé dans tout le pays une campagne d’affichage censée refroidir ces indésirables. Avec des messages tels que Si tu viens en Hongrie, sache que tu ne pourras pas nous prendre notre travail placardés en hongrois sur d’ immenses placards. Le hic, c’est que le pauvre Syrien ou Afghan qui tombera sur une telle affiche n’en comprendra pas un mot. De toute façon, il n’a nullement  l’intention de rester en Hongrie, mais compte surtout rejoindre l’Europe de l’Ouest. Bref, le seul intérêt de cette campagne coûteuse, davantage destinée à la population hongroise qu’aux étrangers, aura été d’inspirer des des contre-affiches parodiques aux humoristes magyars.

Un temps, le gouvernement a pensé distribuer sa propagande au coeur des pays d’émigration, c’est-à-dire dans les grands centres urbains de Syrie et d’Afghanistan, et ce dans la langue des autochtones. Mais, imaginez le pauvre Syrien qui, perdu avec femme et enfants au milieu des ruines d’Alep, tombera sur une telle affiche – pour peu qu’il reste un pan de mur pour la supporter…- lui tenant le langage suivant: Mon ami, sois donc gentil, reste sagement chez toi et ne viens pas nous embêter, car tu trouveras porte close! On a connu méthode de dissuasion plus efficace. Conscient des limites d’une telle démarche, au lieu d’y renoncer, le cabinet Orban a décidé de l’appliquer non plus en Syrie ou Afghanistan, mais dans les pays de transit: Grèce, Macédoine et Serbie. Il faut vraiment être naïf pour croire qu’un réfugié, fuyant son pays en guerre, qui aura parcouru des centaines, voire des milliers de kilomètres, rebroussera chemin au vu d’une telle affiche.

Et le projet consistant à considérer l’entrée illégale en Hongrie comme un délit passible de prison ne risque pas d’améliorer l’image d’une Hongrie hospitalière.

Si certaines couches de la population se félicitent de ce raidissement, tels ces extrémistes qui relancent l’idée d’un Hongrie rempart de la chrétienté contre l’infidèle, un récent sondage relativise le soutien de la population au camp des xénophobes. En témoignent également les nombreux élans de générosité et manifestations de soutien aux réfugiés exprimés ici ou là. Quant au fameux questionnaire que Viktor Orban a expédié aux 8 millions d’électeurs, il n’a été renvoyé que dans 15% des cas, signe que sa politique est loin de faire l’unanimité…

*Photo: Sipa. N° de reportage : 00719274_000024.

La plage blanche

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Mais oui, Tel Aviv sur Seine a été une fête pour les juifs amoureux d’Israël, et je l’espère pour quelques autres. Une fête où la haine était bannie et les pavés oubliés sous la plage.

Ce n’était pas tout à fait le cas concernant l’improvisation de Gaza plage où, pour ne pas être en reste, les pavés étaient sur la berge vigoureusement astiquée de slogans aussi haineux qu’injustes.

Et c’est bien la raison — chère Elisabeth Levy, cher Pascal Bories, que j’ai si souvent tant plaisir à lire — pour laquelle « Gaza plage représenterait une menace plus importante pour Tel Aviv que l’inverse ». En effet, même au bord de la Seine festive, on ne saurait ne tenir aucun compte de la violence et des débordements des groupuscules pro palestiniens comme le prouvent leurs nombreux passages à l’acte antisémites. Que ces groupes soient réellement sensibles au sort des personnes soumises aux différents pouvoirs locaux — que cela soit à Gaza ou en Cisjordanie — est une autre affaire. De toute évidence, pour ces nostalgiques au masque compassionnel inconscients du totalitarisme, l’idéologie l’emporte sur la raison, l’identification sur l’identité et l’icône sur la réalité.

À ceux-là, nous pouvons rappeler que leurs chers Palestiniens — non les martyrs de la propagande mortifère, mais les gens ordinaires—, furent invités à rompre le ramadan sur la plage de Tel Aviv et que l’OCDE — bien connue pour son sionisme militant — vient de saluer les efforts d’Israël pour intégrer les populations arabes au marché du travail. Ils ignorent aussi, ou feignent d’ignorer les soins régulièrement donnés dans les hôpitaux d’Israël aux Palestiniens de tous bords, notamment aux enfants. Et mille autres choses concernant l’approvisionnement de la « prison à ciel ouvert » malgré le réarmement de cette dernière.

Pourtant, dans nombre de villes et de villages, les Israéliens de toutes confessions n’oublient pas ce qu’ils doivent à la protection du Dôme de fer et à leurs abris dès avant la contre attaque ravageuse contre Gaza d’où provenaient ces tirs en juillet 2014. Aussi sont-ils nombreux à penser ce truisme, même à gauche : Gaza représente une plus grande menace pour la paix que Tel Aviv.

Au plaisir des dames

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belgique sexe prostitution

La femme moderne doit jouir. Pour que le message soit reçu par tous, on organise pour les enfants des expositions à propos du « Zizi sexuel ». Pépé y emmène Ferdinande, 7 ans, sa petite-fille, découvrir son minou et les joies qu’il lui faudra bientôt savoir en exiger. Mémé y trimbale Jessico, son petit-fils, 6 ans, pour lui montrer comment il devra extasier le minou à Ferdinande.

Il paraît que nos arrière-grands-pères n’avaient pas à se soucier de faire plaisir à nos arrière-grands-mères. J’espère qu’ils en ont bien profité. La femme moderne, elle, doit jouir. Elle le clame et le réclame. L’après-midi, elle téléphone à Brigitte Lahaie sur RMC pour dire qu’elle aime la sodomie et les godemichets. Le soir, le prince charmant qui croit la rejoindre au lit rejoint, en fait, une magistrate en poste au tribunal de l’extase féminine version Marie Claire et Psychologie magazine. Gare au foutiste et à l’étourdi. Ils seront congédiés.[access capability= »lire_inedits »]

Il en résulte que François Hollande a dû autoriser les hommes à se marier entre eux. Les catholiques ont râlé, mais le président ne pouvait plus faire autrement. Chaque jour davantage, le mâle se liquéfie dans le clitomysticisme où nous barbotons depuis longtemps déjà. Pour vous en convaincre, écoutez Brigitte Lahaie, qui, entre deux confessions salaces de ces dames, doit ramasser ces messieurs à la petite cuillère après leurs piteuses aventures

Signer d’une main la loi instituant le mariage homosexuel, c’était bien le moins que pouvait faire notre président alors qu’il s’apprêtait à signer de l’autre la loi de pénalisation des clients des prostituées. Pour qu’elles aient fait un tel tapage au nom des grands principes, les féministes ont dû craindre le danger qu’il y avait à laisser se multiplier des concurrences à leurs yeux déloyales. Elles avaient tort. Le travail de sape de toutes les expressions de la virilité qu’elles ont entrepris voilà des décennies a fonctionné. On peut douter que le jeune homme d’aujourd’hui, celui qu’elles ont façonné, sache encore assumer la virile violence nécessaire pour jouir du charme trouble de la prostitution.

À ce propos, un soir que j’étais aux putes à Anvers, moi qui suis du genre mauvais amant et ferais bien de téléphoner à Brigitte Lahaie, je cherchais dans les vitrines une fille sur laquelle vider mon amertume. On dit que l’encadrement juridique de la prostitution en Belgique permet aux autorités de protéger les tapineuses et de s’assurer qu’elles sont majeures. Ce devait être mon jour de chance, celle que je réussis à dégoter avait l’air mineure. Une blonde parfaite – et espagnole.

Elle m’ouvrit, j’entrai, payai (50 €) et la suivis dans les escaliers qui conduisaient à la chambre. Partout, du rouge grenat. Grenat, le clean velours des murs ; grenat, les couvertures du lit impeccablement fait ; grenat, le tamis des lampes et leur lumière. Le parfum artificiel qui empestait la pièce, grenat aussi, je crois. J’étais venu chercher l’amour sale et sans manières, je débarquais dans son funérarium.

Tiens, le bruit de l’eau qui coule. Je me retourne. Porte de la salle de bains ouverte, elle lavait son machin dans le bidet. Adios ! Je renfilai mon manteau et déguerpis. En dévalant les escaliers, j’entendis vaguement sa voix me lancer un vengeur : « Eres loco ! » Fou, moi ? Dans la rue, je pensais au mâle que j’aurais pu être, il y a un siècle. Ah ! après l’avoir sautée, la beigne que je lui aurais flanquée avant de décamper sans payer ! Et ce n’est même pas moi qui aurais passé la meilleure soirée.[/access]

feminisme fourest lahaie

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J’habite une ville formidable

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marseille islam ramadan

Peut-être le fait d’habiter Marseille fausse-t-il ma vision de l’islam… Ou peut-être le fait de vivre dans une ville musulmane permet-il au contraire d’en voir de près le fonctionnement. Peu importe. Pour une fois que l’on a aussi la fin de l’histoire…

Les faits remontent au 9 juillet dernier. On est en plein ramadan, ce qui devrait apaiser les esprits. Mais la canicule aidant, ils s’échauffent. La brigade VTT (bravo à eux, Marseille est une ville qui n’est pas toujours facile en vélo, faut dire qu’ils ne s’aventurent jamais loin du centre) opère un banal contrôle rue des Récollettes, au cœur de ce quartier presque exclusivement maghrébin (je dis presque parce que les Chinois s’y glissent peu à peu, comme ils ont fait il y a deux décennies à Belleville). Pour ceux qui connaissent un peu, c’est presque à l’angle de Belsunce et de la Canebière, tout près de la rue Thubaneau où fut chantée pour la première fois la Marseillaise et que fréquentèrent jadis tant de dames de petite vertu.

Pour les autres, c’est là que se dresse la mosquée Al Qods et ça donne ça.

Contrôler, mais vous n’y pensez pas : un presque adolescent (il s’appelle Djamel Gherici, et il est élève de Terminale, sans doute fête-t-il le Bac à grandes rasades de limonade) harangue la foule et l’invite à « niquer les condés ». « « C’est ramadan, on est chez nous ici ! » croit-il bon d’ajouter, avant de faire un signe d’égorgement à l’aide du couteau qu’il porte », écrit le journaliste de la Provence, Denis Trossero. Bref, il en fait tellement que les pandores, pourtant portés par nature à l’apaisement, finissent par l’interpeller.
L’affaire était jugée hier. Je reprends l’article qui n’est pas encore en ligne.

« Quand le policier raconte la scène, c’est avec précision et sobriété à la fois. On y lit la désespérance ordinaire du fonctionnaire républicain qui tente de faire au jour le jour son travail, mais qui sait qu’il marche sur des œufs. L’explosion est au coin de la rue s’il n’y prend garde. « Je voudrais que vous ayez conscience de cette violence. C’était une poudrière, raconte le gardien de la paix. On a régulièrement des gens qui viennent nous titiller, nous mettre en porte à faux. Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV. Ce sont des éléments qui me font perdre la foi en mon métier républicain. On est obligé de baisser le froc. C’est hard ! Quand on rentre le soir à la maison, je me demande pourquoi je fais ce métier. »
Le procureur, Agnès Rostoker, note que « l’on sent poindre chez ces policiers un légitime découragement sur notre territoire républicain. » Le prévenu soutient qu’il s’est contenté de pousser « des petits cris » (?) puis affirme « qu’il a été frappé par la police. Rien de tel dans le dossier. Le parquet a requis six mois de prison avec sursis assortis de l’obligation d’effectuer un travail d’intérêt général ». L’avocat de la défense a cru pouvoir plaider « un très grand affolement des policiers », qui voudraient faire porter par son client « tout le poids du djihad islamique ». Ben voyons.
Le tribunal a suivi peu ou prou les recommandations du proc, et Gherici a écopé finalement de cinq mois avec sursis assortis de 180 heures de TIG — et d’une amende de 500 euros à chacun des deux policiers. Ce n’est pas cher payé pour une menace de mort à un agent de la force publique, mais j’imagine que le code ne permet pas d’aller beaucoup plus loin.

Je voudrais revenir brièvement sur un passage du témoignage du policier. « Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV », a-t-il dit. J’ai eu l’occasion ici-même d’analyser une vidéo de Daech, pour bien cerner l’aspect hyper-réaliste et en même temps fantasmagorique des mises en scène de l’Etat islamique. Dans les têtes creuses de nos élèves — et s’agissant d’un crétin de Terminale, c’est bien ça —, dans les crânes de ces gamins auxquels l’Ecole n’a décidément rien appris, c’est comme un jeu vidéo, une télé-réalité à laquelle ils ambitionnent de participer — sauf que la réalité saigne davantage que l’hyper-réalité de la société du spectacle.
En légende de la photo accompagnant l’article dans La Provence aujourd’hui, on peut lire : « La présence policière agace, mais force doit rester à la République. »

Oui-da ! Mais l’idée même que la police »agace » est en soi un scandale — sauf à supposer, et ici nous sommes au-delà de la supposition, que la ville est désormais, dans certains de ses quartiers au moins et dans le centre en particulier, régie par la charia.

PS. Pendant ce temps un plaisantin appose un bandeau rouge sur les yeux des statues marseillaises. Bonne idée — autant que David (il ne serait pas juif, celui-là ?) ne voie pas ce que devient cette ville.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00475619_000002.

Najat est-elle mortelle?

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najat vallaud christopher frank

Christopher Frank, mort prématurément en 1993, a laissé pour l’essentiel le souvenir d’un cinéaste hitchcockien qui a sublimé Valérie Kaprisky dans L’Année des méduses. On a davantage oublié qu’il fut écrivain et que ses films étaient pour la plupart des adaptations de ses romans. Mortelle, son premier texte, écrit à 25 ans, en 1967, n’eut pas cette chance, hélas ! Il s’agit une dystopie placée sous le signe d’Orwell et de Zamiatine. Nous sommes dans le monde de La Plaine, une aire goudronnée infinie, couverte de pavillons de verre identiques. Évidemment, le simple fait de coucher son histoire sur le papier, à l’instar de Winston dans 1984, fait de vous un « hérétique » appelé tôt ou tard à la « rectification », qui consiste à vous greffer sur le visage un masque éternellement souriant. C’est ce qui va arriver au narrateur, lequel, de surcroît, entretient une relation sexuelle exclusive avec sa demi-sœur nommée « Mortelle ».

Si ce court roman glacé m’est revenu à l’esprit ces temps-ci, c’est que Christopher Frank, il y a presque quarante ans, avait accordé une attention particulière à l’école, lieu et moment où les hérétiques en devenir prenaient conscience de leur hérésie.

Cette intuition donne des pages saisissantes, mais elle est surtout une préfiguration des aspects les plus pédagogistes de la réforme de Najat Vallaud-Belkacem. Dans le collège façon Mortelle, l’important n’est plus le savoir mais « le savoir-être », comme on dit du côté de la Rue de Grenelle. On est convoqué devant des « conseils de camaraderie », que NVB appelle pour sa part « les conseils de vie collégienne », si on a le malheur de s’adonner « à la compétition, qui est le plus grand péché du monde. » Là, le mot clé est évidemment cette « citoyenneté » si chère à l’Éducation nationale : « On m’expliqua une fois de plus LES RÈGLES DU CITOYEN : l’homme au service de l’homme ; un bien indivisible est un bien mal acquis ; moins on est, moins on rit ; le besoin de l’un est le devoir de l’autre ; une joie non partagée est une tristesse maquillée ; etc. »

Dans le collège façon NVB, nous dit-on, « des “moments forts” seront “systématisés” : journée de la laïcité, commémorations, remise de diplômes ». Et, de fait, cela ne dépayserait aucunement le narrateur de Mortelle, qui, jouant le jeu de l’institution, peut quitter « le collège avant-dernier, nanti d’un brevet d’honneur du comité Inter-Élèves et d’un diplôme de sociabilité avec mention B. »

Mortelle, de Christopher Frank, est disponible dans la collection « Points », Éditions du Seuil.

Mortelle

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Capa : la plèbe du Net veut du sang

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robert capa debarquement

Dans les arènes de Rome, la plèbe voulait du sang. Et on lui en donnait à flot pour étancher sa soif. Dans les arènes modernes, c’est-à-dire sur le Net, la plèbe veut la même chose. Une différence de taille : au Colisée ils étaient quelques dizaines de milliers, sur la toile ils sont quelques dizaines de millions. Et la aussi il faut que ça saigne. Tout le monde à poil ! On appelle ça la vérité toute nue. On veut tout savoir. Et en même temps on se shoote au « on nous cache tout, on nous dit rien ».

La démocratie de l’instantané, celle du clic et du clip, n’a pas été conçue en effet pour faire travailler le cerveau. La toute dernière contorsion du Net concerne Robert Capa. Des chercheurs – en d’autres temps on aurait dit des fouille-merde – ont longuement enquêté sur le plus célèbre photographe de tous les temps. Et ils ont trouvé ce qu’ils voulaient. Capa n’a pas dit la vérité ! Oh joies ineffables ! Le photographe affirmait avoir passé une heure trente sur les plages du débarquement en 1944 : il ne serait resté en réalité que trente minutes sur le sable normand. Qu’est-ce qu’on est content… Capa disait avoir pris une centaine de clichés : dix ou douze seulement après enquête. On est très, très content. Car le minus lobotomisé scotché à son écran adore quand quelqu’un d’illustre est convaincu de mensonge. Ça met les géants à la portée du nain qu’il est.

Autre révélation alléchante qui date d’il y a quelque temps. La « vérité » sur une photo aussi célèbre que celles du débarquement. Le cliché du « Baiser de New York ». Prise le jour de la victoire en mai 1945 l’image montre un marin américain en train d’embrasser goulument sur la bouche une jeune et jolie infirmière renversée en arrière. Honte aux symboles !

Des années, des dizaines d’années après, des chercheurs ont dénoncé l’horreur qui se cachait derrière cette photo. L’infirmière n’était pas consentante : le marin l’avait embrassée sans lui demander son avis. Quasiment un viol ! De quoi se pourlécher les babines. L’infirmière devenue une très vieille dame n’a quand même pas déposé plainte. Sur le Net, cette grandiose affaire a eu autant de succès que l’histoire concernant Robert Capa. On appelle ça « l’ère de la transparence ». Le sociologue Gilles Lipovetsky la définit très bien : « l’ère du vide ».

*Photo: Pixabay.

L'ère du vide : Essais sur l'individualisme contemporain

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Py XIII et le Roi Lear

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olivier py roi lear avignon

Allez, on s’en va. La saison est finie. En échange du vieux Pleyel on nous a offert deux salles neuves, à La Villette et à Radio France. L’Opéra de Paris était moche exprès pour embellir l’aube du nouveau boss, à la rentrée. Ite missa est. Faites la clôture si vous voulez, moi je fais la malle.

Direction le Sud, « terre de festivals ». Des festivals, on en a plein à Paris : rien qui vaille. De l’Ircam (« ManiFeste », jusqu’au 2 juillet) à La Traviata selon Arielle (Dombasle, à partir du 12 juin), le Nord n’est pas propice.

Donc tout le monde descend. À Avignon. En Avignon, comme disent les Parigots, où règne un nouveau pape, Py XIII. (Le Pie d’avant, Pie XII, était un pape romain. Le dernier pape provençal remonte à 1400 mais n’était pas Pie puisqu’il n’y eut jamais de Pie en Avignon).

Py XIII, Olivier de son prénom, est auteur, réalisateur, metteur en scène, acteur, orateur, chanteur, prédicateur, fornicateur, traducteur, triomphateur, administrateur, directeur. Viré de l’Odéon qu’il gouvernait très bien par le ministre Mitterrand sur ordre de Carla Ire, il fut sacré à Avignon par le même ministre qui, du coup, devint le héros de la pièce hilarothérapeuthique Orlando dudit Py l’année dernière. Suivez-vous ?

Ses collègues, à ce que j’ai compris, se demandent c’est quoi. Un missionnaire catholique anti-manif-pour-tous, prétend ma consœur Thérèse. Un gauchiste de droite, soutient le limonadier de l’Odéon. Un prince du théâtre, moi je trouve. Et un paradoxe.

Il y a quoi, vingt ans ? Olivier Py, pas pape encore, avait monté un spectacle intitulé Apologétique. Le texte, il ne l’avait pas écrit mais trouvé dans les plaquettes de nos théâtres. La plaquette, je rappelle aux zombies qui sortent pas, c’est le programme. En tête de la plaquette, vous avez un édito qui vous explique pourquoi les hommes, les femmes, les morts, Dieu et le Système solaire ont besoin de théâtre. Style : « Le rideau se lève, et dans son envol, il efface le passé. Tout est encore possible, tout peut advenir. » (Vitez ? Mesguich ? Savary ? Devinez.) Qu’on a ri !

Là, je feuillette la plaquette d’Avignon 2015, et que lis-je ? Un édito signé Olivier Py. « Il aura fallu la tragédie du mois de janvier pour que la classe politique convienne que la culture et l’éducation sont l’espoir de la France. Qu’en reste-t-il ? La culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l’adulte qui changerait réellement le lien social ? » Fichtremazette, quelle prémisse ! Plus loin : « Nous devons pousser ce subit élargissement du terme culture jusqu’aux conditions de l’organisation générale d’une société meilleure. » Tout comme ça. Remarquez, c’est peut-être voulu. Une metteuse en scène va nous faire Apologétique 2 avec l’édito du patron, et qu’est-ce qu’on va se fendre !

Mon Py adoré, lui, ne donnera pas dans le bouffe. Entre un Richard III allemand par Thomas Ostermeier et les fausses jumelles Justine & Juliette de Sade lues par Isabelle Huppert, le pape Py met en scène lui-même Le Roi Lear. Si vous lisez les journaux, vous savez maintenant : Le Roi Lear n’est pas une fiction. C’est de l’actu. Trahi par ses filles Marie-Caroline Goneril et Marine Régane, chassé du trône par le vil Aliot de Cornouailles et le factieux Edmond Philippot, le roi Jean-Marie Lear perd la raison et bat la campagne en racontant des trucs. Mais la bonne héritière Marion Cordélia apaise le roi fou en lui disant qu’elle ne voudrait pas avoir l’air de lui piquer la Côte d’Azur. Que fera Py de cette inusable saga ? Réponse saignante dans la cour d’honneur du Palais des papes le 4 juillet.

Caucase : Al-Qaïda contre l’Etat islamique

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caucase russie emirat qaida

caucase russie emirat qaida

Le 11 août 2015, une dépêche AFP annonçait la mort du chef de l’organisation islamiste Émirat du Caucase, Magomed Suleïmanov, insistant sur sa prétendue allégeance à l’État islamique. Or, ledit « émir » n’a jamais rallié l’organisation qu’Abou Bakr Al-Baghdadi dirige des confins de la Syrie et de l’Irak. Loin d’être anodine, une telle erreur témoigne d’une méconnaissance des conflits internes qui minent la rébellion islamiste caucasienne.

Depuis 2007, l’Émirat du Caucase revendique la souveraineté sur la partie russe du Caucase et mène une guerre de basse intensité contre la Russie, marquée notamment par deux attentats retentissants à Moscou dans le métro en 2010 et à l’aéroport de Domodedovo en 2011. Après la mort de son dirigeant historique, le Tchétchène Dokou Oumarov en septembre 2013 (date donnée par ses partisans), son successeur, le Daguestanais Aliaskhab Kebekov, a connu des difficultés pour maintenir l’unité apparente de cette structure transrégionale. Il s’est officiellement rapproché d’Al-Qaïda à partir de juillet 2014 en soutenant Al-Zawahiri dans sa querelle avec le « calife » Al-Baghdadi en Syrie. À l’instar des théologiens proches d’Al-Qaïda (Al-Maqdisi, Abou Qatada,…), Kebekov a considéré Al-Baghdadi comme un imposteur. D’après ces théoriciens, seul le premier émirat islamique – celui des Talibans- aurait eu la légitimité de fonder un califat.

Le conflit souterrain entre Al-Qaïda et l’Etat islamique a poussé les groupes de la mouvance takfiriste à se positionner. L’Émirat du Caucase, sous la domination du Tchétchène Dokou Oumarov (2007-2013) avait su rester ambigu sur ses rapports avec l’ancienne organisation de Ben Laden. Ainsi, les deux plus grands spécialistes de cette organisation divergeaient : l’Étasunien Gordon Hahn considérait l’émirat lié à Al-Qaïda tandis que le Tchétchène Maïrbek Vatchagaev voyait dans cette lecture des choses une entreprise de désinformation russe.  Avec son successeur Kebekov, l’alliance entre la multinationale de Ben Laden et l’émirat caucasien n’a plus fait aucun doute. Et c’est ainsi que, des plaines syriennes, le conflit entre Al-Qaïda et l’Etat islamique s’est déplacé dans le Caucase du Nord.

Dès décembre 2014, l’Organisation de l’Etat islamique a réussi à s’implanter au Daguestan, après la défection de dirigeants locaux de l’Emirat du Caucase. Tant et si bien qu’à la mort de Kebekov en avril 2015, l’Emirat s’est retrouvé dans une situation assez délicate : aucun leader ne s’affirmant, les émirs régionaux ont menacé de prêter serment au Califat. En juin 2015, une grande partie des leaders a ainsi prêté allégeance à Al-Baghdadi et crée la wilayat (région) du Caucase du Nord au sein du Califat. Une organisation islamiste concurrente de l’Émirat du Caucase est née.

À Kebekov a succédé Magomed Suleïmanov, connu pour ses positions virulentes à l’égard des ralliés à Al-Baghdadi quand il exerçait la fonction de qadi (juge suprême) de l’Émirat du Caucase. On ne peut donc pas décemment le dire proche de l’Etat islamique, comme l’ont fait une bonne partie des médias après sa mort la semaine dernière. Dans la mouvance jihadiste comme ailleurs, la realpolitik et les querelles d’ego prennent une place prépondérante. Terroristes, les organisations Al-Qaïda et Etat islamique n’en sont pas moins des groupes politiques avec chacune leurs intérêts…

*Image : wikipedia.

Turquie: un coup d’Etat en douce?

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erdogan turquie coup etat

erdogan turquie coup etat

Sans chars devant les sièges de la radio et de la télévision nationales ni proclamation de l’état d’urgence, la Turquie vient de subir un coup d’Etat. Et c’est peut-être parce que le scénario traditionnel d’un putsch n’a pas été respecté que les réactions tardent à venir. Mais à écouter le président turc Recep Tayyip Erdogan, un changement de régime s’est bien produit : « que vous soyez d’accord ou non, le régime turc a changé ». Ce que le locataire de la Ak Saray (littéralement « le palais blanc » c’est-à-dire la très très grande Maison blanche…) a voulu rappeler, c’est que, contrairement à son prédécesseur Abdullah Gül élu par les députés, lui, Erdogan a été plébiscité le 10 décembre 2014 par le peuple au suffrage universel direct. Il en déduit que le régime a changé : de démocratie parlementaire, la Turquie s’est muée en régime présidentiel.

Les faits remontent à fin août 2014 mais le moment est arrivé d’entériner la situation et de lui « donner un cadre légal ». Si Erdogan était un professeur de sciences politiques ou un journaliste, cette déclaration aurait été pleine de bon sens : effectivement, tout comme la Deuxième république française entre l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à sa présidence et le coup d’Etat du 2 décembre 1851, le régime turc est coincé entre deux légitimités égales et concurrentes. Or, Erdogan n’est pas un commentateur ni un simple acteur de la politique de son pays, il est le prince-président jouant en même temps sur tous les tableaux possibles.

Au départ, le plan était tout autre. L’élection d’août 2014 devait effectivement mettre un pied dans la porte constitutionnelle. Après sa victoire l’été dernier, Erdogan avait clairement affiché son intention de changer la constitution turque à fin de renforcer et d’étendre les pouvoirs du président. Dans un meeting à Istanbul quelques semaines avant le scrutin, il avait déclaré que s’il était élu président « Une nouvelle Constitution pour une nouvelle Turquie sera(it) l’une de nos priorités ». Or, pour changer la constitution, il faut passer soit par referendum soit par une majorité qualifiée de deux tiers des députés du parlement. Erdogan ayant choisi la voie parlementaire, l’échéance a été repoussée au 7 juin 2015, date des élections législatives. Si tout allait bien, l’AKP d’Erdogan devait remporter le scrutin haut la main et ensuite mener l’opération d’amendement constitutionnel. En lieu et place de ce plan parfaitement conçu, Erdogan a eu un petit « accident » de parcours : l’AKP est bel bien sorti en tête des formations politiques mais le parti islamo-conservateur a perdu neuf points (de 49.83% en 2011 à 40.87% en 2011), 69 sièges et la majorité absolue (entre 2011 et 2015, l’AKP occupait 327 sièges sur les 550 du parlement turc). Au vu de tels résultats venus s’ajouter à sa relativement courte victoire au premier tour de la présidentielle d’août 2014 (51.79%), on peut comprendre pourquoi il n’a pas risqué la voie référendaire.

Dans ce contexte, la déclaration d’Erdogan apparaît à la fois comme un ultimatum et la première salve de la prochaine campagne législative. Car depuis les élections de juin, l’AKP n’arrive pas à former une coalition. Malgré les manœuvres dilatoires, le temps passe et le piège constitutionnel se renferme sur l’AKP : impossible de continuer « à la belge ». Erdogan n’a de cesse de déclarer que la Turquie a besoin d’une nouvelle constitution car elle aspire à  un nouvel avenir. Mais il est paradoxalement l’exemple parfait de ce qu’on peut faire dans le cadre d’une démocratie parlementaire : entre 2002 et 2014, sans pouvoir exécutifs étendus ni palais de 1500 pièces, Recep Tayyip Erdogan a joui d’un champ de manœuvre politique inédit, grâce bien sûr à ses talents, son charisme et son énergie mais aussi aux actuelles règles du jeu politique turc. Plus que la nature de son régime, il semblerait que le véritable problème de la Turquie soit l’extraordinaire ambition d’un homme pour lequel tout est devenu trop petit.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21767958_000013.

Hongrie: cachez ce migrant…

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hongrie orban immigration

hongrie orban immigration

Voilà un  thème qui fait la une de nos journaux: les migrants. Mot qui, pour beaucoup d’Européens, rime avec  migraine. Y compris en Hongrie.

Alors que 43 000 migrants étaient enregistrés sur toute l’année 2014, les autorités hongroises en ont dénombré près de 100 000 fin juillet. Au rythme d’un millier par jour, le seuil des 200 000 immigrés illégaux sera très vraisemblablement dépassé fin 2015. Pour un pays d’à peine 10 millions d’habitants. Des migrants venus pour leur immense majorité de Syrie et d’Afghanistan, dont une forte proportion d’enfants, arrivés par la frontière serbe. Le problème donne d’autant plus de fil à retordre au gouvernement hongrois que, malgré les allégations du gouvernement, le pays et ses habitants sont loin de rouler sur l’or.

Alors que cette question épineuse mériterait d’être abordée en concertation avec, sinon l’ensemble des partenaires européens (jusqu’à présent divisés et peu efficaces), du moins avec les pays voisins, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a une fois de plus décidé de faire cavalier seul.

Tout d’abord en décidant d’ériger une double clôture le long de la frontière serbe, soit sur une longueur de 175 kilomètres : double rangée de grillages (1,50 mètre et 3 mètres) hérissés de barbelés et de lames de rasoir. Soit. Sauf que, dans le prolongement de cette ligne, les frontières roumaine et croate, ouvertes à tous vents, sont au moins deux à trois fois plus longues. Ces grillages aisés à contourner se révèlent également faciles à cisailler. À moins de placer un garde ou une caméra tous les 100 mètres, de faire des rondes incessantes ou d’édifier des miradors, comme au bon vieux temps du rideau de fer.  Passons. Malgré le coût astronomique de l’opération, on trouvera toujours des personnes de bonne foi pour applaudir.

Mais, pour enfoncer le clou, Viktor Orban a également lancé dans tout le pays une campagne d’affichage censée refroidir ces indésirables. Avec des messages tels que Si tu viens en Hongrie, sache que tu ne pourras pas nous prendre notre travail placardés en hongrois sur d’ immenses placards. Le hic, c’est que le pauvre Syrien ou Afghan qui tombera sur une telle affiche n’en comprendra pas un mot. De toute façon, il n’a nullement  l’intention de rester en Hongrie, mais compte surtout rejoindre l’Europe de l’Ouest. Bref, le seul intérêt de cette campagne coûteuse, davantage destinée à la population hongroise qu’aux étrangers, aura été d’inspirer des des contre-affiches parodiques aux humoristes magyars.

Un temps, le gouvernement a pensé distribuer sa propagande au coeur des pays d’émigration, c’est-à-dire dans les grands centres urbains de Syrie et d’Afghanistan, et ce dans la langue des autochtones. Mais, imaginez le pauvre Syrien qui, perdu avec femme et enfants au milieu des ruines d’Alep, tombera sur une telle affiche – pour peu qu’il reste un pan de mur pour la supporter…- lui tenant le langage suivant: Mon ami, sois donc gentil, reste sagement chez toi et ne viens pas nous embêter, car tu trouveras porte close! On a connu méthode de dissuasion plus efficace. Conscient des limites d’une telle démarche, au lieu d’y renoncer, le cabinet Orban a décidé de l’appliquer non plus en Syrie ou Afghanistan, mais dans les pays de transit: Grèce, Macédoine et Serbie. Il faut vraiment être naïf pour croire qu’un réfugié, fuyant son pays en guerre, qui aura parcouru des centaines, voire des milliers de kilomètres, rebroussera chemin au vu d’une telle affiche.

Et le projet consistant à considérer l’entrée illégale en Hongrie comme un délit passible de prison ne risque pas d’améliorer l’image d’une Hongrie hospitalière.

Si certaines couches de la population se félicitent de ce raidissement, tels ces extrémistes qui relancent l’idée d’un Hongrie rempart de la chrétienté contre l’infidèle, un récent sondage relativise le soutien de la population au camp des xénophobes. En témoignent également les nombreux élans de générosité et manifestations de soutien aux réfugiés exprimés ici ou là. Quant au fameux questionnaire que Viktor Orban a expédié aux 8 millions d’électeurs, il n’a été renvoyé que dans 15% des cas, signe que sa politique est loin de faire l’unanimité…

*Photo: Sipa. N° de reportage : 00719274_000024.

La plage blanche

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Mais oui, Tel Aviv sur Seine a été une fête pour les juifs amoureux d’Israël, et je l’espère pour quelques autres. Une fête où la haine était bannie et les pavés oubliés sous la plage.

Ce n’était pas tout à fait le cas concernant l’improvisation de Gaza plage où, pour ne pas être en reste, les pavés étaient sur la berge vigoureusement astiquée de slogans aussi haineux qu’injustes.

Et c’est bien la raison — chère Elisabeth Levy, cher Pascal Bories, que j’ai si souvent tant plaisir à lire — pour laquelle « Gaza plage représenterait une menace plus importante pour Tel Aviv que l’inverse ». En effet, même au bord de la Seine festive, on ne saurait ne tenir aucun compte de la violence et des débordements des groupuscules pro palestiniens comme le prouvent leurs nombreux passages à l’acte antisémites. Que ces groupes soient réellement sensibles au sort des personnes soumises aux différents pouvoirs locaux — que cela soit à Gaza ou en Cisjordanie — est une autre affaire. De toute évidence, pour ces nostalgiques au masque compassionnel inconscients du totalitarisme, l’idéologie l’emporte sur la raison, l’identification sur l’identité et l’icône sur la réalité.

À ceux-là, nous pouvons rappeler que leurs chers Palestiniens — non les martyrs de la propagande mortifère, mais les gens ordinaires—, furent invités à rompre le ramadan sur la plage de Tel Aviv et que l’OCDE — bien connue pour son sionisme militant — vient de saluer les efforts d’Israël pour intégrer les populations arabes au marché du travail. Ils ignorent aussi, ou feignent d’ignorer les soins régulièrement donnés dans les hôpitaux d’Israël aux Palestiniens de tous bords, notamment aux enfants. Et mille autres choses concernant l’approvisionnement de la « prison à ciel ouvert » malgré le réarmement de cette dernière.

Pourtant, dans nombre de villes et de villages, les Israéliens de toutes confessions n’oublient pas ce qu’ils doivent à la protection du Dôme de fer et à leurs abris dès avant la contre attaque ravageuse contre Gaza d’où provenaient ces tirs en juillet 2014. Aussi sont-ils nombreux à penser ce truisme, même à gauche : Gaza représente une plus grande menace pour la paix que Tel Aviv.

Au plaisir des dames

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belgique sexe prostitution

belgique sexe prostitution

La femme moderne doit jouir. Pour que le message soit reçu par tous, on organise pour les enfants des expositions à propos du « Zizi sexuel ». Pépé y emmène Ferdinande, 7 ans, sa petite-fille, découvrir son minou et les joies qu’il lui faudra bientôt savoir en exiger. Mémé y trimbale Jessico, son petit-fils, 6 ans, pour lui montrer comment il devra extasier le minou à Ferdinande.

Il paraît que nos arrière-grands-pères n’avaient pas à se soucier de faire plaisir à nos arrière-grands-mères. J’espère qu’ils en ont bien profité. La femme moderne, elle, doit jouir. Elle le clame et le réclame. L’après-midi, elle téléphone à Brigitte Lahaie sur RMC pour dire qu’elle aime la sodomie et les godemichets. Le soir, le prince charmant qui croit la rejoindre au lit rejoint, en fait, une magistrate en poste au tribunal de l’extase féminine version Marie Claire et Psychologie magazine. Gare au foutiste et à l’étourdi. Ils seront congédiés.[access capability= »lire_inedits »]

Il en résulte que François Hollande a dû autoriser les hommes à se marier entre eux. Les catholiques ont râlé, mais le président ne pouvait plus faire autrement. Chaque jour davantage, le mâle se liquéfie dans le clitomysticisme où nous barbotons depuis longtemps déjà. Pour vous en convaincre, écoutez Brigitte Lahaie, qui, entre deux confessions salaces de ces dames, doit ramasser ces messieurs à la petite cuillère après leurs piteuses aventures

Signer d’une main la loi instituant le mariage homosexuel, c’était bien le moins que pouvait faire notre président alors qu’il s’apprêtait à signer de l’autre la loi de pénalisation des clients des prostituées. Pour qu’elles aient fait un tel tapage au nom des grands principes, les féministes ont dû craindre le danger qu’il y avait à laisser se multiplier des concurrences à leurs yeux déloyales. Elles avaient tort. Le travail de sape de toutes les expressions de la virilité qu’elles ont entrepris voilà des décennies a fonctionné. On peut douter que le jeune homme d’aujourd’hui, celui qu’elles ont façonné, sache encore assumer la virile violence nécessaire pour jouir du charme trouble de la prostitution.

À ce propos, un soir que j’étais aux putes à Anvers, moi qui suis du genre mauvais amant et ferais bien de téléphoner à Brigitte Lahaie, je cherchais dans les vitrines une fille sur laquelle vider mon amertume. On dit que l’encadrement juridique de la prostitution en Belgique permet aux autorités de protéger les tapineuses et de s’assurer qu’elles sont majeures. Ce devait être mon jour de chance, celle que je réussis à dégoter avait l’air mineure. Une blonde parfaite – et espagnole.

Elle m’ouvrit, j’entrai, payai (50 €) et la suivis dans les escaliers qui conduisaient à la chambre. Partout, du rouge grenat. Grenat, le clean velours des murs ; grenat, les couvertures du lit impeccablement fait ; grenat, le tamis des lampes et leur lumière. Le parfum artificiel qui empestait la pièce, grenat aussi, je crois. J’étais venu chercher l’amour sale et sans manières, je débarquais dans son funérarium.

Tiens, le bruit de l’eau qui coule. Je me retourne. Porte de la salle de bains ouverte, elle lavait son machin dans le bidet. Adios ! Je renfilai mon manteau et déguerpis. En dévalant les escaliers, j’entendis vaguement sa voix me lancer un vengeur : « Eres loco ! » Fou, moi ? Dans la rue, je pensais au mâle que j’aurais pu être, il y a un siècle. Ah ! après l’avoir sautée, la beigne que je lui aurais flanquée avant de décamper sans payer ! Et ce n’est même pas moi qui aurais passé la meilleure soirée.[/access]

feminisme fourest lahaie

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J’habite une ville formidable

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marseille islam ramadan

marseille islam ramadan

Peut-être le fait d’habiter Marseille fausse-t-il ma vision de l’islam… Ou peut-être le fait de vivre dans une ville musulmane permet-il au contraire d’en voir de près le fonctionnement. Peu importe. Pour une fois que l’on a aussi la fin de l’histoire…

Les faits remontent au 9 juillet dernier. On est en plein ramadan, ce qui devrait apaiser les esprits. Mais la canicule aidant, ils s’échauffent. La brigade VTT (bravo à eux, Marseille est une ville qui n’est pas toujours facile en vélo, faut dire qu’ils ne s’aventurent jamais loin du centre) opère un banal contrôle rue des Récollettes, au cœur de ce quartier presque exclusivement maghrébin (je dis presque parce que les Chinois s’y glissent peu à peu, comme ils ont fait il y a deux décennies à Belleville). Pour ceux qui connaissent un peu, c’est presque à l’angle de Belsunce et de la Canebière, tout près de la rue Thubaneau où fut chantée pour la première fois la Marseillaise et que fréquentèrent jadis tant de dames de petite vertu.

Pour les autres, c’est là que se dresse la mosquée Al Qods et ça donne ça.

Contrôler, mais vous n’y pensez pas : un presque adolescent (il s’appelle Djamel Gherici, et il est élève de Terminale, sans doute fête-t-il le Bac à grandes rasades de limonade) harangue la foule et l’invite à « niquer les condés ». « « C’est ramadan, on est chez nous ici ! » croit-il bon d’ajouter, avant de faire un signe d’égorgement à l’aide du couteau qu’il porte », écrit le journaliste de la Provence, Denis Trossero. Bref, il en fait tellement que les pandores, pourtant portés par nature à l’apaisement, finissent par l’interpeller.
L’affaire était jugée hier. Je reprends l’article qui n’est pas encore en ligne.

« Quand le policier raconte la scène, c’est avec précision et sobriété à la fois. On y lit la désespérance ordinaire du fonctionnaire républicain qui tente de faire au jour le jour son travail, mais qui sait qu’il marche sur des œufs. L’explosion est au coin de la rue s’il n’y prend garde. « Je voudrais que vous ayez conscience de cette violence. C’était une poudrière, raconte le gardien de la paix. On a régulièrement des gens qui viennent nous titiller, nous mettre en porte à faux. Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV. Ce sont des éléments qui me font perdre la foi en mon métier républicain. On est obligé de baisser le froc. C’est hard ! Quand on rentre le soir à la maison, je me demande pourquoi je fais ce métier. »
Le procureur, Agnès Rostoker, note que « l’on sent poindre chez ces policiers un légitime découragement sur notre territoire républicain. » Le prévenu soutient qu’il s’est contenté de pousser « des petits cris » (?) puis affirme « qu’il a été frappé par la police. Rien de tel dans le dossier. Le parquet a requis six mois de prison avec sursis assortis de l’obligation d’effectuer un travail d’intérêt général ». L’avocat de la défense a cru pouvoir plaider « un très grand affolement des policiers », qui voudraient faire porter par son client « tout le poids du djihad islamique ». Ben voyons.
Le tribunal a suivi peu ou prou les recommandations du proc, et Gherici a écopé finalement de cinq mois avec sursis assortis de 180 heures de TIG — et d’une amende de 500 euros à chacun des deux policiers. Ce n’est pas cher payé pour une menace de mort à un agent de la force publique, mais j’imagine que le code ne permet pas d’aller beaucoup plus loin.

Je voudrais revenir brièvement sur un passage du témoignage du policier. « Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV », a-t-il dit. J’ai eu l’occasion ici-même d’analyser une vidéo de Daech, pour bien cerner l’aspect hyper-réaliste et en même temps fantasmagorique des mises en scène de l’Etat islamique. Dans les têtes creuses de nos élèves — et s’agissant d’un crétin de Terminale, c’est bien ça —, dans les crânes de ces gamins auxquels l’Ecole n’a décidément rien appris, c’est comme un jeu vidéo, une télé-réalité à laquelle ils ambitionnent de participer — sauf que la réalité saigne davantage que l’hyper-réalité de la société du spectacle.
En légende de la photo accompagnant l’article dans La Provence aujourd’hui, on peut lire : « La présence policière agace, mais force doit rester à la République. »

Oui-da ! Mais l’idée même que la police »agace » est en soi un scandale — sauf à supposer, et ici nous sommes au-delà de la supposition, que la ville est désormais, dans certains de ses quartiers au moins et dans le centre en particulier, régie par la charia.

PS. Pendant ce temps un plaisantin appose un bandeau rouge sur les yeux des statues marseillaises. Bonne idée — autant que David (il ne serait pas juif, celui-là ?) ne voie pas ce que devient cette ville.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00475619_000002.

Najat est-elle mortelle?

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najat vallaud christopher frank

najat vallaud christopher frank

Christopher Frank, mort prématurément en 1993, a laissé pour l’essentiel le souvenir d’un cinéaste hitchcockien qui a sublimé Valérie Kaprisky dans L’Année des méduses. On a davantage oublié qu’il fut écrivain et que ses films étaient pour la plupart des adaptations de ses romans. Mortelle, son premier texte, écrit à 25 ans, en 1967, n’eut pas cette chance, hélas ! Il s’agit une dystopie placée sous le signe d’Orwell et de Zamiatine. Nous sommes dans le monde de La Plaine, une aire goudronnée infinie, couverte de pavillons de verre identiques. Évidemment, le simple fait de coucher son histoire sur le papier, à l’instar de Winston dans 1984, fait de vous un « hérétique » appelé tôt ou tard à la « rectification », qui consiste à vous greffer sur le visage un masque éternellement souriant. C’est ce qui va arriver au narrateur, lequel, de surcroît, entretient une relation sexuelle exclusive avec sa demi-sœur nommée « Mortelle ».

Si ce court roman glacé m’est revenu à l’esprit ces temps-ci, c’est que Christopher Frank, il y a presque quarante ans, avait accordé une attention particulière à l’école, lieu et moment où les hérétiques en devenir prenaient conscience de leur hérésie.

Cette intuition donne des pages saisissantes, mais elle est surtout une préfiguration des aspects les plus pédagogistes de la réforme de Najat Vallaud-Belkacem. Dans le collège façon Mortelle, l’important n’est plus le savoir mais « le savoir-être », comme on dit du côté de la Rue de Grenelle. On est convoqué devant des « conseils de camaraderie », que NVB appelle pour sa part « les conseils de vie collégienne », si on a le malheur de s’adonner « à la compétition, qui est le plus grand péché du monde. » Là, le mot clé est évidemment cette « citoyenneté » si chère à l’Éducation nationale : « On m’expliqua une fois de plus LES RÈGLES DU CITOYEN : l’homme au service de l’homme ; un bien indivisible est un bien mal acquis ; moins on est, moins on rit ; le besoin de l’un est le devoir de l’autre ; une joie non partagée est une tristesse maquillée ; etc. »

Dans le collège façon NVB, nous dit-on, « des “moments forts” seront “systématisés” : journée de la laïcité, commémorations, remise de diplômes ». Et, de fait, cela ne dépayserait aucunement le narrateur de Mortelle, qui, jouant le jeu de l’institution, peut quitter « le collège avant-dernier, nanti d’un brevet d’honneur du comité Inter-Élèves et d’un diplôme de sociabilité avec mention B. »

Mortelle, de Christopher Frank, est disponible dans la collection « Points », Éditions du Seuil.

Mortelle

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Capa : la plèbe du Net veut du sang

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robert capa debarquement

robert capa debarquement

Dans les arènes de Rome, la plèbe voulait du sang. Et on lui en donnait à flot pour étancher sa soif. Dans les arènes modernes, c’est-à-dire sur le Net, la plèbe veut la même chose. Une différence de taille : au Colisée ils étaient quelques dizaines de milliers, sur la toile ils sont quelques dizaines de millions. Et la aussi il faut que ça saigne. Tout le monde à poil ! On appelle ça la vérité toute nue. On veut tout savoir. Et en même temps on se shoote au « on nous cache tout, on nous dit rien ».

La démocratie de l’instantané, celle du clic et du clip, n’a pas été conçue en effet pour faire travailler le cerveau. La toute dernière contorsion du Net concerne Robert Capa. Des chercheurs – en d’autres temps on aurait dit des fouille-merde – ont longuement enquêté sur le plus célèbre photographe de tous les temps. Et ils ont trouvé ce qu’ils voulaient. Capa n’a pas dit la vérité ! Oh joies ineffables ! Le photographe affirmait avoir passé une heure trente sur les plages du débarquement en 1944 : il ne serait resté en réalité que trente minutes sur le sable normand. Qu’est-ce qu’on est content… Capa disait avoir pris une centaine de clichés : dix ou douze seulement après enquête. On est très, très content. Car le minus lobotomisé scotché à son écran adore quand quelqu’un d’illustre est convaincu de mensonge. Ça met les géants à la portée du nain qu’il est.

Autre révélation alléchante qui date d’il y a quelque temps. La « vérité » sur une photo aussi célèbre que celles du débarquement. Le cliché du « Baiser de New York ». Prise le jour de la victoire en mai 1945 l’image montre un marin américain en train d’embrasser goulument sur la bouche une jeune et jolie infirmière renversée en arrière. Honte aux symboles !

Des années, des dizaines d’années après, des chercheurs ont dénoncé l’horreur qui se cachait derrière cette photo. L’infirmière n’était pas consentante : le marin l’avait embrassée sans lui demander son avis. Quasiment un viol ! De quoi se pourlécher les babines. L’infirmière devenue une très vieille dame n’a quand même pas déposé plainte. Sur le Net, cette grandiose affaire a eu autant de succès que l’histoire concernant Robert Capa. On appelle ça « l’ère de la transparence ». Le sociologue Gilles Lipovetsky la définit très bien : « l’ère du vide ».

*Photo: Pixabay.

L'ère du vide : Essais sur l'individualisme contemporain

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Py XIII et le Roi Lear

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olivier py roi lear avignon

olivier py roi lear avignon

Allez, on s’en va. La saison est finie. En échange du vieux Pleyel on nous a offert deux salles neuves, à La Villette et à Radio France. L’Opéra de Paris était moche exprès pour embellir l’aube du nouveau boss, à la rentrée. Ite missa est. Faites la clôture si vous voulez, moi je fais la malle.

Direction le Sud, « terre de festivals ». Des festivals, on en a plein à Paris : rien qui vaille. De l’Ircam (« ManiFeste », jusqu’au 2 juillet) à La Traviata selon Arielle (Dombasle, à partir du 12 juin), le Nord n’est pas propice.

Donc tout le monde descend. À Avignon. En Avignon, comme disent les Parigots, où règne un nouveau pape, Py XIII. (Le Pie d’avant, Pie XII, était un pape romain. Le dernier pape provençal remonte à 1400 mais n’était pas Pie puisqu’il n’y eut jamais de Pie en Avignon).

Py XIII, Olivier de son prénom, est auteur, réalisateur, metteur en scène, acteur, orateur, chanteur, prédicateur, fornicateur, traducteur, triomphateur, administrateur, directeur. Viré de l’Odéon qu’il gouvernait très bien par le ministre Mitterrand sur ordre de Carla Ire, il fut sacré à Avignon par le même ministre qui, du coup, devint le héros de la pièce hilarothérapeuthique Orlando dudit Py l’année dernière. Suivez-vous ?

Ses collègues, à ce que j’ai compris, se demandent c’est quoi. Un missionnaire catholique anti-manif-pour-tous, prétend ma consœur Thérèse. Un gauchiste de droite, soutient le limonadier de l’Odéon. Un prince du théâtre, moi je trouve. Et un paradoxe.

Il y a quoi, vingt ans ? Olivier Py, pas pape encore, avait monté un spectacle intitulé Apologétique. Le texte, il ne l’avait pas écrit mais trouvé dans les plaquettes de nos théâtres. La plaquette, je rappelle aux zombies qui sortent pas, c’est le programme. En tête de la plaquette, vous avez un édito qui vous explique pourquoi les hommes, les femmes, les morts, Dieu et le Système solaire ont besoin de théâtre. Style : « Le rideau se lève, et dans son envol, il efface le passé. Tout est encore possible, tout peut advenir. » (Vitez ? Mesguich ? Savary ? Devinez.) Qu’on a ri !

Là, je feuillette la plaquette d’Avignon 2015, et que lis-je ? Un édito signé Olivier Py. « Il aura fallu la tragédie du mois de janvier pour que la classe politique convienne que la culture et l’éducation sont l’espoir de la France. Qu’en reste-t-il ? La culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l’adulte qui changerait réellement le lien social ? » Fichtremazette, quelle prémisse ! Plus loin : « Nous devons pousser ce subit élargissement du terme culture jusqu’aux conditions de l’organisation générale d’une société meilleure. » Tout comme ça. Remarquez, c’est peut-être voulu. Une metteuse en scène va nous faire Apologétique 2 avec l’édito du patron, et qu’est-ce qu’on va se fendre !

Mon Py adoré, lui, ne donnera pas dans le bouffe. Entre un Richard III allemand par Thomas Ostermeier et les fausses jumelles Justine & Juliette de Sade lues par Isabelle Huppert, le pape Py met en scène lui-même Le Roi Lear. Si vous lisez les journaux, vous savez maintenant : Le Roi Lear n’est pas une fiction. C’est de l’actu. Trahi par ses filles Marie-Caroline Goneril et Marine Régane, chassé du trône par le vil Aliot de Cornouailles et le factieux Edmond Philippot, le roi Jean-Marie Lear perd la raison et bat la campagne en racontant des trucs. Mais la bonne héritière Marion Cordélia apaise le roi fou en lui disant qu’elle ne voudrait pas avoir l’air de lui piquer la Côte d’Azur. Que fera Py de cette inusable saga ? Réponse saignante dans la cour d’honneur du Palais des papes le 4 juillet.