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Julien Coupat, terroriste malgré lui?

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Une décision de justice du 7 août a enfin requalifié les actes perpétrés il y a trois ans par le révolutionnaire Julien Coupat. D’« entreprise terroriste », le sabotage du train est devenu le fruit d’une « association de malfaiteurs ». Après sept ans d’une procédure largement critiquée pour son iniquité, la presse se réjouit unanimement du camouflet imposé au pouvoir. En gagnant sa lutte contre l’Etat, M. Coupat, lui, a enfin obtenu qu’on lui enlève l’étiquette sulfureuse de « terroriste ». Pourtant, à la vue des actions présumées et de la pensée du philosophe, il est étonnant de le voir aujourd’hui si heureux d’en être débarrassé.

Depuis son arrestation par la police anti-terroriste il y a sept ans, Julien Coupat symbolisait la lutte contre un Etat liberticide mais aussi les espoirs de révolution d’une gauche farouchement anticapitaliste ralliant bon nombre de jeunes intellectuels. L’accusation de terrorisme à l’encontre d’un groupe dont M. Coupat était le représentant le plus âgé et le plus connu avait donc provoqué l’ire d’une grande partie de la presse.

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, en Seine-et-Marne, les rails d’un train sautent, sans provoquer d’autre dommage que 550 000 euros de dégâts matériels. Présent à proximité des rails au moment de l’incident, Julien Coupat, connu jusqu’à ce jour pour quelques écrits universitaires, devient, selon Michèle Alliot-Marie, le parangon d’une « ultragauche »anarcho-autonome. Selon le juge Thierry Fragnoli, il est même le chef d’une « structure à vocation terroriste ». Pris très au sérieux, M. Coupat gagne alors le droit d’être traité en ennemi crédible par l’Etat.

Au fil de la constitution du dossier juridique concernant le philosophe et ses potentiels complices, on apprend que le « terroriste » et ses amis étaient déjà suivis par les Renseignements Généraux plusieurs mois avant les faits leur étant reprochés. Vivant depuis 2005 à Tarnac, où ils avaient repris une épicerie, M. Coupat et ses camarades étaient espionnés et étudiés sous toutes les coutures par la DCRI. Cette défiance à l’égard d’une bande d’épiciers ne semblait pourtant justifiée que par les soupçons qui pesaient sur eux d’avoir coécrit un livre : L’Insurrection qui vient.

Philosophe mystérieux, fils d’un improbable mariage entre Guy Debord et Michel  Foucault, Julien Coupat peut être facilement rapproché d’un groupe : le « Comité Invisible », réunion  des auteurs anonymes de plusieurs livres parus aux éditions la Fabrique. Le premier est donc L’insurrection qui vient, texte poétique et lyrique de 2007 au titre très évocateur. Le second se nomme A Nos Amis est paru en 2014. Dans ces essais, le Comité démonte pièce par pièce la société actuelle et fait des réseaux la clé de la déréalisation du monde contemporain. Dans chacun des deux textes, on nous explique que le sabotage est l’action révolutionnaire par excellence puisque les infrastructures sont aujourd’hui la manifestation et l’incarnation matérielles du pouvoir. A cette lecture, Nicolas Sarkozy, pris de peur, dut s’imaginer que M. Coupat était un homme dangereux et capable d’amener la France à se soulever.

D’ailleurs M. Coupat, autrefois, ne cachait pas ses velléités révolutionnaires. Un texte plus ancien, La théorie du Bloom, publié aux mêmes éditions et signée Tiqqun (une revue cofondée par Coupat à la fin des années 90) contient une description pseudo-prophétique du fameux Comité Invisible : « Conjuration anonyme qui, de sabotages en soulèvements, finit par liquider la domination marchande dans le premier quart du XXIe siècle ». Vaste programme à même de mettre des étoiles dans les yeux des nouveaux révolutionnaires. Une autre phrase énigmatique suit de près cette description : « Les spectateurs se figent quand le train passe. »

Or le 8 novembre 2008, le train n’est pas passé. Sans preuve tangible, sur la seule foi des quelques mots écrits par M. Coupat, la justice se permet de bâcler le dossier (sur ce sujet, mes confrères en ont déjà dit suffisamment). L’occasion est trop belle de faire de ce jeune épicier un exemple. Nicolas Sarkozy, héraut de la sécurité,  missionne Michèle Alliot-Marie, son ministre de l’Intérieur, pour être la plus sévère possible. Et au lieu de mettre à Coupat la bonne fessée qu’il mérite pour avoir fait joujou avec des rails, MAM en fait un dangereux terroriste.

Dépassé par l’ampleur des évènements, M. Coupat se liquéfie. L’homme à la prose révolutionnaire nie les faits, critique la procédure de justice et fait tout pour refuser la qualification qu’on lui accole. Dans sa lutte avec la justice, Il n’a de cesse de mettre en avant le ridicule de l’affaire. Il nie notamment être l’auteur de L’Insurrection qui vient mais déclare l’avoir lu et en partager les idées. Il tient tout de même à prouver son incapacité de nuire, en rappelant à Léa Salamé sur France Inter le 12 mai, que « ce livre est en vente à la Fnac ». Pour se dédouaner, M. Coupat discrédite une œuvre qui nourrit chez beaucoup de ses lecteurs des rêves révolutionnaires. Lui qui nous promettait des sabotages et des soulèvements se rétracte très vite. Il ne veut surtout pas être pris pour un terroriste, pour une personne voulant infliger des dommages à l’Etat.

Heureusement pour lui, l’Etat le croit sur parole. Les juges Jeanne Duyé et Christophe Teissier, en charge de l’instruction du dossier, ont en effet pris la décision suivante : « Si, à l’évidence, les actions (…) ont été commises dans le dessein patent de désorganiser le fonctionnement d’un rouage considéré comme étatique, la SNCF (…), en revanche, il convient de considérer qu’au-delà du préjudice évident occasionné, ces actions ne peuvent être considérées, malgré la rhétorique guerrière employée, comme étant des actions ayant intimidé ou terrorisé. »

Malgré le fait que M. Coupat ait des idées révolutionnaires et donc potentiellement propices à ce que l’on appelle le terrorisme dans notre beau pays, il n’a pas terrorisé la population. Qui oserait prétendre le contraire puisqu’en l’espace de sept ans, lui et ses camarades épiciers n’ont pas réussi à produire autre chose qu’une hypothétique attaque de train ? Si bien qu’alors que le siège reste convaincu que le philosophe est à l’origine du sabotage, il a été forcé de requalifier l’affaire. Cela, avant tout, pour préserver le crédit de la police et de la justice française qui se sont couverts de ridicule en multipliant les procédures illégales et en persistant à vouloir faire un terroriste de celui que Mediapart décrit si bien comme « un garçon de bonne famille ».

Dans cette affaire, on a beaucoup critiqué la manière dont a été traité M. Coupat par la police et la justice. Il est vrai que l’on a su, de manière exemplaire, conjuguer le zèle le plus inquiétant et l’incompétence la plus crasse. Mais ce qu’il y a de fascinant, c’est la manière dont M. Coupat et ses défenseurs n’ont cessé de clamer qu’il n’avait jamais eu l’intention de nuire. Pourtant, qualifier les faits poursuivis comme ayant été « en lien avec une entreprise terroriste » était juridiquement possible. C’est une circonstance aggravante qui a non seulement des conséquences sur les peines encourues, mais également sur les procédures utilisées. La gravité de l’infraction n’entre pas en ligne de compte. Nul  besoin d’attenter à la vie humaine pour être terroriste. Mais si l’on peut rattacher un acte délictueux à la mise en œuvre d’un corpus d’idées politiques antiétatiques, on peut considérer que l’on se trouve face à une « entreprise terroriste ». Or qu’il le veuille ou non, M. Coupat, en disant à Léa Salamé que faire la révolution « serait la moindre des choses », se déclare ennemi du pouvoir. Qu’un Etat se montre particulièrement violent quand il affronte ses rares ennemis, il faut s’y attendre. Ce qui est plus inattendu, c’est l’empressement du philosophe à rappeler sa parfaite innocuité en déclarant  se voir « comme un bibliothécaire ».

En son temps, Mao Zedong, révolutionnaire ne craignant pas d’être appelé terroriste puisqu’il l’était, déclarait ceci : « Si l’ennemi nous attaque, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est bien, car cela prouve non seulement que nous avons établi une ligne de démarcation nette entre l’ennemi et nous, mais encore que nous avons remporté des succès remarquables dans notre travail. »

Force est de constater que M. Coupat n’a guère remporté de succès dans son travail. Et ses appels lyriques à la révolte font plutôt de lui un poète de plus qu’un véritable révolutionnaire. Après sept années de lutte acharnée avec la justice, il a enfin obtenu ce qu’il désirait : être inoffensif. « Les spectateurs se figent quand le train passe ».

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00606265_000001.

Ukraine : Censure contre Propagande

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L’Ukraine sort une nouvelle arme de guerre face aux séparatistes pro-russes : la désinformation. Le comité d’Etat pour la télévision et la radio ukrainienne, une forme de comité de censure, a publié il y a deux jours sur son site une liste de 38 livres russes interdits à la publication et à l’importation. « Ces mesures s’imposent  par la nécessité de lutter contre les méthodes de guerre d’information et de désinformation, de dissémination de haine , de l’idéologie fasciste, xénophobe et séparatiste promue par la fédération de Russie contre l’Ukraine. », se justifie le CSA ukrainien.

Parmi les livres interdits, des séparatistes bien connus tels que Théodore Berezin, membre du gouvernement de la République Populaire du Donetsk. Mais aussi l’écrivain national-bolchévique Edouard Limonov, pour son livre Kiev Kaput! L’ouvrage, comme son titre l’indique, n’était certes pas fait pour plaire au gouvernement de Kiev.

En haut de la page de l’inventaire des condamnés,  on peut admirer une main noire et un panneau rouge : STOP PROPAGANDA ! Désinformation ukrainienne contre propagande pro-russe ?  La guerre continue!

Brigitte Lahaie: «Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull»

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Brigitte Lahaie féminisme

Causeur. Brigitte Lahaie, en tant qu’ancienne actrice X et animatrice de votre propre émission sur RMC, dans laquelle vous répondez aux questions des auditeurs sur « l’amour, la sexualité, la fidélité et le plaisir », vous sentez-vous féministe ?

Brigitte Lahaie. J’ai beaucoup œuvré pour que les femmes soient libres de leur corps, de leur jouissance. Mais au début des années 1980, dans ma carrière X, j’étais très mal jugée par les féministes parce que j’étais une sorte d’objet sexuel pour les hommes. Dans une conférence à laquelle on m’avait invitée, à Lyon, je me suis fait siffler. Par la suite, j’ai sympathisé avec certaines d’entre elles, mais on n’était absolument pas d’accord sur de très nombreux points.

Encore aujourd’hui, des groupes comme Osez le féminisme ! voient d’un assez mauvais œil la pornographie, sans même parler de la prostitution…

Ah, Osez le féminisme !… Oui, pour elles, si je me prostitue ou si je suis actrice X, c’est forcément que je suis une victime. Je ne peux pas être libre et responsable de m’envoyer en l’air, ou avoir envie de toucher du fric avec mon sexe. C’est impossible pour elles ![access capability= »lire_inedits »]

Elles considèrent que prostitution et pornographie oppriment la femme en faisant primer le désir de l’homme sur le sien…

Elles ne comprennent pas la pulsion sexuelle masculine, cette chose qui se manifeste entre les jambes d’un homme dès l’âge de 12-13 ans… On ne fonctionne pas tout à fait pareil. Et à vouloir que les hommes deviennent des femmes, on va à la cata ! Moi, je les entends, les mecs qui n’ont pas baisé depuis un an, deux ans, et qui me demandent presque la permission d’aller voir ailleurs, timidement. Non mais qu’est-ce que ça veut dire ? Elles épousent un homme parce qu’il a un bon profil pour être le père de leurs enfants, et ensuite ceinture ? Je veux bien qu’on abolisse la prostitution, mais alors qu’on demande aux épouses d’accomplir le devoir conjugal.

Il y a heureusement des féministes moins puritaines, comme Ovidie, actrice et réalisatrice X trentenaire…

Bien sûr, mais quand Ovidie dit que se faire siffler dans la rue est une forme de harcèlement, je ne comprends pas. Affirmer que « 100 % des femmes ont été harcelées », c’est très grave ! J’en parlais avec une amie et sa fille, qui a 14 ans. Elle nous a demandé : « Alors on va forcément être harcelées ? » En entendant ça, les gamines s’imaginent qu’elles vont être des victimes. Personnellement, si j’ai cette position pro-hommes et antiféministe, c’est parce que j’ai au contraire rencontré des hommes extraordinaires, à qui je dois beaucoup.

A priori, les féministes n’ont pourtant pas pour objectif revendiqué de traumatiser les fillettes. Qu’est-ce qui cloche, selon vous ?

Elles tiennent exactement le même discours que les machos du début du xxe siècle. Par exemple : si une femme, parce qu’elle a bu, fait l’amour un soir avec un homme alors qu’elle n’en avait pas envie, elle pourra ensuite porter plainte pour viol. Ce qui signifie qu’une femme un petit peu soûle n’aurait plus son libre arbitre, il faudrait que ce soit l’homme qui décide à sa place. On marche sur la tête ! Et le pire, c’est qu’elle a toutes les chances que le mec soit condamné.

En contestant le discours victimaire en vigueur sur la question, vous ne craignez pas d’être épinglée par les Chiennes de garde et leurs amies ?

Accuser l’homme d’être trop bestial aujourd’hui, en France, est totalement absurde. Le féminisme a encore sa raison d’être à l’échelle mondiale. En France, il n’en a plus aucune, et il fait plus de tort aux femmes que de bien. Par exemple, beaucoup de féministes militent contre la pilule et les traitements hormonaux substitutifs. Sous prétexte que ces produits artificiels auraient des effets secondaires négatifs – ce qui n’est absolument pas prouvé –, elles veulent remettre les femmes dans la situation qui était la leur au siècle dernier. Mais certaines sont pour les mères porteuses. C’est invraisemblable !

Actuellement, il semble extrêmement difficile de s’opposer aux discours féministes, sur lesquels s’appuie le gouvernement pour légiférer.

Moi, j’ai une tribune médiatique. Je peux prendre la défense des clients de prostituées, par exemple… Mais ce qui est dramatique, c’est que plus aucun homme ne peut se permettre de dire ce que je dis sans être immédiatement traité de machiste. Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull, et les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça.

Cette remarque me fait penser au nouveau principe indiscutable de parité en politique. Comme si les femmes étaient, par nature, trop nulles pour s’imposer sans qu’on leur réserve la moitié des sièges…

Je trouve ces questions de parité stupides. À ce train-là, on va bientôt inventer la parité catholiques-musulmans… Je rappelle souvent que ce sont des hommes qui ont inventé la pilule et trouvé le point G. Et les femmes sont capables d’atteindre les plus hautes sphères : Ségolène Royal est arrivée au second tour de la présidentielle. Simplement, il y a moins de femmes qui ont envie de devenir politiques. Et elles ont raison, ce sont des métiers de fous.

À propos de travail, on nous rebat les oreilles avec les écarts de salaires entre hommes et femmes… Mais on peine de plus en plus à imaginer un patron qui paierait volontairement moins une femme qu’un homme, parce qu’il trouverait cela normal.

On prend seulement la partie émergée de l’iceberg et on en déduit quelque chose de faux. À mon entretien d’embauche pour RMC, j’ai exprimé des exigences concernant mes conditions de travail plutôt que le montant de mon salaire. Les femmes négocient leur temps libre, leur qualité de travail. Les mecs négocient en fonction de leur porte-monnaie. Forcément, à travail égal, les hommes gagnent donc plus que les femmes.

Ça tombe bien, votre livre nous apprend que trois femmes sur quatre ont pour premier critère de sélection d’un homme sa situation financière et son ambition professionnelle…

Oui, bien sûr, c’est dans nos gènes.

Attention, vous allez bientôt nous dire qu’il faudrait que les femmes restent à la maison… La presse féminine vous lyncherait pour moins que ça !

Il y a un mépris terrible pour les femmes qui décident de rester au foyer. Je suis désolée, mais si une femme a envie d’élever ses trois gosses sans bosser, j’applaudis des deux mains. Je ne vois pas où est le problème. J’ai un ami gynéco-endocrinologue qui n’en peut plus de donner des interviews aux magazines féminins, parce qu’il me dit qu’ils ne veulent pas entendre ce qu’il dit. Quant à moi, je n’ai jamais eu le moindre article dans un magazine féminin, à l’exception de Femme actuelle. Ça montre bien que je suis Satan.

Impossible, vous êtes une femme !

Alors Lilith, plus exactement ! Par ailleurs, les amazones tuaient les petits garçons à la naissance. Et dans tous les pays du monde où l’excision – cette horreur – est pratiquée, ce sont des femmes qui mutilent les petites filles, et pas leurs pères. Ça montre bien que les femmes ne sont pas meilleures que les hommes.[/access]

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*Photo : Hannah Assouline

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Et vive l’Europe allemande!

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merkel grece varoufakis

Qui se souvient de L’Homme de fer ? La série, diffusée sur NBC de mars 1967 à janvier 1975 (et en France à partir de 1969) mettait en scène un certain Robert Ironside (Robert Dacier en VF), un policier immobilisé dans une chaise roulante après avoir reçu une balle dans la colonne vertébrale.

Wolfgang Schäuble, l’impitoyable ministre de l’Economie allemand, est désormais pour les médias « l’homme de fer de l’Europe » — cela donne une idée de l’âge des journalistes qui utilisent la comparaison. Les connotations ne s’arrêtent pas au feuilleton, bien sûr, même si le fait que Schäuble est immobilisé dans une chaise roulante depuis un attentat qui l’a paralysé en 1990 a certainement été l’élément déclencheur de la comparaison. En arrière-plan, il y a la très vieille métaphore du « chancelier de fer », Bismarck. Il serait d’ailleurs amusant de répertorier toutes les métaphorisations politiques de l’industrie allemande de l’acier, particulièrement de l’acier utilisé à des fins militaires. Après tout une nation qui a fait depuis 1813 de la « croix de fer » sa décoration militaire la plus recherchée (voir le sublime film homonyme de Sam Peckinpah) a une relation singulière au métal des épées / fusils / canons / grosse Bertha et autres brimborions de la civilisation avancée.
Schäuble, outre une rivalité de fond avec Merkel, sans doute un peu trop Ossie pour lui (on ne parle pas assez du mépris abyssal des ex-bourgeois de RFA vis-à-vis des ex-prolos de RDA) pose en parfait Européen. Encore faut-il s’entendre sur le terme. Et savoir ce qu’il recouvre dans la conscience du redoutable ministre allemand.
Schäuble est né en octobre 1942 à Fribourg. Il venait d’avoir deux ans quand, le 27 novembre 1944, l’aviation anglaise a lancé sur la ville l’Opération Tigerfish (le vice-maréchal anglais Robert Saundby était un pêcheur fanatique, qui donna un nom de poisson à chacune des opérations d’anéantissement des villes allemandes, voir Dresde ou Hambourg, décidées par le commandant en chef Arthur « Bomber » Harris — un saint homme qui aurait été jugé pour crimes de guerre, s’il n’avait pas été du côté des vainqueurs). Ce jour-là 14 725 bombes incendiaires ont été déversées sur la ville (qui par parenthèse ne présentait aucun caractère stratégique : c’était une politique de terreur dont on sut très vite qu’elle resserrait les Allemands autour d’Hitler — mais on n’en continua pas moins : les militaires sont comme les pédagos, quand ils se trompent, ils vont de l’avant). Elles ont tué environ 3000 personnes, et réduit en cendres et poussière un joyau de l’architecture médiévale. Quand De Gaulle s’y rendit en octobre 1945 — Schäuble venait d’avoir trois ans —, il ne restait rigoureusement rien de la ville.

Je ne voudrais pas m’aventurer dans la psyché de Wolgang Schäuble, mais toute cette génération qui a vu son pays dévasté par la guerre aurait bien du mérite à développer des sentiments pro-européens sans cultiver quelque arrière-pensée revancharde. La Bundeswehr étant une force aujourd’hui essentiellement symbolique, l’action s’est située ailleurs : sur le terrain de la vertu.

À commencer par la vertu économique. L’Allemagne a plié l’Europe à ses objectifs nationaux, elle a obtenu avec l’euro une parité qui l’arrangeait diablement, juste après la réunification (un euro = deux deutschmarks, le seul pays pour lequel la transition monétaire opérait en compte rond), et elle veut manifestement imposer à toute l’Europe sa conception de l’économie. Ein Reich, ein Euro.

C’est ce que raconte Yannis Varoufakis dans une longue interview à El Pais qu’il a reproduite en anglais sur son blog. En substance, le « plan » imposé à la Grèce est destiné à faire long feu, le refus du « plan B » concocté par le ministre grec, tout bien pensé qu’il fût (c’est Jacques Sapir, qui en sait plus que moi en économie, qui le prétend sur son blog de Marianne), est la preuve par neuf qu’il ne s’agissait pas d’arriver à un accord viable de remboursement. Il fallait imposer aux Grecs des conditions aberrantes probablement dénoncées à très court terme, puisqu’elles ne sont pas viables, l’objectif n’étant pas Athènes (Athènes, combien de divisions ? aurait dit Staline) mais Madrid et Paris — entre autres. Dommage, l’Angleterre n’a pas joué le jeu de l’euro, on conquerra Londres une autre fois.

Varoufakis le dit très nettement :  » Le plan de Schäuble est d’imposer la troïka partout — et particulièrement à Paris. Paris est le gros lot. C’est la destination finale de la troïka. Le Grexit a pour objet de créer un climat de peur pour forcer Paris, Rome et Madrid à acquiescer. » Et d’expliquer que l’asphyxie programmée de la Grèce n’est qu’un coup en longueur, comme on dit au bridge : voilà ce qui vous arrivera si vous ne passez pas sous les fourches caudines de la vertu allemande. Vous aurez chez vous les experts de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI. Vous allez voir : Paris sera réinstallée à Bruxelles, qui d’ailleurs sera délocalisée à Berlin.

Sans compter que l’Allemagne a tout à y gagner : ce pays à natalité faible fait payer les retraites de ses enfants du baby boom à tous les retraités européens. Bien joué. Et au passage les banques allemandes domineront à terme le système, ce qui dans une Europe qui a plus joué la financiarisaion à outrance que l’industrie — ou a fortiori la politique — n’est pas rien. Tant pis si les retraités grecs se suicident — et les autres suivront. Schäuble soigne sa cote de popularité, et Merkel, qui n’est pas tombée de la dernière pluie — elle, elle a sucé le lait de l’Allemagne de l’Est, elle sait ce que totalitarisme veut dire — va probablement utiliser la popularité de Schäuble pour se présenter à nouveau.

Tant que nous ne remettons pas l’Europe sur des rails politiques, tant que nous laissons un quarteron de banquiers et de politichiens vendus décider à notre place, nous aurons Schäuble et ses comparses à la tête de l’UE. Et avec un président français qui dit « la chancelière » sans préciser « allemande », comme s’il avait fait allégeance, en bon caniche de sa maîtresse, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Schäuble appelle la France « la Grande Nation » : c’est ainsi que les révolutionnaires appelaient la République conquérante après 1793, mais dans la bouche d’un Allemand vertueux, ça sonne avec une note de dérision évidente.

Les décisions à prendre dépassent d’ailleurs largement le seul point de vue économique. L’Allemagne nous a imposé l’entrée dans l’UE de la Pologne, qui fait partie de sa zone d’influence. Elle nous impose vis-à-vis de la Russie une politique suicidaire, simplement parce qu’elle a des liens forts avec l’Ukraine (qui a une minuscule minorité d’origine allemande), qui dans certains cas remontent à la dernière guerre, comme le prouvent chaque jour les partis ukrainiens d’extrême-droite. Nous allons tout droit vers un affrontement Chine / USA (des analystes prévoient une revendication prochaine de l’Empire du Milieu pour glisser le yuan à la place du dollar dans l’économie mondialisée que ces imbéciles ont appelée de leurs vœux, sans voir que les successeurs de Deng Xiaoping œuvraient à dominer le monde), et il faudrait une fois pour toutes se rendre compte que nous sommes géographiquement beaucoup plus proches de Moscou, qui marche en ce moment main dans la main avec Pékin, que de Washington. Il est plus que temps de renverser les alliances — même si cela devait faire beaucoup de peine à Wolfgang Schäuble. Plus que temps de penser à nouveau de façon politique, sans se soucier de vertu économique. Les pro-européens, comme dit Varoufakis, trompent tout le monde depuis un certain temps — mais ils ne tromperont pas tout le monde tout le temps.

*Photo: Sipa. Reportage n°00718556_000071.

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Les zadistes font barrage à l’écologie

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ZAD écologie

Rappelez-vous, c’était il y a cinq ans. Nous avions du fouiller sur Wikipedia pour comprendre qui ils étaient. Les zadistes avaient déjà, de ce fait, réussi leur coup. On découvrit leur nom de guerre et leur lieu de campement : la ZAD (Zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes.

S’est ensuivi un combat entre les défenseurs du projet d’aéroport, capitalistes et libéraux, soutenus par les gouvernements de droite et de gauche donc, et les défenseurs de la planète. Sur le terrain, nous assistions alors au plus grand combat de boue jamais organisé (nos journalistes se rappellent encore de leur séjour là-bas, dont ils sont revenus légèrement crottés). Et tous les soirs nous regardions, passionnés, le gendarme et les gendarmettes à la télé.

Ils sont ensuite apparus autour du barrage de Sivens. Cette fois-ci, les zadistes s’opposaient à la submersion d’une zone humide. Il y eût de nouveau de la boue, des gendarmes et des tirs. Puis un mort.

Contre vents et gaz lacrymo, ils se sont multipliés. Désormais les Zad poussent un peu partout. On ne les compte même plus. On lève le sourcil, légèrement, lorsqu’on lit leur nom dans la presse locale, mais on oublie vite. La ferme des Bouillons était l’une de ces colonies tranquilles. Un petit bout de terre flanqué d’une vieille ferme aux briques rouges, au nord de Mont-Saint-Aignan (Seine Maritime). Le lieu n’était pas dénué de charme mais Auchan, le méchant, souhaitait implanter une zone commerciale sur ces quatre hectares, achetés dans les règles trois ans plus tôt. Les zadistes, fidèles à leurs méthodes, ont occupé les lieux et obtenu la modification du PLU de la propriété fermière.

La terre des Bouillons est devenue en janvier 2014 une « Zone Naturelle Protégée ». Autant dire que le géant de la distribution n’y trouvait plus grand intérêt. Il a laissé tomber en désuétude son permis de démolir.

Nos activistes se félicitèrent de cette victoire et auraient pu s’en tenir là. Mais c’était sans compter sur le zèle des zadistes à zoner. « Ces premiers succès ne signifient pas la fin de la lutte pour autant » titrait alors le site officiel de la ZAD de la ferme des Bouillons. Motif ? « Immochan (branche immobilière d’Auchan) est toujours propriétaire en titre de la ferme ». Certes, le lieu a perdu tout attrait à ses yeux, mais « c’est bien sûr sans compter sur sa patience presque infinie ». Alors pour être sûrs que personne ne viendra plus jamais s’en prendre à la ferme, les zadistes continuent et continueront toujours de l’occuper. Depuis deux ans, ils s’auto-suffisent, avec leur petite production fermière et leurs animations populaires telles que des festivals (La tambouille) et des conférence-débats. Autrement dit,  ils protègent par l’occupation illégale le site contre les envahisseurs. Qu’ils soient eux-mêmes des squatteurs ne les dérange pas plus que ça. La décision de la Cour d’Appel du Tribunal de Rouen, du 18 décembre 2014, confirmant l’expulsion immédiate des occupants, est visiblement restée sans effet.

Nous n’avions aucune raison jusque-là de condamner ces trublions du capitalisme sauvage, n’étant nous-même pas forcément d’accord avec la méga-production déconnectée de la réalité paysanne, et pourtant. Lorsqu’une famille du coin, investie dans le paysagisme, a décidé, il y a peu d’acheter ce lopin de terre à Auchan pour développer un commerce agricole durable, les cueilleurs-squatteurs ont, de nouveau, crié au loup. Pourtant le projet de maraîchage bio en « permaculture » devrait leur plaire. Alors, quel est le problème ? Les nouveaux arrivants risquent, d’après les zadistes, de céder leurs parts au groupe Auchan dans quelques années.

Quiconque fouille un peu le passé de la famille Mégard et fait des recherches sur leur première société, Œuvre d’arbres, aurait bien du mal à croire à un mauvais coup de ces paysagistes, chefs d’une petite entreprise à taille humaine, qui a inscrit le respect environnemental tout en haut de sa chartre.

Les zadistes tournent mal. Ils luttaient contre Auchan au nom du bien commun, mais leur lutte terminée, ils deviennent des squatteurs parasites empêchant tout autre projet que le leur, aussi légitime qu’il soit, de se développer. Des contradicteurs pris au pièges de leurs propres contradictions.  Et mauvais joueurs avec ça, les zadistes ont déposé en début de mois un projet agricole pour concurrencer celui de la famille Mégard. Un peu tard, non ?

*Photo : FRED SCHEIBER/SIPA. 00706828_000032.

Pourquoi Israël et Tel Aviv sont traités en pestiférés

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L’État d’Israël est le seul État du monde dont le droit de vivre est combattu depuis le premier jour de son existence. Pour ses ennemis, il doit être assassiné parce que né juif.

L’État d’Israël est la seule démocratie libérale de la région, le seul pays où les droits de l’homme sont respectés autant qu’en Europe. Les idéologies totalitaires de toute obédience haïssent cette démocratie libérale à l’européenne.

Tel Aviv est la ville de la région où s’exhibe la plus grande liberté de mœurs pour les homosexuels arabes aussi bien que juifs. Les intégristes de tout poil la détestent et la vouent aux gémonies.

Il est donc logique que tous les ennemis des sociétés ouvertes, modernes et libérales, s’obsèdent et s’acharnent contre Israël et contre Tel Aviv.

Tel Aviv sur Seine, et alors?

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tel aviv seine gaza

L’opération de jumelage des plages de Tel-Aviv aux berges de la Seine n’en finit plus de faire jaser. Le Parti de gauche dénonce « l’indécence » de la journée « Tel-Aviv sur Seine » prévue pour le 13 août prochain, un an après l’opération militaire de l’armée israélienne à Gaza. L’association CAPJPO-Europalestine est au bord de la syncope.

Inutile de leur rappeler que cette opération militaire n’était qu’une réponse aux centaines de roquettes tirées depuis le début 2014 sur les villes israéliennes, cibles civiles s’il en est, et à l’enlèvement et à l’assassinat de trois jeunes israéliens par des militants du Hamas en Israël.

Inutile de leur rappeler que la manifestation « Tel Aviv sur Seine » a été organisée après la visite de la maire de Paris (de gauche) en Israël et dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne en mai dernier, que Tel Aviv n’est pas Israël et vice-versa, et qu’il ne s’agit donc pas pour le gouvernement israélien de faire diversion, gouvernement qui n’a d’ailleurs rien à voir avec ce jumelage éphémère et superficiel (un stand de falafels et de la variété israélienne passée sur un Iphone, quelle « scandaleuse propagande de l’Etat terroriste » d’Israël ! s’indignait CAPJPO-Europalestine auprès de l’AFP).

Danielle Simonnet, conseillère de Paris du Parti de gauche et élue du XXe arrondissement, s’époumone depuis quelques jours contre cette manifestation. Pourquoi pas ? On n’est pas obligé d’aimer Israël ni son gouvernement. On n’est d’ailleurs même pas obligé d’aimer les juifs.

Mais lorsque l’on est conseillère municipale, élue pour représenter le peuple de Paris, fût-ce une partie seulement de celui-ci, on se doit quand-même d’avoir un minimum de culture. Danielle Simonnet, a déclaré lundi 10 août sur France Inter : « Tel Aviv, c’est pas Copacabana. Tel Aviv c’est la capitale de l’Etat d’Israël. » Stop. On arrête tout.

En droit international, la capitale d’un pays est la ville souverainement désignée comme telle par l’Etat concerné et non par une conseillère de Paris fâchée avec le programme d’histoire-géographie de 4e sur les capitales du monde. À ce jour et depuis sa création, la capitale de l’Etat d’Israël c’est Jérusalem. Le fait que certains Etats n’arrivent toujours pas à intégrer cette donnée élémentaire ne change rien à l’affaire. On observera que par un puissant palestino-tropisme, les mêmes Etats reconnaissent pourtant déjà Jérusalem-Est comme la capitale d’un Etat Palestinien qui, lui, n’existe pas encore.

Mais Danielle Simonnet ne s’arrête pas là et poursuit : « Si Bruno Julliard et la ville de Paris ont choisi Tel-Aviv parce que c’est une ville progressiste, qu’ils veulent marquer une différence et un désaccord avec la politique du gouvernement israélien, ils auraient mieux fait de faire une « Journée pour la Paix, Tel Aviv/Gaza« . »

Mais comment n’y avait-on pas pensé plus tôt ? Gaza sous l’emprise du Hamas, voilà un partenaire pour la paix ! Plus de 15 000 roquettes tirées sur Israël depuis 2006, soit plus de cinq par jour, des exécutions sommaires, l’emprisonnement et la torture pour les opposants politiques et les homosexuels, la population gazaouïe utilisée comme bouclier humain, le détournement de l’aide internationale (matérielle pour construire des tunnels offensifs, ou de contrebande et financière pour la corruption endémique des dirigeants du Hamas). Avec des démocrates pareils, on n’a plus de besoin de dictateurs.

Tel Aviv, dite « la Bulle » pour son ambiance paisible et tolérante, Tel Aviv dont le maire – de gauche – est réélu depuis dix-sept ans ans sans interruption, Tel Aviv dont la population musulmane est en plein essor depuis dix ans, Tel Aviv la progressiste, berceau de la Gay Pride israélienne, Tel Aviv dont l’Université s’enorgueillit d’accueillir sans discrimination Omar Barghouti, cofondateur du mouvement BDS, Tel Aviv, c’est sûr, mériterait bien d’être jumelée à Gaza ! Bonne idée Madame Simonnet !

Mais ces fulgurances s’expliquent lorsque l’on parcourt le site Internet de l’élue du XXe arrondissement qui est également « secrétaire nationale du Parti de gauche aux émancipations urbaines, à l’éduc’pop’ et l’agit’prop ». L’agit’prop, comprenez le Département pour l’agitation et la propagande, organe des comités centraux et régionaux du Parti communiste de la défunte Union soviétique destiné, notamment, à vanter les bienfaits du paradis communiste.

Avec de telles idées et références historiques, le Parti de gauche n’est pas près de remonter la pente après ses dernières élections municipales catastrophiques. Et si par impossible c’était le cas, la France n’y gagnerait pas.

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00679292_000030.

La culture kurde revit en Syrie

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Syrie kurdes

(Avec AFP) – Au volant de son taxi entre les villes de Qamichli et d’Amouda, au nord-est de la Syrie, Vian Khouzi montre fièrement des dizaines de nouveaux panneaux de signalisation en langue kurde, « un rêve devenu réalité ».

Avant le début de la révolte contre le président Bachar al-Assad en 2011, « le seul fait d’être kurde suffisait pour que le régime vous arrête », assure cet homme de 33 ans à la peau hâlée, qui travaille dans les régions aujourd’hui gérées par l’administration autonome kurde dans le nord et le nord-est syrien.

« Il était impossible de voir des symboles kurdes » dans l’espace public, ajoute-t-il en conduisant sur une route où flottent aujourd’hui des drapeaux du Parti d’union démocratique kurde (PYD) et des portraits du leader kurde turc emprisonné Abdullah Öcalan.

Marginalisés durant des décennies, les Kurdes de Syrie avaient interdiction d’utiliser leur langue et de célébrer Norouz, le Nouvel an kurde. Nombre d’entre eux étaient même privés de la nationalité syrienne.

Tout a changé en juillet 2012. Avec la militarisation de la révolte, le régime a retiré la plupart de ses troupes des zones à majorité kurde notamment dans la province de Hassaké, où se situent Qamichli et Amouda.

Un an plus tard, le PYD a créé une administration autonome, non reconnue par Damas, dans trois « cantons », encourageant une renaissance de l’identité de cette ethnie qui représente plus de 10% de la population syrienne.

A l’entrée de Qamichli, un grand panneau souhaite la bienvenue aux visiteurs en arabe mais aussi en kurde, chose impensable il y a quatre ans. La ville avait été le théâtre d’importantes manifestations antirégime écrasées dans le sang en 2004.

« Tout le monde parle le kurde mais seule une petite minorité peut l’écrire et le lire », explique Vian, qui peine à déchiffrer quelques mots, pourtant écrits en caractères arabes.

« C’est pour cela que nous ne pouvons pas nous passer de l’arabe, une langue que nous aimons », ajoute-t-il.

Depuis 2011, une cinquantaine de centres d’apprentissage de la langue kurde ont fleuri dans le canton de Jaziré (dénomination kurde de la province de Hassaké).

Dans un centre à Amouda, à 30 km à l’ouest de Qamichli, Mazhar Cheikho est aux anges. Muni d’un carnet de notes et d’un stylo, ce quadragénaire affirme à l’AFP, un grand sourire aux lèvres, réaliser le « rêve de son enfance » : apprendre parfaitement sa langue maternelle.

Le centre connaît un tel succès que les cours ont été répartis en deux tranches, le matin et le soir.

« Son inauguration en 2011, alors que nous n’étions pas encore sous la protection des forces kurdes, a été très risquée », raconte Sardar, un employé. « On disposait de peu de moyens mais on voulait l’ouvrir à tout prix ».

Avant, « nous apprenions la grammaire en secret », raconte Delcha Hajj Younes, une quinquagénaire portant un cartable noir qui veut enseigner le kurde à ses enfants et petits-enfants.

Au début de la guerre, le président Assad a cherché à s’attirer les faveurs des Kurdes pour s’assurer de leur neutralité, décidant notamment de naturaliser des dizaines de milliers d’entre eux.

Et alors qu’aucune matière en kurde n’était enseignée officiellement en Syrie, cette langue a été introduite à l’Université de Damas l’an dernier.

Au marché d’Amouda, les vitrines regorgent de costumes traditionnels et de drapeaux kurdes.

Avant le conflit, « c’était plus difficile d’acheter un drapeau kurde que de la drogue », s’esclaffe Ahmad Bozo, la trentaine.

« Il y a une forte demande pour les vêtements traditionnels kurdes depuis 2012, après le retrait progressif du régime », remarque-t-il.

Proche de la frontière turque et abritant une minorité arabe, Amouda est considérée comme le centre administratif et politique du canton de Jaziré.

En 2012, les Kurdes y ont lancé Ronahi TV, la seule chaîne de télévision satellitaire kurdophone en Syrie.

« Nous présentons en continu plus de 25 programmes politiques, sociaux et culturels en kurde et en arabe », explique la directrice de la chaîne, Zalal Binisi. « Nous tentons de faire parvenir la voix des Kurdes au monde ».

Dans un studio, Rudi Mohammad Amine, vêtu d’un costume traditionnel kurde, s’apprête à enregistrer son programme hebdomadaire sur les problèmes sociaux dans les régions autonomes.

« Ma joie est indescriptible quand je m’adresse au monde dans ma langue maternelle », dit-il. « Nous avons été marginalisés si longtemps ! Il était temps d’élever la voix sans peur ».

Reste à savoir, désormais, si cette renaissance de la culture kurde résistera à la guerre sans merci menée par la Turquie d’Erdogan contre le PYD et le PKK, considérés par Ankara comme une seule et même organisation terroriste.

*Photo : © AFP YOUSSEF KARWASHAN

Peut-on condamner les bébés délinquants?

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école cimetière justice mineurs

Nos enfants font l’actualité,  pour de mauvaises raisons. Trois fois de suite, en l’espace de quatre jours, de jeunes et très jeunes français ont commis des délits graves. Samedi 1er août, des mineurs de 5 à 15 ans ont été les auteurs de saccages dans une école maternelle, à Melun, causant des dégâts évalués à plusieurs milliers d’euros. Le même jour, trois adolescents de quinze ans ont vandalisé une maternelle de Seine-et-Marne. Puis, lundi 3 août, un cimetière de Meurthe et Moselle a été endommagé par deux garçons de 14 et 15 ans. Pour comprendre les enjeux de cette délinquance spécifique, nous avons demandé des précisions à « Judge Marie »[1. « Judge Marie » est le pseudonyme que ce juge pour enfants, qui souhaite rester anonyme, utilise dans son blog.], juge pour enfant.

Madame le juge, faut-il avoir peur de nos enfants ?

Non mais il faut les éduquer. Il y a des gens pour qui c’est  facile d’éduquer un enfant, et d’autres pour qui c’est très compliqué. Et les problèmes ne viennent pas toujours d’où l’on croit. Je suis régulièrement confrontée à des parents séparés, de milieux aisés, qui ne cherchent plus qu’à marquer des points l’un contre l’autre et oublient de chercher le bien de l’enfant. Il y a aussi les parents très jeunes qui ont déjà un enfant. Comment peut-on éduquer  un enfant quand on en est un soi-même ?

Il faudrait donc plutôt craindre les parents. Mais s’ils ne sont pas responsables pénalement des faits commis par leurs enfants (art 121-1 CP), personne ne l’est ?

D’abord, les mineurs peuvent être pénalement responsables si l’on juge qu’ils ont agi avec discernement. Ensuite, les parents peuvent être responsables civilement des dommages causés par leurs enfants. Il y a certes l’assurance responsabilité civile qui joue. Dans ce cas-là, les parents condamnés n’ont pas à régler directement les sommes dues, ce qui confère une impression d’impunité. Mais l’assurance tente aussi souvent que possible de se délier de ses obligations. Après, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de condamnation pénale que le parquet ne donne pas de suite. Moi, pour ces enfants-là, j’ouvrirais une procédure d’assistance éducative. Le but de la justice pour mineurs, ce n’est pas la condamnation, c’est avant tout de régler le problème éducatif.

A propos d’éducation, que se passe-t-il dans la tête d’enfants qui saccagent leur propre école ? Est-ce un rejet de l’autorité officielle ?

C’est rarement aussi réfléchi que ça. J’ai eu une fois affaire à de jeunes vandales qui avaient dégradé une école. Ils sont revenus dans l’école parce que c’est un lieu qu’ils fréquentaient et connaissaient. Ils savaient qu’ils pouvaient se faufiler par le trou de la grille pour entrer dans l’enceinte du bâtiment et monter sur le toit.

Parmi les délinquants de Melun se trouvaient des enfants très jeunes, dont un petit garçon de 5 ans. Comment peut-on juger un enfant de cet âge ?

Je n’ai, personnellement, jamais été confrontée à cette situation-là. Mais ma formatrice à l’ENM racontait qu’elle avait interrogé un petit de 5 ans qui avait été entraîné par un groupe d’adolescents, comme dans l’affaire de Melun. Elle avait été horrifiée de voir ce petit garçon, qui, assis devant elle, ne touchait même pas le sol avec ses chaussures. Il répondait « oui madame » à toutes les questions qu’elle posait : « Tu te rends compte de ce que tu as fait ? – Oui madame – Tu vas recommencer ? – Oui  madame ».  À 5 ans, on ne peut pas parler de délinquance car il n’y a pas assez de discernement. Il faut, au minimum, que l’enfant comprenne ce qu’est la loi pénale.

Henri Guaino, à la suite de ces événements, a dénoncé  cette « génération zombie » qui ne respecte plus le sacré, partagez-vous son sentiment ?

Les enfants dont on parle ne sont pas des zombies. Les zombies sont des enfants recroquevillés sur eux-mêmes, qui n’expriment pas leurs idées. Ils sont très difficiles à gérer. Lorsque la volonté du jeune est palpable, même dans l’irrespect, on peut corriger le tir. Mais c’est vrai qu’il y a plus de délits commis par des mineurs aujourd’hui qu’il y a quarante ans. La société d’aujourd’hui est plus dure. La prise en charge familiale est moins évidente. Les villes sont plus grandes…

Aux Etats-Unis, un enfant de 11 ans a tué par balle un petit de 3 ans. Et aujourd’hui, un adolescent britannique de 14 ans a été condamné à onze ans de détention pour avoir poignardé l’un de ses professeurs. Qui jugez-vous dans ce cas-là, le mineur ou le criminel ?

Heureusement, c’est très rare. Mais ce serait très difficile à appréhender car à 11 ans, l’enfant a déjà un discernement. Il peut donc être reconnu comme responsable de son crime mais n’encourt « qu’une » sanction éducative. J’entends déjà les politiques lever la voix pour faire changer la loi et permettre l’accessibilité à une peine dès cet âge-là. Notre devoir, c’est de nous rappeler qu’il y a eu crime, certes, mais commis pas un enfant. Ça n’a rien à voir avec un crime commis par un homme de 30 ans. Il ne faut jamais l’oublier.

*Photo : GILE MICHEL/SIPA/1404221255/00682073_000001

Sarkozy et le FN: Cambadélis perd la mémoire

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Le Premier Secrétaire du PS estime que Nicolas Sarkozy « drague » les électeurs lepénistes. Ça ne lui plaît pas. Soit. Mais il va plus loin en sommant Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire de se désolidariser de l’ancien président. Faute de quoi, il sera fondé de les considérer comme ses « complices ».

La sommation de Jean-Christophe Cambadélis a fait « plouf » ou si l’on préfère « pschitt ». Aucun des interpellés n’a daigné lui répondre, ce qui est très certainement dommageable pour son ego. Le vrai problème est que tout le monde, ou presque, et pas seulement Sarkozy, drague les électeurs du FN. Dans le genre « plus à droite que moi tu meurs », François Fillon en fait des tonnes. Mais son petit filet de voix ne fait pas recette auprès des médias. Nicolas Dupont-Aignan n’est pas mal non plus. Mais qui écoute Nicolas Dupont-Aignan ? Dans cette drague, c’est Mélenchon le meilleur. Lui n’a pas besoin de faire le beau, tant ses positions sont proches de celles de Marine Le Pen.

Cette dernière drague aussi : les siens, car elle sait qu’une passion amoureuse doit être entretenue. Bruno Le Maire, lui, ne dit rien. Il attend sagement son heure. Et quand elle viendra, on verra que c’est un expert dans le domaine de la conquête de l’électorat frontiste. On n’entend pas non plus Alain Juppé : il a passé l’âge de conter fleurette aux électrices et aux électeurs du FN, qu’il convoite comme tout un chacun. François Bayrou se tait également : il est trop occupé à pousser la chaise roulante de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac.

Feu donc sur Sarkozy qui, lui, ne se cache pas. Mais Cambadélis oublie une partie du propos de l’ancien président. Nicolas Sarkozy, en effet, répète qu’il comprend les électeurs frontistes. Mais que le FN est son adversaire, un adversaire qui trompe ses électeurs. Ça ressemble à quelque chose qui a déjà été dit, et entendu. « Le FN pose de bonnes questions et apporte de mauvaises réponses ». Mais qui a dit cette horreur ? Qui a fait du Sarkozy avant la lettre ?

Si Cambadélis ne sait pas et souhaite se renseigner, c’est la porte à côté. Il suffit de quelques minutes pour aller de la rue de Solférino au Quai d’Orsay. Là-bas siège quelqu’un qu’il connaît depuis longtemps. Et on imagine aisément que Laurent Fabius, en honnête homme qu’il est, lui dira : « Oui, c’est moi qui ai prononcé cette phrase. » « Ah ! » fera Cambadélis. « Mais c’était en 1983, quand nous étions jeunes tous les deux. Tu ne t’en souviens pas ? » Cambadélis lui répondra : « Tu sais bien qu’à cette époque j’étais trotskiste et que je n’écoutais pas les sociaux-traîtres de ton espèce. » Les temps ont changé. Fabius est devenu moins « traître » et Cambadélis beaucoup moins « social ».

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00715943_000055.

Julien Coupat, terroriste malgré lui?

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tarnac julien coupat terrorisme

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Une décision de justice du 7 août a enfin requalifié les actes perpétrés il y a trois ans par le révolutionnaire Julien Coupat. D’« entreprise terroriste », le sabotage du train est devenu le fruit d’une « association de malfaiteurs ». Après sept ans d’une procédure largement critiquée pour son iniquité, la presse se réjouit unanimement du camouflet imposé au pouvoir. En gagnant sa lutte contre l’Etat, M. Coupat, lui, a enfin obtenu qu’on lui enlève l’étiquette sulfureuse de « terroriste ». Pourtant, à la vue des actions présumées et de la pensée du philosophe, il est étonnant de le voir aujourd’hui si heureux d’en être débarrassé.

Depuis son arrestation par la police anti-terroriste il y a sept ans, Julien Coupat symbolisait la lutte contre un Etat liberticide mais aussi les espoirs de révolution d’une gauche farouchement anticapitaliste ralliant bon nombre de jeunes intellectuels. L’accusation de terrorisme à l’encontre d’un groupe dont M. Coupat était le représentant le plus âgé et le plus connu avait donc provoqué l’ire d’une grande partie de la presse.

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, en Seine-et-Marne, les rails d’un train sautent, sans provoquer d’autre dommage que 550 000 euros de dégâts matériels. Présent à proximité des rails au moment de l’incident, Julien Coupat, connu jusqu’à ce jour pour quelques écrits universitaires, devient, selon Michèle Alliot-Marie, le parangon d’une « ultragauche »anarcho-autonome. Selon le juge Thierry Fragnoli, il est même le chef d’une « structure à vocation terroriste ». Pris très au sérieux, M. Coupat gagne alors le droit d’être traité en ennemi crédible par l’Etat.

Au fil de la constitution du dossier juridique concernant le philosophe et ses potentiels complices, on apprend que le « terroriste » et ses amis étaient déjà suivis par les Renseignements Généraux plusieurs mois avant les faits leur étant reprochés. Vivant depuis 2005 à Tarnac, où ils avaient repris une épicerie, M. Coupat et ses camarades étaient espionnés et étudiés sous toutes les coutures par la DCRI. Cette défiance à l’égard d’une bande d’épiciers ne semblait pourtant justifiée que par les soupçons qui pesaient sur eux d’avoir coécrit un livre : L’Insurrection qui vient.

Philosophe mystérieux, fils d’un improbable mariage entre Guy Debord et Michel  Foucault, Julien Coupat peut être facilement rapproché d’un groupe : le « Comité Invisible », réunion  des auteurs anonymes de plusieurs livres parus aux éditions la Fabrique. Le premier est donc L’insurrection qui vient, texte poétique et lyrique de 2007 au titre très évocateur. Le second se nomme A Nos Amis est paru en 2014. Dans ces essais, le Comité démonte pièce par pièce la société actuelle et fait des réseaux la clé de la déréalisation du monde contemporain. Dans chacun des deux textes, on nous explique que le sabotage est l’action révolutionnaire par excellence puisque les infrastructures sont aujourd’hui la manifestation et l’incarnation matérielles du pouvoir. A cette lecture, Nicolas Sarkozy, pris de peur, dut s’imaginer que M. Coupat était un homme dangereux et capable d’amener la France à se soulever.

D’ailleurs M. Coupat, autrefois, ne cachait pas ses velléités révolutionnaires. Un texte plus ancien, La théorie du Bloom, publié aux mêmes éditions et signée Tiqqun (une revue cofondée par Coupat à la fin des années 90) contient une description pseudo-prophétique du fameux Comité Invisible : « Conjuration anonyme qui, de sabotages en soulèvements, finit par liquider la domination marchande dans le premier quart du XXIe siècle ». Vaste programme à même de mettre des étoiles dans les yeux des nouveaux révolutionnaires. Une autre phrase énigmatique suit de près cette description : « Les spectateurs se figent quand le train passe. »

Or le 8 novembre 2008, le train n’est pas passé. Sans preuve tangible, sur la seule foi des quelques mots écrits par M. Coupat, la justice se permet de bâcler le dossier (sur ce sujet, mes confrères en ont déjà dit suffisamment). L’occasion est trop belle de faire de ce jeune épicier un exemple. Nicolas Sarkozy, héraut de la sécurité,  missionne Michèle Alliot-Marie, son ministre de l’Intérieur, pour être la plus sévère possible. Et au lieu de mettre à Coupat la bonne fessée qu’il mérite pour avoir fait joujou avec des rails, MAM en fait un dangereux terroriste.

Dépassé par l’ampleur des évènements, M. Coupat se liquéfie. L’homme à la prose révolutionnaire nie les faits, critique la procédure de justice et fait tout pour refuser la qualification qu’on lui accole. Dans sa lutte avec la justice, Il n’a de cesse de mettre en avant le ridicule de l’affaire. Il nie notamment être l’auteur de L’Insurrection qui vient mais déclare l’avoir lu et en partager les idées. Il tient tout de même à prouver son incapacité de nuire, en rappelant à Léa Salamé sur France Inter le 12 mai, que « ce livre est en vente à la Fnac ». Pour se dédouaner, M. Coupat discrédite une œuvre qui nourrit chez beaucoup de ses lecteurs des rêves révolutionnaires. Lui qui nous promettait des sabotages et des soulèvements se rétracte très vite. Il ne veut surtout pas être pris pour un terroriste, pour une personne voulant infliger des dommages à l’Etat.

Heureusement pour lui, l’Etat le croit sur parole. Les juges Jeanne Duyé et Christophe Teissier, en charge de l’instruction du dossier, ont en effet pris la décision suivante : « Si, à l’évidence, les actions (…) ont été commises dans le dessein patent de désorganiser le fonctionnement d’un rouage considéré comme étatique, la SNCF (…), en revanche, il convient de considérer qu’au-delà du préjudice évident occasionné, ces actions ne peuvent être considérées, malgré la rhétorique guerrière employée, comme étant des actions ayant intimidé ou terrorisé. »

Malgré le fait que M. Coupat ait des idées révolutionnaires et donc potentiellement propices à ce que l’on appelle le terrorisme dans notre beau pays, il n’a pas terrorisé la population. Qui oserait prétendre le contraire puisqu’en l’espace de sept ans, lui et ses camarades épiciers n’ont pas réussi à produire autre chose qu’une hypothétique attaque de train ? Si bien qu’alors que le siège reste convaincu que le philosophe est à l’origine du sabotage, il a été forcé de requalifier l’affaire. Cela, avant tout, pour préserver le crédit de la police et de la justice française qui se sont couverts de ridicule en multipliant les procédures illégales et en persistant à vouloir faire un terroriste de celui que Mediapart décrit si bien comme « un garçon de bonne famille ».

Dans cette affaire, on a beaucoup critiqué la manière dont a été traité M. Coupat par la police et la justice. Il est vrai que l’on a su, de manière exemplaire, conjuguer le zèle le plus inquiétant et l’incompétence la plus crasse. Mais ce qu’il y a de fascinant, c’est la manière dont M. Coupat et ses défenseurs n’ont cessé de clamer qu’il n’avait jamais eu l’intention de nuire. Pourtant, qualifier les faits poursuivis comme ayant été « en lien avec une entreprise terroriste » était juridiquement possible. C’est une circonstance aggravante qui a non seulement des conséquences sur les peines encourues, mais également sur les procédures utilisées. La gravité de l’infraction n’entre pas en ligne de compte. Nul  besoin d’attenter à la vie humaine pour être terroriste. Mais si l’on peut rattacher un acte délictueux à la mise en œuvre d’un corpus d’idées politiques antiétatiques, on peut considérer que l’on se trouve face à une « entreprise terroriste ». Or qu’il le veuille ou non, M. Coupat, en disant à Léa Salamé que faire la révolution « serait la moindre des choses », se déclare ennemi du pouvoir. Qu’un Etat se montre particulièrement violent quand il affronte ses rares ennemis, il faut s’y attendre. Ce qui est plus inattendu, c’est l’empressement du philosophe à rappeler sa parfaite innocuité en déclarant  se voir « comme un bibliothécaire ».

En son temps, Mao Zedong, révolutionnaire ne craignant pas d’être appelé terroriste puisqu’il l’était, déclarait ceci : « Si l’ennemi nous attaque, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est bien, car cela prouve non seulement que nous avons établi une ligne de démarcation nette entre l’ennemi et nous, mais encore que nous avons remporté des succès remarquables dans notre travail. »

Force est de constater que M. Coupat n’a guère remporté de succès dans son travail. Et ses appels lyriques à la révolte font plutôt de lui un poète de plus qu’un véritable révolutionnaire. Après sept années de lutte acharnée avec la justice, il a enfin obtenu ce qu’il désirait : être inoffensif. « Les spectateurs se figent quand le train passe ».

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00606265_000001.

Ukraine : Censure contre Propagande

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L’Ukraine sort une nouvelle arme de guerre face aux séparatistes pro-russes : la désinformation. Le comité d’Etat pour la télévision et la radio ukrainienne, une forme de comité de censure, a publié il y a deux jours sur son site une liste de 38 livres russes interdits à la publication et à l’importation. « Ces mesures s’imposent  par la nécessité de lutter contre les méthodes de guerre d’information et de désinformation, de dissémination de haine , de l’idéologie fasciste, xénophobe et séparatiste promue par la fédération de Russie contre l’Ukraine. », se justifie le CSA ukrainien.

Parmi les livres interdits, des séparatistes bien connus tels que Théodore Berezin, membre du gouvernement de la République Populaire du Donetsk. Mais aussi l’écrivain national-bolchévique Edouard Limonov, pour son livre Kiev Kaput! L’ouvrage, comme son titre l’indique, n’était certes pas fait pour plaire au gouvernement de Kiev.

En haut de la page de l’inventaire des condamnés,  on peut admirer une main noire et un panneau rouge : STOP PROPAGANDA ! Désinformation ukrainienne contre propagande pro-russe ?  La guerre continue!

Brigitte Lahaie: «Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull»

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Brigitte Lahaie féminisme

Brigitte Lahaie féminisme

Causeur. Brigitte Lahaie, en tant qu’ancienne actrice X et animatrice de votre propre émission sur RMC, dans laquelle vous répondez aux questions des auditeurs sur « l’amour, la sexualité, la fidélité et le plaisir », vous sentez-vous féministe ?

Brigitte Lahaie. J’ai beaucoup œuvré pour que les femmes soient libres de leur corps, de leur jouissance. Mais au début des années 1980, dans ma carrière X, j’étais très mal jugée par les féministes parce que j’étais une sorte d’objet sexuel pour les hommes. Dans une conférence à laquelle on m’avait invitée, à Lyon, je me suis fait siffler. Par la suite, j’ai sympathisé avec certaines d’entre elles, mais on n’était absolument pas d’accord sur de très nombreux points.

Encore aujourd’hui, des groupes comme Osez le féminisme ! voient d’un assez mauvais œil la pornographie, sans même parler de la prostitution…

Ah, Osez le féminisme !… Oui, pour elles, si je me prostitue ou si je suis actrice X, c’est forcément que je suis une victime. Je ne peux pas être libre et responsable de m’envoyer en l’air, ou avoir envie de toucher du fric avec mon sexe. C’est impossible pour elles ![access capability= »lire_inedits »]

Elles considèrent que prostitution et pornographie oppriment la femme en faisant primer le désir de l’homme sur le sien…

Elles ne comprennent pas la pulsion sexuelle masculine, cette chose qui se manifeste entre les jambes d’un homme dès l’âge de 12-13 ans… On ne fonctionne pas tout à fait pareil. Et à vouloir que les hommes deviennent des femmes, on va à la cata ! Moi, je les entends, les mecs qui n’ont pas baisé depuis un an, deux ans, et qui me demandent presque la permission d’aller voir ailleurs, timidement. Non mais qu’est-ce que ça veut dire ? Elles épousent un homme parce qu’il a un bon profil pour être le père de leurs enfants, et ensuite ceinture ? Je veux bien qu’on abolisse la prostitution, mais alors qu’on demande aux épouses d’accomplir le devoir conjugal.

Il y a heureusement des féministes moins puritaines, comme Ovidie, actrice et réalisatrice X trentenaire…

Bien sûr, mais quand Ovidie dit que se faire siffler dans la rue est une forme de harcèlement, je ne comprends pas. Affirmer que « 100 % des femmes ont été harcelées », c’est très grave ! J’en parlais avec une amie et sa fille, qui a 14 ans. Elle nous a demandé : « Alors on va forcément être harcelées ? » En entendant ça, les gamines s’imaginent qu’elles vont être des victimes. Personnellement, si j’ai cette position pro-hommes et antiféministe, c’est parce que j’ai au contraire rencontré des hommes extraordinaires, à qui je dois beaucoup.

A priori, les féministes n’ont pourtant pas pour objectif revendiqué de traumatiser les fillettes. Qu’est-ce qui cloche, selon vous ?

Elles tiennent exactement le même discours que les machos du début du xxe siècle. Par exemple : si une femme, parce qu’elle a bu, fait l’amour un soir avec un homme alors qu’elle n’en avait pas envie, elle pourra ensuite porter plainte pour viol. Ce qui signifie qu’une femme un petit peu soûle n’aurait plus son libre arbitre, il faudrait que ce soit l’homme qui décide à sa place. On marche sur la tête ! Et le pire, c’est qu’elle a toutes les chances que le mec soit condamné.

En contestant le discours victimaire en vigueur sur la question, vous ne craignez pas d’être épinglée par les Chiennes de garde et leurs amies ?

Accuser l’homme d’être trop bestial aujourd’hui, en France, est totalement absurde. Le féminisme a encore sa raison d’être à l’échelle mondiale. En France, il n’en a plus aucune, et il fait plus de tort aux femmes que de bien. Par exemple, beaucoup de féministes militent contre la pilule et les traitements hormonaux substitutifs. Sous prétexte que ces produits artificiels auraient des effets secondaires négatifs – ce qui n’est absolument pas prouvé –, elles veulent remettre les femmes dans la situation qui était la leur au siècle dernier. Mais certaines sont pour les mères porteuses. C’est invraisemblable !

Actuellement, il semble extrêmement difficile de s’opposer aux discours féministes, sur lesquels s’appuie le gouvernement pour légiférer.

Moi, j’ai une tribune médiatique. Je peux prendre la défense des clients de prostituées, par exemple… Mais ce qui est dramatique, c’est que plus aucun homme ne peut se permettre de dire ce que je dis sans être immédiatement traité de machiste. Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull, et les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça.

Cette remarque me fait penser au nouveau principe indiscutable de parité en politique. Comme si les femmes étaient, par nature, trop nulles pour s’imposer sans qu’on leur réserve la moitié des sièges…

Je trouve ces questions de parité stupides. À ce train-là, on va bientôt inventer la parité catholiques-musulmans… Je rappelle souvent que ce sont des hommes qui ont inventé la pilule et trouvé le point G. Et les femmes sont capables d’atteindre les plus hautes sphères : Ségolène Royal est arrivée au second tour de la présidentielle. Simplement, il y a moins de femmes qui ont envie de devenir politiques. Et elles ont raison, ce sont des métiers de fous.

À propos de travail, on nous rebat les oreilles avec les écarts de salaires entre hommes et femmes… Mais on peine de plus en plus à imaginer un patron qui paierait volontairement moins une femme qu’un homme, parce qu’il trouverait cela normal.

On prend seulement la partie émergée de l’iceberg et on en déduit quelque chose de faux. À mon entretien d’embauche pour RMC, j’ai exprimé des exigences concernant mes conditions de travail plutôt que le montant de mon salaire. Les femmes négocient leur temps libre, leur qualité de travail. Les mecs négocient en fonction de leur porte-monnaie. Forcément, à travail égal, les hommes gagnent donc plus que les femmes.

Ça tombe bien, votre livre nous apprend que trois femmes sur quatre ont pour premier critère de sélection d’un homme sa situation financière et son ambition professionnelle…

Oui, bien sûr, c’est dans nos gènes.

Attention, vous allez bientôt nous dire qu’il faudrait que les femmes restent à la maison… La presse féminine vous lyncherait pour moins que ça !

Il y a un mépris terrible pour les femmes qui décident de rester au foyer. Je suis désolée, mais si une femme a envie d’élever ses trois gosses sans bosser, j’applaudis des deux mains. Je ne vois pas où est le problème. J’ai un ami gynéco-endocrinologue qui n’en peut plus de donner des interviews aux magazines féminins, parce qu’il me dit qu’ils ne veulent pas entendre ce qu’il dit. Quant à moi, je n’ai jamais eu le moindre article dans un magazine féminin, à l’exception de Femme actuelle. Ça montre bien que je suis Satan.

Impossible, vous êtes une femme !

Alors Lilith, plus exactement ! Par ailleurs, les amazones tuaient les petits garçons à la naissance. Et dans tous les pays du monde où l’excision – cette horreur – est pratiquée, ce sont des femmes qui mutilent les petites filles, et pas leurs pères. Ça montre bien que les femmes ne sont pas meilleures que les hommes.[/access]

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*Photo : Hannah Assouline

L'Amour et vous !: Pourquoi les femmes aiment et les hommes désirent

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Et vive l’Europe allemande!

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merkel grece varoufakis

merkel grece varoufakis

Qui se souvient de L’Homme de fer ? La série, diffusée sur NBC de mars 1967 à janvier 1975 (et en France à partir de 1969) mettait en scène un certain Robert Ironside (Robert Dacier en VF), un policier immobilisé dans une chaise roulante après avoir reçu une balle dans la colonne vertébrale.

Wolfgang Schäuble, l’impitoyable ministre de l’Economie allemand, est désormais pour les médias « l’homme de fer de l’Europe » — cela donne une idée de l’âge des journalistes qui utilisent la comparaison. Les connotations ne s’arrêtent pas au feuilleton, bien sûr, même si le fait que Schäuble est immobilisé dans une chaise roulante depuis un attentat qui l’a paralysé en 1990 a certainement été l’élément déclencheur de la comparaison. En arrière-plan, il y a la très vieille métaphore du « chancelier de fer », Bismarck. Il serait d’ailleurs amusant de répertorier toutes les métaphorisations politiques de l’industrie allemande de l’acier, particulièrement de l’acier utilisé à des fins militaires. Après tout une nation qui a fait depuis 1813 de la « croix de fer » sa décoration militaire la plus recherchée (voir le sublime film homonyme de Sam Peckinpah) a une relation singulière au métal des épées / fusils / canons / grosse Bertha et autres brimborions de la civilisation avancée.
Schäuble, outre une rivalité de fond avec Merkel, sans doute un peu trop Ossie pour lui (on ne parle pas assez du mépris abyssal des ex-bourgeois de RFA vis-à-vis des ex-prolos de RDA) pose en parfait Européen. Encore faut-il s’entendre sur le terme. Et savoir ce qu’il recouvre dans la conscience du redoutable ministre allemand.
Schäuble est né en octobre 1942 à Fribourg. Il venait d’avoir deux ans quand, le 27 novembre 1944, l’aviation anglaise a lancé sur la ville l’Opération Tigerfish (le vice-maréchal anglais Robert Saundby était un pêcheur fanatique, qui donna un nom de poisson à chacune des opérations d’anéantissement des villes allemandes, voir Dresde ou Hambourg, décidées par le commandant en chef Arthur « Bomber » Harris — un saint homme qui aurait été jugé pour crimes de guerre, s’il n’avait pas été du côté des vainqueurs). Ce jour-là 14 725 bombes incendiaires ont été déversées sur la ville (qui par parenthèse ne présentait aucun caractère stratégique : c’était une politique de terreur dont on sut très vite qu’elle resserrait les Allemands autour d’Hitler — mais on n’en continua pas moins : les militaires sont comme les pédagos, quand ils se trompent, ils vont de l’avant). Elles ont tué environ 3000 personnes, et réduit en cendres et poussière un joyau de l’architecture médiévale. Quand De Gaulle s’y rendit en octobre 1945 — Schäuble venait d’avoir trois ans —, il ne restait rigoureusement rien de la ville.

Je ne voudrais pas m’aventurer dans la psyché de Wolgang Schäuble, mais toute cette génération qui a vu son pays dévasté par la guerre aurait bien du mérite à développer des sentiments pro-européens sans cultiver quelque arrière-pensée revancharde. La Bundeswehr étant une force aujourd’hui essentiellement symbolique, l’action s’est située ailleurs : sur le terrain de la vertu.

À commencer par la vertu économique. L’Allemagne a plié l’Europe à ses objectifs nationaux, elle a obtenu avec l’euro une parité qui l’arrangeait diablement, juste après la réunification (un euro = deux deutschmarks, le seul pays pour lequel la transition monétaire opérait en compte rond), et elle veut manifestement imposer à toute l’Europe sa conception de l’économie. Ein Reich, ein Euro.

C’est ce que raconte Yannis Varoufakis dans une longue interview à El Pais qu’il a reproduite en anglais sur son blog. En substance, le « plan » imposé à la Grèce est destiné à faire long feu, le refus du « plan B » concocté par le ministre grec, tout bien pensé qu’il fût (c’est Jacques Sapir, qui en sait plus que moi en économie, qui le prétend sur son blog de Marianne), est la preuve par neuf qu’il ne s’agissait pas d’arriver à un accord viable de remboursement. Il fallait imposer aux Grecs des conditions aberrantes probablement dénoncées à très court terme, puisqu’elles ne sont pas viables, l’objectif n’étant pas Athènes (Athènes, combien de divisions ? aurait dit Staline) mais Madrid et Paris — entre autres. Dommage, l’Angleterre n’a pas joué le jeu de l’euro, on conquerra Londres une autre fois.

Varoufakis le dit très nettement :  » Le plan de Schäuble est d’imposer la troïka partout — et particulièrement à Paris. Paris est le gros lot. C’est la destination finale de la troïka. Le Grexit a pour objet de créer un climat de peur pour forcer Paris, Rome et Madrid à acquiescer. » Et d’expliquer que l’asphyxie programmée de la Grèce n’est qu’un coup en longueur, comme on dit au bridge : voilà ce qui vous arrivera si vous ne passez pas sous les fourches caudines de la vertu allemande. Vous aurez chez vous les experts de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI. Vous allez voir : Paris sera réinstallée à Bruxelles, qui d’ailleurs sera délocalisée à Berlin.

Sans compter que l’Allemagne a tout à y gagner : ce pays à natalité faible fait payer les retraites de ses enfants du baby boom à tous les retraités européens. Bien joué. Et au passage les banques allemandes domineront à terme le système, ce qui dans une Europe qui a plus joué la financiarisaion à outrance que l’industrie — ou a fortiori la politique — n’est pas rien. Tant pis si les retraités grecs se suicident — et les autres suivront. Schäuble soigne sa cote de popularité, et Merkel, qui n’est pas tombée de la dernière pluie — elle, elle a sucé le lait de l’Allemagne de l’Est, elle sait ce que totalitarisme veut dire — va probablement utiliser la popularité de Schäuble pour se présenter à nouveau.

Tant que nous ne remettons pas l’Europe sur des rails politiques, tant que nous laissons un quarteron de banquiers et de politichiens vendus décider à notre place, nous aurons Schäuble et ses comparses à la tête de l’UE. Et avec un président français qui dit « la chancelière » sans préciser « allemande », comme s’il avait fait allégeance, en bon caniche de sa maîtresse, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Schäuble appelle la France « la Grande Nation » : c’est ainsi que les révolutionnaires appelaient la République conquérante après 1793, mais dans la bouche d’un Allemand vertueux, ça sonne avec une note de dérision évidente.

Les décisions à prendre dépassent d’ailleurs largement le seul point de vue économique. L’Allemagne nous a imposé l’entrée dans l’UE de la Pologne, qui fait partie de sa zone d’influence. Elle nous impose vis-à-vis de la Russie une politique suicidaire, simplement parce qu’elle a des liens forts avec l’Ukraine (qui a une minuscule minorité d’origine allemande), qui dans certains cas remontent à la dernière guerre, comme le prouvent chaque jour les partis ukrainiens d’extrême-droite. Nous allons tout droit vers un affrontement Chine / USA (des analystes prévoient une revendication prochaine de l’Empire du Milieu pour glisser le yuan à la place du dollar dans l’économie mondialisée que ces imbéciles ont appelée de leurs vœux, sans voir que les successeurs de Deng Xiaoping œuvraient à dominer le monde), et il faudrait une fois pour toutes se rendre compte que nous sommes géographiquement beaucoup plus proches de Moscou, qui marche en ce moment main dans la main avec Pékin, que de Washington. Il est plus que temps de renverser les alliances — même si cela devait faire beaucoup de peine à Wolfgang Schäuble. Plus que temps de penser à nouveau de façon politique, sans se soucier de vertu économique. Les pro-européens, comme dit Varoufakis, trompent tout le monde depuis un certain temps — mais ils ne tromperont pas tout le monde tout le temps.

*Photo: Sipa. Reportage n°00718556_000071.

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Les zadistes font barrage à l’écologie

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ZAD écologie

ZAD écologie

Rappelez-vous, c’était il y a cinq ans. Nous avions du fouiller sur Wikipedia pour comprendre qui ils étaient. Les zadistes avaient déjà, de ce fait, réussi leur coup. On découvrit leur nom de guerre et leur lieu de campement : la ZAD (Zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes.

S’est ensuivi un combat entre les défenseurs du projet d’aéroport, capitalistes et libéraux, soutenus par les gouvernements de droite et de gauche donc, et les défenseurs de la planète. Sur le terrain, nous assistions alors au plus grand combat de boue jamais organisé (nos journalistes se rappellent encore de leur séjour là-bas, dont ils sont revenus légèrement crottés). Et tous les soirs nous regardions, passionnés, le gendarme et les gendarmettes à la télé.

Ils sont ensuite apparus autour du barrage de Sivens. Cette fois-ci, les zadistes s’opposaient à la submersion d’une zone humide. Il y eût de nouveau de la boue, des gendarmes et des tirs. Puis un mort.

Contre vents et gaz lacrymo, ils se sont multipliés. Désormais les Zad poussent un peu partout. On ne les compte même plus. On lève le sourcil, légèrement, lorsqu’on lit leur nom dans la presse locale, mais on oublie vite. La ferme des Bouillons était l’une de ces colonies tranquilles. Un petit bout de terre flanqué d’une vieille ferme aux briques rouges, au nord de Mont-Saint-Aignan (Seine Maritime). Le lieu n’était pas dénué de charme mais Auchan, le méchant, souhaitait implanter une zone commerciale sur ces quatre hectares, achetés dans les règles trois ans plus tôt. Les zadistes, fidèles à leurs méthodes, ont occupé les lieux et obtenu la modification du PLU de la propriété fermière.

La terre des Bouillons est devenue en janvier 2014 une « Zone Naturelle Protégée ». Autant dire que le géant de la distribution n’y trouvait plus grand intérêt. Il a laissé tomber en désuétude son permis de démolir.

Nos activistes se félicitèrent de cette victoire et auraient pu s’en tenir là. Mais c’était sans compter sur le zèle des zadistes à zoner. « Ces premiers succès ne signifient pas la fin de la lutte pour autant » titrait alors le site officiel de la ZAD de la ferme des Bouillons. Motif ? « Immochan (branche immobilière d’Auchan) est toujours propriétaire en titre de la ferme ». Certes, le lieu a perdu tout attrait à ses yeux, mais « c’est bien sûr sans compter sur sa patience presque infinie ». Alors pour être sûrs que personne ne viendra plus jamais s’en prendre à la ferme, les zadistes continuent et continueront toujours de l’occuper. Depuis deux ans, ils s’auto-suffisent, avec leur petite production fermière et leurs animations populaires telles que des festivals (La tambouille) et des conférence-débats. Autrement dit,  ils protègent par l’occupation illégale le site contre les envahisseurs. Qu’ils soient eux-mêmes des squatteurs ne les dérange pas plus que ça. La décision de la Cour d’Appel du Tribunal de Rouen, du 18 décembre 2014, confirmant l’expulsion immédiate des occupants, est visiblement restée sans effet.

Nous n’avions aucune raison jusque-là de condamner ces trublions du capitalisme sauvage, n’étant nous-même pas forcément d’accord avec la méga-production déconnectée de la réalité paysanne, et pourtant. Lorsqu’une famille du coin, investie dans le paysagisme, a décidé, il y a peu d’acheter ce lopin de terre à Auchan pour développer un commerce agricole durable, les cueilleurs-squatteurs ont, de nouveau, crié au loup. Pourtant le projet de maraîchage bio en « permaculture » devrait leur plaire. Alors, quel est le problème ? Les nouveaux arrivants risquent, d’après les zadistes, de céder leurs parts au groupe Auchan dans quelques années.

Quiconque fouille un peu le passé de la famille Mégard et fait des recherches sur leur première société, Œuvre d’arbres, aurait bien du mal à croire à un mauvais coup de ces paysagistes, chefs d’une petite entreprise à taille humaine, qui a inscrit le respect environnemental tout en haut de sa chartre.

Les zadistes tournent mal. Ils luttaient contre Auchan au nom du bien commun, mais leur lutte terminée, ils deviennent des squatteurs parasites empêchant tout autre projet que le leur, aussi légitime qu’il soit, de se développer. Des contradicteurs pris au pièges de leurs propres contradictions.  Et mauvais joueurs avec ça, les zadistes ont déposé en début de mois un projet agricole pour concurrencer celui de la famille Mégard. Un peu tard, non ?

*Photo : FRED SCHEIBER/SIPA. 00706828_000032.

Pourquoi Israël et Tel Aviv sont traités en pestiférés

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L’État d’Israël est le seul État du monde dont le droit de vivre est combattu depuis le premier jour de son existence. Pour ses ennemis, il doit être assassiné parce que né juif.

L’État d’Israël est la seule démocratie libérale de la région, le seul pays où les droits de l’homme sont respectés autant qu’en Europe. Les idéologies totalitaires de toute obédience haïssent cette démocratie libérale à l’européenne.

Tel Aviv est la ville de la région où s’exhibe la plus grande liberté de mœurs pour les homosexuels arabes aussi bien que juifs. Les intégristes de tout poil la détestent et la vouent aux gémonies.

Il est donc logique que tous les ennemis des sociétés ouvertes, modernes et libérales, s’obsèdent et s’acharnent contre Israël et contre Tel Aviv.

Tel Aviv sur Seine, et alors?

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tel aviv seine gaza

tel aviv seine gaza

L’opération de jumelage des plages de Tel-Aviv aux berges de la Seine n’en finit plus de faire jaser. Le Parti de gauche dénonce « l’indécence » de la journée « Tel-Aviv sur Seine » prévue pour le 13 août prochain, un an après l’opération militaire de l’armée israélienne à Gaza. L’association CAPJPO-Europalestine est au bord de la syncope.

Inutile de leur rappeler que cette opération militaire n’était qu’une réponse aux centaines de roquettes tirées depuis le début 2014 sur les villes israéliennes, cibles civiles s’il en est, et à l’enlèvement et à l’assassinat de trois jeunes israéliens par des militants du Hamas en Israël.

Inutile de leur rappeler que la manifestation « Tel Aviv sur Seine » a été organisée après la visite de la maire de Paris (de gauche) en Israël et dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne en mai dernier, que Tel Aviv n’est pas Israël et vice-versa, et qu’il ne s’agit donc pas pour le gouvernement israélien de faire diversion, gouvernement qui n’a d’ailleurs rien à voir avec ce jumelage éphémère et superficiel (un stand de falafels et de la variété israélienne passée sur un Iphone, quelle « scandaleuse propagande de l’Etat terroriste » d’Israël ! s’indignait CAPJPO-Europalestine auprès de l’AFP).

Danielle Simonnet, conseillère de Paris du Parti de gauche et élue du XXe arrondissement, s’époumone depuis quelques jours contre cette manifestation. Pourquoi pas ? On n’est pas obligé d’aimer Israël ni son gouvernement. On n’est d’ailleurs même pas obligé d’aimer les juifs.

Mais lorsque l’on est conseillère municipale, élue pour représenter le peuple de Paris, fût-ce une partie seulement de celui-ci, on se doit quand-même d’avoir un minimum de culture. Danielle Simonnet, a déclaré lundi 10 août sur France Inter : « Tel Aviv, c’est pas Copacabana. Tel Aviv c’est la capitale de l’Etat d’Israël. » Stop. On arrête tout.

En droit international, la capitale d’un pays est la ville souverainement désignée comme telle par l’Etat concerné et non par une conseillère de Paris fâchée avec le programme d’histoire-géographie de 4e sur les capitales du monde. À ce jour et depuis sa création, la capitale de l’Etat d’Israël c’est Jérusalem. Le fait que certains Etats n’arrivent toujours pas à intégrer cette donnée élémentaire ne change rien à l’affaire. On observera que par un puissant palestino-tropisme, les mêmes Etats reconnaissent pourtant déjà Jérusalem-Est comme la capitale d’un Etat Palestinien qui, lui, n’existe pas encore.

Mais Danielle Simonnet ne s’arrête pas là et poursuit : « Si Bruno Julliard et la ville de Paris ont choisi Tel-Aviv parce que c’est une ville progressiste, qu’ils veulent marquer une différence et un désaccord avec la politique du gouvernement israélien, ils auraient mieux fait de faire une « Journée pour la Paix, Tel Aviv/Gaza« . »

Mais comment n’y avait-on pas pensé plus tôt ? Gaza sous l’emprise du Hamas, voilà un partenaire pour la paix ! Plus de 15 000 roquettes tirées sur Israël depuis 2006, soit plus de cinq par jour, des exécutions sommaires, l’emprisonnement et la torture pour les opposants politiques et les homosexuels, la population gazaouïe utilisée comme bouclier humain, le détournement de l’aide internationale (matérielle pour construire des tunnels offensifs, ou de contrebande et financière pour la corruption endémique des dirigeants du Hamas). Avec des démocrates pareils, on n’a plus de besoin de dictateurs.

Tel Aviv, dite « la Bulle » pour son ambiance paisible et tolérante, Tel Aviv dont le maire – de gauche – est réélu depuis dix-sept ans ans sans interruption, Tel Aviv dont la population musulmane est en plein essor depuis dix ans, Tel Aviv la progressiste, berceau de la Gay Pride israélienne, Tel Aviv dont l’Université s’enorgueillit d’accueillir sans discrimination Omar Barghouti, cofondateur du mouvement BDS, Tel Aviv, c’est sûr, mériterait bien d’être jumelée à Gaza ! Bonne idée Madame Simonnet !

Mais ces fulgurances s’expliquent lorsque l’on parcourt le site Internet de l’élue du XXe arrondissement qui est également « secrétaire nationale du Parti de gauche aux émancipations urbaines, à l’éduc’pop’ et l’agit’prop ». L’agit’prop, comprenez le Département pour l’agitation et la propagande, organe des comités centraux et régionaux du Parti communiste de la défunte Union soviétique destiné, notamment, à vanter les bienfaits du paradis communiste.

Avec de telles idées et références historiques, le Parti de gauche n’est pas près de remonter la pente après ses dernières élections municipales catastrophiques. Et si par impossible c’était le cas, la France n’y gagnerait pas.

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00679292_000030.

La culture kurde revit en Syrie

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Syrie kurdes

Syrie kurdes

(Avec AFP) – Au volant de son taxi entre les villes de Qamichli et d’Amouda, au nord-est de la Syrie, Vian Khouzi montre fièrement des dizaines de nouveaux panneaux de signalisation en langue kurde, « un rêve devenu réalité ».

Avant le début de la révolte contre le président Bachar al-Assad en 2011, « le seul fait d’être kurde suffisait pour que le régime vous arrête », assure cet homme de 33 ans à la peau hâlée, qui travaille dans les régions aujourd’hui gérées par l’administration autonome kurde dans le nord et le nord-est syrien.

« Il était impossible de voir des symboles kurdes » dans l’espace public, ajoute-t-il en conduisant sur une route où flottent aujourd’hui des drapeaux du Parti d’union démocratique kurde (PYD) et des portraits du leader kurde turc emprisonné Abdullah Öcalan.

Marginalisés durant des décennies, les Kurdes de Syrie avaient interdiction d’utiliser leur langue et de célébrer Norouz, le Nouvel an kurde. Nombre d’entre eux étaient même privés de la nationalité syrienne.

Tout a changé en juillet 2012. Avec la militarisation de la révolte, le régime a retiré la plupart de ses troupes des zones à majorité kurde notamment dans la province de Hassaké, où se situent Qamichli et Amouda.

Un an plus tard, le PYD a créé une administration autonome, non reconnue par Damas, dans trois « cantons », encourageant une renaissance de l’identité de cette ethnie qui représente plus de 10% de la population syrienne.

A l’entrée de Qamichli, un grand panneau souhaite la bienvenue aux visiteurs en arabe mais aussi en kurde, chose impensable il y a quatre ans. La ville avait été le théâtre d’importantes manifestations antirégime écrasées dans le sang en 2004.

« Tout le monde parle le kurde mais seule une petite minorité peut l’écrire et le lire », explique Vian, qui peine à déchiffrer quelques mots, pourtant écrits en caractères arabes.

« C’est pour cela que nous ne pouvons pas nous passer de l’arabe, une langue que nous aimons », ajoute-t-il.

Depuis 2011, une cinquantaine de centres d’apprentissage de la langue kurde ont fleuri dans le canton de Jaziré (dénomination kurde de la province de Hassaké).

Dans un centre à Amouda, à 30 km à l’ouest de Qamichli, Mazhar Cheikho est aux anges. Muni d’un carnet de notes et d’un stylo, ce quadragénaire affirme à l’AFP, un grand sourire aux lèvres, réaliser le « rêve de son enfance » : apprendre parfaitement sa langue maternelle.

Le centre connaît un tel succès que les cours ont été répartis en deux tranches, le matin et le soir.

« Son inauguration en 2011, alors que nous n’étions pas encore sous la protection des forces kurdes, a été très risquée », raconte Sardar, un employé. « On disposait de peu de moyens mais on voulait l’ouvrir à tout prix ».

Avant, « nous apprenions la grammaire en secret », raconte Delcha Hajj Younes, une quinquagénaire portant un cartable noir qui veut enseigner le kurde à ses enfants et petits-enfants.

Au début de la guerre, le président Assad a cherché à s’attirer les faveurs des Kurdes pour s’assurer de leur neutralité, décidant notamment de naturaliser des dizaines de milliers d’entre eux.

Et alors qu’aucune matière en kurde n’était enseignée officiellement en Syrie, cette langue a été introduite à l’Université de Damas l’an dernier.

Au marché d’Amouda, les vitrines regorgent de costumes traditionnels et de drapeaux kurdes.

Avant le conflit, « c’était plus difficile d’acheter un drapeau kurde que de la drogue », s’esclaffe Ahmad Bozo, la trentaine.

« Il y a une forte demande pour les vêtements traditionnels kurdes depuis 2012, après le retrait progressif du régime », remarque-t-il.

Proche de la frontière turque et abritant une minorité arabe, Amouda est considérée comme le centre administratif et politique du canton de Jaziré.

En 2012, les Kurdes y ont lancé Ronahi TV, la seule chaîne de télévision satellitaire kurdophone en Syrie.

« Nous présentons en continu plus de 25 programmes politiques, sociaux et culturels en kurde et en arabe », explique la directrice de la chaîne, Zalal Binisi. « Nous tentons de faire parvenir la voix des Kurdes au monde ».

Dans un studio, Rudi Mohammad Amine, vêtu d’un costume traditionnel kurde, s’apprête à enregistrer son programme hebdomadaire sur les problèmes sociaux dans les régions autonomes.

« Ma joie est indescriptible quand je m’adresse au monde dans ma langue maternelle », dit-il. « Nous avons été marginalisés si longtemps ! Il était temps d’élever la voix sans peur ».

Reste à savoir, désormais, si cette renaissance de la culture kurde résistera à la guerre sans merci menée par la Turquie d’Erdogan contre le PYD et le PKK, considérés par Ankara comme une seule et même organisation terroriste.

*Photo : © AFP YOUSSEF KARWASHAN

Peut-on condamner les bébés délinquants?

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école cimetière justice mineurs

école cimetière justice mineurs

Nos enfants font l’actualité,  pour de mauvaises raisons. Trois fois de suite, en l’espace de quatre jours, de jeunes et très jeunes français ont commis des délits graves. Samedi 1er août, des mineurs de 5 à 15 ans ont été les auteurs de saccages dans une école maternelle, à Melun, causant des dégâts évalués à plusieurs milliers d’euros. Le même jour, trois adolescents de quinze ans ont vandalisé une maternelle de Seine-et-Marne. Puis, lundi 3 août, un cimetière de Meurthe et Moselle a été endommagé par deux garçons de 14 et 15 ans. Pour comprendre les enjeux de cette délinquance spécifique, nous avons demandé des précisions à « Judge Marie »[1. « Judge Marie » est le pseudonyme que ce juge pour enfants, qui souhaite rester anonyme, utilise dans son blog.], juge pour enfant.

Madame le juge, faut-il avoir peur de nos enfants ?

Non mais il faut les éduquer. Il y a des gens pour qui c’est  facile d’éduquer un enfant, et d’autres pour qui c’est très compliqué. Et les problèmes ne viennent pas toujours d’où l’on croit. Je suis régulièrement confrontée à des parents séparés, de milieux aisés, qui ne cherchent plus qu’à marquer des points l’un contre l’autre et oublient de chercher le bien de l’enfant. Il y a aussi les parents très jeunes qui ont déjà un enfant. Comment peut-on éduquer  un enfant quand on en est un soi-même ?

Il faudrait donc plutôt craindre les parents. Mais s’ils ne sont pas responsables pénalement des faits commis par leurs enfants (art 121-1 CP), personne ne l’est ?

D’abord, les mineurs peuvent être pénalement responsables si l’on juge qu’ils ont agi avec discernement. Ensuite, les parents peuvent être responsables civilement des dommages causés par leurs enfants. Il y a certes l’assurance responsabilité civile qui joue. Dans ce cas-là, les parents condamnés n’ont pas à régler directement les sommes dues, ce qui confère une impression d’impunité. Mais l’assurance tente aussi souvent que possible de se délier de ses obligations. Après, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de condamnation pénale que le parquet ne donne pas de suite. Moi, pour ces enfants-là, j’ouvrirais une procédure d’assistance éducative. Le but de la justice pour mineurs, ce n’est pas la condamnation, c’est avant tout de régler le problème éducatif.

A propos d’éducation, que se passe-t-il dans la tête d’enfants qui saccagent leur propre école ? Est-ce un rejet de l’autorité officielle ?

C’est rarement aussi réfléchi que ça. J’ai eu une fois affaire à de jeunes vandales qui avaient dégradé une école. Ils sont revenus dans l’école parce que c’est un lieu qu’ils fréquentaient et connaissaient. Ils savaient qu’ils pouvaient se faufiler par le trou de la grille pour entrer dans l’enceinte du bâtiment et monter sur le toit.

Parmi les délinquants de Melun se trouvaient des enfants très jeunes, dont un petit garçon de 5 ans. Comment peut-on juger un enfant de cet âge ?

Je n’ai, personnellement, jamais été confrontée à cette situation-là. Mais ma formatrice à l’ENM racontait qu’elle avait interrogé un petit de 5 ans qui avait été entraîné par un groupe d’adolescents, comme dans l’affaire de Melun. Elle avait été horrifiée de voir ce petit garçon, qui, assis devant elle, ne touchait même pas le sol avec ses chaussures. Il répondait « oui madame » à toutes les questions qu’elle posait : « Tu te rends compte de ce que tu as fait ? – Oui madame – Tu vas recommencer ? – Oui  madame ».  À 5 ans, on ne peut pas parler de délinquance car il n’y a pas assez de discernement. Il faut, au minimum, que l’enfant comprenne ce qu’est la loi pénale.

Henri Guaino, à la suite de ces événements, a dénoncé  cette « génération zombie » qui ne respecte plus le sacré, partagez-vous son sentiment ?

Les enfants dont on parle ne sont pas des zombies. Les zombies sont des enfants recroquevillés sur eux-mêmes, qui n’expriment pas leurs idées. Ils sont très difficiles à gérer. Lorsque la volonté du jeune est palpable, même dans l’irrespect, on peut corriger le tir. Mais c’est vrai qu’il y a plus de délits commis par des mineurs aujourd’hui qu’il y a quarante ans. La société d’aujourd’hui est plus dure. La prise en charge familiale est moins évidente. Les villes sont plus grandes…

Aux Etats-Unis, un enfant de 11 ans a tué par balle un petit de 3 ans. Et aujourd’hui, un adolescent britannique de 14 ans a été condamné à onze ans de détention pour avoir poignardé l’un de ses professeurs. Qui jugez-vous dans ce cas-là, le mineur ou le criminel ?

Heureusement, c’est très rare. Mais ce serait très difficile à appréhender car à 11 ans, l’enfant a déjà un discernement. Il peut donc être reconnu comme responsable de son crime mais n’encourt « qu’une » sanction éducative. J’entends déjà les politiques lever la voix pour faire changer la loi et permettre l’accessibilité à une peine dès cet âge-là. Notre devoir, c’est de nous rappeler qu’il y a eu crime, certes, mais commis pas un enfant. Ça n’a rien à voir avec un crime commis par un homme de 30 ans. Il ne faut jamais l’oublier.

*Photo : GILE MICHEL/SIPA/1404221255/00682073_000001

Sarkozy et le FN: Cambadélis perd la mémoire

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Le Premier Secrétaire du PS estime que Nicolas Sarkozy « drague » les électeurs lepénistes. Ça ne lui plaît pas. Soit. Mais il va plus loin en sommant Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire de se désolidariser de l’ancien président. Faute de quoi, il sera fondé de les considérer comme ses « complices ».

La sommation de Jean-Christophe Cambadélis a fait « plouf » ou si l’on préfère « pschitt ». Aucun des interpellés n’a daigné lui répondre, ce qui est très certainement dommageable pour son ego. Le vrai problème est que tout le monde, ou presque, et pas seulement Sarkozy, drague les électeurs du FN. Dans le genre « plus à droite que moi tu meurs », François Fillon en fait des tonnes. Mais son petit filet de voix ne fait pas recette auprès des médias. Nicolas Dupont-Aignan n’est pas mal non plus. Mais qui écoute Nicolas Dupont-Aignan ? Dans cette drague, c’est Mélenchon le meilleur. Lui n’a pas besoin de faire le beau, tant ses positions sont proches de celles de Marine Le Pen.

Cette dernière drague aussi : les siens, car elle sait qu’une passion amoureuse doit être entretenue. Bruno Le Maire, lui, ne dit rien. Il attend sagement son heure. Et quand elle viendra, on verra que c’est un expert dans le domaine de la conquête de l’électorat frontiste. On n’entend pas non plus Alain Juppé : il a passé l’âge de conter fleurette aux électrices et aux électeurs du FN, qu’il convoite comme tout un chacun. François Bayrou se tait également : il est trop occupé à pousser la chaise roulante de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac.

Feu donc sur Sarkozy qui, lui, ne se cache pas. Mais Cambadélis oublie une partie du propos de l’ancien président. Nicolas Sarkozy, en effet, répète qu’il comprend les électeurs frontistes. Mais que le FN est son adversaire, un adversaire qui trompe ses électeurs. Ça ressemble à quelque chose qui a déjà été dit, et entendu. « Le FN pose de bonnes questions et apporte de mauvaises réponses ». Mais qui a dit cette horreur ? Qui a fait du Sarkozy avant la lettre ?

Si Cambadélis ne sait pas et souhaite se renseigner, c’est la porte à côté. Il suffit de quelques minutes pour aller de la rue de Solférino au Quai d’Orsay. Là-bas siège quelqu’un qu’il connaît depuis longtemps. Et on imagine aisément que Laurent Fabius, en honnête homme qu’il est, lui dira : « Oui, c’est moi qui ai prononcé cette phrase. » « Ah ! » fera Cambadélis. « Mais c’était en 1983, quand nous étions jeunes tous les deux. Tu ne t’en souviens pas ? » Cambadélis lui répondra : « Tu sais bien qu’à cette époque j’étais trotskiste et que je n’écoutais pas les sociaux-traîtres de ton espèce. » Les temps ont changé. Fabius est devenu moins « traître » et Cambadélis beaucoup moins « social ».

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00715943_000055.