Saint Josemaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei. SIPA 00528637_000029
« Si l’Opus dei était régie par la loi du silence, alors ce ne serait pas l’Opus dei ». La formule d’Antoine de Rochebrune, supérieur de l’Opus dei, résume à elle seule l’exercice auquel il a voulu se plier dans cet ouvrage, soit répondre sans fard ni langue de buis aux questions d’un journaliste qu’il connaissait à peine, Philippe Legrand, de Paris Match, qui en sus ne fait pas profession de catholicisme. C’est dire que l’exercice touche autant que possible à l’objectivité. Une objectivité et une transparence de toute façon nécessaires pour cette « oeuvre de Dieu », qui aura subi sans doute plus qu’aucun autre mouvement d’Eglise, fors les Jésuites qui eurent droit à leur quart de millénaire de suspicion, les conséquences d’accusations fantasmatiques.
En avance sur Vatican II
Qui connaît d’ailleurs Mgr de Rochebrune, son caractère rond, son physique affable et sa charmante simplicité ne peut que faire un sort illico aux images qu’il aura gardées de la lecture de la bluette Da Vinci Code. Disons que Mgr de Rochebrune ne ressemble pas à son nom, qui pourrait bien être celui d’un templier. L’objet de ces « confidences inédites » est donc simple : raconter la naissance de l’Opus dei, évoquer le personnage de saint Josémaria Escriva, son fondateur espagnol, expliquer le fonctionnement de cette « prélature personnelle », en France comme dans le monde. Evidemment, nul n’est tenu de faire confiance aveuglément à ce qu’en dit son supérieur français. Cependant, puisqu’il n’élude aucune question, sur les rapports du fondateur avec le franquisme, sur le financement de son institution, sur la façon dont on y entre et on y vit, la charge de la preuve est maintenant renversée.
Mais alors, qu’est-ce que l’Opus dei ? Elle est née tout simplement, selon les mots de Rochebrune, « pour aider ceux qui le souhaitent à prier et à se rapprocher de la vie des saints ». Par quoi l’on voit, dans son application concrète, que l’institution d’un point de vue chrétien, loin d’être réactionnaire, fut plutôt novatrice puisqu’il s’agissait de proposer à tous les laïcs un processus de sanctification dans leur vie ordinaire, notamment sous ses aspects familiaux et laborieux. L’Opus dei en 1928 pressentait déjà ce que le concile Vatican II graverait dans le texte quarante ans plus tard, c’est-à-dire que l’appel à la sainteté valait dans l’Eglise catholique autant pour les laïcs que pour les clercs. Evidemment, le monde qui juge selon ses propres valeurs, a voulu immédiatement y voir une conjuration quelconque, une sorte de cercle où de puissants initiés se rencontreraient pour dominer on ne sait trop quoi d’ailleurs. Quand l’Eglise catholique est cléricale, on lui en fait reproche ; quand elle se laïcise, par contre, on lui en fait reproche.
Le mythe franquiste
Sur les liens avec le franquisme que l’on a prêtés à l’Opus dei, le prélat fait la lumière : sur 116 ministres qu’a nommés Franco durant sa dictature, sept seulement appartenaient au mouvement de Mgr Escriva. Et encore, précise-t-il, ils héritèrent tous de portefeuilles « techniques ». Rien, absolument rien, ne permet d’affirmer que l’Opus dei ait joué le rôle de bras spirituel du Caudillo. L’accusation tombe encore plus quand l’on sait que la Phalange soupçonnait les disciples d’Escriva d’être des francs-maçons…
Mgr de Rochebrune règle ici aussi leur compte aux rumeurs ignardes de mortifications excessives qui auraient cours dans l’œuvre : les efforts qui sont réclamés à ses membres, et qui sont toujours acceptés librement, comme d’ailleurs le fait d’y entrer ou d’en sortir, ne sont en réalité rien de plus que tout ce que le catholicisme a toujours exigé de ses fidèles, le jeûne et l’abstinence en de certaines époques de l’année liturgique, et de façon extrêmement modérée.
Que l’Opus dei touche, en France surtout, particulièrement des milieux bourgeois et cultivés, Rochebrune le concède aisément : non que cela soit une volonté, mais que cela soit un état de fait, en quoi d’ailleurs il n’y a hélas guère de différence avec le reste du catholicisme occidental qui a déserté pour des raisons multiples les milieux populaires. Qu’en revanche, l’Opus dei exerce un magistère puissant, assis sur un tas d’or, dans les affaires du monde, il le conteste vivement et rien d’ailleurs n’est jamais venu le prouver. En somme, s’il demeure un mystère, c’est dans l’acharnement de certains contre ce mouvement ecclésial qui est loin d’être le plus organisé ni le plus répandu parmi les catholiques.
Opus dei, confidences inédites, Philippe Legrand, entretiens avec Mgr de Rochebrune, 2016.
Lorant Deutsch. Numéro de reportage : 00657088_000007.
Vous connaissez le comédien Lorànt Deutsch, sa passion pour l’Histoire, le succès de son livre Métronome (« son histoire de France » vendue à plus d’un million et demi d’exemplaires), et la polémique sur sa légitimité à écrire ce livre en raison des erreurs relevées dans son texte. Il y a quelques jours, le comédien a annulé sa conférence destinée à des élèves de 4e de trois collèges de Trappes, après le refus de sa venue manifesté par deux professeurs.
Esprit(s) critique(s)
Il est légitime et nécessaire pour les différents acteurs d’un tel événement de se poser des questions quant aux motivations et aux conditions de son organisation, d’autant que l’Histoire n’est pas un sujet neutre et l’enseignement un réel enjeu (surtout en ce moment et en France). Et en effet, chacun son métier.
Mais depuis, il n’est pas sûr que nous donnions un bon exemple aux élèves, les défenseurs de la liberté d’expression s’opposant aux défenseurs de la qualité de l’enseignement de l’Histoire, avec peut-être un peu de mauvaise foi. Il nous semble que ces professeurs, historiens et journalistes ne parlent pas tout à fait de la même chose. Donnée dans un autre lieu qu’une salle de classe, l’intervention du comédien ne pouvait-elle pas être perçue par les élèves comme autre chose qu’un cours d’histoire ? N’était-ce pas l’occasion, pour un professeur, de revenir sur cette intervention et faire intervenir l’esprit critique de ses élèves sur ce qui aurait été dit, par qui et comment ?
Les enfants n’apprennent pas qu’à l’école
Il semblerait qu’il soit bien difficile aujourd’hui d’organiser la saine confrontation de plusieurs expériences, et dans ce cas précis celle de l’historien lié à l’implacable nécessité d’une méthode de travail spécifique, pour dégager des faits mais aussi des interprétations de ces faits à l’épreuve du temps et des sociétés. Le professeur d’Histoire doit assurer la délicate transmission de connaissances communes établies, avec des découpages de programmes et des temps de cours ne permettant pas autant de nuances et d’approfondissements qu’il le voudrait. En face, un « saltimbanque » médiatique entend montrer comment la passion de l’Histoire peut toucher, pousser à la curiosité et nourrir la création, au-delà du cadre scolaire (précisons que nombre d’historiens et de professeurs d’histoire sont eux-aussi passionnés et passionnants !).
De toute façon, pardon pour cette évidence, les enfants n’apprennent pas qu’à l’école, mais aussi au sein de leur famille, avec la télé et internet, comme le montre un passionnant ouvrage paru récemment, LeRécit du commun. L’histoire nationale racontée par les élèves, dirigé par Françoise Lantheaume et Jocelyn Létourneau (PUL, 2016). Il rend compte de la méthodologie et des premiers résultats d’une audacieuse étude internationale, conduite auprès de 6 622 élèves français, allemands, suisses et catalans, âgés de 11 à 19 ans, et ce au cours du dernier trimestre 2011 pour l’essentiel. En France, 5 823 élèves ont été sollicités pour répondre principalement à cette invitation : Racontez l’histoire de France (question plus ou moins différente pour les régions insulaires de Corse et de La Réunion), décrivez, présentez ou racontez comme vous la percevez, la savez ou vous vous en souvenez. Une demande audacieuse, tant il s’agit pour les chercheurs, non de vérifier les connaissances des élèves, mais de recueillir leur récit personnel de l’histoire de leur pays. Dégagement d’une trame commune, dominante du «récit national» et de sa dimension guerrière, importance des figures du pouvoir (Louis XIV, Napoléon et Charlemagne sont les trois personnalités les plus cités) et perception des acteurs collectifs (le Peuple, les Français, les rois), conception linéaire et progressiste de l’histoire, sont les principaux enseignements de cette étude pour le corpus français, ainsi que l’intérêt et la fierté de son histoire commune.
Affiche de la ville de Béziers. Sipa. Numéro de reportage : 00776457_000014.
Axelle de Mauny. Dans votre dernier livre Accueil ou submersion ? Regards européens sur la crise des migrants, vous analysez la carte des mairies favorables à l’accueil des migrants. Contrairement aux idées reçues, la partie la plus hospitalière de la France ne renvoie pas à un décalque négatif de la carte du vote FN. Comment expliquer cette contradiction ?
Jérôme Fourquet. Il n’y a pas de contradiction. A l’automne 2015, l’Ifop avait réalisé une carte des communes qui s’étaient portées volontaires pour accueillir des migrants, carte qui ne correspond ni à la carte inversée du vote FN ni aux terres historiques du catholicisme et de la gauche française. Cela nous a amenés à émettre l’hypothèse suivante : les maires et les conseillers municipaux qui avaient pris l’initiative de se porter volontaires l’avaient fait en leur âme et conscience et avaient réagi un peu à la manière d’un certains nombre de citoyens bouleversés par les images des naufrages en Méditerranée. Il s’agit donc de choix individuels d’élus et non de tendances politiques lourdes qui ont dicté ces décisions.
On observe certes une surreprésentation des communes de gauche, ce qui est assez logique puisque c’est un gouvernement de gauche qui a lancé l’appel, d’autant que le PS avait favorisé cette démarche en créant le collectif Villes solidaires. Mais on trouve aussi un certain nombre de maires de droite comme Alain Juppé à Bordeaux par exemple.
Rien d’étonnant ! Christophe Guilluy vous rétorquerait qu’Anne Hidalgo et Alain Juppé appliquent la même politique, plus ou moins libérale et libertaire, au bénéfice des gagnants de la mondialisation…
La peur des flux migratoires est en effet plus sensible dans les milieux populaires, qui sont les plus exposés aux conséquences négatives de la mondialisation parce que la thématique des migrants est une allégorie et un symbole de cette mondialisation incontrôlable. Elle en est le visage : le plombier polonais en 2005, les délocalisations d’entreprise, le migrant aujourd’hui ou le djihadiste sans frontières qui passe de manière relativement aisée tous les contrôles. Ceux qui se sentaient déjà déstabilisés par la triple insécurité (économique, physique et culturelle) la ressentent de plein fouet avec la crise des migrants.
Un peu partout dans le monde, les peuples appellent leurs dirigeants à reprendre les choses en main en faisant jouer à la notion de frontière un rôle central. Et les exemples abondent : on se souvient de la campagne présidentielle de 2012 où, sur les conseils de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy avait mis la thématique de la frontière au cœur de son programme, aux Etats-Unis Trump s’est engagé à construire un mur le long de la frontière mexicaine, en Hongrie Orban a édifié une barrière à la frontière serbe, etc. S’exprime ainsi une très forte demande de reprise en main du territoire par les populations, qui se sentent menacées par ce phénomène de flux et de flot.
Vous filez justement la métaphore aquatique tout au long de votre livre, insistant sur l’importance du vocabulaire et des modes de représentation…
La terminologie employée par les politiques de tous bords véhicule plusieurs idées : la nature massive et inexorable du phénomène, mais aussi la très difficile maîtrise de ce phénomène avec en bout de chaîne l’idée que les pouvoirs publics et les autorités sont rapidement débordées. Les termes employés empruntent beaucoup à l’univers hydraulique avec la question des fluides, des flux, des flots qui se répandent de manière inexorable. En France mais aussi dans d’autres pays comme l’Italie, on parle beaucoup de vases communicants, y compris des acteurs politiques qui ne sont pas totalement opposés à l’accueil. Quand on va vers ceux qui sont les plus réticents voire hostiles, ces mots se chargent de sens : Sarkozy emploie la parabole des canalisations d’eau qui viendraient à rompre dans une maison et qu’il faudrait détourner : « on va en mettre un peu dans le salon, ce qu’il faut dans la cuisine et le reste dans la chambre des enfants »…Cela renvoie à l’idée d’une submersion par une vague, avec cette question des vagues migratoires qui débordent, des frontières poreuses, qui ne seraient plus étanches, la cote d’alerte qui serait atteinte, les flux de migrants qui contourneraient les obstacles et contrôles etc. Ce champ lexical contribue à influencer l’opinion dans le sens d’un rejet des migrants.
Pour rester dans le registre discursif, vous constatez l’évolution du discours de la droite classique, de la défense du projet européen à des formes d’euroscepticisme. Comment cette droitisation se traduit-elle concrètement ?
A partir de 2005, avec la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne, événement qui marquera symboliquement le début de la collaboration de Patrick Buisson avec Nicolas Sarkozy, la droite a mué sur ce sujet. Beaucoup estiment que le discours classique pro européen, assez fédéraliste, cherchant à poursuivre et approfondir le processus d’intégration a du plomb dans l’aile et n’entraîne plus d’adhésion dans la population. Puis la crise économique et la crise de l’euro se sont greffées à cela, ajoutant une difficulté supplémentaire aux pro-européens. Non seulement l’idéal européen paraît en panne, mais l’euro qui en était le symbole et avait été vendu au peuple comme source de prospérité et de protection est devenu un facteur de déstabilisation et une menace. D’où le décrochage qui s’est opéré entre les classes les plus fragiles, l’euro, et l’Europe, phénomène que la crise des migrants a encore aggravé. Cette remise en cause de l’idéal européen, percuté de plein fouet par les crises, se traduit par le parcours de personnalités comme Laurent Wauquiez ou Bruno Le Maire, l’un issu de la démocratie chrétienne façon Jacques Barrot, l’autre du néo-gaullisme. Tous deux viennent des familles politiques autrefois pro-européennes mais sont aujourd’hui très eurocritiques. Leur cheminement s’est opéré ces dernières années, avec la volonté de renégocier Schengen et le retour en grâce de la souveraineté nationale qui s’est fait entendre avant même la campagne de 2012.
Les dirigeants européens semblent schizophrènes : d’un côté, ils persistent à défendre Schengen et l’intégration européenne, de l’autre, au premier attentat terroriste, ils ferment les frontières internes de l’UE…
Ces deux dynamiques ne s’excluent pas forcément l’une l’autre. Quand l’orage gronde, chaque dirigeant national a le réflexe de se rétracter sur son pré carré national, revenant au contrôle des frontières. Ainsi d’Angela Merkel et de ses voisins autrichiens qui, au moment de l’afflux de migrants ont réinstauré les contrôles aux frontières. Maintenant que la jungle de Calais a été démantelée, les Belges renforcent très sérieusement leurs dispositifs policiers le long de la frontière avec la France. C’était le cas aussi en novembre au moment des attentats : la France remet des contrôles aux frontières dès que les difficultés arrivent et la France les réinstaure également de manière assez drastique sur sa frontière Sud avec l’Italie (Menton-Vintimille) dans le cadre de la crise migratoire.
Cela n’empêche pas la mise en place progressive d’un corps de gardes-frontières européen, d’actions de solidarité vis-à-vis de la Grèce ou de l’Italie qui sont en première ligne dans cette crise. Mais on constate néanmoins une lame de fond souverainiste sur le vieux Continent, avec la victoire du Brexit au terme d’une campagne massivement préemptée par la thématique migratoire, l’élection présidentielle en Autriche – qui va se rejouer prochainement – où l’extrême droite a raté d’un cheveu la victoire face à un écolo plutôt pro-migrant. Partout en Occident, les tenants d’une société ouverte s’opposent aux partisans d’une société fermée avec une reprise de contrôle national, qui gagnent en puissance et en audience.
Si, contrairement à un mythe tenace, la France n’a pas toujours été une terre d’immigration massive, nous avons accueilli plusieurs vagues migratoires au XXe siècle. Pourquoi les migrants sont-ils aujourd’hui moins acceptés que les Républicains espagnols ou les Boat people, pourtant plus nombreux ?
L’opinion publique française est aujourd’hui très réticente à l’accueil des migrants tandis qu’à la fin des années 70 et au début des années 1980, alors même que la France connaissait déjà un chômage de masse, il n’y avait pas une telle levée de boucliers face à l’afflux de Boat people. Un élément de nouveauté rebat complètement les cartes : l’islam. Quand on interroge les Français sur leur propension à accueillir des chrétiens d’Orient, ils répondent très majoritairement par l’affirmative. Le fait que bon nombre des migrants soient de confession musulmane ajoute une source d’inquiétude supplémentaire liée à des craintes profondes : la menace terroriste, avec la question de l’infiltration de djihadistes dans les flots de réfugiés, comme les événements du 13 novembre et les récents événements en Allemagne l’ont montré. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que certains maires de droite se soient dits favorables à l’accueil de migrants, à condition qu’ils soient chrétiens. Cette question des migrants renforce l’insécurité culturelle dans toute une partie de la population. Depuis plusieurs années, la question de la place et de la visibilité de l’islam dans la société française revient en effet de manière récurrente dans le débat, qu’il s’agisse des menus dans les cantines, des horaires des piscines, du burkini, du port du voile, de la construction de mosquées. Comme le dit François Hollande dans son livre de confessions, il y a un problème avec l’Islam en France. Ce n’est pas à Causeur que je vais l’apprendre !
Vous comparez la peur de l’islam à l’anticommunisme du siècle dernier. Ce parallèle est-il vraiment éclairant ?
D’une certaine manière, le discours sur le péril islamiste joue aujourd’hui le même rôle que l’anticommunisme dans la France de l’après-guerre comme élément structurant toute une idéologie politique. Déjà, à l’époque, il y avait un péril extérieur (les chars soviétiques) mais aussi une menace intérieure (le PC était puissant en France). De nos jours, la menace extérieure, ce sont les djihadistes, mais il y a une présence musulmane et islamiste importante en France. Sur le front intérieur, les services de renseignement font feu de tout bois contre l’islamisme (comme la DST traquait à l’époque les espions soviétiques) et, à l’extérieur, nos armées sont engagées et combattent les djihadistes au Sahel mais aussi en Syrie et Irak. De la géopolitique au quotidien des banlieues (cf les débats autour des « Molenbeek français ») la menace islamiste polarise l’opinion comme hier le communisme. Pendant des décennies, l’anticommunisme a servi de boussole pour appréhender une réalité qui pouvait être complexe. Il en va aujourd’hui de même de l’islamisme.
Réception de l'ambassadeur de France à Venise. Wikipedia.
Nous avons tellement cru en la fable d’un monde pacifié par une mondialisation heureuse que la résurgence des identités – désormais au cœur du débat politique – nous semble aller contre la marche du temps. En réalité, la transition 2010-2030 rappelle fortement celle que connaît l’Europe entre 1340 et 1400. Au début du XIIIe siècle, les banquiers vénitiens font tout pour éviter l’émergence de gouvernements nationaux forts, comme celui d’Edouard III d’Angleterre. Pour ces banquiers, le modèle politique à abattre est celui de Frédéric II Hohenstaufen, saint empereur romain germanique de la seconde moitié du XIIIe siècle.
Le rôle des banquiers florentins
Pour éviter l’émergence d’Etats forts, les banquiers florentins ne se contentent pas de prêter de l’argent aux rois, ils s’assurent en retour d’avantages en nature. En 1325, les Peruzzi possèdent tous les revenus du Royaume de Naples, soit la moitié sud de l’Italie. Ceci leur permet de recruter l’armée de Robert de Naples, de nommer les membres de son gouvernement et de vendre à sa place ses productions céréalières.
Dans ce contexte, il ne sert à rien pour Dante Alighieri de vanter le modèle de Frédéric II dans De Monarchia. Venise force Dante à quitter Florence et fait la promotion d’une contre-littérature. Il s’agit des ouvrages de Bartolomée de Lucca ou de Marsile de Padoue. Les banquiers vénitiens finissent par ligoter financièrement des embryons d’Etat comme l’Angleterre, la France et l’Espagne. Puis, la banque vénitienne génère une gigantesque bulle financière qui paralyse la production et vient éclater en 1345. Télécommandées par Venise, les familles Bardi et Peruzzi de Florence déclenchent un crash financier au cours duquel tout crédit s’évanouit. S’enclenche alors une période de grave instabilité, caractérisée par la résurgence de la famine et des épidémies.
La politique domestique la finance
Mais après 1400, les forces politiques se retournent contre les méthodes des banquiers italiens. En 1401, le roi Martin Ier d’Aragon les expulse d’Espagne, en 1403, Henri IV d’Angleterre limite fortement leur activité. En 1409, la Flandre emprisonne les banquiers génois. En 1410, les banquiers italiens sont expulsés de Paris. La résurgence des identités nationales a alors mis en échec les projets de la finance internationale. L’histoire se répétera-t-elle ?
Qu’est-ce qui réunit Raphaël Glucksmann et Tariq Ramadan? L’idée que la France ne serait pas en crise. Mais en chrysalide. Après deux millénaires à l’état de larve, elle se métamorphoserait enfin, réaliserait ce à quoi elle a toujours été destinée.
Pourfendeurs de l’identité tourmentée
En attendant qu’elle s’envole vers le ciel des Lumières, loin de la terre moisie qui l’a vu naître. Telle est la lecture entomologiste que partagent nos intellectuels du progrès. Puisque la France aurait dans son ADN vocation à muter vers une société idéale, la pensée de la gauche messianique n’aurait plus comme projet de chercher à en faire la révolution. Mais la simple révélation. De l’accompagner dans sa mue naturelle. Plus question désormais de faire table rase du passé, puisque ce passé porterait intrinsèquement les principes d’un aboutissement heureux. L’Histoire, confisquée par des réactionnaires obtus, devrait être rendue et strictement confiée aux hommes de Raison qui en seraient les seuls exégètes légitimes. Glucksmann, Ramadan: tous deux pourfendeurs de l’identité tourmentée. Tous deux partisans d’une mutation naturelle de la société. Et cherchant tous deux, insidieusement, à tirer les dividendes idéologiques de leur humanisme souriant.
Dans son ouvrage Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes, Raphaël Glucksmann fait l’éloge de la métamorphose heureuse, contre-poison de l’identité malheureuse d’Alain Finkielkraut, antidote au pessimisme de la « meute des réactionnaires » qu’il fustige -de Patrick Buisson à Eric Zemmour. En invoquant le passé, qu’il s’approprie avec frénésie. « Notre passé est la meilleure réponse au passéisme » lance-t-il, et à la « myriade d’AOC que nous nommons identité » et qui nous menaceraient. « Pour préserver notre terre, notre langue, nos traditions, notre mode de vie, nous creusons des tranchées imaginaires et nous élevons des miradors conceptuels. Il fut pourtant un temps où nous abattions les murs au lieu de les ériger », rappelle-t-il.
Nous aussi nous voudrions goûter au bonheur qui l’inonde! Comment participer à ses côtés à la fête de la métamorphose? En reconnaissant d’abord que l’identité française est « multiple et équivoque ». Qu’elle l’a en fait toujours été. Il suffit de reprendre des mains d’Eric Zemmour les livres d’Histoire. Mais pour y chercher à chaque page l’immense marche vers le progrès qui façonnerait depuis toujours la véritable identité française -heureuse!- dont seul Raphaël Glucksmann connait la trame invisible et que quelques partisans réactionnaires des ancêtres Gaulois veulent salir: « D’autres bardes sont alors sortis du néant dans lequel d’antiques trahisons les avaient relégués. Ils ont (re)commencé à chanter la France avec leur voix de crécelle et leurs mots petits et rances, des mots qu’elle rejetait autrefois et qu’elle accepte désormais faute de mieux, des mots qui lui dessinent un autre visage, grimaçant d’angoisse et de ressentiment, le visage d’un pays parquant des réfugiés dans des bidonvilles et lançant des croisades dans des cantines scolaires. Ce visage ne doit pas, ne peut pas être celui de la France » écrit ainsi le disciple de Nuit debout.
L’obscurantisme du terroir
Dans un dialogue avec Edgar Morin publié le 20 octobre sur son blog, Tariq Ramadan fait lui aussi l’éloge de la transformation heureuse, et se considère même comme un « partisan des métamorphoses ». Une homme des Lumières. Contre l’obscurantisme du terroir. « On assiste néanmoins partout à des courants de résistance à une globalisation qui nous fait perdre nos anciens repères. Partout, on voit naître des régionalismes, des revendications identitaires qui ne célèbrent pas la richesse et l’ouverture, mais la peur, le recroquevillement, l’enfermement sur soi pour se protéger du monde, regrette-t-il. C’est une pensée réductrice qui nourrit les populismes et fait renaître les nationalismes réducteurs et parfois xénophobes. » Puis de conclure par un éloge de la mue: « Il faut être conscient qu’il est des ruptures à vivre et que continuer sans rompre avec certains modes de pensée revient à foncer dans le mur. » La France connaitra bientôt sa révélation. Il suffit de lui en laisser le temps. Le sens de l’Histoire et la démographie sont de son côté.
Lui aussi promotteur d’une France mutante, Edgar Morin considère avec un optimisme militant « que dans le processus actuel d’occidentalisation, les peuples non occidentaux prennent le meilleur de ce qu’a fait l’Occident – les droits humains, les principes démocratiques –, mais gardent le meilleur de leur tradition et de leur culture. » Tout va pour le mieux, en somme. La nature fait bien les choses. La nation prend son envol, pleine de santé. « Regardez, écrit-il, le cas le plus connu de métamorphose : celui de la chenille qui s’entoure d’un cocon pour devenir papillon. Elle commence par détruire certaines de ses fonctions, son tube digestif par exemple, alors qu’elle conserve son système nerveux. Au terme de nombreuses transformations, ressort un être tout à fait nouveau qui est cependant le même. Doté de nouvelles qualités, il a pourtant gardé son identité, tout en transformant sa forme. Par la métamorphose, une identité se maintient en transformant beaucoup d’elle-même à partir de potentialités créatrices préalables. » Edgar Morin est confiant. Avec son filet à papillons, il prophétise le nouveau chatoiement qui nous attend, et qui a toujours été dans les gènes de notre nation -forcément heureuse.
Debray piégé
Cette injonction à l’espérance n’a pas épargné Régis Debray, qui se considère pourtant comme le penseur d’une gauche tragique. Dans une tribune parue dans Le Monde le 18 octobre, ce dernier s’est ainsi révolté contre le passéisme dont François Hollande l’accuse dans Un Président ne devrait pas dire ça. « Me prêter en outre l’idée que «la France a disparu», quand elle connaît tout bonnement une métamorphose, c’est m’attribuer une sottise proche de la calomnie » s’est-il indigné, manifestement très inquiet qu’on le soupçonne de dissimuler dans sa grande pharmacie intellectuelle la moindre dose de conservatisme. Au mieux se considère-t-il comme un « nostalgique ». Mais seulement en ce que cette nostalgie est force de proposition. « Par chance pour notre pays, les révolutionnaires de 1789 ont eu la nostalgie de la République romaine. » -nostalgie de combat qui irait puiser dans le passé le souffle et la germination du futur.
Pour les partisans du Progrès, la transformation triomphante de la société s’appuie toujours sur une vision orientée du passé, qu’on montre dans un miroir déformant. La métamorphose euphorique est réalité une anamorphose idéologique.
Les disciples du changement ont un dénominateur commun, malgré la grande diversité de leurs vœux: qu’ils aspirent au Grand Soir, à l’Humanisme des frontières abolies ou à la Soumission, ils cherchent à faire passer la France en devenir pour ce qu’elle aurait toujours été à l’état embryonnaire. Pour ce qu’elle aurait, au fond, toujours aspiré à être. Marianne héroïque ouvrant grand ses bras et ses portes pour les uns, Fille aînée -puis traînée- de l’Eglise en passe de se convertir pour les autres, la France mue car c’est son destin naturel. En attendant de la voir papillonner loin de sa terre originelle. Et de connaitre la bannière qui l’habillera – Internationale libertaire, mondialisme sauvage, Etoile et croissant! Peu importe, du moment qu’elle aura quitté le sol. La victoire finale se jouera plus tard. Mais tous ne seront peut-être pas assis à la table des vainqueurs.
Cela fait maintenant plus de seize ans que le monde est frappé par une vague de terrorisme islamique qui endeuille les quatre coins de la planète.
À l’origine de cette vague djihadiste se trouve un endoctrinement qui passe aujourd’hui par Internet et les réseaux sociaux mais qui, au début du xxie siècle, a commencé par la diffusion d’images de propagande par certaines chaînes de télévision.
Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que France 2 s’est tristement illustrée dans cet exercice de manipulation des images et des esprits dès le 30 septembre 2000, en diffusant un reportage qui est devenu l’icône planétaire de la haine antisémite et antioccidentale.
En effet, France 2 a diffusé le 30 septembre 2000 un reportage semblant montrer la mort d’un enfant palestinien, le « petit Mohamed ». Selon le commentaire de Charles Enderlin, l’enfant avait « été la cible de tirs venus de la position israélienne ».
Ce reportage a embrasé la planète. Daniel Pearl a été décapité pour venger l’enfant. Mohamed Merah a déclaré avoir tué les enfants juifs de Toulouse pour venger ceux tués à Gaza. Tous les pays musulmans ont des timbres, des rues, des monuments à l’effigie du « petit Mohamed ».
Depuis, il a été prouvé scientifiquement que ce reportage de France 2 était une pure et simple mise en scène ; ce que France 2 ne reconnaît toujours pas alors que la manipulation médiatique saute aux yeux de tous ceux qui se penchent sur ces images.
La chaîne publique allemande ARD a produit deux documentaires accablants pour France 2 ; le dernier, diffusé en 2009, soutenant en tout point la démonstration de la mise en scène.
En 2014, les deux journalistes allemands auteurs de ces documentaires ont publié en Allemagne L’Enfant, la Mort et la Vérité, un ouvrage retraçant leur enquête et les obstacles mis par France 2 pour empêcher le jaillissement de la vérité. Ce livre, traduit en français, sera disponible dès le 3 octobre 2016 dans les librairies françaises.
Au moment où la France, comme le reste du monde occidental, est frappée par une vague de terrorisme sans précédent, ne serait-il pas temps de révéler la vérité ?
Alors que France Télévisions vient de lancer sa chaîne d’information en continu,l’heure n’est-elle pas venue de reconnaître cette erreur liée au passé, mais qui persiste à inciter à la haine et à entacher sa réputation internationale ?
Dans le monde entier, la réalité de la mise en scène est de plus en plus connue. Ainsi, au Canada, un livre d’Histoire prend comme exemple « l’affaire al Dura » comme cas typique d’une manipulation médiatique.
Alors que, alimentant tous les populismes, les manipulations médiatiques, réelles ou supposées, accentuent la défiance des Français à l’égard des médias, des politiques et des intellectuels, je vous demande de bien vouloir vous saisir de cette affaire et de mettre en place une commission d’enquête indépendante chargée de déterminer la réalité, ou pas, des images qui avaient été filmées par le caméraman de France 2.
Bien naturellement, je me tiens à votre disposition pour venir vous exposer plus en détail, à vous ou à vos conseillers, les tenants de cette affaire qui n’a que trop duré.
Dans cette attente, je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’expression de ma respectueuse considération.
L’Enfant, la Mort et la Vérité – Les manipulations de France 2 autour de l’affaire Al Dura, La Maison d’Édition, en librairie et sur le site www.lamaisondedition.com.
Dans la petite salle de la Malcombe, on ajoute une quarantaine de chaises à la hâte. La dernière fois que nous y sommes venus, c’était quelques jours avant l’affaire du Sofitel, et François Hollande y avait laissé l’impression d’avoir le vent dans le dos. Cinq ans plus tard, le vent semble pousser aussi Arnaud Montebourg, qui profite du « suicide politique » du président actuel, comme l’appellent quelques militants socialistes présents. L’enthousiasme n’était pas feint en ce lundi soir. Montebourg a le sourire ; il affiche de l’optimisme et, signe parmi les signes, ses flèches les plus nombreuses sont désormais réservées à Alain Juppé, le favori des sondages. Comme s’il se projetait déjà au premier tour de l’élection présidentielle ; comme si l’affaire était déjà jouée face à François Hollande ou Manuel Valls lors de cette primaire fixée les 22 et 29 janvier prochains. Les sympathisants de gauche « n’ont rien à faire à la primaire de droite ».
Le 24 juin dernier, les Britanniques savaient-ils qu’un de leurs aliments préférés, la sauce Marmite, allait peut-être disparaître des rayons des supermarchés?
Cette pâte à tartiner, née au début du XXe siècle, à base de levure de bière et riche en vitamine B1, est soit adorée ou détestée en raison de son goût très prononcé. Même si elle suscite beaucoup de controverses, la Marmite est un produit du quotidien outre-Manche. J’ai beau être Britannique, je ne l’aime pas du tout. Comment mes compatriotes peuvent-ils en enduire leur toast au petit-déjeuner ou se préparer des sandwich au Marmite? Quels excentriques ces Anglais !
La faute au Brexit !
Mais là n’est pas le drame. Quatre mois après la victoire du “Leave”, quand cette pâte noire amère a commencé à se raréfier dans les rayons des supermarchés Tesco – la première chaîne de grands magasins british – certains ont commencé à se mettre en colère. C’est bien évidemment la faute au ‘Brexit dur,’ promis par le Premier ministre Theresa May, qui a fait chuter le cours de la livre sterling à son niveau le plus bas depuis trente-et-un ans face au dollar. Pour absorber le manque à gagner entraîné par la baisse de la livre sterling., le groupe anglo-néerlandais Unilever a augmenté de 10 % les prix de ses produits vendus au Royaume-Uni, dont la si populaire pâte à tartiner.
Tesco a mal réagi à cette décision. La marque se répand en déclarations intempestives, prétendant que Unilever cherche surtout à améliorer ses marges, et que le groupe néerlandais souhaite punir le Royaume-Uni pour son vote eurosceptique… Shocking ! L’enseigne a décidé d’entamer un bras de fer avec son fournisseur et a annulé ses commandes.
Frayeur et tremblements
La panique gagne mes compatriotes. Que vont-ils-ils manger au breakfast après le Brexit ? Plusieurs journaux britanniques en ont profité pour proposer des recettes de Marmite à faire soi-même. Des pots de pâte à tartiner au goût immonde ont aussi été mis en vente sur Ebay. D’autres s’accommodent parfaitement de la situation, comme Boris Johnson, l’ancien maire de Londres et partisan du Brexit, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, qui n’aime pas plus la Marmite que votre serviteur.
Cette pénurie de la pâte à tartiner n’est pas une première en Europe. La commercialisation de Marmite avait été suspendue en 2011 au Danemark, en raison de sa trop forte teneur en vitamine B1. Un magasin qui vendait des produits britanniques à Copenhague avait alors lancé la campagne « Bring back Marmite » (Ramenez la Marmite). Plusieurs Britanniques résidents au Danemark s’essayaient déjà au trafic de Marmite… le nouvel or noir?
On aura beau jeu de dire que les Juifs sont paranoïaques, qu’ils voient des antisémites partout et que le dernier vote à l’Unesco n’intéresse finalement pas grand-monde. On aura tort.
La résolution votée le 13 octobre 2016 à l’Unesco, comme celle votée le 16 avril dernier, ne vise qu’un seul objectif: réécrire l’histoire. Pas pour un effet immédiat mais pour plus tard, parfaite illustration de l’aphorisme touareg « vous avez la montre, nous avons le temps ». Car une fois que les quelques vagues de colère et d’indignation seront retombées, il ne restera que ces résolutions scélérates offrant des mensonges qui s’inscriront dans l’esprit des gens comme autant de vérités.
Des actes de propagande
Ces résolutions votées par l’Unesco avec le soutien indigne de la France sont un acte de propagande, ni plus ni moins. Le titre seul de la résolution devrait suffire à voter contre. « Palestine Occupée », voilà une belle façon pour l’Unesco de « construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes ». Mais plus encore que ce titre infâmant, c’est la réalité historique qui devrait couper court à tout débat. L’Islam est apparu au VIIème siècle de l’ère commune, soit plus de 2.000 ans après le Judaïsme et 700 ans après les premiers chrétiens. En ne faisant référence qu’aux noms musulmans des lieux saints de Jérusalem alors que les Hébreux et les chrétiens y ont vécu pendant des siècles, que l’on y trouve le Kotel (le Mur occidental du Temple) et le Saint Sépulcre, qu’un papyrus datant de 2700 ans écrit en hébreu et mentionnant Jérusalem vient d’y être découvert, les promoteurs de ces résolutions cherchent à effacer consciencieusement toute attache qui ne serait pas exclusivement musulmane. Qu’importe que Jérusalem ne soit pas citée une seule fois dans le Coran alors qu’elle l’est à 669 reprises dans la Bible. L’approche n’est pas tant religieuse. Elle est politique.
Des mensonges patents
Portées par des pays musulmans, ces résolutions sont commanditées par l’Autorité Palestinienne. La stratégie est cousue de fil fluorescent mais ne semble choquer personne à part les juifs : laisser infuser des mensonges, des contre-vérités, des approximations jusqu’à ce que ceux qui ne s’intéressent peu au sujet, c’est-à-dire les plus nombreux, finissent par le croire.
Et dans quelques générations, qui se souviendra – si ce n’est les Juifs – que sur le Mont du Temple s’étaient élevés les deux Temples de Jérusalem dont le Kotel (le Mur occidental) reste la trace la plus visible ? Personne. On n’y verra plus que l’esplanade des mosquées Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif et la place Al-Buraq.
Qui se souviendra que le « site palestinien Al Khalil » (ainsi que le précise la dernière résolution) se nommait autrefois Hébron et, au même titre que le Mont du Temple et le Kotel, est un lieu saint du judaïsme où se trouve le Tombeau des Patriarches ? Personne. Le temps aura fait son œuvre, attaquant les souvenirs comme il attaque les pierres, faisant d’une imposture la vérité à force de trop l’entendre.
Qui remet en cause aujourd’hui la version « officielle » du massacre de Sabra et Chatila selon laquelle le responsable serait l’armée israélienne ? Personne. Ou si peu. C’est pourtant Elie Hobeika et ses Phalanges libanaises qui ont commis ces massacres alors que selon l’ancien garde du corps d’Hobeika, Robert Hatem, Sharon avait expressément demandé à Hobeika « aucun débordement, aucune action excessive » (« D’Israel à Damas », 1999, Vanderblumen Publications).
Effacer les racines, c’est effacer la mémoire, les spécificités qui font l’unicité d’un individu ou d’un peuple.
Anéantir symboliquement Israël
Pendant la seconde guerre mondiale, les nazis profanaient les cimetières juifs en prenant soin de casser les plaques sur lesquelles les noms étaient inscrits afin d’effacer – jusque dans la mort – la présence juive sur les terres conquises.
Parce qu’ils ont pris conscience de leur incapacité – pour l’heure – à faire disparaître Israël physiquement, les antisémites tentent de le faire symboliquement, mensonge après mensonge, calomnie après calomnie, laissant le temps passer et la pression démographique faire le reste.
En attendant, la prochaine fois que l’Unesco parlera de culture, un des signataires sortira peut-être son revolver.
À l’exception d’un intermède socialiste (2008-2014) sous le mandat de Jacques Salvator, Aubervilliers n’a cessé d’être un bastion communiste depuis la Libération. Est-ce pour cette raison que la ville se voit fréquemment accusée d’inaction, voire de pingrerie à géométrie variable ? Non, mais le fait est que le budget municipal alloue 8,5 millions d’euros aux associations (souvent liées à l’Afrique ou au Maghreb) sans jusqu’ici consacrer un fifrelin à la vidéosurveillance. Le maire adjoint à la Sécurité aura attendu septembre pour annoncer l’installation de 35 caméras financées à 75 % par le Conseil régional et à 25 % par la ville, auxquelles s’ajoutent des équipements (gilets pare-balles…) pour la police municipale fournis par l’Île-de-France.
Les stéréotypes antichinois de certains Maghrébins ne le cèdent en rien à l’animosité anti-arabe d’une partie de la communauté asiatique
« Il a fallu ces événements malheureux pour que la mairie ouvre enfin les yeux », soupire Jean, le lecteur de Causeur auquel je dois ma venue à Aubervilliers. Les tribulations de ce Québécois « lanceur d’alerte » dans ce qu’il perçoit comme la « République soviétique d’Aubervilliers » pourraient alimenter un livre entier. Depuis une dizaine d’années, il ronge son frein avec sa femme française dans leur vaste appartement-studio de tournage où « personne ne veut venir » par crainte de l’insécurité. À quelques centaines de mètres des barres HLM en bas desquelles Chaolin Zhang a été agressé, Jean vit à la confluence de tous les paradoxes : les bars à pochtrons voisinent avec les barbus en qamis et leurs épouses voilées. Des gens rachètent un local, en font un boui-boui servant de lieu de deal, de prostitution ou de rencontre entre caïds. En sept ans, Jean a fait fermer trois bars de licence III dans le voisinage de l’école et de la synagogue – ce que la loi interdit ! – sur intervention de la préfecture.
C’est sans gants aucun que cet ancien de la marine fustige le clientélisme local : « Les fonctionnaires territoriaux blancs se comptent sur les doigts d’une main. D’ailleurs, la plupart des Blancs quittent cette poubelle à ciel ouvert, les prix de l’immobilier baissent, et la mairie communiste empêche la boboïsation en maintenant 40 % de logements sociaux ! »[access capability= »lire_inedits »] Un jour qu’il les invitait à décamper, les dealers de shit du coin l’ont bravé : « On n’est pas au Québec, ici ! Je vais te tabasser devant ta femme ! » Nous voilà dans du Guilluy au carré : ne supportant plus l’invasion des chichas dans la rue après 19 heures, le spectacle des « prostituées blacks qui courent après leurs proxénètes avec des barres de fer », Jean en est réduit à défendre un « souverainisme d’en bas ». Voilà qui parle à un Québécois, déjà minoritaire dans son propre pays, ayant maille à partir avec son environnement urbain français. Un immeuble se construit avec 90 % de logements occupés par les Chinois ? Divine surprise ! « La majorité de l’école du coin est peut-être en train de basculer », se réjouit Jean, allié de facto aux Asiatiques au sein de l’association Union Citoyenneté Vigilance qu’il est en train de mettre sur pied. Dans une situation de séparatisme ethnique qui fleure bon le Liban, chacun se compte, développe des stratégies d’évitement et pactise avec ses lointains cousins d’infortune.
Aubervilliers : les cités vont craquer ?
Des quartiers chauds, Aubervilliers en compte une flopée. La ville a pourtant été relativement épargnée par les émeutes de novembre 2005, exception faite de quelques voitures brûlées, peut-être parce que le désordre nuit aux trafics… Dix ans ont passé et les zones sensibles ont connu des destins divergents. Parmi les dernières de la classe, la cité Lénine, sise avenue de la République, demeure un haut lieu du deal. Pris en otage, les habitants ont peur pour leurs enfants. « Le soir, on voit les BMW ou les 4×4 des gros bonnets de la drogue attendre à la station-service en bas », témoigne une Franco-Maghrébine de la cité, qui ne se paie pas de mots : « Tous les nouveaux appartements vont aux Africains. Au dixième étage, vit un polygame qui a 19 enfants ! Et histoire de nous faire chier, la mairie a mis un bureau d’accueil des réfugiés dans les tours. Pour avoir une place dans la file, les émigrés y campent la veille, se battent entre eux et empêchent les habitants de dormir. » Autre ghetto auto-constitué, La Maladrerie, jadis foyer de mixité sociale et ethnique, dont le futurisme seventies masque des ateliers d’artistes boisés et un quartier culturellement suréquipé : centre d’arts plastiques, salle des fêtes, studio d’enregistrement, foyer pour personnes âgées, centre de loisirs pour enfants n’empêchent pas la délinquance de fleurir. Au point que de plus en plus d’honnêtes commerçants fuient la cité.
S’il est une embellie urbaine, Le Landy est celle-ci. Collé à La Plaine-Saint-Denis, ce quartier est le symbole du nouvel Aubervilliers, considérablement rénové par les opérations immobilières qu’y a initiées l’ancienne municipalité socialiste (2008-2014). Au grand dam de ses alliés communistes, l’ex-édile Jacques Salvator avait fait raser les habitats insalubres et autres taudis contrôlés par des marchands de sommeil pour distribuer des permis de construire à des promoteurs immobiliers. De l’habitat social, semi-social et privé à taille humaine s’est ainsi substitué aux logements de fortune qu’occupaient les sans-papiers africains accueillis par Jack Ralite dans les années 1990. Une révolte ? Non, une révolution (petite)-bourgeoise !
Ce ne sont pas les médiateurs de nuit[1. Des médiateurs à ne pas confondre avec les éducateurs de rue payés par le conseil départemental, que les Albertivillariens croisent encore plus rarement.] (« Tous des Maghrébins », me souffle-t-on) qui lui sauveront la mise. Engagés par l’ancienne majorité, ces travailleurs sociaux précaires étaient censés prévenir la délinquance… et servir de rabatteurs de voix au PS. En 2014, après un temps d’hésitation, la nouvelle majorité communiste les a maintenus à leur poste, malgré la minceur de leurs résultats. De deux choses l’une : soit ces jeunes gens profitent de leur implantation dans le tissu local pour en imposer aux caïds, soit ils se contentent de dialoguer vainement pendant que les trafics battent leur plein dans la cage d’escalier. « On ne les voit jamais alors qu’ils sont censés travailler de 17 heures à 23 heures », se plaint Ling Xi qui a voté leur maintien mais préconise un recrutementethniquement plus diversifié. Un fait objectif ne plaide pas pour sa paroisse : sur les milliers d’Asiatiques qui y travaillent, peu résident et votent à Aubervilliers…
Auprès d’autres clientèles arithmétiquement plus alléchantes, les risettes vont parfois très loin. Au mois de février, un fait divers troublant a mis en lumière l’opacité de certaines promotions au sein de l’administration communale. Un dénommé Gharib K., embauché comme vigile de la mairie en 2001 et fraîchement nommé directeur du service Entretien de la ville, a été condamné à six mois de prison dont trois avec sursis pour des menaces de mort proférées quelques mois plus tôt au nom de… l’État islamique. Des drapeaux noirs de Daech ont été saisis chez ce repris de justice sympathisant de la mouvance djihadiste, qui nie tout en bloc. Dans sa grande magnanimité, la mairie communiste avait promu Gharib K. sans entretien d’embauche, après qu’il eut mené une campagne victorieuse pour le compte du PCF. « La municipalité honore ses promesses de campagne avec de l’argent public par les promotions ou les embauches », accuse Senda.
« Les jeunes des quatrièmes et cinquième générations sont les plus radicalisés. On est foutus. »
À force de faire rimer népotisme avec communautarisme, a-t-on condamné notre modèle assimilationniste ? Pas question de baisser les bras, répond une poignée de militantes féministes de culture musulmane farouchement attachées à leurs valeurs laïques et émancipatrices. Leur association Femmes sans voile, créée fin 2013, est née de la volonté de quelques Franco-Maghrébines investies dans le collectif Place aux femmes, lequel entendait redonner au beau sexe la place qui lui est due dans l’espace public, notamment à l’intérieur des cafés remplis d’hommes. Le refus du voile islamique étant plus clivant, toutes n’ont pas suivi mais Nadia Benmissi, professeur de technologie et Nadia Ould-Kaci, secrétaire à la retraite, claironnent en chœur : « On a un triple ennemi : les islamistes, les voyous et les misogynes. » « Ni Plenel ni Zemmour » (dont elles abhorrent les raccourcis et la phallocratie) pourrait être le slogan de ces réfractaires au carcan patriarcal. Nadia Benmissi, « née et initiée au féminisme en Algérie », est arrivée à Aubervilliers voici presque vingt-cinq ans, contrairement à sa copine Nadia Ould-Kaci, jeune retraitée et « pure Beurette du 9-3 ». Toutes deux s’affligent de l’importation des us et coutumes saoudiens en banlieue parisienne. « Le voile a été le premier élément de propagande islamiste dans l’Algérie des années 1980. C’est l’inscription de la charia sur le corps des femmes venue d’Arabie saoudite. J’ai vu la situation se dégrader avec l’adoption d’un Code de la famille rétrograde en 1984. Et voilà qu’en France, s’installe un code pour notre communauté ! » s’inquiète Nadia Benmissi. Dans son collège, toutes les mères d’élèves se voilent. Beaucoup d’Albertivillariennes musulmanes couvrent le visage de leurs filles à l’extérieur de l’école lorsqu’elles n’adoptent pas carrément la burqa.
Il est en effet de bon ton d’afficher sa foi de manière dévote et ostentatoire, me confirme Mourad, le Tunisien échaudé par les Chinois. Nombre de commerçants d’origine musulmane porteraient la barbe et iraient à la mosquée dans le simple but de faire affaire en soignant leur image de marque halal, comme d’autres adhèrent à la franc-maçonnerie pour élargir leur carnet d’adresses. La source de chicayas, c’est que cet islam identitaire s’exerce aux dépens des sœurs, nie leur libre arbitre et leur droit de sortir de la religion ou de la pratiquer autrement. Conscientes de la servitude volontaire ambiante, les deux Nadia ne s’étonnent guère des révélations de l’enquête de l’institut Montaigne sur les musulmans de France, à 28 % favorables à la charia, et dont 70 % des femmes approuvent le port du hijab. L’assimilation paraît d’autant moins un long fleuve tranquille que la maire Meriem Derkaoui, « qui dans les années 1990 a lutté sans merci contre les islamistes algériens », craint désormais de fâcher sa base électorale. Entre autres scandales, le tapis rouge déroulé durant la fête des voisins à une jeune et dynamique salafiste, voilée comme il se doit, organisatrice d’un grand repas végan-halal à l’aide de subsides municipaux. « Les islamistes sont très organisés et ont dix longueurs d’avance sur nous. Les jeunes des quatrième et cinquième générations sont les plus radicalisés. On est foutus », prophétisent-elles avec des accents de Cassandre. Le cocktail explosif entre fractures communautaires, islamisation rampante et crise sociale ne laisse rien augurer de bon.
Toutefois, certains s’autorisent à rêver tout haut devant les nombreux chantiers en passe de transformer la ville, comme si le vivre-ensemble pouvait miraculeusement surgir de terre. Certes, des futurs ateliers de Chanel au campus universitaire Condorcet, une Aubervilliers ultramoderne s’apprête à naître. Les prix de l’immobilier s’en trouveront renchéris, la ville un peu embourgeoisée. Si la coexistence entre communautés n’en sortait pas grandie, cette descente aux enfers donnerait raison au fantasque Renaud Camus : Entre vivre ensemble, il faut choisir…
Étrangers d’Aubervilliers : le mémoire retrouvé
C’est une petite pépite que j’ai exhumée au hasard de mes recherches bibliographiques. Intitulé Étude de la population étrangère dans une banlieue ouvrière: le cas d’Aubervilliers, ce mémoire de maîtrise en géographie à Paris-IV a été rédigé par une certaine Guiza Tapa en 1979. À cette époque où le gouvernement du centriste Raymond Barre tentait de réguler le regroupement familial et le Front national n’était qu’un parti marginal, la reductio ad lepenum ne proscrivait pas encore tout débat sur l’immigration.
En préambule, Guiza Tapa retrace l’histoire des flux d’étrangers à Aubervilliers. Après une première vague de travailleurs européens (Belges, Allemands, Espagnols, Italiens…) arrivés durant la révolution industrielle, débarque une main-d’œuvre coloniale afin de soutenir l’effort de guerre en 1914-1918. Dès 1926, les étrangers forment déjà 18 % de la population d’Aubervilliers ! Un demi-siècle plus tard, après une période de reflux, notamment due au jeu des naturalisations et aux mariages mixtes intra-européens, la guerre d’Algérie et les accords de coopération avec les États africains nouvellement indépendants feront rebondir la population étrangère albertvillarienne à 24,5 %.
De sa maîtrise des dialectes sahéliens, Tapa tire une conclusion lapidaire : les Africains d’Aubervilliers (Maliens, Sénégalais, Mauritaniens) refusent de s’assimiler puisqu’ils « fuient délibérément le cadre de vie qui leur est offert pour se réfugier dans celui qu’ils se sont créé » et se désintéressent totalement de la vie scolaire de leurs enfants. Quant aux Algériens et Tunisiens d’Aubervilliers des années 1970, « entre leur désir de rester et leur manière de vivre […] il y a une contradiction qui choque et qui est mal acceptée par une partie de la communauté française » aussi attachée à son mode de vie que réfractaire au racisme.
Décidément experte en matière radioactive, l’auteur dudit mémoire s’alarme du dépassement du « seuil de tolérance » dans « plusieurs écoles » d’Aubervilliers où le nombre d’étrangers oscille entre 25 et 30 %. Que dirait-elle de la situation présente ? J’ignore ce qu’est devenue l’étudiante Tapa Guiza, dont je n’ai trouvé aucune trace sur internet ou à l’université. De grâce, présidentiables de tous les partis, faites-en votre ministre des Affaires sociales ![/access]
Saint Josemaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei. SIPA 00528637_000029
« Si l’Opus dei était régie par la loi du silence, alors ce ne serait pas l’Opus dei ». La formule d’Antoine de Rochebrune, supérieur de l’Opus dei, résume à elle seule l’exercice auquel il a voulu se plier dans cet ouvrage, soit répondre sans fard ni langue de buis aux questions d’un journaliste qu’il connaissait à peine, Philippe Legrand, de Paris Match, qui en sus ne fait pas profession de catholicisme. C’est dire que l’exercice touche autant que possible à l’objectivité. Une objectivité et une transparence de toute façon nécessaires pour cette « oeuvre de Dieu », qui aura subi sans doute plus qu’aucun autre mouvement d’Eglise, fors les Jésuites qui eurent droit à leur quart de millénaire de suspicion, les conséquences d’accusations fantasmatiques.
En avance sur Vatican II
Qui connaît d’ailleurs Mgr de Rochebrune, son caractère rond, son physique affable et sa charmante simplicité ne peut que faire un sort illico aux images qu’il aura gardées de la lecture de la bluette Da Vinci Code. Disons que Mgr de Rochebrune ne ressemble pas à son nom, qui pourrait bien être celui d’un templier. L’objet de ces « confidences inédites » est donc simple : raconter la naissance de l’Opus dei, évoquer le personnage de saint Josémaria Escriva, son fondateur espagnol, expliquer le fonctionnement de cette « prélature personnelle », en France comme dans le monde. Evidemment, nul n’est tenu de faire confiance aveuglément à ce qu’en dit son supérieur français. Cependant, puisqu’il n’élude aucune question, sur les rapports du fondateur avec le franquisme, sur le financement de son institution, sur la façon dont on y entre et on y vit, la charge de la preuve est maintenant renversée.
Mais alors, qu’est-ce que l’Opus dei ? Elle est née tout simplement, selon les mots de Rochebrune, « pour aider ceux qui le souhaitent à prier et à se rapprocher de la vie des saints ». Par quoi l’on voit, dans son application concrète, que l’institution d’un point de vue chrétien, loin d’être réactionnaire, fut plutôt novatrice puisqu’il s’agissait de proposer à tous les laïcs un processus de sanctification dans leur vie ordinaire, notamment sous ses aspects familiaux et laborieux. L’Opus dei en 1928 pressentait déjà ce que le concile Vatican II graverait dans le texte quarante ans plus tard, c’est-à-dire que l’appel à la sainteté valait dans l’Eglise catholique autant pour les laïcs que pour les clercs. Evidemment, le monde qui juge selon ses propres valeurs, a voulu immédiatement y voir une conjuration quelconque, une sorte de cercle où de puissants initiés se rencontreraient pour dominer on ne sait trop quoi d’ailleurs. Quand l’Eglise catholique est cléricale, on lui en fait reproche ; quand elle se laïcise, par contre, on lui en fait reproche.
Le mythe franquiste
Sur les liens avec le franquisme que l’on a prêtés à l’Opus dei, le prélat fait la lumière : sur 116 ministres qu’a nommés Franco durant sa dictature, sept seulement appartenaient au mouvement de Mgr Escriva. Et encore, précise-t-il, ils héritèrent tous de portefeuilles « techniques ». Rien, absolument rien, ne permet d’affirmer que l’Opus dei ait joué le rôle de bras spirituel du Caudillo. L’accusation tombe encore plus quand l’on sait que la Phalange soupçonnait les disciples d’Escriva d’être des francs-maçons…
Mgr de Rochebrune règle ici aussi leur compte aux rumeurs ignardes de mortifications excessives qui auraient cours dans l’œuvre : les efforts qui sont réclamés à ses membres, et qui sont toujours acceptés librement, comme d’ailleurs le fait d’y entrer ou d’en sortir, ne sont en réalité rien de plus que tout ce que le catholicisme a toujours exigé de ses fidèles, le jeûne et l’abstinence en de certaines époques de l’année liturgique, et de façon extrêmement modérée.
Que l’Opus dei touche, en France surtout, particulièrement des milieux bourgeois et cultivés, Rochebrune le concède aisément : non que cela soit une volonté, mais que cela soit un état de fait, en quoi d’ailleurs il n’y a hélas guère de différence avec le reste du catholicisme occidental qui a déserté pour des raisons multiples les milieux populaires. Qu’en revanche, l’Opus dei exerce un magistère puissant, assis sur un tas d’or, dans les affaires du monde, il le conteste vivement et rien d’ailleurs n’est jamais venu le prouver. En somme, s’il demeure un mystère, c’est dans l’acharnement de certains contre ce mouvement ecclésial qui est loin d’être le plus organisé ni le plus répandu parmi les catholiques.
Opus dei, confidences inédites, Philippe Legrand, entretiens avec Mgr de Rochebrune, 2016.
Lorant Deutsch. Numéro de reportage : 00657088_000007.
Lorant Deutsch. Numéro de reportage : 00657088_000007.
Vous connaissez le comédien Lorànt Deutsch, sa passion pour l’Histoire, le succès de son livre Métronome (« son histoire de France » vendue à plus d’un million et demi d’exemplaires), et la polémique sur sa légitimité à écrire ce livre en raison des erreurs relevées dans son texte. Il y a quelques jours, le comédien a annulé sa conférence destinée à des élèves de 4e de trois collèges de Trappes, après le refus de sa venue manifesté par deux professeurs.
Esprit(s) critique(s)
Il est légitime et nécessaire pour les différents acteurs d’un tel événement de se poser des questions quant aux motivations et aux conditions de son organisation, d’autant que l’Histoire n’est pas un sujet neutre et l’enseignement un réel enjeu (surtout en ce moment et en France). Et en effet, chacun son métier.
Mais depuis, il n’est pas sûr que nous donnions un bon exemple aux élèves, les défenseurs de la liberté d’expression s’opposant aux défenseurs de la qualité de l’enseignement de l’Histoire, avec peut-être un peu de mauvaise foi. Il nous semble que ces professeurs, historiens et journalistes ne parlent pas tout à fait de la même chose. Donnée dans un autre lieu qu’une salle de classe, l’intervention du comédien ne pouvait-elle pas être perçue par les élèves comme autre chose qu’un cours d’histoire ? N’était-ce pas l’occasion, pour un professeur, de revenir sur cette intervention et faire intervenir l’esprit critique de ses élèves sur ce qui aurait été dit, par qui et comment ?
Les enfants n’apprennent pas qu’à l’école
Il semblerait qu’il soit bien difficile aujourd’hui d’organiser la saine confrontation de plusieurs expériences, et dans ce cas précis celle de l’historien lié à l’implacable nécessité d’une méthode de travail spécifique, pour dégager des faits mais aussi des interprétations de ces faits à l’épreuve du temps et des sociétés. Le professeur d’Histoire doit assurer la délicate transmission de connaissances communes établies, avec des découpages de programmes et des temps de cours ne permettant pas autant de nuances et d’approfondissements qu’il le voudrait. En face, un « saltimbanque » médiatique entend montrer comment la passion de l’Histoire peut toucher, pousser à la curiosité et nourrir la création, au-delà du cadre scolaire (précisons que nombre d’historiens et de professeurs d’histoire sont eux-aussi passionnés et passionnants !).
De toute façon, pardon pour cette évidence, les enfants n’apprennent pas qu’à l’école, mais aussi au sein de leur famille, avec la télé et internet, comme le montre un passionnant ouvrage paru récemment, LeRécit du commun. L’histoire nationale racontée par les élèves, dirigé par Françoise Lantheaume et Jocelyn Létourneau (PUL, 2016). Il rend compte de la méthodologie et des premiers résultats d’une audacieuse étude internationale, conduite auprès de 6 622 élèves français, allemands, suisses et catalans, âgés de 11 à 19 ans, et ce au cours du dernier trimestre 2011 pour l’essentiel. En France, 5 823 élèves ont été sollicités pour répondre principalement à cette invitation : Racontez l’histoire de France (question plus ou moins différente pour les régions insulaires de Corse et de La Réunion), décrivez, présentez ou racontez comme vous la percevez, la savez ou vous vous en souvenez. Une demande audacieuse, tant il s’agit pour les chercheurs, non de vérifier les connaissances des élèves, mais de recueillir leur récit personnel de l’histoire de leur pays. Dégagement d’une trame commune, dominante du «récit national» et de sa dimension guerrière, importance des figures du pouvoir (Louis XIV, Napoléon et Charlemagne sont les trois personnalités les plus cités) et perception des acteurs collectifs (le Peuple, les Français, les rois), conception linéaire et progressiste de l’histoire, sont les principaux enseignements de cette étude pour le corpus français, ainsi que l’intérêt et la fierté de son histoire commune.
Affiche de la ville de Béziers. Sipa. Numéro de reportage : 00776457_000014.
Affiche de la ville de Béziers. Sipa. Numéro de reportage : 00776457_000014.
Axelle de Mauny. Dans votre dernier livre Accueil ou submersion ? Regards européens sur la crise des migrants, vous analysez la carte des mairies favorables à l’accueil des migrants. Contrairement aux idées reçues, la partie la plus hospitalière de la France ne renvoie pas à un décalque négatif de la carte du vote FN. Comment expliquer cette contradiction ?
Jérôme Fourquet. Il n’y a pas de contradiction. A l’automne 2015, l’Ifop avait réalisé une carte des communes qui s’étaient portées volontaires pour accueillir des migrants, carte qui ne correspond ni à la carte inversée du vote FN ni aux terres historiques du catholicisme et de la gauche française. Cela nous a amenés à émettre l’hypothèse suivante : les maires et les conseillers municipaux qui avaient pris l’initiative de se porter volontaires l’avaient fait en leur âme et conscience et avaient réagi un peu à la manière d’un certains nombre de citoyens bouleversés par les images des naufrages en Méditerranée. Il s’agit donc de choix individuels d’élus et non de tendances politiques lourdes qui ont dicté ces décisions.
On observe certes une surreprésentation des communes de gauche, ce qui est assez logique puisque c’est un gouvernement de gauche qui a lancé l’appel, d’autant que le PS avait favorisé cette démarche en créant le collectif Villes solidaires. Mais on trouve aussi un certain nombre de maires de droite comme Alain Juppé à Bordeaux par exemple.
Rien d’étonnant ! Christophe Guilluy vous rétorquerait qu’Anne Hidalgo et Alain Juppé appliquent la même politique, plus ou moins libérale et libertaire, au bénéfice des gagnants de la mondialisation…
La peur des flux migratoires est en effet plus sensible dans les milieux populaires, qui sont les plus exposés aux conséquences négatives de la mondialisation parce que la thématique des migrants est une allégorie et un symbole de cette mondialisation incontrôlable. Elle en est le visage : le plombier polonais en 2005, les délocalisations d’entreprise, le migrant aujourd’hui ou le djihadiste sans frontières qui passe de manière relativement aisée tous les contrôles. Ceux qui se sentaient déjà déstabilisés par la triple insécurité (économique, physique et culturelle) la ressentent de plein fouet avec la crise des migrants.
Un peu partout dans le monde, les peuples appellent leurs dirigeants à reprendre les choses en main en faisant jouer à la notion de frontière un rôle central. Et les exemples abondent : on se souvient de la campagne présidentielle de 2012 où, sur les conseils de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy avait mis la thématique de la frontière au cœur de son programme, aux Etats-Unis Trump s’est engagé à construire un mur le long de la frontière mexicaine, en Hongrie Orban a édifié une barrière à la frontière serbe, etc. S’exprime ainsi une très forte demande de reprise en main du territoire par les populations, qui se sentent menacées par ce phénomène de flux et de flot.
Vous filez justement la métaphore aquatique tout au long de votre livre, insistant sur l’importance du vocabulaire et des modes de représentation…
La terminologie employée par les politiques de tous bords véhicule plusieurs idées : la nature massive et inexorable du phénomène, mais aussi la très difficile maîtrise de ce phénomène avec en bout de chaîne l’idée que les pouvoirs publics et les autorités sont rapidement débordées. Les termes employés empruntent beaucoup à l’univers hydraulique avec la question des fluides, des flux, des flots qui se répandent de manière inexorable. En France mais aussi dans d’autres pays comme l’Italie, on parle beaucoup de vases communicants, y compris des acteurs politiques qui ne sont pas totalement opposés à l’accueil. Quand on va vers ceux qui sont les plus réticents voire hostiles, ces mots se chargent de sens : Sarkozy emploie la parabole des canalisations d’eau qui viendraient à rompre dans une maison et qu’il faudrait détourner : « on va en mettre un peu dans le salon, ce qu’il faut dans la cuisine et le reste dans la chambre des enfants »…Cela renvoie à l’idée d’une submersion par une vague, avec cette question des vagues migratoires qui débordent, des frontières poreuses, qui ne seraient plus étanches, la cote d’alerte qui serait atteinte, les flux de migrants qui contourneraient les obstacles et contrôles etc. Ce champ lexical contribue à influencer l’opinion dans le sens d’un rejet des migrants.
Pour rester dans le registre discursif, vous constatez l’évolution du discours de la droite classique, de la défense du projet européen à des formes d’euroscepticisme. Comment cette droitisation se traduit-elle concrètement ?
A partir de 2005, avec la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne, événement qui marquera symboliquement le début de la collaboration de Patrick Buisson avec Nicolas Sarkozy, la droite a mué sur ce sujet. Beaucoup estiment que le discours classique pro européen, assez fédéraliste, cherchant à poursuivre et approfondir le processus d’intégration a du plomb dans l’aile et n’entraîne plus d’adhésion dans la population. Puis la crise économique et la crise de l’euro se sont greffées à cela, ajoutant une difficulté supplémentaire aux pro-européens. Non seulement l’idéal européen paraît en panne, mais l’euro qui en était le symbole et avait été vendu au peuple comme source de prospérité et de protection est devenu un facteur de déstabilisation et une menace. D’où le décrochage qui s’est opéré entre les classes les plus fragiles, l’euro, et l’Europe, phénomène que la crise des migrants a encore aggravé. Cette remise en cause de l’idéal européen, percuté de plein fouet par les crises, se traduit par le parcours de personnalités comme Laurent Wauquiez ou Bruno Le Maire, l’un issu de la démocratie chrétienne façon Jacques Barrot, l’autre du néo-gaullisme. Tous deux viennent des familles politiques autrefois pro-européennes mais sont aujourd’hui très eurocritiques. Leur cheminement s’est opéré ces dernières années, avec la volonté de renégocier Schengen et le retour en grâce de la souveraineté nationale qui s’est fait entendre avant même la campagne de 2012.
Les dirigeants européens semblent schizophrènes : d’un côté, ils persistent à défendre Schengen et l’intégration européenne, de l’autre, au premier attentat terroriste, ils ferment les frontières internes de l’UE…
Ces deux dynamiques ne s’excluent pas forcément l’une l’autre. Quand l’orage gronde, chaque dirigeant national a le réflexe de se rétracter sur son pré carré national, revenant au contrôle des frontières. Ainsi d’Angela Merkel et de ses voisins autrichiens qui, au moment de l’afflux de migrants ont réinstauré les contrôles aux frontières. Maintenant que la jungle de Calais a été démantelée, les Belges renforcent très sérieusement leurs dispositifs policiers le long de la frontière avec la France. C’était le cas aussi en novembre au moment des attentats : la France remet des contrôles aux frontières dès que les difficultés arrivent et la France les réinstaure également de manière assez drastique sur sa frontière Sud avec l’Italie (Menton-Vintimille) dans le cadre de la crise migratoire.
Cela n’empêche pas la mise en place progressive d’un corps de gardes-frontières européen, d’actions de solidarité vis-à-vis de la Grèce ou de l’Italie qui sont en première ligne dans cette crise. Mais on constate néanmoins une lame de fond souverainiste sur le vieux Continent, avec la victoire du Brexit au terme d’une campagne massivement préemptée par la thématique migratoire, l’élection présidentielle en Autriche – qui va se rejouer prochainement – où l’extrême droite a raté d’un cheveu la victoire face à un écolo plutôt pro-migrant. Partout en Occident, les tenants d’une société ouverte s’opposent aux partisans d’une société fermée avec une reprise de contrôle national, qui gagnent en puissance et en audience.
Si, contrairement à un mythe tenace, la France n’a pas toujours été une terre d’immigration massive, nous avons accueilli plusieurs vagues migratoires au XXe siècle. Pourquoi les migrants sont-ils aujourd’hui moins acceptés que les Républicains espagnols ou les Boat people, pourtant plus nombreux ?
L’opinion publique française est aujourd’hui très réticente à l’accueil des migrants tandis qu’à la fin des années 70 et au début des années 1980, alors même que la France connaissait déjà un chômage de masse, il n’y avait pas une telle levée de boucliers face à l’afflux de Boat people. Un élément de nouveauté rebat complètement les cartes : l’islam. Quand on interroge les Français sur leur propension à accueillir des chrétiens d’Orient, ils répondent très majoritairement par l’affirmative. Le fait que bon nombre des migrants soient de confession musulmane ajoute une source d’inquiétude supplémentaire liée à des craintes profondes : la menace terroriste, avec la question de l’infiltration de djihadistes dans les flots de réfugiés, comme les événements du 13 novembre et les récents événements en Allemagne l’ont montré. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que certains maires de droite se soient dits favorables à l’accueil de migrants, à condition qu’ils soient chrétiens. Cette question des migrants renforce l’insécurité culturelle dans toute une partie de la population. Depuis plusieurs années, la question de la place et de la visibilité de l’islam dans la société française revient en effet de manière récurrente dans le débat, qu’il s’agisse des menus dans les cantines, des horaires des piscines, du burkini, du port du voile, de la construction de mosquées. Comme le dit François Hollande dans son livre de confessions, il y a un problème avec l’Islam en France. Ce n’est pas à Causeur que je vais l’apprendre !
Vous comparez la peur de l’islam à l’anticommunisme du siècle dernier. Ce parallèle est-il vraiment éclairant ?
D’une certaine manière, le discours sur le péril islamiste joue aujourd’hui le même rôle que l’anticommunisme dans la France de l’après-guerre comme élément structurant toute une idéologie politique. Déjà, à l’époque, il y avait un péril extérieur (les chars soviétiques) mais aussi une menace intérieure (le PC était puissant en France). De nos jours, la menace extérieure, ce sont les djihadistes, mais il y a une présence musulmane et islamiste importante en France. Sur le front intérieur, les services de renseignement font feu de tout bois contre l’islamisme (comme la DST traquait à l’époque les espions soviétiques) et, à l’extérieur, nos armées sont engagées et combattent les djihadistes au Sahel mais aussi en Syrie et Irak. De la géopolitique au quotidien des banlieues (cf les débats autour des « Molenbeek français ») la menace islamiste polarise l’opinion comme hier le communisme. Pendant des décennies, l’anticommunisme a servi de boussole pour appréhender une réalité qui pouvait être complexe. Il en va aujourd’hui de même de l’islamisme.
Réception de l'ambassadeur de France à Venise. Wikipedia.
Réception de l'ambassadeur de France à Venise. Wikipedia.
Nous avons tellement cru en la fable d’un monde pacifié par une mondialisation heureuse que la résurgence des identités – désormais au cœur du débat politique – nous semble aller contre la marche du temps. En réalité, la transition 2010-2030 rappelle fortement celle que connaît l’Europe entre 1340 et 1400. Au début du XIIIe siècle, les banquiers vénitiens font tout pour éviter l’émergence de gouvernements nationaux forts, comme celui d’Edouard III d’Angleterre. Pour ces banquiers, le modèle politique à abattre est celui de Frédéric II Hohenstaufen, saint empereur romain germanique de la seconde moitié du XIIIe siècle.
Le rôle des banquiers florentins
Pour éviter l’émergence d’Etats forts, les banquiers florentins ne se contentent pas de prêter de l’argent aux rois, ils s’assurent en retour d’avantages en nature. En 1325, les Peruzzi possèdent tous les revenus du Royaume de Naples, soit la moitié sud de l’Italie. Ceci leur permet de recruter l’armée de Robert de Naples, de nommer les membres de son gouvernement et de vendre à sa place ses productions céréalières.
Dans ce contexte, il ne sert à rien pour Dante Alighieri de vanter le modèle de Frédéric II dans De Monarchia. Venise force Dante à quitter Florence et fait la promotion d’une contre-littérature. Il s’agit des ouvrages de Bartolomée de Lucca ou de Marsile de Padoue. Les banquiers vénitiens finissent par ligoter financièrement des embryons d’Etat comme l’Angleterre, la France et l’Espagne. Puis, la banque vénitienne génère une gigantesque bulle financière qui paralyse la production et vient éclater en 1345. Télécommandées par Venise, les familles Bardi et Peruzzi de Florence déclenchent un crash financier au cours duquel tout crédit s’évanouit. S’enclenche alors une période de grave instabilité, caractérisée par la résurgence de la famine et des épidémies.
La politique domestique la finance
Mais après 1400, les forces politiques se retournent contre les méthodes des banquiers italiens. En 1401, le roi Martin Ier d’Aragon les expulse d’Espagne, en 1403, Henri IV d’Angleterre limite fortement leur activité. En 1409, la Flandre emprisonne les banquiers génois. En 1410, les banquiers italiens sont expulsés de Paris. La résurgence des identités nationales a alors mis en échec les projets de la finance internationale. L’histoire se répétera-t-elle ?
Qu’est-ce qui réunit Raphaël Glucksmann et Tariq Ramadan? L’idée que la France ne serait pas en crise. Mais en chrysalide. Après deux millénaires à l’état de larve, elle se métamorphoserait enfin, réaliserait ce à quoi elle a toujours été destinée.
Pourfendeurs de l’identité tourmentée
En attendant qu’elle s’envole vers le ciel des Lumières, loin de la terre moisie qui l’a vu naître. Telle est la lecture entomologiste que partagent nos intellectuels du progrès. Puisque la France aurait dans son ADN vocation à muter vers une société idéale, la pensée de la gauche messianique n’aurait plus comme projet de chercher à en faire la révolution. Mais la simple révélation. De l’accompagner dans sa mue naturelle. Plus question désormais de faire table rase du passé, puisque ce passé porterait intrinsèquement les principes d’un aboutissement heureux. L’Histoire, confisquée par des réactionnaires obtus, devrait être rendue et strictement confiée aux hommes de Raison qui en seraient les seuls exégètes légitimes. Glucksmann, Ramadan: tous deux pourfendeurs de l’identité tourmentée. Tous deux partisans d’une mutation naturelle de la société. Et cherchant tous deux, insidieusement, à tirer les dividendes idéologiques de leur humanisme souriant.
Dans son ouvrage Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes, Raphaël Glucksmann fait l’éloge de la métamorphose heureuse, contre-poison de l’identité malheureuse d’Alain Finkielkraut, antidote au pessimisme de la « meute des réactionnaires » qu’il fustige -de Patrick Buisson à Eric Zemmour. En invoquant le passé, qu’il s’approprie avec frénésie. « Notre passé est la meilleure réponse au passéisme » lance-t-il, et à la « myriade d’AOC que nous nommons identité » et qui nous menaceraient. « Pour préserver notre terre, notre langue, nos traditions, notre mode de vie, nous creusons des tranchées imaginaires et nous élevons des miradors conceptuels. Il fut pourtant un temps où nous abattions les murs au lieu de les ériger », rappelle-t-il.
Nous aussi nous voudrions goûter au bonheur qui l’inonde! Comment participer à ses côtés à la fête de la métamorphose? En reconnaissant d’abord que l’identité française est « multiple et équivoque ». Qu’elle l’a en fait toujours été. Il suffit de reprendre des mains d’Eric Zemmour les livres d’Histoire. Mais pour y chercher à chaque page l’immense marche vers le progrès qui façonnerait depuis toujours la véritable identité française -heureuse!- dont seul Raphaël Glucksmann connait la trame invisible et que quelques partisans réactionnaires des ancêtres Gaulois veulent salir: « D’autres bardes sont alors sortis du néant dans lequel d’antiques trahisons les avaient relégués. Ils ont (re)commencé à chanter la France avec leur voix de crécelle et leurs mots petits et rances, des mots qu’elle rejetait autrefois et qu’elle accepte désormais faute de mieux, des mots qui lui dessinent un autre visage, grimaçant d’angoisse et de ressentiment, le visage d’un pays parquant des réfugiés dans des bidonvilles et lançant des croisades dans des cantines scolaires. Ce visage ne doit pas, ne peut pas être celui de la France » écrit ainsi le disciple de Nuit debout.
L’obscurantisme du terroir
Dans un dialogue avec Edgar Morin publié le 20 octobre sur son blog, Tariq Ramadan fait lui aussi l’éloge de la transformation heureuse, et se considère même comme un « partisan des métamorphoses ». Une homme des Lumières. Contre l’obscurantisme du terroir. « On assiste néanmoins partout à des courants de résistance à une globalisation qui nous fait perdre nos anciens repères. Partout, on voit naître des régionalismes, des revendications identitaires qui ne célèbrent pas la richesse et l’ouverture, mais la peur, le recroquevillement, l’enfermement sur soi pour se protéger du monde, regrette-t-il. C’est une pensée réductrice qui nourrit les populismes et fait renaître les nationalismes réducteurs et parfois xénophobes. » Puis de conclure par un éloge de la mue: « Il faut être conscient qu’il est des ruptures à vivre et que continuer sans rompre avec certains modes de pensée revient à foncer dans le mur. » La France connaitra bientôt sa révélation. Il suffit de lui en laisser le temps. Le sens de l’Histoire et la démographie sont de son côté.
Lui aussi promotteur d’une France mutante, Edgar Morin considère avec un optimisme militant « que dans le processus actuel d’occidentalisation, les peuples non occidentaux prennent le meilleur de ce qu’a fait l’Occident – les droits humains, les principes démocratiques –, mais gardent le meilleur de leur tradition et de leur culture. » Tout va pour le mieux, en somme. La nature fait bien les choses. La nation prend son envol, pleine de santé. « Regardez, écrit-il, le cas le plus connu de métamorphose : celui de la chenille qui s’entoure d’un cocon pour devenir papillon. Elle commence par détruire certaines de ses fonctions, son tube digestif par exemple, alors qu’elle conserve son système nerveux. Au terme de nombreuses transformations, ressort un être tout à fait nouveau qui est cependant le même. Doté de nouvelles qualités, il a pourtant gardé son identité, tout en transformant sa forme. Par la métamorphose, une identité se maintient en transformant beaucoup d’elle-même à partir de potentialités créatrices préalables. » Edgar Morin est confiant. Avec son filet à papillons, il prophétise le nouveau chatoiement qui nous attend, et qui a toujours été dans les gènes de notre nation -forcément heureuse.
Debray piégé
Cette injonction à l’espérance n’a pas épargné Régis Debray, qui se considère pourtant comme le penseur d’une gauche tragique. Dans une tribune parue dans Le Monde le 18 octobre, ce dernier s’est ainsi révolté contre le passéisme dont François Hollande l’accuse dans Un Président ne devrait pas dire ça. « Me prêter en outre l’idée que «la France a disparu», quand elle connaît tout bonnement une métamorphose, c’est m’attribuer une sottise proche de la calomnie » s’est-il indigné, manifestement très inquiet qu’on le soupçonne de dissimuler dans sa grande pharmacie intellectuelle la moindre dose de conservatisme. Au mieux se considère-t-il comme un « nostalgique ». Mais seulement en ce que cette nostalgie est force de proposition. « Par chance pour notre pays, les révolutionnaires de 1789 ont eu la nostalgie de la République romaine. » -nostalgie de combat qui irait puiser dans le passé le souffle et la germination du futur.
Pour les partisans du Progrès, la transformation triomphante de la société s’appuie toujours sur une vision orientée du passé, qu’on montre dans un miroir déformant. La métamorphose euphorique est réalité une anamorphose idéologique.
Les disciples du changement ont un dénominateur commun, malgré la grande diversité de leurs vœux: qu’ils aspirent au Grand Soir, à l’Humanisme des frontières abolies ou à la Soumission, ils cherchent à faire passer la France en devenir pour ce qu’elle aurait toujours été à l’état embryonnaire. Pour ce qu’elle aurait, au fond, toujours aspiré à être. Marianne héroïque ouvrant grand ses bras et ses portes pour les uns, Fille aînée -puis traînée- de l’Eglise en passe de se convertir pour les autres, la France mue car c’est son destin naturel. En attendant de la voir papillonner loin de sa terre originelle. Et de connaitre la bannière qui l’habillera – Internationale libertaire, mondialisme sauvage, Etoile et croissant! Peu importe, du moment qu’elle aura quitté le sol. La victoire finale se jouera plus tard. Mais tous ne seront peut-être pas assis à la table des vainqueurs.
Cela fait maintenant plus de seize ans que le monde est frappé par une vague de terrorisme islamique qui endeuille les quatre coins de la planète.
À l’origine de cette vague djihadiste se trouve un endoctrinement qui passe aujourd’hui par Internet et les réseaux sociaux mais qui, au début du xxie siècle, a commencé par la diffusion d’images de propagande par certaines chaînes de télévision.
Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que France 2 s’est tristement illustrée dans cet exercice de manipulation des images et des esprits dès le 30 septembre 2000, en diffusant un reportage qui est devenu l’icône planétaire de la haine antisémite et antioccidentale.
En effet, France 2 a diffusé le 30 septembre 2000 un reportage semblant montrer la mort d’un enfant palestinien, le « petit Mohamed ». Selon le commentaire de Charles Enderlin, l’enfant avait « été la cible de tirs venus de la position israélienne ».
Ce reportage a embrasé la planète. Daniel Pearl a été décapité pour venger l’enfant. Mohamed Merah a déclaré avoir tué les enfants juifs de Toulouse pour venger ceux tués à Gaza. Tous les pays musulmans ont des timbres, des rues, des monuments à l’effigie du « petit Mohamed ».
Depuis, il a été prouvé scientifiquement que ce reportage de France 2 était une pure et simple mise en scène ; ce que France 2 ne reconnaît toujours pas alors que la manipulation médiatique saute aux yeux de tous ceux qui se penchent sur ces images.
La chaîne publique allemande ARD a produit deux documentaires accablants pour France 2 ; le dernier, diffusé en 2009, soutenant en tout point la démonstration de la mise en scène.
En 2014, les deux journalistes allemands auteurs de ces documentaires ont publié en Allemagne L’Enfant, la Mort et la Vérité, un ouvrage retraçant leur enquête et les obstacles mis par France 2 pour empêcher le jaillissement de la vérité. Ce livre, traduit en français, sera disponible dès le 3 octobre 2016 dans les librairies françaises.
Au moment où la France, comme le reste du monde occidental, est frappée par une vague de terrorisme sans précédent, ne serait-il pas temps de révéler la vérité ?
Alors que France Télévisions vient de lancer sa chaîne d’information en continu,l’heure n’est-elle pas venue de reconnaître cette erreur liée au passé, mais qui persiste à inciter à la haine et à entacher sa réputation internationale ?
Dans le monde entier, la réalité de la mise en scène est de plus en plus connue. Ainsi, au Canada, un livre d’Histoire prend comme exemple « l’affaire al Dura » comme cas typique d’une manipulation médiatique.
Alors que, alimentant tous les populismes, les manipulations médiatiques, réelles ou supposées, accentuent la défiance des Français à l’égard des médias, des politiques et des intellectuels, je vous demande de bien vouloir vous saisir de cette affaire et de mettre en place une commission d’enquête indépendante chargée de déterminer la réalité, ou pas, des images qui avaient été filmées par le caméraman de France 2.
Bien naturellement, je me tiens à votre disposition pour venir vous exposer plus en détail, à vous ou à vos conseillers, les tenants de cette affaire qui n’a que trop duré.
Dans cette attente, je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’expression de ma respectueuse considération.
L’Enfant, la Mort et la Vérité – Les manipulations de France 2 autour de l’affaire Al Dura, La Maison d’Édition, en librairie et sur le site www.lamaisondedition.com.
Dans la petite salle de la Malcombe, on ajoute une quarantaine de chaises à la hâte. La dernière fois que nous y sommes venus, c’était quelques jours avant l’affaire du Sofitel, et François Hollande y avait laissé l’impression d’avoir le vent dans le dos. Cinq ans plus tard, le vent semble pousser aussi Arnaud Montebourg, qui profite du « suicide politique » du président actuel, comme l’appellent quelques militants socialistes présents. L’enthousiasme n’était pas feint en ce lundi soir. Montebourg a le sourire ; il affiche de l’optimisme et, signe parmi les signes, ses flèches les plus nombreuses sont désormais réservées à Alain Juppé, le favori des sondages. Comme s’il se projetait déjà au premier tour de l’élection présidentielle ; comme si l’affaire était déjà jouée face à François Hollande ou Manuel Valls lors de cette primaire fixée les 22 et 29 janvier prochains. Les sympathisants de gauche « n’ont rien à faire à la primaire de droite ».
Le 24 juin dernier, les Britanniques savaient-ils qu’un de leurs aliments préférés, la sauce Marmite, allait peut-être disparaître des rayons des supermarchés?
Cette pâte à tartiner, née au début du XXe siècle, à base de levure de bière et riche en vitamine B1, est soit adorée ou détestée en raison de son goût très prononcé. Même si elle suscite beaucoup de controverses, la Marmite est un produit du quotidien outre-Manche. J’ai beau être Britannique, je ne l’aime pas du tout. Comment mes compatriotes peuvent-ils en enduire leur toast au petit-déjeuner ou se préparer des sandwich au Marmite? Quels excentriques ces Anglais !
La faute au Brexit !
Mais là n’est pas le drame. Quatre mois après la victoire du “Leave”, quand cette pâte noire amère a commencé à se raréfier dans les rayons des supermarchés Tesco – la première chaîne de grands magasins british – certains ont commencé à se mettre en colère. C’est bien évidemment la faute au ‘Brexit dur,’ promis par le Premier ministre Theresa May, qui a fait chuter le cours de la livre sterling à son niveau le plus bas depuis trente-et-un ans face au dollar. Pour absorber le manque à gagner entraîné par la baisse de la livre sterling., le groupe anglo-néerlandais Unilever a augmenté de 10 % les prix de ses produits vendus au Royaume-Uni, dont la si populaire pâte à tartiner.
Tesco a mal réagi à cette décision. La marque se répand en déclarations intempestives, prétendant que Unilever cherche surtout à améliorer ses marges, et que le groupe néerlandais souhaite punir le Royaume-Uni pour son vote eurosceptique… Shocking ! L’enseigne a décidé d’entamer un bras de fer avec son fournisseur et a annulé ses commandes.
Frayeur et tremblements
La panique gagne mes compatriotes. Que vont-ils-ils manger au breakfast après le Brexit ? Plusieurs journaux britanniques en ont profité pour proposer des recettes de Marmite à faire soi-même. Des pots de pâte à tartiner au goût immonde ont aussi été mis en vente sur Ebay. D’autres s’accommodent parfaitement de la situation, comme Boris Johnson, l’ancien maire de Londres et partisan du Brexit, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, qui n’aime pas plus la Marmite que votre serviteur.
Cette pénurie de la pâte à tartiner n’est pas une première en Europe. La commercialisation de Marmite avait été suspendue en 2011 au Danemark, en raison de sa trop forte teneur en vitamine B1. Un magasin qui vendait des produits britanniques à Copenhague avait alors lancé la campagne « Bring back Marmite » (Ramenez la Marmite). Plusieurs Britanniques résidents au Danemark s’essayaient déjà au trafic de Marmite… le nouvel or noir?
On aura beau jeu de dire que les Juifs sont paranoïaques, qu’ils voient des antisémites partout et que le dernier vote à l’Unesco n’intéresse finalement pas grand-monde. On aura tort.
La résolution votée le 13 octobre 2016 à l’Unesco, comme celle votée le 16 avril dernier, ne vise qu’un seul objectif: réécrire l’histoire. Pas pour un effet immédiat mais pour plus tard, parfaite illustration de l’aphorisme touareg « vous avez la montre, nous avons le temps ». Car une fois que les quelques vagues de colère et d’indignation seront retombées, il ne restera que ces résolutions scélérates offrant des mensonges qui s’inscriront dans l’esprit des gens comme autant de vérités.
Des actes de propagande
Ces résolutions votées par l’Unesco avec le soutien indigne de la France sont un acte de propagande, ni plus ni moins. Le titre seul de la résolution devrait suffire à voter contre. « Palestine Occupée », voilà une belle façon pour l’Unesco de « construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes ». Mais plus encore que ce titre infâmant, c’est la réalité historique qui devrait couper court à tout débat. L’Islam est apparu au VIIème siècle de l’ère commune, soit plus de 2.000 ans après le Judaïsme et 700 ans après les premiers chrétiens. En ne faisant référence qu’aux noms musulmans des lieux saints de Jérusalem alors que les Hébreux et les chrétiens y ont vécu pendant des siècles, que l’on y trouve le Kotel (le Mur occidental du Temple) et le Saint Sépulcre, qu’un papyrus datant de 2700 ans écrit en hébreu et mentionnant Jérusalem vient d’y être découvert, les promoteurs de ces résolutions cherchent à effacer consciencieusement toute attache qui ne serait pas exclusivement musulmane. Qu’importe que Jérusalem ne soit pas citée une seule fois dans le Coran alors qu’elle l’est à 669 reprises dans la Bible. L’approche n’est pas tant religieuse. Elle est politique.
Des mensonges patents
Portées par des pays musulmans, ces résolutions sont commanditées par l’Autorité Palestinienne. La stratégie est cousue de fil fluorescent mais ne semble choquer personne à part les juifs : laisser infuser des mensonges, des contre-vérités, des approximations jusqu’à ce que ceux qui ne s’intéressent peu au sujet, c’est-à-dire les plus nombreux, finissent par le croire.
Et dans quelques générations, qui se souviendra – si ce n’est les Juifs – que sur le Mont du Temple s’étaient élevés les deux Temples de Jérusalem dont le Kotel (le Mur occidental) reste la trace la plus visible ? Personne. On n’y verra plus que l’esplanade des mosquées Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif et la place Al-Buraq.
Qui se souviendra que le « site palestinien Al Khalil » (ainsi que le précise la dernière résolution) se nommait autrefois Hébron et, au même titre que le Mont du Temple et le Kotel, est un lieu saint du judaïsme où se trouve le Tombeau des Patriarches ? Personne. Le temps aura fait son œuvre, attaquant les souvenirs comme il attaque les pierres, faisant d’une imposture la vérité à force de trop l’entendre.
Qui remet en cause aujourd’hui la version « officielle » du massacre de Sabra et Chatila selon laquelle le responsable serait l’armée israélienne ? Personne. Ou si peu. C’est pourtant Elie Hobeika et ses Phalanges libanaises qui ont commis ces massacres alors que selon l’ancien garde du corps d’Hobeika, Robert Hatem, Sharon avait expressément demandé à Hobeika « aucun débordement, aucune action excessive » (« D’Israel à Damas », 1999, Vanderblumen Publications).
Effacer les racines, c’est effacer la mémoire, les spécificités qui font l’unicité d’un individu ou d’un peuple.
Anéantir symboliquement Israël
Pendant la seconde guerre mondiale, les nazis profanaient les cimetières juifs en prenant soin de casser les plaques sur lesquelles les noms étaient inscrits afin d’effacer – jusque dans la mort – la présence juive sur les terres conquises.
Parce qu’ils ont pris conscience de leur incapacité – pour l’heure – à faire disparaître Israël physiquement, les antisémites tentent de le faire symboliquement, mensonge après mensonge, calomnie après calomnie, laissant le temps passer et la pression démographique faire le reste.
En attendant, la prochaine fois que l’Unesco parlera de culture, un des signataires sortira peut-être son revolver.
À l’exception d’un intermède socialiste (2008-2014) sous le mandat de Jacques Salvator, Aubervilliers n’a cessé d’être un bastion communiste depuis la Libération. Est-ce pour cette raison que la ville se voit fréquemment accusée d’inaction, voire de pingrerie à géométrie variable ? Non, mais le fait est que le budget municipal alloue 8,5 millions d’euros aux associations (souvent liées à l’Afrique ou au Maghreb) sans jusqu’ici consacrer un fifrelin à la vidéosurveillance. Le maire adjoint à la Sécurité aura attendu septembre pour annoncer l’installation de 35 caméras financées à 75 % par le Conseil régional et à 25 % par la ville, auxquelles s’ajoutent des équipements (gilets pare-balles…) pour la police municipale fournis par l’Île-de-France.
Les stéréotypes antichinois de certains Maghrébins ne le cèdent en rien à l’animosité anti-arabe d’une partie de la communauté asiatique
« Il a fallu ces événements malheureux pour que la mairie ouvre enfin les yeux », soupire Jean, le lecteur de Causeur auquel je dois ma venue à Aubervilliers. Les tribulations de ce Québécois « lanceur d’alerte » dans ce qu’il perçoit comme la « République soviétique d’Aubervilliers » pourraient alimenter un livre entier. Depuis une dizaine d’années, il ronge son frein avec sa femme française dans leur vaste appartement-studio de tournage où « personne ne veut venir » par crainte de l’insécurité. À quelques centaines de mètres des barres HLM en bas desquelles Chaolin Zhang a été agressé, Jean vit à la confluence de tous les paradoxes : les bars à pochtrons voisinent avec les barbus en qamis et leurs épouses voilées. Des gens rachètent un local, en font un boui-boui servant de lieu de deal, de prostitution ou de rencontre entre caïds. En sept ans, Jean a fait fermer trois bars de licence III dans le voisinage de l’école et de la synagogue – ce que la loi interdit ! – sur intervention de la préfecture.
C’est sans gants aucun que cet ancien de la marine fustige le clientélisme local : « Les fonctionnaires territoriaux blancs se comptent sur les doigts d’une main. D’ailleurs, la plupart des Blancs quittent cette poubelle à ciel ouvert, les prix de l’immobilier baissent, et la mairie communiste empêche la boboïsation en maintenant 40 % de logements sociaux ! »[access capability= »lire_inedits »] Un jour qu’il les invitait à décamper, les dealers de shit du coin l’ont bravé : « On n’est pas au Québec, ici ! Je vais te tabasser devant ta femme ! » Nous voilà dans du Guilluy au carré : ne supportant plus l’invasion des chichas dans la rue après 19 heures, le spectacle des « prostituées blacks qui courent après leurs proxénètes avec des barres de fer », Jean en est réduit à défendre un « souverainisme d’en bas ». Voilà qui parle à un Québécois, déjà minoritaire dans son propre pays, ayant maille à partir avec son environnement urbain français. Un immeuble se construit avec 90 % de logements occupés par les Chinois ? Divine surprise ! « La majorité de l’école du coin est peut-être en train de basculer », se réjouit Jean, allié de facto aux Asiatiques au sein de l’association Union Citoyenneté Vigilance qu’il est en train de mettre sur pied. Dans une situation de séparatisme ethnique qui fleure bon le Liban, chacun se compte, développe des stratégies d’évitement et pactise avec ses lointains cousins d’infortune.
Aubervilliers : les cités vont craquer ?
Des quartiers chauds, Aubervilliers en compte une flopée. La ville a pourtant été relativement épargnée par les émeutes de novembre 2005, exception faite de quelques voitures brûlées, peut-être parce que le désordre nuit aux trafics… Dix ans ont passé et les zones sensibles ont connu des destins divergents. Parmi les dernières de la classe, la cité Lénine, sise avenue de la République, demeure un haut lieu du deal. Pris en otage, les habitants ont peur pour leurs enfants. « Le soir, on voit les BMW ou les 4×4 des gros bonnets de la drogue attendre à la station-service en bas », témoigne une Franco-Maghrébine de la cité, qui ne se paie pas de mots : « Tous les nouveaux appartements vont aux Africains. Au dixième étage, vit un polygame qui a 19 enfants ! Et histoire de nous faire chier, la mairie a mis un bureau d’accueil des réfugiés dans les tours. Pour avoir une place dans la file, les émigrés y campent la veille, se battent entre eux et empêchent les habitants de dormir. » Autre ghetto auto-constitué, La Maladrerie, jadis foyer de mixité sociale et ethnique, dont le futurisme seventies masque des ateliers d’artistes boisés et un quartier culturellement suréquipé : centre d’arts plastiques, salle des fêtes, studio d’enregistrement, foyer pour personnes âgées, centre de loisirs pour enfants n’empêchent pas la délinquance de fleurir. Au point que de plus en plus d’honnêtes commerçants fuient la cité.
S’il est une embellie urbaine, Le Landy est celle-ci. Collé à La Plaine-Saint-Denis, ce quartier est le symbole du nouvel Aubervilliers, considérablement rénové par les opérations immobilières qu’y a initiées l’ancienne municipalité socialiste (2008-2014). Au grand dam de ses alliés communistes, l’ex-édile Jacques Salvator avait fait raser les habitats insalubres et autres taudis contrôlés par des marchands de sommeil pour distribuer des permis de construire à des promoteurs immobiliers. De l’habitat social, semi-social et privé à taille humaine s’est ainsi substitué aux logements de fortune qu’occupaient les sans-papiers africains accueillis par Jack Ralite dans les années 1990. Une révolte ? Non, une révolution (petite)-bourgeoise !
Ce ne sont pas les médiateurs de nuit[1. Des médiateurs à ne pas confondre avec les éducateurs de rue payés par le conseil départemental, que les Albertivillariens croisent encore plus rarement.] (« Tous des Maghrébins », me souffle-t-on) qui lui sauveront la mise. Engagés par l’ancienne majorité, ces travailleurs sociaux précaires étaient censés prévenir la délinquance… et servir de rabatteurs de voix au PS. En 2014, après un temps d’hésitation, la nouvelle majorité communiste les a maintenus à leur poste, malgré la minceur de leurs résultats. De deux choses l’une : soit ces jeunes gens profitent de leur implantation dans le tissu local pour en imposer aux caïds, soit ils se contentent de dialoguer vainement pendant que les trafics battent leur plein dans la cage d’escalier. « On ne les voit jamais alors qu’ils sont censés travailler de 17 heures à 23 heures », se plaint Ling Xi qui a voté leur maintien mais préconise un recrutementethniquement plus diversifié. Un fait objectif ne plaide pas pour sa paroisse : sur les milliers d’Asiatiques qui y travaillent, peu résident et votent à Aubervilliers…
Auprès d’autres clientèles arithmétiquement plus alléchantes, les risettes vont parfois très loin. Au mois de février, un fait divers troublant a mis en lumière l’opacité de certaines promotions au sein de l’administration communale. Un dénommé Gharib K., embauché comme vigile de la mairie en 2001 et fraîchement nommé directeur du service Entretien de la ville, a été condamné à six mois de prison dont trois avec sursis pour des menaces de mort proférées quelques mois plus tôt au nom de… l’État islamique. Des drapeaux noirs de Daech ont été saisis chez ce repris de justice sympathisant de la mouvance djihadiste, qui nie tout en bloc. Dans sa grande magnanimité, la mairie communiste avait promu Gharib K. sans entretien d’embauche, après qu’il eut mené une campagne victorieuse pour le compte du PCF. « La municipalité honore ses promesses de campagne avec de l’argent public par les promotions ou les embauches », accuse Senda.
« Les jeunes des quatrièmes et cinquième générations sont les plus radicalisés. On est foutus. »
À force de faire rimer népotisme avec communautarisme, a-t-on condamné notre modèle assimilationniste ? Pas question de baisser les bras, répond une poignée de militantes féministes de culture musulmane farouchement attachées à leurs valeurs laïques et émancipatrices. Leur association Femmes sans voile, créée fin 2013, est née de la volonté de quelques Franco-Maghrébines investies dans le collectif Place aux femmes, lequel entendait redonner au beau sexe la place qui lui est due dans l’espace public, notamment à l’intérieur des cafés remplis d’hommes. Le refus du voile islamique étant plus clivant, toutes n’ont pas suivi mais Nadia Benmissi, professeur de technologie et Nadia Ould-Kaci, secrétaire à la retraite, claironnent en chœur : « On a un triple ennemi : les islamistes, les voyous et les misogynes. » « Ni Plenel ni Zemmour » (dont elles abhorrent les raccourcis et la phallocratie) pourrait être le slogan de ces réfractaires au carcan patriarcal. Nadia Benmissi, « née et initiée au féminisme en Algérie », est arrivée à Aubervilliers voici presque vingt-cinq ans, contrairement à sa copine Nadia Ould-Kaci, jeune retraitée et « pure Beurette du 9-3 ». Toutes deux s’affligent de l’importation des us et coutumes saoudiens en banlieue parisienne. « Le voile a été le premier élément de propagande islamiste dans l’Algérie des années 1980. C’est l’inscription de la charia sur le corps des femmes venue d’Arabie saoudite. J’ai vu la situation se dégrader avec l’adoption d’un Code de la famille rétrograde en 1984. Et voilà qu’en France, s’installe un code pour notre communauté ! » s’inquiète Nadia Benmissi. Dans son collège, toutes les mères d’élèves se voilent. Beaucoup d’Albertivillariennes musulmanes couvrent le visage de leurs filles à l’extérieur de l’école lorsqu’elles n’adoptent pas carrément la burqa.
Il est en effet de bon ton d’afficher sa foi de manière dévote et ostentatoire, me confirme Mourad, le Tunisien échaudé par les Chinois. Nombre de commerçants d’origine musulmane porteraient la barbe et iraient à la mosquée dans le simple but de faire affaire en soignant leur image de marque halal, comme d’autres adhèrent à la franc-maçonnerie pour élargir leur carnet d’adresses. La source de chicayas, c’est que cet islam identitaire s’exerce aux dépens des sœurs, nie leur libre arbitre et leur droit de sortir de la religion ou de la pratiquer autrement. Conscientes de la servitude volontaire ambiante, les deux Nadia ne s’étonnent guère des révélations de l’enquête de l’institut Montaigne sur les musulmans de France, à 28 % favorables à la charia, et dont 70 % des femmes approuvent le port du hijab. L’assimilation paraît d’autant moins un long fleuve tranquille que la maire Meriem Derkaoui, « qui dans les années 1990 a lutté sans merci contre les islamistes algériens », craint désormais de fâcher sa base électorale. Entre autres scandales, le tapis rouge déroulé durant la fête des voisins à une jeune et dynamique salafiste, voilée comme il se doit, organisatrice d’un grand repas végan-halal à l’aide de subsides municipaux. « Les islamistes sont très organisés et ont dix longueurs d’avance sur nous. Les jeunes des quatrième et cinquième générations sont les plus radicalisés. On est foutus », prophétisent-elles avec des accents de Cassandre. Le cocktail explosif entre fractures communautaires, islamisation rampante et crise sociale ne laisse rien augurer de bon.
Toutefois, certains s’autorisent à rêver tout haut devant les nombreux chantiers en passe de transformer la ville, comme si le vivre-ensemble pouvait miraculeusement surgir de terre. Certes, des futurs ateliers de Chanel au campus universitaire Condorcet, une Aubervilliers ultramoderne s’apprête à naître. Les prix de l’immobilier s’en trouveront renchéris, la ville un peu embourgeoisée. Si la coexistence entre communautés n’en sortait pas grandie, cette descente aux enfers donnerait raison au fantasque Renaud Camus : Entre vivre ensemble, il faut choisir…
Étrangers d’Aubervilliers : le mémoire retrouvé
C’est une petite pépite que j’ai exhumée au hasard de mes recherches bibliographiques. Intitulé Étude de la population étrangère dans une banlieue ouvrière: le cas d’Aubervilliers, ce mémoire de maîtrise en géographie à Paris-IV a été rédigé par une certaine Guiza Tapa en 1979. À cette époque où le gouvernement du centriste Raymond Barre tentait de réguler le regroupement familial et le Front national n’était qu’un parti marginal, la reductio ad lepenum ne proscrivait pas encore tout débat sur l’immigration.
En préambule, Guiza Tapa retrace l’histoire des flux d’étrangers à Aubervilliers. Après une première vague de travailleurs européens (Belges, Allemands, Espagnols, Italiens…) arrivés durant la révolution industrielle, débarque une main-d’œuvre coloniale afin de soutenir l’effort de guerre en 1914-1918. Dès 1926, les étrangers forment déjà 18 % de la population d’Aubervilliers ! Un demi-siècle plus tard, après une période de reflux, notamment due au jeu des naturalisations et aux mariages mixtes intra-européens, la guerre d’Algérie et les accords de coopération avec les États africains nouvellement indépendants feront rebondir la population étrangère albertvillarienne à 24,5 %.
De sa maîtrise des dialectes sahéliens, Tapa tire une conclusion lapidaire : les Africains d’Aubervilliers (Maliens, Sénégalais, Mauritaniens) refusent de s’assimiler puisqu’ils « fuient délibérément le cadre de vie qui leur est offert pour se réfugier dans celui qu’ils se sont créé » et se désintéressent totalement de la vie scolaire de leurs enfants. Quant aux Algériens et Tunisiens d’Aubervilliers des années 1970, « entre leur désir de rester et leur manière de vivre […] il y a une contradiction qui choque et qui est mal acceptée par une partie de la communauté française » aussi attachée à son mode de vie que réfractaire au racisme.
Décidément experte en matière radioactive, l’auteur dudit mémoire s’alarme du dépassement du « seuil de tolérance » dans « plusieurs écoles » d’Aubervilliers où le nombre d’étrangers oscille entre 25 et 30 %. Que dirait-elle de la situation présente ? J’ignore ce qu’est devenue l’étudiante Tapa Guiza, dont je n’ai trouvé aucune trace sur internet ou à l’université. De grâce, présidentiables de tous les partis, faites-en votre ministre des Affaires sociales ![/access]