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Non-assistance à police en danger

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Manifestation "contre la haine antiflics". Paris, octobre 2016. Simon Guillemin/ Hans Lucas.

Il est quand même étrange que le mouvement déclenché dans la police ait pu provoquer cette surprise apeurée. S’il y avait quelque chose de prévisible, c’était bien cette réaction d’exaspération d’un corps soumis à toutes sortes de pressions et qui mesure tous les jours qu’il n’a plus les moyens d’accomplir les missions qu’on exige de lui. Alors, bien évidemment ce mouvement d’humeur, qui n’est pas le prodrome d’un coup d’État fasciste, soyons sérieux, charrie beaucoup de choses.

Tout d’abord il n’est incontestablement pas homogène, même s’il n’y a aucune raison que l’influence du Front National n’y soit pas forte, comme dans le reste du pays où l’on n’est pas loin de voir un Français sur trois envisager de lui apporter sa voix. Il y a ensuite ce rapport très français à la police, où chaque couche sociale aspirant à l’hédonisme sécuritaire et comptant sur la police pour le lui assurer, est prompte, quand elle est confrontée à celle-ci, à faire sien le folklore anti-flics. Et dans la situation d’aujourd’hui, les fonctionnaires de police vivent de plus en plus mal leurs mises en cause systématiques, et la complaisance avec laquelle la bien-pensance médiatique les relaie. Alors, débarrassons-nous des fantasmes de 6 février 34 et des «no pasaran » de pacotille, et essayons de comprendre ce que raconte cet épisode, et pourquoi, aujourd’hui, l’institution chargée du sale boulot, le corps qui est par définition chargé de se taper le sale boulot se met à renâcler.[access capability= »lire_inedits »]

Quelques chiffres difficilement contestables. En 2015, policiers et gendarmes ont eu 1032 blessés par mois dans leurs rangs. Au premier semestre 2016, 6 753 blessés « en mission ou en service» pour la seule police, soit une augmentation de 14% par rapport à la même période en 2015. Bien sûr, toutes les blessures ne sont pas de même gravité, mais il est clair que les conditions de travail et d’intervention se sont considérablement dégradées, et que le sentiment de ne pas avoir les moyens d’accomplir leur mission est général. Et quand on parle des moyens, ce ne sont pas seulement les moyens matériels mais aussi ceux que confère la légitimité et l’autorité. Sur le front de la « petite délinquance » celle qui pourrit la vie des gens et nourrit le sentiment d’insécurité, mais aussi celui de l’intervention dans les « quartiers », les policiers se sentent abandonnés, mais également méprisés. Et de ce point de vue l’actuel pouvoir socialiste est complètement irresponsable. Quand Edwy Plenel dont la proximité avec les huiles de la police est notoire, anime une campagne à base d’affiches : « urgence la police assassine », le ministre de l’intérieur, face à l’insulte reste coi. Lorsqu’un avocat ami intime du Président poursuit d’une vindicte inlassable de jeunes policiers pour leur faire porter une responsabilité qui n’est pas la leur, n’hésitant pas à vilipender violemment la décision de justice qui a reconnu leur innocence, Madame Taubira, garde des sceaux reste muette. Et quand quatre fonctionnaires affectés à une mission de la plus haute importance qui consistait à surveiller une caméra de surveillance surveillant un carrefour(!), sont l’objet d’une tentative d’assassinat qui laisse deux d’entre eux très grièvement blessés et provoque une émotion considérable, il ne vient pas à l’esprit du Président de la République de reporter l’un des rendez-vous journalistiques qu’il affectionne tant pour se rendre à leur chevet à l’hôpital ! Rappelons aussi l’instrumentalisation, par leur commandement, des forces de l’ordre dans la répression des manifestations contre la loi El Khomry, avec l’objectif évident et cynique de déconsidérer le mouvement. Il y a enfin le mur d’incompréhension dressé entre police et justice, dont ni Christiane Taubira, ni Bernard Cazeneuve n’ont vraiment mesuré le caractère délétère.

En conséquent, il ne faut pas se demander pourquoi cette poussée de fièvre a lieu mais pourquoi elle n’a pas eu lieu plus tôt. La réponse tient à la concomitance entre ce mouvement et la constatation par un pays effaré de la réalité de l’exercice du pouvoir par François Hollande. Avec la publication de ses confidences  à Davet et Lhomme, le sentiment d’un affaiblissement de l’État s’est transformé en certitude. L’autorité et maintenant la légitimité du Président de la République mais aussi de tous ses ministres ont définitivement volé en éclats. Et cela, les policiers l’ont brutalement mesuré, assurés du fait qu’il n’était même plus question de rapport de force, puisque le pouvoir n’en avait aucune. L’épisode risible du communiqué du directeur général venant après l’utilisation par Bernard Cazeneuve du terme « sauvageons » pour les criminels de Viry-Châtillon a fini de leur démontrer. Jean-Marc Falcone l’a  en effet joué « jugulaire, jugulaire, silence dans les rangs » et annoncé l’ouverture de procédures disciplinaires. C’était précisément ce qu’il fallait faire pour étendre l’incendie à toute la prairie. Et la vieille ficelle des médias amis qui a consisté à hurler au danger fasciste est tombée complètement à plat. Le FN, qui ne doit d’ailleurs pas être le seul, essaie de tirer son épingle du jeu ? Sans blague. Sauf que Marine Le Pen n’a guère à se fatiguer pour préparer 2017.

La seule chose qui empêche que se noue une crise gravissime, c’est la perspective des élections présidentielles de 2017. En attendant, la France donne au monde l’image d’un étonnant foutoir : le terrorisme à l’affût, une police en rébellion, un état qui n’embraye plus, des ministres tout occupés à la succession, une droite engluée dans le piège de sa primaire, Jean-Luc Mélenchon engagé dans une lutte à mort avec ce qui reste du PCF. Autant dire qu’il n’y a plus dans l’avion de pilote, ni d’hôtesse, ni de steward, ni personne vers qui le peuple français puisse se tourner.

A moins que la situation soit plus périlleuse encore et que François Hollande, tel le pilote de la Germanwings, se soit enfermé dans le cockpit.

Fatale erreur, avant de l’envoyer battre Nicolas Sarkozy les Français ont oublié de vérifier s’il avait son brevet de pilote. Ou emmène-t-il l’avion ? Personne ne le sait vraiment, mais tout le monde espère que l’on parviendra à ouvrir la porte au mois de mai prochain, et que l’appareil ne sera pas trop abîmé.[/access]

Alain Juppé, icône schnock

Alain Juppé sur la rade de Toulon, octobre 2016. Sipa. 00778776_000007

L’un des succès éditoriaux les plus surprenant – et réjouissant – de ces dernières années est celui de la revue Schnock, un « mook » trimestriel fondé en 2011. Conçu par ses fondateurs comme un canular éphémère, Schnock, à leur grande surprise, provoqua un buzz d’une ampleur telle que la revue en est aujourd’hui à son vingtième numéro, contraignant les dilettantes de son équipe éditoriale à se décarcasser pour satisfaire quatre fois par an plus de 10 000 fans de la pop culture française des années 70 et 80 du siècle dernier. De Jean-Pierre Marielle à Catherine Deneuve, en passant par les chers disparus Gainsbourg, Yanne et Desproges, Schnock édifie, pierre par pierre, son monument à une France d’hier, parée aujourd’hui de toutes les vertus conférées à cette époque par la nostalgie de contemporains qui étaient nombreux à la maudire quand ils la vivaient en « direct-live ».

La schnock attitude, clé du succès

Ce n’est, certes, pas nouveau : la République n’a jamais été aussi belle que sous l’Empire et la popularité posthume, voire anthume, de Mitterrand ou Chirac est la preuve que la nature humaine est rusée, faisant passer l’inconstance et la légèreté pour de l’indulgence et de la magnanimité. L’habileté des animateurs de Schnock a été d’éviter le piège du radotage passéiste et ronchonneur, en adoptant à l’égard des icônes qu’elle promeut une attitude distanciée, les incitant gentiment, lorsqu’ils s’épanchent dans son giron, à pratiquer le sain exercice de l’autodérision rétrospective.

Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que la « schnock attitude » peut se révéler une redoutable arme politique. Dès lors qu’elle entre en résonance avec les angoisses du temps présent… La popularité d’Alain Juppé ne peut ainsi s’expliquer que par la présence massive du signifiant « schnock » dans le message qu’il diffuse consciemment et inconsciemment dans une société dont il aspire à devenir le guide suprême. Cela a commencé avec le sobriquet de Nestor dont il est affublé, non pas par référence au vieux sage de la geste homérique, mais au majordome à gilet rayé du château de Moulinsart, en raison d’une (vague) ressemblance physique avec ce brave homme. Cette association avec l’une des figures récurrente de l’univers de Tintin, après l’avoir irrité, n’est plus pour déplaire à Alain Juppé : on lui a fait comprendre qu’il y avait là une puissante machine à fabriquer du consensus, au delà des clivages politiques et générationnels. Prenant acte qu’à son âge (71 ans), il était impossible de changer de comportement ou d’image (rigidité, haute idée de lui-même, incapacité à utiliser les vieilles ficelles de l’empathie surjouée avec l’électeur de base), il enjoint les Français à le prendre tel qu’il est, et demeurera ainsi tant que Dieu lui prêtera vie.

Ses adversaires fulminent comme McEnroe

Succès garanti: l’électeur a l’assurance qu’il n’aura pas de surprise désagréable s’il l’envoie à l’Elysée. Ce n’est pas lui qui risque d’introduire une actrice, journaliste ou chanteuse à la mode dans le Saint des saints du Faubourg Saint-Honoré : ça, ce n’est pas schnock du tout ! Si la conquête du pouvoir titille chez lui les neurones de la fornication, on suppose qu’il assouvira ses passions à l’ancienne : en loucedé, et avec une dose convenable de mauvaise conscience. Vous le retrouverez donc demain à l’Elysée comme il y a vingt ans à Matignon, avec ses qualités et ses défauts. Le passé est, à tout prendre, moins angoissant que l’avenir, et moins déprimant que le présent. On cherchera en vain, dans son programme, une seule idée nouvelle ou briseuse de tabou, un coup de torchon modèle Thatcher, du genre de celles que ses concurrents de la primaire de la droite et du centre s’efforcent, sans grand succès, d’imposer. Alain Juppé a d’ailleurs une martingale, efficace pour se positionner face à leurs propositions : à un ou deux bémols près, ce sont les mêmes que les siennes. Sur la retraite, l’immigration, la réforme scolaire, les 35 heures, l’identité, il répond aux smashes rageurs des Sarkozy, Fillon ou Le Maire par des amortis assassins, laissant ses adversaires les bras ballants sur le court ou fulminant comme une autre icône schnock, l’immortel John McEnroe.

Si l’on considère que l’électorat des primaires, tel qu’il est apparu dans celle de la gauche en 2011, est à 75% âgé de plus de quarante ans, avec une surreprésentation de gens bien diplômés, capables de comprendre et d’assumer l’appartenance à une famille politique, on ne peut s’étonner que ce scrutin soit pain bénit pour le maire de Bordeaux, comme il le fut naguère pour Hollande… Ces gens là préfèrent la droite molle et les Flambys aux spadassins de la politique ! Pour la colère et le chamboule-tout, on a déjà tout ce qu’il faut en magasin avec Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon !

Et à ceux qui lui rappellent son statut de repris de justice, Alain Juppé rétorque qu’«en matière judiciaire, il vaut mieux avoir un passé qu’un avenir». C’est du Audiard pur jus, une réplique que l’on verrait bien dans la bouche d’un Jean Gabin, truand rangé des voitures, renvoyant dans les cordes un jeune malfrat présomptueux. Schnockissime !

Pour le Hezbollah, Beyrouth vaut bien une messe

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Portrait du leader du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah, Haret Hreik, SIPA, REX40318438_000002

L’église Saint-Joseph est pleine à craquer en ce dimanche 30 octobre, pour la messe dominicale. C’est la veille de l’élection de Michel Aoun à la présidence de la République libanaise, et les façades de l’église sont recouvertes d’immenses portraits de ce chrétien maronite ancien commandant des forces armées libanaises, né en 1935 dans ce qui était à l’époque un village chrétien au sud de Beyrouth. Pourtant, Saint-Joseph ne se trouve pas en plein « Marounistan », surnom qui fut donné durant la guerre civile libanaise (1975-1989) aux territoires chrétiens situés au nord de Beyrouth, mais au cœur  de la banlieue sud de la capitale, à Haret Hreik, quartier/ville quasi-exclusivement chiite, qui abrite aujourd’hui les quartiers généraux du Hezbollah. Maroun et Armen, deux quinquagénaires libanais qui s’occupaient des portes de l’église, vivent ailleurs, dans les quartiers chrétiens. Comme beaucoup d’autres anciens habitants de Haret Hreik, très attachés à leur ville d’origine, ils s’y réunissent chaque dimanche, mais n’y vivent plus depuis des décennies.

Les transformations qu’a connues Haret Hreik n’ont pas pris plus d’un demi-siècle. Dans les années 1960, désireuses d’accéder à l’éducation et de profiter du dynamisme économique d’alors, de nombreuses familles chiites venues du sud et de l’est du pays s’installent dans la banlieue sud. La ville connaît un essor rapide, qui se traduit par des constructions illégales et une urbanisation anarchique. Au milieu des années 1970, la guerre civile constitue un tournant majeur pour la ville. Dans tout le Liban, des milices communautaires se créent, se disputent le territoire en opérant des « nettoyages ethniques » de fait. Les chrétiens d’Haret Hreik fuient en masse vers les quartiers chrétiens de Beyrouth-Est et la banlieue sud devient le refuge de dizaines de milliers de chiites. Le quartier  connaît une croissance démographique spectaculaire. Il est donc tout naturel que le Hezbollah, fondé par l’Iran en 1982, en prenne le contrôle.

Un ancien quartier chrétien devenu bastion chiite

Un quart de siècle plus tard, en 2006,  le QG du Hezbollah au cœur d’Haret Hreik (la « Dahia » comme on l’appelle en Israël)  est bombardé par l’armée israélienne. Des milliers d’habitants perdent leur maison et le Hezbollah, bien organisé et financé, prend en charge la reconstruction, achevée en 2013. La reconstruction des bâtiments détruits par les conflits successifs est gérée par Jihad Al-Bina, « Le Jihad de la reconstruction », fondation créée par le Hezbollah et également basée dans la banlieue sud. En l’absence d’Etat libanais, ces performances de la milice chiite qui le remplace pour venir en aide aux habitants renforcent son contrôle de ce quartier devenu une véritable ville-Etat gouverné par le « Parti de Dieu ».

Très soutenu pendant les années 2000 et notamment à la suite de la guerre de 2006 contre Israël,  le Hezbollah reste populaire à Haret Hreik malgré son engagement dans le conflit syrien aux côtés du régime dès 2011, plus par peur du terrorisme sunnite de l’EI que par soutien à Bachar El-Assad. En représailles, des attentats-suicides sont commis dans la ville par l’État islamique et le Front Al-Nosra en juillet 2013 et janvier 2014. Ces attentats exposent en pleine lumière le fait que désormais Haret Hreik est un « Etat dans le non-Etat » : le Hezbollah a installé ses propres points de contrôle tout autour de la banlieue sud et ses hommes patrouillaient dans ses rues.  Presque trois ans plus tard, les façades restent recouvertes des portraits des « martyrs » tombés pour sauver le régime syrien, rappelant aux passants que nous ne sommes pas tout à fait au Liban.

Aujourd’hui, il ne reste pas grand-chose de l’ancien quartier chrétien. La majorité des bâtiments sont assez récents, et la forte densité de population se traduit par des constructions assez hautes. L’empreinte du Hezbollah est partout : dans les rues où Michel Aoun enfant jouait avec ses amis chrétiens, l’achat d’alcool est aujourd’hui impossible, et les symboles du parti de Dieu, ses drapeaux et son logo sont omniprésents. Le drapeau noir floqué de l’inscription « Ya Hussein », en référence au petit-fils de Mahomet, honoré par les chiites, orne même le hall de la petite bibliothèque municipale pour enfants. « On ne peut pas parler de Haret Hreik sans parler du Hezbollah. Sans le Hezbollah il n’y a pas de Haret Hreik », explique Mortada, 22 ans. Cet habitant d’Haret Hreik est d’ailleurs l’exemple vivant de ce qu’il affirme. S’il a pu faire des études supérieures, c’est grâce à l’aide d’une association financée par le Hezbollah.

Une base hezbollahie sceptique

Si l’église Saint-Joseph est l’un des derniers vestiges de l’ancien village chrétien, elle n’est pas la seule. Ziad Waked, président du conseil municipal d’Haret Hreik, et plusieurs de ses adjoints sont chrétiens, élus grâce à l’appui du Hezbollah, rappellent eux aussi le passé du quartier. Alors que le parti chiite s’inscrit en apparence hors de la logique des clans et des familles caractéristique de la politique libanaise, il doit souvent composer avec les notables locaux dans les zones qu’il contrôle mais surtout avec le système libanais, équilibre fragile entre communautés et confessions mis à rude épreuve pas les évolutions démographiques du pays, dont Haret Hreik est l’exemple type. Waked au niveau municipal comme Aoun au niveau national témoigne de la capacité du Hezbollah de nouer des alliances et maintenir les apparences. Or, même si les dirigeants du parti de Dieu savent y mettre les formes, « la base » est un peu moins polie. Ainsi, si une part importante des chrétiens se réjouit de l’élection de Michel Aoun à la présidence de la République, les chiites d’Haret Hreik ne semblent pas particulièrement enthousiasmés. De plus en plus nombreux et puissants –  au Liban comme dans la région (l’Iran, l’Iraq et la Syrie) – les règles du jeu libanais hérités des années 1940  sont de moins en moins compréhensible pour les chiites. Pas sûr qu’ils vont les supporter encore longtemps, surtout si le conflit syrien se terminent par ce qu’ils interpréteraient comme une deuxième « victoire divine ».

Abu Bakr Al-Baghdadi, un wahhabite exemplaire

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Al-Baghdadi en 2014. SIPA 00687708_000001

Jamais la grande mosquée d’Al-Nuri, au minaret penché, que les habitants de Mossoul comparaient à la tour de Pise, n’avait connu pareil personnage. Un Irakien de la quarantaine, le teint bistre, les lunettes cerclées et la barbe noire bien taillée, le même qui quelques jours plus tôt avait menacé de détruire le célèbre minaret, priait maintenant devant une assemblée de fidèles.

La vieille cité de Mossoul avait été obligée d’ouvrir ses portes à cet ancien étudiant de l’université islamique de Bagdad qui avait été successivement professeur de Charia, frère musulman, insurgé irakien, membre d’Al-Qaïda et du conseil consultatif des moudjahidines en Irak, émir de l’État islamique d’Irak, ami d’Oussama Ben Laden, et enfin émir de cet État islamique en Irak et au Levant qui prétendait s’étendre jusqu’en Syrie.

Scène étrange

Étrange parcours qui devait, en ce jour de juin 2014, en pleine période de Ramadan, mener ce haut représentant du terrorisme sunnite à revêtir une abaya et un turban noir et à prier et prêcher sous les auspices du drapeau de l’autoproclamé État islamique – un drapeau noir où le sceau du prophète Mahomet côtoie l’inscription « Il n’est pas d’autre Dieu qu’Allah ». Prêche où il fut beaucoup question du Jihad, ce « devoir ordonné par Allah » qui, assura l’homme à son auditoire, « vous fera entrer dans des jardins sous lesquels poussent des roseaux ». Très vite, on annonça les couleurs : les armes devaient être distribuées pour lutter contre les ennemis d’Allah, qu’ils fussent polythéistes, chrétiens, juifs, ou bien tout simplement infidèles. L’apocalypse était paraît-il à venir, et la justice divine allait faire la part belle à ceux qui lutteraient dans les sentiers d’Allah.

L’étrange scène fut filmée, et fit vite le tour du monde. L’homme à l’abaya noire, c’était Abu Bakr Al-Baghdadi, et il venait de s’autoproclamer calife de l’État islamique sous le nom d’Ibrahim. Chose singulière que cette renaissance du califat, et plus singulière encore du fait que ce califat fantasmé par les salafistes djihadistes disciples d’Al-Baghdadi n’était point celui de l’Empire Ottoman, mais celui – jugé plus pur et plus raccord avec les principes originels de l’Islam, des Abbassides : peu importait cependant à ce calife de pacotille que le califat des Abbassides fût pour la civilisation islamique une grande époque de développement des arts et des lettres ; il ne s’agissait point pour le nouveau califat de prétendre renouer avec la haute civilisation Arabe, mais plutôt d’en épouser les plus noirs préceptes, à savoir la conquête et l’assujettissement de tous à la loi islamique.

S’inspirer du fondateur du salafisme

Et pour ce faire, quoi de mieux que de s’inspirer du fondateur du salafisme, Mohammed ben Abdelwahhab ? Ce prédicateur arabe du XVIIIe siècle, fondateur du mouvement qui porte son nom, le wahhabisme – mais que l’on connaît généralement mieux sous l’appellation de salafiste, par référence aux salaf, ces trois premières générations de musulmans qui pratiquèrent, paraît-il, un Islam de toute pureté – s’était distingué en son temps par ses prises de position particulièrement orthodoxes : à ses pairs, prétendument avilis et corrompus, il opposa les préceptes de l’école juridique sunnite la plus rigoriste qui fût, à savoir celle qui fut fondée au IXe siècle par Ahmad ibn Hanbal – l’école hanbalite.

Mais cela n’était guère suffisant : il fallait encore qu’il possédât une doctrine, un manuel de savoir-vivre wahhabite qui pût devenir le livre de chevet de ses sectataires : ce fut là le rôle donné au Kitab al-Tawhid – ou « Traité sur l’Unicité » – dans lequel Mohammed ben Abdelwahhab dénonça les idolâtres, le culte des saints et de leurs tombes alors pratiqué dans la péninsule arabique – le fameux polythéisme aujourd’hui dénoncé par Abu Bakr Al-Baghdadi -, mais aussi les sorciers – catégorie qui regroupait entre autres les voyants, les augures et les astrologues -, auxquels il faut ajouter les blasphémateurs, et les façonneurs d’images – promis à la Géhenne, et bien sûr les juifs et les chrétiens – accusés tantôt d’être des polythéistes, tantôt d’être des sorciers.

Le fondateur du wahhabisme était donc un dogmatique pour le moins sévère. Il ne négligeait pas non plus le droit islamique : comme Al-Baghdadi de nos jours, il suivait très assidûment les préceptes juridiques du jurisconsulte médiéval de la fin du XIIIe siècle Sheikh Taqi ibn Taymiyyah, lequel croyait à la très-haute autorité des salafs, attachait une grande importance au martyr et au djihad, distinguait clairement le domaine de l’Islam – dar-al-Islam – de celui des kouffars ou incroyants – dar-al-kufr -, et permettait que l’on qualifiât d’apostat quiconque n’agréait pas à ses vues sur l’Islam – que ce fussent les chrétiens, les juifs, les chiites, les soufis, ou bien encore les Mongols qui avaient conquis Bagdad en 1258, renversé le califat Abbasside, et qui ne respectaient pas scrupuleusement la Charia ; par surcroît, il préconisait de convertir les non-musulmans ou de leur imposer une jizya – c’est-à-dire un impôt – en cas d’insoumission  ; il s’agissait aussi, évidemment, de voiler entièrement les femmes.

Ainsi imprégné de la plus rigoriste des doctrines hanbalites moyenâgeuses qui fût, le fondateur du wahhabisme devint un homme influent en s’alliant avec Mohammed ben Saoud, le premier de la dynastie des Saoud. Les wahhabites s’emparèrent ensuite de la Mecque et de Médine, et infusèrent leur doctrine dans le Royaume d’Arabie Saoudite créé au début du XXe siècle.

Le plus exemplaire des wahhabites

Revenons à Abu Bakr Al-Baghdadi : de l’eau a coulé sous les ponts depuis ce vendredi noir de Ramadan où il annonça aux fidèles de la grande mosquée de Mossoul le rétablissement du Califat, et si des distances ont été prises avec l’Arabie Saoudite wahhabite – trop conservatrice pour apprécier les velléités révolutionnaires d’Al-Baghdadi – et Al-Qaïda – qui n’a jamais eu la volonté de construire un État -, le wahhabisme reste le ciment commun du royaume saoudien, de maintes organisations terroristes – Al-Qaïda, Boko Haram, les Talibans – et de l’Etat islamique du calife autoproclamé.

Abu Bakr Al-Baghdadi peut même se targuer d’être devenu le plus exemplaire des wahhabites : fort d’un trésor de guerre d’un demi-milliard de dollars – fruit d’une quinzaine de puits de pétrole – et d’un territoire presque aussi grand que celui du Royaume-Uni, le calife wahhabite a pu assujettir tout un peuple à la doctrine aussi dangereuse que néfaste de son père spirituel, Mohammed ben Abdelwahhab : l’éducation de la jeunesse du califat n’a point été négligée : elle apprend désormais tantôt le maniement de la kalachnikov, tantôt les préceptes du salafisme révolutionnaire ; l’art et la musique, diaboliques par essence, ont été proscrits ; et surtout, la Charia a été très strictement mise en place : des décapitations, des crucifixions et des lapidations d’infidèles et d’apostats ont lieu régulièrement sur la place publique : rien qu’au mois d’octobre, un garçonnet de onze ans, voleur du dimanche, a vu sa main coupée, tandis que des «  apostats » ont été décapités ; une brigade des mœurs dirigée par des femmes, la brigade Al-Khansaa, a été mise en place : copie féminine de la police religieuse d’Arabie Saoudite, elle distribue d’improbables châtiments aux femmes qui auraient le malheur de ne pas respecter scrupuleusement la Charia – porter du maquillage, notamment, est un crime qui, à Raqqa comme à Mossoul, peut vous valoir des coups de fouet.

C’est donc un fort bon élève de Mohammed ben Abdelwahhab que cet Abu Bakr Al-Baghdadi ; c’est un Salaf qui ne fait point de compromis ; c’est un wahhabite exemplaire. Plus exemplaire que les Saoud car peu lui chaut de paraître infréquentable aux yeux de l’Occident. La Légion d’honneur et le palais de l’Élysée, c’est l’apanage du royaume wahhabite saoudien. Le wahhabite de Mossoul, lui, préfère couper des têtes en toute quiétude – jusqu’à la chute de son bastion irakien, du moins, car la bataille de Mossoul bat son plein.

Feu sur Bayrou!

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Alain Juppé et François Bayrou. Sipa. Numéro de reportage : 00678341_000023.

L’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy devait enterrer Alain Juppé. La bête de campagne devait tout emporter sur son passage, comptant sur un « effet blast ». De fait, au mois de septembre, l’ex-président a occupé l’espace médiatique, et en a fixé l’agenda, comme il sait le faire, à renfort de déclarations distillées pour faire le buzz. Les commentateurs étaient ravis, car une victoire annoncée de Juppé n’était pas bonne pour les ventes de journaux et les audiences des émissions. La remontée de Nicolas Sarkozy entretenait le suspense. Et puis, il y a eu la fameuse semaine noire, la dernière du mois de septembre.Mise en cause judiciaire de deux proches, sortie du livre de Patrick Buisson, reportage télévisé sur l’affaire Bygmalion et, last but not least, sondages du premier tour de la présidentielle où il était talonné par Emmanuel Macron. Depuis, Nicolas Sarkozy semble avoir perdu de sa superbe. Les sondages sont revenus au point de départ, effaçant l’entrée en campagne en fanfare. Lors du premier débat télévisé, les deux favoris se sont neutralisés, laissant à François Fillon et Jean-Frédéric Poisson les félicitations des commentateurs.

En fait, tout semble indiquer que Nicolas Sarkozy a aujourd’hui choisi de ne plus adopter la stratégie de l’occupation maximale de l’espace médiatique. Aujourd’hui, c’est bien la modestie qui est de mise. On ne clive plus et on cherche visiblement à ne plus braquer l’électorat modéré.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.

Morandini et les onze mille vierges outragées

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Jean-Marc Morandini. Sipa. Feature Reference: 00764977_000005 .

Je n’ai pas de sympathie particulière pour Jean-Marc Morandini. Pas d’antipathie non plus. Le fait que la profession semble assez largement le tenir pour un gros beauf joue plutôt en sa faveur. Il m’est arrivé de participer à son émission à Europe 1, comme animateur, je l’ai toujours trouvé très pro, et il ne m’a jamais demandé de me dénuder. Si ça se trouve, je ne suis pas son genre. Pour le reste, le journalisme qu’il pratique ne m’intéresse guère : les potins de la télé, les audiences, les supposés dessous des cartes médiatiques, tout cela manque un peu trop de consistance idéologique. Quant à sa web série Les Faucons, je n’ai pas l’impression d’être le cœur de cible.

Lorsque l’affaire a commencé, avec la parution d’une enquête à charge dans Les Inrocks sur les castings présumés torrides organisés par sa boîte de production pour une web série, j’ai prudemment décidé de ne pas avoir d’opinion. D’abord, je l’avoue, pour avoir la paix, parce que je travaille fort agréablement avec Marc-Olivier Fogiel, ennemi notoire de Morandini, et que j’ai envie que ça continue. Ensuite parce que ces histoires crapoteuses de vidéos cochonnes de garçons me mettent plutôt mal à l’aise. D’un côté, je n’éprouve aucun plaisir à voir chuter un « puissant » – en tout cas un homme d’influence –, fût-il coupable, et encore moins à regarder la meute de ceux qui le courtisaient hier se pourlécher à l’odeur du sang. De l’autre, les témoignages sont accablants, comme on l’a répété de toutes parts avec gourmandise. Alors je me suis dit qu’il n’y avait pas de fumée sans feu et que tout ça n’avait pas pu être complètement inventé. Après tout, si Morandini n’est pas un délinquant, il n’est pas non plus un premier prix de délicatesse. Et puis, il paie aussi le fait d’avoir fait de son seul nom une marque fort rentable. Un scandale, et son capital s’évanouit. C’est ce qui vient de lui arriver.[access capability= »lire_inedits »]

J’ignore pour quelle raison Vincent Bolloré a jugé urgent de recruter Morandini. Pour venir en aide à un ami à terre – ce qui serait honorable ? Peut-être a-t-il voulu montrer qu’il était le patron, ce qui n’aura guère été probant si, à l’issue d’une grève toujours en cours au moment où nous bouclons et sous la pression d’annonceurs très à cheval sur la vertu, il doit finalement lâcher son nouveau poulain, ce qui reviendra à donner les clefs de la boutique aux journalistes.

Ce que je sais, en revanche, c’est que Jean-Marc Morandini a droit à la présomption d’innocence. Or le voilà condamné à la mort sociale par un tribunal médiatique sans avoir été jugé. Après les confrères dont pas un n’a tenté de trouver la moindre excuse au nouveau coupable idéal, les amuseurs sont entrés dans la danse et ils tirent avec allégresse sur l’ambulance Morandini.

Décidément, il n’y a pas de spectacle plus déprimant que celui d’un groupe humain refaisant son unité contre l’un des siens, victime expiatoire, comme le dit Girard, de la mauvaise conscience collective. J’ajoute que ce spectacle est encore plus insupportable quand ce groupe humain est une rédaction, collectivité au sein de laquelle on imagine que la défense des libertés, y compris pour les adversaires, prime sur toute autre considération. Tu parles.

Il y a dix-huit mois, la rédaction d’I-Télé obtenait la tête de Zemmour pour des propos qu’il n’avait pas tenus. Aujourd’hui, elle réclame celle de Morandini pour des actes dont on ne sait pas encore s’il les a commis. Bref, si elle est en bagarre contre le taulier ce n’est pas parce qu’il veut licencier, c’est parce qu’il refuse de le faire, cherchez l’erreur. On apprend, en tout cas, que ces journalistes ont atteint un si haut degré de conscience morale qu’ils ne peuvent côtoyer un pécheur présumé sans risquer d’être souillés par lui. Les fautes de Jean-Marc Morandini sont peut-être inexcusables. Mais le pharisaïsme implacable de professeurs de vertu qui ignorent le pardon est encore plus détestable. Il y a des gens avec qui on ne partirait pas à la guerre. Il est glaçant de découvrir que les grandes âmes du journalisme en font partie.[/access]

France Inter aux Français!

france inter buisson goldnadel mossoul

 « Radio plus, radio plus, radio plus… » : en terme de conformisme ronflant, la chaîne privée qu’avait imaginée Jean Yanne dans son chef d’œuvre Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil n’a rien à envier au ghetto idéologique qu’est devenue France Inter.  L’autisme d’une radio publique méprisant la moitié de la France et vendant du temps de cerveau disponible à l’idéologie dominante (dont tonton Marx disait qu’elle est celle de la classe dominante) nous a incités à lui consacrer notre dossier central.

Comme il vaut mieux en rire, notre pasionaria Elisabeth Lévy déploie ses talents de conteuse pour moquer le manichéisme ambiant : « La vie y est simple, il y a des gentils et des méchants (…) Les gentils préparent l’avenir. Les méchants rêvent du passé. Les gentils aiment l’Autre, les méchants aiment les frontières – j’ai l’air de blaguer, mais j’ai vraiment entendu sur France Inter une journaliste parler, comme s’il s’agissait d’une catégorie homologuée, de « la France qui n’aime pas l’autre ». Et je crois bien que j’étais dedans. » Aux oubliettes la radio d’Etat d’antan où l’on ne souciait pas de rééduquer l’auditeur mais de l’instruire, ainsi que le regrette le toujours vert Luc Rosenzweig. C’est bien simple, chez Inter, le débat se joue « entre la gauche et l’extrême gauche » dixit l’avocat Gilles-William Goldnadel, dont l’un des clients, viré, réintégré puis placardisé dans les cachots du service public avait eu le seul tort de citer un quotidien trop droitier à l’antenne… Devant tant de haine, fût-elle dissimulée sous les oripeaux des comiques maison, on tire notre chapeau à Ingrid Riocreux, spécialiste ès médias de Causeur, qui a eu le courage de s’infliger « une journée en Inter » pour en retirer la substantifique moelle.

Horresco referens (Patrick Cohen en tremblerait…), Patrick Buisson nous a accordé un entretien-fleuve. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy s’estime trahi par l’ex-Président et développe les principaux thèmes de son brillantissime essai La Cause du peuple, remarquable de style, d’intelligence et d’érudition, quoi qu’on pense de ses thèses. Porte-parole autoproclamé de la France périphérique, Buisson aurait voulu rattacher la geste sarkozyenne au roman national et réhabiliter l’identité mise à mal par l’immigration massive. Caramba, passé le coup de maître de 2007, encore raté ! Cinq ans plus tard, le hollandisme finissant n’a guère plus de lustre, comme l’illustre le mouvement des policiers, analysé dans nos colonnes par Régis de Castelnau. En pleine guerre contre le terrorisme, de nos banlieues à l’Euphrate, la bataille de Mossoul fait rage et pourrait donner un peu d’air aux alliés Hollande et Obama. Luc Rosenzweig souligne d’ailleurs le côté surjoué du Stalingrad irakien, dont l’issue n’éradiquera pas l’Etat islamique mais sera mise au crédit du président américain sortant. Campagne pour campagne, Olivier Prévôt a passé tout un week-end embarqué avec Nicolas Dupont-Aignan dont il nous restitue le souffle romanesque (si, si !). Sur un autre front, l’ancien commandant-adjoint des forces armées de l’OTAN en Europe nous raconte le scénario-catastrophe d’une invasion russe de l’Europe de l’Est.

Jamais avare d’une bonne idée, notre blogueur cinéma Olivier Prévôt s’est entretenu avec le réalisateur iranien Asghar Farhadi dont le dernier film Le Client l’a enthousiasmé. Voyage au pays du songe déconcertant, où l’on s’abreuve de littérature occidentale et contourne la censure des mollahs. Réagissant à l’attribution du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan, chanteur de son état (faut-il désormais le rappeler ?), Alain Finkielkraut se désole de l’assomption du culturel dans la culture. Aurait-on songé à récompenser du Goncourt Barbara, Gainsbourg ou Brassens ? Suivez le guide culinaire Emmanuel Tresmontant aux quatre coins de la France, jusqu’au fin fond du Midi pour déguster une vatrouchka d’anthologie dans un monastère orthodoxe où chacun paie sa pitance comme il l’entend. Morfales, ne rognez pas sur l’aumône ! Jérôme Leroy nous recommande la biographie signée Philippe Garnierdu maître de la Série noire David Goodis, oeuvre qui révèle un homme moins ténébreux que ses livres. Enfin, votre serviteur vous accompagne sur les traces des chevaliers servants italiens du XVIIIe siècle, ces fameux sigisbées qui amenaient en société les aristocrates au vu et au su de leur époux. Quelle noblesse d’âme !

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La cause du peuple

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Venezuela: les déboires du petit Nicolas

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nicolas maduro chavez venezuela
Manifestation anti-Maduro à Caracas, octobre 2016. Sipa. Feature Reference: AP21967855_000018

« C’est à ça qu’on les reconnaît », disait Bernard Blier des cons dans Les Tontons flingueurs. J’ignore si Nicolás Maduro a vu ce film mais lui il ose. Il ose tellement qu’il vient d’augmenter le salaire minium de son pays. Et pas de 2 ou de 3 % mais tenez-vous bien, de 40 %! Et c’est la quatrième fois depuis le début de l’année qu’il fait ça!  Ça a beau être démago, ça en jette.

De Maduro à Maburro

Dans le fond, j’aimerais bien que Hollande en fasse autant, pas vous ?  Sauf que l’inflation du Venezuela est de 475 % pour cette année, ce qui change pas mal la donne. Nicolás Maduro a fait ce cadeau à son peuple bien aimé juste avant une grève générale. Le craindrait-il tant que ça son peuple ? On dirait bien. Pourtant il dit adorer les pauvres. Tellement qu’il les multiplie d’année en année et qu’il ne semble pas souhaiter s’arrêter là. Mais cet amour est-il vraiment réciproque ? Huit Vénézuéliens sur dix souhaitent le mettre à la porte, et beaucoup le surnomment le « burro », c’est-à-dire l’ « âne » en espagnol. Bien que peu valorisant, « pingouin »  reste quand même plus acceptable.

Mais depuis qu’il est arrivé au pouvoir en 2013, cet ancien chauffeur de bus, gros nounours à moustache qui aurait sa place dans une échoppe de tacos n’a fait que plomber le relatif succès de son prédécesseur (diminution des inégalités sociales et de la proportion de pauvres, croissance économique correcte) et entend bien diriger son pays d’une main de fer. S’il n’était peut-être pas une lumière, Chavez avait une personnalité peu commune et forçait l’attention. On ne saurait en dire autant de Maduro. Parmi tous ses camarades, c’est lui qui s’exprime le moins bien. Il n’arrive même pas à faire taire ses militants pendant qu’il parle, il ne sait pas quoi faire de ses mains, il n’a pas de charisme. On pourrait aisément lui pardonner dans le fond, à cet homme au ventre bien nourri. Hollande non plus n’a aucun charisme, et pour ma part ça ne me gêne pas tant que ça. Mais le problème de Maduro, c’est qu’en plus de ça, il est bête au sens propre : en 2013, il déclare lors d’un discours que son gouvernement va donner des millions de « libros y libras » (entendez livres et un féminin de « livre » qu’il vient d’inventer) à des enfants. Il dit dans un autre que certains commerçants « sont victimes des capitalistes spéculatifs qui volent comme nous » (« nous », c’est son gouvernement). Ou parle aussi de la « culture du poulet » après avoir évoqué celle du persil et des tomates. Ou encore, affirme que sa population est appelée « à se multiplier comme le Christ a multiplié les pénis ». Il a confondu le pain (el pan) avec l’attribut, le pauvre, mais on va s’arrêter là car on frôle le blasphème, et surtout parce que ça devient vulgaire.

Bête et méchant ?

Etre un président bête, Maduro ne sera ni le premier ni le dernier. Son voisin mexicain, Enrique Peña Nieto, lui fait actuellement bonne concurrence en la matière. Etre comparé à un âne n’est guère reluisant mais n’en fait pas pour autant un tortionnaire. Seulement Maduro –qui ne manque pas de culot – a réussi à stopper le recueil de signatures de 20 % des électeurs en vue d’un référendum sur sa destitution anticipée, a prévenu que les entreprises qui feraient grève –ces traitres à la nation- seraient inquiétées par le gouvernement, et menace de mettre en prison les opposants –fussent-ils des députés légitimement élus- qui souhaitent le poursuivre en justice. A la liste -non exhaustive- des exploits de Maduro, on ajoutera que la semaine dernière, une énième manifestation exigeant son départ s’est soldée par non moins d’une centaine de blessés. Quand on veut noyer le poisson, on qualifie ce type de régime d’ « autoritaire ». En bon français, on appelle ça une dictature.

Le Venezuela allait-il mieux que maintenant avant la révolution chaviste ? A vrai dire je n’en sais trop rien. Je n’ai jamais mis les pieds au Venezuela, ni avant ni après. J’en suis essentiellement réduit à me fier aux médias et à des « on dit ».  La presse a évoqué cette année des milliers de Vénézuéliens traverser la frontière colombienne pour aller chercher les produits de base –papier toilette et médicaments en première ligne- qu’ils n’ont plus et j’ai croisé quelques vénézuéliens expatriés en France ou en Colombie. Certains sévères sur le chavisme, d’autres non. Il ne s’agit donc pas de jeter la pierre à ce régime en soi parce qu’il est socialiste ; mais quand la liberté de presse est quasi inexistante, que des opposants sont systématiquement  mis derrière les barreaux voire torturés, que les neveux d’un président sont arrêtés à Haïti pour trafic de cocaïne, que le même président qui pourfend l’impérialisme américain à longueur de discours est accusé de blanchiment d’argent au Panama avec son épouse, il n’y a aucune sympathie à avoir pour ce régime –ou du moins pour ce qu’il est devenu- qu’on soit sensible  ou non aux thèses tiers-mondistes.

Je ne considère pas les sociétés d’Amérique latines à l’économie ultralibérale –Mexique, Colombie, Guatemala, etc. – comme des réussites, mais il faut sortir du fantasme d’une société meilleure à travers le socialisme du XXIème siècle. Si le Venezuela n’est pas la Syrie, certains utilisent le terme de « crise humanitaire ». Le Venezuela a toujours semblé être un drôle de pays, mais il l’est maintenant plus que jamais. L’opposition, qu’elle soit à la botte ou non des intérêts étrangers, comme le prétend l’âne qui ne veut pas céder son trône, doit s’organiser pour parler d’une seule voix. Et doit être soutenue par tous ceux qui se prétendent humanistes.

« Quartier sensible »: de quoi cette expression est-elle le nom?

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Des jeunes de Nanterre agressent la police, 2010. Sipa. Feature Reference: 00608014_000008.

La tentative d’homicide dont ont été victimes les policiers de Viry-Châtillon, cibles de cocktails Molotov destinés à les brûler vifs a donné lieu à de multiples articles convoquant les termes de « quartier sensible » ou, pour désigner la Grande Borne, de « cité sensible ». « Sensible », un adjectif que nous comprenons tous, sans jamais vraiment nous interroger sur ce qu’il implique.

Un anglicisme gênant

« Sensible », tel qu’on l’emploie dans l’expression « quartier sensible », est un anglicisme ; et un anglicisme trompeur. En effet, le terme revêt la signification qui est, en réalité, celle de l’anglais « sensitive ». Rappel pour ceux qui ne suivaient pas en cours d’anglais : le mot « sensible », dans la langue de Bob Dylan, est un faux ami qui signifie « raisonnable ».

En anglais, plutôt appliqué à des notions abstraites (a sensitive topic / issue), « sensitive » a été étendu à un emploi euphémistique dans des expressions comme « sensitive urban zones », traduction de nos ZUS. Un euphémisme (pour ceux qui ne suivaient pas en cours de français), c’est quand on dit les choses de manière atténuée pour faire passer la pilule (« non-voyant » pour « aveuglec»). ZUS est, en l’occurrence, un euphémisme qui évite de dire : « zones dangereuses » ou quelque chose dans ce genre. Tout comme la curieuse expression « zones de non-droit » évite de parler de « zones sécessionnistes » ou « hors-la-loi ».

Lisez la suite de cet article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

 

Hollande: les petits calculs d’un petit président

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François Hollande. Sipa. Feature Reference: 00778630_000008.

Je ne crois pas un seul instant que la publication des confidences de Hollande soit une erreur — imputée, selon les sources, au président lui-même, qui aurait commis l’imprudence de se confier, ou à l’éditeur, pressé de publier un livre théoriquement programmé pour l’après-présidentielles, sur le modèle du Verbatim d’Attali-Mitterrand. On ne se confie pas par erreur pendant plus de soixante entretiens à deux journalistes dûment convoqués — sans compter que l’ensemble a été forcément relu, par le principal intéressé d’abord, et sans doute par le service juridique de Stock, qui s’est forcément penché sur un livre qui dit beaucoup de mal de beaucoup de gens.
Par ailleurs, quand on connaît un peu les processus éditoriaux, le temps incompressible entre la dernière remise de manuscrit et l’impression / distribution, la nécessaire programmation auprès de l’imprimeur, qui n’a pas que ça à faire, on comprend que la parution à l’automne 2016 était nécessairement programmée, et de longue date.

Ne pas prendre un enfant du bon Dieu…

Enfin, comme le rappelle Eric Conan dans Marianne (et il est bien le seul à avoir tenu ce raisonnement), un homme comme François Hollande, auquel on a si souvent reproché tant de choses, mais jamais d’être malhabile en calculs politiques, ne se laisserait pas aller « par erreur » à distiller des propos de café du Commerce : que ce soit sur les immigrés (« trop nombreux »), sur l’islam (« envahissant »), sur les filles voilées, qui se dévoileront un jour, sur la Grèce, un pays de paresseux qui vivent des rentes européennes, sur les assassinats ciblés de terroristes (toujours populaires), sur les footballeurs, des abrutis sur-payés, sur l’aéroport de Notre-Dame des Landes, bien peu utile, ou sur la Justice (« tous pourris »), le locuteur adopte le point de vue médian du Français moyen. Pas même de l’électeur de gauche moyen, non : du pékin de base qui vote aujourd’hui pour Marine Le Pen, dégoûté qu’il est par tous les politiciens… style Hollande.

Je suggèrerais d’y voir un double calcul.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Non-assistance à police en danger

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manifestations police viry chatillon hollande
Manifestation "contre la haine antiflics". Paris, octobre 2016. Simon Guillemin/ Hans Lucas.
manifestations police viry chatillon hollande
Manifestation "contre la haine antiflics". Paris, octobre 2016. Simon Guillemin/ Hans Lucas.

Il est quand même étrange que le mouvement déclenché dans la police ait pu provoquer cette surprise apeurée. S’il y avait quelque chose de prévisible, c’était bien cette réaction d’exaspération d’un corps soumis à toutes sortes de pressions et qui mesure tous les jours qu’il n’a plus les moyens d’accomplir les missions qu’on exige de lui. Alors, bien évidemment ce mouvement d’humeur, qui n’est pas le prodrome d’un coup d’État fasciste, soyons sérieux, charrie beaucoup de choses.

Tout d’abord il n’est incontestablement pas homogène, même s’il n’y a aucune raison que l’influence du Front National n’y soit pas forte, comme dans le reste du pays où l’on n’est pas loin de voir un Français sur trois envisager de lui apporter sa voix. Il y a ensuite ce rapport très français à la police, où chaque couche sociale aspirant à l’hédonisme sécuritaire et comptant sur la police pour le lui assurer, est prompte, quand elle est confrontée à celle-ci, à faire sien le folklore anti-flics. Et dans la situation d’aujourd’hui, les fonctionnaires de police vivent de plus en plus mal leurs mises en cause systématiques, et la complaisance avec laquelle la bien-pensance médiatique les relaie. Alors, débarrassons-nous des fantasmes de 6 février 34 et des «no pasaran » de pacotille, et essayons de comprendre ce que raconte cet épisode, et pourquoi, aujourd’hui, l’institution chargée du sale boulot, le corps qui est par définition chargé de se taper le sale boulot se met à renâcler.[access capability= »lire_inedits »]

Quelques chiffres difficilement contestables. En 2015, policiers et gendarmes ont eu 1032 blessés par mois dans leurs rangs. Au premier semestre 2016, 6 753 blessés « en mission ou en service» pour la seule police, soit une augmentation de 14% par rapport à la même période en 2015. Bien sûr, toutes les blessures ne sont pas de même gravité, mais il est clair que les conditions de travail et d’intervention se sont considérablement dégradées, et que le sentiment de ne pas avoir les moyens d’accomplir leur mission est général. Et quand on parle des moyens, ce ne sont pas seulement les moyens matériels mais aussi ceux que confère la légitimité et l’autorité. Sur le front de la « petite délinquance » celle qui pourrit la vie des gens et nourrit le sentiment d’insécurité, mais aussi celui de l’intervention dans les « quartiers », les policiers se sentent abandonnés, mais également méprisés. Et de ce point de vue l’actuel pouvoir socialiste est complètement irresponsable. Quand Edwy Plenel dont la proximité avec les huiles de la police est notoire, anime une campagne à base d’affiches : « urgence la police assassine », le ministre de l’intérieur, face à l’insulte reste coi. Lorsqu’un avocat ami intime du Président poursuit d’une vindicte inlassable de jeunes policiers pour leur faire porter une responsabilité qui n’est pas la leur, n’hésitant pas à vilipender violemment la décision de justice qui a reconnu leur innocence, Madame Taubira, garde des sceaux reste muette. Et quand quatre fonctionnaires affectés à une mission de la plus haute importance qui consistait à surveiller une caméra de surveillance surveillant un carrefour(!), sont l’objet d’une tentative d’assassinat qui laisse deux d’entre eux très grièvement blessés et provoque une émotion considérable, il ne vient pas à l’esprit du Président de la République de reporter l’un des rendez-vous journalistiques qu’il affectionne tant pour se rendre à leur chevet à l’hôpital ! Rappelons aussi l’instrumentalisation, par leur commandement, des forces de l’ordre dans la répression des manifestations contre la loi El Khomry, avec l’objectif évident et cynique de déconsidérer le mouvement. Il y a enfin le mur d’incompréhension dressé entre police et justice, dont ni Christiane Taubira, ni Bernard Cazeneuve n’ont vraiment mesuré le caractère délétère.

En conséquent, il ne faut pas se demander pourquoi cette poussée de fièvre a lieu mais pourquoi elle n’a pas eu lieu plus tôt. La réponse tient à la concomitance entre ce mouvement et la constatation par un pays effaré de la réalité de l’exercice du pouvoir par François Hollande. Avec la publication de ses confidences  à Davet et Lhomme, le sentiment d’un affaiblissement de l’État s’est transformé en certitude. L’autorité et maintenant la légitimité du Président de la République mais aussi de tous ses ministres ont définitivement volé en éclats. Et cela, les policiers l’ont brutalement mesuré, assurés du fait qu’il n’était même plus question de rapport de force, puisque le pouvoir n’en avait aucune. L’épisode risible du communiqué du directeur général venant après l’utilisation par Bernard Cazeneuve du terme « sauvageons » pour les criminels de Viry-Châtillon a fini de leur démontrer. Jean-Marc Falcone l’a  en effet joué « jugulaire, jugulaire, silence dans les rangs » et annoncé l’ouverture de procédures disciplinaires. C’était précisément ce qu’il fallait faire pour étendre l’incendie à toute la prairie. Et la vieille ficelle des médias amis qui a consisté à hurler au danger fasciste est tombée complètement à plat. Le FN, qui ne doit d’ailleurs pas être le seul, essaie de tirer son épingle du jeu ? Sans blague. Sauf que Marine Le Pen n’a guère à se fatiguer pour préparer 2017.

La seule chose qui empêche que se noue une crise gravissime, c’est la perspective des élections présidentielles de 2017. En attendant, la France donne au monde l’image d’un étonnant foutoir : le terrorisme à l’affût, une police en rébellion, un état qui n’embraye plus, des ministres tout occupés à la succession, une droite engluée dans le piège de sa primaire, Jean-Luc Mélenchon engagé dans une lutte à mort avec ce qui reste du PCF. Autant dire qu’il n’y a plus dans l’avion de pilote, ni d’hôtesse, ni de steward, ni personne vers qui le peuple français puisse se tourner.

A moins que la situation soit plus périlleuse encore et que François Hollande, tel le pilote de la Germanwings, se soit enfermé dans le cockpit.

Fatale erreur, avant de l’envoyer battre Nicolas Sarkozy les Français ont oublié de vérifier s’il avait son brevet de pilote. Ou emmène-t-il l’avion ? Personne ne le sait vraiment, mais tout le monde espère que l’on parviendra à ouvrir la porte au mois de mai prochain, et que l’appareil ne sera pas trop abîmé.[/access]

Alain Juppé, icône schnock

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Alain Juppé sur la rade de Toulon, octobre 2016. Sipa. 00778776_000007
Alain Juppé sur la rade de Toulon, octobre 2016. Sipa. 00778776_000007

L’un des succès éditoriaux les plus surprenant – et réjouissant – de ces dernières années est celui de la revue Schnock, un « mook » trimestriel fondé en 2011. Conçu par ses fondateurs comme un canular éphémère, Schnock, à leur grande surprise, provoqua un buzz d’une ampleur telle que la revue en est aujourd’hui à son vingtième numéro, contraignant les dilettantes de son équipe éditoriale à se décarcasser pour satisfaire quatre fois par an plus de 10 000 fans de la pop culture française des années 70 et 80 du siècle dernier. De Jean-Pierre Marielle à Catherine Deneuve, en passant par les chers disparus Gainsbourg, Yanne et Desproges, Schnock édifie, pierre par pierre, son monument à une France d’hier, parée aujourd’hui de toutes les vertus conférées à cette époque par la nostalgie de contemporains qui étaient nombreux à la maudire quand ils la vivaient en « direct-live ».

La schnock attitude, clé du succès

Ce n’est, certes, pas nouveau : la République n’a jamais été aussi belle que sous l’Empire et la popularité posthume, voire anthume, de Mitterrand ou Chirac est la preuve que la nature humaine est rusée, faisant passer l’inconstance et la légèreté pour de l’indulgence et de la magnanimité. L’habileté des animateurs de Schnock a été d’éviter le piège du radotage passéiste et ronchonneur, en adoptant à l’égard des icônes qu’elle promeut une attitude distanciée, les incitant gentiment, lorsqu’ils s’épanchent dans son giron, à pratiquer le sain exercice de l’autodérision rétrospective.

Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que la « schnock attitude » peut se révéler une redoutable arme politique. Dès lors qu’elle entre en résonance avec les angoisses du temps présent… La popularité d’Alain Juppé ne peut ainsi s’expliquer que par la présence massive du signifiant « schnock » dans le message qu’il diffuse consciemment et inconsciemment dans une société dont il aspire à devenir le guide suprême. Cela a commencé avec le sobriquet de Nestor dont il est affublé, non pas par référence au vieux sage de la geste homérique, mais au majordome à gilet rayé du château de Moulinsart, en raison d’une (vague) ressemblance physique avec ce brave homme. Cette association avec l’une des figures récurrente de l’univers de Tintin, après l’avoir irrité, n’est plus pour déplaire à Alain Juppé : on lui a fait comprendre qu’il y avait là une puissante machine à fabriquer du consensus, au delà des clivages politiques et générationnels. Prenant acte qu’à son âge (71 ans), il était impossible de changer de comportement ou d’image (rigidité, haute idée de lui-même, incapacité à utiliser les vieilles ficelles de l’empathie surjouée avec l’électeur de base), il enjoint les Français à le prendre tel qu’il est, et demeurera ainsi tant que Dieu lui prêtera vie.

Ses adversaires fulminent comme McEnroe

Succès garanti: l’électeur a l’assurance qu’il n’aura pas de surprise désagréable s’il l’envoie à l’Elysée. Ce n’est pas lui qui risque d’introduire une actrice, journaliste ou chanteuse à la mode dans le Saint des saints du Faubourg Saint-Honoré : ça, ce n’est pas schnock du tout ! Si la conquête du pouvoir titille chez lui les neurones de la fornication, on suppose qu’il assouvira ses passions à l’ancienne : en loucedé, et avec une dose convenable de mauvaise conscience. Vous le retrouverez donc demain à l’Elysée comme il y a vingt ans à Matignon, avec ses qualités et ses défauts. Le passé est, à tout prendre, moins angoissant que l’avenir, et moins déprimant que le présent. On cherchera en vain, dans son programme, une seule idée nouvelle ou briseuse de tabou, un coup de torchon modèle Thatcher, du genre de celles que ses concurrents de la primaire de la droite et du centre s’efforcent, sans grand succès, d’imposer. Alain Juppé a d’ailleurs une martingale, efficace pour se positionner face à leurs propositions : à un ou deux bémols près, ce sont les mêmes que les siennes. Sur la retraite, l’immigration, la réforme scolaire, les 35 heures, l’identité, il répond aux smashes rageurs des Sarkozy, Fillon ou Le Maire par des amortis assassins, laissant ses adversaires les bras ballants sur le court ou fulminant comme une autre icône schnock, l’immortel John McEnroe.

Si l’on considère que l’électorat des primaires, tel qu’il est apparu dans celle de la gauche en 2011, est à 75% âgé de plus de quarante ans, avec une surreprésentation de gens bien diplômés, capables de comprendre et d’assumer l’appartenance à une famille politique, on ne peut s’étonner que ce scrutin soit pain bénit pour le maire de Bordeaux, comme il le fut naguère pour Hollande… Ces gens là préfèrent la droite molle et les Flambys aux spadassins de la politique ! Pour la colère et le chamboule-tout, on a déjà tout ce qu’il faut en magasin avec Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon !

Et à ceux qui lui rappellent son statut de repris de justice, Alain Juppé rétorque qu’«en matière judiciaire, il vaut mieux avoir un passé qu’un avenir». C’est du Audiard pur jus, une réplique que l’on verrait bien dans la bouche d’un Jean Gabin, truand rangé des voitures, renvoyant dans les cordes un jeune malfrat présomptueux. Schnockissime !

Pour le Hezbollah, Beyrouth vaut bien une messe

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Hezbollah haret Hreik
Portrait du leader du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah, Haret Hreik, SIPA, REX40318438_000002
Hezbollah haret Hreik
Portrait du leader du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah, Haret Hreik, SIPA, REX40318438_000002

L’église Saint-Joseph est pleine à craquer en ce dimanche 30 octobre, pour la messe dominicale. C’est la veille de l’élection de Michel Aoun à la présidence de la République libanaise, et les façades de l’église sont recouvertes d’immenses portraits de ce chrétien maronite ancien commandant des forces armées libanaises, né en 1935 dans ce qui était à l’époque un village chrétien au sud de Beyrouth. Pourtant, Saint-Joseph ne se trouve pas en plein « Marounistan », surnom qui fut donné durant la guerre civile libanaise (1975-1989) aux territoires chrétiens situés au nord de Beyrouth, mais au cœur  de la banlieue sud de la capitale, à Haret Hreik, quartier/ville quasi-exclusivement chiite, qui abrite aujourd’hui les quartiers généraux du Hezbollah. Maroun et Armen, deux quinquagénaires libanais qui s’occupaient des portes de l’église, vivent ailleurs, dans les quartiers chrétiens. Comme beaucoup d’autres anciens habitants de Haret Hreik, très attachés à leur ville d’origine, ils s’y réunissent chaque dimanche, mais n’y vivent plus depuis des décennies.

Les transformations qu’a connues Haret Hreik n’ont pas pris plus d’un demi-siècle. Dans les années 1960, désireuses d’accéder à l’éducation et de profiter du dynamisme économique d’alors, de nombreuses familles chiites venues du sud et de l’est du pays s’installent dans la banlieue sud. La ville connaît un essor rapide, qui se traduit par des constructions illégales et une urbanisation anarchique. Au milieu des années 1970, la guerre civile constitue un tournant majeur pour la ville. Dans tout le Liban, des milices communautaires se créent, se disputent le territoire en opérant des « nettoyages ethniques » de fait. Les chrétiens d’Haret Hreik fuient en masse vers les quartiers chrétiens de Beyrouth-Est et la banlieue sud devient le refuge de dizaines de milliers de chiites. Le quartier  connaît une croissance démographique spectaculaire. Il est donc tout naturel que le Hezbollah, fondé par l’Iran en 1982, en prenne le contrôle.

Un ancien quartier chrétien devenu bastion chiite

Un quart de siècle plus tard, en 2006,  le QG du Hezbollah au cœur d’Haret Hreik (la « Dahia » comme on l’appelle en Israël)  est bombardé par l’armée israélienne. Des milliers d’habitants perdent leur maison et le Hezbollah, bien organisé et financé, prend en charge la reconstruction, achevée en 2013. La reconstruction des bâtiments détruits par les conflits successifs est gérée par Jihad Al-Bina, « Le Jihad de la reconstruction », fondation créée par le Hezbollah et également basée dans la banlieue sud. En l’absence d’Etat libanais, ces performances de la milice chiite qui le remplace pour venir en aide aux habitants renforcent son contrôle de ce quartier devenu une véritable ville-Etat gouverné par le « Parti de Dieu ».

Très soutenu pendant les années 2000 et notamment à la suite de la guerre de 2006 contre Israël,  le Hezbollah reste populaire à Haret Hreik malgré son engagement dans le conflit syrien aux côtés du régime dès 2011, plus par peur du terrorisme sunnite de l’EI que par soutien à Bachar El-Assad. En représailles, des attentats-suicides sont commis dans la ville par l’État islamique et le Front Al-Nosra en juillet 2013 et janvier 2014. Ces attentats exposent en pleine lumière le fait que désormais Haret Hreik est un « Etat dans le non-Etat » : le Hezbollah a installé ses propres points de contrôle tout autour de la banlieue sud et ses hommes patrouillaient dans ses rues.  Presque trois ans plus tard, les façades restent recouvertes des portraits des « martyrs » tombés pour sauver le régime syrien, rappelant aux passants que nous ne sommes pas tout à fait au Liban.

Aujourd’hui, il ne reste pas grand-chose de l’ancien quartier chrétien. La majorité des bâtiments sont assez récents, et la forte densité de population se traduit par des constructions assez hautes. L’empreinte du Hezbollah est partout : dans les rues où Michel Aoun enfant jouait avec ses amis chrétiens, l’achat d’alcool est aujourd’hui impossible, et les symboles du parti de Dieu, ses drapeaux et son logo sont omniprésents. Le drapeau noir floqué de l’inscription « Ya Hussein », en référence au petit-fils de Mahomet, honoré par les chiites, orne même le hall de la petite bibliothèque municipale pour enfants. « On ne peut pas parler de Haret Hreik sans parler du Hezbollah. Sans le Hezbollah il n’y a pas de Haret Hreik », explique Mortada, 22 ans. Cet habitant d’Haret Hreik est d’ailleurs l’exemple vivant de ce qu’il affirme. S’il a pu faire des études supérieures, c’est grâce à l’aide d’une association financée par le Hezbollah.

Une base hezbollahie sceptique

Si l’église Saint-Joseph est l’un des derniers vestiges de l’ancien village chrétien, elle n’est pas la seule. Ziad Waked, président du conseil municipal d’Haret Hreik, et plusieurs de ses adjoints sont chrétiens, élus grâce à l’appui du Hezbollah, rappellent eux aussi le passé du quartier. Alors que le parti chiite s’inscrit en apparence hors de la logique des clans et des familles caractéristique de la politique libanaise, il doit souvent composer avec les notables locaux dans les zones qu’il contrôle mais surtout avec le système libanais, équilibre fragile entre communautés et confessions mis à rude épreuve pas les évolutions démographiques du pays, dont Haret Hreik est l’exemple type. Waked au niveau municipal comme Aoun au niveau national témoigne de la capacité du Hezbollah de nouer des alliances et maintenir les apparences. Or, même si les dirigeants du parti de Dieu savent y mettre les formes, « la base » est un peu moins polie. Ainsi, si une part importante des chrétiens se réjouit de l’élection de Michel Aoun à la présidence de la République, les chiites d’Haret Hreik ne semblent pas particulièrement enthousiasmés. De plus en plus nombreux et puissants –  au Liban comme dans la région (l’Iran, l’Iraq et la Syrie) – les règles du jeu libanais hérités des années 1940  sont de moins en moins compréhensible pour les chiites. Pas sûr qu’ils vont les supporter encore longtemps, surtout si le conflit syrien se terminent par ce qu’ils interpréteraient comme une deuxième « victoire divine ».

Abu Bakr Al-Baghdadi, un wahhabite exemplaire

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Al-Baghdadi wahhabisme Etat Islamique
Al-Baghdadi en 2014. SIPA 00687708_000001
Al-Baghdadi wahhabisme Etat Islamique
Al-Baghdadi en 2014. SIPA 00687708_000001

Jamais la grande mosquée d’Al-Nuri, au minaret penché, que les habitants de Mossoul comparaient à la tour de Pise, n’avait connu pareil personnage. Un Irakien de la quarantaine, le teint bistre, les lunettes cerclées et la barbe noire bien taillée, le même qui quelques jours plus tôt avait menacé de détruire le célèbre minaret, priait maintenant devant une assemblée de fidèles.

La vieille cité de Mossoul avait été obligée d’ouvrir ses portes à cet ancien étudiant de l’université islamique de Bagdad qui avait été successivement professeur de Charia, frère musulman, insurgé irakien, membre d’Al-Qaïda et du conseil consultatif des moudjahidines en Irak, émir de l’État islamique d’Irak, ami d’Oussama Ben Laden, et enfin émir de cet État islamique en Irak et au Levant qui prétendait s’étendre jusqu’en Syrie.

Scène étrange

Étrange parcours qui devait, en ce jour de juin 2014, en pleine période de Ramadan, mener ce haut représentant du terrorisme sunnite à revêtir une abaya et un turban noir et à prier et prêcher sous les auspices du drapeau de l’autoproclamé État islamique – un drapeau noir où le sceau du prophète Mahomet côtoie l’inscription « Il n’est pas d’autre Dieu qu’Allah ». Prêche où il fut beaucoup question du Jihad, ce « devoir ordonné par Allah » qui, assura l’homme à son auditoire, « vous fera entrer dans des jardins sous lesquels poussent des roseaux ». Très vite, on annonça les couleurs : les armes devaient être distribuées pour lutter contre les ennemis d’Allah, qu’ils fussent polythéistes, chrétiens, juifs, ou bien tout simplement infidèles. L’apocalypse était paraît-il à venir, et la justice divine allait faire la part belle à ceux qui lutteraient dans les sentiers d’Allah.

L’étrange scène fut filmée, et fit vite le tour du monde. L’homme à l’abaya noire, c’était Abu Bakr Al-Baghdadi, et il venait de s’autoproclamer calife de l’État islamique sous le nom d’Ibrahim. Chose singulière que cette renaissance du califat, et plus singulière encore du fait que ce califat fantasmé par les salafistes djihadistes disciples d’Al-Baghdadi n’était point celui de l’Empire Ottoman, mais celui – jugé plus pur et plus raccord avec les principes originels de l’Islam, des Abbassides : peu importait cependant à ce calife de pacotille que le califat des Abbassides fût pour la civilisation islamique une grande époque de développement des arts et des lettres ; il ne s’agissait point pour le nouveau califat de prétendre renouer avec la haute civilisation Arabe, mais plutôt d’en épouser les plus noirs préceptes, à savoir la conquête et l’assujettissement de tous à la loi islamique.

S’inspirer du fondateur du salafisme

Et pour ce faire, quoi de mieux que de s’inspirer du fondateur du salafisme, Mohammed ben Abdelwahhab ? Ce prédicateur arabe du XVIIIe siècle, fondateur du mouvement qui porte son nom, le wahhabisme – mais que l’on connaît généralement mieux sous l’appellation de salafiste, par référence aux salaf, ces trois premières générations de musulmans qui pratiquèrent, paraît-il, un Islam de toute pureté – s’était distingué en son temps par ses prises de position particulièrement orthodoxes : à ses pairs, prétendument avilis et corrompus, il opposa les préceptes de l’école juridique sunnite la plus rigoriste qui fût, à savoir celle qui fut fondée au IXe siècle par Ahmad ibn Hanbal – l’école hanbalite.

Mais cela n’était guère suffisant : il fallait encore qu’il possédât une doctrine, un manuel de savoir-vivre wahhabite qui pût devenir le livre de chevet de ses sectataires : ce fut là le rôle donné au Kitab al-Tawhid – ou « Traité sur l’Unicité » – dans lequel Mohammed ben Abdelwahhab dénonça les idolâtres, le culte des saints et de leurs tombes alors pratiqué dans la péninsule arabique – le fameux polythéisme aujourd’hui dénoncé par Abu Bakr Al-Baghdadi -, mais aussi les sorciers – catégorie qui regroupait entre autres les voyants, les augures et les astrologues -, auxquels il faut ajouter les blasphémateurs, et les façonneurs d’images – promis à la Géhenne, et bien sûr les juifs et les chrétiens – accusés tantôt d’être des polythéistes, tantôt d’être des sorciers.

Le fondateur du wahhabisme était donc un dogmatique pour le moins sévère. Il ne négligeait pas non plus le droit islamique : comme Al-Baghdadi de nos jours, il suivait très assidûment les préceptes juridiques du jurisconsulte médiéval de la fin du XIIIe siècle Sheikh Taqi ibn Taymiyyah, lequel croyait à la très-haute autorité des salafs, attachait une grande importance au martyr et au djihad, distinguait clairement le domaine de l’Islam – dar-al-Islam – de celui des kouffars ou incroyants – dar-al-kufr -, et permettait que l’on qualifiât d’apostat quiconque n’agréait pas à ses vues sur l’Islam – que ce fussent les chrétiens, les juifs, les chiites, les soufis, ou bien encore les Mongols qui avaient conquis Bagdad en 1258, renversé le califat Abbasside, et qui ne respectaient pas scrupuleusement la Charia ; par surcroît, il préconisait de convertir les non-musulmans ou de leur imposer une jizya – c’est-à-dire un impôt – en cas d’insoumission  ; il s’agissait aussi, évidemment, de voiler entièrement les femmes.

Ainsi imprégné de la plus rigoriste des doctrines hanbalites moyenâgeuses qui fût, le fondateur du wahhabisme devint un homme influent en s’alliant avec Mohammed ben Saoud, le premier de la dynastie des Saoud. Les wahhabites s’emparèrent ensuite de la Mecque et de Médine, et infusèrent leur doctrine dans le Royaume d’Arabie Saoudite créé au début du XXe siècle.

Le plus exemplaire des wahhabites

Revenons à Abu Bakr Al-Baghdadi : de l’eau a coulé sous les ponts depuis ce vendredi noir de Ramadan où il annonça aux fidèles de la grande mosquée de Mossoul le rétablissement du Califat, et si des distances ont été prises avec l’Arabie Saoudite wahhabite – trop conservatrice pour apprécier les velléités révolutionnaires d’Al-Baghdadi – et Al-Qaïda – qui n’a jamais eu la volonté de construire un État -, le wahhabisme reste le ciment commun du royaume saoudien, de maintes organisations terroristes – Al-Qaïda, Boko Haram, les Talibans – et de l’Etat islamique du calife autoproclamé.

Abu Bakr Al-Baghdadi peut même se targuer d’être devenu le plus exemplaire des wahhabites : fort d’un trésor de guerre d’un demi-milliard de dollars – fruit d’une quinzaine de puits de pétrole – et d’un territoire presque aussi grand que celui du Royaume-Uni, le calife wahhabite a pu assujettir tout un peuple à la doctrine aussi dangereuse que néfaste de son père spirituel, Mohammed ben Abdelwahhab : l’éducation de la jeunesse du califat n’a point été négligée : elle apprend désormais tantôt le maniement de la kalachnikov, tantôt les préceptes du salafisme révolutionnaire ; l’art et la musique, diaboliques par essence, ont été proscrits ; et surtout, la Charia a été très strictement mise en place : des décapitations, des crucifixions et des lapidations d’infidèles et d’apostats ont lieu régulièrement sur la place publique : rien qu’au mois d’octobre, un garçonnet de onze ans, voleur du dimanche, a vu sa main coupée, tandis que des «  apostats » ont été décapités ; une brigade des mœurs dirigée par des femmes, la brigade Al-Khansaa, a été mise en place : copie féminine de la police religieuse d’Arabie Saoudite, elle distribue d’improbables châtiments aux femmes qui auraient le malheur de ne pas respecter scrupuleusement la Charia – porter du maquillage, notamment, est un crime qui, à Raqqa comme à Mossoul, peut vous valoir des coups de fouet.

C’est donc un fort bon élève de Mohammed ben Abdelwahhab que cet Abu Bakr Al-Baghdadi ; c’est un Salaf qui ne fait point de compromis ; c’est un wahhabite exemplaire. Plus exemplaire que les Saoud car peu lui chaut de paraître infréquentable aux yeux de l’Occident. La Légion d’honneur et le palais de l’Élysée, c’est l’apanage du royaume wahhabite saoudien. Le wahhabite de Mossoul, lui, préfère couper des têtes en toute quiétude – jusqu’à la chute de son bastion irakien, du moins, car la bataille de Mossoul bat son plein.

Feu sur Bayrou!

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alain juppe sarkozy bayrou
Alain Juppé et François Bayrou. Sipa. Numéro de reportage : 00678341_000023.
alain juppe sarkozy bayrou
Alain Juppé et François Bayrou. Sipa. Numéro de reportage : 00678341_000023.

L’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy devait enterrer Alain Juppé. La bête de campagne devait tout emporter sur son passage, comptant sur un « effet blast ». De fait, au mois de septembre, l’ex-président a occupé l’espace médiatique, et en a fixé l’agenda, comme il sait le faire, à renfort de déclarations distillées pour faire le buzz. Les commentateurs étaient ravis, car une victoire annoncée de Juppé n’était pas bonne pour les ventes de journaux et les audiences des émissions. La remontée de Nicolas Sarkozy entretenait le suspense. Et puis, il y a eu la fameuse semaine noire, la dernière du mois de septembre.Mise en cause judiciaire de deux proches, sortie du livre de Patrick Buisson, reportage télévisé sur l’affaire Bygmalion et, last but not least, sondages du premier tour de la présidentielle où il était talonné par Emmanuel Macron. Depuis, Nicolas Sarkozy semble avoir perdu de sa superbe. Les sondages sont revenus au point de départ, effaçant l’entrée en campagne en fanfare. Lors du premier débat télévisé, les deux favoris se sont neutralisés, laissant à François Fillon et Jean-Frédéric Poisson les félicitations des commentateurs.

En fait, tout semble indiquer que Nicolas Sarkozy a aujourd’hui choisi de ne plus adopter la stratégie de l’occupation maximale de l’espace médiatique. Aujourd’hui, c’est bien la modestie qui est de mise. On ne clive plus et on cherche visiblement à ne plus braquer l’électorat modéré.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.

Morandini et les onze mille vierges outragées

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morandini itele bollore
Jean-Marc Morandini. Sipa. Feature Reference: 00764977_000005 .
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Jean-Marc Morandini. Sipa. Feature Reference: 00764977_000005 .

Je n’ai pas de sympathie particulière pour Jean-Marc Morandini. Pas d’antipathie non plus. Le fait que la profession semble assez largement le tenir pour un gros beauf joue plutôt en sa faveur. Il m’est arrivé de participer à son émission à Europe 1, comme animateur, je l’ai toujours trouvé très pro, et il ne m’a jamais demandé de me dénuder. Si ça se trouve, je ne suis pas son genre. Pour le reste, le journalisme qu’il pratique ne m’intéresse guère : les potins de la télé, les audiences, les supposés dessous des cartes médiatiques, tout cela manque un peu trop de consistance idéologique. Quant à sa web série Les Faucons, je n’ai pas l’impression d’être le cœur de cible.

Lorsque l’affaire a commencé, avec la parution d’une enquête à charge dans Les Inrocks sur les castings présumés torrides organisés par sa boîte de production pour une web série, j’ai prudemment décidé de ne pas avoir d’opinion. D’abord, je l’avoue, pour avoir la paix, parce que je travaille fort agréablement avec Marc-Olivier Fogiel, ennemi notoire de Morandini, et que j’ai envie que ça continue. Ensuite parce que ces histoires crapoteuses de vidéos cochonnes de garçons me mettent plutôt mal à l’aise. D’un côté, je n’éprouve aucun plaisir à voir chuter un « puissant » – en tout cas un homme d’influence –, fût-il coupable, et encore moins à regarder la meute de ceux qui le courtisaient hier se pourlécher à l’odeur du sang. De l’autre, les témoignages sont accablants, comme on l’a répété de toutes parts avec gourmandise. Alors je me suis dit qu’il n’y avait pas de fumée sans feu et que tout ça n’avait pas pu être complètement inventé. Après tout, si Morandini n’est pas un délinquant, il n’est pas non plus un premier prix de délicatesse. Et puis, il paie aussi le fait d’avoir fait de son seul nom une marque fort rentable. Un scandale, et son capital s’évanouit. C’est ce qui vient de lui arriver.[access capability= »lire_inedits »]

J’ignore pour quelle raison Vincent Bolloré a jugé urgent de recruter Morandini. Pour venir en aide à un ami à terre – ce qui serait honorable ? Peut-être a-t-il voulu montrer qu’il était le patron, ce qui n’aura guère été probant si, à l’issue d’une grève toujours en cours au moment où nous bouclons et sous la pression d’annonceurs très à cheval sur la vertu, il doit finalement lâcher son nouveau poulain, ce qui reviendra à donner les clefs de la boutique aux journalistes.

Ce que je sais, en revanche, c’est que Jean-Marc Morandini a droit à la présomption d’innocence. Or le voilà condamné à la mort sociale par un tribunal médiatique sans avoir été jugé. Après les confrères dont pas un n’a tenté de trouver la moindre excuse au nouveau coupable idéal, les amuseurs sont entrés dans la danse et ils tirent avec allégresse sur l’ambulance Morandini.

Décidément, il n’y a pas de spectacle plus déprimant que celui d’un groupe humain refaisant son unité contre l’un des siens, victime expiatoire, comme le dit Girard, de la mauvaise conscience collective. J’ajoute que ce spectacle est encore plus insupportable quand ce groupe humain est une rédaction, collectivité au sein de laquelle on imagine que la défense des libertés, y compris pour les adversaires, prime sur toute autre considération. Tu parles.

Il y a dix-huit mois, la rédaction d’I-Télé obtenait la tête de Zemmour pour des propos qu’il n’avait pas tenus. Aujourd’hui, elle réclame celle de Morandini pour des actes dont on ne sait pas encore s’il les a commis. Bref, si elle est en bagarre contre le taulier ce n’est pas parce qu’il veut licencier, c’est parce qu’il refuse de le faire, cherchez l’erreur. On apprend, en tout cas, que ces journalistes ont atteint un si haut degré de conscience morale qu’ils ne peuvent côtoyer un pécheur présumé sans risquer d’être souillés par lui. Les fautes de Jean-Marc Morandini sont peut-être inexcusables. Mais le pharisaïsme implacable de professeurs de vertu qui ignorent le pardon est encore plus détestable. Il y a des gens avec qui on ne partirait pas à la guerre. Il est glaçant de découvrir que les grandes âmes du journalisme en font partie.[/access]

France Inter aux Français!

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france inter buisson goldnadel mossoul

france inter buisson goldnadel mossoul

 « Radio plus, radio plus, radio plus… » : en terme de conformisme ronflant, la chaîne privée qu’avait imaginée Jean Yanne dans son chef d’œuvre Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil n’a rien à envier au ghetto idéologique qu’est devenue France Inter.  L’autisme d’une radio publique méprisant la moitié de la France et vendant du temps de cerveau disponible à l’idéologie dominante (dont tonton Marx disait qu’elle est celle de la classe dominante) nous a incités à lui consacrer notre dossier central.

Comme il vaut mieux en rire, notre pasionaria Elisabeth Lévy déploie ses talents de conteuse pour moquer le manichéisme ambiant : « La vie y est simple, il y a des gentils et des méchants (…) Les gentils préparent l’avenir. Les méchants rêvent du passé. Les gentils aiment l’Autre, les méchants aiment les frontières – j’ai l’air de blaguer, mais j’ai vraiment entendu sur France Inter une journaliste parler, comme s’il s’agissait d’une catégorie homologuée, de « la France qui n’aime pas l’autre ». Et je crois bien que j’étais dedans. » Aux oubliettes la radio d’Etat d’antan où l’on ne souciait pas de rééduquer l’auditeur mais de l’instruire, ainsi que le regrette le toujours vert Luc Rosenzweig. C’est bien simple, chez Inter, le débat se joue « entre la gauche et l’extrême gauche » dixit l’avocat Gilles-William Goldnadel, dont l’un des clients, viré, réintégré puis placardisé dans les cachots du service public avait eu le seul tort de citer un quotidien trop droitier à l’antenne… Devant tant de haine, fût-elle dissimulée sous les oripeaux des comiques maison, on tire notre chapeau à Ingrid Riocreux, spécialiste ès médias de Causeur, qui a eu le courage de s’infliger « une journée en Inter » pour en retirer la substantifique moelle.

Horresco referens (Patrick Cohen en tremblerait…), Patrick Buisson nous a accordé un entretien-fleuve. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy s’estime trahi par l’ex-Président et développe les principaux thèmes de son brillantissime essai La Cause du peuple, remarquable de style, d’intelligence et d’érudition, quoi qu’on pense de ses thèses. Porte-parole autoproclamé de la France périphérique, Buisson aurait voulu rattacher la geste sarkozyenne au roman national et réhabiliter l’identité mise à mal par l’immigration massive. Caramba, passé le coup de maître de 2007, encore raté ! Cinq ans plus tard, le hollandisme finissant n’a guère plus de lustre, comme l’illustre le mouvement des policiers, analysé dans nos colonnes par Régis de Castelnau. En pleine guerre contre le terrorisme, de nos banlieues à l’Euphrate, la bataille de Mossoul fait rage et pourrait donner un peu d’air aux alliés Hollande et Obama. Luc Rosenzweig souligne d’ailleurs le côté surjoué du Stalingrad irakien, dont l’issue n’éradiquera pas l’Etat islamique mais sera mise au crédit du président américain sortant. Campagne pour campagne, Olivier Prévôt a passé tout un week-end embarqué avec Nicolas Dupont-Aignan dont il nous restitue le souffle romanesque (si, si !). Sur un autre front, l’ancien commandant-adjoint des forces armées de l’OTAN en Europe nous raconte le scénario-catastrophe d’une invasion russe de l’Europe de l’Est.

Jamais avare d’une bonne idée, notre blogueur cinéma Olivier Prévôt s’est entretenu avec le réalisateur iranien Asghar Farhadi dont le dernier film Le Client l’a enthousiasmé. Voyage au pays du songe déconcertant, où l’on s’abreuve de littérature occidentale et contourne la censure des mollahs. Réagissant à l’attribution du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan, chanteur de son état (faut-il désormais le rappeler ?), Alain Finkielkraut se désole de l’assomption du culturel dans la culture. Aurait-on songé à récompenser du Goncourt Barbara, Gainsbourg ou Brassens ? Suivez le guide culinaire Emmanuel Tresmontant aux quatre coins de la France, jusqu’au fin fond du Midi pour déguster une vatrouchka d’anthologie dans un monastère orthodoxe où chacun paie sa pitance comme il l’entend. Morfales, ne rognez pas sur l’aumône ! Jérôme Leroy nous recommande la biographie signée Philippe Garnierdu maître de la Série noire David Goodis, oeuvre qui révèle un homme moins ténébreux que ses livres. Enfin, votre serviteur vous accompagne sur les traces des chevaliers servants italiens du XVIIIe siècle, ces fameux sigisbées qui amenaient en société les aristocrates au vu et au su de leur époux. Quelle noblesse d’âme !

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La cause du peuple

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Venezuela: les déboires du petit Nicolas

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nicolas maduro chavez venezuela
Manifestation anti-Maduro à Caracas, octobre 2016. Sipa. Feature Reference: AP21967855_000018
nicolas maduro chavez venezuela
Manifestation anti-Maduro à Caracas, octobre 2016. Sipa. Feature Reference: AP21967855_000018

« C’est à ça qu’on les reconnaît », disait Bernard Blier des cons dans Les Tontons flingueurs. J’ignore si Nicolás Maduro a vu ce film mais lui il ose. Il ose tellement qu’il vient d’augmenter le salaire minium de son pays. Et pas de 2 ou de 3 % mais tenez-vous bien, de 40 %! Et c’est la quatrième fois depuis le début de l’année qu’il fait ça!  Ça a beau être démago, ça en jette.

De Maduro à Maburro

Dans le fond, j’aimerais bien que Hollande en fasse autant, pas vous ?  Sauf que l’inflation du Venezuela est de 475 % pour cette année, ce qui change pas mal la donne. Nicolás Maduro a fait ce cadeau à son peuple bien aimé juste avant une grève générale. Le craindrait-il tant que ça son peuple ? On dirait bien. Pourtant il dit adorer les pauvres. Tellement qu’il les multiplie d’année en année et qu’il ne semble pas souhaiter s’arrêter là. Mais cet amour est-il vraiment réciproque ? Huit Vénézuéliens sur dix souhaitent le mettre à la porte, et beaucoup le surnomment le « burro », c’est-à-dire l’ « âne » en espagnol. Bien que peu valorisant, « pingouin »  reste quand même plus acceptable.

Mais depuis qu’il est arrivé au pouvoir en 2013, cet ancien chauffeur de bus, gros nounours à moustache qui aurait sa place dans une échoppe de tacos n’a fait que plomber le relatif succès de son prédécesseur (diminution des inégalités sociales et de la proportion de pauvres, croissance économique correcte) et entend bien diriger son pays d’une main de fer. S’il n’était peut-être pas une lumière, Chavez avait une personnalité peu commune et forçait l’attention. On ne saurait en dire autant de Maduro. Parmi tous ses camarades, c’est lui qui s’exprime le moins bien. Il n’arrive même pas à faire taire ses militants pendant qu’il parle, il ne sait pas quoi faire de ses mains, il n’a pas de charisme. On pourrait aisément lui pardonner dans le fond, à cet homme au ventre bien nourri. Hollande non plus n’a aucun charisme, et pour ma part ça ne me gêne pas tant que ça. Mais le problème de Maduro, c’est qu’en plus de ça, il est bête au sens propre : en 2013, il déclare lors d’un discours que son gouvernement va donner des millions de « libros y libras » (entendez livres et un féminin de « livre » qu’il vient d’inventer) à des enfants. Il dit dans un autre que certains commerçants « sont victimes des capitalistes spéculatifs qui volent comme nous » (« nous », c’est son gouvernement). Ou parle aussi de la « culture du poulet » après avoir évoqué celle du persil et des tomates. Ou encore, affirme que sa population est appelée « à se multiplier comme le Christ a multiplié les pénis ». Il a confondu le pain (el pan) avec l’attribut, le pauvre, mais on va s’arrêter là car on frôle le blasphème, et surtout parce que ça devient vulgaire.

Bête et méchant ?

Etre un président bête, Maduro ne sera ni le premier ni le dernier. Son voisin mexicain, Enrique Peña Nieto, lui fait actuellement bonne concurrence en la matière. Etre comparé à un âne n’est guère reluisant mais n’en fait pas pour autant un tortionnaire. Seulement Maduro –qui ne manque pas de culot – a réussi à stopper le recueil de signatures de 20 % des électeurs en vue d’un référendum sur sa destitution anticipée, a prévenu que les entreprises qui feraient grève –ces traitres à la nation- seraient inquiétées par le gouvernement, et menace de mettre en prison les opposants –fussent-ils des députés légitimement élus- qui souhaitent le poursuivre en justice. A la liste -non exhaustive- des exploits de Maduro, on ajoutera que la semaine dernière, une énième manifestation exigeant son départ s’est soldée par non moins d’une centaine de blessés. Quand on veut noyer le poisson, on qualifie ce type de régime d’ « autoritaire ». En bon français, on appelle ça une dictature.

Le Venezuela allait-il mieux que maintenant avant la révolution chaviste ? A vrai dire je n’en sais trop rien. Je n’ai jamais mis les pieds au Venezuela, ni avant ni après. J’en suis essentiellement réduit à me fier aux médias et à des « on dit ».  La presse a évoqué cette année des milliers de Vénézuéliens traverser la frontière colombienne pour aller chercher les produits de base –papier toilette et médicaments en première ligne- qu’ils n’ont plus et j’ai croisé quelques vénézuéliens expatriés en France ou en Colombie. Certains sévères sur le chavisme, d’autres non. Il ne s’agit donc pas de jeter la pierre à ce régime en soi parce qu’il est socialiste ; mais quand la liberté de presse est quasi inexistante, que des opposants sont systématiquement  mis derrière les barreaux voire torturés, que les neveux d’un président sont arrêtés à Haïti pour trafic de cocaïne, que le même président qui pourfend l’impérialisme américain à longueur de discours est accusé de blanchiment d’argent au Panama avec son épouse, il n’y a aucune sympathie à avoir pour ce régime –ou du moins pour ce qu’il est devenu- qu’on soit sensible  ou non aux thèses tiers-mondistes.

Je ne considère pas les sociétés d’Amérique latines à l’économie ultralibérale –Mexique, Colombie, Guatemala, etc. – comme des réussites, mais il faut sortir du fantasme d’une société meilleure à travers le socialisme du XXIème siècle. Si le Venezuela n’est pas la Syrie, certains utilisent le terme de « crise humanitaire ». Le Venezuela a toujours semblé être un drôle de pays, mais il l’est maintenant plus que jamais. L’opposition, qu’elle soit à la botte ou non des intérêts étrangers, comme le prétend l’âne qui ne veut pas céder son trône, doit s’organiser pour parler d’une seule voix. Et doit être soutenue par tous ceux qui se prétendent humanistes.

« Quartier sensible »: de quoi cette expression est-elle le nom?

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police quartier senible banlieue
Des jeunes de Nanterre agressent la police, 2010. Sipa. Feature Reference: 00608014_000008.
police quartier senible banlieue
Des jeunes de Nanterre agressent la police, 2010. Sipa. Feature Reference: 00608014_000008.

La tentative d’homicide dont ont été victimes les policiers de Viry-Châtillon, cibles de cocktails Molotov destinés à les brûler vifs a donné lieu à de multiples articles convoquant les termes de « quartier sensible » ou, pour désigner la Grande Borne, de « cité sensible ». « Sensible », un adjectif que nous comprenons tous, sans jamais vraiment nous interroger sur ce qu’il implique.

Un anglicisme gênant

« Sensible », tel qu’on l’emploie dans l’expression « quartier sensible », est un anglicisme ; et un anglicisme trompeur. En effet, le terme revêt la signification qui est, en réalité, celle de l’anglais « sensitive ». Rappel pour ceux qui ne suivaient pas en cours d’anglais : le mot « sensible », dans la langue de Bob Dylan, est un faux ami qui signifie « raisonnable ».

En anglais, plutôt appliqué à des notions abstraites (a sensitive topic / issue), « sensitive » a été étendu à un emploi euphémistique dans des expressions comme « sensitive urban zones », traduction de nos ZUS. Un euphémisme (pour ceux qui ne suivaient pas en cours de français), c’est quand on dit les choses de manière atténuée pour faire passer la pilule (« non-voyant » pour « aveuglec»). ZUS est, en l’occurrence, un euphémisme qui évite de dire : « zones dangereuses » ou quelque chose dans ce genre. Tout comme la curieuse expression « zones de non-droit » évite de parler de « zones sécessionnistes » ou « hors-la-loi ».

Lisez la suite de cet article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

 

Hollande: les petits calculs d’un petit président

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François Hollande. Sipa. Feature Reference: 00778630_000008.
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François Hollande. Sipa. Feature Reference: 00778630_000008.

Je ne crois pas un seul instant que la publication des confidences de Hollande soit une erreur — imputée, selon les sources, au président lui-même, qui aurait commis l’imprudence de se confier, ou à l’éditeur, pressé de publier un livre théoriquement programmé pour l’après-présidentielles, sur le modèle du Verbatim d’Attali-Mitterrand. On ne se confie pas par erreur pendant plus de soixante entretiens à deux journalistes dûment convoqués — sans compter que l’ensemble a été forcément relu, par le principal intéressé d’abord, et sans doute par le service juridique de Stock, qui s’est forcément penché sur un livre qui dit beaucoup de mal de beaucoup de gens.
Par ailleurs, quand on connaît un peu les processus éditoriaux, le temps incompressible entre la dernière remise de manuscrit et l’impression / distribution, la nécessaire programmation auprès de l’imprimeur, qui n’a pas que ça à faire, on comprend que la parution à l’automne 2016 était nécessairement programmée, et de longue date.

Ne pas prendre un enfant du bon Dieu…

Enfin, comme le rappelle Eric Conan dans Marianne (et il est bien le seul à avoir tenu ce raisonnement), un homme comme François Hollande, auquel on a si souvent reproché tant de choses, mais jamais d’être malhabile en calculs politiques, ne se laisserait pas aller « par erreur » à distiller des propos de café du Commerce : que ce soit sur les immigrés (« trop nombreux »), sur l’islam (« envahissant »), sur les filles voilées, qui se dévoileront un jour, sur la Grèce, un pays de paresseux qui vivent des rentes européennes, sur les assassinats ciblés de terroristes (toujours populaires), sur les footballeurs, des abrutis sur-payés, sur l’aéroport de Notre-Dame des Landes, bien peu utile, ou sur la Justice (« tous pourris »), le locuteur adopte le point de vue médian du Français moyen. Pas même de l’électeur de gauche moyen, non : du pékin de base qui vote aujourd’hui pour Marine Le Pen, dégoûté qu’il est par tous les politiciens… style Hollande.

Je suggèrerais d’y voir un double calcul.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.