Avec AFP- Contre l’avis d’une écrasante majorité des sondages, qui donnaient Hillary Clinton gagnante depuis des semaines voire des mois, le candidat républicain Donald Trump avait remporté vers 05H00 GMT 245 grands électeurs sur les 270 nécessaires pour gagner la présidentielle aux Etats-Unis, contre 209 à sa rivale démocrate Hillary Clinton. Il s’achemine donc a priori vers la Maison Blanche, sauf rebondissement de dernière minute, comme les élections américianes en ont parfois le secret (souvenons-nous du précédent de l’an 2000, qui vit George W. Bush élu grâce à l’avis d’une majorité de juges de la Cour suprême, alors que son rival démocrate Al Gore avait été précédemment annoncé gagnant par certains médias…).
Le candidat républicain a délivré un coup sévère à Mme Clinton en gagnant la Floride et la Caroline du Nord, des Etats très disputés qui lui apportent 44 grands électeurs.
Les résultats restent encore incertains dans le Michigan et le Wisconsin, deux Etats-clés que les pronostics d’avant scrutin donnaient à Mme Clinton, mais où l’issue du vote semble désormais très incertaine.
Preuve que la confiance est au plus haut dans le camp Trump, le magnat de l’immobilier a tweeté un photo de lui avec son colistier Mike Pence, son équipe et sa famille regardant les résultats depuis l’imposante Trump Tower à Manhattan.
« Je pense que nous allons gagner ! », a lancé Brendon Pena, 22 ans, supporteur de Trump, présent dans l’hôtel new-yorkais où l’équipe de campagne du milliardaire avait prévu « une fête de victoire ». « J’y ai toujours cru. Je pense que Donald Trump est un type très intelligent » a-t-il ajouté.
« C’est incroyable ! Je pense qu’il va aller jusqu’au bout », a souligné de son côté Glenn Ruti, 54 ans. « Le pays veut du changement ».
Le baromètre établi en direct par le New York Times, donnait plus de 90% de chances à Donald Trump de conquérir la Maison Blanche.
A l’inverse, les mines s’allongeaient à l’intérieur de la soirée électorale d’Hillary Clinton, 69 ans, qui espère devenir la première femme présidente des Etats-Unis. La voix des journalistes de CNN et de CBS, projetées sur des écrans géants, résonnaient dans un étrange silence. « Cela ne va pas fort », lâchait Joan Divenuti, retraitée des chemins de fer venue du Massachusetts. « La Floride a toujours été un problème », ajoutait-elle en secouant la tête.
« C’est tout simplement incroyable », se désolait Anabel Evora, 51 ans. « Je prie et je ne suis pas croyante…Nous avons besoin d’un miracle ». « Je suis triste, je sens que je vais pleurer ».
Plus de 200 millions d’Américains étaient appelés aux urnes mardi pour choisir le successeur de Barack Obama, qui quittera la Maison Blanche le 20 janvier après huit années au pouvoir marqué par une grande déception populaire, malgré la reprise de l’emploi aux Etats-Unis.
Beaucoup de médias français qui ont analysé le phénomène Trump avec des gousses d’ail et de l’ail, n’approchant ses électeurs white trash qu’avec une longue cuiller, devraient manger leur chapeau…
Déploiement des forces irakiennes à Qayyarah, sur le front Sud de la bataille de Mossoul, 22 octobre 2016
Nous n’en sommes, au moment où nous écrivons ces lignes, qu’à la bande-annonce, mais la bataille de Mossoul, à l’issue de laquelle les forces du Bien devraient écraser celles du Mal, retranchées dans la deuxième ville d’Irak depuis plus de deux ans, promet un spectacle exceptionnel, qui hissera son principal interprète, le président des Etats-Unis, Barack Obama, au rang de star planétaire juste avant qu’il quitte la Maison blanche. Tel est, en tout cas, l’objectif d’une opération de communication d’ampleur inégalée orchestrée par Washington à la veille de l’assaut final sur Mossoul.
Le premier président noir de la plus grande puissance planétaire pourra alors quitter les avant-postes de la scène politique mondiale sous les acclamations, après avoir défait les barbares de Daesh dans le lieu même où il avait subi, durant l’été 2014, la pire humiliation. Ses alliés du gouvernement de Bagdad, dont les troupes étaient formées, conseillées et encadrées par des militaires US avaient détalé comme des lapins, abandonnant à quelques milliers de djihadistes de Daesh une ville de deux millions d’habitants et sa région, la province de Ninive. Ces derniers s’emparaient alors de l’armement lourd (chars, canons, munitions de toute nature), du trésor estimé à 200 millions de dollars entreposés dans la succursale de Mossoul de la banque nationale d’Irak. Dans les mois et les années qui suivent, Daesh ponctionne à son profit l’essentiel des richesses des territoires conquis, qui alimentent des trafics de toute nature : le pétrole, abondant dans la région, qui transite par camions citernes vers la Turquie alors complice, le coton, les antiquités et même les salaires des fonctionnaires toujours versés par le gouvernement de Bagdad. Les membres des minorités non sunnites (chrétiens, yézidis) sont sommées soit de se convertir, soit de payer un lourd tribut, et sont massacrés ou réduits en esclavage s’ils résistent.
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Ces ressources permettent l’expansion de Daesh vers la Syrie, et l’existence d’un proto-Etat avec une base territoriale, préfiguration d’un Califat mondial, objectif ultime du Djihad, modèle sunnite.
Cela signifie-t-il que la chute de Mossoul serait aujourd’hui le Waterloo de Daesh et de son chef Abu Bakr Al Baghdadi, provoquant inéluctablement la déroute générale de l’organisation terroriste la plus effrayante et efficace de l’histoire contemporaine ? La plupart des experts militaires et géopolitiques sérieux en doutent fortement, quelle que soit leur sensibilité politique. Mossoul, vache à lait de Daesh, c’est quasiment terminé depuis que les Turcs de Recep Tayyip Erdogan, pour des raisons de politique intérieure, ont cessé de fermer les yeux sur les trafics du Califat, et donné la priorité à la lutte contre les Kurdes de Syrie, alliés étroits du PKK, les séparatistes kurdes de Turquie. Excentrée par rapport au cœur de l’Etat islamique, située dans la région de Rakka, dans l’est de la Syrie, Mossoul exige, pour être défendue, la préservation de longues routes d’approvisionnement, mobilisant de nombreux combattants. Au nord, à l’est, et au sud, l’expansion du territoire des djihadistes est bloquée par ses ennemis mortels, les Kurdes de la région autonome d’Erbil, les chiites au pouvoir à Bagdad, qui ont « nettoyé » les bastions sunnites de Daesh de Falloujah et de Samara proches de la capitale, et maintenant les Turcs qui se soucient du devenir de l’importante communauté turkmène (Turcs ethniques de nationalité irakienne), dont le nombre est estimé à 450 000 dans la province de Ninive.
La bataille de Mossoul n’est donc pas considérée, d’un point de vue djihadiste, comme la « mère de toutes les batailles », selon l’expression de Saddam Hussein en janvier 1991, lors de la première guerre du Golfe, mais comme un épisode, désagréable certes, mais loin d’être décisif dans sa lutte contre « les Juifs et les Croisés ». Les « martyrs » de Mossoul engendreront alors encore plus de haine des susdits, donc plus de vocations à rejoindre leur combat. On fera en sorte, en prenant les civils comme boucliers humains, qu’ils soient le plus nombreux possibles.
Pour Barack Obama, en revanche, cette victoire annoncée doit être l’apothéose de son double mandat : après avoir éliminé physiquement le diable d’hier, Oussama Ben Laden, il aurait porté le coup fatal aux démons d’aujourd’hui. Il lui faut donc faire passer des vessies pour des lanternes, et une péripétie dans un conflit qui est loin d’être fini pour une page glorieuse de l’histoire des Etats-Unis.
Alors, on ne lésine pas sur les moyens, et le storytelling bat son plein, orchestré par Ben Rhodes, le « conseiller en communication stratégique de la Maison Blanche, qualifié par le New York Times de gourou de Barak Obama pour la politique étrangère. Il porte le titre ronflant de « conseiller du président pour la communication stratégique », avec comme seule qualification sa fréquentation durant quelque temps de cours de » creative writing » à l’Université de New York (NYU). N’ayant pas reçu le succès escompté dans le monde des lettres, il atterrit dans un bureau sans fenêtres du sous-sol de la Maison blanche où il écrit le roman de la présidence Obama. Il veut faire du chapitre » bataille de Mossoul » le point d’orgue de sa narration, à la manière d’un Horace Vernet, ce peintre pompier qui illustra pour les générations futures la prise de la smala d’Abd el Kader par le duc d’Aumale le 16 mai 1843. Les correspondants de guerre de la planète entière sont invités dans les campements des « bons »: les forces spéciales du régime de Bagdad, l’état major des peshmergas kurdes, sanglés dans leurs uniformes impeccables. Le casting des interlocuteurs de ces hommes et femmes au gilet à poches et au chèche roulé autour du cou est minutieusement choisi, du général au deuxième classe. De brave gars prêts à se sacrifier pour libérer leur pays et le reste du monde de la peste djihadiste. Un tour de zapping sur les chaines mondiales d’information nous les rend bientôt familiers, on finit par les appeler par leur prénom, vu qu’ils passent en boucle dans tous les JT en toutes les langues. Le décor est choisi pour faire de belles images: de l’angoissante plaine de Ninive, sèche et désolée jusqu’au tunnel prétendument conquis par les bons, où les mauvais se terraient comme des rats pour éviter le feu du ciel, on donne au téléspectateur ébaubi un lot d’émotions qui rappellent aux plus ancien celles éprouvées il y a bien longtemps, lors de la sortie en salle de Lawrence d’Arabie. En catégorie » littérature » cela donne des morceaux de bravoure, comme celui rédigé par l’envoyée spéciale du » Monde » dans cette antichambre de l’enfer, dont on ne résiste pas à citer un extrait, le reste étant à l’avenant: « Assis sur un bout d’escalier, le regard dans le vague, le sergent Haider Fakhri, grand gaillard de 36 ans et moustache taillée, comme tous ses camarades, a le blues. Il montre les photos de ses trois enfants. « On ne s’appelle pas beaucoup, juste trois-quatre fois par jour. C’est difficile d’être loin d’eux, de les savoir angoissés pour moi », dit-il. Certaines familles n’arrivent pas à s’y faire. Le jeune Abbas, 24 ans, doit composer avec les pressions quotidiennes de sa femme et de ses parents : ils voudraient qu’il quitte l’unité. Mais rares sont les membres de cette division d’élite qui renoncent. Ils disent être prêts à mourir pour la patrie et, fatalistes, ils s’en remettent à Dieu. Au fond, c’est dans le cocon de l’unité qu’ils se sentent le mieux. Il leur manque même lorsqu’ils rentrent chez eux en permission ou entre deux batailles. ». La guerre «embedded » avec le gentil sous-off au cœur partagé entre sa famille et ses camarades de section, c’est beau comme l’antique ! Il faut pourtant un œil exercé pour apercevoir, sur les images aimablement fournies par les services de Ben Rhodes, les drapeaux à l’effigie de l’imam Hussein, le premier des martyrs chiites, hissés sur les chars de l’armée, ce qui indique l’orientation religieuse de la majorité des forces spéciales engagées sur le front de Mossoul. Avec comme état d’esprit celui des hommes de Simon de Montfort engagés dans croisade contre les Albigeois « Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens ! ». Lorsque ce moment sera venu, dans quelques semaines, dans quelques mois, les sunlights du Barack Obama ultimate show auront été éteints, et les valeureux journalistes renvoyés dans leurs foyers.
Badges à l'effigie de Barack Obama, novembre 2008. SIPA. 00570084_000005
Des pleurs et des souffles coupés. Il est 5 heures, Paris s’éveille quand, de l’autre côté de l’Atlantique, la foule exulte. Nous sommes le 4 novembre 2008, Barack Obama vient d’être élu président des Etats-Unis. Premier président noir de la bannière étoilée, comme se plaisent à le répéter, depuis des semaines, les médias du monde entier. « Le rêve », « le plus beau jour de ma vie », « je suis en extase », « c’est l’avènement d’une nouvelle ère ». Dans la froide nuit de Chicago, ses électeurs ne manquent pas d’ardeur. « Tout est possible maintenant », bafouille même, au matin, un latino-américain. Sur son plateau de Washington, David Pujadas ne peut réprimer un rictus, une mine enjouée, sur-satisfaite. Son compère Alain de Chalvron parle lui, ému, d’une « belle histoire », d’une « page qui se tourne, pas seulement pour l’Amérique mais pour le monde ». C’est clair : Obama est le messie. Dans l’essaim, un homme résume ce que tout le monde pense : « C’est énorme, on va changer de politique étrangère, ça va être formidable, le monde va nous aimer à nouveau, il y aura moins de terrorisme. » Alors qu’en France, Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, surenchérit : « une certaine idée de l’homme universel l’a emporté. »
Huit ans plus tard, c’est la gueule de bois. Donald Trump/Hillary Clinton, la société américaine (et le monde ?) s’est radicalisée. Au pays du rêve et du salaire mérité, 4 Américains sur 5 considèrent que les inégalités salariales sont trop fortes. Pire, 90 millions de gens sont pauvres ou « au bord de la pauvreté ». C’est plus que la population de l’Allemagne (82 millions)… Quant aux 186 personnes les plus riches du pays, elles possèdent autant d’argent que l’ensemble de ses latino-américains. En moins de huit ans, l’homme de l’anti-ségrégation a vu resurgir le mémo racial, l’ « Obamacare » n’est que l’embryon d’un fœtus d’assurance-maladie et son désengagement de l’Irak a mis Mossoul dans la Daech.
L’argent ne ment pas. Le 5 novembre, au lendemain de son élection, la Bourse de New-York a vu juste : à l’ouverture, elle perd 1,2%. Dans les rues de Paris pourtant, une passante nous montre toutes ses dents: « Jusqu’à présent il n’y a eu que des présidents blancs et on voit où on en est arrivé. Laissons-lui sa chance, nous verrons bien ».
Les couleurs de Daech à Fallujah en Irak, juin 2016. SIPA. 00761837_000047
Lu dans le Figaro, « le débat sur l’interprétation des causes du djihadisme en France fait rage entre ceux qui y voient une révolte générationnelle et nihiliste et les tenants de la thèse culturaliste, qui font de l’islam la racine du mal. » C’est dans ces termes que le débat se livre entre spécialistes de l’Islam, de Gilles Kepel à Olivier Roy. Entre radicalisation de l’islam ordinaire et islamisation de la radicalité juvénile.
Voilà un exemple typique d’une fausse alternative qui enferme le débat dans une opposition binaire. Quel est le premier, de l’œuf et de la poule ?
En cette occurrence, comme en d’autres, il ne sert à rien de se demander si c’est l’offre qui crée la demande, ou bien si c’est l’inverse, puisque les deux sont islamistes.
Parmi les conditions qui rendent possible le recrutement du djihadisme en France parmi certains jeunes, il y a évidemment la tentation plus ou moins présente dans toute jeune génération, de se rebeller avant d’avoir trouvé une cause qui vaille qu’on s’engage à mort pour elle. À preuve Rebelle sans cause, le titre original du film de Nicholas Ray La fureur de vivre. À preuveNuit debout.
Mais cette disponibilité générationnelle procède à chaque fois de causes spécifiques qui sont propres à chaque génération.
Si l’on tient à chercher quelle est la cause première sur le plan chronologique de l’engagement de jeunes de France dans le djihadisme, on peut considérer que la principale cause première est la non-intégration de jeunes dont l’Islam est l’identité, leur refus islamique de s’adapter à la société moderne et à ses valeurs. Leur islamisme identitaire semble être la cause première de leur inadaptation psychologique et sociale et de leur mal-être dans notre société. Et le djihadisme l’issue adaptée à leur mal-être…
C’est pourquoi l’islamisme est, à mon sens, la cause identique de « la révolte générationnelle et nihiliste » et de l’issue djihadiste offerte à cette révolte.
Michel Aoun. Sipa. Numéro de reportage : AP21969724_000053.
Daoud Boughezala. L’Arabie Saoudite a-t-elle vraiment lâché du lest au Liban ou compte-t-elle sur le retour de Saad Hariri à la tête du gouvernement pour faire valoir ses intérêts ?
Olivier Hanne.[1. Olivier Hanne est agrégé et docteur en Histoire, islamologue et chercheur associé à l’université d’Aix-Marseille.] Le général Aoun était le candidat du Hezbollah, et indirectement du régime syrien et de Téhéran. Mais comme il est fin politique, il a nommé Premier ministre Saad Hariri, le chef de file des sunnites pro-saoudiens. Il n’empêche que l’Arabie Saoudite a complètement perdu la main sur l’élection présidentielle. Or Ryad ne peut laisser le Liban lui échapper financièrement et géopolitiquement. D’autant que l’Arabie Saoudite a perdu sur tous les terrains : en Syrie, au Yémen, face à Daech, etc. Au Liban, signe que l’Arabie saoudite a perdu pied, le contrat Donas a été suspendu il y a un an. C’était un contrat à trois de deux milliards d’achat d’armes françaises que les Saoudiens avaient signé avec le Liban. Lorsque l’Arabie saoudite a vu que l’élection présidentielle libanaise pouvait lui échapper, elle a préféré se retirer et annuler le contrat Donas. Cela envoie des signaux de faiblesse à toute la région, d’autant plus que, sur le plan intérieur, dans le royaume, le wahhabisme ne paraît plus qu’une façade depuis une dizaine d’années.
C’est-à-dire ?
Le système saoudien n’est plus qu’une dynastie sans rien derrière. Or, sans le wahhabisme, qui en constituait l’ADN, le régime saoudien est sinon condamné, du moins très menacé. Toute une série de mouvements populaires pro-Daech s’est déclenchée en Arabie Saoudite, y compris chez des officiers de l’armée de l’air ! L’Arabie Saoudite est confrontée à un problème d’identité car elle n’est de toute évidence plus capable d’incarner l’orthodoxie rigoriste sunnite. A l’avenir, l’Arabie va-t-elle utiliser une capacité de nuisance plutôt qu’une capacité pacificatrice au Liban ? Tout dépendra du contexte général.
Un des éléments du contexte régional est l’afflux de réfugiés syriens, notamment au Liban où ils dépassent le million. Représentent-ils aussi un danger djihadiste pour le Liban, voire l’Europe ?
Une grande partie des réfugiés syriens au Liban entretient des liens familiaux, religieux et militaires avec les rebelles syriens sunnites en Syrie que l’Arabie Saoudite pourrait très bien utiliser pour déstabiliser le Liban ou contraindre le général président Aoun à remettre en cause son alliance avec le Hezbollah.
Ceci dit, ces réfugiés ne représentent pas un réel danger pour l’Europe. Il y a peu de chances pour qu’ils aient des velléités d’action en France car leur objectif premier est de faire tomber le régime Assad. Même s’il y a forcément quelques daechistes parmi ces réfugiés, l’écrasante majorité soutient l’Armée syrienne libre ou Fatah Al-Cham, qui a formellement rompu ses liens avec Al-Qaïda. D’autant plus que ce sont essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards, les jeunes hommes étant restés combattre en Syrie contre Assad.
Un front syrien dans lequel est activement impliqué le Hezbollah, aux côtés du régime Assad. Son allié Michel Aoun a été élu président grâce à un compromis entre les différentes forces politoc-confessionnelles. Sera-t-il vraiment un président fort ?
Il y a une différence entre le Michel Aoun de 1986-1988 qui déclarait la guerre à la Syrie et le Michel Aoun d’aujourd’hui. Depuis son retour d’exil en 2005, Aoun a été marqué par dix ans de vie politique au Liban, de rouerie et de compromissions politiques. D’autant plus qu’au Liban, il est devenu difficile depuis le Pacte national de 1943 et les présidences des années 1950 d’incarner un président fort. Aoun aura énormément de mal à dominer la situation, l’exécutif sera dans les mains de Saad Hariri, ce qui peut calmer l’Arabie Saoudite. Mais le régime syrien étant très certainement le futur vainqueur en Syrie, le Hezbollah va devenir la force politique et sociale dominante au Liban malgré les énormes pertes qu’il a subies en Syrie. Pour le président Aoun, tout va se jouer en fonction de l’évolution du rapport avec Israël. Si le statu quo se maintient sans réaction d’Israël face au retour de puissance du Hezbollah, Aoun pourra jouer un rôle d’arbitre sans avoir de réel pouvoir. En revanche, si Israël intervient au Sud-Liban le pays explose à nouveau, les factions se recréeront, la haine contre Aoun grandira.
Quels sont les scénarios qui s’offrent à la France dans son action au Proche-Orient ? Soutenir le clan Hezbollah-Aoun, et donc les chiites, ou Saad Hariri et l’Arabie Saoudite ?
Dans l’intérêt du Liban, nous devrions soutenir Aoun quitte à accepter indirectement le Hezbollah qui est devenu une force sociale, une force de redistribution et de solidarité interconfessionnelle qui fait aussi profiter de sa manne des villages chrétiens. Mais dans l’intérêt propre de la France, nous pouvons cyniquement jouer la carte saoudienne. L’Arabie Saoudite se trouve aujourd’hui dans une telle situation d’isolement qu’elle est prête à tout pour avoir des alliés extérieurs. Nous devrions pouvoir monnayer notre soutien à Ryad. Cela peut nous être avantageux, et pas seulement aux niveaux financier et économique. On pourrait négocier avec l’Arabie Saoudite un partage de renseignements sur nos wahhabites en France : en échange de la protection du royaume contre les dangers extérieurs, on obtiendrait des informations sur l’identité et les projets des salafistes français. Encore faudrait-il que nos gouvernants concluent un deal extrêmement ferme avec l’Arabie saoudite. Nos politiques sont-ils capables d’une telle fermeté ? C’est une autre histoire.
Propos recueillis par Daoud Boughezala, Élisabeth Lévy et Gil Mihaely
Le sarkozysme n’est pas uniquement une psychologie, mais aussi une politique. Dans votre livre, vous critiquez son échec sur l’immigration. À quoi l’attribuez-vous ?
À cette erreur fondatrice qui consiste à reproduire le schéma dominant qui veut que le critère de redistribution de l’argent public ne soit pas la condition mais l’origine : pas le revenu ou l’absence de revenu, mais l’appartenance ethnique. Ce qui revient en somme à remplacer, comme l’a fait la gauche, la question sociale par la question ethno–raciale. Dès 2008, j’ai proposé à Sarkozy de redéployer la politique de la ville en substituant au critère du « quartier » le critère unique de la concentration de la pauvreté calculée à partir du revenu par habitant, de manière à élargir la géographie prioritaire des aides aux zones périurbaines et aux petites villes non éligibles jusque-là à la corne d’abondance de la manne étatique. Cette politique ne relevait en rien de la préférence nationale. Elle initiait en revanche une rupture avec la politique de la préférence immigrée telle que la gauche et la droite l’avaient développée depuis plus de vingt ans. Elle réincorporait la France des gueux et des invisibles, la France des « natifs au carré », comme dit Michèle Tribalat, dans le périmètre des bénéficiaires de l’aide publique. Au mépris de toute justice, Sarkozy a préféré reconduire la politique de la ville sous l’impulsion de Fadela Amara et de… Carla Bruni ; les deux s’entendant sur ce point à merveille.
Mais arrêtez de faire porter le chapeau à Carla, c’est vous qui étiez au pouvoir !
Il ne vous a pas échappé, comme vous me le faisiez remarquer au début de notre entretien, que mon influence a très vite rencontré des limites. Adepte du multiculturalisme, l’épouse du président a relayé au sommet de l’État les exigences du lobby « immigrationniste ». Sarkozy est passé à côté d’une grande réforme qui consistait à rompre avec une injustice profonde qui, au regard de la France populaire, frappe d’illégitimité toutes les politiques publiques de redistribution. Aujourd’hui, on le sait, la critique de l’État providence est portée par les nouvelles classes pauvres, qui ont acquis la certitude d’être moins bien traitées en matière d’aides et d’investissements publics que les banlieues sensibles où se concentrent les immigrés. Dans un contexte de réduction de la dépense publique et d’accélération du processus de mobilité sociale descendante, une société qui se refuse à identifier les intérêts contradictoires ne se donne pas les moyens de procéder à des arbitrages transparents et équitables susceptibles d’être débattus devant tous les Français. Il y avait là une occasion historique pour la droite de s’emparer du totem de la justice sociale, longtemps confisqué par la gauche à son profit. Elle ne l’a pas voulu hier. Pas plus qu’elle ne le veut aujourd’hui si j’en juge par le mutisme de presque tous les candidats à la primaire de la droite sur la question de la redistribution, dont la centralité ne fait aucun doute dans l’électorat populaire et constitue l’humus du vote frontiste.
Pourquoi avez-vous échoué sur l’islam ?[access capability= »lire_inedits »]
Parce que, de Chirac à Sarkozy en passant par Pasqua, la droite a toujours eu une vision et une pratique néocoloniales dans lesquelles la religion n’est appréhendée que comme outil de contrôle social. Elles se situent dans l’exact prolongement de la politique des « bureaux arabes » mise en place par Bugeaud en Algérie : il s’agit de faire émerger une « élite » valorisée et phagocytée par les pouvoirs publics, à coups non plus de bakchich mais de subvention. Ce qui revient strictement au même. L’islam modéré dont rêve la droite n’est en fait qu’un islam corrompu qui vivrait plus de l’islam que pour l’islam. Je rapporte dans mon livre la conversation entre Sarkozy et Dalil Boubakeur, le recteur de la Mosquée de Paris, au moment de la création du Conseil français du culte musulman : « Combien, Dalil ? Combien ? » La droite n’est en aucune manière capable de relever le défi de l’islamisme qui nécessite autant de forces physiques que métaphysiques. Elle s’obstine à vouloir répondre en termes de sécurité, de moyens et d’effectifs à une question qui se pose en termes de civilisation. Quant à la gauche, elle est d’autant moins portée à comprendre, selon la formule de Régis Debray, la fin de la politique comme religion et le retour de la religion comme politique qu’elle a toujours considéré la religion comme une étape dans l’histoire de la conscience humaine et non comme un élément structurant de celle-ci. En outre, toutes les évolutions sociétales impulsées ces dernières années par le camp progressiste ont eu pour effet de favoriser la séparation et la radicalisation de l’islam en France.
De quoi parlez-vous ? De son discours expiatoire ?
Pas du tout. Ce qui me paraît explosif chez beaucoup de musulmans – pas chez tous bien entendu –, c’est la combinaison d’un double sentiment contradictoire : celui de la supériorité de leur civilisation et de l’infériorité de leur puissance. Le mépris que leur inspire la société française, qu’ils jugent à la fois « apostate » et décadente, est pour beaucoup dans leur refus d’intégrer la communauté nationale. Ils se sentent agressés dans leur être de croyant comme dans leur identité la plus profonde par nos lois et par nos mœurs. De la banalisation de l’avortement au mariage gay en passant par la théorie du genre, l’obscénité télévisuelle, l’exaltation du féminisme et la dépréciation de l’autorité masculine. Si bien que nous n’avons plus à partager avec eux ni chose publique – la fameuse res publica – ni chose commune. « On n’habite pas une séparation », résume fort pertinemment Pierre Manent, qui souligne que le « vivre ensemble » n’est plus qu’un règlement de copropriété a minima.
C’est un peu lapidaire comme conclusion, non ?
Ce qui est lapidaire, c’est de reconnaître à l’islam, comme le fait une certaine gauche, un droit à la différence culturelle et de lui en dénier pratiquement l’exercice au nom de la laïcité ou bien dès lors que cette différence heurte sa conception de la liberté individuelle. On veut bien aimer l’Autre, en somme, mais à condition qu’il renonce à son altérité. Il y a plus grave encore : ce logiciel mental qui lui fait considérer les terroristes islamistes comme étant exclusivement des « fous », des « barbares », « des monstres hors humanité » et en aucun cas comme des terroristes déterminés à nous combattre et sachant pourquoi ils nous combattent. En se refusant d’identifier la menace, on se prive de toute possibilité d’y répondre. L’ennemi est la figure de notre questionnement sur nous-mêmes, notre propre remise en cause personnifiée, En cela, il est indispensable pour savoir qui nous sommes et ce que nous voulons. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du terrorisme comme on en a accusé à tort Éric Zemmour, mais de comprendre les mécanismes qui nous ont mis en position d’infériorité voire d’impuissance face aux djihadistes. Je rappelle toujours à ce propos la phrase de Nietzsche : « Celui qui est prêt à faire le sacrifice de sa vie dispose aussi de la vie d’autrui. » Notre drame tient à ce que personne ne veut mourir pour défendre le trop-plein de la société de consommation ni pour le vide de toutes les religions séculières dont la modernité a accouché.
Revenons à votre vision de la France périphérique qui nous semble un peu biaisée. De votre observation de la relégation économique et politique des classes populaires et de leur demande d’autorité et de protection, vous tirez la conclusion qu’elle rejette « le mariage pour tous » et veut revenir à une vision plus traditionnelle, proche des valeurs chrétiennes. Vous voyez midi à votre porte.
Que le peuple soit conservateur, tout comme l’est le suffrage universel, me paraît indéniable. Seuls les agités du global, les pseudo-élites sont des adeptes du mouvement perpétuel. Le « bougisme » est la maladie de Parkinson de la mondialisation. Pour la France de la relégation, le changement est presque toujours synonyme de dégradation ou d’amputation. Le peuple français est, en revanche, viscéralement attaché à ce qui l’a constitué en tant que peuple à travers les âges : une mémoire profonde, un imaginaire historique, la sûreté morale, la confiance collective, le sentiment d’unité et d’estime de soi ou, si l’on préfère, de fierté nationale. La crise identitaire a débuté en France avec la prise de conscience d’une liquidation progressive de tous ces indicateurs du « bonheur national brut », de tous ces éléments pourvoyeurs de satisfaction et de bien-être, de tous ces services qui forment un capital immatériel que l’économie ne sait ni créer ni produire, mais auquel les Français tiennent comme à la prunelle de leurs yeux.
Vous êtes aussi un grand lecteur de Maurras qui pensait que les Juifs ne pouvaient pas devenir vraiment français. Cet exemple prouve que sa conception de la nation a vécu. La vôtre qui, antisémitisme mis à part, est assez maurrassienne, n’est-elle pas aussi obsolète ?
Maurras n’est aucunement ma référence privilégiée, contrairement à ce que ressassent les vigiles de la pensée autorisée, je ne le cite qu’une fois dans mon livre et à propos de Ségolène Royal ! En revanche, Péguy, Bernanos et Bloy irriguent ma réflexion. Je pense avec eux que la France n’est ni une abstraction ni une idéologie, mais un assemblage unique au monde fondé sur une fraternité authentique, une fraternité vraie parce que gratuite. Comme eux, je crois qu’il y a toujours eu dans notre histoire des « élites » pour s’accommoder de la disparition de la France et des pauvres pour ne pas en être d’accord. « Il faut que France, il faut que chrétienté continue », écrivait Péguy au début du siècle dernier. Par chrétienté, il entendait non pas tant une adhésion confessionnelle que cette amitié supérieure qui lie les Français entre eux et qui a façonné notre sociabilité nationale. C’est ce trésor-là qu’il nous faut maintenant défendre en faisant, suivant le mot d’ordre de Victor Hugo, la « guerre aux démolisseurs »
On peut éprouver une certaine nostalgie du passé, mais on ne peut pas le ramener. Assumez-vous le terme de « réactionnaire », dans la mesure où vous puisez beaucoup de vos références dans la France prérévolutionnaire ?
Je ne pleure pas sur le passé, je tremble pour l’avenir. L’attitude présentiste qui consiste à vouloir éradiquer tout ce qui a existé avant nous et à nous intimer une interdiction quasi religieuse de regarder en arrière est pure folie. Si être réactionnaire c’est penser que le passé a encore beaucoup de choses à nous apprendre, alors je le suis, et peu me chaut qu’on me traite de la sorte.
Vous voulez rester dans ce que Muray appelait « le monde biblique ». Mais Homo festivusest déjà advenu…
Et il disparaîtra à son tour. L’anthropologie dérisoire du matérialisme se croit irréversible alors qu’il y a dans l’homme des permanences qui finissent toujours par resurgir.
Tout de même, vous l’avez aimé, Nicolas Sarkozy ?
Je lui suis reconnaissant d’avoir eu le courage de s’emparer du thème de l’identité alors que tout le monde autour de lui l’incitait à ne pas suivre ma préconisation. Il a fait montre alors d’un courage qui a bousculé le rapport de forces idéologique et mis pour la première fois la pensée conforme sur le « reculoir ». Hélas ! avec Sarkozy les idées ne valent jamais que comme des leviers d’ambition dont on peut changer dès lors qu’on change de stratégie. Je lui en voudrai toujours d’avoir abjuré la grande promesse de 2007 qui était de réinstaurer le peuple français comme sujet politique et acteur souverain de son destin collectif. Le grand timonier aura été un grand timoré, exclusivement préoccupé par l’autocélébration et le jubilé permanent de se propre personne.
C’est la faute à Buisson!
Par Gil Mihaely
Patrick Buisson fascine et intrigue. Après avoir lu La Cause du peuple et l’avoir interviewé pour Causeur, j’étais impatient de voir Patrick Buisson, le mauvais génie, le documentaire d’Ariane Chemin et Vanessa Schneider, journalistes au Monde –coauteurs d’un livre enquête homonyme publié en 2015. Disons-le tout net : ce documentaire est raté.
Les auteurs, éblouies par leur objet, ne voient pas ce qu’elles montrent. Leur fascination pour le personnage est telle qu’elles le transforment en super-héros du Mal, en Dark Vador de la planète France. Du coup, l’histoire qu’elles racontent est plate comme le scénario de La Guerre des étoiles : Patrick Buisson, fils de camelot du roi devenu lui-même nationaliste intégral, a su s’infiltrer dans la droite dite républicaine pour y agir comme un logiciel maléfique dans un ordinateur piraté. Ou comme un trotskiste au PS, c’est selon. Résultat de ce hold-up idéologique du siècle : aujourd’hui on ne parle que d’identité nationale, d’immigration, d’islam, de sécurité et de frontières, comble de l’horreur, on va jusqu’à évoquer Jeanne d’Arc et critiquer l’Union européenne…
Et tout ça, c’est la faute à Buisson ! Il n’y a pas de mondialisation, ni de terrorisme islamiste, ni de territoires perdus. Exit la réalité. Au passage, quid du Brexit, des poussées nationalistes en Pologne et en Hongrie, des succès électoraux de l’AfD en Allemagne ? Ça aussi, c’est la faute à Buisson ?
Mais le plus étonnant dans ce documentaire, c’est la dissonance cognitive des auteurs : leur storytelling sur « Patrick Buisson, génie de l’entrisme » est systématiquement contredit par leur propre récit. Elles s’échinent à prouver que Buisson a phagocyté la droite de gouvernement, ses partis, ses médias. Et que voit-on ? Un consigliere tellement efficace qu’il commence par parier sur Le Pen avant de miser sur Villiers, et donc gâche vingt ans avant de se rabattre sur Sarkozy, sans qu’on sache vraiment, dans ce dernier binôme, lequel est dupe de l’autre. Pourtant, Patrick Buisson est célébré par la voix off du documentaire comme un manipulateur hors pair…
Et ce n’est pas tout. Ce manipulateur, nous dit-on, a déployé ses talents pour contrôler les médias. Jugez par vous-même : direction de Minute (qui voit ses ventes baisser), animation d’émissions hebdomadaires à LCI et enfin, tenez-vous bien, le malin stratège, le Français le plus influent depuis le général de Gaulle, s’empare de… la chaîne Histoire sur le câble !
Regardez donc ce film (en replay sur France 3, après sa diffusion le 27 octobre). Vous ne saurez pas grand-chose de plus sur le mystère Buisson, mais vous en apprendrez beaucoup sur la façon dont, en France, on invente l’information.
Patrick Buisson, le mauvais génie, un documentaire d’Ariane Chemin et Vanessa Schneider.
Cimetière de Verdun. Sipa. Numéro de reportage : 00566957_000011.
A quelques jours du 11 novembre 2016, on peut déjà le dire : les commémorations du centenaire de la guerre de 14-18 ont raté l’essentiel. Malgré l’attachement des français au souvenir de ce cataclysme, la mémoire officielle n’a pas su mobiliser les mémoires familiales pour créer une véritable mémoire collective vivante et partagée. C’est pourquoi nous proposons de nous emparer de cette mémoire pour rendre à tous les Français, chose que les commémorations officielles n’ont pas su faire.
Malheureusement, malgré le scandale de Verdun, rien ne semble changer. Une série de matchs qualificatifs à la Coupe du monde de football aura lieu le 11 novembre prochain. Les Britanniques ont annoncé que leurs joueurs porteraient le fameux Poppy rouge sur leur maillot. Et la FIFA s’y oppose en considérant qu’il s’agit d’une manifestation politique ! Venant d’un organisme à la probité légendaire, on ne sera pas surpris de cette énormité. Ni de la réaction de nos amis d’outre-Manche, qui aux dernières nouvelles, se sont contenté d’asséner un bras d’honneur. Je crains malheureusement qu’il n’ait pas été question que l’équipe de France (qui joue contre la Suède le même jour) porte sur son maillot le bleuet de France.
Et les Britanniques ne sont pas seuls. Pour Les États-Unis aussi, qui créèrent entre 1917 et 1918 leur future armée sur le sol français, c’est un élément fondateur. Comme les Australiens et les Néo-Zélandais, habitants de pays neufs pour lesquels la participation à cette croisade démocratique est un des éléments forts de leur identité d’aujourd’hui. Quant aux Russes, si marqués par la deuxième guerre mondiale, ils commémorent de façon grandiose leur victoire sur le nazisme au prix d’immenses sacrifices. Ils ont aussi créé ce qu’ils appellent : « le régiment immortel », qui défile le 9 mai dans toutes les villes de Russie mais aussi partout où vit une communauté russe. Chacun porte l’image, la photo, le portrait d’un ancêtre ayant participé à ce combat. Quiconque a pu observer ce spectacle atteste de l’émotion et de l’humanité qui en émanent, loin d’une manifestation va-t-en-guerre ou martiale.
Fi des esprits chagrins
Aussi, après les polémiques autour du raté des commémorations de Verdun, nous avions lancé une initiative sur Facebook visant à rassembler des souvenirs et des photographies. L’étonnant succès qu’elle a rencontré nous a incités à aller un peu plus loin : lancer une initiative permettant aux français de s’emparer de la mémoire. Le 11 novembre, que chacun sur les réseaux sociaux remplace sa photo de profil par celle d’un membre de sa famille ayant subi cette épreuve, en ajoutant un petit post explication. Libre à ceux qui n’ont pas d’ancêtre ayant connu le front de rendre hommage à un poilu mort pour la France. Cette démarche ne vise pas à mettre en avant les Français « desouche » de leurs compatriotes « de branche ». Notre idée est au contraire de permettre à tous de s’approprier cette mémoire commune, quelles que soient leurs origines.
Il se trouvera bien sûr quelques esprits chagrins pour crier à la manifestation nationaliste et chauvine. Une fois de plus, ils ne comprendront rien. Car il ne s’agit pas de célébrer la guerre mais d’honorer nos morts à tous.
Donald Trump s'adresse à la foule de Minneapolis, novembre 2016. SIPA. AP21972333_000145
La campagne présidentielle américaine, qui prend fin aujourd’hui, n’est pas sans rappeler un célèbre épisode de la République romaine : celui de l’élection de Tiberius Gracchus au tribunat de la Plèbe. Issu de la noblesse plébéienne, Tiberius Gracchus se caractérisa en effet par la radicalité de ses réformes. Selon Valère-Maxime, « il avait l’habitude de répéter devant tout le monde qu’une fois le Sénat liquidé, tout le pouvoir devrait aller à la plèbe ».[1. Valère-Maxime, III, 2, 17.] Mettant en cause la perpétuelle infidélité comme l’inutilité militaire des esclaves, il se heurta aux grands propriétaires et osa entreprendre « quelque chose d’énorme » nous narre Florus.[2. Florus, III, XV]
Sa loi agraire prévoyait en effet une redistribution de terres d’une telle ampleur qu’elle affaiblirait définitivement l’autorité du Sénat. Tiberius Gracchus eut contre lui les principaux faiseurs d’opinion, notamment le grand prêtre Scipio Nasica, qui fomenta une émeute à son encontre en 133 av. J.-C. Or les présages étaient défavorables à Tiberius: « Au petit matin chez lui, il prit les auspices. Leur réponse fut tout à fait sinistre. Sortant de chez lui il se blessa le pied au point de se fracturer un doigt. Ensuite trois corbeaux firent entendre un chant de mauvais augure à son encontre ».[3. Valère-Maxime, I, IV, 2] Mais mystérieusement, quelques signes visibles l’engagèrent à poursuivre, notamment les graffiti lisibles dans les portiques et sur les murs des maisons.[4. Plut. Tib. Gracc. 8.] Bannie des enceintes officielles, notamment du Sénat, la parole populaire, gravée sur les murs, l’encourageait à ne pas céder.
La campagne politique de Trump aura des répercussions immédiates sur les élections à venir en Europe.
Sa campagne fut haute en couleurs puisqu’il « mélangea le sublime à la bassesse ». [5. Velleius Paterculus, II, II] Il lutta constamment contre les manipulations de ses paroles : quelque temps avant son assassinat, il leva la main à la hauteur de la tête pour signifier que sa vie était en danger. Mais ses opposants se précipitèrent au Sénat prétendant que Tiberius réclamait une couronne puisqu’il avait fait ce geste.[6. Plutarque, Tiberius Gracchus, 19.2] Afin de contrer le populisme des Gracques, le Sénat acheta l’autre tribun de la plèbe, Octavius puis donna tout pouvoir aux citoyens d’assassiner Tibère. Cette fin tragique n’empêcha pas l’épisode des Gracques d’agir comme un catalyseur sur l’effondrement de la République et surtout d’enclencher le cycle des guerres civiles.
Certes, l’Amérique de 2016 n’est pas la République du IIe siècle avant J.-C., une chose est certaine toutefois : quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, la campagne politique de Trump ébranlera durablement la vie politique et aura des répercussions immédiates sur les élections à venir en Europe.
A l’occasion des 40 ans de la disparition d’André Malraux, un débat sur « les vies » de l’écrivain, homme politique, aventurier est organisé par le Fonds social juif unifié (FSJU) à la Mairie du 5ème arrondissement de Paris, le mardi 8 novembre à 19h30.
La liste des participants :
– Alain Malraux, écrivain, auteur de L’homme des ruptures et Malraux et son temps (L’Archipel, 2016)
– Jean-Claude Perrier, écrivain, journaliste, auteur de André Malraux et la reine de Saba (Le Cerf, 2016)
– Michaël de Saint-Chéron, philosophe des religions, auteur de André Malraux et les Juifs (Desclée de Brouwer, 2008)
– Sophie Doudet, auteure de Albert Camus et André Malraux Correspondance,1941-1957, (Gallimard, 2016)
– Jean-Yves Tadié, professeur émérite à la Sorbonne, directeur de la réédition des œuvres de Malraux dans la Bibliothèque de La Pléiade, (sous réserve)
La conversation sera animée par Jonathan Siksou, journaliste à RCJ 94.8.
Tarif : 5 euros
Réservation obligatoire par mail à : actionculturelle@fsju.org
Samuel Mayol reçoit le Prix de la laïcité, octobre 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00728239_000003.
L’arroseur arrosé. Le Tribunal Administratif vient de condamner l’Université Paris XIII pour avoir suspendu Samuel Mayol sans aucun fondement. C’est la juste fin d’un long cauchemar pour le directeur de l’IUT de Saint-Denis, qui dépend de Paris XIII.
Rappel des faits. Il y a un an, en octobre 2015, en plus de deux autres accusations, dont l’une pour « conflit d’intérêts », la direction de Paris XIII déposait une main courante, suspectant Samuel Mayol d’avoir introduit des tapis de prière dans le local d’une association « pour jeter le discrédit sur la présidence de l’université en laissant penser qu’elle tolérait le prosélytisme religieux en son sein ».
Trois ans auparavant, en octobre 2012, Samuel Mayol avait mis fin à la vente non-autorisée de sandwiches par une association étudiante étrangement proche du site « Baytul-Mahdi », des chiites imamites moyennement modérés. Un an et demi plus tard, en février 2014,le directeur de l’IUTtentait de récupérer les clés du local utilisé par l’association en question pour qu’il bénéficie aussi aux autres associations étudiantes. En vain.
L’un de ces articles me vaut l’honneur de devoir comparaitre prochainement puisque j’ai l’honneur d’être attaqué en diffamation par l’un des protagonistes.
Au cours de son chemin de croix, Mayol a déposé trente-deux plaintes en raison des différentes avanies qu’il a subies (agressions physiques, menaces et injures racistes…), sa trente-troisième et dernière action en justice incriminant Paris XIII pour « dénonciation calomnieuse ». Car en sus de l’affaire des tapis, la présidence de l’université accuse le directeur de l’IUT d’avoir fait bénéficier certains employés « de congés indus, comptabilisés de manière parallèle, en dehors du logiciel de gestion habituel ». Pour couronner le tout, sa hiérarchie soupçonne Mayol de conflit d’intérêts pour avoir signé une convention de partenariat entre l’IUT et le CFA Codis, un organisme de formation aux métiers du commerce qui se trouve être l’employeur de son épouse. On ignore encore si Mayol est jugé coresponsable du réchauffement climatique mais dans le climat pourri qui règne à Saint-Denis, plus rien ne nous étonne…
Mayol a nettoyé les écuries de Saint-Denis
Comme l’atteste un rapport de l’Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche, Samuel Mayol n’est pas le malotru que décrit sa hiérarchie. Il aurait par exemple mis fin un terme à une curieuse valse d’heures de cours fantômes dans le département « Techniques de commercialisation ». Des cours non-assurés mais rémunérés ! Pour nettoyer les écuries d’Augias, au printemps 2014, Rachid Zouhhad, le directeur de ce département est officiellement destitué lors d’un conseil de l’IUT.
Ce n’est qu’en juillet 2015 que l’université s’est décidée à vider le local de l’association mise en cause. Monsieur Tétard, un des enseignants présents sur les lieux, constate alors la présence de 26 tapis. Deux jours plus tard, une main courante est déposée contre Samuel Mayol après découverte « de plusieurs tapis de prières supplémentaires (une vingtaine de petits formats), par rapport à une précédente visite le 24 juillet ». Mais Samuel Mayol dispose d’arguments en sa faveur. Et de soutiens de premier plan…
Le 26 octobre, le directeur de l’IUT reçoit un prix qui ne colle pas vraiment avec les accusations portées à son encontre. Aux côtés du pianiste-compositeur turc Fazil Say, il est lauréat du Prix de la laïcité 2015. Et ce prix lui est remis l’Hôtel de Ville de Paris, en présence d’Anne Hidalgo et de Manuel Valls, qui emploie des mots choisis : « Le Comité Laïcité République a toujours été en pointe, quitte à déplaire. » Comprenne qui pourra.
Bilan des courses : la probité de Samuel Mayol lui vaut, deux semaines plus tard, une suspension. Pour son avocat, Maître Richard Malka, « tout est bidonné ». D’après lui, « il s’agit de museler Mayol pour ne pas parler des malversations qui ont lieu au sein de l’Université. » Mieux encore : pour l’avocat du directeur de l’IUT désormais suspendu, il existe « des liens forts entre les personnes mises en cause par ces malversations et le directeur de l’Université, Jean-Loup Salzmann ».
Toujours est-il que le 1er juillet dernier, après quatre ans de feuilleton judiciaire, Samuel Mayol m’a envoyé ce sms :
Et le 3 novembre :
Bien entendu, les journaux vont certainement titrer sur cette conclusion avec autant d’empressement que lorsqu’ils le traitaient entre les lignes d’individu malhonnête. Enfin peut-être…
Avec AFP- Contre l’avis d’une écrasante majorité des sondages, qui donnaient Hillary Clinton gagnante depuis des semaines voire des mois, le candidat républicain Donald Trump avait remporté vers 05H00 GMT 245 grands électeurs sur les 270 nécessaires pour gagner la présidentielle aux Etats-Unis, contre 209 à sa rivale démocrate Hillary Clinton. Il s’achemine donc a priori vers la Maison Blanche, sauf rebondissement de dernière minute, comme les élections américianes en ont parfois le secret (souvenons-nous du précédent de l’an 2000, qui vit George W. Bush élu grâce à l’avis d’une majorité de juges de la Cour suprême, alors que son rival démocrate Al Gore avait été précédemment annoncé gagnant par certains médias…).
Le candidat républicain a délivré un coup sévère à Mme Clinton en gagnant la Floride et la Caroline du Nord, des Etats très disputés qui lui apportent 44 grands électeurs.
Les résultats restent encore incertains dans le Michigan et le Wisconsin, deux Etats-clés que les pronostics d’avant scrutin donnaient à Mme Clinton, mais où l’issue du vote semble désormais très incertaine.
Preuve que la confiance est au plus haut dans le camp Trump, le magnat de l’immobilier a tweeté un photo de lui avec son colistier Mike Pence, son équipe et sa famille regardant les résultats depuis l’imposante Trump Tower à Manhattan.
« Je pense que nous allons gagner ! », a lancé Brendon Pena, 22 ans, supporteur de Trump, présent dans l’hôtel new-yorkais où l’équipe de campagne du milliardaire avait prévu « une fête de victoire ». « J’y ai toujours cru. Je pense que Donald Trump est un type très intelligent » a-t-il ajouté.
« C’est incroyable ! Je pense qu’il va aller jusqu’au bout », a souligné de son côté Glenn Ruti, 54 ans. « Le pays veut du changement ».
Le baromètre établi en direct par le New York Times, donnait plus de 90% de chances à Donald Trump de conquérir la Maison Blanche.
A l’inverse, les mines s’allongeaient à l’intérieur de la soirée électorale d’Hillary Clinton, 69 ans, qui espère devenir la première femme présidente des Etats-Unis. La voix des journalistes de CNN et de CBS, projetées sur des écrans géants, résonnaient dans un étrange silence. « Cela ne va pas fort », lâchait Joan Divenuti, retraitée des chemins de fer venue du Massachusetts. « La Floride a toujours été un problème », ajoutait-elle en secouant la tête.
« C’est tout simplement incroyable », se désolait Anabel Evora, 51 ans. « Je prie et je ne suis pas croyante…Nous avons besoin d’un miracle ». « Je suis triste, je sens que je vais pleurer ».
Plus de 200 millions d’Américains étaient appelés aux urnes mardi pour choisir le successeur de Barack Obama, qui quittera la Maison Blanche le 20 janvier après huit années au pouvoir marqué par une grande déception populaire, malgré la reprise de l’emploi aux Etats-Unis.
Beaucoup de médias français qui ont analysé le phénomène Trump avec des gousses d’ail et de l’ail, n’approchant ses électeurs white trash qu’avec une longue cuiller, devraient manger leur chapeau…
Déploiement des forces irakiennes à Qayyarah, sur le front Sud de la bataille de Mossoul, 22 octobre 2016
Nous n’en sommes, au moment où nous écrivons ces lignes, qu’à la bande-annonce, mais la bataille de Mossoul, à l’issue de laquelle les forces du Bien devraient écraser celles du Mal, retranchées dans la deuxième ville d’Irak depuis plus de deux ans, promet un spectacle exceptionnel, qui hissera son principal interprète, le président des Etats-Unis, Barack Obama, au rang de star planétaire juste avant qu’il quitte la Maison blanche. Tel est, en tout cas, l’objectif d’une opération de communication d’ampleur inégalée orchestrée par Washington à la veille de l’assaut final sur Mossoul.
Le premier président noir de la plus grande puissance planétaire pourra alors quitter les avant-postes de la scène politique mondiale sous les acclamations, après avoir défait les barbares de Daesh dans le lieu même où il avait subi, durant l’été 2014, la pire humiliation. Ses alliés du gouvernement de Bagdad, dont les troupes étaient formées, conseillées et encadrées par des militaires US avaient détalé comme des lapins, abandonnant à quelques milliers de djihadistes de Daesh une ville de deux millions d’habitants et sa région, la province de Ninive. Ces derniers s’emparaient alors de l’armement lourd (chars, canons, munitions de toute nature), du trésor estimé à 200 millions de dollars entreposés dans la succursale de Mossoul de la banque nationale d’Irak. Dans les mois et les années qui suivent, Daesh ponctionne à son profit l’essentiel des richesses des territoires conquis, qui alimentent des trafics de toute nature : le pétrole, abondant dans la région, qui transite par camions citernes vers la Turquie alors complice, le coton, les antiquités et même les salaires des fonctionnaires toujours versés par le gouvernement de Bagdad. Les membres des minorités non sunnites (chrétiens, yézidis) sont sommées soit de se convertir, soit de payer un lourd tribut, et sont massacrés ou réduits en esclavage s’ils résistent.
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Ces ressources permettent l’expansion de Daesh vers la Syrie, et l’existence d’un proto-Etat avec une base territoriale, préfiguration d’un Califat mondial, objectif ultime du Djihad, modèle sunnite.
Cela signifie-t-il que la chute de Mossoul serait aujourd’hui le Waterloo de Daesh et de son chef Abu Bakr Al Baghdadi, provoquant inéluctablement la déroute générale de l’organisation terroriste la plus effrayante et efficace de l’histoire contemporaine ? La plupart des experts militaires et géopolitiques sérieux en doutent fortement, quelle que soit leur sensibilité politique. Mossoul, vache à lait de Daesh, c’est quasiment terminé depuis que les Turcs de Recep Tayyip Erdogan, pour des raisons de politique intérieure, ont cessé de fermer les yeux sur les trafics du Califat, et donné la priorité à la lutte contre les Kurdes de Syrie, alliés étroits du PKK, les séparatistes kurdes de Turquie. Excentrée par rapport au cœur de l’Etat islamique, située dans la région de Rakka, dans l’est de la Syrie, Mossoul exige, pour être défendue, la préservation de longues routes d’approvisionnement, mobilisant de nombreux combattants. Au nord, à l’est, et au sud, l’expansion du territoire des djihadistes est bloquée par ses ennemis mortels, les Kurdes de la région autonome d’Erbil, les chiites au pouvoir à Bagdad, qui ont « nettoyé » les bastions sunnites de Daesh de Falloujah et de Samara proches de la capitale, et maintenant les Turcs qui se soucient du devenir de l’importante communauté turkmène (Turcs ethniques de nationalité irakienne), dont le nombre est estimé à 450 000 dans la province de Ninive.
La bataille de Mossoul n’est donc pas considérée, d’un point de vue djihadiste, comme la « mère de toutes les batailles », selon l’expression de Saddam Hussein en janvier 1991, lors de la première guerre du Golfe, mais comme un épisode, désagréable certes, mais loin d’être décisif dans sa lutte contre « les Juifs et les Croisés ». Les « martyrs » de Mossoul engendreront alors encore plus de haine des susdits, donc plus de vocations à rejoindre leur combat. On fera en sorte, en prenant les civils comme boucliers humains, qu’ils soient le plus nombreux possibles.
Pour Barack Obama, en revanche, cette victoire annoncée doit être l’apothéose de son double mandat : après avoir éliminé physiquement le diable d’hier, Oussama Ben Laden, il aurait porté le coup fatal aux démons d’aujourd’hui. Il lui faut donc faire passer des vessies pour des lanternes, et une péripétie dans un conflit qui est loin d’être fini pour une page glorieuse de l’histoire des Etats-Unis.
Alors, on ne lésine pas sur les moyens, et le storytelling bat son plein, orchestré par Ben Rhodes, le « conseiller en communication stratégique de la Maison Blanche, qualifié par le New York Times de gourou de Barak Obama pour la politique étrangère. Il porte le titre ronflant de « conseiller du président pour la communication stratégique », avec comme seule qualification sa fréquentation durant quelque temps de cours de » creative writing » à l’Université de New York (NYU). N’ayant pas reçu le succès escompté dans le monde des lettres, il atterrit dans un bureau sans fenêtres du sous-sol de la Maison blanche où il écrit le roman de la présidence Obama. Il veut faire du chapitre » bataille de Mossoul » le point d’orgue de sa narration, à la manière d’un Horace Vernet, ce peintre pompier qui illustra pour les générations futures la prise de la smala d’Abd el Kader par le duc d’Aumale le 16 mai 1843. Les correspondants de guerre de la planète entière sont invités dans les campements des « bons »: les forces spéciales du régime de Bagdad, l’état major des peshmergas kurdes, sanglés dans leurs uniformes impeccables. Le casting des interlocuteurs de ces hommes et femmes au gilet à poches et au chèche roulé autour du cou est minutieusement choisi, du général au deuxième classe. De brave gars prêts à se sacrifier pour libérer leur pays et le reste du monde de la peste djihadiste. Un tour de zapping sur les chaines mondiales d’information nous les rend bientôt familiers, on finit par les appeler par leur prénom, vu qu’ils passent en boucle dans tous les JT en toutes les langues. Le décor est choisi pour faire de belles images: de l’angoissante plaine de Ninive, sèche et désolée jusqu’au tunnel prétendument conquis par les bons, où les mauvais se terraient comme des rats pour éviter le feu du ciel, on donne au téléspectateur ébaubi un lot d’émotions qui rappellent aux plus ancien celles éprouvées il y a bien longtemps, lors de la sortie en salle de Lawrence d’Arabie. En catégorie » littérature » cela donne des morceaux de bravoure, comme celui rédigé par l’envoyée spéciale du » Monde » dans cette antichambre de l’enfer, dont on ne résiste pas à citer un extrait, le reste étant à l’avenant: « Assis sur un bout d’escalier, le regard dans le vague, le sergent Haider Fakhri, grand gaillard de 36 ans et moustache taillée, comme tous ses camarades, a le blues. Il montre les photos de ses trois enfants. « On ne s’appelle pas beaucoup, juste trois-quatre fois par jour. C’est difficile d’être loin d’eux, de les savoir angoissés pour moi », dit-il. Certaines familles n’arrivent pas à s’y faire. Le jeune Abbas, 24 ans, doit composer avec les pressions quotidiennes de sa femme et de ses parents : ils voudraient qu’il quitte l’unité. Mais rares sont les membres de cette division d’élite qui renoncent. Ils disent être prêts à mourir pour la patrie et, fatalistes, ils s’en remettent à Dieu. Au fond, c’est dans le cocon de l’unité qu’ils se sentent le mieux. Il leur manque même lorsqu’ils rentrent chez eux en permission ou entre deux batailles. ». La guerre «embedded » avec le gentil sous-off au cœur partagé entre sa famille et ses camarades de section, c’est beau comme l’antique ! Il faut pourtant un œil exercé pour apercevoir, sur les images aimablement fournies par les services de Ben Rhodes, les drapeaux à l’effigie de l’imam Hussein, le premier des martyrs chiites, hissés sur les chars de l’armée, ce qui indique l’orientation religieuse de la majorité des forces spéciales engagées sur le front de Mossoul. Avec comme état d’esprit celui des hommes de Simon de Montfort engagés dans croisade contre les Albigeois « Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens ! ». Lorsque ce moment sera venu, dans quelques semaines, dans quelques mois, les sunlights du Barack Obama ultimate show auront été éteints, et les valeureux journalistes renvoyés dans leurs foyers.
Badges à l'effigie de Barack Obama, novembre 2008. SIPA. 00570084_000005
Badges à l'effigie de Barack Obama, novembre 2008. SIPA. 00570084_000005
Des pleurs et des souffles coupés. Il est 5 heures, Paris s’éveille quand, de l’autre côté de l’Atlantique, la foule exulte. Nous sommes le 4 novembre 2008, Barack Obama vient d’être élu président des Etats-Unis. Premier président noir de la bannière étoilée, comme se plaisent à le répéter, depuis des semaines, les médias du monde entier. « Le rêve », « le plus beau jour de ma vie », « je suis en extase », « c’est l’avènement d’une nouvelle ère ». Dans la froide nuit de Chicago, ses électeurs ne manquent pas d’ardeur. « Tout est possible maintenant », bafouille même, au matin, un latino-américain. Sur son plateau de Washington, David Pujadas ne peut réprimer un rictus, une mine enjouée, sur-satisfaite. Son compère Alain de Chalvron parle lui, ému, d’une « belle histoire », d’une « page qui se tourne, pas seulement pour l’Amérique mais pour le monde ». C’est clair : Obama est le messie. Dans l’essaim, un homme résume ce que tout le monde pense : « C’est énorme, on va changer de politique étrangère, ça va être formidable, le monde va nous aimer à nouveau, il y aura moins de terrorisme. » Alors qu’en France, Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, surenchérit : « une certaine idée de l’homme universel l’a emporté. »
Huit ans plus tard, c’est la gueule de bois. Donald Trump/Hillary Clinton, la société américaine (et le monde ?) s’est radicalisée. Au pays du rêve et du salaire mérité, 4 Américains sur 5 considèrent que les inégalités salariales sont trop fortes. Pire, 90 millions de gens sont pauvres ou « au bord de la pauvreté ». C’est plus que la population de l’Allemagne (82 millions)… Quant aux 186 personnes les plus riches du pays, elles possèdent autant d’argent que l’ensemble de ses latino-américains. En moins de huit ans, l’homme de l’anti-ségrégation a vu resurgir le mémo racial, l’ « Obamacare » n’est que l’embryon d’un fœtus d’assurance-maladie et son désengagement de l’Irak a mis Mossoul dans la Daech.
L’argent ne ment pas. Le 5 novembre, au lendemain de son élection, la Bourse de New-York a vu juste : à l’ouverture, elle perd 1,2%. Dans les rues de Paris pourtant, une passante nous montre toutes ses dents: « Jusqu’à présent il n’y a eu que des présidents blancs et on voit où on en est arrivé. Laissons-lui sa chance, nous verrons bien ».
Les couleurs de Daech à Fallujah en Irak, juin 2016. SIPA. 00761837_000047
Les couleurs de Daech à Fallujah en Irak, juin 2016. SIPA. 00761837_000047
Lu dans le Figaro, « le débat sur l’interprétation des causes du djihadisme en France fait rage entre ceux qui y voient une révolte générationnelle et nihiliste et les tenants de la thèse culturaliste, qui font de l’islam la racine du mal. » C’est dans ces termes que le débat se livre entre spécialistes de l’Islam, de Gilles Kepel à Olivier Roy. Entre radicalisation de l’islam ordinaire et islamisation de la radicalité juvénile.
Voilà un exemple typique d’une fausse alternative qui enferme le débat dans une opposition binaire. Quel est le premier, de l’œuf et de la poule ?
En cette occurrence, comme en d’autres, il ne sert à rien de se demander si c’est l’offre qui crée la demande, ou bien si c’est l’inverse, puisque les deux sont islamistes.
Parmi les conditions qui rendent possible le recrutement du djihadisme en France parmi certains jeunes, il y a évidemment la tentation plus ou moins présente dans toute jeune génération, de se rebeller avant d’avoir trouvé une cause qui vaille qu’on s’engage à mort pour elle. À preuve Rebelle sans cause, le titre original du film de Nicholas Ray La fureur de vivre. À preuveNuit debout.
Mais cette disponibilité générationnelle procède à chaque fois de causes spécifiques qui sont propres à chaque génération.
Si l’on tient à chercher quelle est la cause première sur le plan chronologique de l’engagement de jeunes de France dans le djihadisme, on peut considérer que la principale cause première est la non-intégration de jeunes dont l’Islam est l’identité, leur refus islamique de s’adapter à la société moderne et à ses valeurs. Leur islamisme identitaire semble être la cause première de leur inadaptation psychologique et sociale et de leur mal-être dans notre société. Et le djihadisme l’issue adaptée à leur mal-être…
C’est pourquoi l’islamisme est, à mon sens, la cause identique de « la révolte générationnelle et nihiliste » et de l’issue djihadiste offerte à cette révolte.
Michel Aoun. Sipa. Numéro de reportage : AP21969724_000053.
Michel Aoun. Sipa. Numéro de reportage : AP21969724_000053.
Daoud Boughezala. L’Arabie Saoudite a-t-elle vraiment lâché du lest au Liban ou compte-t-elle sur le retour de Saad Hariri à la tête du gouvernement pour faire valoir ses intérêts ?
Olivier Hanne.[1. Olivier Hanne est agrégé et docteur en Histoire, islamologue et chercheur associé à l’université d’Aix-Marseille.] Le général Aoun était le candidat du Hezbollah, et indirectement du régime syrien et de Téhéran. Mais comme il est fin politique, il a nommé Premier ministre Saad Hariri, le chef de file des sunnites pro-saoudiens. Il n’empêche que l’Arabie Saoudite a complètement perdu la main sur l’élection présidentielle. Or Ryad ne peut laisser le Liban lui échapper financièrement et géopolitiquement. D’autant que l’Arabie Saoudite a perdu sur tous les terrains : en Syrie, au Yémen, face à Daech, etc. Au Liban, signe que l’Arabie saoudite a perdu pied, le contrat Donas a été suspendu il y a un an. C’était un contrat à trois de deux milliards d’achat d’armes françaises que les Saoudiens avaient signé avec le Liban. Lorsque l’Arabie saoudite a vu que l’élection présidentielle libanaise pouvait lui échapper, elle a préféré se retirer et annuler le contrat Donas. Cela envoie des signaux de faiblesse à toute la région, d’autant plus que, sur le plan intérieur, dans le royaume, le wahhabisme ne paraît plus qu’une façade depuis une dizaine d’années.
C’est-à-dire ?
Le système saoudien n’est plus qu’une dynastie sans rien derrière. Or, sans le wahhabisme, qui en constituait l’ADN, le régime saoudien est sinon condamné, du moins très menacé. Toute une série de mouvements populaires pro-Daech s’est déclenchée en Arabie Saoudite, y compris chez des officiers de l’armée de l’air ! L’Arabie Saoudite est confrontée à un problème d’identité car elle n’est de toute évidence plus capable d’incarner l’orthodoxie rigoriste sunnite. A l’avenir, l’Arabie va-t-elle utiliser une capacité de nuisance plutôt qu’une capacité pacificatrice au Liban ? Tout dépendra du contexte général.
Un des éléments du contexte régional est l’afflux de réfugiés syriens, notamment au Liban où ils dépassent le million. Représentent-ils aussi un danger djihadiste pour le Liban, voire l’Europe ?
Une grande partie des réfugiés syriens au Liban entretient des liens familiaux, religieux et militaires avec les rebelles syriens sunnites en Syrie que l’Arabie Saoudite pourrait très bien utiliser pour déstabiliser le Liban ou contraindre le général président Aoun à remettre en cause son alliance avec le Hezbollah.
Ceci dit, ces réfugiés ne représentent pas un réel danger pour l’Europe. Il y a peu de chances pour qu’ils aient des velléités d’action en France car leur objectif premier est de faire tomber le régime Assad. Même s’il y a forcément quelques daechistes parmi ces réfugiés, l’écrasante majorité soutient l’Armée syrienne libre ou Fatah Al-Cham, qui a formellement rompu ses liens avec Al-Qaïda. D’autant plus que ce sont essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards, les jeunes hommes étant restés combattre en Syrie contre Assad.
Un front syrien dans lequel est activement impliqué le Hezbollah, aux côtés du régime Assad. Son allié Michel Aoun a été élu président grâce à un compromis entre les différentes forces politoc-confessionnelles. Sera-t-il vraiment un président fort ?
Il y a une différence entre le Michel Aoun de 1986-1988 qui déclarait la guerre à la Syrie et le Michel Aoun d’aujourd’hui. Depuis son retour d’exil en 2005, Aoun a été marqué par dix ans de vie politique au Liban, de rouerie et de compromissions politiques. D’autant plus qu’au Liban, il est devenu difficile depuis le Pacte national de 1943 et les présidences des années 1950 d’incarner un président fort. Aoun aura énormément de mal à dominer la situation, l’exécutif sera dans les mains de Saad Hariri, ce qui peut calmer l’Arabie Saoudite. Mais le régime syrien étant très certainement le futur vainqueur en Syrie, le Hezbollah va devenir la force politique et sociale dominante au Liban malgré les énormes pertes qu’il a subies en Syrie. Pour le président Aoun, tout va se jouer en fonction de l’évolution du rapport avec Israël. Si le statu quo se maintient sans réaction d’Israël face au retour de puissance du Hezbollah, Aoun pourra jouer un rôle d’arbitre sans avoir de réel pouvoir. En revanche, si Israël intervient au Sud-Liban le pays explose à nouveau, les factions se recréeront, la haine contre Aoun grandira.
Quels sont les scénarios qui s’offrent à la France dans son action au Proche-Orient ? Soutenir le clan Hezbollah-Aoun, et donc les chiites, ou Saad Hariri et l’Arabie Saoudite ?
Dans l’intérêt du Liban, nous devrions soutenir Aoun quitte à accepter indirectement le Hezbollah qui est devenu une force sociale, une force de redistribution et de solidarité interconfessionnelle qui fait aussi profiter de sa manne des villages chrétiens. Mais dans l’intérêt propre de la France, nous pouvons cyniquement jouer la carte saoudienne. L’Arabie Saoudite se trouve aujourd’hui dans une telle situation d’isolement qu’elle est prête à tout pour avoir des alliés extérieurs. Nous devrions pouvoir monnayer notre soutien à Ryad. Cela peut nous être avantageux, et pas seulement aux niveaux financier et économique. On pourrait négocier avec l’Arabie Saoudite un partage de renseignements sur nos wahhabites en France : en échange de la protection du royaume contre les dangers extérieurs, on obtiendrait des informations sur l’identité et les projets des salafistes français. Encore faudrait-il que nos gouvernants concluent un deal extrêmement ferme avec l’Arabie saoudite. Nos politiques sont-ils capables d’une telle fermeté ? C’est une autre histoire.
Propos recueillis par Daoud Boughezala, Élisabeth Lévy et Gil Mihaely
Le sarkozysme n’est pas uniquement une psychologie, mais aussi une politique. Dans votre livre, vous critiquez son échec sur l’immigration. À quoi l’attribuez-vous ?
À cette erreur fondatrice qui consiste à reproduire le schéma dominant qui veut que le critère de redistribution de l’argent public ne soit pas la condition mais l’origine : pas le revenu ou l’absence de revenu, mais l’appartenance ethnique. Ce qui revient en somme à remplacer, comme l’a fait la gauche, la question sociale par la question ethno–raciale. Dès 2008, j’ai proposé à Sarkozy de redéployer la politique de la ville en substituant au critère du « quartier » le critère unique de la concentration de la pauvreté calculée à partir du revenu par habitant, de manière à élargir la géographie prioritaire des aides aux zones périurbaines et aux petites villes non éligibles jusque-là à la corne d’abondance de la manne étatique. Cette politique ne relevait en rien de la préférence nationale. Elle initiait en revanche une rupture avec la politique de la préférence immigrée telle que la gauche et la droite l’avaient développée depuis plus de vingt ans. Elle réincorporait la France des gueux et des invisibles, la France des « natifs au carré », comme dit Michèle Tribalat, dans le périmètre des bénéficiaires de l’aide publique. Au mépris de toute justice, Sarkozy a préféré reconduire la politique de la ville sous l’impulsion de Fadela Amara et de… Carla Bruni ; les deux s’entendant sur ce point à merveille.
Mais arrêtez de faire porter le chapeau à Carla, c’est vous qui étiez au pouvoir !
Il ne vous a pas échappé, comme vous me le faisiez remarquer au début de notre entretien, que mon influence a très vite rencontré des limites. Adepte du multiculturalisme, l’épouse du président a relayé au sommet de l’État les exigences du lobby « immigrationniste ». Sarkozy est passé à côté d’une grande réforme qui consistait à rompre avec une injustice profonde qui, au regard de la France populaire, frappe d’illégitimité toutes les politiques publiques de redistribution. Aujourd’hui, on le sait, la critique de l’État providence est portée par les nouvelles classes pauvres, qui ont acquis la certitude d’être moins bien traitées en matière d’aides et d’investissements publics que les banlieues sensibles où se concentrent les immigrés. Dans un contexte de réduction de la dépense publique et d’accélération du processus de mobilité sociale descendante, une société qui se refuse à identifier les intérêts contradictoires ne se donne pas les moyens de procéder à des arbitrages transparents et équitables susceptibles d’être débattus devant tous les Français. Il y avait là une occasion historique pour la droite de s’emparer du totem de la justice sociale, longtemps confisqué par la gauche à son profit. Elle ne l’a pas voulu hier. Pas plus qu’elle ne le veut aujourd’hui si j’en juge par le mutisme de presque tous les candidats à la primaire de la droite sur la question de la redistribution, dont la centralité ne fait aucun doute dans l’électorat populaire et constitue l’humus du vote frontiste.
Pourquoi avez-vous échoué sur l’islam ?[access capability= »lire_inedits »]
Parce que, de Chirac à Sarkozy en passant par Pasqua, la droite a toujours eu une vision et une pratique néocoloniales dans lesquelles la religion n’est appréhendée que comme outil de contrôle social. Elles se situent dans l’exact prolongement de la politique des « bureaux arabes » mise en place par Bugeaud en Algérie : il s’agit de faire émerger une « élite » valorisée et phagocytée par les pouvoirs publics, à coups non plus de bakchich mais de subvention. Ce qui revient strictement au même. L’islam modéré dont rêve la droite n’est en fait qu’un islam corrompu qui vivrait plus de l’islam que pour l’islam. Je rapporte dans mon livre la conversation entre Sarkozy et Dalil Boubakeur, le recteur de la Mosquée de Paris, au moment de la création du Conseil français du culte musulman : « Combien, Dalil ? Combien ? » La droite n’est en aucune manière capable de relever le défi de l’islamisme qui nécessite autant de forces physiques que métaphysiques. Elle s’obstine à vouloir répondre en termes de sécurité, de moyens et d’effectifs à une question qui se pose en termes de civilisation. Quant à la gauche, elle est d’autant moins portée à comprendre, selon la formule de Régis Debray, la fin de la politique comme religion et le retour de la religion comme politique qu’elle a toujours considéré la religion comme une étape dans l’histoire de la conscience humaine et non comme un élément structurant de celle-ci. En outre, toutes les évolutions sociétales impulsées ces dernières années par le camp progressiste ont eu pour effet de favoriser la séparation et la radicalisation de l’islam en France.
De quoi parlez-vous ? De son discours expiatoire ?
Pas du tout. Ce qui me paraît explosif chez beaucoup de musulmans – pas chez tous bien entendu –, c’est la combinaison d’un double sentiment contradictoire : celui de la supériorité de leur civilisation et de l’infériorité de leur puissance. Le mépris que leur inspire la société française, qu’ils jugent à la fois « apostate » et décadente, est pour beaucoup dans leur refus d’intégrer la communauté nationale. Ils se sentent agressés dans leur être de croyant comme dans leur identité la plus profonde par nos lois et par nos mœurs. De la banalisation de l’avortement au mariage gay en passant par la théorie du genre, l’obscénité télévisuelle, l’exaltation du féminisme et la dépréciation de l’autorité masculine. Si bien que nous n’avons plus à partager avec eux ni chose publique – la fameuse res publica – ni chose commune. « On n’habite pas une séparation », résume fort pertinemment Pierre Manent, qui souligne que le « vivre ensemble » n’est plus qu’un règlement de copropriété a minima.
C’est un peu lapidaire comme conclusion, non ?
Ce qui est lapidaire, c’est de reconnaître à l’islam, comme le fait une certaine gauche, un droit à la différence culturelle et de lui en dénier pratiquement l’exercice au nom de la laïcité ou bien dès lors que cette différence heurte sa conception de la liberté individuelle. On veut bien aimer l’Autre, en somme, mais à condition qu’il renonce à son altérité. Il y a plus grave encore : ce logiciel mental qui lui fait considérer les terroristes islamistes comme étant exclusivement des « fous », des « barbares », « des monstres hors humanité » et en aucun cas comme des terroristes déterminés à nous combattre et sachant pourquoi ils nous combattent. En se refusant d’identifier la menace, on se prive de toute possibilité d’y répondre. L’ennemi est la figure de notre questionnement sur nous-mêmes, notre propre remise en cause personnifiée, En cela, il est indispensable pour savoir qui nous sommes et ce que nous voulons. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du terrorisme comme on en a accusé à tort Éric Zemmour, mais de comprendre les mécanismes qui nous ont mis en position d’infériorité voire d’impuissance face aux djihadistes. Je rappelle toujours à ce propos la phrase de Nietzsche : « Celui qui est prêt à faire le sacrifice de sa vie dispose aussi de la vie d’autrui. » Notre drame tient à ce que personne ne veut mourir pour défendre le trop-plein de la société de consommation ni pour le vide de toutes les religions séculières dont la modernité a accouché.
Revenons à votre vision de la France périphérique qui nous semble un peu biaisée. De votre observation de la relégation économique et politique des classes populaires et de leur demande d’autorité et de protection, vous tirez la conclusion qu’elle rejette « le mariage pour tous » et veut revenir à une vision plus traditionnelle, proche des valeurs chrétiennes. Vous voyez midi à votre porte.
Que le peuple soit conservateur, tout comme l’est le suffrage universel, me paraît indéniable. Seuls les agités du global, les pseudo-élites sont des adeptes du mouvement perpétuel. Le « bougisme » est la maladie de Parkinson de la mondialisation. Pour la France de la relégation, le changement est presque toujours synonyme de dégradation ou d’amputation. Le peuple français est, en revanche, viscéralement attaché à ce qui l’a constitué en tant que peuple à travers les âges : une mémoire profonde, un imaginaire historique, la sûreté morale, la confiance collective, le sentiment d’unité et d’estime de soi ou, si l’on préfère, de fierté nationale. La crise identitaire a débuté en France avec la prise de conscience d’une liquidation progressive de tous ces indicateurs du « bonheur national brut », de tous ces éléments pourvoyeurs de satisfaction et de bien-être, de tous ces services qui forment un capital immatériel que l’économie ne sait ni créer ni produire, mais auquel les Français tiennent comme à la prunelle de leurs yeux.
Vous êtes aussi un grand lecteur de Maurras qui pensait que les Juifs ne pouvaient pas devenir vraiment français. Cet exemple prouve que sa conception de la nation a vécu. La vôtre qui, antisémitisme mis à part, est assez maurrassienne, n’est-elle pas aussi obsolète ?
Maurras n’est aucunement ma référence privilégiée, contrairement à ce que ressassent les vigiles de la pensée autorisée, je ne le cite qu’une fois dans mon livre et à propos de Ségolène Royal ! En revanche, Péguy, Bernanos et Bloy irriguent ma réflexion. Je pense avec eux que la France n’est ni une abstraction ni une idéologie, mais un assemblage unique au monde fondé sur une fraternité authentique, une fraternité vraie parce que gratuite. Comme eux, je crois qu’il y a toujours eu dans notre histoire des « élites » pour s’accommoder de la disparition de la France et des pauvres pour ne pas en être d’accord. « Il faut que France, il faut que chrétienté continue », écrivait Péguy au début du siècle dernier. Par chrétienté, il entendait non pas tant une adhésion confessionnelle que cette amitié supérieure qui lie les Français entre eux et qui a façonné notre sociabilité nationale. C’est ce trésor-là qu’il nous faut maintenant défendre en faisant, suivant le mot d’ordre de Victor Hugo, la « guerre aux démolisseurs »
On peut éprouver une certaine nostalgie du passé, mais on ne peut pas le ramener. Assumez-vous le terme de « réactionnaire », dans la mesure où vous puisez beaucoup de vos références dans la France prérévolutionnaire ?
Je ne pleure pas sur le passé, je tremble pour l’avenir. L’attitude présentiste qui consiste à vouloir éradiquer tout ce qui a existé avant nous et à nous intimer une interdiction quasi religieuse de regarder en arrière est pure folie. Si être réactionnaire c’est penser que le passé a encore beaucoup de choses à nous apprendre, alors je le suis, et peu me chaut qu’on me traite de la sorte.
Vous voulez rester dans ce que Muray appelait « le monde biblique ». Mais Homo festivusest déjà advenu…
Et il disparaîtra à son tour. L’anthropologie dérisoire du matérialisme se croit irréversible alors qu’il y a dans l’homme des permanences qui finissent toujours par resurgir.
Tout de même, vous l’avez aimé, Nicolas Sarkozy ?
Je lui suis reconnaissant d’avoir eu le courage de s’emparer du thème de l’identité alors que tout le monde autour de lui l’incitait à ne pas suivre ma préconisation. Il a fait montre alors d’un courage qui a bousculé le rapport de forces idéologique et mis pour la première fois la pensée conforme sur le « reculoir ». Hélas ! avec Sarkozy les idées ne valent jamais que comme des leviers d’ambition dont on peut changer dès lors qu’on change de stratégie. Je lui en voudrai toujours d’avoir abjuré la grande promesse de 2007 qui était de réinstaurer le peuple français comme sujet politique et acteur souverain de son destin collectif. Le grand timonier aura été un grand timoré, exclusivement préoccupé par l’autocélébration et le jubilé permanent de se propre personne.
C’est la faute à Buisson!
Par Gil Mihaely
Patrick Buisson fascine et intrigue. Après avoir lu La Cause du peuple et l’avoir interviewé pour Causeur, j’étais impatient de voir Patrick Buisson, le mauvais génie, le documentaire d’Ariane Chemin et Vanessa Schneider, journalistes au Monde –coauteurs d’un livre enquête homonyme publié en 2015. Disons-le tout net : ce documentaire est raté.
Les auteurs, éblouies par leur objet, ne voient pas ce qu’elles montrent. Leur fascination pour le personnage est telle qu’elles le transforment en super-héros du Mal, en Dark Vador de la planète France. Du coup, l’histoire qu’elles racontent est plate comme le scénario de La Guerre des étoiles : Patrick Buisson, fils de camelot du roi devenu lui-même nationaliste intégral, a su s’infiltrer dans la droite dite républicaine pour y agir comme un logiciel maléfique dans un ordinateur piraté. Ou comme un trotskiste au PS, c’est selon. Résultat de ce hold-up idéologique du siècle : aujourd’hui on ne parle que d’identité nationale, d’immigration, d’islam, de sécurité et de frontières, comble de l’horreur, on va jusqu’à évoquer Jeanne d’Arc et critiquer l’Union européenne…
Et tout ça, c’est la faute à Buisson ! Il n’y a pas de mondialisation, ni de terrorisme islamiste, ni de territoires perdus. Exit la réalité. Au passage, quid du Brexit, des poussées nationalistes en Pologne et en Hongrie, des succès électoraux de l’AfD en Allemagne ? Ça aussi, c’est la faute à Buisson ?
Mais le plus étonnant dans ce documentaire, c’est la dissonance cognitive des auteurs : leur storytelling sur « Patrick Buisson, génie de l’entrisme » est systématiquement contredit par leur propre récit. Elles s’échinent à prouver que Buisson a phagocyté la droite de gouvernement, ses partis, ses médias. Et que voit-on ? Un consigliere tellement efficace qu’il commence par parier sur Le Pen avant de miser sur Villiers, et donc gâche vingt ans avant de se rabattre sur Sarkozy, sans qu’on sache vraiment, dans ce dernier binôme, lequel est dupe de l’autre. Pourtant, Patrick Buisson est célébré par la voix off du documentaire comme un manipulateur hors pair…
Et ce n’est pas tout. Ce manipulateur, nous dit-on, a déployé ses talents pour contrôler les médias. Jugez par vous-même : direction de Minute (qui voit ses ventes baisser), animation d’émissions hebdomadaires à LCI et enfin, tenez-vous bien, le malin stratège, le Français le plus influent depuis le général de Gaulle, s’empare de… la chaîne Histoire sur le câble !
Regardez donc ce film (en replay sur France 3, après sa diffusion le 27 octobre). Vous ne saurez pas grand-chose de plus sur le mystère Buisson, mais vous en apprendrez beaucoup sur la façon dont, en France, on invente l’information.
Patrick Buisson, le mauvais génie, un documentaire d’Ariane Chemin et Vanessa Schneider.
Cimetière de Verdun. Sipa. Numéro de reportage : 00566957_000011.
Cimetière de Verdun. Sipa. Numéro de reportage : 00566957_000011.
A quelques jours du 11 novembre 2016, on peut déjà le dire : les commémorations du centenaire de la guerre de 14-18 ont raté l’essentiel. Malgré l’attachement des français au souvenir de ce cataclysme, la mémoire officielle n’a pas su mobiliser les mémoires familiales pour créer une véritable mémoire collective vivante et partagée. C’est pourquoi nous proposons de nous emparer de cette mémoire pour rendre à tous les Français, chose que les commémorations officielles n’ont pas su faire.
Malheureusement, malgré le scandale de Verdun, rien ne semble changer. Une série de matchs qualificatifs à la Coupe du monde de football aura lieu le 11 novembre prochain. Les Britanniques ont annoncé que leurs joueurs porteraient le fameux Poppy rouge sur leur maillot. Et la FIFA s’y oppose en considérant qu’il s’agit d’une manifestation politique ! Venant d’un organisme à la probité légendaire, on ne sera pas surpris de cette énormité. Ni de la réaction de nos amis d’outre-Manche, qui aux dernières nouvelles, se sont contenté d’asséner un bras d’honneur. Je crains malheureusement qu’il n’ait pas été question que l’équipe de France (qui joue contre la Suède le même jour) porte sur son maillot le bleuet de France.
Et les Britanniques ne sont pas seuls. Pour Les États-Unis aussi, qui créèrent entre 1917 et 1918 leur future armée sur le sol français, c’est un élément fondateur. Comme les Australiens et les Néo-Zélandais, habitants de pays neufs pour lesquels la participation à cette croisade démocratique est un des éléments forts de leur identité d’aujourd’hui. Quant aux Russes, si marqués par la deuxième guerre mondiale, ils commémorent de façon grandiose leur victoire sur le nazisme au prix d’immenses sacrifices. Ils ont aussi créé ce qu’ils appellent : « le régiment immortel », qui défile le 9 mai dans toutes les villes de Russie mais aussi partout où vit une communauté russe. Chacun porte l’image, la photo, le portrait d’un ancêtre ayant participé à ce combat. Quiconque a pu observer ce spectacle atteste de l’émotion et de l’humanité qui en émanent, loin d’une manifestation va-t-en-guerre ou martiale.
Fi des esprits chagrins
Aussi, après les polémiques autour du raté des commémorations de Verdun, nous avions lancé une initiative sur Facebook visant à rassembler des souvenirs et des photographies. L’étonnant succès qu’elle a rencontré nous a incités à aller un peu plus loin : lancer une initiative permettant aux français de s’emparer de la mémoire. Le 11 novembre, que chacun sur les réseaux sociaux remplace sa photo de profil par celle d’un membre de sa famille ayant subi cette épreuve, en ajoutant un petit post explication. Libre à ceux qui n’ont pas d’ancêtre ayant connu le front de rendre hommage à un poilu mort pour la France. Cette démarche ne vise pas à mettre en avant les Français « desouche » de leurs compatriotes « de branche ». Notre idée est au contraire de permettre à tous de s’approprier cette mémoire commune, quelles que soient leurs origines.
Il se trouvera bien sûr quelques esprits chagrins pour crier à la manifestation nationaliste et chauvine. Une fois de plus, ils ne comprendront rien. Car il ne s’agit pas de célébrer la guerre mais d’honorer nos morts à tous.
Donald Trump s'adresse à la foule de Minneapolis, novembre 2016. SIPA. AP21972333_000145
Donald Trump s'adresse à la foule de Minneapolis, novembre 2016. SIPA. AP21972333_000145
La campagne présidentielle américaine, qui prend fin aujourd’hui, n’est pas sans rappeler un célèbre épisode de la République romaine : celui de l’élection de Tiberius Gracchus au tribunat de la Plèbe. Issu de la noblesse plébéienne, Tiberius Gracchus se caractérisa en effet par la radicalité de ses réformes. Selon Valère-Maxime, « il avait l’habitude de répéter devant tout le monde qu’une fois le Sénat liquidé, tout le pouvoir devrait aller à la plèbe ».[1. Valère-Maxime, III, 2, 17.] Mettant en cause la perpétuelle infidélité comme l’inutilité militaire des esclaves, il se heurta aux grands propriétaires et osa entreprendre « quelque chose d’énorme » nous narre Florus.[2. Florus, III, XV]
Sa loi agraire prévoyait en effet une redistribution de terres d’une telle ampleur qu’elle affaiblirait définitivement l’autorité du Sénat. Tiberius Gracchus eut contre lui les principaux faiseurs d’opinion, notamment le grand prêtre Scipio Nasica, qui fomenta une émeute à son encontre en 133 av. J.-C. Or les présages étaient défavorables à Tiberius: « Au petit matin chez lui, il prit les auspices. Leur réponse fut tout à fait sinistre. Sortant de chez lui il se blessa le pied au point de se fracturer un doigt. Ensuite trois corbeaux firent entendre un chant de mauvais augure à son encontre ».[3. Valère-Maxime, I, IV, 2] Mais mystérieusement, quelques signes visibles l’engagèrent à poursuivre, notamment les graffiti lisibles dans les portiques et sur les murs des maisons.[4. Plut. Tib. Gracc. 8.] Bannie des enceintes officielles, notamment du Sénat, la parole populaire, gravée sur les murs, l’encourageait à ne pas céder.
La campagne politique de Trump aura des répercussions immédiates sur les élections à venir en Europe.
Sa campagne fut haute en couleurs puisqu’il « mélangea le sublime à la bassesse ». [5. Velleius Paterculus, II, II] Il lutta constamment contre les manipulations de ses paroles : quelque temps avant son assassinat, il leva la main à la hauteur de la tête pour signifier que sa vie était en danger. Mais ses opposants se précipitèrent au Sénat prétendant que Tiberius réclamait une couronne puisqu’il avait fait ce geste.[6. Plutarque, Tiberius Gracchus, 19.2] Afin de contrer le populisme des Gracques, le Sénat acheta l’autre tribun de la plèbe, Octavius puis donna tout pouvoir aux citoyens d’assassiner Tibère. Cette fin tragique n’empêcha pas l’épisode des Gracques d’agir comme un catalyseur sur l’effondrement de la République et surtout d’enclencher le cycle des guerres civiles.
Certes, l’Amérique de 2016 n’est pas la République du IIe siècle avant J.-C., une chose est certaine toutefois : quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, la campagne politique de Trump ébranlera durablement la vie politique et aura des répercussions immédiates sur les élections à venir en Europe.
A l’occasion des 40 ans de la disparition d’André Malraux, un débat sur « les vies » de l’écrivain, homme politique, aventurier est organisé par le Fonds social juif unifié (FSJU) à la Mairie du 5ème arrondissement de Paris, le mardi 8 novembre à 19h30.
La liste des participants :
– Alain Malraux, écrivain, auteur de L’homme des ruptures et Malraux et son temps (L’Archipel, 2016)
– Jean-Claude Perrier, écrivain, journaliste, auteur de André Malraux et la reine de Saba (Le Cerf, 2016)
– Michaël de Saint-Chéron, philosophe des religions, auteur de André Malraux et les Juifs (Desclée de Brouwer, 2008)
– Sophie Doudet, auteure de Albert Camus et André Malraux Correspondance,1941-1957, (Gallimard, 2016)
– Jean-Yves Tadié, professeur émérite à la Sorbonne, directeur de la réédition des œuvres de Malraux dans la Bibliothèque de La Pléiade, (sous réserve)
La conversation sera animée par Jonathan Siksou, journaliste à RCJ 94.8.
Tarif : 5 euros
Réservation obligatoire par mail à : actionculturelle@fsju.org
Samuel Mayol reçoit le Prix de la laïcité, octobre 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00728239_000003.
Samuel Mayol reçoit le Prix de la laïcité, octobre 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00728239_000003.
L’arroseur arrosé. Le Tribunal Administratif vient de condamner l’Université Paris XIII pour avoir suspendu Samuel Mayol sans aucun fondement. C’est la juste fin d’un long cauchemar pour le directeur de l’IUT de Saint-Denis, qui dépend de Paris XIII.
Rappel des faits. Il y a un an, en octobre 2015, en plus de deux autres accusations, dont l’une pour « conflit d’intérêts », la direction de Paris XIII déposait une main courante, suspectant Samuel Mayol d’avoir introduit des tapis de prière dans le local d’une association « pour jeter le discrédit sur la présidence de l’université en laissant penser qu’elle tolérait le prosélytisme religieux en son sein ».
Trois ans auparavant, en octobre 2012, Samuel Mayol avait mis fin à la vente non-autorisée de sandwiches par une association étudiante étrangement proche du site « Baytul-Mahdi », des chiites imamites moyennement modérés. Un an et demi plus tard, en février 2014,le directeur de l’IUTtentait de récupérer les clés du local utilisé par l’association en question pour qu’il bénéficie aussi aux autres associations étudiantes. En vain.
L’un de ces articles me vaut l’honneur de devoir comparaitre prochainement puisque j’ai l’honneur d’être attaqué en diffamation par l’un des protagonistes.
Au cours de son chemin de croix, Mayol a déposé trente-deux plaintes en raison des différentes avanies qu’il a subies (agressions physiques, menaces et injures racistes…), sa trente-troisième et dernière action en justice incriminant Paris XIII pour « dénonciation calomnieuse ». Car en sus de l’affaire des tapis, la présidence de l’université accuse le directeur de l’IUT d’avoir fait bénéficier certains employés « de congés indus, comptabilisés de manière parallèle, en dehors du logiciel de gestion habituel ». Pour couronner le tout, sa hiérarchie soupçonne Mayol de conflit d’intérêts pour avoir signé une convention de partenariat entre l’IUT et le CFA Codis, un organisme de formation aux métiers du commerce qui se trouve être l’employeur de son épouse. On ignore encore si Mayol est jugé coresponsable du réchauffement climatique mais dans le climat pourri qui règne à Saint-Denis, plus rien ne nous étonne…
Mayol a nettoyé les écuries de Saint-Denis
Comme l’atteste un rapport de l’Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche, Samuel Mayol n’est pas le malotru que décrit sa hiérarchie. Il aurait par exemple mis fin un terme à une curieuse valse d’heures de cours fantômes dans le département « Techniques de commercialisation ». Des cours non-assurés mais rémunérés ! Pour nettoyer les écuries d’Augias, au printemps 2014, Rachid Zouhhad, le directeur de ce département est officiellement destitué lors d’un conseil de l’IUT.
Ce n’est qu’en juillet 2015 que l’université s’est décidée à vider le local de l’association mise en cause. Monsieur Tétard, un des enseignants présents sur les lieux, constate alors la présence de 26 tapis. Deux jours plus tard, une main courante est déposée contre Samuel Mayol après découverte « de plusieurs tapis de prières supplémentaires (une vingtaine de petits formats), par rapport à une précédente visite le 24 juillet ». Mais Samuel Mayol dispose d’arguments en sa faveur. Et de soutiens de premier plan…
Le 26 octobre, le directeur de l’IUT reçoit un prix qui ne colle pas vraiment avec les accusations portées à son encontre. Aux côtés du pianiste-compositeur turc Fazil Say, il est lauréat du Prix de la laïcité 2015. Et ce prix lui est remis l’Hôtel de Ville de Paris, en présence d’Anne Hidalgo et de Manuel Valls, qui emploie des mots choisis : « Le Comité Laïcité République a toujours été en pointe, quitte à déplaire. » Comprenne qui pourra.
Bilan des courses : la probité de Samuel Mayol lui vaut, deux semaines plus tard, une suspension. Pour son avocat, Maître Richard Malka, « tout est bidonné ». D’après lui, « il s’agit de museler Mayol pour ne pas parler des malversations qui ont lieu au sein de l’Université. » Mieux encore : pour l’avocat du directeur de l’IUT désormais suspendu, il existe « des liens forts entre les personnes mises en cause par ces malversations et le directeur de l’Université, Jean-Loup Salzmann ».
Toujours est-il que le 1er juillet dernier, après quatre ans de feuilleton judiciaire, Samuel Mayol m’a envoyé ce sms :
Et le 3 novembre :
Bien entendu, les journaux vont certainement titrer sur cette conclusion avec autant d’empressement que lorsqu’ils le traitaient entre les lignes d’individu malhonnête. Enfin peut-être…