Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Propos recueillis par Daoud Boughezala, Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Le sarkozysme n’est pas uniquement une psychologie, mais aussi une politique. Dans votre livre, vous critiquez son échec sur l’immigration. À quoi l’attribuez-vous ?

À cette erreur fondatrice qui consiste à reproduire le schéma dominant qui veut que le critère de redistribution de l’argent public ne soit pas la condition mais l’origine : pas le revenu ou l’absence de revenu, mais l’appartenance ethnique. Ce qui revient en somme à remplacer, comme l’a fait la gauche, la question sociale par la question ethno–raciale. Dès 2008, j’ai proposé à Sarkozy de redéployer la politique de la ville en substituant au critère du « quartier » le critère unique de la concentration de la pauvreté calculée à partir du revenu par habitant, de manière à élargir la géographie prioritaire des aides aux zones périurbaines et aux petites villes non éligibles jusque-là à la corne d’abondance de la manne étatique. Cette politique ne relevait en rien de la préférence nationale. Elle initiait en revanche une rupture avec la politique de la préférence immigrée telle que la gauche et la droite l’avaient développée depuis plus de vingt ans. Elle réincorporait la France des gueux et des invisibles, la France des « natifs au carré », comme dit Michèle Tribalat, dans le périmètre des bénéficiaires de l’aide publique. Au mépris de toute justice, Sarkozy a préféré reconduire la politique de la ville sous l’impulsion de Fadela Amara et de… Carla Bruni ; les deux s’entendant sur ce point à merveille.

Mais arrêtez de faire porter le chapeau à Carla, c’est vous qui étiez au pouvoir !

Il ne vous a pas échappé, comme vous me le faisiez remarquer au début de notre entretien, que mon influence a très vite rencontré des limites. Adepte du multiculturalisme, l’épouse du président a relayé au sommet de l’État les exigences du lobby « immigrationniste ». Sarkozy est passé à côté d’une grande réforme qui consistait à rompre avec une injustice profonde qui, au regard de la France populaire, frappe d’illégitimité toutes les politiques publiques de redistribution. Aujourd’hui, on le sait, la critique de l’État providence est portée par les nouvelles classes pauvres, qui ont acquis la certitude d’être moins bien traitées en matière d’aides et d’investissements publics que les banlieues sensibles où se concentrent les immigrés. Dans un contexte de réduction de la dépense publique et d’accélération du processus de mobilité sociale descendante, une société qui se refuse à identifier les intérêts contradictoires ne se donne pas les moyens de procéder à des arbitrages transparents et équitables susceptibles d’être débattus devant tous les Français. Il y avait là une occasion historique pour la droite de s’emparer du totem de la justice sociale, longtemps confisqué par la gauche à son profit. Elle ne l’a pas voulu hier. Pas plus qu’elle ne le veut aujourd’hui si j’en juge par le mutisme de presque tous les candidats à la primaire de la droite sur la question de la redistribution, dont la centralité ne fait aucun doute dans l’électorat populaire et constitue l’humus du vote frontiste.

Pourquoi avez-vous échoué sur l’islam ?

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager