Des pleurs et des souffles coupés. Il est 5 heures, Paris s’éveille quand, de l’autre côté de l’Atlantique, la foule exulte. Nous sommes le 4 novembre 2008, Barack Obama vient d’être élu président des Etats-Unis. Premier président noir de la bannière étoilée, comme se plaisent à le répéter, depuis des semaines, les médias du monde entier. « Le rêve », « le plus beau jour de ma vie », « je suis en extase », « c’est l’avènement d’une nouvelle ère ». Dans la froide nuit de Chicago, ses électeurs ne manquent pas d’ardeur. « Tout est possible maintenant », bafouille même, au matin, un latino-américain. Sur son plateau de Washington, David Pujadas ne peut réprimer un rictus, une mine enjouée, sur-satisfaite. Son compère Alain de Chalvron parle lui, ému, d’une « belle histoire », d’une « page qui se tourne, pas seulement pour l’Amérique mais pour le monde ». C’est clair : Obama est le messie. Dans l’essaim, un homme résume ce que tout le monde pense : « C’est énorme, on va changer de politique étrangère, ça va être formidable, le monde va nous aimer à nouveau, il y aura moins de terrorisme. » Alors qu’en France, Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, surenchérit : « une certaine idée de l’homme universel l’a emporté. »


20 heures : [émission du 5 novembre 2008] par ina

Huit ans plus tard, c’est la gueule de bois. Donald Trump/Hillary Clinton, la société américaine (et le monde ?) s’est radicalisée. Au pays du rêve et du salaire mérité, 4 Américains sur 5 considèrent que les inégalités salariales sont trop fortes. Pire, 90 millions de gens sont pauvres ou « au bord de la pauvreté ». C’est plus que la population de l’Allemagne (82 millions)… Quant aux 186 personnes les plus riches du pays, elles possèdent autant d’argent que l’ensemble de ses latino-américains. En moins de huit ans, l’homme de l’anti-ségrégation a vu resurgir le mémo racial, l’ « Obamacare » n’est que l’embryon d’un fœtus d’assurance-maladie et son désengagement de l’Irak a mis Mossoul dans la Daech.

L’argent ne ment pas. Le 5 novembre, au lendemain de son élection, la Bourse de New-York a vu juste : à l’ouverture, elle perd 1,2%. Dans les rues de Paris pourtant, une passante nous montre toutes ses dents: « Jusqu’à présent il n’y a eu que des présidents blancs et on voit où on en est arrivé. Laissons-lui sa chance, nous verrons bien ».

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Journaliste, rédacteur en chef de Causeur.fr