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Comprendre l’islamisme (pour mieux le combattre) avec Taguieff

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Le philosophe Pierre-André Taguieff signe un ouvrage majeur pour nous sauver d’un XXIe siècle qui s’annonce très dangereux


Disons-le d’emblée : le nouveau livre de Pierre-André Taguieff L’islamisme et nous : penser l’ennemi imprévu (CNRS éditions, 2017) est un ouvrage majeur pour nous sauver, en tant que nation et civilisation, d’un XXIe siècle qui s’annonce très dangereux.

Une biopsie de l’islamisme

Bien sûr, l’islamisme n’est pas le seul grave danger qui menace l’existence et la liberté de notre nation, et il faut mentionner encore : 2) le mondialisme, l’abaissement de la démocratie et la ploutocratisation, 3) la surpopulation et les flux migratoires, 4) la pollution et l’épuisement des ressources. Mais comment ne pas voir les corrélations entre ces quatre périls planétaires ? Et surtout comment ne pas s’alarmer désormais d’une lancinante menace criminelle, insupportable, que nos stupides dirigeants successifs ont passivement laissé s’installer dans nos rues, nos écoles nos promenades, nos lieux de spectacle, de transport ou de culte ?

Le philosophe, à la fois révulsé, calme et profond, effectue une biopsie scientifique et sans faiblesse du phénomène islamiste. Il fallait d’ailleurs tout ce travail, très accompli, pour ne pas risquer d’être dénoncé par les inquisiteurs islamo-gauchistes qui ont érigé l’islamophobie, hors de toute qualification pénale sérieuse, en une sorte de crime religieux de type blasphématoire. Plus de 600 notes et citations précises transforment l’impeccable enquête de Taguieff en un réquisitoire implacable. L’œuvre est intellectuellement si riche que l’on peinerait à la résumer. Néanmoins quelques acquis s’en dégagent. Si vrais et si denses que bien peu de médias à ce jour se sont risqués à les relater avec exactitude, d’autant que le style riche, précis, et la démonstration scientifique découragent par avance toute critique bâclée.

Islam et islamisme

L’islamisme n’est absolument pas étranger à l’islam; il en est encore aujourd’hui une conséquence, quoique quelques penseurs musulmans, courageux mais isolés, proposent de le séparer du corpus religieux principal. Le passage d’un islam quiétiste (et laïco-compatible) à l’islamisme est imperceptible, et justifié par les sectateurs au moyen d’arguments textuels qui, pour si archaïques qu’ils puissent paraître à des esprits non musulmans (80% de l’humanité), ne sont malheureusement guère réfutables sur le plan du dogme religieux traditionnel, verrouillé.

Quant au passage de l’islamisme ordinaire à l’islamisme criminel, il s’effectue là aussi d’une façon indécelable, et assez logique au plan du raisonnement interne de la religion et de sa geste historique… Les textes anciens et la tradition (sahis, sunna), la littérature des Frères musulmans, le wahhabisme politique et d’État, les appels tant au jihad et au meurtre des juifs et des chrétiens par les organisations islamistes contemporaines qu’à la prise de pouvoir sur les pays européens, tout ceci qui a été écrit et publié par les islamistes, est patiemment analysé, décrit et résumé rigoureusement par Taguieff. L’islam, s’il n’est contenu ni par la raison humaine, ni par un cadre politique nécessairement strict, est par nature guerrier et s’affirme ostensiblement comme tel. Et donc, quels que soient les moyens envisagés et mis en œuvre, l’islamisme se donne vocation à prendre le pouvoir non seulement dans ses contrées d’origine mais encore dans tous les pays du monde. L’ennemi juif et chrétien – ou leurs complices régnants – est censé persécuter les musulmans. Cette victimisation, assénée et mise en scène, justifierait donc une légitime riposte contre l’Occident en général, la France colonisatrice en particulier.

Une lecture racialiste du choc des civilisations

L’islamisme fait une lecture historique et racialiste du choc des civilisations en s’inspirant des analyses de Samuel Huntington tout en les trahissant. Les idéologues islamistes intègrent cette vision de la guerre inter-civilisationnelle comme un fait acquis dont ils tirent toutes les conséquences.

Or face à ce phénomène d’assassinats de civils innocents dans des pays en paix, et de génocide des minorités du champ d’opérations, on constate un véritable déni (au sens psychanalytique du terme) par l’Occident, notamment dans sa « basse intelligentsia », comme l’appelle Régis Debray, qui refuse de façon la plus butée d’en reconnaître la dimension religieuse.

Les centaines de civils assassinés en Europe (près d’un millier) et les milliers de blessés nous obligent, désormais, à observer comment nous réagissons ou devrions réagir contre ceux qui revendiquent être nos ennemis.

« Tuer le Blanc »

Après avoir étudié « l’ennemi imprévu », Taguieff analyse longuement, de façon très pénétrante, nos réactions face à cet ennemi imprévu. Il recense plusieurs types de réactions, qui vont du déni à la complicité revendiquée et arborée. Il y a d’abord, en France, écumant de haine hystérique, le prétendu « Parti des indigènes de la République » qui ne se démarque pas franchement de l’islamisme et qui lui-même ne condamne pas les appels au crime du Manuel de Manchester et de sa logique très proche du nazisme. Outre la défense de la Palestine (qui aurait pu être justifiée autrement), le PIR clame que « la république est une religion islamophobe »! Sans réaction du président de la République. Toujours parmi ces détenteurs dénaturés de la nationalité française, s’élabore une agressivité anti-Blancs, les « Blancs » étant ravalés au rang d’ethnie concurrente, en perte de vitesse, sur un territoire banalisé, ouvert, sur lequel ils n’ont guère plus de légitimité. Le vocabulaire est sans équivoque : « abattre un Européen », « tuer le Blanc », « la haine raciale n’est-ce pas un sentiment blanc ? ». Indulgence ou éloge du  meurtre, ou simple exacerbation de la haine raciale lorsque, en toute impunité, le Bondy Blog reprend un texte de rappeur qui accuse la France de crimes ?

Des psys-à-tout-faire

Ces boutefeux non seulement vivent dans l’impunité mais encore s’attirent la bienveillance de « sous-chiens » (sic) authentiques : soit de simples bobos (« basse intelligentsia ») au cerveau détérioré par 40 ans de lecture non critique de Libé ou du Monde, pratiquant avec dévotion les rituels de la secte de la pensée unique ; soit, pire, des islamo-gauchistes, ou islamo-fascistes, fous de haine qui fantasment de conduire la nation à la guerre civile en affirmant qu’elle a commencé et qu’ils sont attaqués. Cette maladie intellectuelle se décline en divers sous-types : le sous-type branché-médias qui croit chic-parisien d’inviter des ennemis de l’Occident et des libertés, mêmes habiles comme Ramadan, à parler à des millions de téléspectateurs ; le sous-type anti-islamophobe (ou islamophile) qui, pour bien montrer qu’il est anti-extrême droite, valide de ce fait tout ce qui est lié à l’islam (la prétendue « religion des pauvres »), et même, en cas de crimes, s’efforce d’écarter sans examen, ou de minimiser, la motivation religieuse. En général, ces piliers de plateaux télés (par copinages de toutes natures), paresseux, arrogants et incultes ne connaissent rien à l’islam pour avoir été incapables de l’étudier. On y trouve aussi des psys-à-tout-faire pour qui la riposte adéquate à l’engagement de jeunes des cités aux côtés des génocidaires du Moyen-Orient est le séjour tous frais payés en pension de dé-radicalisation (le Château de Pontourny…).

50% de jeunes musulmans en rupture de ban

Alors, nous demande Taguieff, par l’effet de quelle faiblesse intellectuelle ne faisons-nous rien face au projet ouvertement proclamé de nous détruire ou de nous dominer ? Et d’ailleurs que faire alors qu’en  France, selon l’Ifop, 28% des musulmans adhèrent à une conception de l’islam inconciliable avec la République et que 50% des jeunes musulmans se considèrent comme sécessionnistes ?  À ces interrogations Taguieff répond qu’il faut « penser cet ennemi imprévu », ce qu’il fait de façon profonde et forte, en nous proposant 17 idées énergiques résumant sa position philosophique dont nous tenterons une synthèse : l’islamisme n’est pas étranger à l’islam (même si tout musulman n’est pas islamiste), mais le trouble vient du fait que tous – musulmans et islamistes – se fondent sur les mêmes textes. Toutes les formes d’islamisme ont pour but central de contraindre toutes les nations à obéir à l’ordre islamique, dans lequel les non musulmans seront inférieurs, les femmes séparées et inférieures, ce dont leur voile est la symbolisation. Le but ultime est l’instauration du califat universel, par tous les moyens y compris le jihad et l’assassinat aveugle. Les islamistes prétendent qu’ils ne font que se défendre contre un ennemi occidental, juif, blanc, chrétien, « croisé » (sic), colonialiste et mécréant. Impur et inférieur. Le rejet de l’islamisme, de son projet totalitaire criminel, n’est pas de l’islamophobie (cet artefact idéologique) mais de la légitime défense. En réalité, si l’Occident résiste aussi mal, c’est parce qu’il lui manque l’intelligence du phénomène islamiste et qu’il se laisse impressionner et intimider. Il faut rétablir la liberté pour les musulmans et les non musulmans de parler de l’islam comme de toutes les religions.

Quatre leçons sur la société

Nous nous permettrons, en outre, de suggérer quatre réflexions et suggestions personnelles.

– Les termes crus du Coran ou des traditions et exégèses – les « sahis » compilant des hadîths – qui sont contraires aux valeurs françaises doivent être édulcorés par un consistoire à créer, et les versions ayant des effets d’incitation violente, interdites.

– Le projet et les actes de Daech, d’Al-Qaïda et de leurs succursales, doivent être juridiquement déclarés génocidaires, comme cela s’infère d’ailleurs aisément de la loi française, issue de Nuremberg ; or notre code pénal punit de la réclusion criminelle à perpétuité le génocide : propagande, participation ou complicité.

– Les bi-nationaux qui trahissent la France doivent être déchus de la nationalité française.

– Au nom de la démocratie (comme en Suisse), des principes des Nations Unies sur les droits des peuples, et du principe sociologique de précaution, la population française doit être consultée sur la poursuite ou l’interruption des flux immigratoires massifs.

Les trois valeurs qui font l’essence de l’Occident, notre chair morale collective et consensuelle, et qui seules peuvent conduire l’humanité vers son salut et vers la paix sont :

– la Vérité, rendue accessible par les libertés, notamment celles de la spiritualité, de la connaissance, de la raison, du système politique,

– la Liberté, tant comme moyen que comme but suprême, spirituel, intellectuel et politique,  via les chemins de la vérité et du courage,

– l’Amour, fut-ce par ses formes laïques de l’Égalité, de la  Fraternité, de la Justice, de la solidarité et de la tolérance.

Des valeurs de remplacement

Les islamistes veulent éliminer ces valeurs et remplacer :

– la Vérité – et la liberté de la chercher – par un document intangible rédigé par un prophète chef de guerre du VIIe siècle, et les gloses tardives de ce document,

– la Liberté par la soumission des hommes à leur vision de leur dieu, et celle des non islamistes à la charia, avec ses statuts d’infériorité juridique (mécréants, femmes, esclaves),

– l’Amour et la paix par la haine, la guerre, l’assassinat, le génocide.

Pierre-André Taguieff, L’islamisme et nous : penser l’ennemi imprévu, CNRS éditions, 2017.

Danielle Darrieux, au revoir Mademoiselle

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La comédienne Danielle Darrieux est décédée à l’âge de 100 ans. Elle était née en 1917.


Quand une actrice part, l’éloge automatique me donne la nausée. L’impression d’une deuxième mort en service commandé. Il y a quelque chose d’impersonnel et de sordide à dérouler la carrière de Danielle Darrieux, à agréger des époques de cinéma si différentes, à mélanger Guitry et Autant-Lara, à sauter à cloche-pied de Decoin à Chabrol, à faire la courte échelle à Jacques Demy, à ânonner, en somme, une fiche Wikipédia avec les maladresses d’usage. Résumer Darrieux à quelques bornes chronologiques, un joli minois et une longévité à rendre jaloux l’hypocondriaque Drucker ne rendra jamais compte de sa virtuosité gamine, celle d’un temps à jamais perdu.

Le spectacle comme défouloir

Être née en 1917 vous donnait, de facto, une allure, une profondeur et un caractère, autant de qualités que la mollesse de notre époque rejette avec force. Il faut avoir beaucoup fréquenté les femmes de la classe 1917 pour savoir de quel bois et surtout de quel métal, elles étaient faites. Bourgeoises en apparence, avec cette élégance apprêtée que le contrat social imposait alors, indépendantes et amoureuses éperdues, tentant de se frayer un chemin chaotique dans un siècle piégeux. Des rêves d’absolu dans un cadre contenu. Un sens inné de la survie et puis, en creusant à peine, une gouaille crâneuse, la tragi-comédie érigée en philosophie. Le spectacle comme défouloir. N’y touchez pas sinon je vous pique !

Ma grand-mère était née en 1917 et a eu une espérance de vie presque aussi hors norme que celle de Danielle Darrieux. Quoi de comparable entre une star de cinéma et une négociante en vins inconnue du public ? Quelque chose d’inexplicable dans le ton, la fraîcheur d’esprit, un côté bravache, le goût du paraître sans la vulgarité des gestes, toujours le mot pour amuser, taquiner, ce sourire enjôleur auquel les hommes furent incapables de résister et puis, la formule assassine quand le temps se couvrait. Un don pour rembarrer les emmerdeurs et tous les salisseurs du quotidien. En somme, l’esprit révolutionnaire de 1917 en jupon.

Les femmes de 1917

Darrieux, c’était ça, une voix perchée, la fausse légèreté car personne ne s’y trompait vraiment sur ses gouffres intérieurs et ce côté bélier indomptable dans un corps tellement désirable. Avec un mystère insondable en bandoulière pour couronner le tout. Les femmes de 1917 en avaient trop vu, trop soupé pour se laisser amadouer par les sirènes de la modernité. Elles restaient impénétrables et tenaient la baraque, coûte que coûte. Les féministes actuelles devraient en prendre de la graine.

Voilà pourquoi, lorsque j’ai appris le décès de Danielle Darrieux ce midi, j’ai tout de suite eu une pensée pour ma grand-mère, figure légendaire de mes tendres années. Puis, immédiatement, une image est venue percuter ma mémoire, celle de l’accident de Porfirio Rubirosa au volant de sa Ferrari dans le Bois de Boulogne au milieu des années 1960. Improbable fin de vie pour le diplomate dominicain, jadis mari exotique de l’actrice.

Au son muet du douze cylindres italien, son rôle dans Marie-Octobre de Julien Duvivier m’a ramené à sa filmographie. Peut-être pas son meilleur film quoique sa seule présence, en robe de soirée, au milieu de tant de mes idoles, m’a réchauffé le cœur, un instant. Cette femme savait s’imposer. En plus, ce soir-là, mes héros de pellicule étaient tous en garde à vue : Lino, Meurisse, Blier, Frankeur, Roquevert, Dalban, Reggiani et même ce garnement d’Ivernel. Je revois, non sans picotement dans la gorge, son visage lisse et cette résistance désespérée.

Quand une actrice disparaît, notre cerveau peine à raisonner. Il explose sous l’émotion et les films se brouillent. Darrieux m’est apparue au côté du Cavaleur (Jean Rochefort) dans cette belle propriété en friche où justement les souvenirs de la Libération refaisaient surface à la suite d’un concerto. La caméra poudrée de Philippe de Broca tenait la chandelle. Un magnifique halo de nostalgie la ceignait dans cette fin des années 1970.

La gorge nouée

Que les cinéphiles me pardonnent, quoique les puristes m’ont toujours agacé avec leurs manies de puceaux, j’ai aussi repensé instinctivement à Danielle dans L’Homme à la Buick de Gilles Grangier, une comédie de 1968 avec l’impalpable Fernandel. Ceux qui connaissent mon addiction automobile, s’attendent sûrement à ce que je leur fasse le panégyrique du break américain comme l’expression ultime du style. Qu’ils se rassurent, dans cette histoire policière gentillette se déroulant dans le port de Honfleur, la voiture est illusoire. Ce qui m’a toujours marqué, séduit et anéanti aussi, c’est le jeu tout en variations simples de Mademoiselle Darrieux, quand la bécasse notable laisse poindre l’étendue de son désarroi, avec une rare économie, juste une phrase en suspens, la gorge nouée. Peu d’actrices sont aptes à saisir ces moments de grâce.

Marie-Octobre

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L’écriture inclusive pour les malcomprenant·e·s sexistes comme vous et moi

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L’écriture inclusive, c’est l’écriture pour tous. D’après un sondage, 75% des Français seraient pour. Mais seulement 12% seraient capables de dire ce que c’est… Tentative d’explication.


L’écriture inclusive est à la mode. J’essaie de m’y mettre, avec bien du mal. Il faut dire que je traîne un lourd handicap, séduite que j’étais par les raisonnements de l’Académie française. Elle prétend que genre grammatical et genre naturel sont disjoints, et qu’il existe en français un genre marqué et un genre non marqué ayant valeur extensive[tooltips content=’Voir http://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation-des-titres-et-des-fonctions On peut souligner que l’Académie ne parle pas de « neutre », mais de « genre non marqué » ou « extensif ». Comme on le verra plus loin, l’Académie ne précise pas dans ce bref texte que le genre marqué peut, plus rarement il est vrai, avoir valeur extensive.’]1[/tooltips]. J’en étais encore là lorsque j’ai publié mon affreux poisson d’avril 2017 imprégné de malveillance et nourri par ces arguments ringards. Maintenant que j’ai pris de bonnes résolutions pour la rentrée, je fais des exercices de rééducation. Mais il y a encore des choses que je n’arrive pas à faire ou que je ne comprends pas. Voici, par exemple, deux difficultés.

1. Je ne sais pas expliquer à un petit garçon qui vient d’entrer en CE1 comment on doit prononcer une séquence écrite ainsi :

« Les instituteur·rice·s conseillent à leurs nouveau·elle·x·s élèves d’être travailleur·euse·s »

J’espère que c’est correct : je tente d’appliquer les recommandations du manuel qui fournit la formule de composition des mots avec le « point milieu » et où on trouve également des listes de transcriptions[tooltips content=’Manuel d’écriture inclusive de l’agence Mots clés, dont la promotion figure sur le site officiel du Secrétariat d’Etat en chargede l’égalité entre les femmes et les hommes : http://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/‘]2[/tooltips]. C’est ainsi que, tentée d’abord d’écrire « nouveaux·elles », j’ai renoncé et observé plus scrupuleusement la règle indiquée page 7 du Manuel, ce qui donne dans mon application de malcomprenante : «  nouveau·elle·x·s ». Inutile de préciser que, d’ordinaire excellente dactylo en écriture « normale » (oops, pardon, en écriture macho), j’ai mis pas mal de temps à taper la séquence. J’excepte bien sûr le temps passé à trouver le code pour obtenir le « point milieu » : on nous rassure, les claviers vont bientôt remédier à ce défaut. N’empêche que même avec cette touche supplémentaire, il va falloir acquérir d’autres automatismes de frappe.

A lire aussi: L’écriture inclusive, la nouvelle fabrique des crétin·e·s

Revenons à notre séquence. Une partie se déchiffre en lecture alphabétique (en voyant ce qui est écrit, on sait quels sons on doit émettre) mais une autre partie ne peut pas se lire ainsi. En effet, dès qu’un terme contient un ou plusieurs « points milieu », il faut repérer les lettres à déplacer pour les coller à un radical commun qu’il faut isoler mentalement, puis ajouter les éventuelles marques du pluriel qui sont à coller aux mots déjà obtenus, toutes opérations d’autant plus difficiles qu’elles ne se présentent pas séquentiellement. Il n’y a plus de principe homogène de lecture.

A certains moments il faut dire ce qu’on voit, à d’autres il faut dire ce qui n’est pas écrit et recourir à une interprétation qui transcende la littéralité. Mais quelle interprétation ? Faut-il dire « les instituteurs et les institutrices » ou mettre en facteur l’article et se lancer dans un shortcharabia du genre « les instituteurs-trices » ou « les instituteurs-institutrices » ? Fort heureusement, je trouve en ligne un charitable article de Slate qui suggère des solutions pour me sortir de la « crétinerie » :

Qui s’habitue pendant quelques (sic)[tooltips content=’

On voit ici que les signataires – j’écris « signataires », stratégie d’évitement, parce que je ne sais pas s’il faut écrire « l’auteur et l’auteure » ou « l’auteur et l’autrice » ou « les auteur·e·s » ou « les auteur·rice·s » – ont aussi des problèmes avec le nombre et pas seulement avec le genre.

‘]3[/tooltips] temps à la lecture de tweets et d’articles en écriture inclusive en arrive tout naturellement à deux types de comportement. Premièrement, le cerveau transforme cette notation en un terme neutre: si nous lisons « les chanteur·euse·s», nous comprenons immédiatement qu’il s’agit des hommes et des femmes qui chantent. Et hop, passage au mot suivant, comme dans la méthode globale. Deuxièmement, s’il nous faut désormais lire un texte inclusif à voix haute, on prendra la peine de développer en disant «les chanteurs et les chanteuses», ce qui est moins lourd à l’écrit.

Sortir de la crétinerie, c’est une gymnastique : « hop » passer au mot suivant « comme dans la méthode globale », autrement dit zapper. Au diable la mécanique, vive la « compréhension » immédiate ! Ou alors à haute voix, c’est « développer » une séquence qui n’est pas écrite et qu’on va chercher où ?… mais dans sa « culture », dans ses « prérequis » ! Que voilà une bonne idée pour une école « inclusive » qui ne recourt à aucun présupposé, et qui pourfend les « implicites » générateurs de discrimination !

2. Comment fait-on dans l’autre sens ?

Je veux dire : comment fait-on avec les mots de genre marqué (dit improprement féminin) qui peuvent désigner des personnes de sexe masculin ? J’ai beau scruter les listes du Manuel, je ne les y trouve pas[tooltips content=’Je ne les trouve pas dans les listes. Car pour le nom personne, il est utilisé par le Manuel sans état d’âme au genre marqué (dit féminin) pour désigner aussi bien des femmes que des hommes. On y donne même en exemple la dénomination québecoise des Droits de la personne humaine : à moins d’être « malcomprenant·e » ou androphobe maniaque, on n’en déduit pas que seules les femmes ont des droits. Mais on en conclut que les signataires du Manuel, malgré leurs déclarations, souscrivent bien au concept degenre extensif proposé par l’Académie. Ils le réservent au seul genre marqué, mais ça ce n’est pas du sexisme, c’est seulement un juste retour des choses.’]4[/tooltips].

Je complique ma vie de malcomprenante en imaginant ce petit exercice pervers : transposer en écriture inclusive et gender-correcte le texte suivant.

« Les nouvelles recrues (de nombreuses personnes ont été admises), se sont bien vite adaptées. Celles qui ont été postées comme sentinelles n’ont rencontré aucune difficulté, même si les estafettes ont eu un peu de mal à remplir leur fonction. Mais une vigie prénommée Victor a été la dupe d’une mauvaise plaisanterie faite par une fripouille. L’enquête a réussi à identifier cette dernière – un garçon peu recommandable – et la victime a été réconfortée : Victor est à présent la vedette du régiment, décidément c’est une star. »

Faut-il opter pour la manière forte en inventant une forme « masculine » à affubler aux substantifs « recrue », « personne »[tooltips content=’Il faut distinguer le substantif et le pronom « personne ». Au sujet du pronom, le Dictionnaire d’orthographe de Jouette précise que, « étant indéterminé, il est accordé au masculin (je préfère dire : genre non marqué) singulier mais que « si le mot ne peut désigner qu’une femme, l’accord se fait au féminin ». Ainsi on écrira « Personne n’est assez prudent » et « Personne n’était plus belle que Cléopâtre ». Et le Dictionnaired’ajouter : « Alors qu’une reine dira : Personne n’est plus puissant que moi (les rois étant englobés dans la comparaison). »’]5[/tooltips], « sentinelle », « vigie », « estafette », « dupe », « fripouille », « victime », « vedette », « star » ? Ou bien faut-il les laisser tels quels en admettant qu’ils deviennent épicènes et ne faire varier que l’article ? En tout état de cause, on peut craindre que leur enlever la marque dite (improprement) du féminin, et dire « le victime », « le personne », etc., serait une « invisibilisation ».

Retrouvez Catherine Kintzler sur son blog Mezetulle

C'est le français qu'on assassine

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Les JO sont le contraire des droits de l’homme

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Le Comité international olympique (CIO), par le biais de la Charte olympique, est capable d’introduire, sinon d’incruster, la terrible idéologie de la compétition, au nom du bonheur d’être ensemble, de la citoyenneté partagée, de la santé, de l’éducation, de la culture, etc. Le « but de l’olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique soucieuse de préserver la dignité humaine » ; et encore : « l’esprit olympique exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». « La pratique du sport, nous dit la Charte olympique, est un droit de l’homme ». Rien que cela !

Le mythe du surhomme à l’état pur

Une compétition sportive, les JO, qui passe pour naturelle et à laquelle personne ne s’oppose. Une compétition sportive dont même les opposants parmi les plus sincères ne cessent de louer les vertus. « Ce qui est magnifique dans les JO, estime par exemple la conseillère de Paris France insoumise Danielle Simonnet, c’est que vous découvrez plein de femmes et d’hommes qui sont extrêmement impressionnants dans leur grand courage, leurs prouesses et leur dépassement de soi ». Or, c’est précisément cette idéologie du « dépassement de soi » située au cœur du sport de compétition et de l’Olympisme qui ne va pas de soi. Des sportifs « impressionnants », des « prouesses »… Il faut avoir un peu de recul face au sport-spectacle qui, aujourd’hui, dépend tout d’abord d’un dopage massif et permanent de ses pratiquants (y compris dans le sport dit amateur). Mais surtout, il faut l’affirmer et le redire, le sport de compétition ne ressortit en rien du jeu ou de l’activité ludique qui font appel à la liberté de se mouvoir quand on veut et où l’on veut, à la gratuité, à la non-discrimination entre les sexes, à l’accueil de corps différents, à l’indifférence quant aux résultats, au refus de la performance, du record et de la prouesse, au rapport libre, organique et plastique avec une nature non artificialisée.

A lire aussi: Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

Le sport de compétition est, à l’inverse, la perversion systématique, l’inversion efficace et pratique du jeu et de l’esprit ludique, leur dégénérescence, leur métamorphose par le biais d’un temps mesuré (le chronomètre) et dans un espace toujours circonscrit (la piste, le stade, la piscine…). Avec la compétition, il s’agit de la transformation radicale de la fluidité essentielle du temps et de l’infinité finie de l’espace à travers la mesure des corps réduits à une série de chiffres dont l’apothéose est le record. Autrement dit, le sport de compétition renvoie à une abstraction qui n’en est pas moins – pour beaucoup d’individus encore – fascinante. Elle correspond en effet au mythe jamais assouvi du surhomme lui-même – le champion – lié à l’immense problème de surmonter l’angoisse actuelle vis-à-vis du corps occidental : l’amour-haine du corps au croisement de l’exaltation du travail et de la faiblesse de la chair, un objet de désir et la part inférieure de l’homme, le lieu de la cruauté voire de la morbidité et celui de la jouissance.

L’impérialisme, stade suprême de l’olympisme

Pour en revenir aux JO et contrairement à ce que leur nom indique, ils n’appartiennent pas au domaine du jeu puisqu’ils ne font jamais appel à une quelconque liberté d’organisation entre les individus (y compris celle d’arrêter de jouer), ne mélangent ni les sexes ni les âges et ne s’intéressent qu’aux vainqueurs. Le jeu, a contrario, méconnaît le dopage, l’entraînement démentiel, la professionnalisation, la victoire à n’importe quel prix (triche comprise). En outre, les JO ont fait disparaître les jeux traditionnels (les très nombreux jeux, par exemple, inventés par les Indiens aux États-Unis) au seul profit de sports dits modernes dont la compétition entre individus et l’implacable rivalité entre les nations est le seul moteur.

Il n’y a pas une seule épreuve des JO qui ne soit une compétition entre athlètes ou entre équipes. La compétition est le seul cadre organisationnel et le seul dispositif à partir duquel les JO, et plus généralement toute organisation sportive se mettent matériellement en œuvre et se déroulent selon leur propre logique. La compétition sportive signifie l’organisation maîtrisée, institutionnalisée et ritualisée de la confrontation par le biais de l’aménagement spatial et temporel de la lutte entre les individus ou entre les équipes. Dans cette logique compétitive universelle, seuls comptent les résultats à travers leur comparaison universalisée. La compétition elle-même induit ainsi une logique irréversible : s’entraîner durant des années pour pouvoir y participer après une succession d’épreuves de sélection, s’y maintenir coûte que coûte et quel qu’en soit le prix, et surtout en sortir le vainqueur.

L’essentiel c’est d’éliminer

Le sport de compétition, celui des JO, est à l’exact opposé des droits de l’homme. Derrière les sourires, de moins en moins flagrants ou purs, ce sont surtout les rictus de douleur qui apparaissent sur des visages grimaçants, des corps tordus par la souffrance, exténués par l’effort prolongé. On sait que les entraînements en Chine sont de longues séances de mise aux normes des corps d’enfants placés dans de véritables camps sportifs. Derrière les embrassades de fin de course, ce n’est de fait que la compétition la plus sauvage entre les individus qui s’exprime. Une compétition qui n’admet aucune empathie, aucune solidarité, aucun apitoiement vis-à-vis de l’autre. Malgré les sourires et la « bonne humeur » générale, l’amitié n’existe dans aucune course, aucune épreuve sportive, aucune discipline ; elle y est même proscrite. Le fair-play est lui aussi une pure illusion dès lors que la compétition n’engage qu’à tromper le concurrent (et le public) par le biais du dopage et de toutes sortes de tricheries.

Où est la courtoisie, la loyauté, la droiture dans l’acte sportif compétitif ? Que peut être l’« amitié entre les peuples » dont on nous rebat les oreilles pendant les brefs quinze jours d’une compétition olympique ? Franchement, il y a de quoi sourire. À l’intérieur du Village olympique, parqués dans leurs chambres (filles et garçons séparés, cela va de soi), les sportifs passent le plus clair de leur temps à consulter leurs mails ou à jouer à des jeux-vidéos. Hors de leurs chambres, ils s’entraînent…

Le sport barbare: Critique d'un fléau mondial

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Smart stadium: Le stade numérique du spectacle sportif

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Eric Zemmour vs Omar Sy : la défaite de la pensée

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Eric Zemmour, Omar Sy et Harvey Weinstein sont dans un bateau. Devinez qui tombe à l’eau… Autopsie d’une polémique nulle et non avenue.


En 2014, le réalisateur Abel Ferrara sortait Welcome To New York, film ambitieux et polémique censé narrer la déchéance de Dominique Strauss-Kahn, projetant les néons rouges des clubs de strip-tease sur ces quelques jours qui ont transformé un président de la République en puissance, ivre de sa position de directeur général du Fonds monétaire international, en satyre habitué des soirées échangistes les plus glauques, sinon en criminel accusé du viol d’une femme de ménage devenue le symbole des violences faites aux femmes.

Joué par Depardieu, le personnage de Dominique Strauss-Kahn, rebaptisé Devereaux pour éviter les procès, montrait un homme dévoré par ses turpitudes, accro à la luxure, libidineux, boulimique de stupre, avide d’argent, grognant comme un goret affamé réclamant le sein maternel, sorte de pornocrate pipi-caca dont les jours heureux s’écoulaient à la manière du Salo ou les 120 journées de Sodome.

Les scandales sexuels révèlent les tensions identitaires

Dans un monde de dominants, les relations adultérines se limitent parfois au simple échange de liquide séminal, consommation rapide de femmes interchangeables pour se décharger d’un trop plein de testostérone. Qui, d’ailleurs, pourrait se refuser à ces grands enfants-rois habitués à être servis, révérés et admirés ? Néanmoins, la boulimie sexuelle des Dominique Strauss-Kahn et des Harvey Weinstein ne sauraient en faire des coupables, sans qu’ils n’aient le droit de se défendre. Car nous sommes passés d’un excès à un autre. Autrefois, les femmes étaient forcément tentatrices, jamais victimes d’agressions. Aujourd’hui, il suffit de « balancer un porc » anonymement sur les réseaux sociaux pour qu’une vie soit brisée.

Ces scandales sexuels agissent comme de puissants révélateurs des tensions à l’œuvre au sein de nos sociétés. Ainsi, les révélations multiples qui ont visé Harvey Weinstein ont eu des répercussions beaucoup plus larges, générant des débats et des commentaires, souvent outranciers. D’un Didier Lestrade dénonçant d’hypothétiques solidarités communautaires « sionistes » (avant d’effacer son tweet), à d’autres fustigeant la cabale antisémite que subirait Harvey Weinstein, les réactions n’ont pas toujours fait preuve de mesure, se déportant sur un terrain ethno-culturel tristement habituel.

L’image contient peut-être : 2 personnes, texte

Pourtant, rien de bien mystérieux dans une affaire au schéma très classique, vieux comme le monde, opposant celles qui couchent pour réussir à ceux qui réussissent pour coucher. Si les agressions sexuelles sont prouvées, Harvey Weinstein sera condamné. Fin de l’histoire ? Non, le « porc » doit être montré en place publique, exhibé pour l’exemple, et, avec lui, le système patriarcal qui l’a engendré.

Sy criminalise Zemmour

Les habitués des polémiques se sont donc baignés avec entrain dans ce capharnaüm médiatique. Eric Zemmour a notamment profité de l’occasion pour répondre à l’acteur Omar Sy, qui vient d’annuler sa tournée de promotion pour le remake de Knock : « Ici-même Omar Sy a demandé qu’on ne m’invite plus et m’a traité de criminel. Je veux simplement lui signaler qu’un criminel, c’est quelqu’un qui a commis un crime. Je sais bien que de Trappes à Hollywood il n’a pas eu le temps de maîtriser la langue française. Je pourrais l’attaquer en justice pour diffamation. Entre parenthèse, des criminels, il en a côtoyé si j’en crois les médias puisqu’il était très ami avec Monsieur Weinstein. »

De quoi transformer un sujet minuscule qui n’intéresse personne, la pensée de « la personnalité préférée des Français » étant aussi indigente qu’attendu, en un débat de société tenant en haleine le cercle de la raison déraisonnante, toutes tendances confondues.

…qui le nazifie

Il est dommage qu’Eric Zemmour, qui avait bien commencé en remettant à sa place Omar Sy et son épouse hystérique sur les réseaux sociaux, n’ait pas su se retenir d’en rajouter une couche. Soucieux de ne pas être assimilée aux lyncheurs de « porcs », il a ainsi affirmé « Moi, vous savez, dès que je vois une meute, je me méfie. Et là, c’est vraiment des méthodes étonnantes de délation. C’est-à-dire, pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi. ‘Dénonce ton juif’, ça aurait été parfait. […] C’est de la délation, point barre, c’est tout ce que c’est. » Pourquoi atteindre si promptement le point Godwin quand on en subit aussi régulièrement les conséquences ? Oui, le hashtag « Balance ton porc » est une idiotie, une de plus dans un monde où l’hystérie est la norme. Hystérie d’une société du spectacle où Eric Zemmour joue le rôle d’épouvantail avec bonheur.


Balance ton humoriste (raciste) : lettre anonyme au CSA

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Homophobes, islamophobes, racistes, sexistes, poujadistes,…  balancez les Inconnus![tooltips content=’Note pour le CSA: ce qui suit est bien sûr ironique’]1[/tooltips] 


Très cher Conseil supérieur de l’Audiovisuel,

C’est un parent indigné qui vous écrit. Ma grande fille a eu la mauvaise idée de faire découvrir à sa petite sœur de 9 ans, via YouTube, l’intégrale des Inconnus. Ce groupe de fantaisistes, dont j’avais vaguement entendu parlé, a semble-t-il sévi avec beaucoup de succès dans les années 1990.

Mes enfants s’esclaffant de bon cœur, j’ai par curiosité et sans entrain regardé quelques-unes de ces vidéos aujourd’hui « collectors », paraît-il. Funeste visionnage. Mon sang n’a fait qu’un tour.

Je suis ainsi tombé sur ce sketch, aux relents particulièrement nauséabonds vous en conviendrez :

Les autres vidéos sont hélas à l’avenant. Tous les clichés les plus rétrogrades sont ainsi assénés par ce groupe de comique qui porte mal son nom, à mon grand désarroi. Homophobie, islamophobie, racisme ordinaire, sexisme, poujadisme, apologie de l’extrême-droite, vulgarité… tout y est. Et, pire que tout, cela fait rire notre jeunesse !

Que font les Indigènes de la République?

Je sais que votre haute autorité ne cesse de traquer les nombreux dérapages qui salissent trop souvent notre télévision nationale. Comme vous l’avez encore démontré récemment avec Laurent Baffie, ce bouffon macho et grossier, vous ne laissez plus rien passer. Pour combattre le politiquement abject, la moisissure, la beaufitude et le fascisme rampant d’un nombre croissant de nos concitoyens, vous avez fort judicieusement déplacé le curseur à l’extrémité opposée. Dans le pays de Robespierre et Jean-Marc Thibault, votre vigilance extrême vous honore. On ne transige pas avec la dignité humaine, fut-ce sous le fallacieux prétexte de faire rire.

Je sais qu’un nombre sans cesse croissant de nos téléspectateurs vous avertit quotidiennement de la moindre faute de goût cathodique. C’est la raison pour laquelle je remplis à mon tour mon devoir de veille sanitaire en dénonçant ci-joint certains sketchs, librement accessibles sur YouTube (et régulièrement rediffusés sur nos chaînes), qui devraient au plus vite être censurés par vos soins. J’avoue d’ailleurs ne pas comprendre pourquoi le Mrap, les Indigènes de la République et d’autres honorables mouvements du même acabit n’ont pas encore poursuivi en justice ces trois sinistres sires.

Que dire par exemple de cet autre sketch violemment islamophobe, censé représenter une speakerine de la télé française en… 2035 : une femme voilée (et moustachue!) au fort accent maghrébin.

Même Michel Houellebecq n’aurait pas osé. Cette parodie existe depuis près d’un quart de siècle, suis-je la seule personne dans le pays des droits de l’homme à m’en offusquer ?

Dans la même veine, ce pastiche de l’émission « Ushuaïa » où un clone casqué de Nicolas Hulot muni d’un haut-parleur croit spirituel de scander au cœur du Boulevard Barbès : « Rentrez chez vous les noirs et les bougnoules ! »… avant de prendre ses jambes à son cou. Vous trouvez ça drôle vous ?

Que penser aussi de ce clip vidéo où nos jeunes de banlieues, trop souvent stigmatisés, sont ici assimilés à des rappeurs analphabètes occupant leur journée à frauder dans le métro, à taguer et à faire des doigts d’honneur aux jeunes femmes… Comment peut-on laisser passer cela ?

Le mauvais goût n’a décidément aucune limite chez ce trio de comique populaire, pour ne pas dire populiste. Après l’islamophobie, le sexisme. Ainsi cette reprise borderline du clip de Didier Barbelivien et Félix Gray « A toutes les filles…»,  une vidéo elle-même très machiste. Guère étonnant quand on sait que Barbelivien a soutenu le très droitier Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle…

Bon bref, je m’égare. Dans cette parodie de Didier «Barbelavie» et Félix «Grave» – le calembour, une vieille tradition d’extrême-droite décidément – on voit l’un des chanteurs cogner sans ménagement sa femme (à la 50e seconde), le sexe dit faible étant réduit ici à un objet à grosse poitrine et à jupe très courte.

Lamentable ! Avec les Inconnus, on a le droit à tous les clichés les plus éculés. A l’instar de ce sketch, qui cumule racisme et sexisme, la double peine en somme. Dans ce reportage censé nous immerger au sein de l’hôpital public la nuit, des infirmières toutes antillaises font preuve d’indolence alors que les appels d’urgence s’accumulent.

A quand un gag sur les noirs qui ne savent pas conduire ou qui ne prononcent pas les «r» pendant qu’on y est ?!

Les lieux communs poujadistes sont également à la fête avec ces vampires Rap-tout, assoiffées de taxes en tout genre. Les Inconnus ignorent peut-être que nos impôts servent à financer nos écoles et nos hôpitaux…

Je n’épiloguerai pas non plus sur cette caricature de très mauvais goût sur les communistes, ce parti des 75 000 fusillés morts pour la France…

Ou encore sur cette parodie de chanteur engagé, indigné à juste titre par la guerre, les injustices et les malheurs du tiers-monde. Cela n’a vraiment rien d’amusant. Mais peut-on décemment laisser-dire que, je cite : « Charles Pasqua (ancien membre du SAC !) n’a pas toujours fait n’importe quoi » ou encore « Jean-Marie Le Pen, il dit pas que des conneries » !

Je ne peux accepter qu’en 2017 nos enfants puissent avoir librement accès à de telles vidéos. Même si ma petite fille semble préférer les chaînes Gulli et Télétoon, je lui impose Arte tous les soirs, pendant le dîner. Et France Inter au petit-déjeuner. Malgré ses larmes, cela lui offre un cadre de pensée légitime. C’est la mission du service public d’indiquer à nos petites têtes blondes le chemin à suivre. Et à vous d’y veiller.

Aussi, cher CSA, ai-je été stupéfait d’apprendre que ces nombreux sketchs avaient été diffusés en leur temps sur France 2, chaîne phare du service public. J’espère que les responsables seront a posteriori sanctionnés car il y a des domaines où la prescription ne peut être de mise et tout compromis, intolérable. De même, je compte sur vous pour épurer YouTube et toutes nos chaînes de télé de toutes ces farces écœurantes d’un autre temps.

Je tiens d’ailleurs à votre disposition une liste de comiques qui ont eux aussi dérapé à de nombreuses reprises, même si beaucoup sont désormais décédés.

Encore merci pour votre action et votre vigilance !

Signé : X

 

PS : J’envoie une copie de cette missive à Marlène Schiappa.

PS 2 : J’ai croisé avant-hier dans l’escalier mon voisin qui, pendu à son téléphone, tenait ces propos : « Tu connais l’histoire du juif, de l’arabe, du noir, du pédé et du handicapé qui sont sur un bateau… ? » J’ignore si cela entre dans vous attributions, mais je peux vous communiquer ses coordonnées complètes si vous le souhaitez.

Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien

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Pour Weinstein, « tout le monde savait ». Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi personne n’a rien dit?

Peut-être parce que la nature humaine est plus complexe qu’on feint de le penser.

Dans le monde universitaire, les postes sont précieux et les carrières reposent en grande partie sur des procédés de cooptation. Alors il n’est pas rare de rencontrer, au détour d’un couloir où d’un colloque, un gentil « collègue » plus âgé qui vous explique qu’il peut « vous aider ». Et cet univers d’intellectuels n’étant pas particulièrement hétéronormé, le phénomène concerne de manière égale les jeunes chercheurs des deux sexes.

#balancetacochonne

C’est aussi le cas dans le monde du cinéma, et l’info est trop peu relayée :

hommes-victimes-acteurs

A quoi il faudrait ajouter le nombre considérable de vieilles cochonnes qui lorgnent sur les nouveaux doctorants et se proposent de leur donner des séances privées d’initiation aux outils informatiques de la recherche. Hashtag #balancetacochonne.

A lire aussi: « Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé ! – Par Elisabeth Lévy 

Mais en lisant et en écoutant tout ce qui se dit autour d’Harvey Weinstein, et notamment, en entendant revenir de manière récurrente cette question « pourquoi, alors que tout le monde savait, n’a-t-on jamais rien dit ? », j’ai repensé à mon Harvey Weinstein. Et moi je sais.

Mon Harvey Weinstein

La plupart des HW ne sont pas stupides. Ils ont soin de ne pas se mettre en infraction vis-à-vis de la loi. Seuls les plus fous d’entre eux vous coincent contre un mur ou vous envoient de très compromettants textos. Mon HW a fait venir la jeune collègue dans son bureau et l’a invitée à s’asseoir, non point sur le fauteuil, en face de son bureau, mais à côté d’elle, dans le petit salon qui occupe la moitié de la pièce. Elle connaît la réputation du bonhomme. A une amie qui lui disait : tu vas vraiment y aller ? Elle a répondu qu’on ne refusait pas un rendez-vous de travail en alléguant la réputation de quelqu’un et que, malheureusement, elle n’avait donc trouvé aucune raison valable de refuser. « Et puis il ne va pas me sauter dessus, quand même ! » Il ne lui sautera pas dessus. Il l’a convoquée sous prétexte d’évoquer le contenu d’un cours qu’elle doit donner. Mais la jeune collègue aura toutes les peines du monde à le faire rester dans le thème: si elle a des questions, elle n’aura qu’à lui envoyer des courriels dans l’année, tranche-t-il d’emblée. Ce rendez-vous, dit-il, c’est aussi l’occasion de « faire connaissance ». Ainsi, lui, il considère qu’il ne faut pas rester borné à l’étude des lettres. Être littéraire, c’est savoir s’ouvrir à… la pornographie par exemple. « Ah bon ? » Elle lui parle de sa thèse sur les moralistes : oh, mais il y a un grand moraliste auquel elle devrait s’intéresser de près, le marquis de Sade. « Vous croyez ? » Comme il se trompe sur l’attribution d’une citation de Pascal, elle le reprend poliment. Il rétorque : « je me sens si troublé auprès de vous que je ne sais plus ce que je dis ». Elle évoque une femme, Professeur, qu’elle admire particulièrement. Il répond : « c’est moi qui l’ai faite ». Une autre ? « Elle aussi, c’est moi qui l’ai faite ». Et ainsi va la conversation, sorte de calvaire interminable mais juridiquement inattaquable. On ne porte pas plainte contre quelqu’un qui, tout en accumulant les sujets gênants, vous a, durant une demi-heure, « regardée comme un morceau de viande » pour reprendre l’expression de Léa Seydoux.

Et surtout, toute dégradante que soit cette conversation, on a eu l’occasion de dire non, ou plutôt de ne pas dire oui : on n’a pas été forcée. Parce que ce qui se dessine entre les lignes, c’est bel et bien une « tractation » (Florence Darel emploie ce mot au sujet du comportement de Weinstein avec elle). Ces femmes que tu admires, me doivent leur carrière. Si tu veux la même qu’elles, c’est Sade, le porno et sois sensible à mon « trouble ». La raison pour laquelle je ne donnerai pas le nom de cet Harvey Weinstein, que certains auront reconnu, c’est justement (outre le fait qu’on ne crache pas sur les morts)  que, même si c’est un porc, il n’a rien fait de répréhensible. Il était trop malin pour cela.

Les tractations dangereuses…

Le problème est que cette « tractation » nous laisse faussement libres. Les jeux sont pipés. Cet homme n’est pas une minable petite frappe qui, au coin de la rue, vous demande si « y a moyen ». C’est quelqu’un pour qui vous êtes censée éprouver du respect, quelqu’un, surtout, qui a un pouvoir énorme sur votre carrière. Pour peu que vous accordiez beaucoup d’importance à celle-ci, plus même qu’à votre honneur, le choix qui s’impose n’est pas nécessairement celui que j’ai fait.

Pour ma part, j’ai adopté une attitude de froideur et de distance. Il reviendra à la charge au bout de quelques mois et, apprenant à ce moment que j’étais enceinte de mon premier enfant, ne me relancera pas.

Le principe étant de « faire connaissance » avec toutes les nouvelles jeunes collègues, je savais que mes camarades avaient eu droit à la même entrevue. Ce qui m’a surprise, c’est de voir comment quelques-unes se comportaient suite à cela. Je ne saurai jamais jusqu’à quel degré d’intimité elles avaient pris le parti d’aller. Mais elles avaient, pour certaines du moins, choisi d’entrer dans un jeu de séduction dangereux. Elles…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!


Connaissez-vous le syndrome de la robe de mariée? On prétend que cette dépense somptuaire est raisonnable, car la chose resservira ensuite pour d’autres grandes occasions. Ce qui, bien sûr, n’est jamais le cas. Exemple typique: les équipements sportifs hors de prix bâtis par les villes qui accueillent les JO. 


Amsterdam, le 12 mai 1970. Après une longue campagne pleine de rebondissements et deux tours de vote, le Comité international olympique (CIO) choisit Montréal comme ville hôte des Jeux olympiques d’été 1976. De retour chez lui, une petite semaine plus tard, Jean Drapeau, maire de l’heureuse élue, tient à rassurer les journalistes, plutôt sceptiques, ainsi que ses administrés. Les Jeux seront placés sous le signe de la simplicité, promet-il, répétant inlassablement qu’autofinancés par les revenus générés, ils « ne coûteront pas un sou aux contribuables ». Mieux encore, assure-t-il, « les Montréalais seront plus riches d’un stade et ça n’aura rien coûté ». Et l’édile de conclure par cet engagement aussi solennel qu’imagé : « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte ».

Montréal, 720% de dépassement

Un peu en avance sur son temps, l’éternel maire de Montréal (1954-1957, puis 1960-1986) n’avait pas complètement tort : l’homme enceint(e) n’est plus qu’une question de temps et le dépassement des coûts des JO de Montréal a atteint 720 % ! La Ville n’a fini de rembourser ses emprunts qu’en 2006, trente ans après la cérémonie de clôture. Respectivement, il est difficile de déterminer qui de la gymnaste prodige Nadia Comăneci ou du vieux routard de la politique québécoise Jean Drapeau (60 ans en 1976 !) aura réalisé les meilleures performances acrobatiques.

A lire aussi: Paris 2024: les JO d’Hidalgo, vous ne pouvez pas être contre ! – Par Elisabeth Lévy

À la décharge de Jean Drapeau, père du métro et de la loterie montréalais, on peut invoquer son ignorance : à la fin des années 1960, il était difficile de prévoir la débâcle à venir en se basant sur le bilan des six olympiades d’après-guerre (1948-1968). Quarante ans plus tard, il est impossible d’ignorer l’abondante littérature universitaire consacrée aux aspects économiques des JO d’été et d’écarter le consensus qui s’en dégage. Comme le formulent Robert Baade et Victor Matheson, deux spécialistes de la question, « la conclusion qui s’impose est que dans la plupart des cas, les JO sont une mauvaise affaire pour les villes hôtes, le contraire étant vrai uniquement dans des circonstances très rares et spécifiques ». Pourtant, pendant leurs campagnes, les villes candidates à l’organisation des JO continuent de promettre à leurs opinions publiques non seulement une gestion sobre et rigoureuse des coûts, mais surtout des retombées économiques importantes.

Les bons comptes font les bons paris

Ces promesses s’appuient en général sur des études prévoyant d’importants effets positifs en termes de recettes directes et indirectes, ainsi que des créations d’emploi largement exagérées. La raison principale du hiatus est que ces études, commandées par les villes candidates, se fondent sur des raccourcis. Ainsi, pour estimer la contribution au PIB, les recettes prévues ne prennent pas en compte les dépenses alternatives (un Français qui achète un billet pour un évènement sportif en 2024 aurait probablement dépensé cet argent autrement si les JO avaient eu lieu ailleurs, l’impact sur le PIB est donc nul ou minime).

Autre problème : l’estimation des effets sur le tourisme. À Londres, par exemple, le nombre de touristes pendant l’été olympique de 2012 (6 millions) a été plus faible qu’à l’été précédent (6,5 millions), probablement parce que beaucoup des voyageurs ont évité cette destination, craignant légitimement de subir des prix élevés et des foules de supporters. Pourtant, les prévisions économiques présentent le nombre de touristes déplacés spécialement pour les JO comme un gain net pour l’industrie touristique locale. Certes, les tarifs élevés des chambres d’hôtel compensent peut-être la perte de chiffre d’affaires. Mais s’agissant de villes déjà très prisées comme Londres ou Paris – où le tourisme de masse commence d’ailleurs à poser problème –, on a du mal à croire que les JO dopent le tourisme ou contribue à les faire connaître du monde entier. Quant aux retombées sur l’emploi, JO après JO, les prévisions relèvent carrément de la science-fiction : la réalité se résume à quelques milliers de postes créés, majoritairement temporaires.  Enfin, les coûts des équipements sportifs de grande envergure sont presque toujours sous-estimés. Sans reparler du stade de Montréal, songeons au difficile financement du stade Pierre-Mauroy de Lille. Et l’argument selon lequel ces équipements sont un bénéfice net pour la collectivité relève souvent du principe de la robe de mariée : pour avoir bonne conscience, la future épouse se dit qu’elle rentabilisera le prix exorbitant de sa robe en la portant à d’autres occasions. Et bien sûr, cela n’arrive jamais.

La privatisation de l’intérêt général

Reste l’effet « feel good » – dont la mesure relève davantage de la littérature que de la science : la fierté locale et nationale et l’effet escompté en termes d’optimisme, de dynamisme et de mobilisation. Ces arguments recevables figurent généralement à la fin de la liste, brandis en dernier recours quand les données économiques ne font pas l’affaire. En ce cas, il serait plus honnête de dire : « On va s’offrir un grand défi couronné par une grosse fête. Ça va nous coûter bonbon, mais tant pis, on va s’éclater. » Au moins, on saurait à quoi s’en tenir…

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Dans ces conditions, pourquoi se trouve-t-il encore des villes pour croire qu’accueillir les JO est une grande victoire, comme si on était toujours dans les années 1970 ? La réponse est que même si l’intérêt général n’y trouve pas son compte, beaucoup d’intérêts particuliers en sortent gagnants, sonnants et trébuchants. C’est le cas des comités olympiques nationaux et des politiques, comme Jean Drapeau, qui voulait entrer dans l’histoire en encaissant au passage budgets, postes et contrats à distribuer (il est vrai que sa trace historique n’aura pas été à la hauteur de ses espérances). Enfin, le secteur du BTP ne boude pas les grands projets d’équipements et d’infrastructures qu’il faut livrer en temps et en heure, donc littéralement coûte que coûte !

Néanmoins, plusieurs villes candidates aux JO ont fini par renoncer sous la pression d’une opinion publique avertie. Ce fut le cas récemment de Hambourg et de Boston, deux villes où, à la différence de ce qui s’est passé à Paris, le débat s’est ouvert avant la décision du CIO.

Terrorisme: enfin un traitement de choc!

Les tentatives de traitement psy des djihadistes s’étant en général avérées aussi efficaces que les illuminations de la tour Eiffel, un médecin a décidé de renverser le problème : déradicaliser la mémoire des victimes en gommant leurs souvenirs les plus traumatisants. Le 14 septembre, le magazine de France 2, « Envoyé spécial », nous a appris qu’il existait désormais un médicament pour ça.

Expérimenté sur 120 volontaires ayant survécu aux attaques du Bataclan et de Nice, ce protocole s’appuie sur un bêtabloquant connu depuis les années 1970 pour son efficacité contre l’hypertension, le propranolol. D’après Alain Brunet, le psy canadien à l’origine de cette thérapie, ce médicament « a la propriété de bloquer certaines protéines du cerveau qui aident un souvenir émotionnel (…) à se matérialiser ». Bref, le procédé se révèle « novateur de simplicité », comme l’indique si joliment la réalisatrice du documentaire.

Déradicaliser l’amour

On regrettera cependant qu’« Envoyé spécial » n’ait pas été exhaustif sur les vertus miraculeuses de ce nouveau traitement. Le très sérieux site Québec Science est allé interroger Michelle Lonergan, une doctorante de l’Institut de santé mentale de l’Université McGill, qui travaille sous la direction du même Alain Brunet.

D’après la chercheuse, le propranolol pourrait se révéler efficace contre ce qu’elle qualifie de « blessures romantiques », vécues par les gens « dont la vie chavire soudainement parce que leur conjoint les quitte, est infidèle ou les trahit ». Un médicament grâce auquel les chagrins d’amour ne durent qu’un jour ? À mon avis, dès la mise sur le marché, les stocks seront en rupture…

PMA/GPA: l’enfant pour tou·te·s est arrivé!

L’enfant de l’amour est de retour : le serpent de mer. Corrigeant la communication exaltée de Marlène Schiappa, le Premier ministre a annoncé récemment que le gouvernement profiterait de la révision de la loi de bioéthique de 2018 pour y inclure la PMA pour tous, ouvrant ainsi la voie à la GPA. Ce qui s’appellera faire d’une pierre deux coups. Merci à notre revue préférée de nous offrir, ce mois-ci, un avant-goût du match inédit à venir, avec  la photographie de la gaie farandole d’Anne, Jack et les autres, à la frimousse épanouie, tenant une banderole qui vaut son pesant d’égalité, de fraternité et de constitutionnalité : « PMA Filiation Egalité. »[tooltips content=’Voir Causeur n°50, octobre 2017, page 25′]1[/tooltips] Macron ne lâche rien. Les « bioconservateurs » non plus. A vos marques !

Et Taubira créa le mariage pour tous

Cette loi à venir s’inscrit dans le long temps. Le très long temps. Des millions d’années après le Big bang originel, on tombe sur Homo sapiens. Passons les étapes suivantes. En  un tour de cuiller à pot, autre big bang : l’ère Taubira, inaugurée par Amandine, avec l’homo sexualis sexualis. Plus besoin de copuler à l’ancienne, sur un lit de bruyères fossilisées, avec un partenaire d’un autre sexe. On est père et/ou mère (inclusion oblige) par action, par intention et par omission. On s’y… perd un peu mais comptons sur la chambre incubatrice de cerveaux pour nous y retrouver. Ce sera du lourd. Avec ce saut anthropologique, impossible de revenir en arrière. On ne sait pas trop pourquoi mais c’est ainsi. Aussi bien Madame Taubira avait-elle salué dans le « mariage pour tous » non seulement une révolution (c’est dans nos gènes) mais l’avènement d’une nouvelle civilisation.

Le mariage, c’est le mariage. Autrefois, dans des temps très anciens, l’impuissance était une cause de nullité. Mais ça, c’était le code Napoléon (un sacré machiste). Nos mariés de l’ère I, on ne peut dire que, s’ils sont heureux, on puisse leur souhaiter, pour l’instant, beaucoup d’enfants.

La technique au service de l’infécondité

Pour pallier cette infertilité sociale et/ou culturelle, l’homo sapiens sapiens a bien inventé des techniques opérationnelles depuis pas mal de temps, en attendant le droit opposable de l’enfant. Seulement voilà, ces moyens de production ou de reproduction restent à voter chez les primates que nous sommes et cette loi, ne nous le cachons pas, aura forcément une incidence sur le panier de la ménagère. Les gamètes, c’est comme les ortolans, c’est rare et cher. Le marché, il est vrai, s’avère de plus en plus juteux. Qui veut des gamètes ! Achetez mes gamètes ! Pour un p’tit gars tout frais, tout beau !

Madame Taubira avait l’art du verbe (dont n’a pas hérité son émule). On se souvient de ses élans poétiques à la Chambre des députés qui lui avaient valu, dans l’hémicycle, des éloges unanimes. Elle avait réuni les représentants des sept cultes (un chiffre sacré ?) et leur avait dit avec pertinence : « Le Code civil n’est pas votre champ. Ce n’est ni la Bible ni le Coran ni la Torah ». Fermez le ban. Tant il est vrai que l’ère de la Révolution française n’est jamais close. Et les muphtis de partir tout penauds. Madame Taubira avait dit aussi un jour : «  Qu’est-ce que la sexualité ? Seulement la reproduction ? » Là, pas besoin d’être grand muphti pour dire que ça y aide quand même un peu. Napoléon affirmait que ce qui resterait de lui, ce n’était pas Austerlitz mais son Code civil. Napoléon est un fils aléatoire de la Révolution et le nouveau Code civil achoppe sur la voie naturelle. A moins de passer au forceps, faire des enfants à plusieurs et les enregistrer sur un code de nationalité, ce n’est pas simple comme bonjour. En attendant que Marlène garde son sang-froid! La France n’est pas encore dans la rue.

Un saut anthropologique

Pour arriver à ses fins, que ne ferait l’espèce ? L’être humain ne cesse de jouer sur les deux tableaux de la nature et de la société. On comprend que le monde puisse être classé en « bioconservateurs » et les autres, adeptes de la révolution anthropologique. On peut dire aussi que, s’il y a, pour certains, une origine divine à la loi naturelle de la procréation, force est de reconnaître que cette loi l’emporte par sa simplicité sur une procréation assistée où les humains besognent à qui mieux mieux et plutôt mal que mieux, faute de l’outillage requis. La Nature fait efficacement les choses, avec le minimum de moyens et sans tralala. Economie non négligeable dans cette période de crise que nous vivons dont la Sécurité Sociale est la première victime. Avouons-le aussi. Tous ces débats procréatifs n’entravent-ils pas la joie de vivre nécessaire à la fertilité d’une nation ? Nul doute que des études démographiques très sérieuses vont le prouver prochainement. Dans ces conditions, invoquer un saut anthropologique irréversible est peut-être aller vite en besogne. Le calendrier révolutionnaire a duré treize ans. Un recul s’imposerait de quelques années lumière sur ce saut anthropologique avant de l’inscrire dans une loi.

La manif pour tous diabolisée

Quand il y a eu les manifs contre le mariage pour tous, que n’a-t on dit dans les médias télévisuels et les autres sur l’homophobie des manifestants ! Ce fut une accusation récurrente et indigne. Alors que les médias et les gens avertis savaient pertinemment que le Pacs ouvrait sur le mariage et tous ses droits. Et que le mariage entraînerait l’ouverture à la PMA et la GPA. On y est. Elisabeth Schemla l’écrit explicitement dans son dernier livre : « Les associations LGBT et homoparentales, un lobby gay surtout parisien relayé par la gauche, savaient pertinemment ce qu’ils enclenchaient. S’ils n’avaient pas eu d’arrière-pensée concernant la légalisation de la PMA et de la GPA, ils n’auraient pas réclamé le mariage… ». C’est on ne peut plus explicite. Réécoutons sur You Tube  l’émission de LCP, en date du 21 décembre 2012 sur le Pacs. Jean-Luc Romero  y dit en rigolant combien ses amis et lui rigolaient justement qu’on se moquât de Boutin laquelle avait raison de dire que le Pacs était la porte ouverte au mariage. « Bien sûr qu’elle avait raison.. » dit-il mais, dit-il encore : « On va dire tout le contraire devant les médias… Bien sûr qu’on rigolait. »  On imagine ce que ça doit être maintenant.

Tout enfant a une mère

Le temps est donc venu de la démystification pour tous, en tout. Tout le monde le sait bien : personne n’a deux mères, deux pères, une maman 1 et une maman 2, un père biologique et un père d’intention, sauf métaphoriquement où tout est permis : même un père spirituel si vous le désirez. Un enfant né par GPA d’un père – fût-il très célèbre – a une mère : la femme qui l’a porté. Qu’on le veuille ou pas, qu’on le dise ou non. Car personne ne peut aller contre le principe de réalité. C’est se moquer que de faire croire à une autre filiation décrétée en l’an de grâce 2013. Comme ils doivent encore plus se marrer, en effet, de nos  états d’âme et de conscience et de nos procédures, ceux qui militent pour les lois sur la PMA et la GPA !  « Patriotes ! Faites des enfants ! » lisait-on en lettres noires, il n’y a pas longtemps, sur les murs des maisons et sur le bitume. Faites des enfants par la voie naturelle, efficace et rentable ! Le Grand Marché vous tient par la barbichette ! Ne vous laissez pas faire ! Ne nous cassons pas la tête ni la tirelire de l’Etat !

Allons voir chez les Grecs

Oedipe n’est pas l’homme du divan mais celui qui veut savoir son origine. Antigone, c’est celle qui, adepte de la ligne rouge, fait prévaloir, quoi qui lui en coûte, la loi de sa conscience, en enterrant son frère malgré le décret de Créon. Le philosophe Diogène, se promenant sur l’agora avec une lanterne, répondit à celui qui l’interrogeait : « Je cherche un homme » ( au sens 1 du Dictionnaire de l’Académie Française). Récemment, à la Bibliothèque Médicis, Eva Ionesco, présentant son livre, disait sa joie d’avoir retrouvé sa  filiation paternelle.

Tous les grands écrivains, parce que c’est l’honneur d’être un homme, se sont aussi posé la question : qui suis-je ? D’où suis-je venu ? Où vais-je ? Sans ces questions et des réponses dignes d’elles, on peut faire de l’homme, avec l’homme, tout ce qui  possible. Il y a pourtant des lignes rouges à ne pas franchir.

Chaque époque connaît la tentation d’une idéologie. Au lieu de croire que nous réinventons la machine à vapeur, débusquons dans cette idéologie de la filiation fictive une loi du marché ultralibéral, à l’œuvre, en ce moment, dans notre pays même. Ce serait étrange de parler des idéologies mortifères des siècles passés et de ne pas voir celle qui crève nos yeux ! On ne peut pas dénoncer l’ultralibéralisme là et l’accepter ici. Comme le dit très justement Virginie Tellenne alias Frigide Barjot : « La procréation, avec les technologies et les géants économiques qui en sont les maîtres, est devenue l’otage du marché mondial de l’ultralibéralisme. » Ces lois sociétales sont tout simplement des lois du marché que nous refusons de nommer parce qu’il faudrait nous tirer de notre aveuglement ou de notre confort.

Fils de personne

Faisons un rêve. Un jour, Zeus eut mal à la tête. Il demanda à Héphaïstos de le soulager. Héphaïstos lui donna un grand coup de hache sur la tête. Athéna, déesse de l’intelligence, en sortit toute casquée et lui dit : «  Seigneur Zeus, tout le monde est dingue ! L’ère de la PMA et de la GPA est dépassée. L’avenir est à l’artefact. Il faut faire des enfants par la tête ». Jupiter se réveilla, prit les drapeaux français et européen, s’en enveloppa et entonna l’hymne de Johnny Hallyday pour conjurer les démons ambiants : «  Y en a qui sont nés dans les plis du drapeau / Pas moi. Avec dans leur berceau les milliards de leur père / Pas moi. On leur apprend que tout peut s’acheter. / Pas moi.  Je suis fils de personne. »`

Jupiter leva les yeux sur Marlène, plantée devant lui, hors d’elle, qui lui demandait d’accélérer le mouvement législatif. « Keep quiet, Marylin ! »  lui dit-il. Le soir, il ouvrit le roman de Montherlant placé sur sa table de chevet par Brigitte : Fils de personne, où il lit qu’un enfant, c’était pas de la tarte – et le président s’endormit du sommeil du juste. C’est ainsi que Jupiter renonça à la PMA et à la GPA pour tous et qu’il laissa son nom dans l’histoire de France.



Comprendre l’islamisme (pour mieux le combattre) avec Taguieff

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taguieff islamisme nous daech
Pierre-André Taguieff en 2007 © Sipa.

Le philosophe Pierre-André Taguieff signe un ouvrage majeur pour nous sauver d’un XXIe siècle qui s’annonce très dangereux


Disons-le d’emblée : le nouveau livre de Pierre-André Taguieff L’islamisme et nous : penser l’ennemi imprévu (CNRS éditions, 2017) est un ouvrage majeur pour nous sauver, en tant que nation et civilisation, d’un XXIe siècle qui s’annonce très dangereux.

Une biopsie de l’islamisme

Bien sûr, l’islamisme n’est pas le seul grave danger qui menace l’existence et la liberté de notre nation, et il faut mentionner encore : 2) le mondialisme, l’abaissement de la démocratie et la ploutocratisation, 3) la surpopulation et les flux migratoires, 4) la pollution et l’épuisement des ressources. Mais comment ne pas voir les corrélations entre ces quatre périls planétaires ? Et surtout comment ne pas s’alarmer désormais d’une lancinante menace criminelle, insupportable, que nos stupides dirigeants successifs ont passivement laissé s’installer dans nos rues, nos écoles nos promenades, nos lieux de spectacle, de transport ou de culte ?

Le philosophe, à la fois révulsé, calme et profond, effectue une biopsie scientifique et sans faiblesse du phénomène islamiste. Il fallait d’ailleurs tout ce travail, très accompli, pour ne pas risquer d’être dénoncé par les inquisiteurs islamo-gauchistes qui ont érigé l’islamophobie, hors de toute qualification pénale sérieuse, en une sorte de crime religieux de type blasphématoire. Plus de 600 notes et citations précises transforment l’impeccable enquête de Taguieff en un réquisitoire implacable. L’œuvre est intellectuellement si riche que l’on peinerait à la résumer. Néanmoins quelques acquis s’en dégagent. Si vrais et si denses que bien peu de médias à ce jour se sont risqués à les relater avec exactitude, d’autant que le style riche, précis, et la démonstration scientifique découragent par avance toute critique bâclée.

Islam et islamisme

L’islamisme n’est absolument pas étranger à l’islam; il en est encore aujourd’hui une conséquence, quoique quelques penseurs musulmans, courageux mais isolés, proposent de le séparer du corpus religieux principal. Le passage d’un islam quiétiste (et laïco-compatible) à l’islamisme est imperceptible, et justifié par les sectateurs au moyen d’arguments textuels qui, pour si archaïques qu’ils puissent paraître à des esprits non musulmans (80% de l’humanité), ne sont malheureusement guère réfutables sur le plan du dogme religieux traditionnel, verrouillé.

Quant au passage de l’islamisme ordinaire à l’islamisme criminel, il s’effectue là aussi d’une façon indécelable, et assez logique au plan du raisonnement interne de la religion et de sa geste historique… Les textes anciens et la tradition (sahis, sunna), la littérature des Frères musulmans, le wahhabisme politique et d’État, les appels tant au jihad et au meurtre des juifs et des chrétiens par les organisations islamistes contemporaines qu’à la prise de pouvoir sur les pays européens, tout ceci qui a été écrit et publié par les islamistes, est patiemment analysé, décrit et résumé rigoureusement par Taguieff. L’islam, s’il n’est contenu ni par la raison humaine, ni par un cadre politique nécessairement strict, est par nature guerrier et s’affirme ostensiblement comme tel. Et donc, quels que soient les moyens envisagés et mis en œuvre, l’islamisme se donne vocation à prendre le pouvoir non seulement dans ses contrées d’origine mais encore dans tous les pays du monde. L’ennemi juif et chrétien – ou leurs complices régnants – est censé persécuter les musulmans. Cette victimisation, assénée et mise en scène, justifierait donc une légitime riposte contre l’Occident en général, la France colonisatrice en particulier.

Une lecture racialiste du choc des civilisations

L’islamisme fait une lecture historique et racialiste du choc des civilisations en s’inspirant des analyses de Samuel Huntington tout en les trahissant. Les idéologues islamistes intègrent cette vision de la guerre inter-civilisationnelle comme un fait acquis dont ils tirent toutes les conséquences.

Or face à ce phénomène d’assassinats de civils innocents dans des pays en paix, et de génocide des minorités du champ d’opérations, on constate un véritable déni (au sens psychanalytique du terme) par l’Occident, notamment dans sa « basse intelligentsia », comme l’appelle Régis Debray, qui refuse de façon la plus butée d’en reconnaître la dimension religieuse.

Les centaines de civils assassinés en Europe (près d’un millier) et les milliers de blessés nous obligent, désormais, à observer comment nous réagissons ou devrions réagir contre ceux qui revendiquent être nos ennemis.

« Tuer le Blanc »

Après avoir étudié « l’ennemi imprévu », Taguieff analyse longuement, de façon très pénétrante, nos réactions face à cet ennemi imprévu. Il recense plusieurs types de réactions, qui vont du déni à la complicité revendiquée et arborée. Il y a d’abord, en France, écumant de haine hystérique, le prétendu « Parti des indigènes de la République » qui ne se démarque pas franchement de l’islamisme et qui lui-même ne condamne pas les appels au crime du Manuel de Manchester et de sa logique très proche du nazisme. Outre la défense de la Palestine (qui aurait pu être justifiée autrement), le PIR clame que « la république est une religion islamophobe »! Sans réaction du président de la République. Toujours parmi ces détenteurs dénaturés de la nationalité française, s’élabore une agressivité anti-Blancs, les « Blancs » étant ravalés au rang d’ethnie concurrente, en perte de vitesse, sur un territoire banalisé, ouvert, sur lequel ils n’ont guère plus de légitimité. Le vocabulaire est sans équivoque : « abattre un Européen », « tuer le Blanc », « la haine raciale n’est-ce pas un sentiment blanc ? ». Indulgence ou éloge du  meurtre, ou simple exacerbation de la haine raciale lorsque, en toute impunité, le Bondy Blog reprend un texte de rappeur qui accuse la France de crimes ?

Des psys-à-tout-faire

Ces boutefeux non seulement vivent dans l’impunité mais encore s’attirent la bienveillance de « sous-chiens » (sic) authentiques : soit de simples bobos (« basse intelligentsia ») au cerveau détérioré par 40 ans de lecture non critique de Libé ou du Monde, pratiquant avec dévotion les rituels de la secte de la pensée unique ; soit, pire, des islamo-gauchistes, ou islamo-fascistes, fous de haine qui fantasment de conduire la nation à la guerre civile en affirmant qu’elle a commencé et qu’ils sont attaqués. Cette maladie intellectuelle se décline en divers sous-types : le sous-type branché-médias qui croit chic-parisien d’inviter des ennemis de l’Occident et des libertés, mêmes habiles comme Ramadan, à parler à des millions de téléspectateurs ; le sous-type anti-islamophobe (ou islamophile) qui, pour bien montrer qu’il est anti-extrême droite, valide de ce fait tout ce qui est lié à l’islam (la prétendue « religion des pauvres »), et même, en cas de crimes, s’efforce d’écarter sans examen, ou de minimiser, la motivation religieuse. En général, ces piliers de plateaux télés (par copinages de toutes natures), paresseux, arrogants et incultes ne connaissent rien à l’islam pour avoir été incapables de l’étudier. On y trouve aussi des psys-à-tout-faire pour qui la riposte adéquate à l’engagement de jeunes des cités aux côtés des génocidaires du Moyen-Orient est le séjour tous frais payés en pension de dé-radicalisation (le Château de Pontourny…).

50% de jeunes musulmans en rupture de ban

Alors, nous demande Taguieff, par l’effet de quelle faiblesse intellectuelle ne faisons-nous rien face au projet ouvertement proclamé de nous détruire ou de nous dominer ? Et d’ailleurs que faire alors qu’en  France, selon l’Ifop, 28% des musulmans adhèrent à une conception de l’islam inconciliable avec la République et que 50% des jeunes musulmans se considèrent comme sécessionnistes ?  À ces interrogations Taguieff répond qu’il faut « penser cet ennemi imprévu », ce qu’il fait de façon profonde et forte, en nous proposant 17 idées énergiques résumant sa position philosophique dont nous tenterons une synthèse : l’islamisme n’est pas étranger à l’islam (même si tout musulman n’est pas islamiste), mais le trouble vient du fait que tous – musulmans et islamistes – se fondent sur les mêmes textes. Toutes les formes d’islamisme ont pour but central de contraindre toutes les nations à obéir à l’ordre islamique, dans lequel les non musulmans seront inférieurs, les femmes séparées et inférieures, ce dont leur voile est la symbolisation. Le but ultime est l’instauration du califat universel, par tous les moyens y compris le jihad et l’assassinat aveugle. Les islamistes prétendent qu’ils ne font que se défendre contre un ennemi occidental, juif, blanc, chrétien, « croisé » (sic), colonialiste et mécréant. Impur et inférieur. Le rejet de l’islamisme, de son projet totalitaire criminel, n’est pas de l’islamophobie (cet artefact idéologique) mais de la légitime défense. En réalité, si l’Occident résiste aussi mal, c’est parce qu’il lui manque l’intelligence du phénomène islamiste et qu’il se laisse impressionner et intimider. Il faut rétablir la liberté pour les musulmans et les non musulmans de parler de l’islam comme de toutes les religions.

Quatre leçons sur la société

Nous nous permettrons, en outre, de suggérer quatre réflexions et suggestions personnelles.

– Les termes crus du Coran ou des traditions et exégèses – les « sahis » compilant des hadîths – qui sont contraires aux valeurs françaises doivent être édulcorés par un consistoire à créer, et les versions ayant des effets d’incitation violente, interdites.

– Le projet et les actes de Daech, d’Al-Qaïda et de leurs succursales, doivent être juridiquement déclarés génocidaires, comme cela s’infère d’ailleurs aisément de la loi française, issue de Nuremberg ; or notre code pénal punit de la réclusion criminelle à perpétuité le génocide : propagande, participation ou complicité.

– Les bi-nationaux qui trahissent la France doivent être déchus de la nationalité française.

– Au nom de la démocratie (comme en Suisse), des principes des Nations Unies sur les droits des peuples, et du principe sociologique de précaution, la population française doit être consultée sur la poursuite ou l’interruption des flux immigratoires massifs.

Les trois valeurs qui font l’essence de l’Occident, notre chair morale collective et consensuelle, et qui seules peuvent conduire l’humanité vers son salut et vers la paix sont :

– la Vérité, rendue accessible par les libertés, notamment celles de la spiritualité, de la connaissance, de la raison, du système politique,

– la Liberté, tant comme moyen que comme but suprême, spirituel, intellectuel et politique,  via les chemins de la vérité et du courage,

– l’Amour, fut-ce par ses formes laïques de l’Égalité, de la  Fraternité, de la Justice, de la solidarité et de la tolérance.

Des valeurs de remplacement

Les islamistes veulent éliminer ces valeurs et remplacer :

– la Vérité – et la liberté de la chercher – par un document intangible rédigé par un prophète chef de guerre du VIIe siècle, et les gloses tardives de ce document,

– la Liberté par la soumission des hommes à leur vision de leur dieu, et celle des non islamistes à la charia, avec ses statuts d’infériorité juridique (mécréants, femmes, esclaves),

– l’Amour et la paix par la haine, la guerre, l’assassinat, le génocide.

Pierre-André Taguieff, L’islamisme et nous : penser l’ennemi imprévu, CNRS éditions, 2017.

Danielle Darrieux, au revoir Mademoiselle

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Danielle Darrieux en 1948. SIPA. 00183109_000001

La comédienne Danielle Darrieux est décédée à l’âge de 100 ans. Elle était née en 1917.


Quand une actrice part, l’éloge automatique me donne la nausée. L’impression d’une deuxième mort en service commandé. Il y a quelque chose d’impersonnel et de sordide à dérouler la carrière de Danielle Darrieux, à agréger des époques de cinéma si différentes, à mélanger Guitry et Autant-Lara, à sauter à cloche-pied de Decoin à Chabrol, à faire la courte échelle à Jacques Demy, à ânonner, en somme, une fiche Wikipédia avec les maladresses d’usage. Résumer Darrieux à quelques bornes chronologiques, un joli minois et une longévité à rendre jaloux l’hypocondriaque Drucker ne rendra jamais compte de sa virtuosité gamine, celle d’un temps à jamais perdu.

Le spectacle comme défouloir

Être née en 1917 vous donnait, de facto, une allure, une profondeur et un caractère, autant de qualités que la mollesse de notre époque rejette avec force. Il faut avoir beaucoup fréquenté les femmes de la classe 1917 pour savoir de quel bois et surtout de quel métal, elles étaient faites. Bourgeoises en apparence, avec cette élégance apprêtée que le contrat social imposait alors, indépendantes et amoureuses éperdues, tentant de se frayer un chemin chaotique dans un siècle piégeux. Des rêves d’absolu dans un cadre contenu. Un sens inné de la survie et puis, en creusant à peine, une gouaille crâneuse, la tragi-comédie érigée en philosophie. Le spectacle comme défouloir. N’y touchez pas sinon je vous pique !

Ma grand-mère était née en 1917 et a eu une espérance de vie presque aussi hors norme que celle de Danielle Darrieux. Quoi de comparable entre une star de cinéma et une négociante en vins inconnue du public ? Quelque chose d’inexplicable dans le ton, la fraîcheur d’esprit, un côté bravache, le goût du paraître sans la vulgarité des gestes, toujours le mot pour amuser, taquiner, ce sourire enjôleur auquel les hommes furent incapables de résister et puis, la formule assassine quand le temps se couvrait. Un don pour rembarrer les emmerdeurs et tous les salisseurs du quotidien. En somme, l’esprit révolutionnaire de 1917 en jupon.

Les femmes de 1917

Darrieux, c’était ça, une voix perchée, la fausse légèreté car personne ne s’y trompait vraiment sur ses gouffres intérieurs et ce côté bélier indomptable dans un corps tellement désirable. Avec un mystère insondable en bandoulière pour couronner le tout. Les femmes de 1917 en avaient trop vu, trop soupé pour se laisser amadouer par les sirènes de la modernité. Elles restaient impénétrables et tenaient la baraque, coûte que coûte. Les féministes actuelles devraient en prendre de la graine.

Voilà pourquoi, lorsque j’ai appris le décès de Danielle Darrieux ce midi, j’ai tout de suite eu une pensée pour ma grand-mère, figure légendaire de mes tendres années. Puis, immédiatement, une image est venue percuter ma mémoire, celle de l’accident de Porfirio Rubirosa au volant de sa Ferrari dans le Bois de Boulogne au milieu des années 1960. Improbable fin de vie pour le diplomate dominicain, jadis mari exotique de l’actrice.

Au son muet du douze cylindres italien, son rôle dans Marie-Octobre de Julien Duvivier m’a ramené à sa filmographie. Peut-être pas son meilleur film quoique sa seule présence, en robe de soirée, au milieu de tant de mes idoles, m’a réchauffé le cœur, un instant. Cette femme savait s’imposer. En plus, ce soir-là, mes héros de pellicule étaient tous en garde à vue : Lino, Meurisse, Blier, Frankeur, Roquevert, Dalban, Reggiani et même ce garnement d’Ivernel. Je revois, non sans picotement dans la gorge, son visage lisse et cette résistance désespérée.

Quand une actrice disparaît, notre cerveau peine à raisonner. Il explose sous l’émotion et les films se brouillent. Darrieux m’est apparue au côté du Cavaleur (Jean Rochefort) dans cette belle propriété en friche où justement les souvenirs de la Libération refaisaient surface à la suite d’un concerto. La caméra poudrée de Philippe de Broca tenait la chandelle. Un magnifique halo de nostalgie la ceignait dans cette fin des années 1970.

La gorge nouée

Que les cinéphiles me pardonnent, quoique les puristes m’ont toujours agacé avec leurs manies de puceaux, j’ai aussi repensé instinctivement à Danielle dans L’Homme à la Buick de Gilles Grangier, une comédie de 1968 avec l’impalpable Fernandel. Ceux qui connaissent mon addiction automobile, s’attendent sûrement à ce que je leur fasse le panégyrique du break américain comme l’expression ultime du style. Qu’ils se rassurent, dans cette histoire policière gentillette se déroulant dans le port de Honfleur, la voiture est illusoire. Ce qui m’a toujours marqué, séduit et anéanti aussi, c’est le jeu tout en variations simples de Mademoiselle Darrieux, quand la bécasse notable laisse poindre l’étendue de son désarroi, avec une rare économie, juste une phrase en suspens, la gorge nouée. Peu d’actrices sont aptes à saisir ces moments de grâce.

Marie-Octobre

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L’écriture inclusive pour les malcomprenant·e·s sexistes comme vous et moi

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Capture d'écran du site: ecriture-inclusive.fr

L’écriture inclusive, c’est l’écriture pour tous. D’après un sondage, 75% des Français seraient pour. Mais seulement 12% seraient capables de dire ce que c’est… Tentative d’explication.


L’écriture inclusive est à la mode. J’essaie de m’y mettre, avec bien du mal. Il faut dire que je traîne un lourd handicap, séduite que j’étais par les raisonnements de l’Académie française. Elle prétend que genre grammatical et genre naturel sont disjoints, et qu’il existe en français un genre marqué et un genre non marqué ayant valeur extensive[tooltips content=’Voir http://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation-des-titres-et-des-fonctions On peut souligner que l’Académie ne parle pas de « neutre », mais de « genre non marqué » ou « extensif ». Comme on le verra plus loin, l’Académie ne précise pas dans ce bref texte que le genre marqué peut, plus rarement il est vrai, avoir valeur extensive.’]1[/tooltips]. J’en étais encore là lorsque j’ai publié mon affreux poisson d’avril 2017 imprégné de malveillance et nourri par ces arguments ringards. Maintenant que j’ai pris de bonnes résolutions pour la rentrée, je fais des exercices de rééducation. Mais il y a encore des choses que je n’arrive pas à faire ou que je ne comprends pas. Voici, par exemple, deux difficultés.

1. Je ne sais pas expliquer à un petit garçon qui vient d’entrer en CE1 comment on doit prononcer une séquence écrite ainsi :

« Les instituteur·rice·s conseillent à leurs nouveau·elle·x·s élèves d’être travailleur·euse·s »

J’espère que c’est correct : je tente d’appliquer les recommandations du manuel qui fournit la formule de composition des mots avec le « point milieu » et où on trouve également des listes de transcriptions[tooltips content=’Manuel d’écriture inclusive de l’agence Mots clés, dont la promotion figure sur le site officiel du Secrétariat d’Etat en chargede l’égalité entre les femmes et les hommes : http://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/‘]2[/tooltips]. C’est ainsi que, tentée d’abord d’écrire « nouveaux·elles », j’ai renoncé et observé plus scrupuleusement la règle indiquée page 7 du Manuel, ce qui donne dans mon application de malcomprenante : «  nouveau·elle·x·s ». Inutile de préciser que, d’ordinaire excellente dactylo en écriture « normale » (oops, pardon, en écriture macho), j’ai mis pas mal de temps à taper la séquence. J’excepte bien sûr le temps passé à trouver le code pour obtenir le « point milieu » : on nous rassure, les claviers vont bientôt remédier à ce défaut. N’empêche que même avec cette touche supplémentaire, il va falloir acquérir d’autres automatismes de frappe.

A lire aussi: L’écriture inclusive, la nouvelle fabrique des crétin·e·s

Revenons à notre séquence. Une partie se déchiffre en lecture alphabétique (en voyant ce qui est écrit, on sait quels sons on doit émettre) mais une autre partie ne peut pas se lire ainsi. En effet, dès qu’un terme contient un ou plusieurs « points milieu », il faut repérer les lettres à déplacer pour les coller à un radical commun qu’il faut isoler mentalement, puis ajouter les éventuelles marques du pluriel qui sont à coller aux mots déjà obtenus, toutes opérations d’autant plus difficiles qu’elles ne se présentent pas séquentiellement. Il n’y a plus de principe homogène de lecture.

A certains moments il faut dire ce qu’on voit, à d’autres il faut dire ce qui n’est pas écrit et recourir à une interprétation qui transcende la littéralité. Mais quelle interprétation ? Faut-il dire « les instituteurs et les institutrices » ou mettre en facteur l’article et se lancer dans un shortcharabia du genre « les instituteurs-trices » ou « les instituteurs-institutrices » ? Fort heureusement, je trouve en ligne un charitable article de Slate qui suggère des solutions pour me sortir de la « crétinerie » :

Qui s’habitue pendant quelques (sic)[tooltips content=’

On voit ici que les signataires – j’écris « signataires », stratégie d’évitement, parce que je ne sais pas s’il faut écrire « l’auteur et l’auteure » ou « l’auteur et l’autrice » ou « les auteur·e·s » ou « les auteur·rice·s » – ont aussi des problèmes avec le nombre et pas seulement avec le genre.

‘]3[/tooltips] temps à la lecture de tweets et d’articles en écriture inclusive en arrive tout naturellement à deux types de comportement. Premièrement, le cerveau transforme cette notation en un terme neutre: si nous lisons « les chanteur·euse·s», nous comprenons immédiatement qu’il s’agit des hommes et des femmes qui chantent. Et hop, passage au mot suivant, comme dans la méthode globale. Deuxièmement, s’il nous faut désormais lire un texte inclusif à voix haute, on prendra la peine de développer en disant «les chanteurs et les chanteuses», ce qui est moins lourd à l’écrit.

Sortir de la crétinerie, c’est une gymnastique : « hop » passer au mot suivant « comme dans la méthode globale », autrement dit zapper. Au diable la mécanique, vive la « compréhension » immédiate ! Ou alors à haute voix, c’est « développer » une séquence qui n’est pas écrite et qu’on va chercher où ?… mais dans sa « culture », dans ses « prérequis » ! Que voilà une bonne idée pour une école « inclusive » qui ne recourt à aucun présupposé, et qui pourfend les « implicites » générateurs de discrimination !

2. Comment fait-on dans l’autre sens ?

Je veux dire : comment fait-on avec les mots de genre marqué (dit improprement féminin) qui peuvent désigner des personnes de sexe masculin ? J’ai beau scruter les listes du Manuel, je ne les y trouve pas[tooltips content=’Je ne les trouve pas dans les listes. Car pour le nom personne, il est utilisé par le Manuel sans état d’âme au genre marqué (dit féminin) pour désigner aussi bien des femmes que des hommes. On y donne même en exemple la dénomination québecoise des Droits de la personne humaine : à moins d’être « malcomprenant·e » ou androphobe maniaque, on n’en déduit pas que seules les femmes ont des droits. Mais on en conclut que les signataires du Manuel, malgré leurs déclarations, souscrivent bien au concept degenre extensif proposé par l’Académie. Ils le réservent au seul genre marqué, mais ça ce n’est pas du sexisme, c’est seulement un juste retour des choses.’]4[/tooltips].

Je complique ma vie de malcomprenante en imaginant ce petit exercice pervers : transposer en écriture inclusive et gender-correcte le texte suivant.

« Les nouvelles recrues (de nombreuses personnes ont été admises), se sont bien vite adaptées. Celles qui ont été postées comme sentinelles n’ont rencontré aucune difficulté, même si les estafettes ont eu un peu de mal à remplir leur fonction. Mais une vigie prénommée Victor a été la dupe d’une mauvaise plaisanterie faite par une fripouille. L’enquête a réussi à identifier cette dernière – un garçon peu recommandable – et la victime a été réconfortée : Victor est à présent la vedette du régiment, décidément c’est une star. »

Faut-il opter pour la manière forte en inventant une forme « masculine » à affubler aux substantifs « recrue », « personne »[tooltips content=’Il faut distinguer le substantif et le pronom « personne ». Au sujet du pronom, le Dictionnaire d’orthographe de Jouette précise que, « étant indéterminé, il est accordé au masculin (je préfère dire : genre non marqué) singulier mais que « si le mot ne peut désigner qu’une femme, l’accord se fait au féminin ». Ainsi on écrira « Personne n’est assez prudent » et « Personne n’était plus belle que Cléopâtre ». Et le Dictionnaired’ajouter : « Alors qu’une reine dira : Personne n’est plus puissant que moi (les rois étant englobés dans la comparaison). »’]5[/tooltips], « sentinelle », « vigie », « estafette », « dupe », « fripouille », « victime », « vedette », « star » ? Ou bien faut-il les laisser tels quels en admettant qu’ils deviennent épicènes et ne faire varier que l’article ? En tout état de cause, on peut craindre que leur enlever la marque dite (improprement) du féminin, et dire « le victime », « le personne », etc., serait une « invisibilisation ».

Retrouvez Catherine Kintzler sur son blog Mezetulle

C'est le français qu'on assassine

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Les JO sont le contraire des droits de l’homme

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La nageuse Ai Shibata aux JO d'Athènes 2004. SIPA. 00497123_000009

Le Comité international olympique (CIO), par le biais de la Charte olympique, est capable d’introduire, sinon d’incruster, la terrible idéologie de la compétition, au nom du bonheur d’être ensemble, de la citoyenneté partagée, de la santé, de l’éducation, de la culture, etc. Le « but de l’olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique soucieuse de préserver la dignité humaine » ; et encore : « l’esprit olympique exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». « La pratique du sport, nous dit la Charte olympique, est un droit de l’homme ». Rien que cela !

Le mythe du surhomme à l’état pur

Une compétition sportive, les JO, qui passe pour naturelle et à laquelle personne ne s’oppose. Une compétition sportive dont même les opposants parmi les plus sincères ne cessent de louer les vertus. « Ce qui est magnifique dans les JO, estime par exemple la conseillère de Paris France insoumise Danielle Simonnet, c’est que vous découvrez plein de femmes et d’hommes qui sont extrêmement impressionnants dans leur grand courage, leurs prouesses et leur dépassement de soi ». Or, c’est précisément cette idéologie du « dépassement de soi » située au cœur du sport de compétition et de l’Olympisme qui ne va pas de soi. Des sportifs « impressionnants », des « prouesses »… Il faut avoir un peu de recul face au sport-spectacle qui, aujourd’hui, dépend tout d’abord d’un dopage massif et permanent de ses pratiquants (y compris dans le sport dit amateur). Mais surtout, il faut l’affirmer et le redire, le sport de compétition ne ressortit en rien du jeu ou de l’activité ludique qui font appel à la liberté de se mouvoir quand on veut et où l’on veut, à la gratuité, à la non-discrimination entre les sexes, à l’accueil de corps différents, à l’indifférence quant aux résultats, au refus de la performance, du record et de la prouesse, au rapport libre, organique et plastique avec une nature non artificialisée.

A lire aussi: Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

Le sport de compétition est, à l’inverse, la perversion systématique, l’inversion efficace et pratique du jeu et de l’esprit ludique, leur dégénérescence, leur métamorphose par le biais d’un temps mesuré (le chronomètre) et dans un espace toujours circonscrit (la piste, le stade, la piscine…). Avec la compétition, il s’agit de la transformation radicale de la fluidité essentielle du temps et de l’infinité finie de l’espace à travers la mesure des corps réduits à une série de chiffres dont l’apothéose est le record. Autrement dit, le sport de compétition renvoie à une abstraction qui n’en est pas moins – pour beaucoup d’individus encore – fascinante. Elle correspond en effet au mythe jamais assouvi du surhomme lui-même – le champion – lié à l’immense problème de surmonter l’angoisse actuelle vis-à-vis du corps occidental : l’amour-haine du corps au croisement de l’exaltation du travail et de la faiblesse de la chair, un objet de désir et la part inférieure de l’homme, le lieu de la cruauté voire de la morbidité et celui de la jouissance.

L’impérialisme, stade suprême de l’olympisme

Pour en revenir aux JO et contrairement à ce que leur nom indique, ils n’appartiennent pas au domaine du jeu puisqu’ils ne font jamais appel à une quelconque liberté d’organisation entre les individus (y compris celle d’arrêter de jouer), ne mélangent ni les sexes ni les âges et ne s’intéressent qu’aux vainqueurs. Le jeu, a contrario, méconnaît le dopage, l’entraînement démentiel, la professionnalisation, la victoire à n’importe quel prix (triche comprise). En outre, les JO ont fait disparaître les jeux traditionnels (les très nombreux jeux, par exemple, inventés par les Indiens aux États-Unis) au seul profit de sports dits modernes dont la compétition entre individus et l’implacable rivalité entre les nations est le seul moteur.

Il n’y a pas une seule épreuve des JO qui ne soit une compétition entre athlètes ou entre équipes. La compétition est le seul cadre organisationnel et le seul dispositif à partir duquel les JO, et plus généralement toute organisation sportive se mettent matériellement en œuvre et se déroulent selon leur propre logique. La compétition sportive signifie l’organisation maîtrisée, institutionnalisée et ritualisée de la confrontation par le biais de l’aménagement spatial et temporel de la lutte entre les individus ou entre les équipes. Dans cette logique compétitive universelle, seuls comptent les résultats à travers leur comparaison universalisée. La compétition elle-même induit ainsi une logique irréversible : s’entraîner durant des années pour pouvoir y participer après une succession d’épreuves de sélection, s’y maintenir coûte que coûte et quel qu’en soit le prix, et surtout en sortir le vainqueur.

L’essentiel c’est d’éliminer

Le sport de compétition, celui des JO, est à l’exact opposé des droits de l’homme. Derrière les sourires, de moins en moins flagrants ou purs, ce sont surtout les rictus de douleur qui apparaissent sur des visages grimaçants, des corps tordus par la souffrance, exténués par l’effort prolongé. On sait que les entraînements en Chine sont de longues séances de mise aux normes des corps d’enfants placés dans de véritables camps sportifs. Derrière les embrassades de fin de course, ce n’est de fait que la compétition la plus sauvage entre les individus qui s’exprime. Une compétition qui n’admet aucune empathie, aucune solidarité, aucun apitoiement vis-à-vis de l’autre. Malgré les sourires et la « bonne humeur » générale, l’amitié n’existe dans aucune course, aucune épreuve sportive, aucune discipline ; elle y est même proscrite. Le fair-play est lui aussi une pure illusion dès lors que la compétition n’engage qu’à tromper le concurrent (et le public) par le biais du dopage et de toutes sortes de tricheries.

Où est la courtoisie, la loyauté, la droiture dans l’acte sportif compétitif ? Que peut être l’« amitié entre les peuples » dont on nous rebat les oreilles pendant les brefs quinze jours d’une compétition olympique ? Franchement, il y a de quoi sourire. À l’intérieur du Village olympique, parqués dans leurs chambres (filles et garçons séparés, cela va de soi), les sportifs passent le plus clair de leur temps à consulter leurs mails ou à jouer à des jeux-vidéos. Hors de leurs chambres, ils s’entraînent…

Le sport barbare: Critique d'un fléau mondial

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Smart stadium: Le stade numérique du spectacle sportif

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Eric Zemmour vs Omar Sy : la défaite de la pensée

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zemmour omar sy weinstein
Eric Zemmour et Omar Sy. Sipa. Numéro de reportage : 00700535_000005 et Numéro de reportage : AP21201820_000009.

Eric Zemmour, Omar Sy et Harvey Weinstein sont dans un bateau. Devinez qui tombe à l’eau… Autopsie d’une polémique nulle et non avenue.


En 2014, le réalisateur Abel Ferrara sortait Welcome To New York, film ambitieux et polémique censé narrer la déchéance de Dominique Strauss-Kahn, projetant les néons rouges des clubs de strip-tease sur ces quelques jours qui ont transformé un président de la République en puissance, ivre de sa position de directeur général du Fonds monétaire international, en satyre habitué des soirées échangistes les plus glauques, sinon en criminel accusé du viol d’une femme de ménage devenue le symbole des violences faites aux femmes.

Joué par Depardieu, le personnage de Dominique Strauss-Kahn, rebaptisé Devereaux pour éviter les procès, montrait un homme dévoré par ses turpitudes, accro à la luxure, libidineux, boulimique de stupre, avide d’argent, grognant comme un goret affamé réclamant le sein maternel, sorte de pornocrate pipi-caca dont les jours heureux s’écoulaient à la manière du Salo ou les 120 journées de Sodome.

Les scandales sexuels révèlent les tensions identitaires

Dans un monde de dominants, les relations adultérines se limitent parfois au simple échange de liquide séminal, consommation rapide de femmes interchangeables pour se décharger d’un trop plein de testostérone. Qui, d’ailleurs, pourrait se refuser à ces grands enfants-rois habitués à être servis, révérés et admirés ? Néanmoins, la boulimie sexuelle des Dominique Strauss-Kahn et des Harvey Weinstein ne sauraient en faire des coupables, sans qu’ils n’aient le droit de se défendre. Car nous sommes passés d’un excès à un autre. Autrefois, les femmes étaient forcément tentatrices, jamais victimes d’agressions. Aujourd’hui, il suffit de « balancer un porc » anonymement sur les réseaux sociaux pour qu’une vie soit brisée.

Ces scandales sexuels agissent comme de puissants révélateurs des tensions à l’œuvre au sein de nos sociétés. Ainsi, les révélations multiples qui ont visé Harvey Weinstein ont eu des répercussions beaucoup plus larges, générant des débats et des commentaires, souvent outranciers. D’un Didier Lestrade dénonçant d’hypothétiques solidarités communautaires « sionistes » (avant d’effacer son tweet), à d’autres fustigeant la cabale antisémite que subirait Harvey Weinstein, les réactions n’ont pas toujours fait preuve de mesure, se déportant sur un terrain ethno-culturel tristement habituel.

L’image contient peut-être : 2 personnes, texte

Pourtant, rien de bien mystérieux dans une affaire au schéma très classique, vieux comme le monde, opposant celles qui couchent pour réussir à ceux qui réussissent pour coucher. Si les agressions sexuelles sont prouvées, Harvey Weinstein sera condamné. Fin de l’histoire ? Non, le « porc » doit être montré en place publique, exhibé pour l’exemple, et, avec lui, le système patriarcal qui l’a engendré.

Sy criminalise Zemmour

Les habitués des polémiques se sont donc baignés avec entrain dans ce capharnaüm médiatique. Eric Zemmour a notamment profité de l’occasion pour répondre à l’acteur Omar Sy, qui vient d’annuler sa tournée de promotion pour le remake de Knock : « Ici-même Omar Sy a demandé qu’on ne m’invite plus et m’a traité de criminel. Je veux simplement lui signaler qu’un criminel, c’est quelqu’un qui a commis un crime. Je sais bien que de Trappes à Hollywood il n’a pas eu le temps de maîtriser la langue française. Je pourrais l’attaquer en justice pour diffamation. Entre parenthèse, des criminels, il en a côtoyé si j’en crois les médias puisqu’il était très ami avec Monsieur Weinstein. »

De quoi transformer un sujet minuscule qui n’intéresse personne, la pensée de « la personnalité préférée des Français » étant aussi indigente qu’attendu, en un débat de société tenant en haleine le cercle de la raison déraisonnante, toutes tendances confondues.

…qui le nazifie

Il est dommage qu’Eric Zemmour, qui avait bien commencé en remettant à sa place Omar Sy et son épouse hystérique sur les réseaux sociaux, n’ait pas su se retenir d’en rajouter une couche. Soucieux de ne pas être assimilée aux lyncheurs de « porcs », il a ainsi affirmé « Moi, vous savez, dès que je vois une meute, je me méfie. Et là, c’est vraiment des méthodes étonnantes de délation. C’est-à-dire, pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi. ‘Dénonce ton juif’, ça aurait été parfait. […] C’est de la délation, point barre, c’est tout ce que c’est. » Pourquoi atteindre si promptement le point Godwin quand on en subit aussi régulièrement les conséquences ? Oui, le hashtag « Balance ton porc » est une idiotie, une de plus dans un monde où l’hystérie est la norme. Hystérie d’une société du spectacle où Eric Zemmour joue le rôle d’épouvantail avec bonheur.


Balance ton humoriste (raciste) : lettre anonyme au CSA

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Les Inconnus (Pascal Légitimus, Bernard Campan et Didier Bourdon) en 1989. SIPA. 00167450_000004

Homophobes, islamophobes, racistes, sexistes, poujadistes,…  balancez les Inconnus![tooltips content=’Note pour le CSA: ce qui suit est bien sûr ironique’]1[/tooltips] 


Très cher Conseil supérieur de l’Audiovisuel,

C’est un parent indigné qui vous écrit. Ma grande fille a eu la mauvaise idée de faire découvrir à sa petite sœur de 9 ans, via YouTube, l’intégrale des Inconnus. Ce groupe de fantaisistes, dont j’avais vaguement entendu parlé, a semble-t-il sévi avec beaucoup de succès dans les années 1990.

Mes enfants s’esclaffant de bon cœur, j’ai par curiosité et sans entrain regardé quelques-unes de ces vidéos aujourd’hui « collectors », paraît-il. Funeste visionnage. Mon sang n’a fait qu’un tour.

Je suis ainsi tombé sur ce sketch, aux relents particulièrement nauséabonds vous en conviendrez :

Les autres vidéos sont hélas à l’avenant. Tous les clichés les plus rétrogrades sont ainsi assénés par ce groupe de comique qui porte mal son nom, à mon grand désarroi. Homophobie, islamophobie, racisme ordinaire, sexisme, poujadisme, apologie de l’extrême-droite, vulgarité… tout y est. Et, pire que tout, cela fait rire notre jeunesse !

Que font les Indigènes de la République?

Je sais que votre haute autorité ne cesse de traquer les nombreux dérapages qui salissent trop souvent notre télévision nationale. Comme vous l’avez encore démontré récemment avec Laurent Baffie, ce bouffon macho et grossier, vous ne laissez plus rien passer. Pour combattre le politiquement abject, la moisissure, la beaufitude et le fascisme rampant d’un nombre croissant de nos concitoyens, vous avez fort judicieusement déplacé le curseur à l’extrémité opposée. Dans le pays de Robespierre et Jean-Marc Thibault, votre vigilance extrême vous honore. On ne transige pas avec la dignité humaine, fut-ce sous le fallacieux prétexte de faire rire.

Je sais qu’un nombre sans cesse croissant de nos téléspectateurs vous avertit quotidiennement de la moindre faute de goût cathodique. C’est la raison pour laquelle je remplis à mon tour mon devoir de veille sanitaire en dénonçant ci-joint certains sketchs, librement accessibles sur YouTube (et régulièrement rediffusés sur nos chaînes), qui devraient au plus vite être censurés par vos soins. J’avoue d’ailleurs ne pas comprendre pourquoi le Mrap, les Indigènes de la République et d’autres honorables mouvements du même acabit n’ont pas encore poursuivi en justice ces trois sinistres sires.

Que dire par exemple de cet autre sketch violemment islamophobe, censé représenter une speakerine de la télé française en… 2035 : une femme voilée (et moustachue!) au fort accent maghrébin.

Même Michel Houellebecq n’aurait pas osé. Cette parodie existe depuis près d’un quart de siècle, suis-je la seule personne dans le pays des droits de l’homme à m’en offusquer ?

Dans la même veine, ce pastiche de l’émission « Ushuaïa » où un clone casqué de Nicolas Hulot muni d’un haut-parleur croit spirituel de scander au cœur du Boulevard Barbès : « Rentrez chez vous les noirs et les bougnoules ! »… avant de prendre ses jambes à son cou. Vous trouvez ça drôle vous ?

Que penser aussi de ce clip vidéo où nos jeunes de banlieues, trop souvent stigmatisés, sont ici assimilés à des rappeurs analphabètes occupant leur journée à frauder dans le métro, à taguer et à faire des doigts d’honneur aux jeunes femmes… Comment peut-on laisser passer cela ?

Le mauvais goût n’a décidément aucune limite chez ce trio de comique populaire, pour ne pas dire populiste. Après l’islamophobie, le sexisme. Ainsi cette reprise borderline du clip de Didier Barbelivien et Félix Gray « A toutes les filles…»,  une vidéo elle-même très machiste. Guère étonnant quand on sait que Barbelivien a soutenu le très droitier Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle…

Bon bref, je m’égare. Dans cette parodie de Didier «Barbelavie» et Félix «Grave» – le calembour, une vieille tradition d’extrême-droite décidément – on voit l’un des chanteurs cogner sans ménagement sa femme (à la 50e seconde), le sexe dit faible étant réduit ici à un objet à grosse poitrine et à jupe très courte.

Lamentable ! Avec les Inconnus, on a le droit à tous les clichés les plus éculés. A l’instar de ce sketch, qui cumule racisme et sexisme, la double peine en somme. Dans ce reportage censé nous immerger au sein de l’hôpital public la nuit, des infirmières toutes antillaises font preuve d’indolence alors que les appels d’urgence s’accumulent.

A quand un gag sur les noirs qui ne savent pas conduire ou qui ne prononcent pas les «r» pendant qu’on y est ?!

Les lieux communs poujadistes sont également à la fête avec ces vampires Rap-tout, assoiffées de taxes en tout genre. Les Inconnus ignorent peut-être que nos impôts servent à financer nos écoles et nos hôpitaux…

Je n’épiloguerai pas non plus sur cette caricature de très mauvais goût sur les communistes, ce parti des 75 000 fusillés morts pour la France…

Ou encore sur cette parodie de chanteur engagé, indigné à juste titre par la guerre, les injustices et les malheurs du tiers-monde. Cela n’a vraiment rien d’amusant. Mais peut-on décemment laisser-dire que, je cite : « Charles Pasqua (ancien membre du SAC !) n’a pas toujours fait n’importe quoi » ou encore « Jean-Marie Le Pen, il dit pas que des conneries » !

Je ne peux accepter qu’en 2017 nos enfants puissent avoir librement accès à de telles vidéos. Même si ma petite fille semble préférer les chaînes Gulli et Télétoon, je lui impose Arte tous les soirs, pendant le dîner. Et France Inter au petit-déjeuner. Malgré ses larmes, cela lui offre un cadre de pensée légitime. C’est la mission du service public d’indiquer à nos petites têtes blondes le chemin à suivre. Et à vous d’y veiller.

Aussi, cher CSA, ai-je été stupéfait d’apprendre que ces nombreux sketchs avaient été diffusés en leur temps sur France 2, chaîne phare du service public. J’espère que les responsables seront a posteriori sanctionnés car il y a des domaines où la prescription ne peut être de mise et tout compromis, intolérable. De même, je compte sur vous pour épurer YouTube et toutes nos chaînes de télé de toutes ces farces écœurantes d’un autre temps.

Je tiens d’ailleurs à votre disposition une liste de comiques qui ont eux aussi dérapé à de nombreuses reprises, même si beaucoup sont désormais décédés.

Encore merci pour votre action et votre vigilance !

Signé : X

 

PS : J’envoie une copie de cette missive à Marlène Schiappa.

PS 2 : J’ai croisé avant-hier dans l’escalier mon voisin qui, pendu à son téléphone, tenait ces propos : « Tu connais l’histoire du juif, de l’arabe, du noir, du pédé et du handicapé qui sont sur un bateau… ? » J’ignore si cela entre dans vous attributions, mais je peux vous communiquer ses coordonnées complètes si vous le souhaitez.

Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien

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Harvey Weinstein, octobre 2017. SIPA. AP22117728_000001

Pour Weinstein, « tout le monde savait ». Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi personne n’a rien dit?

Peut-être parce que la nature humaine est plus complexe qu’on feint de le penser.

Dans le monde universitaire, les postes sont précieux et les carrières reposent en grande partie sur des procédés de cooptation. Alors il n’est pas rare de rencontrer, au détour d’un couloir où d’un colloque, un gentil « collègue » plus âgé qui vous explique qu’il peut « vous aider ». Et cet univers d’intellectuels n’étant pas particulièrement hétéronormé, le phénomène concerne de manière égale les jeunes chercheurs des deux sexes.

#balancetacochonne

C’est aussi le cas dans le monde du cinéma, et l’info est trop peu relayée :

hommes-victimes-acteurs

A quoi il faudrait ajouter le nombre considérable de vieilles cochonnes qui lorgnent sur les nouveaux doctorants et se proposent de leur donner des séances privées d’initiation aux outils informatiques de la recherche. Hashtag #balancetacochonne.

A lire aussi: « Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé ! – Par Elisabeth Lévy 

Mais en lisant et en écoutant tout ce qui se dit autour d’Harvey Weinstein, et notamment, en entendant revenir de manière récurrente cette question « pourquoi, alors que tout le monde savait, n’a-t-on jamais rien dit ? », j’ai repensé à mon Harvey Weinstein. Et moi je sais.

Mon Harvey Weinstein

La plupart des HW ne sont pas stupides. Ils ont soin de ne pas se mettre en infraction vis-à-vis de la loi. Seuls les plus fous d’entre eux vous coincent contre un mur ou vous envoient de très compromettants textos. Mon HW a fait venir la jeune collègue dans son bureau et l’a invitée à s’asseoir, non point sur le fauteuil, en face de son bureau, mais à côté d’elle, dans le petit salon qui occupe la moitié de la pièce. Elle connaît la réputation du bonhomme. A une amie qui lui disait : tu vas vraiment y aller ? Elle a répondu qu’on ne refusait pas un rendez-vous de travail en alléguant la réputation de quelqu’un et que, malheureusement, elle n’avait donc trouvé aucune raison valable de refuser. « Et puis il ne va pas me sauter dessus, quand même ! » Il ne lui sautera pas dessus. Il l’a convoquée sous prétexte d’évoquer le contenu d’un cours qu’elle doit donner. Mais la jeune collègue aura toutes les peines du monde à le faire rester dans le thème: si elle a des questions, elle n’aura qu’à lui envoyer des courriels dans l’année, tranche-t-il d’emblée. Ce rendez-vous, dit-il, c’est aussi l’occasion de « faire connaissance ». Ainsi, lui, il considère qu’il ne faut pas rester borné à l’étude des lettres. Être littéraire, c’est savoir s’ouvrir à… la pornographie par exemple. « Ah bon ? » Elle lui parle de sa thèse sur les moralistes : oh, mais il y a un grand moraliste auquel elle devrait s’intéresser de près, le marquis de Sade. « Vous croyez ? » Comme il se trompe sur l’attribution d’une citation de Pascal, elle le reprend poliment. Il rétorque : « je me sens si troublé auprès de vous que je ne sais plus ce que je dis ». Elle évoque une femme, Professeur, qu’elle admire particulièrement. Il répond : « c’est moi qui l’ai faite ». Une autre ? « Elle aussi, c’est moi qui l’ai faite ». Et ainsi va la conversation, sorte de calvaire interminable mais juridiquement inattaquable. On ne porte pas plainte contre quelqu’un qui, tout en accumulant les sujets gênants, vous a, durant une demi-heure, « regardée comme un morceau de viande » pour reprendre l’expression de Léa Seydoux.

Et surtout, toute dégradante que soit cette conversation, on a eu l’occasion de dire non, ou plutôt de ne pas dire oui : on n’a pas été forcée. Parce que ce qui se dessine entre les lignes, c’est bel et bien une « tractation » (Florence Darel emploie ce mot au sujet du comportement de Weinstein avec elle). Ces femmes que tu admires, me doivent leur carrière. Si tu veux la même qu’elles, c’est Sade, le porno et sois sensible à mon « trouble ». La raison pour laquelle je ne donnerai pas le nom de cet Harvey Weinstein, que certains auront reconnu, c’est justement (outre le fait qu’on ne crache pas sur les morts)  que, même si c’est un porc, il n’a rien fait de répréhensible. Il était trop malin pour cela.

Les tractations dangereuses…

Le problème est que cette « tractation » nous laisse faussement libres. Les jeux sont pipés. Cet homme n’est pas une minable petite frappe qui, au coin de la rue, vous demande si « y a moyen ». C’est quelqu’un pour qui vous êtes censée éprouver du respect, quelqu’un, surtout, qui a un pouvoir énorme sur votre carrière. Pour peu que vous accordiez beaucoup d’importance à celle-ci, plus même qu’à votre honneur, le choix qui s’impose n’est pas nécessairement celui que j’ai fait.

Pour ma part, j’ai adopté une attitude de froideur et de distance. Il reviendra à la charge au bout de quelques mois et, apprenant à ce moment que j’étais enceinte de mon premier enfant, ne me relancera pas.

Le principe étant de « faire connaissance » avec toutes les nouvelles jeunes collègues, je savais que mes camarades avaient eu droit à la même entrevue. Ce qui m’a surprise, c’est de voir comment quelques-unes se comportaient suite à cela. Je ne saurai jamais jusqu’à quel degré d’intimité elles avaient pris le parti d’aller. Mais elles avaient, pour certaines du moins, choisi d’entrer dans un jeu de séduction dangereux. Elles…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

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Le stade olympique de Montréal: son toit ouvrant censé être effectif pour les JO de 1976 n'aura jamais fonctionné. Photo: Daniel Thierry

Connaissez-vous le syndrome de la robe de mariée? On prétend que cette dépense somptuaire est raisonnable, car la chose resservira ensuite pour d’autres grandes occasions. Ce qui, bien sûr, n’est jamais le cas. Exemple typique: les équipements sportifs hors de prix bâtis par les villes qui accueillent les JO. 


Amsterdam, le 12 mai 1970. Après une longue campagne pleine de rebondissements et deux tours de vote, le Comité international olympique (CIO) choisit Montréal comme ville hôte des Jeux olympiques d’été 1976. De retour chez lui, une petite semaine plus tard, Jean Drapeau, maire de l’heureuse élue, tient à rassurer les journalistes, plutôt sceptiques, ainsi que ses administrés. Les Jeux seront placés sous le signe de la simplicité, promet-il, répétant inlassablement qu’autofinancés par les revenus générés, ils « ne coûteront pas un sou aux contribuables ». Mieux encore, assure-t-il, « les Montréalais seront plus riches d’un stade et ça n’aura rien coûté ». Et l’édile de conclure par cet engagement aussi solennel qu’imagé : « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte ».

Montréal, 720% de dépassement

Un peu en avance sur son temps, l’éternel maire de Montréal (1954-1957, puis 1960-1986) n’avait pas complètement tort : l’homme enceint(e) n’est plus qu’une question de temps et le dépassement des coûts des JO de Montréal a atteint 720 % ! La Ville n’a fini de rembourser ses emprunts qu’en 2006, trente ans après la cérémonie de clôture. Respectivement, il est difficile de déterminer qui de la gymnaste prodige Nadia Comăneci ou du vieux routard de la politique québécoise Jean Drapeau (60 ans en 1976 !) aura réalisé les meilleures performances acrobatiques.

A lire aussi: Paris 2024: les JO d’Hidalgo, vous ne pouvez pas être contre ! – Par Elisabeth Lévy

À la décharge de Jean Drapeau, père du métro et de la loterie montréalais, on peut invoquer son ignorance : à la fin des années 1960, il était difficile de prévoir la débâcle à venir en se basant sur le bilan des six olympiades d’après-guerre (1948-1968). Quarante ans plus tard, il est impossible d’ignorer l’abondante littérature universitaire consacrée aux aspects économiques des JO d’été et d’écarter le consensus qui s’en dégage. Comme le formulent Robert Baade et Victor Matheson, deux spécialistes de la question, « la conclusion qui s’impose est que dans la plupart des cas, les JO sont une mauvaise affaire pour les villes hôtes, le contraire étant vrai uniquement dans des circonstances très rares et spécifiques ». Pourtant, pendant leurs campagnes, les villes candidates à l’organisation des JO continuent de promettre à leurs opinions publiques non seulement une gestion sobre et rigoureuse des coûts, mais surtout des retombées économiques importantes.

Les bons comptes font les bons paris

Ces promesses s’appuient en général sur des études prévoyant d’importants effets positifs en termes de recettes directes et indirectes, ainsi que des créations d’emploi largement exagérées. La raison principale du hiatus est que ces études, commandées par les villes candidates, se fondent sur des raccourcis. Ainsi, pour estimer la contribution au PIB, les recettes prévues ne prennent pas en compte les dépenses alternatives (un Français qui achète un billet pour un évènement sportif en 2024 aurait probablement dépensé cet argent autrement si les JO avaient eu lieu ailleurs, l’impact sur le PIB est donc nul ou minime).

Autre problème : l’estimation des effets sur le tourisme. À Londres, par exemple, le nombre de touristes pendant l’été olympique de 2012 (6 millions) a été plus faible qu’à l’été précédent (6,5 millions), probablement parce que beaucoup des voyageurs ont évité cette destination, craignant légitimement de subir des prix élevés et des foules de supporters. Pourtant, les prévisions économiques présentent le nombre de touristes déplacés spécialement pour les JO comme un gain net pour l’industrie touristique locale. Certes, les tarifs élevés des chambres d’hôtel compensent peut-être la perte de chiffre d’affaires. Mais s’agissant de villes déjà très prisées comme Londres ou Paris – où le tourisme de masse commence d’ailleurs à poser problème –, on a du mal à croire que les JO dopent le tourisme ou contribue à les faire connaître du monde entier. Quant aux retombées sur l’emploi, JO après JO, les prévisions relèvent carrément de la science-fiction : la réalité se résume à quelques milliers de postes créés, majoritairement temporaires.  Enfin, les coûts des équipements sportifs de grande envergure sont presque toujours sous-estimés. Sans reparler du stade de Montréal, songeons au difficile financement du stade Pierre-Mauroy de Lille. Et l’argument selon lequel ces équipements sont un bénéfice net pour la collectivité relève souvent du principe de la robe de mariée : pour avoir bonne conscience, la future épouse se dit qu’elle rentabilisera le prix exorbitant de sa robe en la portant à d’autres occasions. Et bien sûr, cela n’arrive jamais.

La privatisation de l’intérêt général

Reste l’effet « feel good » – dont la mesure relève davantage de la littérature que de la science : la fierté locale et nationale et l’effet escompté en termes d’optimisme, de dynamisme et de mobilisation. Ces arguments recevables figurent généralement à la fin de la liste, brandis en dernier recours quand les données économiques ne font pas l’affaire. En ce cas, il serait plus honnête de dire : « On va s’offrir un grand défi couronné par une grosse fête. Ça va nous coûter bonbon, mais tant pis, on va s’éclater. » Au moins, on saurait à quoi s’en tenir…

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Dans ces conditions, pourquoi se trouve-t-il encore des villes pour croire qu’accueillir les JO est une grande victoire, comme si on était toujours dans les années 1970 ? La réponse est que même si l’intérêt général n’y trouve pas son compte, beaucoup d’intérêts particuliers en sortent gagnants, sonnants et trébuchants. C’est le cas des comités olympiques nationaux et des politiques, comme Jean Drapeau, qui voulait entrer dans l’histoire en encaissant au passage budgets, postes et contrats à distribuer (il est vrai que sa trace historique n’aura pas été à la hauteur de ses espérances). Enfin, le secteur du BTP ne boude pas les grands projets d’équipements et d’infrastructures qu’il faut livrer en temps et en heure, donc littéralement coûte que coûte !

Néanmoins, plusieurs villes candidates aux JO ont fini par renoncer sous la pression d’une opinion publique avertie. Ce fut le cas récemment de Hambourg et de Boston, deux villes où, à la différence de ce qui s’est passé à Paris, le débat s’est ouvert avant la décision du CIO.

Terrorisme: enfin un traitement de choc!

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Les tentatives de traitement psy des djihadistes s’étant en général avérées aussi efficaces que les illuminations de la tour Eiffel, un médecin a décidé de renverser le problème : déradicaliser la mémoire des victimes en gommant leurs souvenirs les plus traumatisants. Le 14 septembre, le magazine de France 2, « Envoyé spécial », nous a appris qu’il existait désormais un médicament pour ça.

Expérimenté sur 120 volontaires ayant survécu aux attaques du Bataclan et de Nice, ce protocole s’appuie sur un bêtabloquant connu depuis les années 1970 pour son efficacité contre l’hypertension, le propranolol. D’après Alain Brunet, le psy canadien à l’origine de cette thérapie, ce médicament « a la propriété de bloquer certaines protéines du cerveau qui aident un souvenir émotionnel (…) à se matérialiser ». Bref, le procédé se révèle « novateur de simplicité », comme l’indique si joliment la réalisatrice du documentaire.

Déradicaliser l’amour

On regrettera cependant qu’« Envoyé spécial » n’ait pas été exhaustif sur les vertus miraculeuses de ce nouveau traitement. Le très sérieux site Québec Science est allé interroger Michelle Lonergan, une doctorante de l’Institut de santé mentale de l’Université McGill, qui travaille sous la direction du même Alain Brunet.

D’après la chercheuse, le propranolol pourrait se révéler efficace contre ce qu’elle qualifie de « blessures romantiques », vécues par les gens « dont la vie chavire soudainement parce que leur conjoint les quitte, est infidèle ou les trahit ». Un médicament grâce auquel les chagrins d’amour ne durent qu’un jour ? À mon avis, dès la mise sur le marché, les stocks seront en rupture…

PMA/GPA: l’enfant pour tou·te·s est arrivé!

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"Bruno" avec Sacha Baron Cohen.

L’enfant de l’amour est de retour : le serpent de mer. Corrigeant la communication exaltée de Marlène Schiappa, le Premier ministre a annoncé récemment que le gouvernement profiterait de la révision de la loi de bioéthique de 2018 pour y inclure la PMA pour tous, ouvrant ainsi la voie à la GPA. Ce qui s’appellera faire d’une pierre deux coups. Merci à notre revue préférée de nous offrir, ce mois-ci, un avant-goût du match inédit à venir, avec  la photographie de la gaie farandole d’Anne, Jack et les autres, à la frimousse épanouie, tenant une banderole qui vaut son pesant d’égalité, de fraternité et de constitutionnalité : « PMA Filiation Egalité. »[tooltips content=’Voir Causeur n°50, octobre 2017, page 25′]1[/tooltips] Macron ne lâche rien. Les « bioconservateurs » non plus. A vos marques !

Et Taubira créa le mariage pour tous

Cette loi à venir s’inscrit dans le long temps. Le très long temps. Des millions d’années après le Big bang originel, on tombe sur Homo sapiens. Passons les étapes suivantes. En  un tour de cuiller à pot, autre big bang : l’ère Taubira, inaugurée par Amandine, avec l’homo sexualis sexualis. Plus besoin de copuler à l’ancienne, sur un lit de bruyères fossilisées, avec un partenaire d’un autre sexe. On est père et/ou mère (inclusion oblige) par action, par intention et par omission. On s’y… perd un peu mais comptons sur la chambre incubatrice de cerveaux pour nous y retrouver. Ce sera du lourd. Avec ce saut anthropologique, impossible de revenir en arrière. On ne sait pas trop pourquoi mais c’est ainsi. Aussi bien Madame Taubira avait-elle salué dans le « mariage pour tous » non seulement une révolution (c’est dans nos gènes) mais l’avènement d’une nouvelle civilisation.

Le mariage, c’est le mariage. Autrefois, dans des temps très anciens, l’impuissance était une cause de nullité. Mais ça, c’était le code Napoléon (un sacré machiste). Nos mariés de l’ère I, on ne peut dire que, s’ils sont heureux, on puisse leur souhaiter, pour l’instant, beaucoup d’enfants.

La technique au service de l’infécondité

Pour pallier cette infertilité sociale et/ou culturelle, l’homo sapiens sapiens a bien inventé des techniques opérationnelles depuis pas mal de temps, en attendant le droit opposable de l’enfant. Seulement voilà, ces moyens de production ou de reproduction restent à voter chez les primates que nous sommes et cette loi, ne nous le cachons pas, aura forcément une incidence sur le panier de la ménagère. Les gamètes, c’est comme les ortolans, c’est rare et cher. Le marché, il est vrai, s’avère de plus en plus juteux. Qui veut des gamètes ! Achetez mes gamètes ! Pour un p’tit gars tout frais, tout beau !

Madame Taubira avait l’art du verbe (dont n’a pas hérité son émule). On se souvient de ses élans poétiques à la Chambre des députés qui lui avaient valu, dans l’hémicycle, des éloges unanimes. Elle avait réuni les représentants des sept cultes (un chiffre sacré ?) et leur avait dit avec pertinence : « Le Code civil n’est pas votre champ. Ce n’est ni la Bible ni le Coran ni la Torah ». Fermez le ban. Tant il est vrai que l’ère de la Révolution française n’est jamais close. Et les muphtis de partir tout penauds. Madame Taubira avait dit aussi un jour : «  Qu’est-ce que la sexualité ? Seulement la reproduction ? » Là, pas besoin d’être grand muphti pour dire que ça y aide quand même un peu. Napoléon affirmait que ce qui resterait de lui, ce n’était pas Austerlitz mais son Code civil. Napoléon est un fils aléatoire de la Révolution et le nouveau Code civil achoppe sur la voie naturelle. A moins de passer au forceps, faire des enfants à plusieurs et les enregistrer sur un code de nationalité, ce n’est pas simple comme bonjour. En attendant que Marlène garde son sang-froid! La France n’est pas encore dans la rue.

Un saut anthropologique

Pour arriver à ses fins, que ne ferait l’espèce ? L’être humain ne cesse de jouer sur les deux tableaux de la nature et de la société. On comprend que le monde puisse être classé en « bioconservateurs » et les autres, adeptes de la révolution anthropologique. On peut dire aussi que, s’il y a, pour certains, une origine divine à la loi naturelle de la procréation, force est de reconnaître que cette loi l’emporte par sa simplicité sur une procréation assistée où les humains besognent à qui mieux mieux et plutôt mal que mieux, faute de l’outillage requis. La Nature fait efficacement les choses, avec le minimum de moyens et sans tralala. Economie non négligeable dans cette période de crise que nous vivons dont la Sécurité Sociale est la première victime. Avouons-le aussi. Tous ces débats procréatifs n’entravent-ils pas la joie de vivre nécessaire à la fertilité d’une nation ? Nul doute que des études démographiques très sérieuses vont le prouver prochainement. Dans ces conditions, invoquer un saut anthropologique irréversible est peut-être aller vite en besogne. Le calendrier révolutionnaire a duré treize ans. Un recul s’imposerait de quelques années lumière sur ce saut anthropologique avant de l’inscrire dans une loi.

La manif pour tous diabolisée

Quand il y a eu les manifs contre le mariage pour tous, que n’a-t on dit dans les médias télévisuels et les autres sur l’homophobie des manifestants ! Ce fut une accusation récurrente et indigne. Alors que les médias et les gens avertis savaient pertinemment que le Pacs ouvrait sur le mariage et tous ses droits. Et que le mariage entraînerait l’ouverture à la PMA et la GPA. On y est. Elisabeth Schemla l’écrit explicitement dans son dernier livre : « Les associations LGBT et homoparentales, un lobby gay surtout parisien relayé par la gauche, savaient pertinemment ce qu’ils enclenchaient. S’ils n’avaient pas eu d’arrière-pensée concernant la légalisation de la PMA et de la GPA, ils n’auraient pas réclamé le mariage… ». C’est on ne peut plus explicite. Réécoutons sur You Tube  l’émission de LCP, en date du 21 décembre 2012 sur le Pacs. Jean-Luc Romero  y dit en rigolant combien ses amis et lui rigolaient justement qu’on se moquât de Boutin laquelle avait raison de dire que le Pacs était la porte ouverte au mariage. « Bien sûr qu’elle avait raison.. » dit-il mais, dit-il encore : « On va dire tout le contraire devant les médias… Bien sûr qu’on rigolait. »  On imagine ce que ça doit être maintenant.

Tout enfant a une mère

Le temps est donc venu de la démystification pour tous, en tout. Tout le monde le sait bien : personne n’a deux mères, deux pères, une maman 1 et une maman 2, un père biologique et un père d’intention, sauf métaphoriquement où tout est permis : même un père spirituel si vous le désirez. Un enfant né par GPA d’un père – fût-il très célèbre – a une mère : la femme qui l’a porté. Qu’on le veuille ou pas, qu’on le dise ou non. Car personne ne peut aller contre le principe de réalité. C’est se moquer que de faire croire à une autre filiation décrétée en l’an de grâce 2013. Comme ils doivent encore plus se marrer, en effet, de nos  états d’âme et de conscience et de nos procédures, ceux qui militent pour les lois sur la PMA et la GPA !  « Patriotes ! Faites des enfants ! » lisait-on en lettres noires, il n’y a pas longtemps, sur les murs des maisons et sur le bitume. Faites des enfants par la voie naturelle, efficace et rentable ! Le Grand Marché vous tient par la barbichette ! Ne vous laissez pas faire ! Ne nous cassons pas la tête ni la tirelire de l’Etat !

Allons voir chez les Grecs

Oedipe n’est pas l’homme du divan mais celui qui veut savoir son origine. Antigone, c’est celle qui, adepte de la ligne rouge, fait prévaloir, quoi qui lui en coûte, la loi de sa conscience, en enterrant son frère malgré le décret de Créon. Le philosophe Diogène, se promenant sur l’agora avec une lanterne, répondit à celui qui l’interrogeait : « Je cherche un homme » ( au sens 1 du Dictionnaire de l’Académie Française). Récemment, à la Bibliothèque Médicis, Eva Ionesco, présentant son livre, disait sa joie d’avoir retrouvé sa  filiation paternelle.

Tous les grands écrivains, parce que c’est l’honneur d’être un homme, se sont aussi posé la question : qui suis-je ? D’où suis-je venu ? Où vais-je ? Sans ces questions et des réponses dignes d’elles, on peut faire de l’homme, avec l’homme, tout ce qui  possible. Il y a pourtant des lignes rouges à ne pas franchir.

Chaque époque connaît la tentation d’une idéologie. Au lieu de croire que nous réinventons la machine à vapeur, débusquons dans cette idéologie de la filiation fictive une loi du marché ultralibéral, à l’œuvre, en ce moment, dans notre pays même. Ce serait étrange de parler des idéologies mortifères des siècles passés et de ne pas voir celle qui crève nos yeux ! On ne peut pas dénoncer l’ultralibéralisme là et l’accepter ici. Comme le dit très justement Virginie Tellenne alias Frigide Barjot : « La procréation, avec les technologies et les géants économiques qui en sont les maîtres, est devenue l’otage du marché mondial de l’ultralibéralisme. » Ces lois sociétales sont tout simplement des lois du marché que nous refusons de nommer parce qu’il faudrait nous tirer de notre aveuglement ou de notre confort.

Fils de personne

Faisons un rêve. Un jour, Zeus eut mal à la tête. Il demanda à Héphaïstos de le soulager. Héphaïstos lui donna un grand coup de hache sur la tête. Athéna, déesse de l’intelligence, en sortit toute casquée et lui dit : «  Seigneur Zeus, tout le monde est dingue ! L’ère de la PMA et de la GPA est dépassée. L’avenir est à l’artefact. Il faut faire des enfants par la tête ». Jupiter se réveilla, prit les drapeaux français et européen, s’en enveloppa et entonna l’hymne de Johnny Hallyday pour conjurer les démons ambiants : «  Y en a qui sont nés dans les plis du drapeau / Pas moi. Avec dans leur berceau les milliards de leur père / Pas moi. On leur apprend que tout peut s’acheter. / Pas moi.  Je suis fils de personne. »`

Jupiter leva les yeux sur Marlène, plantée devant lui, hors d’elle, qui lui demandait d’accélérer le mouvement législatif. « Keep quiet, Marylin ! »  lui dit-il. Le soir, il ouvrit le roman de Montherlant placé sur sa table de chevet par Brigitte : Fils de personne, où il lit qu’un enfant, c’était pas de la tarte – et le président s’endormit du sommeil du juste. C’est ainsi que Jupiter renonça à la PMA et à la GPA pour tous et qu’il laissa son nom dans l’histoire de France.