André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé: « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

On peut arguer que l’engagement dans la violence islamiste de bien des jeunes musulmans des banlieues s’explique par un mal-être dû à des causes sociales et économiques, et surtout au racisme dont ils sont victimes. Certes, le racisme sévit en France, comme partout ailleurs dans le monde, mais il est absurde de prétendre que l’Europe ne pense qu’à expulser les musulmans, alors qu’elle en compte environ vingt millions et qu’elle continue, chaque jour, à en accueillir. Par ailleurs, face au terrorisme, on peut dire que les populations française, belge, anglaise ou allemande sont restées, jusqu’ici en tout cas, d’une grande dignité et, heureusement, s’il y a eu certaines mosquées taguées et de nombreux propos racistes sur les réseaux sociaux (mais il y en a autant sinon plus sur les juifs), il n’y a eu, jusqu’à présent, aucune manifestation à caractère raciste ni « ratonnades » comme il y en eut en 1961 à Paris.

Certes, cette conduite n’est finalement que conforme aux valeurs que nous prétendons porter, mais pourquoi tant des nôtres passent-ils leur temps à parler d’un effroyable racisme antimusulman structurel, voire gouvernemental, alors que, contrairement à ce que veulent faire croire le CCIF ou les Indigènes de la République, ce racisme n’est nullement d’État (pas plus que ne l’est, d’ailleurs, l’antisémitisme). Au contraire, de peur de passer pour islamophobes, les autorités gouvernementales françaises (et belges, anglaises ou allemandes, d’ailleurs), non seulement ne font jamais d’amalgames, mais elles s’abstiennent systématiquement, après chaque attentat, de prononcer les mots d’islamisme et même souvent de terrorisme.

« Le politiquement correct fait des ravages »

Boualem Sansal en témoigne : « Un peu partout, et paradoxalement dans les pays de vieille démocratie, écrit-il, le politiquement correct, inspiré par la peur ou le souci de ne pas exacerber les tensions entre les communautés, fait des ravages. Il empêche le vrai débat et l’émergence de contrepoids aux intimidations des uns et des autres. » Il ajoute cet argument qui échappe à nos bisounours, à savoir que, « aux yeux des radicaux, cette retenue est vue comme la preuve que la société est prête à capituler, qu’il suffit de la pousser pour qu’elle se brise ».1

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Prenant pour exemple le discours de François Hollande lors de sa visite triomphale au Mali après la libération, par le contingent français, de Tombouctou occupée par les islamistes, Boualem Sansal montre comment les interdictions sont devenues insidieuses en Europe. Le président « n’a à aucun moment prononcé les mots essentiels “terrorisme islamiste”. Son esquive a été reçue comme “élément de langage” pour tous, depuis plus aucune voix autorisée en France ne prononce ces mots. » Jugement de l’écrivain : « En n’appelant pas le terrorisme par son nom, Hollande trahit les militaires français qui se battent sur le terrain contre les islamistes […], il trahit les otages français entre leurs mains, il trahit les Maliens qui ont souffert sous la férule et qui eux le nomment sans hésitation ni ambiguïté, et il trahit les musulmans qui savent bien ce qui nuit à leur religion et à leur pays. »

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques