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Cheminots-étudiants: pour la divergence des luttes!


Le combat pour le service public est trop sérieux pour le laisser nuitdeboutiser par les consternantes revendications étudiantes.


À France Inter, on y croit. Chaque jour, depuis le début du mouvement de grève à la SNCF, on voit frémir la Vierge, la fameuse convergence des luttes dont on espère qu’elle opèrera la transsubstantiation de diverses contestations en remake réussi de Mai 68, c’est-à-dire en Grand soir anticapitaliste – « Ouvriers, étudiants, paysans », ça ne vous rappelle rien ? C’est aussi le fantasme du député France insoumise François Ruffin qui, mercredi soir, a appelé la foule rassemblée à la Bourse du Travail à Paris (500 personnes à l’intérieur, autant dehors) à un « grand débordement », le 5 mai, pour faire « la fête à Macron ».

Les sous-doués à la fac

Admiratrice éperdue de Jeremy Corbyn (en dépit de la complaisance avec l’antisémitisme qu’on prête, et à raison, au très gauchiste patron du Labour) et tête pensante du radical-chic français, Chantal Mouffe s’extasie dans Le Monde sur « la centralité attribuée à la lutte contre toutes les formes de domination et de discrimination, tant dans les rapports économiques que dans d’autres domaines comme celui des luttes féministes, antiracistes ou LGBT [lesbiennes, gays, bi et trans] ». Un salmigondis qui rappelle furieusement celui des représentants étudiants défendant dans un français aussi approximatif que leur orthographe leur droit au diplôme sans effort (Le Canard Enchaîné publie des extraits d’un dossier de presse de l’UNEF truffé de fautes ahurissantes. Ainsi, le syndicat étudiant craint que les femmes choisissent des filières, accrochez-vous, « avec des qualités ou des prérequis dont elles pensent disposer actuellement ou étant à l’heure portée ».).

Pour ces jeunes gens, qui ont tous dû lire la même fiche sur Les Héritiers de Bourdieu (et Passeron), que l’on puisse exiger d’eux, à chaque étape de leur scolarité, des résultats et des acquis correspondants à leur niveau supposé, voilà qui est le comble de la discrimination sociale. La méritocratie, c’est vraiment trop injuste ! Ainsi ne veulent-ils pas voir ce qui crève les yeux de tous : même dans les pays où le bac (ou son équivalent) garantit encore un niveau de connaissances et une aptitude à en acquérir d’autres, toutes les bonnes formations universitaires sont sélectives, et pas qu’un peu. Quant à leur exigence d’obtenir la moyenne à leurs examens, elle a laissé « rêveur » le Premier ministre pourtant trop empressé à ne pas froisser « la jeunesse », en réalité, sa frange politisée et largement dieudonnisée.

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Cette minorité active et ignorante est nourrie de clichés à deux balles sur « le racisme d’Etat » et « les stéréotypes de genre » (qu’il faut déconstruire), qu’elle gobe avec une jobardise qui me fait penser que, les jeunes, c’était mieux avant. La pire chose qui pourrait lui arriver serait qu’on lui cède et qu’on la laisse croupir dans des facs dortoirs pour y obtenir des diplômes sans valeur. Je l’avoue, par instants, cela me tente, je suis même prête à payer pour ne plus les entendre. Et puis, je me rappelle que ce n’est pas de leur faute s’ils sont les enfants d’une école qui semble avoir adopté comme programme la médiocrité pour tous, d’une gauche qui méprise tellement les enfants de pauvres qu’elle a fermé les internats d’excellence et supprimé les bourses au mérite, et des médias qui caressent leurs lubies dans le sens du poil.

Les cheminots ne doivent pas se « privé »

Comparé au verbiage de l’UNEF ânonné comme un catéchisme, et comparé aux éléments de langage débiles du mouvement contre la loi El Khomry (qui prétendaient que le renversement de la hiérarchie des normes entre l’entreprise et la branche allait nous ramener au temps de Dickens), le discours des syndicalistes cheminots est empreint de bon sens et de responsabilité. Quand ils disent que ce n’est pas leurs droits particuliers de salariés qu’ils défendent, mais le service public dans le sens singulier qu’il a en France, je les crois.

Le gouvernement est peut-être de bonne foi quand il jure qu’au bout de sa réforme, il n’y a pas la privatisation. Au début, la SNCF sera une entreprise privée-publique, c’est-à-dire à fonctionnement privé et capitaux publics. Et dans quelques années, pour cause de disette budgétaire ou d’idéologie anti-interventionniste, on débaptisera la SNCF (pour faire jeune et effacer ce vilain « N ») et on ouvrira son capital, avant de conclure que l’Etat n’a rien à faire dans les transports. On me dira que le contribuable, aujourd’hui, n’en a pas pour son argent. C’est un peu injuste, dès lors que chacun d’entre nous se rappelle les trains qui ne sont pas arrivés à l’heure et oublie les milliers de trajets sans histoires. Surtout, les choix stratégiques contestables de l’actionnaire, c’est-à-dire de l’Etat, sont évidemment responsables d’une grande partie de la dette, bien plus que le fameux statut des cheminots.

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Les syndicats cheminots ont bossé et, sur pas mal de points, leurs arguments sont très convaincants. Preuve qu’ils ne sont pas vraiment jusqu’au-boutistes, aucun ne réclame la renégociation de la directive sur l’ouverture des transports à la concurrence, qui serait peut-être une option à étudier alors que l’enthousiasme des peuples européens pour la libéralisation à outrance est pour le moins vacillant. Quoi qu’il en soit, on peut, comme votre servante, être raisonnablement libérale et souhaiter ardemment la persistance de ce pied de nez au dogme libéral qu’est le service public. Du reste, si on n’observe pas pour l’instant de rejet massif de la grève, cela signifie peut-être que même la France macronisée des start-up et des métropoles qui prend l’avion plus souvent que le train est attachée à une entreprise qui incarne à la fois la République et le monde d’avant.

La convergence des luttes est un mirage

S’ils ont la conviction que l’intérêt général y gagne, beaucoup de Français sont sans doute prêts à payer cette exception. Par leurs impôts et par les heures de vie que la grève leur fait perdre en piétinements attentes, angoisses et énervements. Mais ils veulent aussi que leurs enfants puissent étudier et passer leurs examens. Et ils l’ont montré en se révoltant contre la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, ils ne sont pas assez benêts pour croire aux promesses de l’excellence sans efforts.

La convergence des luttes est un mirage. « Il ne s’agit pas de rejouer Nuit debout », a proclamé François Ruffin. En réalité, il s’agit exactement de cela, d’établir un continuum de la contre-domination allant des cheminots à la Palestine. Le service public mérite mieux que des billevesées extrême gauchistes. On peut considérer que la normalisation par le marché va dans le sens de l’Histoire et, partant, être opposé au point de vue des syndicats de la SNCF. Mais confondre leur combat avec les pauvres slogans des organisations étudiantes, c’est passer à côté de l’essentiel : les cheminots défendent notre monde commun, les étudiants incultes de l’UNEF veulent sa liquidation.

Les Rien-pensants

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La France doit exiger l’autocritique des représentants de l’islam

Ces derniers jours ont confronté la France à quelques faits assez simples, mais qui pointent vers des vérités que trop de gens, trop longtemps, ont tenté et tenteront encore de nier, et même de dissimuler.

Mireille Knoll a été tuée par deux hommes qui sortaient de prison. Ils avaient, comme on dit, « payé leur dette à la société ». L’un d’entre eux, Yacine M., avait semble-t-il des antécédents d’agressions sexuelles. Son dernier séjour derrière les barreaux y était d’ailleurs lié : il avait agressé sexuellement une pré-adolescente de 12 ans. Il avait donc effectué une peine de… 5 mois et demi. 24 mois sur le papier, mais seulement 5 en réalité. J’insiste : connu et déjà condamné pour des faits antérieurs d’agressions sexuelles, il s’en est pris à une enfant de 12 ans, et a été condamné de facto à 5 mois et demi de prison.

Après sa sortie de prison, respectant scrupuleusement la peine dite de probation qui lui était fixée, il a assassiné une octogénaire. Et l’ordre des avocats ose s’indigner que l’on réfléchisse à une réforme de la procédure pénale, hurlant à la remise en cause de l’état de droit et des libertés fondamentales. N’ont-ils aucune décence ? N’ont-ils aucune conscience ?

« La pensée de Tariq Ramadan reste intacte »

S’est, par ailleurs, tenu ce week-end le très mal nommé « rassemblement annuel des musulmans de France », dont le nom même est un piège. Il ne s’agit en aucun cas d’un hypothétique rassemblement de l’ensemble de nos concitoyens musulmans, mais d’une association qui s’est donné, très abusivement, le nom de « musulmans de France » (MF), autrefois l’UOIF, c’est-à-dire la branche française des Frères musulmans.

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Le succès du stand tenu par le comité de soutien à Tariq Ramadan n’étonnera que ceux qui refusent obstinément de voir ce qu’ils voient. Les livres du prédicateur islamiste « se vendent comme des petits pains », ce qui, hélas, montre bien que certaines minorités sont nettement moins minoritaires qu’on ne le voudrait et qu’on ne le prétend trop souvent, comme le confirme une inquiétante étude qui vient d’être publiée par le CNRS.

Amar Lasfar, président de MF, persiste sans surprise dans sa victimisation du théologien islamiste. Il a toutefois raison sur un point : « la pensée de Tariq Ramadan reste intacte ». C’est bien le problème : les femmes qui lèvent le voile sur le prédicateur font preuve d’un courage admirable malgré des pressions odieuses et même une récente agression, mais la recherche – ô combien nécessaire – de la vérité judiciaire ne doit pas masquer la dangerosité de l’enseignement du théologien, que son mémorable « moratoire sur l’excision » suffirait à illustrer.

« Les valeurs historiques de la France (…) ne se traduisent pas de manière équitable pour tous les citoyens », prétend Amar Lasfar. Mais si, justement ! Équitable ne veut pas dire identique, et il est sain que la République ne réserve pas exactement le même traitement à ceux qui respectent ses valeurs et à ceux qui tentent de les utiliser contre elle pour promouvoir un ordre obscurantiste et totalitaire. Il serait bon, d’ailleurs, que cette distinction soit plus nette et plus fréquente.

L’islam innocent, forcément innocent…

Emmanuel Macron a très justement rappelé l’importance pour chacun de nous de la soif d’absolu et de la quête de sens lors des obsèques du colonel Beltrame. Notre laïcité « à la française » est immensément précieuse, mais ne doit pas conduire à imposer aux religions un tel silence dans l’espace public, que seules resteraient audibles celles qui ne respectent pas cette laïcité – en clair, l’islam politique. Ce dernier donnerait alors l’impression d’être la seule alternative crédible au matérialisme sans but et au « relativisme morne », alors qu’il n’en est rien !

Puisqu’il est évidemment question d’islam, et que ce n’est pas parce que deux choses portent le même nom qu’elles sont véritablement une, la France doit-elle traiter de la même manière la religion d’Henda Ayari et celle de Tariq Ramadan ?

Il convient de nous méfier des réponses à l’emporte-pièce, des jugements hâtifs et des généralisations abusives. Il y a des ordures parmi les chrétiens, des allumeurs de bûchers de jadis aux prêtres pédophiles, et il y a des gens très bien parmi les musulmans, dont certains, anonymes ou célèbres, sont d’ailleurs nos concitoyens. Mais enfin : Arnaud Beltrame aurait-il fait ce qu’il a fait s’il n’avait pas été chrétien ? Radouane Lakdim aurait-il fait ce qu’il a fait s’il n’avait pas été musulman ?

La France doit cesser d’espérer

Comme l’a écrit, il y a déjà longtemps, le remarquable Abdennour Bidar, certaines autocritiques n’ont que trop tardé. La France ne doit plus les espérer. Elle doit les exiger, refuser que ceux qui les esquivent puissent prétendre à la moindre représentation officielle et leur interdire toute organisation légale sur notre sol.

Cela revient évidemment à affronter nombre d’organisations ayant hélas pignon sur rue – le CFCM, les Frères musulmans, le Milli Gorüs, le Tabligh, les réseaux wahhabites et salafistes en tout genre, le CCIF, le PIR, etc. – ainsi que les pays qui les financent – Turquie, Arabie saoudite, Qatar… Ce sera rude, mais bien moins dangereux que de continuer à les tolérer et que de les laisser étendre leur influence. C’est une obligation stratégique et un devoir moral envers tous les musulmans sincèrement humanistes qui, comme jadis Abdelwahab Meddeb, ont bien compris que « les germes du mal sont dans le texte. »

La « France rance » vous salue bien

Au terme de ces jours de deuil, mais aussi de victoire, qui ont bouleversé notre pays, rappelons qu’il suffit d’un seul contre-exemple pour démontrer la fausseté d’une généralité. Dès lors, les racialistes racistes qui accusent la « blanchitude » de tous les maux, les pseudo-féministes haïssant les hommes mais étrangement silencieuses sur les abominations commises à Telford, les « bouffeurs de curés », les contempteurs de la « France rance », les antimilitaristes forcenés, les pacifistes « munichois » qui appellent sans cesse à tendre l’autre joue, mais aussi les tenants du primat de l’économie des deux côtés de l’échiquier politique, feraient bien de méditer quelques points. Par sa seule existence, un homme vient de les confronter au réel.

Arnaud Beltrame était blanc, mâle, hétérosexuel. Il était franc-maçon et fervent catholique. Il était militaire, ancien sous-officier devant sa belle carrière à ses seuls efforts et à la méritocratie républicaine. Il était provincial. Adepte enthousiaste de sports de combat, il n’est pas tombé sans se battre. Il jugeait de la valeur d’une vie – la sienne ou celle qu’il a sauvée – selon d’autres critères que la possession d’une Rolex à cinquante ans, et sans doute dans sa jeunesse avait-il d’autres rêves que de devenir milliardaire.

Il y a des gens très bien qui, sur un bon nombre de ces points, ne lui ressemblent pas ; et c’est heureux. Ce qu’il était ne suffit pas à résumer la France, y compris dans ce qu’elle a de beau et de grand. Mais la France qui lui ressemble n’aura plus jamais à tolérer qu’on tente de lui faire honte de ce qu’elle est.

Un racisme imaginaire: La querelle de l'islamophobie

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Lettre ouverte au monde musulman

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Italie: la Lega applique la méthode Assimil

En Italie, le réel semble plus fort que Le Gorafi. Régulièrement accusée de racisme, la Lega de Salvini, arrivée en tête (18%) de la coalition de droite aux législatives, a fait élire fin février le premier sénateur noir de la Botte. Tous nos médias se sont gaussés de cette apparente contradiction : le sénateur Tony Iwobi, d’origine nigériane, serait-il masochiste ? Tombé des nues, le président de SOS Racisme Dominique Sopo a comparé Iwobi à l’oncle Tom. Car avec ses t-shirts « Stop invasion » et ses diatribes contre les flux migratoires, le chef d’entreprise désormais parlementaire ne correspond pas vraiment au cliché de l’immigré xénophile.

Tony Iwobi n’est pas le premier

Élu municipal à Bergame dès 1995 puis conseiller régional de Lombardie en 2013, Iwobi a toujours suivi la ligne de la Lega, y compris lorsque ses dirigeants voulaient couper les ponts avec l’Italie méridionale et créer une Padanie indépendante au nord de la péninsule. L’élu défendait alors mordicus la culture et la langue bergamasques, un dialecte usité en Italie et en Suisse que l’Unesco a classé dans la liste des idiomes en danger.

Sous le feu des projecteurs, Tony Iwobi n’est pourtant pas la première personnalité d’origine africaine que la Ligue met en avant. En effet, le premier maire noir d’Italie fut Sandy Cane, une ligueuse élue à Viggiù, une petite ville de la frontière suisse. Née d’une mère italienne et d’un père afro-américain, elle confia même avoir voté Obama. Non loin de là, en 2013, à Malnate, la Ligue avait désigné comme secrétaire de sa section locale Hajer Fezzani, une Italienne d’origine tunisienne, noire de surcroît. La jeune femme n’aurait jamais pu prétendre à un tel rôle à Tunis, où les descendants d’esclaves africains restent désespérément cantonnés à des tâches subalternes.

Dans une Italie en première ligne du chaos migratoire, la Lega a donc pleinement intégré le logiciel assimilationniste de son alliée Marine Le Pen. Ses adversaires lui souhaitent le même destin.

« Amnésie traumatique »: notre cerveau n’est pas un disque dur


L’animatrice Flavie Flament a mis sous la lumière le concept d’ « amnésie traumatique ». S’appuyant sur cette notion contestée par la majorité de la communauté scientifique, certains réclament l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Or, on sait que notre cerveau est un organe dynamique, pas un enregistreur que l’on pourrait rembobiner pour retrouver tel ou tel souvenir enfoui.


Des victimes présumées d’abus sexuels subis au cours de leur enfance ont récemment occupé le devant de la scène médiatique, en particulier l’animatrice et romancière Flavie Flament, qui a placé la notion d’« amnésie traumatique » au cœur du débat. C’est cette notion que l’on conteste ici.

Amnésie médiatique

Dans son récit autobiographique, La Consolation, publié en octobre 2016, Flavie Flament raconte son viol à l’âge de 13 ans par un photographe « connu et reconnu de tous ». La jeune femme dit n’avoir retrouvé la mémoire de ce viol, qui remonte à 1987, qu’en 2009, au cours d’une psychothérapie, « oubli » qu’elle attribue à l’« amnésie traumatique ». Si Flavie Flament ne nomme pas son présumé agresseur, après son passage fin octobre 2016 dans l’émission « Salut les Terriens ! », le patronyme du célèbre photographe David Hamilton commence à circuler sur les réseaux sociaux et dans certains médias.

Le sujet de l’amnésie traumatique étant ainsi inscrit à l’ordre du jour médiatique, la psychiatre Muriel Salmona lui confère une substance scientifique, en reprenant les théories développées dans les années 1990 par Linda Meyer Williams et Cathy Widom, toutes deux spécialistes des abus sexuels et violences sur mineurs. Voici sa définition, citée par la journaliste Mié Kohiyama dans une tribune publiée par Le Monde en novembre 2017 : « Il s’agit d’un mécanisme neurobiologique de sauvegarde bien documenté que le cerveau déclenche pour se protéger de la terreur et du stress extrême générés par les violences qui présentent un risque vital (…) Ce mécanisme fait disjoncter les circuits émotionnels et ceux de la mémoire, et entraîne des troubles dissociatifs et de la mémoire, responsables des amnésies et d’une mémoire traumatique. »

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Selon Muriel Salmona, les souvenirs ainsi retrouvés plusieurs décennies plus tard seraient restitués à l’identique. Elle écrit : « La mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle et sensorielle non intégrée et indifférenciée, piégée lors de la disjonction de sauvegarde hors du temps et de la conscience dans une partie du cerveau : l’amygdale cérébrale. Elle fonctionne comme une machine à remonter le temps qui va faire vivre à l’identique dans leurs moindres détails et avec une acuité intacte les violences comme si elles se produisaient à nouveau ». Sur la base de cette argumentation, Muriel Salmona défend l’allongement du délai de prescription pour les abus sexuels infantiles qui auraient eu lieu plusieurs décennies auparavant.

Un « morceau de folklore dénué de tout fondement scientifique convaincant »

Or, la majeure partie de la communauté scientifique aux États-Unis et en Europe considère que l’amnésie dissociative traumatique, autrement appelée « refoulement », est, ainsi que l’écrit le professeur en psychologie à Harvard Richard McNally, un « morceau de folklore dénué de tout fondement scientifique convaincant ».

Comment en avoir le cœur net ? On ne peut évidemment pas expérimenter directement sur les humains. Aussi, de nombreuses études scientifiques ont-elles été effectuées sur la base de questionnaires. Si l’une d’entre elles, publiée en 2012 par la spécialiste des phénomènes post-traumatiques Constance J. Dalenberg, a conclu à l’existence de la mémoire traumatique, des spécialistes du fonctionnement de la mémoire l’ont sévèrement critiquée. Scott Lilienfeld et Elizabeth Loftus battent ainsi en brèche la notion de mémoire retrouvée, cette dernière ayant notamment travaillé sur la fabrication des faux souvenirs, y compris autour d’abus sexuels prétendument subis durant l’enfance.

Un constat ressort de ce débat : la majeure partie de la communauté scientifique émet de sérieux doutes sur l’existence même de l’amnésie et de la mémoire traumatiques. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire : les partisans de l’amnésie et de la mémoire traumatiques se tournent vers l’imagerie par résonance magnétique (IRM), prétendant y découvrir la preuve scientifique par excellence. Là encore, Flavie Flament est aux avant-postes.

Un souvenir n’est qu’une reconstruction du passé

Dans son documentaire Viol sur mineurs : mon combat contre l’oubli, diffusé le 15 novembre 2017 sur France 5, Flavie Flament se prête à un scanner de son cerveau afin de déterminer si son présumé viol a laissé des séquelles physiques visibles. Selon les images présentées dans le documentaire, les violences que l’animatrice aurait subies trente ans auparavant, à l’âge de 13 ans, auraient modifié le cortex cérébral. J’ai donc demandé à des spécialistes en neuro-imagerie de se prononcer sur ces images. Tous ont constaté que l’hippocampe de Mme Flament était certes petit (et encore, pour s’en assurer, il faudrait mesurer correctement son volume, et le rapporter à des normes de femmes de même âge et de même taille…), mais que l’IRM ne pouvait en aucun cas l’expliquer.

Notre mémoire ne fonctionne pas comme un enregistreur vidéo. Tant que son détenteur vit, le cerveau reste dynamique et les souvenirs traumatiques les plus vifs ne sont jamais des reproductions littérales des événements vécus. Ni des éléments manipulables à l’envi qu’on pourrait sortir de l’endroit où ils ont été cachés par tel ou tel mécanisme psychologique.

D’autant qu’un souvenir n’est qu’une reconstruction du passé. Bien sûr, on peut faire des rêves étroitement liés à l’événement traumatique, ainsi reconstruit et « revécu » pendant le sommeil, mais de telles réminiscences ne sont en aucun cas des reproductions ou des enregistrements retrouvés dans un coin du grenier.

Question subsidiaire : le corps peut-il vraiment garder l’empreinte du souvenir ? Dans le titre même de son article « The body keeps the score », le psychiatre Bessel Van der Kolk suggère que les victimes peuvent présenter des signes corporels de la mémoire traumatique. Mais la communauté scientifique est unanime : même si cela existe, il ne s’agit pas d’une reproduction fidèle de l’événement. Dans ces conditions, comment interpréter la « mémoire du corps » ? Certains allèguent qu’images, processus sensoriels et rêves seraient les souvenirs implicites d’un traumatisme dissocié. Le corps se souviendrait, même si l’esprit ne le peut pas.

Dans l’état actuel de nos connaissances, la « mémoire traumatique retrouvée » n’est pas de la science, mais de la science-fiction

Ce raisonnement erroné a inspiré la prétendue « thérapie de la mémoire retrouvée » que Richard McNally, le spécialiste des légendes urbaines en matière de psychologie, qualifie de « plus grave catastrophe qui ait frappé le domaine de la santé mentale depuis l’époque de la lobotomie ». Rappelons également que l’émotion ne confirme pas la vérité. La croyance sincère que l’on a été traumatisé peut produire une excitation émotionnelle intense au moins aussi grande qu’un syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Par exemple, l’amnésie psychogène ne se confond pas avec l’amnésie traumatique, bien que les deux termes soient parfois utilisés comme des synonymes. Ainsi, les cas d’amnésies psychogènes « canoniques » se manifestent par une perte de la mémoire à long terme soudaine et massive, allant jusqu’à la perte d’identité.

Ne confondons pas non plus amnésie infantile et amnésie traumatique. La plupart des gens se souviennent très peu de leur vie avant l’âge de quatre ou cinq ans. Au-delà de cette limite, la maturation du cerveau et les changements cognitifs, en particulier dans le langage, rendent difficile pour les enfants plus âgés – et a fortiori pour les adultes – de se rappeler les événements « codés » pendant les années préscolaires. Enfin, les travaux d’Elizabeth Loftus et d’autres chercheurs en psychologie expérimentale ont montré qu’il était facile d’implanter des faux souvenirs. Sans corroboration externe ou preuves matérielles, les allégations d’une victime présumée ne suffisent pas à distinguer un vrai d’un faux souvenir. En revanche, de multiples exemples démontrent que les événements traumatiques – vécus comme massivement terrifiants au moment de leur apparition – sont fortement inoubliables et rarement, sinon jamais, oubliés.

Il est indispensable de développer la formation des médecins, policiers, gendarmes, avocats, juges et autres professionnels à l’écoute des victimes afin de mieux entendre et préserver leurs témoignages de tout risque de déformation. Mais en même temps, force est de constater que, dans l’état actuel de nos connaissances, la « mémoire traumatique retrouvée » n’est pas de la science, mais de la science-fiction. Comme l’affirment quatre chercheurs en psychologie sociale et cognitive dans Le Monde du 22 novembre 2017, « faire entrer dans la loi l’amnésie traumatique serait dangereux ».

In memoriam la guerre des souvenirs

C’est aussi la position du juge Jacques Calmettes, chargé fin 2016 par la ministre Laurence Rossignol d’animer avec Flavie Flament une « Mission de consensus sur le délai de prescription applicable aux crimes sexuels commis sur les mineur.e.s ». Lors de son audition à l’Assemblée nationale le 31 janvier 2018, Calmettes a été interrogé sur l’amnésie traumatique : « La Cour de cassation a une position très claire de rejet disant que cette base de révélations, les conditions de ces révélations et les connaissances, les données acquises de la science, comme on le dit souvent en Droit, ne permettent pas d’asseoir la procédure sur ce problème-là, trop fragile par rapport à la rigueur du Droit. » Il a également évoqué « le problème de la preuve du souvenir, de la fabrication des faux souvenirs, de la distorsion des souvenirs ».

S’il faut lutter énergiquement contre les abus sexuels et les viols avérés sur mineurs, n’oublions pas pour autant une autre catégorie de victimes : les personnes innocentes – et leurs familles – victimes d’accusations fondées sur de faux souvenirs induits en thérapie. Dans un entretien qu’elle a accordé à Stéphanie Trastour (M, le magazine du Monde, 4 octobre 2014), en marge du premier procès en France intenté contre un psychothérapeute des faux souvenirs, Elizabeth Loftus déclarait : « Si les Français doivent traverser le même épisode tragique que les Américains lors de la guerre des souvenirs, je les plains sincèrement ! »

La Consolation

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Thomas Porcher, l’économiste anti-Macron qui a quand même voté Macron


Il critique Emmanuel Macron et n’est même pas libéral, pourtant c’est l’économiste à la mode. Thomas Porcher publie un Traité d’économie hérétique qui va à l’encontre du dogme libéral dominant. 


Les sciences économiques n’ont de scientifique que le nom. Thomas Porcher, l’économiste « atterré », nous le rappelle dans son « Traité d’économie hérétique » : il n’y a pas de vérité en économie. Par ses démonstrations souvent pertinentes, il s’affaire à démontrer que le discours libéral majoritaire – dont La République En Marche et d’autres nous rabattent les oreilles – n’est, malgré les apparences, pas partagé de tous. Son réquisitoire bien construit démonte une à une les grandes illusions du « prêt-à-penser » libéral et les supposées « vérités économiques ». C’est tout à fait rafraîchissant !

Faire barrage contre Ma… rine Le Pen

Thomas Porcher – qui a été dans l’équipe de Cécile Duflot en 2016 avant de signer en 2017 une tribune commune avec Yanis Varoufakis dans Le Monde pour appeler les gauches Hamon, Jadot et Mélenchon à s’unir dans la course à l’Elysée – est assurément un économiste de gauche, de la « vraie » gauche diraient certains. Mais la pensée économique de l’auteur a beau s’éloigner fortement des dogmes libéraux actuels, l’économiste jouit d’une couverture médiatique monstre. Invité presque partout pour la promotion de son livre, sa supposée « hérésie » reste appréciée par nombre de journalistes. Ceci explique peut-être cela, Thomas Porcher a fini par voter Macron au second tour de la présidentielle : ouf, il n’est donc pas « fasciste » !

Hérétique, non. Utopiste ? Assurément. Il reprend quasiment tous les arguments en vogue au sein de la gauche de la gauche qui conteste la mondialisation économique. Tout y est bien listé. Il manque seulement, et c’est à son honneur, les délires de Benoît Hamon sur la robotisation ou sur le revenu universel sauce Piketty. Là où Thomas Porcher est brillant, c’est pour déconstruire méthodiquement nombre d’arguments utilisés par les « puissants » pour garder le troupeau de citoyens dans le droit chemin d’une économie toujours plus libérale.

Le libéralisme ou la peur du vide

Depuis 30 ans, une majorité d’économistes milite pour plus de désengagement de l’Etat et le détricotage des normes ou des acquis sociaux. Vaste supercherie qui n’enrichit que les plus riches pour Thomas Porcher. Supercherie qui a montré son incapacité à sortir les économies européennes de la crise. Pour justifier cette austérité et l’imposer aux populations, deux « épouvantails », nous explique-t-il, sont systématiquement brandis par les classes dominantes : la « pression exercée par la concurrence mondiale » d’une part, et le « poids de la dette » d’autre part, ce « chiffon rouge agité pour faire peur ». Thomas Porcher va jusqu’à pourfendre la théorie du ruissellement chère à Macron, dynamique capitaliste qu’il qualifie de « vision prétendument gagnante-gagnante d’opposition entre classes sociales ». L’économiste est également très bon pour mordre les mollets des gouvernants libéraux qui se font passer pour des défenseurs du climat ou pour déconstruire le « mythe de la réussite individuelle ». Les génies de l’informatique – Steve Jobs – ou de la chanson française – Florent Pagny (!) – seront gentiment égratignés au passage.

Zemmour, sors de ce corps !

Thomas Porcher ne croit pas aux mérites des « mécanismes de marché » vantés par les libéraux, prétendument régulateurs et bénéfiques à la société tout entière. Il plaide, lui, pour une plus grande intervention de l’Etat. Son Traité d’économie hérétique montre en tout cas très bien par quelles étapes nous sommes passés, des Trente Glorieuses (époque « plutôt administrée » par les Etats) au système actuel où l’économie est « une économie de marchés financiers libéralisés ». Il accable la Commission européenne et son rôle majeur dans la dernière crise économique. Il dénonce de façon remarquable la grande finance et le FMI qui ont pris l’ascendant sur le politique à partir des années 1980. « Ce n’est plus la Bourse qui finance l’entreprise, mais bien l’entreprise qui finance la Bourse ». Il revient sur le scandale de la crise de 2007 et démontre que la dette publique des Etats n’est qu’une broutille comparée au scandale de la dette privée des subprimes !

Le libre-échange ? Même lui sera vilipendé : c’est, pour Thomas Porcher, « une théorie économique des pays riches conçue pour dominer les pays pauvres » ! Pour nous, citoyens de pays riches, le libre-échange a aussi ses effets nocifs en sacrifiant notre classe ouvrière. L’Europe ? Elle est sous domination allemande. L’Union européenne, qui pourrait nous protéger des « effets délétères de la mondialisation », est même devenue la « principale courroie de transmission » de ce libre-échange dévastateur. Attention Monsieur Porcher, certains passages font penser à une tribune d’Eric Zemmour ou à un discours de Florian Philippot !

« Penser hors cadre » près des socialistes

Si cette lecture est agréable, car très abordable, (ce qui n’est pas toujours gagné d’avance quand on ouvre un bouquin d’économie), certains aspects sont – et c’est le sens même du livre – discutables. Thomas Porcher peut lasser. Quand il se félicite de « penser hors du cadre », chapitre après chapitre. Quand il fustige en permanence les « experts » qui s’opposent à lui et dont la pensée libérale aurait abouti à « des millions de vies broyées » (on retrouve cette expression plusieurs fois dans le livre), aussi.

Son misérabilisme quand il évoque les moins nantis (il parle de « pauvrophobie » !), son refus de voir dans toute initiative économique individuelle une possibilité d’améliorer la richesse globale d’une nation, son obsession autour du CAC 40 ou du Medef en exaspéreront assurément plus d’un ! Thomas Porcher n’a que 40 ans, mais on a aussi envie de lui rappeler que sous Mitterrand, Jospin ou Hollande, la gauche socialiste qu’il soutient en partie a souvent été au pouvoir lors des trois dernières décennies marquées par la crise économique, avec les forfaitures et renoncements que l’on connait. Sa conclusion offre 10 principes pour se réarmer contre la pensée néolibérale. Mais l’on peut se demander si les idées de Thomas Porcher, qui ne s’encombre pas de chiffres et d’une économétrie qui manquent parfois pour conforter certains points, n’ont pas déjà été balayées par les électeurs lors des derniers scrutins…

Testament d’un terroriste islamiste


Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


Je suis fiché S.

Je suis le prochain.

Vous pourrez interroger mes voisins. Après…

Ils vous diront tous que j’étais calme, gentil, serviable… Je suis une menace endogène. Je vis avec ma famille. Tranquille. Je dis bonjour, pardon et je porte les paniers des vieilles dames.

Vous croyez quoi ? Que je vais tout faire pour me faire remarquer avant d’agir ? Que je vais aller m’entraîner au tir dans les bois alors que je sais que je suis fiché ?

On passe toujours à l’acte brusquement. Parce qu’il faut bien qu’il y ait un commencement après avoir été discret.

Je n’ai pas pu partir en Syrie.

Mais je serai utile ici.

Je suis ce que vous appelez « un petit dealer multirécidiviste ». Je suis une recrue précieuse parce que je connais suffisamment bien les trucs des keufs pour pouvoir les déjouer et parce que j’ai fait suffisamment de mal dans le passé pour avoir besoin de faire beaucoup de bien maintenant que j’ai compris. Longtemps, j’ai été dans l’illégal d’après vos lois qui ne sont pas celles de Dieu, mais aussi, malheureusement, dans l’illicite.

Car seul Allah le Très Haut a le droit de déclarer une chose licite ou illicite. Ici, des gens ont rendu licites certaines choses déclarées illicites par Allah. D’autres ont rendu illicites certaines choses déclarées licites par Allah. Grâce à mes frères, j’ai appris que je pouvais me rattraper en agissant pour le bien d’Allah. J’ai compris que, quoi que je fasse, je ne suis pas dans l’illicite quand j’agis pour la gloire d’Allah.

Je sais faire maintenant, grâce à eux, la différence entre al-hallal et al-haram.

Je ris d’avance de leur négociateur qui voudra parlementer « pour que ça se termine bien ». Je parlementerai. Le temps que le buzz parte dans les médias, le temps que le monde sache que je suis un soldat d’Allah, le temps que le monde se rappelle qu’il ne faut pas oublier d’avoir peur.

Mais croyez-vous que je me serais donné tout ce mal pour rater ensuite l’occasion inespérée de tomber en martyr, c’est-à-dire d’avoir la certitude d’accéder au paradis ? Il y a d’autres moyens d’y accéder bien sûr. Mais ils ne sont pas totalement certains. Surtout pour quelqu’un qui comme moi a vécu jusqu’il y a peu dans la mécréance et la délinquance.

Si on ne me laisse pas mourir en martyr, je ne pourrai pas labelliser du sceau du bien mon passé dissolu. Alors, au moment où je vais avoir accès à tout ce qui me fait rêver alors que je ne l’aurai jamais ici-bas, imaginez-vous que je vais renoncer parce qu’un kafir me jouera de la flûte ?

323 frères, déjà, sont revenus de Syrie et d’Irak. On est 20 000 fichés en France ! Vous pensez qu’on ne sait pas que vous n’avez pas les moyens de nous surveiller efficacement ?

Vous croyez qu’on ne sait pas combien de dizaines de milliers de policiers il faudrait pour réussir à tous nous tracer correctement ? Vous croyez qu’on se gêne pour vous balader, pour vous occuper afin de laisser le champ libre à nos frères qui ont besoin de quelques heures de tranquillité pour faire ce qu’ils ont à faire ?

Je me suis bien amusé quand j’ai laissé un message sur le Facebook d’un type que je ne connaissais même pas, mais qui avait un nom arabe et quelques photos des frères en Syrie sur son profil. Je lui ai écrit : « Je t’amène la guitare la semaine prochaine… »

Le type a répondu « Quelle guitare ? » et je lui ai répondu « Oh pardon, erreur d’aiguillage ».

Et puis j’ai cherché le profil d’un autre type avec un nom arabe et des photos des frères sur son profil, un type que je ne connaissais pas non plus et j’ai écrit : « J’ai prévenu pour le concert. C’est la semaine prochaine. » Le type ne m’a même pas répondu, mais sinon je lui aurais dit un truc du genre : « OK, si la musique ne t’intéresse plus…. »

Ensuite, j’ai attendu que la semaine passe et il m’a bien semblé que j’avais les keufs au cul. Et le lundi, je me suis levé à cinq heures, je me suis fait un petit kawa et à cinq heures trente, je sortais de l’immeuble avec un étui à guitare…

Ils m’ont suivi toute la matinée…

J’ai fait plein d’arrêts, je suis revenu sur mes pas, reparti dans l’autre sens… Je ne sais pas quelles voitures me suivaient, mais quel que soit l’endroit, je n’étais jamais le seul automobiliste. Ou alors il y avait au moins une moto. Finalement, j’ai laissé l’étui sur un parking vers trois heures de l’après-midi et je suis rentré chez moi.

J’imagine leur tête quand ils l’ont ouvert ! Il n’y avait rien dedans.

J’ai bien dû mobiliser une dizaine de flics avec mon histoire. Pendant ce temps-là, les frères des environs étaient tranquilles pour faire ce qu’ils avaient à faire. Peu de chance qu’il y ait assez de monde pour les suivre en même temps que moi. Surtout qu’eux, ils n’avaient laissé aucune trace de ce qu’ils allaient faire. Même moi je ne sais pas ce qu’ils avaient à faire. Je savais juste qu’ils avaient besoin d’une demi-journée de tranquillité. Il a suffi d’une phrase échangée à la mosquée et je savais comment aider…

Demain, c’est moi qui aurai un truc à faire.

Demain, c’est moi qui occuperai le terrain. Vous nous faites reculer là-bas, mais ici on continuera d’exister. En semant la terreur et la mort. En occupant le devant de la scène. Vous ne libérerez pas vos pensées de la crainte qu’on vous inspire. On recule géographiquement pour le moment, mais on ne cède pas un pouce sur le terrain de l’effroi.

Ne cherchez pas les « donneurs d’ordre », on n’est pas Al-Qaida.

On n’est pas dans une structure militaire avec une élite qui commande des troupes.

On fait du roommate-terrorisme, on est les colocataires de vos sociétés et vous n’y pouvez rien. On est les Uber du terrorisme. On apporte notre propre voiture et le pourcentage que prend Daech sur chacune de nos courses, c’est la crainte qu’il continue d’inspirer malgré son recul territorial.

Et nos femmes ont des ventres et elles enfanteront pour perpétuer de génération en génération la vraie parole d’Allah.

J’étais destiné à n’être personne et je peux devenir quelqu’un en mourant pour la gloire du Très Haut. Moi, le rien du tout, je peux être individualisé par la mort en gagnant de surcroît ma place au paradis.

Je vous dis à demain…

Ou rendez-vous là-haut pour les meilleurs d’entre vous…

Le petit terroriste

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Il faut, au contraire, augmenter le nombre de parlementaires

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La réforme des institutions présentée, le 4 avril, par le Premier ministre Edouard Philippe prévoit une réduction du nombre de parlementaires. Un projet démagogique qui renforcera la France des villes et le pouvoir du président Macron.


Depuis quelques années, une large majorité des forces politiques, pour une fois en phase avec la majorité des sondés, se prononce pour une réduction du nombre de parlementaires. Un jour, quelqu’un a décrété que députés et sénateurs étaient décidément trop nombreux et que cela coûtait trop cher au contribuable. On en a profité pour expliquer que nous possédions un nombre record de parlementaires payés à ne rien faire, et l’idée s’est installée. Ne craignant aucun paradoxe, certains ajoutaient qu’il valait mieux avoir moins de députés et qu’ils puissent recruter davantage d’assistants, ce qui entrait en collision avec le premier objectif cité de réduire les coûts, tout en favorisant le népotisme par rapport à la démocratie.

La France n’est pas l’Amérique

En fait, nous n’avons pas trop de parlementaires. Au lieu de comparer avec l’Etat fédéral américain – comble de la malhonnêteté intellectuelle -, comparons plutôt avec un pays de taille et structure équivalentes, comme le Royaume-Uni, et on constatera qu’il ne faudrait pas réduire le nombre de parlementaires mais plutôt l’augmenter.

On a l’habitude. Quand il avait fallu réduire le nombre de régions, il avait été martelé pendant des années que nos régions étaient moins peuplées que celles de notre voisin et principal partenaire allemand. Or, les régions françaises d’avant 2015 étaient en moyenne déjà plus peuplées que les Länder. Ce n’était pas la taille des régions allemandes qui faisaient leur force mais les compétences dont elles avaient la charge. A l’heure où le gouvernement prétend lutter contre les fameuses « fake news », peut-être faudrait-il, plutôt que de les entretenir, tordre le cou à ces légendes urbaines.

La « France périphérique » a besoin de parlementaires

En fait, pour se faire bien voir de certains électeurs qui pensent qu’ils sont trop nombreux pour le peu de travail qu’ils semblent effectuer, ce qui est d’ailleurs le plus souvent injuste, les partis politiques avaient quasiment tous intégré cette réduction du nombre de parlementaires dans leurs programmes. Ainsi, il est piquant d’entendre aujourd’hui Bruno Retailleau, l’un des plus proches de François Fillon, s’alarmer du danger que fait peser cette mesure sur la représentation des territoires alors que son ami proposait de tailler à la hache dans les effectifs de députés et sénateurs. Il faut dire que François Fillon proposait de tailler à la hache dans tous les effectifs dont il aurait eu la charge, ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans la chute qu’il a subi entre le 1er décembre 2016 et le 25 janvier 2017, chute bien plus forte, rappelons-le, que celle qu’il a connu ensuite après les révélations du Canard enchaîné. Mais puisque Bruno Retailleau et autres anciens soutiens de François Fillon se sentent dorénavant plus soucieux de la représentativité de tous les territoires, ne boudons pas notre satisfaction.

Car l’heure est à la dénonciation – légitime la plupart du temps – de « Macron, l’homme des métropoles ». Diminuer le nombre des députés et sénateurs, c’est augmenter le nombre de communes qu’un parlementaire de la France périphérique devra couvrir dans sa circonscription, alors que celui de la France urbaine aura la partie la plus facile. Diminuer ce nombre, cela se traduira forcément par un avantage pour les métropoles, celle qui a voté le plus pour le président de la République. Diminuer ce nombre, enfin, en ajoutant une dose de 15% d’élus à la proportionnelle désignés par les appareils politiques parisiens, réduira considérablement le poids des territoires dans les choix publics. Tout le contraire de ce qu’il faut faire pour renouer avec une cohésion nationale et réconcilier France des villes et France des champs.

La République au pas

Mais il ne faut pas s’y tromper, la décision d’Emmanuel Macron n’est pas seulement dirigée contre les adversaires de La République En Marche (LREM). Elle est en fait dirigée principalement contre les députés du parti présidentiel. En se réservant le droit de désigner directement, grâce à la proportionnelle, une partie des futurs élus à l’Assemblée nationale, et de diminuer une bonne partie des futurs effectifs du groupe parlementaire LREM élus dans les territoires, il pose sur leur tempe la menace de ne pas être reconduits dans leurs fonctions en 2022. L’investiture sera très chère et on le leur signifie. Quelle meilleure arme pour calmer une majorité hétérogène, faite de membres sélectionnés sans doute très rapidement l’an dernier, et qui pourrait commencer à se montrer un peu remuante voire frondeuse ?

On a beau expliquer à l’Elysée qu’un tiers des parlementaires LREM ne travaille pas ou peu et qu’il ne serait pas illégitime de ne conserver que les députés utiles à la nation, on se montre dubitatif, expérience aidant, sur le fait que le tiers de députés qui disparaîtra de la circulation sera celle qui comprend les moins travailleurs. Les « godillots » seront forcément favorisés. Les personnalités indépendantes et de conviction seront éliminées. Il n’y aura que des perdants à cette réforme démagogique : les territoires, les convictions, le citoyen et même le contribuable. Si, par chance, cette réforme de nos institutions est soumise au référendum, on espère que des personnalités fortes mouilleront leur chemise pour l’expliquer.

Dérapage

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Les entreprises françaises ont la phobie des chômeurs


Si la France a la phobie du chômage, c’est parce que ses entreprises ont la phobie des chômeurs. Elles préfèrent souvent débaucher des employés plutôt que de puiser dans l’important vivier de chômeurs français qualifiés et compétents.


C’est une question que personne ne semble vous poser. Pourtant, Edouard Philippe, j’ai sous les yeux pléthore de CV de candidats de grande expérience, et dont les compétences professionnelles et les qualités personnelles sont indéniables, en recherche d’emploi. Comment expliquez-vous que les entreprises ne se les arrachent pas ?

Et si on contrôlait le recrutement des entreprises ?

A l’ « offre raisonnable d’emploi » que doivent accepter les chômeurs, pourquoi ne pas opposer un principe de réciprocité, un « refus raisonnable d’embauche » aux employeurs. Pourquoi les employeurs ne seraient-ils pas, eux-aussi, suivis dans leurs sélections de candidats recrutés ? Leurs décisions sont parfois arrêtées sur la base d’a priori profondément ancrés dans la société française, comme le fait de croire qu’un candidat débauché serait plus compétent qu’un talent inemployé. Ils privilégient quasi systématiquement les personnes en poste au détriment de celles en recherche active d’emploi qui, dès lors, ne peuvent plus se réinsérer.

A lire aussi: Emploi: les recruteurs sont-ils tous compétents pour juger si vous l’êtes ?

Vous vous faites, Monsieur le Premier ministre, le chantre de la fin des tabous. Je vous prends au mot. Qu’attendez-vous pour agir en ce sens plutôt que d’opposer les Français sur leur âge (jeunes/ seniors) ou leur statut (salariés, chômeurs, retraités…) ? Qu’attendez-vous pour oser dire : « Oui, dans le système actuel, une personne compétente peut se retrouver, pour longtemps, au chômage (2 ans, 5 ans, sa vie restante ?). Oui, les plus méritants sont aussi touchés par ce fléau qui, dans une société culpabilisante, peut, psychologiquement comme physiquement, détruire leur vie » ?

Le développement de l’auto-entrepreneuriat n’améliore que les statistiques du chômage

Ne me dites-pas qu’en tant qu’ancien maire du Havre, vous n’avez pas rencontré la détresse de ces personnes expérimentées, techniquement compétentes, actives dans leur recherche d’emploi et, pourtant, sur le banc de touche. J’ose espérer que vous n’allez pas dépenser l’argent d’un Etat exsangue pour les  faire contrôler par des conseillers Pôle Emploi n’ayant pas, pour la plupart, leur niveau de compétences !

D’ailleurs, certains d’entre eux ne vous offriront pas cette opportunité : ils sont devenus entrepreneurs (auto-entrepreneurs souvent pour tenter de s’en sortir), un statut convoité par beaucoup de nos concitoyens. Mais ces derniers  savent-ils que la moyenne de leurs revenus mensuels est de 490 euros, soit un niveau inférieur à celui du RSA ? La baisse du nombre de chômeurs ne serait-elle pas, en grande partie, le résultat d’un phénomène de vases communicants, les chômeurs devenant des autoentrepreneurs aux revenus quasi inexistants ?

Vaincre la phobie du chômage 

Vous savez qu’il faut fluidifier le marché du travail. Cela ne se décrète pas simplement à coups d’ordonnances. Cela suppose un profond changement de mentalité et de culture en France, notamment au sein des grandes entreprises. En cette période de profonds bouleversements et de transition, il n’y a très probablement pas, à un moment donné, suffisamment de travail rémunéré pour tous. C’est un simple état de fait, au moins à court terme. Il faut l’assumer.

Dans ce contexte, et en laissant de côté l’expatriation en tant que solution, il convient de faire tourner les effectifs pour que ceux, en poste, acceptent d’évoluer en passant parfois par une phase d’entre-deux appelée « chômage ou formation », pendant que d’autres, hors-poste, retrouvent un emploi. Ce turn-over  qui devrait être naturel est bloqué par la peur du chômage au cœur du système français depuis des décennies. N’est-ce pas de votre ressort de contribuer à vaincre cette phobie ?

A lire aussi: Non, Edouard Philippe, il ne suffit pas d’être compétent pour trouver un travail

Cela ne se fera pas, à mon sens, en opposant les uns aux autres, en ajoutant des mesures coercitives à l’endroit des demandeurs d’emploi,  en maintenant des tabous ou en entretenant le déni  mais par toujours plus de pédagogie, de courage,  en sachant vous entourer de personnes empathiques ayant elles-mêmes déjà vécu des revers dans leur vie professionnelle et prêtes à en témoigner pour transformer la société française. Sans une vision lucide et juste du marché du travail, accompagnée d’un projet social compris et partagé, vos efforts risquent bien de ne pas délivrer les résultats escomptés.

"Vous êtes trop qualifiée pour le poste..."

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Alain Finkielkraut: « Nous nous devons d’honorer la mémoire d’Arnaud Beltrame »


Morceaux choisis de l’Esprit de l’escalier, par Alain Finkielkraut.


Qu’est-ce que le populisme ? (11 mars)

Une déferlante populiste est-elle en train de submerger l’Europe ? Avant de répondre à cette question, il faut s’entendre sur la signification du mot. Les trois grandes composantes du populisme, dans son acception classique, sont l’anti-élitisme, l’anti-intellectualisme et le refus de l’altérité sous toutes ses formes. « Le poisson pourrit par la tête », disait Pierre Poujade, qui défendait d’un même souffle ceux d’ici contre ceux d’ailleurs et les petits contre les gros.

Cette façon de voir et de parler n’a pas disparu comme par enchantement, mais ce qui différencie notre situation des années 50 du XXe siècle, c’est, pour reprendre l’expression très éclairante de Dominique Reynié, « la percée du populisme patrimonial ». Ce populisme invoque le droit à la continuité historique, car, comme dit Ortega y Gasset : « L’homme n’est jamais un premier homme, il ne peut continuer à vivre qu’à un certain niveau de passé accumulé, voilà son seul trésor, son privilège, son signe. »

Après Hitler, on a voulu purger les identités nationales et l’identité européenne de toute consistance identitaire, sur le modèle habermassien du « patriotisme constitutionnel ». Il n’y a donc plus d’élitisme patrimonial et c’est le populisme qui remplit ce vide. Le peuple, ou certains segments du peuple, veut la préservation d’un monde que les classes dominantes ont entrepris de remplacer par les règles du marché et du droit. Une telle attitude est qualifiée de xénophobe. Ainsi confond-on dans un même opprobre la peur de l’étranger et la douleur de devenir étranger chez soi. On peut glisser de la douleur à la peur et de la peur à la haine, certaines formations politiques en Europe cèdent à cette horrible tentation. Ce n’est pas en criminalisant la douleur, mais en lui donnant statut et en cherchant les moyens d’y remédier qu’on pourra faire barrage à ces mauvais penchants. Pour l’heure, comme l’écrit Guillaume Perrault dans Le Figaro : « Des masses d’Italiens ont eu le sentiment que la volonté résolue d’un changement radical en matière d’asile, d’immigration et de nationalité ne pouvait trouver une expression, bien sûr, au Parti démocrate, celui de Matteo Renzi, ni même à Forza Italia prisonnière de son europhilie inconditionnelle et solidaire des règles juridiques contraignantes imposées par l’Union. Une majorité du pays a ainsi rappelé à ses élus qu’ils ne sont pas là pour la surveiller, mais pour appliquer sa volonté. » Volonté non seulement xénophobe mais europhobe, nous dit-on. Regardons-y de plus près.

A lire aussi: Alain Finkielkraut sur l’alternative entre populisme et politiquement correct et sur la journée des droits des femmes

Au nom des impératifs de l’économie, des exigences de la morale et de « l’avantage que représente la diversité culturelle », le Conseil européen et la Commission réclament avec une constance que rien n’entame toujours plus d’immigration extra-européenne. Or, en changeant de population, l’Europe est amenée à changer d’identité. Si, comme le dit Stephen Smith, l’africanisation de l’Europe est inéluctable, l’Europe ne sera plus l’Europe, tout simplement. Qui donc est europhobe ? Celui qui ne supporte pas de voir disparaître la civilisation européenne, ou celui qui ne la voit même pas agoniser, obnubilé qu’il est par les droits de l’homme, les valeurs universelles et l’anti-élitisme ? L’anti-élitisme des élites, telle est la grande et triste nouveauté de notre temps. Bérénice Levet, dans son livre Le Crépuscule des idoles progressistes, en donne quelques exemples éloquents. En 2015, la médiathèque musicale de Paris organisait une exposition dont l’intitulé était : « Le classique ne me rasera plus ! » et dont voici l’argumentaire : « Sérieuse, la musique classique ? Raffinée ? Distinguée ? Élégante ? Tu parles ! De la caricature au gag, de l’humour tonique au mauvais goût le plus radical, venez découvrir comment l’édition phonographique a pu casser l’image un peu surannée et élitiste de la musique classique, à travers une sélection de pochettes issue des collections patrimoniales de la médiathèque. » Lors de la folle journée de Nantes en 2008, Schubert était relooké « en costard sans cravate et parfaitement à l’aise dans ses baskets ». Et en 2010, Chopin, affublé d’un polo rouge, main sur la hanche, était représenté bras dessus bras dessous avec une George Sand en tee-shirt blanc portant une inscription en rouge…

La nouvelle élite progressiste est décontractée, ne s’intéresse à son patrimoine que pour en faire l’appendice de la « world culture », une prémonition décoiffante du rock ou du rap, en somme. Alors même qu’elle milite ardemment pour le renforcement de l’Union européenne, cette élite apporte son concours rigolard à l’enterrement de l’Europe.

Qu’est-ce que le néoféminisme ? (11 mars)

Le 8 mars, Journée internationale des femmes, Libération consacrait sa couverture au scandale des inégalités salariales. « Malgré la loi, lisait-on, l’écart des salaires est toujours de 25% en France. » Ici, la désintox, comme disent les journaux, s’impose. Partout, dans le monde occidental, on fait la même constatation : les femmes vont majoritairement vers des professions moins rémunérées : le soin, les relations humaines, les ONG, la médecine, la justice, l’enseignement, plutôt que l’engineering, l’industrie ou la finance. La différence de salaires résulte donc de leurs choix et non d’une discrimination de la part des employeurs. Les femmes, de surcroît, n’ont pas le même engagement dans le travail, qu’elles aient ou non des enfants, elles font moins d’heures supplémentaires, elles sont moins dans la concurrence. Ce sont surtout des femmes qui travaillent à temps partiel ou qui prennent leur mercredi. Peut-être arrivera-t-on, demain, en combattant dès la plus tendre enfance les « stéréotypes de genre » à l’indifférenciation des sexes. Aujourd’hui, en tout cas, la discrimination salariale qui sévit encore ici ou là est très sévèrement sanctionnée. Les fautifs sont passibles du tribunal correctionnel et ils risquent non seulement une très grosse amende, mais la prison.

Il faut aussi rappeler qu’à la direction des ressources humaines des entreprises, à l’Inspection du travail et dans la magistrature, les femmes sont d’ores et déjà très majoritaires. Un autre chiffre plus modeste est avancé : on dit qu’au même poste, les femmes gagnent 9% de moins que les hommes. C’est vrai, mais là encore, la responsabilité de l’employeur n’est pas toujours engagée : les carrières n’évoluent pas au même rythme, les femmes choisissent beaucoup plus souvent que les hommes de travailler à temps partiel, et en plus du congé maternité, elles prennent souvent un congé parental. Les médias, décidément, sont fâchés avec les faits.

Quelques jours avant le 8 mars, un collectif de professionnels du 7e art a réclamé des quotas pour une égalité réelle des sexes dans les métiers du cinéma. Il s’agit, écrivaient notamment Annie Duperey, Isabelle Carré, Éva Darlan et Yamina Benguigui, de mettre fin à la répartition inéquitable des subventions et de faire émerger de nouvelles figures dans la création et l’industrie de la culture : « Le cinéma a besoin de l’imagination des femmes, de la fabrication de leurs images, de leurs histoires, pour en finir avec les stéréotypes haineux de l’esthétique dominante. » Autrement dit, Fellini, Bergman, Charlie Chaplin, Alain Resnais, Lars Von Trier, ne sont pas des artistes irremplaçables, ce sont les représentants interchangeables de la gent masculine. De même, les femmes doivent être entendues en tant que femmes, en tant qu’exemplaires de leur espèce, et de l’exemplaire à l’exemplarité il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par Frances McDormand lors de la cérémonie des Oscars.  « L’objectif, a dit l’actrice récompensée, est de donner une représentation réaliste des femmes, et d’imposer une histoire de l’égalité. » Comment imaginer, dans ces conditions, un personnage féminin odieux ou dominateur ?

Dans Le Monde daté du 9 mars et paru le 8, Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffmann affirment fièrement : « Cinq mois après, #metoo est toujours là. » Elles saluent le hashtag lancé par Sandra Muller, elle-même cible de comportements déplacés : #balancetonporc. « La violence de cette formule était révélatrice de ressentiments accumulés par celles qui subissent en silence, conscientes de la protection accordée par la société au système de la domination sexuelle. » Je rappelle que la France dispose de l’arsenal juridique le plus répressif à l’égard des comportements machistes, et je voudrais à mon tour, après cinq mois de campagne effrénée, dresser un bilan et risquer une définition du néoféminisme.

Le néoféminisme est un amalgamisme : les viols et les propositions indécentes sont mis dans le même sac. Le « porc » de Sandra Muller lui avait dit qu’elle avait de gros seins et qu’il allait la faire jouir toute la nuit, elle a été scandalisée, il n’a pas insisté. Le gouvernement vient de faire entrer cet amalgamisme dans la loi en instaurant le délit d’outrage sexiste, qui crée une continuité criminelle entre des comportements totalement dissemblables.

Le néoféminisme est un réalisme socialiste : dans un monde où le Mal vient du mâle, et du mâle exclusivement, les femmes appartiennent toutes au camp du Bien, et c’est leur souffrance et leur révolte que l’art a pour mission de mettre en scène.

Le néoféminisme est un combat acharné contre ce qui reste de différence des sexes dans les façons d’être, de faire et de sentir des hommes et des femmes.

Le néoféminisme, enfin, est un bovarysme : comme les contestataires de Mai 68 qui se prenaient pour des révolutionnaires ou pour des résistants, les néoféministes vivent dans un monde imaginaire et se conçoivent autres qu’elles ne sont. Il y a encore des violences, des agressions, des atteintes sexuelles, mais le journal Le Monde a mis un place une task force de quinze journalistes pour décrire un système d’oppression, alors que jamais dans l’histoire de l’humanité les femmes n’ont été aussi libres qu’aujourd’hui en Europe occidentale, et si les choses changent demain, ce sera du fait de la déseuropéanisation de l’Europe. Que les choses soient claires : je ne remets pas en cause les conquêtes du féminisme. Elles sont inestimables. Ce qui m’inquiète, c’est la victoire que le néoféminisme est en train de remporter sur le féminisme de Simone de Beauvoir et d’Élisabeth Badinter.

Le 8 mars est aussi la date choisie par le Guide suprême de la République islamique pour opposer, dans un grand discours, la chasteté de la femme musulmane aux mœurs décadentes de l’Occident et pour justifier ainsi l’emprisonnement des femmes iraniennes qui osent enlever le voile. Cette coïncidence devrait amener à réfléchir et à ne pas se tromper de combat. Mais peut-être s’agit-il dans cette campagne de stigmatiser toutes les civilisations, et particulièrement la nôtre, pour ne pas stigmatiser l’islam.

Trèbes : l’admiration l’emporte sur l’effroi (25 mars)

Après les attaques meurtrières de Carcassonne et de Trèbes, le gouvernement a promis de lutter contre le terrorisme islamiste avec une détermination sans faille. Dont acte. Mais quand on apprend que l’assassin, bien que fiché S, n’était l’objet d’aucune surveillance particulière, on a de quoi s’inquiéter. Cela ne signifie pas que la police fait mal son travail, mais qu’elle est submergée. Il y a trop d’individus dangereux et susceptibles de passer à l’acte pour les capacités de contrôle et de répression d’un État démocratique. Nous n’en avons donc pas fini avec le terrorisme. Et quand bien même nous sortirions vainqueurs de ce combat, nous n’en aurions pas fini avec l’islamisme. L’arbre des attentats ne doit pas nous cacher la forêt des Molenbeek qui se multiplient sur le territoire national, à l’image de la cité Ozanam à Carcassonne, ce quartier interdit aux journalistes où habitait le terroriste et où les policiers venus perquisitionner ont été accueillis par des insultes et des jets de pierre.

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Mais, cette fois, l’horreur et l’angoisse n’ont pas le dernier mot. L’admiration l’emporte sur l’effroi. La figure de l’assassin est éclipsée par celle du lieutenant-colonel de gendarmerie qui a fait don de lui-même. On qualifie Arnaud Beltrame de héros. Je ne récuserai bien évidemment pas ce terme. Je ne suis pas sûr néanmoins qu’il soit le plus approprié. Arnaud Beltrame n’a pas risqué sa vie pour la patrie, mais pour sauver la vie d’une otage. Il a proposé au terroriste de se substituer à elle et celui-ci a accepté. Le dévouement qui va jusqu’au « mourir pour l’Autre », c’est, très exactement, nous dit Levinas, la définition de la sainteté.

Avec ce sacrifice, en tout cas, on est aux antipodes du kamikaze qui ne donne pas sa vie mais qui, en transformant son corps en arme de destruction, cherche à tuer au nom d’Allah le plus possible d’apostats ou d’infidèles.

Je ne demande pas la béatification d’Arnaud Beltrame, ce n’est pas de mon ressort. Mais plus encore qu’un hommage, ce saint-cyrien sorti major de sa promotion et qui, après l’École de guerre, a choisi la gendarmerie, mérite des obsèques nationales. Nous, la nation, nous nous devons d’honorer sa mémoire et de l’intégrer pour toujours à la nôtre.

En terrain miné

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La seule exactitude

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Marche blanche contre l’antisémitisme: pourquoi le Crif avait raison

Il faut être d’une singulière mauvaise foi pour faire porter au Crif la responsabilité des incidents survenus au cours de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll. Son président, Francis Kalifat avait déclaré avant cette marche que la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon n’y était pas souhaitée. Le Crif n’a jamais prétendu interdire quoi que ce soit. Il était prévisible que des incidents se produiraient avec la présence de ces deux personnes et ils ont bien eu lieu. Le propos de Kalifat était donc fondé dans sa prévision et son anticipation. S’il ne l’avait pas dit, de quelle turpitude aurait-il été accusé : de collaboration, de tolérance pour les extrêmes : l’une qui est allée danser la valse avec d’anciens nostalgiques nazis et l’autre pour sa haine très progressiste d’Israël. Fallait-il composer avec ces gens-là ? Serait-ce par esprit sectaire que ces deux-là n’étaient pas souhaités ou par souci de prévention de désordres prévisibles ?

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L’alibi antisioniste…

C’est la haine obsessionnelle d’Israël, c’est l’alibi antisioniste qui a donné à l’antisémitisme ses lettres de noblesse. Cette « forme renouvelée de l’antisémitisme », pour reprendre les mots du président de la République, n’est que la reformulation d’une constante. Elle permet de rendre acceptable sinon vertueuse le déni d’une légitimité : celle de l’affirmation nationale du peuple juif. Que cette incapacité à penser la complexité de cette question soit le fait de personnes de bonne foi de gauche et de droite ne change rien au résultat. Que d’autres à droite de la droite fassent mine d’oublier que l’antisémitisme traditionnel de certains d’entre eux cohabitait avec la haine d’Israël ne change rien non plus au résultat. Que le Quai d’Orsay fasse semblant de ne pas être au courant de sa complaisance passée à l’égard des formes les plus extrémistes du mouvement palestinien ne change rien à l’affaire. Que le moraliste en chef de Libération, Laurent Joffrin soit aussi oublieux de certains de ses éditoriaux compassionnels pour angelots turcs du Mavi Marmara, pour la sainteté de Stéphane Hessel ne change rien non plus au résultat.

…rend le fond de l’air irrespirable

C’est bien l’amalgame de ces composantes diverses qui a permis à l’air du temps de devenir irrespirable pour les Juifs. C’est cet ensemble de vecteurs qui rend possible la situation ubuesque actuelle qui convoque au tribunal un historien coupable d’avoir énoncé une vérité connue de tous : l’antisémitisme est une constante dans la plupart des mentalités arabo-musulmanes. La haine d’Israël est l’explication magique de l’enfermement intellectuel et psychique de ces sociétés. Que les plaignants s’affublent du faux-nez de l’antiracisme pour accuser Georges Bensoussan de racisme anti-arabe et d’islamophobie, ne change rien non plus au résultat, ils ont ajouté leur part à la pollution culturelle présente.

Ce bilan est un désastre. Que certains estiment reconstruire leur virginité en se défaussant sur le Crif de leur propre aveuglement ou de ce qu’ils ont eux-mêmes contribué à construire relève de l’imposture.


Une France soumise - Les voix du refus

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Cheminots-étudiants: pour la divergence des luttes!

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Manifestation étudiante à Nantes, avril 2018. SIPA. 00852725_000001

Le combat pour le service public est trop sérieux pour le laisser nuitdeboutiser par les consternantes revendications étudiantes.


À France Inter, on y croit. Chaque jour, depuis le début du mouvement de grève à la SNCF, on voit frémir la Vierge, la fameuse convergence des luttes dont on espère qu’elle opèrera la transsubstantiation de diverses contestations en remake réussi de Mai 68, c’est-à-dire en Grand soir anticapitaliste – « Ouvriers, étudiants, paysans », ça ne vous rappelle rien ? C’est aussi le fantasme du député France insoumise François Ruffin qui, mercredi soir, a appelé la foule rassemblée à la Bourse du Travail à Paris (500 personnes à l’intérieur, autant dehors) à un « grand débordement », le 5 mai, pour faire « la fête à Macron ».

Les sous-doués à la fac

Admiratrice éperdue de Jeremy Corbyn (en dépit de la complaisance avec l’antisémitisme qu’on prête, et à raison, au très gauchiste patron du Labour) et tête pensante du radical-chic français, Chantal Mouffe s’extasie dans Le Monde sur « la centralité attribuée à la lutte contre toutes les formes de domination et de discrimination, tant dans les rapports économiques que dans d’autres domaines comme celui des luttes féministes, antiracistes ou LGBT [lesbiennes, gays, bi et trans] ». Un salmigondis qui rappelle furieusement celui des représentants étudiants défendant dans un français aussi approximatif que leur orthographe leur droit au diplôme sans effort (Le Canard Enchaîné publie des extraits d’un dossier de presse de l’UNEF truffé de fautes ahurissantes. Ainsi, le syndicat étudiant craint que les femmes choisissent des filières, accrochez-vous, « avec des qualités ou des prérequis dont elles pensent disposer actuellement ou étant à l’heure portée ».).

Pour ces jeunes gens, qui ont tous dû lire la même fiche sur Les Héritiers de Bourdieu (et Passeron), que l’on puisse exiger d’eux, à chaque étape de leur scolarité, des résultats et des acquis correspondants à leur niveau supposé, voilà qui est le comble de la discrimination sociale. La méritocratie, c’est vraiment trop injuste ! Ainsi ne veulent-ils pas voir ce qui crève les yeux de tous : même dans les pays où le bac (ou son équivalent) garantit encore un niveau de connaissances et une aptitude à en acquérir d’autres, toutes les bonnes formations universitaires sont sélectives, et pas qu’un peu. Quant à leur exigence d’obtenir la moyenne à leurs examens, elle a laissé « rêveur » le Premier ministre pourtant trop empressé à ne pas froisser « la jeunesse », en réalité, sa frange politisée et largement dieudonnisée.

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Cette minorité active et ignorante est nourrie de clichés à deux balles sur « le racisme d’Etat » et « les stéréotypes de genre » (qu’il faut déconstruire), qu’elle gobe avec une jobardise qui me fait penser que, les jeunes, c’était mieux avant. La pire chose qui pourrait lui arriver serait qu’on lui cède et qu’on la laisse croupir dans des facs dortoirs pour y obtenir des diplômes sans valeur. Je l’avoue, par instants, cela me tente, je suis même prête à payer pour ne plus les entendre. Et puis, je me rappelle que ce n’est pas de leur faute s’ils sont les enfants d’une école qui semble avoir adopté comme programme la médiocrité pour tous, d’une gauche qui méprise tellement les enfants de pauvres qu’elle a fermé les internats d’excellence et supprimé les bourses au mérite, et des médias qui caressent leurs lubies dans le sens du poil.

Les cheminots ne doivent pas se « privé »

Comparé au verbiage de l’UNEF ânonné comme un catéchisme, et comparé aux éléments de langage débiles du mouvement contre la loi El Khomry (qui prétendaient que le renversement de la hiérarchie des normes entre l’entreprise et la branche allait nous ramener au temps de Dickens), le discours des syndicalistes cheminots est empreint de bon sens et de responsabilité. Quand ils disent que ce n’est pas leurs droits particuliers de salariés qu’ils défendent, mais le service public dans le sens singulier qu’il a en France, je les crois.

Le gouvernement est peut-être de bonne foi quand il jure qu’au bout de sa réforme, il n’y a pas la privatisation. Au début, la SNCF sera une entreprise privée-publique, c’est-à-dire à fonctionnement privé et capitaux publics. Et dans quelques années, pour cause de disette budgétaire ou d’idéologie anti-interventionniste, on débaptisera la SNCF (pour faire jeune et effacer ce vilain « N ») et on ouvrira son capital, avant de conclure que l’Etat n’a rien à faire dans les transports. On me dira que le contribuable, aujourd’hui, n’en a pas pour son argent. C’est un peu injuste, dès lors que chacun d’entre nous se rappelle les trains qui ne sont pas arrivés à l’heure et oublie les milliers de trajets sans histoires. Surtout, les choix stratégiques contestables de l’actionnaire, c’est-à-dire de l’Etat, sont évidemment responsables d’une grande partie de la dette, bien plus que le fameux statut des cheminots.

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Les syndicats cheminots ont bossé et, sur pas mal de points, leurs arguments sont très convaincants. Preuve qu’ils ne sont pas vraiment jusqu’au-boutistes, aucun ne réclame la renégociation de la directive sur l’ouverture des transports à la concurrence, qui serait peut-être une option à étudier alors que l’enthousiasme des peuples européens pour la libéralisation à outrance est pour le moins vacillant. Quoi qu’il en soit, on peut, comme votre servante, être raisonnablement libérale et souhaiter ardemment la persistance de ce pied de nez au dogme libéral qu’est le service public. Du reste, si on n’observe pas pour l’instant de rejet massif de la grève, cela signifie peut-être que même la France macronisée des start-up et des métropoles qui prend l’avion plus souvent que le train est attachée à une entreprise qui incarne à la fois la République et le monde d’avant.

La convergence des luttes est un mirage

S’ils ont la conviction que l’intérêt général y gagne, beaucoup de Français sont sans doute prêts à payer cette exception. Par leurs impôts et par les heures de vie que la grève leur fait perdre en piétinements attentes, angoisses et énervements. Mais ils veulent aussi que leurs enfants puissent étudier et passer leurs examens. Et ils l’ont montré en se révoltant contre la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, ils ne sont pas assez benêts pour croire aux promesses de l’excellence sans efforts.

La convergence des luttes est un mirage. « Il ne s’agit pas de rejouer Nuit debout », a proclamé François Ruffin. En réalité, il s’agit exactement de cela, d’établir un continuum de la contre-domination allant des cheminots à la Palestine. Le service public mérite mieux que des billevesées extrême gauchistes. On peut considérer que la normalisation par le marché va dans le sens de l’Histoire et, partant, être opposé au point de vue des syndicats de la SNCF. Mais confondre leur combat avec les pauvres slogans des organisations étudiantes, c’est passer à côté de l’essentiel : les cheminots défendent notre monde commun, les étudiants incultes de l’UNEF veulent sa liquidation.

Les Rien-pensants

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La France doit exiger l’autocritique des représentants de l’islam

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Amar Lasfar, président de l'association Musulmans de France (ex-UOIF) et Dalil Boubakeur (à droite), recteur de la Grande Mosquée de Paris, lors d'un congrès de l'UOIF en 2015 au Bourget. SIPA. AP21716846_000005

Ces derniers jours ont confronté la France à quelques faits assez simples, mais qui pointent vers des vérités que trop de gens, trop longtemps, ont tenté et tenteront encore de nier, et même de dissimuler.

Mireille Knoll a été tuée par deux hommes qui sortaient de prison. Ils avaient, comme on dit, « payé leur dette à la société ». L’un d’entre eux, Yacine M., avait semble-t-il des antécédents d’agressions sexuelles. Son dernier séjour derrière les barreaux y était d’ailleurs lié : il avait agressé sexuellement une pré-adolescente de 12 ans. Il avait donc effectué une peine de… 5 mois et demi. 24 mois sur le papier, mais seulement 5 en réalité. J’insiste : connu et déjà condamné pour des faits antérieurs d’agressions sexuelles, il s’en est pris à une enfant de 12 ans, et a été condamné de facto à 5 mois et demi de prison.

Après sa sortie de prison, respectant scrupuleusement la peine dite de probation qui lui était fixée, il a assassiné une octogénaire. Et l’ordre des avocats ose s’indigner que l’on réfléchisse à une réforme de la procédure pénale, hurlant à la remise en cause de l’état de droit et des libertés fondamentales. N’ont-ils aucune décence ? N’ont-ils aucune conscience ?

« La pensée de Tariq Ramadan reste intacte »

S’est, par ailleurs, tenu ce week-end le très mal nommé « rassemblement annuel des musulmans de France », dont le nom même est un piège. Il ne s’agit en aucun cas d’un hypothétique rassemblement de l’ensemble de nos concitoyens musulmans, mais d’une association qui s’est donné, très abusivement, le nom de « musulmans de France » (MF), autrefois l’UOIF, c’est-à-dire la branche française des Frères musulmans.

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Le succès du stand tenu par le comité de soutien à Tariq Ramadan n’étonnera que ceux qui refusent obstinément de voir ce qu’ils voient. Les livres du prédicateur islamiste « se vendent comme des petits pains », ce qui, hélas, montre bien que certaines minorités sont nettement moins minoritaires qu’on ne le voudrait et qu’on ne le prétend trop souvent, comme le confirme une inquiétante étude qui vient d’être publiée par le CNRS.

Amar Lasfar, président de MF, persiste sans surprise dans sa victimisation du théologien islamiste. Il a toutefois raison sur un point : « la pensée de Tariq Ramadan reste intacte ». C’est bien le problème : les femmes qui lèvent le voile sur le prédicateur font preuve d’un courage admirable malgré des pressions odieuses et même une récente agression, mais la recherche – ô combien nécessaire – de la vérité judiciaire ne doit pas masquer la dangerosité de l’enseignement du théologien, que son mémorable « moratoire sur l’excision » suffirait à illustrer.

« Les valeurs historiques de la France (…) ne se traduisent pas de manière équitable pour tous les citoyens », prétend Amar Lasfar. Mais si, justement ! Équitable ne veut pas dire identique, et il est sain que la République ne réserve pas exactement le même traitement à ceux qui respectent ses valeurs et à ceux qui tentent de les utiliser contre elle pour promouvoir un ordre obscurantiste et totalitaire. Il serait bon, d’ailleurs, que cette distinction soit plus nette et plus fréquente.

L’islam innocent, forcément innocent…

Emmanuel Macron a très justement rappelé l’importance pour chacun de nous de la soif d’absolu et de la quête de sens lors des obsèques du colonel Beltrame. Notre laïcité « à la française » est immensément précieuse, mais ne doit pas conduire à imposer aux religions un tel silence dans l’espace public, que seules resteraient audibles celles qui ne respectent pas cette laïcité – en clair, l’islam politique. Ce dernier donnerait alors l’impression d’être la seule alternative crédible au matérialisme sans but et au « relativisme morne », alors qu’il n’en est rien !

Puisqu’il est évidemment question d’islam, et que ce n’est pas parce que deux choses portent le même nom qu’elles sont véritablement une, la France doit-elle traiter de la même manière la religion d’Henda Ayari et celle de Tariq Ramadan ?

Il convient de nous méfier des réponses à l’emporte-pièce, des jugements hâtifs et des généralisations abusives. Il y a des ordures parmi les chrétiens, des allumeurs de bûchers de jadis aux prêtres pédophiles, et il y a des gens très bien parmi les musulmans, dont certains, anonymes ou célèbres, sont d’ailleurs nos concitoyens. Mais enfin : Arnaud Beltrame aurait-il fait ce qu’il a fait s’il n’avait pas été chrétien ? Radouane Lakdim aurait-il fait ce qu’il a fait s’il n’avait pas été musulman ?

La France doit cesser d’espérer

Comme l’a écrit, il y a déjà longtemps, le remarquable Abdennour Bidar, certaines autocritiques n’ont que trop tardé. La France ne doit plus les espérer. Elle doit les exiger, refuser que ceux qui les esquivent puissent prétendre à la moindre représentation officielle et leur interdire toute organisation légale sur notre sol.

Cela revient évidemment à affronter nombre d’organisations ayant hélas pignon sur rue – le CFCM, les Frères musulmans, le Milli Gorüs, le Tabligh, les réseaux wahhabites et salafistes en tout genre, le CCIF, le PIR, etc. – ainsi que les pays qui les financent – Turquie, Arabie saoudite, Qatar… Ce sera rude, mais bien moins dangereux que de continuer à les tolérer et que de les laisser étendre leur influence. C’est une obligation stratégique et un devoir moral envers tous les musulmans sincèrement humanistes qui, comme jadis Abdelwahab Meddeb, ont bien compris que « les germes du mal sont dans le texte. »

La « France rance » vous salue bien

Au terme de ces jours de deuil, mais aussi de victoire, qui ont bouleversé notre pays, rappelons qu’il suffit d’un seul contre-exemple pour démontrer la fausseté d’une généralité. Dès lors, les racialistes racistes qui accusent la « blanchitude » de tous les maux, les pseudo-féministes haïssant les hommes mais étrangement silencieuses sur les abominations commises à Telford, les « bouffeurs de curés », les contempteurs de la « France rance », les antimilitaristes forcenés, les pacifistes « munichois » qui appellent sans cesse à tendre l’autre joue, mais aussi les tenants du primat de l’économie des deux côtés de l’échiquier politique, feraient bien de méditer quelques points. Par sa seule existence, un homme vient de les confronter au réel.

Arnaud Beltrame était blanc, mâle, hétérosexuel. Il était franc-maçon et fervent catholique. Il était militaire, ancien sous-officier devant sa belle carrière à ses seuls efforts et à la méritocratie républicaine. Il était provincial. Adepte enthousiaste de sports de combat, il n’est pas tombé sans se battre. Il jugeait de la valeur d’une vie – la sienne ou celle qu’il a sauvée – selon d’autres critères que la possession d’une Rolex à cinquante ans, et sans doute dans sa jeunesse avait-il d’autres rêves que de devenir milliardaire.

Il y a des gens très bien qui, sur un bon nombre de ces points, ne lui ressemblent pas ; et c’est heureux. Ce qu’il était ne suffit pas à résumer la France, y compris dans ce qu’elle a de beau et de grand. Mais la France qui lui ressemble n’aura plus jamais à tolérer qu’on tente de lui faire honte de ce qu’elle est.

Un racisme imaginaire: La querelle de l'islamophobie

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Lettre ouverte au monde musulman

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Italie: la Lega applique la méthode Assimil

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Tony Iwobi. ©Ni Yanqiang - D.R.

En Italie, le réel semble plus fort que Le Gorafi. Régulièrement accusée de racisme, la Lega de Salvini, arrivée en tête (18%) de la coalition de droite aux législatives, a fait élire fin février le premier sénateur noir de la Botte. Tous nos médias se sont gaussés de cette apparente contradiction : le sénateur Tony Iwobi, d’origine nigériane, serait-il masochiste ? Tombé des nues, le président de SOS Racisme Dominique Sopo a comparé Iwobi à l’oncle Tom. Car avec ses t-shirts « Stop invasion » et ses diatribes contre les flux migratoires, le chef d’entreprise désormais parlementaire ne correspond pas vraiment au cliché de l’immigré xénophile.

Tony Iwobi n’est pas le premier

Élu municipal à Bergame dès 1995 puis conseiller régional de Lombardie en 2013, Iwobi a toujours suivi la ligne de la Lega, y compris lorsque ses dirigeants voulaient couper les ponts avec l’Italie méridionale et créer une Padanie indépendante au nord de la péninsule. L’élu défendait alors mordicus la culture et la langue bergamasques, un dialecte usité en Italie et en Suisse que l’Unesco a classé dans la liste des idiomes en danger.

Sous le feu des projecteurs, Tony Iwobi n’est pourtant pas la première personnalité d’origine africaine que la Ligue met en avant. En effet, le premier maire noir d’Italie fut Sandy Cane, une ligueuse élue à Viggiù, une petite ville de la frontière suisse. Née d’une mère italienne et d’un père afro-américain, elle confia même avoir voté Obama. Non loin de là, en 2013, à Malnate, la Ligue avait désigné comme secrétaire de sa section locale Hajer Fezzani, une Italienne d’origine tunisienne, noire de surcroît. La jeune femme n’aurait jamais pu prétendre à un tel rôle à Tunis, où les descendants d’esclaves africains restent désespérément cantonnés à des tâches subalternes.

Dans une Italie en première ligne du chaos migratoire, la Lega a donc pleinement intégré le logiciel assimilationniste de son alliée Marine Le Pen. Ses adversaires lui souhaitent le même destin.

« Amnésie traumatique »: notre cerveau n’est pas un disque dur

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Flavie Flament dans l'émission Salut les Terriens de Thierry Ardisson sur C8, 22 octobre 2016.

L’animatrice Flavie Flament a mis sous la lumière le concept d’ « amnésie traumatique ». S’appuyant sur cette notion contestée par la majorité de la communauté scientifique, certains réclament l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Or, on sait que notre cerveau est un organe dynamique, pas un enregistreur que l’on pourrait rembobiner pour retrouver tel ou tel souvenir enfoui.


Des victimes présumées d’abus sexuels subis au cours de leur enfance ont récemment occupé le devant de la scène médiatique, en particulier l’animatrice et romancière Flavie Flament, qui a placé la notion d’« amnésie traumatique » au cœur du débat. C’est cette notion que l’on conteste ici.

Amnésie médiatique

Dans son récit autobiographique, La Consolation, publié en octobre 2016, Flavie Flament raconte son viol à l’âge de 13 ans par un photographe « connu et reconnu de tous ». La jeune femme dit n’avoir retrouvé la mémoire de ce viol, qui remonte à 1987, qu’en 2009, au cours d’une psychothérapie, « oubli » qu’elle attribue à l’« amnésie traumatique ». Si Flavie Flament ne nomme pas son présumé agresseur, après son passage fin octobre 2016 dans l’émission « Salut les Terriens ! », le patronyme du célèbre photographe David Hamilton commence à circuler sur les réseaux sociaux et dans certains médias.

Le sujet de l’amnésie traumatique étant ainsi inscrit à l’ordre du jour médiatique, la psychiatre Muriel Salmona lui confère une substance scientifique, en reprenant les théories développées dans les années 1990 par Linda Meyer Williams et Cathy Widom, toutes deux spécialistes des abus sexuels et violences sur mineurs. Voici sa définition, citée par la journaliste Mié Kohiyama dans une tribune publiée par Le Monde en novembre 2017 : « Il s’agit d’un mécanisme neurobiologique de sauvegarde bien documenté que le cerveau déclenche pour se protéger de la terreur et du stress extrême générés par les violences qui présentent un risque vital (…) Ce mécanisme fait disjoncter les circuits émotionnels et ceux de la mémoire, et entraîne des troubles dissociatifs et de la mémoire, responsables des amnésies et d’une mémoire traumatique. »

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Selon Muriel Salmona, les souvenirs ainsi retrouvés plusieurs décennies plus tard seraient restitués à l’identique. Elle écrit : « La mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle et sensorielle non intégrée et indifférenciée, piégée lors de la disjonction de sauvegarde hors du temps et de la conscience dans une partie du cerveau : l’amygdale cérébrale. Elle fonctionne comme une machine à remonter le temps qui va faire vivre à l’identique dans leurs moindres détails et avec une acuité intacte les violences comme si elles se produisaient à nouveau ». Sur la base de cette argumentation, Muriel Salmona défend l’allongement du délai de prescription pour les abus sexuels infantiles qui auraient eu lieu plusieurs décennies auparavant.

Un « morceau de folklore dénué de tout fondement scientifique convaincant »

Or, la majeure partie de la communauté scientifique aux États-Unis et en Europe considère que l’amnésie dissociative traumatique, autrement appelée « refoulement », est, ainsi que l’écrit le professeur en psychologie à Harvard Richard McNally, un « morceau de folklore dénué de tout fondement scientifique convaincant ».

Comment en avoir le cœur net ? On ne peut évidemment pas expérimenter directement sur les humains. Aussi, de nombreuses études scientifiques ont-elles été effectuées sur la base de questionnaires. Si l’une d’entre elles, publiée en 2012 par la spécialiste des phénomènes post-traumatiques Constance J. Dalenberg, a conclu à l’existence de la mémoire traumatique, des spécialistes du fonctionnement de la mémoire l’ont sévèrement critiquée. Scott Lilienfeld et Elizabeth Loftus battent ainsi en brèche la notion de mémoire retrouvée, cette dernière ayant notamment travaillé sur la fabrication des faux souvenirs, y compris autour d’abus sexuels prétendument subis durant l’enfance.

Un constat ressort de ce débat : la majeure partie de la communauté scientifique émet de sérieux doutes sur l’existence même de l’amnésie et de la mémoire traumatiques. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire : les partisans de l’amnésie et de la mémoire traumatiques se tournent vers l’imagerie par résonance magnétique (IRM), prétendant y découvrir la preuve scientifique par excellence. Là encore, Flavie Flament est aux avant-postes.

Un souvenir n’est qu’une reconstruction du passé

Dans son documentaire Viol sur mineurs : mon combat contre l’oubli, diffusé le 15 novembre 2017 sur France 5, Flavie Flament se prête à un scanner de son cerveau afin de déterminer si son présumé viol a laissé des séquelles physiques visibles. Selon les images présentées dans le documentaire, les violences que l’animatrice aurait subies trente ans auparavant, à l’âge de 13 ans, auraient modifié le cortex cérébral. J’ai donc demandé à des spécialistes en neuro-imagerie de se prononcer sur ces images. Tous ont constaté que l’hippocampe de Mme Flament était certes petit (et encore, pour s’en assurer, il faudrait mesurer correctement son volume, et le rapporter à des normes de femmes de même âge et de même taille…), mais que l’IRM ne pouvait en aucun cas l’expliquer.

Notre mémoire ne fonctionne pas comme un enregistreur vidéo. Tant que son détenteur vit, le cerveau reste dynamique et les souvenirs traumatiques les plus vifs ne sont jamais des reproductions littérales des événements vécus. Ni des éléments manipulables à l’envi qu’on pourrait sortir de l’endroit où ils ont été cachés par tel ou tel mécanisme psychologique.

D’autant qu’un souvenir n’est qu’une reconstruction du passé. Bien sûr, on peut faire des rêves étroitement liés à l’événement traumatique, ainsi reconstruit et « revécu » pendant le sommeil, mais de telles réminiscences ne sont en aucun cas des reproductions ou des enregistrements retrouvés dans un coin du grenier.

Question subsidiaire : le corps peut-il vraiment garder l’empreinte du souvenir ? Dans le titre même de son article « The body keeps the score », le psychiatre Bessel Van der Kolk suggère que les victimes peuvent présenter des signes corporels de la mémoire traumatique. Mais la communauté scientifique est unanime : même si cela existe, il ne s’agit pas d’une reproduction fidèle de l’événement. Dans ces conditions, comment interpréter la « mémoire du corps » ? Certains allèguent qu’images, processus sensoriels et rêves seraient les souvenirs implicites d’un traumatisme dissocié. Le corps se souviendrait, même si l’esprit ne le peut pas.

Dans l’état actuel de nos connaissances, la « mémoire traumatique retrouvée » n’est pas de la science, mais de la science-fiction

Ce raisonnement erroné a inspiré la prétendue « thérapie de la mémoire retrouvée » que Richard McNally, le spécialiste des légendes urbaines en matière de psychologie, qualifie de « plus grave catastrophe qui ait frappé le domaine de la santé mentale depuis l’époque de la lobotomie ». Rappelons également que l’émotion ne confirme pas la vérité. La croyance sincère que l’on a été traumatisé peut produire une excitation émotionnelle intense au moins aussi grande qu’un syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Par exemple, l’amnésie psychogène ne se confond pas avec l’amnésie traumatique, bien que les deux termes soient parfois utilisés comme des synonymes. Ainsi, les cas d’amnésies psychogènes « canoniques » se manifestent par une perte de la mémoire à long terme soudaine et massive, allant jusqu’à la perte d’identité.

Ne confondons pas non plus amnésie infantile et amnésie traumatique. La plupart des gens se souviennent très peu de leur vie avant l’âge de quatre ou cinq ans. Au-delà de cette limite, la maturation du cerveau et les changements cognitifs, en particulier dans le langage, rendent difficile pour les enfants plus âgés – et a fortiori pour les adultes – de se rappeler les événements « codés » pendant les années préscolaires. Enfin, les travaux d’Elizabeth Loftus et d’autres chercheurs en psychologie expérimentale ont montré qu’il était facile d’implanter des faux souvenirs. Sans corroboration externe ou preuves matérielles, les allégations d’une victime présumée ne suffisent pas à distinguer un vrai d’un faux souvenir. En revanche, de multiples exemples démontrent que les événements traumatiques – vécus comme massivement terrifiants au moment de leur apparition – sont fortement inoubliables et rarement, sinon jamais, oubliés.

Il est indispensable de développer la formation des médecins, policiers, gendarmes, avocats, juges et autres professionnels à l’écoute des victimes afin de mieux entendre et préserver leurs témoignages de tout risque de déformation. Mais en même temps, force est de constater que, dans l’état actuel de nos connaissances, la « mémoire traumatique retrouvée » n’est pas de la science, mais de la science-fiction. Comme l’affirment quatre chercheurs en psychologie sociale et cognitive dans Le Monde du 22 novembre 2017, « faire entrer dans la loi l’amnésie traumatique serait dangereux ».

In memoriam la guerre des souvenirs

C’est aussi la position du juge Jacques Calmettes, chargé fin 2016 par la ministre Laurence Rossignol d’animer avec Flavie Flament une « Mission de consensus sur le délai de prescription applicable aux crimes sexuels commis sur les mineur.e.s ». Lors de son audition à l’Assemblée nationale le 31 janvier 2018, Calmettes a été interrogé sur l’amnésie traumatique : « La Cour de cassation a une position très claire de rejet disant que cette base de révélations, les conditions de ces révélations et les connaissances, les données acquises de la science, comme on le dit souvent en Droit, ne permettent pas d’asseoir la procédure sur ce problème-là, trop fragile par rapport à la rigueur du Droit. » Il a également évoqué « le problème de la preuve du souvenir, de la fabrication des faux souvenirs, de la distorsion des souvenirs ».

S’il faut lutter énergiquement contre les abus sexuels et les viols avérés sur mineurs, n’oublions pas pour autant une autre catégorie de victimes : les personnes innocentes – et leurs familles – victimes d’accusations fondées sur de faux souvenirs induits en thérapie. Dans un entretien qu’elle a accordé à Stéphanie Trastour (M, le magazine du Monde, 4 octobre 2014), en marge du premier procès en France intenté contre un psychothérapeute des faux souvenirs, Elizabeth Loftus déclarait : « Si les Français doivent traverser le même épisode tragique que les Américains lors de la guerre des souvenirs, je les plains sincèrement ! »

La Consolation

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Thomas Porcher, l’économiste anti-Macron qui a quand même voté Macron

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Thomas Porcher lors d'une réunion publique d'EELV, décembre 2015. SIPA. 00733306_000033

Il critique Emmanuel Macron et n’est même pas libéral, pourtant c’est l’économiste à la mode. Thomas Porcher publie un Traité d’économie hérétique qui va à l’encontre du dogme libéral dominant. 


Les sciences économiques n’ont de scientifique que le nom. Thomas Porcher, l’économiste « atterré », nous le rappelle dans son « Traité d’économie hérétique » : il n’y a pas de vérité en économie. Par ses démonstrations souvent pertinentes, il s’affaire à démontrer que le discours libéral majoritaire – dont La République En Marche et d’autres nous rabattent les oreilles – n’est, malgré les apparences, pas partagé de tous. Son réquisitoire bien construit démonte une à une les grandes illusions du « prêt-à-penser » libéral et les supposées « vérités économiques ». C’est tout à fait rafraîchissant !

Faire barrage contre Ma… rine Le Pen

Thomas Porcher – qui a été dans l’équipe de Cécile Duflot en 2016 avant de signer en 2017 une tribune commune avec Yanis Varoufakis dans Le Monde pour appeler les gauches Hamon, Jadot et Mélenchon à s’unir dans la course à l’Elysée – est assurément un économiste de gauche, de la « vraie » gauche diraient certains. Mais la pensée économique de l’auteur a beau s’éloigner fortement des dogmes libéraux actuels, l’économiste jouit d’une couverture médiatique monstre. Invité presque partout pour la promotion de son livre, sa supposée « hérésie » reste appréciée par nombre de journalistes. Ceci explique peut-être cela, Thomas Porcher a fini par voter Macron au second tour de la présidentielle : ouf, il n’est donc pas « fasciste » !

Hérétique, non. Utopiste ? Assurément. Il reprend quasiment tous les arguments en vogue au sein de la gauche de la gauche qui conteste la mondialisation économique. Tout y est bien listé. Il manque seulement, et c’est à son honneur, les délires de Benoît Hamon sur la robotisation ou sur le revenu universel sauce Piketty. Là où Thomas Porcher est brillant, c’est pour déconstruire méthodiquement nombre d’arguments utilisés par les « puissants » pour garder le troupeau de citoyens dans le droit chemin d’une économie toujours plus libérale.

Le libéralisme ou la peur du vide

Depuis 30 ans, une majorité d’économistes milite pour plus de désengagement de l’Etat et le détricotage des normes ou des acquis sociaux. Vaste supercherie qui n’enrichit que les plus riches pour Thomas Porcher. Supercherie qui a montré son incapacité à sortir les économies européennes de la crise. Pour justifier cette austérité et l’imposer aux populations, deux « épouvantails », nous explique-t-il, sont systématiquement brandis par les classes dominantes : la « pression exercée par la concurrence mondiale » d’une part, et le « poids de la dette » d’autre part, ce « chiffon rouge agité pour faire peur ». Thomas Porcher va jusqu’à pourfendre la théorie du ruissellement chère à Macron, dynamique capitaliste qu’il qualifie de « vision prétendument gagnante-gagnante d’opposition entre classes sociales ». L’économiste est également très bon pour mordre les mollets des gouvernants libéraux qui se font passer pour des défenseurs du climat ou pour déconstruire le « mythe de la réussite individuelle ». Les génies de l’informatique – Steve Jobs – ou de la chanson française – Florent Pagny (!) – seront gentiment égratignés au passage.

Zemmour, sors de ce corps !

Thomas Porcher ne croit pas aux mérites des « mécanismes de marché » vantés par les libéraux, prétendument régulateurs et bénéfiques à la société tout entière. Il plaide, lui, pour une plus grande intervention de l’Etat. Son Traité d’économie hérétique montre en tout cas très bien par quelles étapes nous sommes passés, des Trente Glorieuses (époque « plutôt administrée » par les Etats) au système actuel où l’économie est « une économie de marchés financiers libéralisés ». Il accable la Commission européenne et son rôle majeur dans la dernière crise économique. Il dénonce de façon remarquable la grande finance et le FMI qui ont pris l’ascendant sur le politique à partir des années 1980. « Ce n’est plus la Bourse qui finance l’entreprise, mais bien l’entreprise qui finance la Bourse ». Il revient sur le scandale de la crise de 2007 et démontre que la dette publique des Etats n’est qu’une broutille comparée au scandale de la dette privée des subprimes !

Le libre-échange ? Même lui sera vilipendé : c’est, pour Thomas Porcher, « une théorie économique des pays riches conçue pour dominer les pays pauvres » ! Pour nous, citoyens de pays riches, le libre-échange a aussi ses effets nocifs en sacrifiant notre classe ouvrière. L’Europe ? Elle est sous domination allemande. L’Union européenne, qui pourrait nous protéger des « effets délétères de la mondialisation », est même devenue la « principale courroie de transmission » de ce libre-échange dévastateur. Attention Monsieur Porcher, certains passages font penser à une tribune d’Eric Zemmour ou à un discours de Florian Philippot !

« Penser hors cadre » près des socialistes

Si cette lecture est agréable, car très abordable, (ce qui n’est pas toujours gagné d’avance quand on ouvre un bouquin d’économie), certains aspects sont – et c’est le sens même du livre – discutables. Thomas Porcher peut lasser. Quand il se félicite de « penser hors du cadre », chapitre après chapitre. Quand il fustige en permanence les « experts » qui s’opposent à lui et dont la pensée libérale aurait abouti à « des millions de vies broyées » (on retrouve cette expression plusieurs fois dans le livre), aussi.

Son misérabilisme quand il évoque les moins nantis (il parle de « pauvrophobie » !), son refus de voir dans toute initiative économique individuelle une possibilité d’améliorer la richesse globale d’une nation, son obsession autour du CAC 40 ou du Medef en exaspéreront assurément plus d’un ! Thomas Porcher n’a que 40 ans, mais on a aussi envie de lui rappeler que sous Mitterrand, Jospin ou Hollande, la gauche socialiste qu’il soutient en partie a souvent été au pouvoir lors des trois dernières décennies marquées par la crise économique, avec les forfaitures et renoncements que l’on connait. Sa conclusion offre 10 principes pour se réarmer contre la pensée néolibérale. Mais l’on peut se demander si les idées de Thomas Porcher, qui ne s’encombre pas de chiffres et d’une économétrie qui manquent parfois pour conforter certains points, n’ont pas déjà été balayées par les électeurs lors des derniers scrutins…

Testament d’un terroriste islamiste

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©Jung Yeon-Je

Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


Je suis fiché S.

Je suis le prochain.

Vous pourrez interroger mes voisins. Après…

Ils vous diront tous que j’étais calme, gentil, serviable… Je suis une menace endogène. Je vis avec ma famille. Tranquille. Je dis bonjour, pardon et je porte les paniers des vieilles dames.

Vous croyez quoi ? Que je vais tout faire pour me faire remarquer avant d’agir ? Que je vais aller m’entraîner au tir dans les bois alors que je sais que je suis fiché ?

On passe toujours à l’acte brusquement. Parce qu’il faut bien qu’il y ait un commencement après avoir été discret.

Je n’ai pas pu partir en Syrie.

Mais je serai utile ici.

Je suis ce que vous appelez « un petit dealer multirécidiviste ». Je suis une recrue précieuse parce que je connais suffisamment bien les trucs des keufs pour pouvoir les déjouer et parce que j’ai fait suffisamment de mal dans le passé pour avoir besoin de faire beaucoup de bien maintenant que j’ai compris. Longtemps, j’ai été dans l’illégal d’après vos lois qui ne sont pas celles de Dieu, mais aussi, malheureusement, dans l’illicite.

Car seul Allah le Très Haut a le droit de déclarer une chose licite ou illicite. Ici, des gens ont rendu licites certaines choses déclarées illicites par Allah. D’autres ont rendu illicites certaines choses déclarées licites par Allah. Grâce à mes frères, j’ai appris que je pouvais me rattraper en agissant pour le bien d’Allah. J’ai compris que, quoi que je fasse, je ne suis pas dans l’illicite quand j’agis pour la gloire d’Allah.

Je sais faire maintenant, grâce à eux, la différence entre al-hallal et al-haram.

Je ris d’avance de leur négociateur qui voudra parlementer « pour que ça se termine bien ». Je parlementerai. Le temps que le buzz parte dans les médias, le temps que le monde sache que je suis un soldat d’Allah, le temps que le monde se rappelle qu’il ne faut pas oublier d’avoir peur.

Mais croyez-vous que je me serais donné tout ce mal pour rater ensuite l’occasion inespérée de tomber en martyr, c’est-à-dire d’avoir la certitude d’accéder au paradis ? Il y a d’autres moyens d’y accéder bien sûr. Mais ils ne sont pas totalement certains. Surtout pour quelqu’un qui comme moi a vécu jusqu’il y a peu dans la mécréance et la délinquance.

Si on ne me laisse pas mourir en martyr, je ne pourrai pas labelliser du sceau du bien mon passé dissolu. Alors, au moment où je vais avoir accès à tout ce qui me fait rêver alors que je ne l’aurai jamais ici-bas, imaginez-vous que je vais renoncer parce qu’un kafir me jouera de la flûte ?

323 frères, déjà, sont revenus de Syrie et d’Irak. On est 20 000 fichés en France ! Vous pensez qu’on ne sait pas que vous n’avez pas les moyens de nous surveiller efficacement ?

Vous croyez qu’on ne sait pas combien de dizaines de milliers de policiers il faudrait pour réussir à tous nous tracer correctement ? Vous croyez qu’on se gêne pour vous balader, pour vous occuper afin de laisser le champ libre à nos frères qui ont besoin de quelques heures de tranquillité pour faire ce qu’ils ont à faire ?

Je me suis bien amusé quand j’ai laissé un message sur le Facebook d’un type que je ne connaissais même pas, mais qui avait un nom arabe et quelques photos des frères en Syrie sur son profil. Je lui ai écrit : « Je t’amène la guitare la semaine prochaine… »

Le type a répondu « Quelle guitare ? » et je lui ai répondu « Oh pardon, erreur d’aiguillage ».

Et puis j’ai cherché le profil d’un autre type avec un nom arabe et des photos des frères sur son profil, un type que je ne connaissais pas non plus et j’ai écrit : « J’ai prévenu pour le concert. C’est la semaine prochaine. » Le type ne m’a même pas répondu, mais sinon je lui aurais dit un truc du genre : « OK, si la musique ne t’intéresse plus…. »

Ensuite, j’ai attendu que la semaine passe et il m’a bien semblé que j’avais les keufs au cul. Et le lundi, je me suis levé à cinq heures, je me suis fait un petit kawa et à cinq heures trente, je sortais de l’immeuble avec un étui à guitare…

Ils m’ont suivi toute la matinée…

J’ai fait plein d’arrêts, je suis revenu sur mes pas, reparti dans l’autre sens… Je ne sais pas quelles voitures me suivaient, mais quel que soit l’endroit, je n’étais jamais le seul automobiliste. Ou alors il y avait au moins une moto. Finalement, j’ai laissé l’étui sur un parking vers trois heures de l’après-midi et je suis rentré chez moi.

J’imagine leur tête quand ils l’ont ouvert ! Il n’y avait rien dedans.

J’ai bien dû mobiliser une dizaine de flics avec mon histoire. Pendant ce temps-là, les frères des environs étaient tranquilles pour faire ce qu’ils avaient à faire. Peu de chance qu’il y ait assez de monde pour les suivre en même temps que moi. Surtout qu’eux, ils n’avaient laissé aucune trace de ce qu’ils allaient faire. Même moi je ne sais pas ce qu’ils avaient à faire. Je savais juste qu’ils avaient besoin d’une demi-journée de tranquillité. Il a suffi d’une phrase échangée à la mosquée et je savais comment aider…

Demain, c’est moi qui aurai un truc à faire.

Demain, c’est moi qui occuperai le terrain. Vous nous faites reculer là-bas, mais ici on continuera d’exister. En semant la terreur et la mort. En occupant le devant de la scène. Vous ne libérerez pas vos pensées de la crainte qu’on vous inspire. On recule géographiquement pour le moment, mais on ne cède pas un pouce sur le terrain de l’effroi.

Ne cherchez pas les « donneurs d’ordre », on n’est pas Al-Qaida.

On n’est pas dans une structure militaire avec une élite qui commande des troupes.

On fait du roommate-terrorisme, on est les colocataires de vos sociétés et vous n’y pouvez rien. On est les Uber du terrorisme. On apporte notre propre voiture et le pourcentage que prend Daech sur chacune de nos courses, c’est la crainte qu’il continue d’inspirer malgré son recul territorial.

Et nos femmes ont des ventres et elles enfanteront pour perpétuer de génération en génération la vraie parole d’Allah.

J’étais destiné à n’être personne et je peux devenir quelqu’un en mourant pour la gloire du Très Haut. Moi, le rien du tout, je peux être individualisé par la mort en gagnant de surcroît ma place au paradis.

Je vous dis à demain…

Ou rendez-vous là-haut pour les meilleurs d’entre vous…

Le petit terroriste

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Il faut, au contraire, augmenter le nombre de parlementaires

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Edouard Philippe à l'Assemblée nationale, avril 2018. SIPA. 00852729_000020

La réforme des institutions présentée, le 4 avril, par le Premier ministre Edouard Philippe prévoit une réduction du nombre de parlementaires. Un projet démagogique qui renforcera la France des villes et le pouvoir du président Macron.


Depuis quelques années, une large majorité des forces politiques, pour une fois en phase avec la majorité des sondés, se prononce pour une réduction du nombre de parlementaires. Un jour, quelqu’un a décrété que députés et sénateurs étaient décidément trop nombreux et que cela coûtait trop cher au contribuable. On en a profité pour expliquer que nous possédions un nombre record de parlementaires payés à ne rien faire, et l’idée s’est installée. Ne craignant aucun paradoxe, certains ajoutaient qu’il valait mieux avoir moins de députés et qu’ils puissent recruter davantage d’assistants, ce qui entrait en collision avec le premier objectif cité de réduire les coûts, tout en favorisant le népotisme par rapport à la démocratie.

La France n’est pas l’Amérique

En fait, nous n’avons pas trop de parlementaires. Au lieu de comparer avec l’Etat fédéral américain – comble de la malhonnêteté intellectuelle -, comparons plutôt avec un pays de taille et structure équivalentes, comme le Royaume-Uni, et on constatera qu’il ne faudrait pas réduire le nombre de parlementaires mais plutôt l’augmenter.

On a l’habitude. Quand il avait fallu réduire le nombre de régions, il avait été martelé pendant des années que nos régions étaient moins peuplées que celles de notre voisin et principal partenaire allemand. Or, les régions françaises d’avant 2015 étaient en moyenne déjà plus peuplées que les Länder. Ce n’était pas la taille des régions allemandes qui faisaient leur force mais les compétences dont elles avaient la charge. A l’heure où le gouvernement prétend lutter contre les fameuses « fake news », peut-être faudrait-il, plutôt que de les entretenir, tordre le cou à ces légendes urbaines.

La « France périphérique » a besoin de parlementaires

En fait, pour se faire bien voir de certains électeurs qui pensent qu’ils sont trop nombreux pour le peu de travail qu’ils semblent effectuer, ce qui est d’ailleurs le plus souvent injuste, les partis politiques avaient quasiment tous intégré cette réduction du nombre de parlementaires dans leurs programmes. Ainsi, il est piquant d’entendre aujourd’hui Bruno Retailleau, l’un des plus proches de François Fillon, s’alarmer du danger que fait peser cette mesure sur la représentation des territoires alors que son ami proposait de tailler à la hache dans les effectifs de députés et sénateurs. Il faut dire que François Fillon proposait de tailler à la hache dans tous les effectifs dont il aurait eu la charge, ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans la chute qu’il a subi entre le 1er décembre 2016 et le 25 janvier 2017, chute bien plus forte, rappelons-le, que celle qu’il a connu ensuite après les révélations du Canard enchaîné. Mais puisque Bruno Retailleau et autres anciens soutiens de François Fillon se sentent dorénavant plus soucieux de la représentativité de tous les territoires, ne boudons pas notre satisfaction.

Car l’heure est à la dénonciation – légitime la plupart du temps – de « Macron, l’homme des métropoles ». Diminuer le nombre des députés et sénateurs, c’est augmenter le nombre de communes qu’un parlementaire de la France périphérique devra couvrir dans sa circonscription, alors que celui de la France urbaine aura la partie la plus facile. Diminuer ce nombre, cela se traduira forcément par un avantage pour les métropoles, celle qui a voté le plus pour le président de la République. Diminuer ce nombre, enfin, en ajoutant une dose de 15% d’élus à la proportionnelle désignés par les appareils politiques parisiens, réduira considérablement le poids des territoires dans les choix publics. Tout le contraire de ce qu’il faut faire pour renouer avec une cohésion nationale et réconcilier France des villes et France des champs.

La République au pas

Mais il ne faut pas s’y tromper, la décision d’Emmanuel Macron n’est pas seulement dirigée contre les adversaires de La République En Marche (LREM). Elle est en fait dirigée principalement contre les députés du parti présidentiel. En se réservant le droit de désigner directement, grâce à la proportionnelle, une partie des futurs élus à l’Assemblée nationale, et de diminuer une bonne partie des futurs effectifs du groupe parlementaire LREM élus dans les territoires, il pose sur leur tempe la menace de ne pas être reconduits dans leurs fonctions en 2022. L’investiture sera très chère et on le leur signifie. Quelle meilleure arme pour calmer une majorité hétérogène, faite de membres sélectionnés sans doute très rapidement l’an dernier, et qui pourrait commencer à se montrer un peu remuante voire frondeuse ?

On a beau expliquer à l’Elysée qu’un tiers des parlementaires LREM ne travaille pas ou peu et qu’il ne serait pas illégitime de ne conserver que les députés utiles à la nation, on se montre dubitatif, expérience aidant, sur le fait que le tiers de députés qui disparaîtra de la circulation sera celle qui comprend les moins travailleurs. Les « godillots » seront forcément favorisés. Les personnalités indépendantes et de conviction seront éliminées. Il n’y aura que des perdants à cette réforme démagogique : les territoires, les convictions, le citoyen et même le contribuable. Si, par chance, cette réforme de nos institutions est soumise au référendum, on espère que des personnalités fortes mouilleront leur chemise pour l’expliquer.

Dérapage

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Les entreprises françaises ont la phobie des chômeurs

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Manifestation de chômeurs et de précaires à Paris, janvier 2013. SIPA. 00651303_000009

Si la France a la phobie du chômage, c’est parce que ses entreprises ont la phobie des chômeurs. Elles préfèrent souvent débaucher des employés plutôt que de puiser dans l’important vivier de chômeurs français qualifiés et compétents.


C’est une question que personne ne semble vous poser. Pourtant, Edouard Philippe, j’ai sous les yeux pléthore de CV de candidats de grande expérience, et dont les compétences professionnelles et les qualités personnelles sont indéniables, en recherche d’emploi. Comment expliquez-vous que les entreprises ne se les arrachent pas ?

Et si on contrôlait le recrutement des entreprises ?

A l’ « offre raisonnable d’emploi » que doivent accepter les chômeurs, pourquoi ne pas opposer un principe de réciprocité, un « refus raisonnable d’embauche » aux employeurs. Pourquoi les employeurs ne seraient-ils pas, eux-aussi, suivis dans leurs sélections de candidats recrutés ? Leurs décisions sont parfois arrêtées sur la base d’a priori profondément ancrés dans la société française, comme le fait de croire qu’un candidat débauché serait plus compétent qu’un talent inemployé. Ils privilégient quasi systématiquement les personnes en poste au détriment de celles en recherche active d’emploi qui, dès lors, ne peuvent plus se réinsérer.

A lire aussi: Emploi: les recruteurs sont-ils tous compétents pour juger si vous l’êtes ?

Vous vous faites, Monsieur le Premier ministre, le chantre de la fin des tabous. Je vous prends au mot. Qu’attendez-vous pour agir en ce sens plutôt que d’opposer les Français sur leur âge (jeunes/ seniors) ou leur statut (salariés, chômeurs, retraités…) ? Qu’attendez-vous pour oser dire : « Oui, dans le système actuel, une personne compétente peut se retrouver, pour longtemps, au chômage (2 ans, 5 ans, sa vie restante ?). Oui, les plus méritants sont aussi touchés par ce fléau qui, dans une société culpabilisante, peut, psychologiquement comme physiquement, détruire leur vie » ?

Le développement de l’auto-entrepreneuriat n’améliore que les statistiques du chômage

Ne me dites-pas qu’en tant qu’ancien maire du Havre, vous n’avez pas rencontré la détresse de ces personnes expérimentées, techniquement compétentes, actives dans leur recherche d’emploi et, pourtant, sur le banc de touche. J’ose espérer que vous n’allez pas dépenser l’argent d’un Etat exsangue pour les  faire contrôler par des conseillers Pôle Emploi n’ayant pas, pour la plupart, leur niveau de compétences !

D’ailleurs, certains d’entre eux ne vous offriront pas cette opportunité : ils sont devenus entrepreneurs (auto-entrepreneurs souvent pour tenter de s’en sortir), un statut convoité par beaucoup de nos concitoyens. Mais ces derniers  savent-ils que la moyenne de leurs revenus mensuels est de 490 euros, soit un niveau inférieur à celui du RSA ? La baisse du nombre de chômeurs ne serait-elle pas, en grande partie, le résultat d’un phénomène de vases communicants, les chômeurs devenant des autoentrepreneurs aux revenus quasi inexistants ?

Vaincre la phobie du chômage 

Vous savez qu’il faut fluidifier le marché du travail. Cela ne se décrète pas simplement à coups d’ordonnances. Cela suppose un profond changement de mentalité et de culture en France, notamment au sein des grandes entreprises. En cette période de profonds bouleversements et de transition, il n’y a très probablement pas, à un moment donné, suffisamment de travail rémunéré pour tous. C’est un simple état de fait, au moins à court terme. Il faut l’assumer.

Dans ce contexte, et en laissant de côté l’expatriation en tant que solution, il convient de faire tourner les effectifs pour que ceux, en poste, acceptent d’évoluer en passant parfois par une phase d’entre-deux appelée « chômage ou formation », pendant que d’autres, hors-poste, retrouvent un emploi. Ce turn-over  qui devrait être naturel est bloqué par la peur du chômage au cœur du système français depuis des décennies. N’est-ce pas de votre ressort de contribuer à vaincre cette phobie ?

A lire aussi: Non, Edouard Philippe, il ne suffit pas d’être compétent pour trouver un travail

Cela ne se fera pas, à mon sens, en opposant les uns aux autres, en ajoutant des mesures coercitives à l’endroit des demandeurs d’emploi,  en maintenant des tabous ou en entretenant le déni  mais par toujours plus de pédagogie, de courage,  en sachant vous entourer de personnes empathiques ayant elles-mêmes déjà vécu des revers dans leur vie professionnelle et prêtes à en témoigner pour transformer la société française. Sans une vision lucide et juste du marché du travail, accompagnée d’un projet social compris et partagé, vos efforts risquent bien de ne pas délivrer les résultats escomptés.

"Vous êtes trop qualifiée pour le poste..."

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Alain Finkielkraut: « Nous nous devons d’honorer la mémoire d’Arnaud Beltrame »

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Alain Finkielkraut, septembre 2017. ©Hannah ASSOULINE/Opale/Leemage

Morceaux choisis de l’Esprit de l’escalier, par Alain Finkielkraut.


Qu’est-ce que le populisme ? (11 mars)

Une déferlante populiste est-elle en train de submerger l’Europe ? Avant de répondre à cette question, il faut s’entendre sur la signification du mot. Les trois grandes composantes du populisme, dans son acception classique, sont l’anti-élitisme, l’anti-intellectualisme et le refus de l’altérité sous toutes ses formes. « Le poisson pourrit par la tête », disait Pierre Poujade, qui défendait d’un même souffle ceux d’ici contre ceux d’ailleurs et les petits contre les gros.

Cette façon de voir et de parler n’a pas disparu comme par enchantement, mais ce qui différencie notre situation des années 50 du XXe siècle, c’est, pour reprendre l’expression très éclairante de Dominique Reynié, « la percée du populisme patrimonial ». Ce populisme invoque le droit à la continuité historique, car, comme dit Ortega y Gasset : « L’homme n’est jamais un premier homme, il ne peut continuer à vivre qu’à un certain niveau de passé accumulé, voilà son seul trésor, son privilège, son signe. »

Après Hitler, on a voulu purger les identités nationales et l’identité européenne de toute consistance identitaire, sur le modèle habermassien du « patriotisme constitutionnel ». Il n’y a donc plus d’élitisme patrimonial et c’est le populisme qui remplit ce vide. Le peuple, ou certains segments du peuple, veut la préservation d’un monde que les classes dominantes ont entrepris de remplacer par les règles du marché et du droit. Une telle attitude est qualifiée de xénophobe. Ainsi confond-on dans un même opprobre la peur de l’étranger et la douleur de devenir étranger chez soi. On peut glisser de la douleur à la peur et de la peur à la haine, certaines formations politiques en Europe cèdent à cette horrible tentation. Ce n’est pas en criminalisant la douleur, mais en lui donnant statut et en cherchant les moyens d’y remédier qu’on pourra faire barrage à ces mauvais penchants. Pour l’heure, comme l’écrit Guillaume Perrault dans Le Figaro : « Des masses d’Italiens ont eu le sentiment que la volonté résolue d’un changement radical en matière d’asile, d’immigration et de nationalité ne pouvait trouver une expression, bien sûr, au Parti démocrate, celui de Matteo Renzi, ni même à Forza Italia prisonnière de son europhilie inconditionnelle et solidaire des règles juridiques contraignantes imposées par l’Union. Une majorité du pays a ainsi rappelé à ses élus qu’ils ne sont pas là pour la surveiller, mais pour appliquer sa volonté. » Volonté non seulement xénophobe mais europhobe, nous dit-on. Regardons-y de plus près.

A lire aussi: Alain Finkielkraut sur l’alternative entre populisme et politiquement correct et sur la journée des droits des femmes

Au nom des impératifs de l’économie, des exigences de la morale et de « l’avantage que représente la diversité culturelle », le Conseil européen et la Commission réclament avec une constance que rien n’entame toujours plus d’immigration extra-européenne. Or, en changeant de population, l’Europe est amenée à changer d’identité. Si, comme le dit Stephen Smith, l’africanisation de l’Europe est inéluctable, l’Europe ne sera plus l’Europe, tout simplement. Qui donc est europhobe ? Celui qui ne supporte pas de voir disparaître la civilisation européenne, ou celui qui ne la voit même pas agoniser, obnubilé qu’il est par les droits de l’homme, les valeurs universelles et l’anti-élitisme ? L’anti-élitisme des élites, telle est la grande et triste nouveauté de notre temps. Bérénice Levet, dans son livre Le Crépuscule des idoles progressistes, en donne quelques exemples éloquents. En 2015, la médiathèque musicale de Paris organisait une exposition dont l’intitulé était : « Le classique ne me rasera plus ! » et dont voici l’argumentaire : « Sérieuse, la musique classique ? Raffinée ? Distinguée ? Élégante ? Tu parles ! De la caricature au gag, de l’humour tonique au mauvais goût le plus radical, venez découvrir comment l’édition phonographique a pu casser l’image un peu surannée et élitiste de la musique classique, à travers une sélection de pochettes issue des collections patrimoniales de la médiathèque. » Lors de la folle journée de Nantes en 2008, Schubert était relooké « en costard sans cravate et parfaitement à l’aise dans ses baskets ». Et en 2010, Chopin, affublé d’un polo rouge, main sur la hanche, était représenté bras dessus bras dessous avec une George Sand en tee-shirt blanc portant une inscription en rouge…

La nouvelle élite progressiste est décontractée, ne s’intéresse à son patrimoine que pour en faire l’appendice de la « world culture », une prémonition décoiffante du rock ou du rap, en somme. Alors même qu’elle milite ardemment pour le renforcement de l’Union européenne, cette élite apporte son concours rigolard à l’enterrement de l’Europe.

Qu’est-ce que le néoféminisme ? (11 mars)

Le 8 mars, Journée internationale des femmes, Libération consacrait sa couverture au scandale des inégalités salariales. « Malgré la loi, lisait-on, l’écart des salaires est toujours de 25% en France. » Ici, la désintox, comme disent les journaux, s’impose. Partout, dans le monde occidental, on fait la même constatation : les femmes vont majoritairement vers des professions moins rémunérées : le soin, les relations humaines, les ONG, la médecine, la justice, l’enseignement, plutôt que l’engineering, l’industrie ou la finance. La différence de salaires résulte donc de leurs choix et non d’une discrimination de la part des employeurs. Les femmes, de surcroît, n’ont pas le même engagement dans le travail, qu’elles aient ou non des enfants, elles font moins d’heures supplémentaires, elles sont moins dans la concurrence. Ce sont surtout des femmes qui travaillent à temps partiel ou qui prennent leur mercredi. Peut-être arrivera-t-on, demain, en combattant dès la plus tendre enfance les « stéréotypes de genre » à l’indifférenciation des sexes. Aujourd’hui, en tout cas, la discrimination salariale qui sévit encore ici ou là est très sévèrement sanctionnée. Les fautifs sont passibles du tribunal correctionnel et ils risquent non seulement une très grosse amende, mais la prison.

Il faut aussi rappeler qu’à la direction des ressources humaines des entreprises, à l’Inspection du travail et dans la magistrature, les femmes sont d’ores et déjà très majoritaires. Un autre chiffre plus modeste est avancé : on dit qu’au même poste, les femmes gagnent 9% de moins que les hommes. C’est vrai, mais là encore, la responsabilité de l’employeur n’est pas toujours engagée : les carrières n’évoluent pas au même rythme, les femmes choisissent beaucoup plus souvent que les hommes de travailler à temps partiel, et en plus du congé maternité, elles prennent souvent un congé parental. Les médias, décidément, sont fâchés avec les faits.

Quelques jours avant le 8 mars, un collectif de professionnels du 7e art a réclamé des quotas pour une égalité réelle des sexes dans les métiers du cinéma. Il s’agit, écrivaient notamment Annie Duperey, Isabelle Carré, Éva Darlan et Yamina Benguigui, de mettre fin à la répartition inéquitable des subventions et de faire émerger de nouvelles figures dans la création et l’industrie de la culture : « Le cinéma a besoin de l’imagination des femmes, de la fabrication de leurs images, de leurs histoires, pour en finir avec les stéréotypes haineux de l’esthétique dominante. » Autrement dit, Fellini, Bergman, Charlie Chaplin, Alain Resnais, Lars Von Trier, ne sont pas des artistes irremplaçables, ce sont les représentants interchangeables de la gent masculine. De même, les femmes doivent être entendues en tant que femmes, en tant qu’exemplaires de leur espèce, et de l’exemplaire à l’exemplarité il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par Frances McDormand lors de la cérémonie des Oscars.  « L’objectif, a dit l’actrice récompensée, est de donner une représentation réaliste des femmes, et d’imposer une histoire de l’égalité. » Comment imaginer, dans ces conditions, un personnage féminin odieux ou dominateur ?

Dans Le Monde daté du 9 mars et paru le 8, Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffmann affirment fièrement : « Cinq mois après, #metoo est toujours là. » Elles saluent le hashtag lancé par Sandra Muller, elle-même cible de comportements déplacés : #balancetonporc. « La violence de cette formule était révélatrice de ressentiments accumulés par celles qui subissent en silence, conscientes de la protection accordée par la société au système de la domination sexuelle. » Je rappelle que la France dispose de l’arsenal juridique le plus répressif à l’égard des comportements machistes, et je voudrais à mon tour, après cinq mois de campagne effrénée, dresser un bilan et risquer une définition du néoféminisme.

Le néoféminisme est un amalgamisme : les viols et les propositions indécentes sont mis dans le même sac. Le « porc » de Sandra Muller lui avait dit qu’elle avait de gros seins et qu’il allait la faire jouir toute la nuit, elle a été scandalisée, il n’a pas insisté. Le gouvernement vient de faire entrer cet amalgamisme dans la loi en instaurant le délit d’outrage sexiste, qui crée une continuité criminelle entre des comportements totalement dissemblables.

Le néoféminisme est un réalisme socialiste : dans un monde où le Mal vient du mâle, et du mâle exclusivement, les femmes appartiennent toutes au camp du Bien, et c’est leur souffrance et leur révolte que l’art a pour mission de mettre en scène.

Le néoféminisme est un combat acharné contre ce qui reste de différence des sexes dans les façons d’être, de faire et de sentir des hommes et des femmes.

Le néoféminisme, enfin, est un bovarysme : comme les contestataires de Mai 68 qui se prenaient pour des révolutionnaires ou pour des résistants, les néoféministes vivent dans un monde imaginaire et se conçoivent autres qu’elles ne sont. Il y a encore des violences, des agressions, des atteintes sexuelles, mais le journal Le Monde a mis un place une task force de quinze journalistes pour décrire un système d’oppression, alors que jamais dans l’histoire de l’humanité les femmes n’ont été aussi libres qu’aujourd’hui en Europe occidentale, et si les choses changent demain, ce sera du fait de la déseuropéanisation de l’Europe. Que les choses soient claires : je ne remets pas en cause les conquêtes du féminisme. Elles sont inestimables. Ce qui m’inquiète, c’est la victoire que le néoféminisme est en train de remporter sur le féminisme de Simone de Beauvoir et d’Élisabeth Badinter.

Le 8 mars est aussi la date choisie par le Guide suprême de la République islamique pour opposer, dans un grand discours, la chasteté de la femme musulmane aux mœurs décadentes de l’Occident et pour justifier ainsi l’emprisonnement des femmes iraniennes qui osent enlever le voile. Cette coïncidence devrait amener à réfléchir et à ne pas se tromper de combat. Mais peut-être s’agit-il dans cette campagne de stigmatiser toutes les civilisations, et particulièrement la nôtre, pour ne pas stigmatiser l’islam.

Trèbes : l’admiration l’emporte sur l’effroi (25 mars)

Après les attaques meurtrières de Carcassonne et de Trèbes, le gouvernement a promis de lutter contre le terrorisme islamiste avec une détermination sans faille. Dont acte. Mais quand on apprend que l’assassin, bien que fiché S, n’était l’objet d’aucune surveillance particulière, on a de quoi s’inquiéter. Cela ne signifie pas que la police fait mal son travail, mais qu’elle est submergée. Il y a trop d’individus dangereux et susceptibles de passer à l’acte pour les capacités de contrôle et de répression d’un État démocratique. Nous n’en avons donc pas fini avec le terrorisme. Et quand bien même nous sortirions vainqueurs de ce combat, nous n’en aurions pas fini avec l’islamisme. L’arbre des attentats ne doit pas nous cacher la forêt des Molenbeek qui se multiplient sur le territoire national, à l’image de la cité Ozanam à Carcassonne, ce quartier interdit aux journalistes où habitait le terroriste et où les policiers venus perquisitionner ont été accueillis par des insultes et des jets de pierre.

A lire aussi: Attaques terroristes dans l’Aude : l’analyse d’Alain Finkielkraut

Mais, cette fois, l’horreur et l’angoisse n’ont pas le dernier mot. L’admiration l’emporte sur l’effroi. La figure de l’assassin est éclipsée par celle du lieutenant-colonel de gendarmerie qui a fait don de lui-même. On qualifie Arnaud Beltrame de héros. Je ne récuserai bien évidemment pas ce terme. Je ne suis pas sûr néanmoins qu’il soit le plus approprié. Arnaud Beltrame n’a pas risqué sa vie pour la patrie, mais pour sauver la vie d’une otage. Il a proposé au terroriste de se substituer à elle et celui-ci a accepté. Le dévouement qui va jusqu’au « mourir pour l’Autre », c’est, très exactement, nous dit Levinas, la définition de la sainteté.

Avec ce sacrifice, en tout cas, on est aux antipodes du kamikaze qui ne donne pas sa vie mais qui, en transformant son corps en arme de destruction, cherche à tuer au nom d’Allah le plus possible d’apostats ou d’infidèles.

Je ne demande pas la béatification d’Arnaud Beltrame, ce n’est pas de mon ressort. Mais plus encore qu’un hommage, ce saint-cyrien sorti major de sa promotion et qui, après l’École de guerre, a choisi la gendarmerie, mérite des obsèques nationales. Nous, la nation, nous nous devons d’honorer sa mémoire et de l’intégrer pour toujours à la nôtre.

En terrain miné

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La seule exactitude

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Marche blanche contre l’antisémitisme: pourquoi le Crif avait raison

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Marche blanche en hommage à Mireille Knoll. Francis Kalifat, président du Crif, entouré du porte-parole du gouvernement et du ministre de l'Intérieur. Sipa. Numéro de reportage : AP22183595_000010.

Il faut être d’une singulière mauvaise foi pour faire porter au Crif la responsabilité des incidents survenus au cours de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll. Son président, Francis Kalifat avait déclaré avant cette marche que la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon n’y était pas souhaitée. Le Crif n’a jamais prétendu interdire quoi que ce soit. Il était prévisible que des incidents se produiraient avec la présence de ces deux personnes et ils ont bien eu lieu. Le propos de Kalifat était donc fondé dans sa prévision et son anticipation. S’il ne l’avait pas dit, de quelle turpitude aurait-il été accusé : de collaboration, de tolérance pour les extrêmes : l’une qui est allée danser la valse avec d’anciens nostalgiques nazis et l’autre pour sa haine très progressiste d’Israël. Fallait-il composer avec ces gens-là ? Serait-ce par esprit sectaire que ces deux-là n’étaient pas souhaités ou par souci de prévention de désordres prévisibles ?

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L’alibi antisioniste…

C’est la haine obsessionnelle d’Israël, c’est l’alibi antisioniste qui a donné à l’antisémitisme ses lettres de noblesse. Cette « forme renouvelée de l’antisémitisme », pour reprendre les mots du président de la République, n’est que la reformulation d’une constante. Elle permet de rendre acceptable sinon vertueuse le déni d’une légitimité : celle de l’affirmation nationale du peuple juif. Que cette incapacité à penser la complexité de cette question soit le fait de personnes de bonne foi de gauche et de droite ne change rien au résultat. Que d’autres à droite de la droite fassent mine d’oublier que l’antisémitisme traditionnel de certains d’entre eux cohabitait avec la haine d’Israël ne change rien non plus au résultat. Que le Quai d’Orsay fasse semblant de ne pas être au courant de sa complaisance passée à l’égard des formes les plus extrémistes du mouvement palestinien ne change rien à l’affaire. Que le moraliste en chef de Libération, Laurent Joffrin soit aussi oublieux de certains de ses éditoriaux compassionnels pour angelots turcs du Mavi Marmara, pour la sainteté de Stéphane Hessel ne change rien non plus au résultat.

…rend le fond de l’air irrespirable

C’est bien l’amalgame de ces composantes diverses qui a permis à l’air du temps de devenir irrespirable pour les Juifs. C’est cet ensemble de vecteurs qui rend possible la situation ubuesque actuelle qui convoque au tribunal un historien coupable d’avoir énoncé une vérité connue de tous : l’antisémitisme est une constante dans la plupart des mentalités arabo-musulmanes. La haine d’Israël est l’explication magique de l’enfermement intellectuel et psychique de ces sociétés. Que les plaignants s’affublent du faux-nez de l’antiracisme pour accuser Georges Bensoussan de racisme anti-arabe et d’islamophobie, ne change rien non plus au résultat, ils ont ajouté leur part à la pollution culturelle présente.

Ce bilan est un désastre. Que certains estiment reconstruire leur virginité en se défaussant sur le Crif de leur propre aveuglement ou de ce qu’ils ont eux-mêmes contribué à construire relève de l’imposture.


Une France soumise - Les voix du refus

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