Accueil Site Page 1684

Céline Tran (Katsuni) : « Être actrice X, c’est jouer les objets sexuels mais rester maître du jeu »

0

Connue sous le pseudonyme de Katsuni, l’actrice X Céline Tran a recouvré son vrai nom en prenant sa retraite. Encore trentenaire, elle publie un livre de souvenirs Ne dis pas que tu aimes ça (Fayard, 2018) dans lequel elle déconstruit les clichés misérabilistes sur l’univers du X. Hédoniste, Céline Tran défend une conception libertaire et transgressive du porno, bien loin de certaines mères-la-pudeur néoféministes. Entretien avec un esprit fin dans un corps fin.


Daoud Boughezala. Vous lanceriez-vous aujourd’hui dans la même carrière en quête de plaisir, alors que les actrices sont moins bien payées ?

Céline Tran[tooltips content= »Comédienne, auteure, Céline Tran est directrice de collection chez Glénat. »]1[/tooltips]. En France, comme pour tout intermittent du spectacle, la précarité a toujours touché cette profession, c’était déjà le cas quand je me suis lancée. Il y a peu de prods, donc peu d’opportunités de tournages. Je ne sais si les cachets ont diminué mais avec Internet, les actrices peuvent en tout cas démultiplier leurs revenus en développant un site officiel, des partenariats, faire du live, produire elles-mêmes,etc. Ce qui me dissuaderait de me lancer aujourd’hui serait beaucoup plus lié à la diffusion massive et incontrôlable de tout le contenu X sur le net.

Beaucoup d’acteurs ou d’actrices X sont en fait de grands timides !

Qu’appelez-vous exactement le syndrome de Catwoman ?

C’est pour moi le fait de se dédoubler pour incarner une version émancipée de soi et de donner libre cours à ses pulsions. Cela fait référence à la dualité Selina Kyle/Catwoman, la binoclarde introvertie/l’héroïne-femme fatale. Je l’ai vécu à mes débuts en étant étudiante le jour, strip-teaseuse la nuit, puis actrice X. C’est le principe du carnaval : se masquer pour mieux jouer et transgresser. D’ailleurs, beaucoup d’acteurs ou d’actrices X sont en fait de grands timides !

Combien gagniez-vous en moyenne par mois au sommet de votre carrière ? Votre sexe moulé vous rapporte-t-il encore de l’argent ?

J’ai galéré les quatre premières années environ et considère avoir très bien gagné ma vie ensuite, puisque je bossais de jour sur les tournages, de nuit en discothèques, et suis parvenue à faire de mon pseudonyme, une marque internationale. Aujourd’hui, je continue de toucher des royalties sur ma Fleshlight. J’aime beaucoup l’idée que mon loyer soit payé par des fans qui se masturbent en pensant à moi !

Ce qui est déshumanisant, ce sont les gens qui victimisent à outrance les femmes de cette industrie.

Vous avez notamment travaillé en Californie, au cœur de la Porn valley américaine. Trouvez-vous le porno américain plus brutal que le français ?

Certaines scènes étaient en effet plus hard qu’en France où le cahier des charges était différent car souvent déterminé par la volonté de vendre à Canal Plus. Si j’ai assisté à une forme de violence, j’ai aussi vu à un grand retour vers des scènes se voulant plus réalistes, avec un vrai ton « romantique», pensées pour un public féminin et de couples. Le X américain que j’ai connu est donc diversifié et connaît des cycles qui varient en fonction de la demande des consommateurs.

Les gonzos (films sans scénario ou presque) sont-ils plus déshumanisants ou plus transgressifs pour les actrices que le cinéma X classique ?

Non, pas du tout, c’est complètement réducteur d’affirmer cela. Tout dépend des conditions de tournage d’une part, et d’autre part, de la manière dont c’est filmé. J’ai connu de tout : des films à scénario et gros budget où l’image était certes magnifique mais les conditions de travail très difficiles, ou alors exposant des pratiques SM et mises en scènes très intenses. A l’inverse, des gonzos où on allait loin dans l’extrême, justement parce que nous, acteurs, nous amusions, bien traités et en confiance. Il existe aussi du gonzo soft, esthétique avec budget ! Le cinéma X classique (avant l’explosion du marché Internet), était rare, cher, difficile d’accès. En cela, il était déjà plus sulfureux, plus transgressif. Pour moi ce qui est déshumanisant, ce sont les gens qui victimisent à outrance les femmes de cette industrie en ne les percevant que comme des objets, et non des êtres  capables de faire leurs choix, et qui pointent du doigt cette industrie en l’accusant de toutes les dérives, elle qui est source d’excitation et de plaisir pour un si grand nombre.

Dénoncer la double pénétration comme trop hard et déviante, c’est méconnaître le plaisir que peut en tirer une femme !

Qu’avez-vous fait de plus extrême ou de plus audacieux dans le porno ? Des gangs bangs débridés ?

Non, puisque j’y ai goûté avec davantage de partenaires hors caméra! Je ne saurais faire la liste de ce que j’ai fait d’ « extrême », d’ailleurs c’est une notion bien relative. Pendant des années, tourner une scène de double pénétration était ma routine. Cela n’a jamais été pour moi une pratique extrême, alors que beaucoup la dénonce comme étant trop hard et déviante. C’est vraiment méconnaître le plaisir que peut en tirer une femme ! C’est ce plaisir et mon désir d’explorer qui m’ont rendue « performante ». A chacun/e de placer son curseur en fonction de ses envies et capacités physiques. Les actrices qui souffrent d’en tourner n’ont aucune raison de se forcer à en faire. Ce n’est pas indispensable pour gagner sa vie et faire carrière.

J’aimerais éclaircir la question du consentement. Au cours d’un entretien, vous avez déclaré « on peut vivre quelque chose de douloureux et se dire ‘c’était bien’ ». Quelles sont les limites à respecter par un réalisateur ou un acteur pour ne pas tomber dans l’abus sexuel ou le rapport non-consenti ?

Oui, dans mon autobiographie Ne dis pas que tu aimes ça (Fayard, 2018), je parle du fait de prendre du recul, de grandir en acceptant pleinement ses expériences comme un tout, un chemin. Je ne donne pas raison aux personnes malveillantes, mais je tâche de m’observer et de prendre aussi mes responsabilités pour faire ensuite de meilleurs choix.

J’ai été actrice, productrice, réalisatrice. Dans tous les cas et comme dans n’importe quel autre métier, il faut être clair dans son intention, ses méthodes, sa manière de communiquer et de fixer ses conditions. Ces termes sont officialisés par un contrat, c’est une première étape décisive. Ensuite, comment savoir si l’acteur ou l’actrice a vraiment envie de faire sa scène ? Difficile à savoir, mais c’est sa responsabilité, (et éventuellement celle de l’agent), de l’assumer et de rappeler ses limites auprès de la production, du réalisateur et ses partenaires, dont le devoir, en retour, est de respecter celles-ci. En somme, il faut être pro dans son attitude, que la caméra soit allumée ou non et toujours se rappeler pourquoi on fait ce métier, quelle est la priorité : Avoir plus de reconnaissance ? Plus d’argent ? Satisfaire les autres ? Le plus important c’est soi, son intégrité, et c’est à soi de le faire savoir aux autres.

Lorsque vous voyez une actrice faire une double pénétration, elle n’a pas été piégée.

Dans votre livre, vous notez : « Même dans le porno, une femme doit avoir le droit de dire non. Dire oui ne doit plus être sans conditions ». Notifiez-vous par écrit toutes les pratiques sexuelles que vous acceptiez ?

Dans le X professionnel, toutes les acteurs ou actrices précisent quelles pratiques ils acceptent de faire et à quel tarif, ils ont aussi le droit de refuser ce qu’on leur propose ou de quitter le plateau, c’est déjà arrivé, mais on s’arrange pour tout valider avant, qu’il n’y ait aucun malentendu. Lorsque vous voyez une actrice faire une double pénétration, elle n’a pas été piégée. Elle a été avertie et a signé un contrat avant de tourner. Les productions américaines prennent même soin de filmer les actrices avant et/ou après leur scène, afin qu’elles rappellent qu’elles sont venues de leur plein gré, pas sous contrainte ou l’emprise de stupéfiants ou d’alcool. J’ai en effet connu des acteurs et actrices qui n’osaient pas dire « non », des réals ou agents demander toujours plus, et des scènes monter dans une intensité où les acteurs et actrices allaient parfois trop loin, ne vérifiant pas que leurs partenaires allaient bien. Cela ne peut rien donner de sain ou de constructif. C’est propre au monde du travail en général, mais comme nous parlons ici du corps, de la sexualité, c’est très délicat. Être acteur X c’est jouer les objets sexuels, mais rester maître du jeu. La force, c’est d’en avoir conscience !

Il existe des dérives et une systématisation d’une forme de brutalité, mais le porno ce n’est pas que ça .

Pensez-vous comme Ovidie qu’on a aujourd’hui atteint un niveau inouï de brutalité dans le X (pénétrations multiples, simulations de viol et de violence contre les actrices) ?

Les simulations de viol ont toujours existé mais dans les années 70 on visait plus la transgression sociale que la performance physique. Aujourd’hui, il y a d’une part une accoutumance des hardeurs et hardeuses qui ont intégré les pratiques comme une sorte de mécanique, (plus on tourne, plus on est insensibilisé), et une fascination du public pour des images où le sexe devient davantage une démonstration qu’une relation de désir/plaisir partagé. Il existe donc des dérives et une systématisation d’une forme de brutalité, mais le porno ce n’est pas que ça.

Se battre pour de bonnes conditions de travail, des contrats plus équitables, protéger les mineurs face aux contenus sur internet, oui. Censurer les pratiques sexuelles, ou la manière de les filmer sous prétexte que ça ne rentre pas dans les critère du beau ou du politiquement correct ? Surtout pas. Le sexe est le domaine du lâcher-prise et du pulsionnel. Il n’a pas à être « moral ». Pour un porno éducatif ? Aussi, pourquoi pas ! Ce qui me semble important, ce n’est pas d’essayer de faire culpabiliser les gens en disant que le porno est une industrie esclavagiste, mais de les encourager à s’épanouir dans leur propre sexualité.

Les acteurs X sont moins bien payés que les actrices car ce sont celles-ci qui font vendre les films

Moins bien payés et soumis à la pression de l’érection obligatoire, les hardeurs sont-ils globalement moins bien lotis que les hardeuses ?

Maîtriser son corps, son érection, son éjaculation, font partie des compétences du hardeur. Un homme qui ne s’en sent pas capable, ne devrait tout simplement pas faire ce métier, car oui, c’en est un. Les hardeurs (pour la majorité) sont moins bien payés que les actrices car ce sont celles-ci qui font vendre les films. A part ça, acteurs et actrices sont à la même enseigne et doivent s’adapter aux conditions de tournage, leur corps est leur outil de travail. Il y a des contraintes et des opportunités des deux côtés. Par exemple, beaucoup de hardeurs parviennent à mener une belle carrière en tant que réalisateurs-producteurs X. Ce n’est pas tant le métier mais comment on le vit et ce qu’on en fait qui fait la différence.

Ne dis pas que tu aimes ça

Price: ---

0 used & new available from

Benalla, une « barbouze »? Vous plaisantez!

Lorsque Léopoldine s’est noyée, Hugo, dévasté par la mort de sa fille, s’est tourné vers l’occultisme pour renouer au-delà de la nuit avec sa fille tant chérie. Je ne me permettrai pas de critiquer, qui peut savoir comment nous réagirions face à un tel drame…

Evidemment, on interroge les tables tournantes, mais elles n’en font qu’à leur tête : invoquant Léopoldine, Hugo s’est retrouvé en conversation avec Homère, Dante ou Shakespeare, bref, des mecs à son niveau. Et qui parlaient tous en alexandrins français…

A lire aussi: Affaire Benalla : le système Macron mis en examen

L’autre jour, pendant que les médias s’excitaient sur un petit voyou qui s’est cru le roi du monde, j’ai interrogé mon propre guéridon, dans l’espoir de faire revenir du paradis d’Odin l’une ou l’autre des grandes pointures de la littérature. Mais je ne suis pas Hugo, ou quelque chose s’est grippé dans le mécanisme, bref, tout ce que je suis parvenu à convoquer, c’est le spectre de Dominique Ponchardier.

Faites entrer Dominique Ponchardier

Comment ? Vous ne connaissez pas Ponchardier ? Grand résistant, co-fondateur du réseau Sosie, qui fournissait des renseignements aux Alliés, multi-récidiviste de l’évasion des prisons de la guerre, agent très secret, homme à tout faire de De Gaulle, et surtout écrivain prolifique, sous le nom d’Antoine Dominique, qui inventa un jour le Gorille, alias Geo Paquet, 1m75 et 120 kilos de muscles…

Accessoirement, Ponchardier est l’inventeur du mot « barbouze » — tout au moins dans son sens moderne d’agent des services parallèles.

Cet aimable garçon, qui un jour porta sur son bras Mon Général pour lui faire traverser, au milieu de 500 000 enthousiastes, la place centrale de Lima, avait l’air goguenard qui sied bien aux esprits. Il a épousseté sur son veston un peu de poussière d’étoiles, et a accepté le café que je lui proposais.

A lire aussi: Vous voyez bien que Macron n’a rien à voir là-dedans

Après lui avoir consciencieusement beurré la tartine (avec les auteurs, aucun autre comportement n’est acceptable) en lui expliquant combien j’aimais ses livres, je lui ai demandé ce qui avait amené sur sa face pas tibulaire mais presque, comme disait Coluche, ce sourire malicieux.

– Ah-ah-ah-ah, s’est-il répandu.
Entendre un fantôme se moquer ainsi de vous, ça flanque un coup.
– Mais encore ? demandai-je, un peu interloqué par cette hilarité.
– Cette affaire… Comment s’appelle-t-il, déjà, le petit voyou qui a gagné la confiance de votre président ? Ah oui, Alexandre Benalla ! Le…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Syrie, Gaza, Loi fondamentale: Israël porte (toujours) le chapeau

0

En pleine affaire Benalla, malgré son aide humanitaire aux casques blancs syriens, l’Etat juif est toujours aussi vilipendé  et ses mérites occultés dans la presse française.


L’actualité se limite-t-elle aux frasques d’Alexandre Benalla et au silence enfin rompu d’Emmanuel Macron ? Non. Il y a quelques jours, Israël a procédé à l’exfiltration de 422 casques blancs et leurs familles de Syrie menacés par l’avancée des troupes d’Assad.

Le discret sauvetage des casques blancs

Personne n’est au courant ? C’est normal. Les médias n’en ont que peu parlé. Et quand ils ont traité le sujet en mentionnant Israël c’est pour évoquer du bout des lèvres le rôle quasi anecdotique de l’Etat hébreu qui aurait tout juste consenti à faire transiter ces casques blancs et leurs familles par le plateau du Golan. Et encore, sans manquer de souligner que cette intervention s’est faite quasiment à contre cœur, à la demande « pressante » des Américains et des Européens et en prenant soin de rappeler au passage qu’Israël « occupe » depuis 1967 une partie du plateau du Golan, qu’Israël a frappé à plusieurs reprises le territoire syrien depuis le début du conflit et refuserait en prime d’être submergé par un afflux de réfugiés syriens ! Quel toupet !

Quant au Quai d’Orsay, fidèle à sa politique farouchement anti-israélienne, il ne cite même pas Israël dans son communiqué… Faut-il être à ce point sous emprise idéologique pour ne pas vouloir voir la réalité.

Une réalité qui est l’extraordinaire mission de sauvetage de ces centaines de civils syriens, organisée secrètement par Israël en coordination avec la Jordanie, des pays européens, les Etats-Unis et le Canada. Ce sont aussi les soins médicaux, chirurgicaux et psychologiques dispensés à plus de 5000 syriens dans des hôpitaux israéliens depuis le début de la guerre civile. C’est encore la fourniture en vivres et en médicaments aux civils syriens (72 tonnes de nourriture, 70 tentes, 9 000 litres de carburant, des médicaments et du matériel médical, des vêtements et des jouets pour la semaine dernière seulement). Sans oublier, la construction d’un hôpital et d’une maternité de l’autre côté de la frontière syrienne. Le tout, faut-il le rappeler, aux frais du contribuable israélien. Pour mémoire, Israël est toujours officiellement en guerre contre la Syrie laquelle a qualifié cette opération de sauvetage de « criminelle ».

L’embarras des antisionistes

Les contempteurs d’Israël, jamais avares de critiques, se retrouvent bien embarrassés. Une action humanitaire ? Non, intrigues et manigances. Israël est bien trop cynique. Probablement le même cynisme qui préside aux hospitalisations en Israël, en 2013 et 2014, de la belle-mère, la fille et la petite-fille d’Ismaïl Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas, et des dizaines de milliers de palestiniens soignés chaque année en Israël (30.000 gazaouis en 2016 et 97.000 palestiniens de Judée-Samarie en 2015).

Pour la seule année 2017, Israël a fait entrer à Gaza, plus de 7.000 tonnes de médicaments, 568 700 tonnes de vivres et 3.383.440 tonnes de matériaux de construction pour le seul point de passage de Kerem Shalom. Mais une fois rentrés à Gaza, tous ces chargements sont mis sous coupe réglée par un Hamas terroriste et corrompu qui confisque le ciment pour couler des tunnels de contrebandes ou d’attaques. Un tunnel coûte 3 millions de dollars et le Hamas en construit des dizaines. C’est autant d’argent qui ne profite pas aux Gazaouis. Mais c’est Israël qui est cynique…

Cynique, raciste et fascisant si l’on en croit le décharnement médiatique consécutif à l’adoption de la loi sur l’Etat-nation. Une loi controversée pour trois dispositions : l’hébreu comme seule langue officielle, le droit à l’autodétermination au sein de l’Etat d’Israël réservé aux Juifs et les implantations juives relevant de l’intérêt national. Pour autant, sont-ce là des indices graves et concordants de la mort de la démocratie comme on a pu le lire ?

Israël respecte ses citoyens arabes

Jusqu’à présent, l’hébreu, l’arabe et l’anglais étaient les langues dites officielles, rémanence d’une ordonnance émise sous le mandat britannique. Par cette nouvelle loi, l’hébreu devient la langue officielle, l’arabe bénéficiera d’un statut spécial et continuera à être utilisé dans toutes les administrations sans aucun impact pour la population arabophone. Et après ? En Espagne, la seule langue officielle pour tout le pays est le castillan. Les langues régionales ne sont officielles que dans leur province respective et toujours avec le castillan. La constitution turque prévoit que le turc est la langue officielle sans s’embarrasser de l’arménien ou du kurde. L’estonien, proche du finnois, est la seule langue officielle d’Estonie bien que 25% de la population soit russophone. Quant au Mali, la langue officielle est le français alors que 17% de la population seulement est francophone ! Pourtant, cela ne choque personne.

Concernant le droit à l’autodétermination réservé aux Juifs et les implantations juives, un bref rappel historique s’impose. En 1920, la Société des Nations plaçait la Palestine sous mandat britannique (Conférence de Sanremo). Ce mandat devait mettre à exécution la Déclaration de Balfour du 2 novembre 1917 reconnaissant les « liens historiques du peuple juif avec la Palestine et les raisons de la reconstitution de son foyer national en ce pays » et prévoyait également « l’établissement intensif des Juifs sur les terres du pays ». A la Conférence de Sanremo, la communauté internationale posait ainsi et sans réserve le fondement juridique de l’Etat d’Israël moderne. Un siècle plus tard, cette loi nouvelle ne fait que confirmer les principes ainsi établis et ce, dans un cadre formel afin de préserver la spécificité de l’Etat hébreu. Sur le fond rien ne change mais puisque c’est Israël, on peut condamner.

…mais restera juif

Reproche-t-on aux 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique d’être musulmans ? La constitution lettone prévoit, elle aussi, un droit à l’autodétermination pour garantir l’existence et le développement de la nation lettone. D’autres pays européens appliquent des principes identiques. Assiste-t-on aux mêmes déclarations scandalisées ?

Pourquoi les détracteurs de cette loi si controversée ne s’indignent-ils pas quand Mahmoud Abbas déclare « Nous exigeons un État palestinien et aucune présence juive ne sera tolérée dans ce futur État » ? Ou quand l’AP punit de la peine de mort la vente de terres à des Juifs ? Pourquoi faut-il toujours que l’on reproche aux Israéliens ce que l’on ne reproche pas aux autres pays ?

On peut ne pas soutenir la politique de Netanyahou. On peut même ne pas aimer Israël. Mais quand on se targue d’être journaliste, on a le devoir impératif d’être intellectuellement honnête. L’idéologie n’a jamais fait bon ménage avec la vérité.

« L’islam de France voulu par le président soulève davantage de problèmes qu’il ne peut en résoudre »

0

Universitaire et républicain de gauche membre du Parti socialiste jusqu’en 2007, Laurent Bouvet a créé en 2016 le Printemps républicain, un mouvement en pointe dans la défense de la laïcité et le combat contre l’islamisme et l’antisémitisme. Entretien (3/3).


A lire aussi: Laurent Bouvet: « Si la gauche, c’est ça, alors il n’y a plus de gauche » (1/3)

A lire aussi: Laurent Bouvet: « La principale menace, ce sont les dérives identitaires. Pas l’identité. » (2/3)

Franck Crudo. Revenons un instant au terrorisme et à la manière de le combattre. Que ce soit au sujet de la déchéance de la nationalité, de l’état d’urgence, du contrôle au faciès ou encore de la manière de traiter les fichiers S, n’y a-t-il pas, pour la majorité de nos compatriotes, quelque chose d’effrayant à entendre invoquer les valeurs de la République pour ne pas donner à la République les moyens de se défendre ? 

Laurent Bouvet. C’est un débat sans fin. Celui de l’endroit où l’on place, collectivement, le curseur dans une démocratie, un Etat de droit, dans notre République… entre la défense des principes qui sont les nôtres et la défense du système politique qui permet de les faire vivre. Je n’ai aucune certitude ni évidemment aucune solution à cette question fondamentale. C’est pourquoi je fais confiance à notre communauté des citoyens pour la trancher à chaque fois qu’elle se pose. Et c’est aujourd’hui souvent le cas.

La seule chose dont j’arrive à peu près à être sûr et certain, face au terrorisme comme à nombre d’autres choses dans la vie, c’est qu’il ne faut pas avoir peur. Ou du moins, si on a peur, ce qui est naturel évidemment et même sain sans doute, il ne faut pas se laisser guider par sa peur dans ses réactions. Il faut que la raison prenne toujours le dessus, raison individuelle et surtout raison collective.

L’islam de France, préconisé par le président Macron, est-il selon vous une bonne idée ou un vœu pieux, notamment en raison des problèmes de représentativité qu’il pose ?

L’islam de France, au sens d’une organisation centralisée qui représenterait nos concitoyens de confession et de culture musulmane – quelle que soit sa forme a priori -, me paraît très difficile voire impossible à réaliser car il soulève davantage de problèmes qu’il ne peut en résoudre.

L’idée du président de la République, telle que je la comprends, est d’encourager des Français musulmans à s’organiser pour faire pièce aux islamistes et à leurs organisations, afin de donner corps à l’idée que l’islam et la République sont pleinement compatibles, et qu’à l’image des autres religions, il y a une intégration possible de manière institutionnelle.

A lire aussi: L’islam de France est-il (vraiment) différent des autres?

Le premier problème tient évidemment aux conditions qui seraient nécessaires à la mise en place d’une telle institution. Car même si elle était organisée à côté de l’Etat, sous forme d’association comme le préfigure le dispositif actuel avec une fondation et une association, elle aurait besoin, au moins un temps, d’argent public pour assurer son fonctionnement et ses missions centrales (formation et rémunération des imams notamment). Or il faudrait sérieusement bouger la ligne de séparation entre Etat et religions telle qu’établie dans la loi de 1905, même s’il y a eu des exceptions.

Deuxième problème fondamental, celui de l’acceptabilité d’une telle autonomisation de l’islam de France par rapport aux pays étrangers. Lesquels financent l’islam en France et s’assurent ainsi un contrôle sinon un pouvoir, non seulement sur leurs ressortissants immigrés en France, mais encore sur des citoyens français originaires de ces pays. Il n’est pas certain que l’Algérie, le Maroc ou la Turquie soient prêts à abandonner de tels liens.

Troisième difficulté, l’acceptabilité d’une telle représentation et de ce qu’elle implique en termes de prélèvement financier notamment par et sur les musulmans eux-mêmes. Les projets de « taxe » sur le halal ou sur les pèlerinages qui permettraient d’autonomiser en partie le financement de l’islam en France pourraient avoir bien du mal à être acceptés par des populations qui n’en n’ont ni l’habitude ni parfois, tout simplement, les moyens.

Quatrième problème, celui de la représentativité des membres de l’instance centrale. On touche là, me semble-t-il, au cœur du sujet, celui qui n’a pas été nécessairement le plus abordé dans les débats qui ont eu lieu jusqu’ici. Outre que l’on se heurte à une question bien connue de la division entre plusieurs islams difficiles à concilier, on ne voit pas très bien pourquoi la crise générale de la représentation qui touche l’ensemble de la société et toutes les institutions épargnerait miraculeusement les musulmans. La défiance vis-à-vis des élites et des institutions représentatives en général comme la critique générale et de plus en plus radicale de l’autorité dans la société ne rendent pas optimistes en la matière. Il n’y a aucune raison pour que nos concitoyens musulmans veuillent être représentés collectivement en tant que membres d’une communauté de croyants. Les pratiques diverses et les rapports de plus en plus individualisés à la religion rendent quasi-impossibles une telle représentation. Ce qui aurait pour conséquence mécanique, et on retrouve là le problème politique de l’islam de France, de favoriser les plus déterminés des groupes, ceux qui ont le plus d’intérêts à défendre. On en a déjà une idée assez précise avec les personnalités musulmanes qui se sont mobilisées dans la perspective de l’islam de France.

Le risque ultime de cette idée d’islam de France tient à ce que les difficultés relatives à sa constitution ne débouche sur une représentation biaisée, beaucoup plus politisée et radicalisée que l’ensemble des musulmans, dont les interventions publiques et les propositions seraient en décalage par rapport à l’immense majorité de ceux qu’ils prétendent représenter. Et donc qui ne serviraient pas nécessairement de rempart, mais plutôt de Cheval de Troie à l’islamisme.

L’Islam a pour particularité de ne pas distinguer le politique du religieux, voire même de soumettre le politique au religieux. Du coup, ne peut-on pas émettre quelques doutes sur la capacité de cette religion à s’adapter pleinement à la laïcité française ?

En la matière, à la fois comme laïc, rationaliste et universaliste, et parce que j’ai une connaissance très limitée de l’islam, je ne pars jamais de sa spécificité théologico-politique pour déterminer s’il y a une compatibilité ou une capacité d’adaptation de cette religion avec la laïcité à la française, la République, etc.

Il me semble qu’il faut traiter la question… dans l’autre sens, à double détente si l’on peut dire. D’abord pour dire que nos principes, républicains, dont la laïcité est au cœur en matière de croyances et de cultes, ne doivent pas être adaptés aux religions, pas plus à l’islam qu’à une autre. Si adaptation il doit y avoir, c’est nécessairement dans l’autre sens qu’elle doit avoir lieu. Ensuite pour dire qu’à partir de nos principes, nous devons laisser l’espace le plus vaste possible à la liberté de conscience, aux croyances notamment, en comptant sur la raison en chacun – croyant ou non, musulman ou non – pour s’adapter, pour adapter sa pratique religieuse notamment à nos principes, à notre commun.

À partir de là, je ne vois pas pourquoi dans l’islam plus que dans d’autres religions, il y aurait une incompatibilité a priori. Si un musulman estime que sa croyance religieuse a une telle importance dans sa vie sociale et publique qu’il ne peut l’adapter aux principes républicains, à la laïcité notamment, alors il ne peut pas l’exercer en France. Il doit choisir un autre pays plus accommodant. C’est à mon avis un cas extrême – sans doute est-ce que ça a été une motivation pour des croyants qui sont partis vivre dans l’Etat islamique ces dernières années par exemple – qui concerne très peu de nos concitoyens.

Le Printemps républicain, dont vous êtes le cofondateur, accorde une importance fondamentale à la laïcité. Comment avez-vous réagi après le discours au collège des Bernardins en avril dernier de notre président, qui souhaite « réparer le lien abîmé » entre la France et l’Eglise ? Ou encore après ses propos sur la « radicalisation de la laïcité » ?

Mon interprétation de la manière dont le président de la République aborde ce sujet en général depuis son élection est la suivante : il a sciemment décidé de ne pas parler de laïcité, et surtout de ne pas donner le sentiment qu’il accorderait quoi que ce soit aux laïcs, pour ne pas risquer de braquer les croyants, en particulier les musulmans, dont il estime avoir besoin dans son projet d’islam de France, afin de faire pièce aux islamistes. Parler de laïcité, au sens républicain classique du terme, c’est-à-dire en allant au-delà d’une interprétation strictement libérale de la loi de 1905, étant considéré comme un chiffon rouge aux yeux des religions. C’est le sens de ses discours aux différentes « communautés » religieuses, dont celui des Bernardins est le plus remarquable exemple.

C’est à mon sens une erreur politique fondamentale. Pour les raisons indiquées plus haut concernant l’islam de France mais qu’on pourrait décliner pour l’ensemble des cultes. L’immense majorité des croyants, avec leurs multiples pratiques et rapports à la religion, comme l’immense majorité des Français, croyants ou non, sont profondément laïques, au sens républicain du terme. Ils sont viscéralement attachés à la liberté de conscience. Mais aussi au droit d’être laissé tranquille en matière religieuse par l’Etat bien sûr – c’est la fameuse neutralité issue de la séparation – ou encore, c’est là que se situe l’erreur du président de la République, d’être laissé tranquille par les religions et leurs représentants. En clair, ils ne veulent pas qu’on leur dise s’il faut croire ou non, comment il faut croire, pratiquer ou non, de telle ou telle manière, etc. Les Français veulent qu’on leur fiche la paix en la matière plus qu’en aucune autre. C’est là le sens profond, architectonique, de notre laïcité. Et pour le moment, on ne peut que constater qu’Emmanuel Macron ne laisse pas les Français tranquilles sur ce sujet. Ce qui est donc, à mon sens, sa principale erreur politique.

Le camp laïque et républicain s’est fissuré au sujet du prochain concert au Bataclan du rappeur Médine. Certains sont montés au créneau pour demander son interdiction. A l’inverse, vous placez la liberté d’expression au-dessus de tout… Votre position est-elle la même concernant Dieudonné ?

Je n’aime ni la censure ni le racisme ni l’antisémitisme. La situation de Médine et de Dieudonné sont différentes en l’espèce, même si je considère que le concert de Médine au Bataclan est une provocation compte tenu des textes de ce chanteur.

A lire aussi: Pourquoi on ne peut pas interdire le concert de Médine au Bataclan

Situation différente car Dieudonné est devenu un personnage intervenant dans le débat public, il n’est plus seulement un artiste. Il fait clairement de la politique, au-delà de ses textes d’humoriste. Et il a été condamné par la justice. Ce qui n’est pas le cas de Médine il me semble. Il est donc très difficile de comparer ces deux cas.

Pour le farouche partisan de la liberté d’expression que vous êtes, la loi annoncée sur les « fake news » ne doit pas vous donner une folle envie de déboucher une bouteille de Champagne…

Aucune loi, depuis longtemps, ne m’a donné envie de déboucher une bouteille de Champagne… Là, je ne sais pas exactement ce que ça impliquera concrètement. J’ai compris que ça ne s’appliquerait qu’aux campagnes électorales, mais sans en connaître le détail. Donc je suis incapable de vous donner un avis tranché.

Que pensez-vous de la judiciarisation du débat d’idées avec la multiplication des plaintes d’associations antiracistes à l’encontre de politiques, historiens, essayistes, etc. ?

Je suis a priori partisan d’un usage modéré et circonstancié de la justice en matière d’idées et d’opinions. Aujourd’hui, celle-ci est clairement utilisée par les entrepreneurs identitaires pour peser dans le débat public. Ils utilisent le droit, les libertés publiques et tout ce que permet la loi pour essayer de faire prévaloir leurs idées et empêcher l’expression de celles qu’ils n’apprécient pas. Je pense que personne n’est dupe. Mais leurs manipulations et leurs manœuvres sont très visibles, et il me semble que l’institution judiciaire n’est pas dupe. Au fond, ce sont des ennemis de la liberté d’expression qui accusent leurs adversaires de ne pas les laisser s’exprimer, toujours suivant le même procédé : victimisation et inversion accusatoire, exactement comme pour le racisme ou « l’islamophobie ».

L'insécurité culturelle

Price: ---

0 used & new available from

La gauche zombie: Chroniques d'une malédiction politique

Price: ---

0 used & new available from

Avignon : je ne suis pas un festival Monsieur !

0

L’édition 2018 du festival d’Avignon, qui a pris fin hier, avait pour thème principal le « genre ». En la matière, l’évènement n’a pas déçu. 


Rideau. Le festival officiel d’Avignon, événement incontournable de la scène théâtrale française, s’est terminé hier, 24 juillet. Heureusement, l’incontournable Olivier Py, son directeur depuis 2014, nous a une fois de plus offert un mémorable moment. Cette édition 2018 a montré, d’une façon particulièrement virtuose, qu’il était souvent très difficile de distinguer l’art contemporain de sa propre caricature.

D’autant plus qu’il était placé, cette année, sous le signe du « genre ». Sans en être la thématique exclusive, le programme a comporté un nombre important de spectacles liés à ce concept mettant les auteur-rice-s, metteur-se-s en scène, et acteur-rice-s dans un état de questionnement profond, lesquels transcrivent ensuite sur scène leurs émois dans une démarche « libératrice ». Problématique fondamentale pour le monde du spectacle, à commencer par Olivier Py lui-même, qui se produit depuis plus de trente ans sur scène en tant que « Miss Knife », son « double féminin ». Le thème du genre a donc été traité sous différentes facettes : travestissement et transsexualité, troubles de l’identité sexuelle, éloge de la non-binarité, mais aussi contestation de la « domination patriarcale ».

« Je vais te claquer la chatte »

Dans le spectacle Saison sèche, de Phia Ménard, l’intrigue peut se résumer en ces mots : oppression de la femme par le patriarcat, lutte et émancipation. Si on peut d’ailleurs parler d’intrigue, étant donné que l’art postmoderne, que ce soit en littérature, en peinture ou en théâtre, n’a plus besoin de « sens », d’ « histoire » ou d’ « intrigue », mais seulement d’un « narratif » (terminologie derridienne), une quelconque chose qui n’a pas besoin de vouloir dire quoi que ce soit, pour produire une œuvre. La pièce ne comporte donc pas de paroles, ou si peu : au début de la représentation, une actrice crie : « Je vais te claquer la chatte », phrase symbolisant l’objectivation des femmes par le regard des hommes. Ensuite, sept femmes se retrouvent sur la scène au plafond bas (étouffement du patriarcat), puis se déshabillent, se couvrent de peinture, sautent en poussant des cris : c’est la libération vis-à-vis du monde masculino-centré. Les hommes sont mis en scène dans une pseudo-parade militaire (violence ontologique de l’homme). Et pour conclure, les femmes nues et couvertes de peinture se baladent dans le décor qui a été explosé : les carcans ont été renversés, c’est l’avènement d’un monde nouveau.

La norme cisgenrée ne passera plus

Dans un tout autre style, Trans (més enllà) – ce qui veut dire « Trans, au-delà » en catalan -, de Didier Ruiz, est lui au contraire totalement saturé par la parole. Parole qui ne constitue cependant pas non plus une histoire, mais qui n’est que discours, ou « témoignage » (mot des plus à la mode), de sept (encore sept, peut-être que les références bibliques n’ont pas été aussi mises au ban que les artistes le voudraient) transsexuels catalans. Et pendant 1h10, le « spectacle » à la scénographie à peu près inexistante consiste en un récit par ces sept personnes de leur transformation, des relations avec leur famille, de leur perception du regard des autres… Pour finir par un discours moralisateur du metteur en scène sur l’acceptation de la différence. Cela aurait pu faire un mauvais documentaire télé ; Avignon a préféré en faire une pièce de théâtre.

Rien

On retiendra aussi le sophistiqué 4, de Matthieu Delangle, Nathalie Maufroy et Claudio Stellato, classé dans la catégorie « Indiscipline/Sujets à vif ». Sur la scène, un homme en caleçon affublé d’une tête de kangourou tape sur des clous enfoncés dans une planche. Un homme traverse ensuite le mur en carton qui se trouve derrière lui. Tous deux s’asseyent sur la planche et la scient en-dessous d’eux. Alors que pour les deux précédents spectacles, il y avait un semblant de projet (dénonciation de la tyrannie masculine, hétéro et cisnormée), ici, il n’y a rien.

« Il est également chanteuse »

Ce petit florilège se termine par l’évocation du spectacle L’Invocation à la muse, de Caritia Abell et Vanasay Khamphommala, qui nous laisse au summum de l’effarement. Il faut déjà lire la description donnée des deux « artistes » :

« Caritia Abell est une artiste queer d’origine afro-caribéenne. Guerrière intrépide, elle crée des rituels mêlant érotisme et chamanisme, où le corps devient espace de renversement et de transformation ». Son compère, lui, est « d’abord musicien », puis « se forme comme acteur et travaille comme dramaturge, interprète et performeur, en parallèle d’un parcours universitaire. Il est également chanteuse ».

Dans le spectacle conçu par ces deux extravagants, un homme arrive sur le plateau avec un sac rouge sur la tête. Puis une femme, habillée d’une robe verte flottante, (la muse) s’avance lentement vers lui. Elle le déshabille (il porte une culotte en dentelle rouge en-dessous), puis s’amuse à manier son corps de diverses façons : elle lui verse de la cire brûlante dessus, le fouette, tape ses fesses avec des livres, et enfin lui enfonce des plumes prolongées d’aiguilles dans la peau. Tout cela alors qu’il pousse des râles quelque peu équivoques, fait tinter une clochette qu’il a au bout du bras et profère des paroles qui se veulent mystiques (par exemple : « So many things distracting us from the wind…», c’est-à-dire « tellement de choses nous distraient du vent »). Finalement, la muse enlève le sac qu’il a sur la tête : il voit enfin, dénoue ses longs cheveux bruns et enfile les escarpins argentés à paillettes qu’elle lui a donnés. Puis il se met à chanter, d’une voix aiguë de contre-ténor, avec sa culotte rouge et sa clochette.

Ne soyons cependant pas injustes : des pièces d’une grande qualité, m’a rapporté un ami théâtreux, ont aussi pu être vues au festival, comme l’adaptation du Thyeste de Sophocle ou encore Mama de Ahmed El Attar. Qualité encore rehaussée par le contraste avec les étonnants spectacles qui ont peuplé le festival. Car on aurait pu en évoquer d’autres : l’Antigone d’Olivier Py avec des détenus de la prison d’Avignon, l’ahurissante La Nuit sans retour, ou encore les innombrables films sur les « troubles dans le genre ».

« L’écrasement des femmes par les hommes est le premier crime contre la pensée humaine »

Enfin, le festival d’Avignon n’aurait pas été le festival d’Avignon si la politique n’avait pas été (encore) plus présente. L’artiste, lumière morale de l’humanité, a en effet conscience de sa mission d’éducation et de critique de la société contemporaine. C’est ainsi qu’une dénommée Carole Thibault, directrice du Centre dramatique national de Montluçon, a fait un geste fort pour faire progresser la condition des femmes, la cause qui lui tient à cœur. S’inscrivant dans la glorieuse lignée des artistes refusant le carcan de la reconnaissance officielle, tel Sartre dédaignant le prix Nobel de littérature en 1964, elle a choisi de refuser un prix qui lui était attribué : un Molière (en fait un faux Molière, dans le cadre d’une mise en scène orchestrée par l’équipe du festival). Ce refus a pris la forme d’un discours enflammé, plein de trémolos dans la voix, commençant par égrener des chiffres (entre autres, « la programmation du festival IN [ndlr : le festival officiel], hors jeune public, présente 9% d’autrices femmes pour 91% d’auteurs hommes ») et continuant par des paroles fortes : « La sexuation est un déterminisme physiologique totalement arbitraire, qui selon que tu reçois un vagin ou une bite à la naissance, te prédétermine comme sujet dominant ou dominé » ! Et après cette puissante dénonciation de la sexuation, on a aussi appris que « l’écrasement des femmes par les hommes est le premier crime contre la pensée humaine. Il produit des millions de meurtres chaque année ».

Si théâtre et politique ont toujours entretenu des liens ambigus, ici, toute nuance a disparu dans le grand marasme des fétiches idéologiques des milieux « culturels ».

Dans un reportage sur Olivier Py, paru le 6 juillet dernier, M le Magazine du Monde le décrit en ces termes : « Le rebelle institutionnel », « transgressif et officiel ». Voilà qui définit tout aussi bien le festival d’Avignon, emprisonné dans les errements de l’art contemporain : la subversion pour toute norme, la déconstruction pour tout projet.

PS : Si vous voulez savoir combien a coûté ce moment de transfiguration artistique, Olivier Py l’a annoncé lui-même en toute transparence: 13 millions d’euros, dont 7,2 millions sortis de la poche du contribuable.

Chers députés, certaines associations religieuses sont bel et bien des lobbies

0

Si l’on en croit nos confrères de Marianne, bon nombre de députés catholiques ont joué un rôle non négligeable pour retirer les associations cultuelles de la liste des lobbies. C’est une bien étrange manière d’être fidèles à celui qui a dit « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », mais c’est surtout une grave faute morale et politique.

Naturellement, les élus ont, comme tout un chacun, le droit de garder pour eux leurs convictions religieuses et/ou leur cheminement spirituel. Toute obsession de la transparence dans ce domaine deviendrait rapidement, j’en ai peur, dangereusement liberticide. De même, il est normal que les religions cherchent à convaincre de la justesse de leurs idées, nombre d’associations laïques, à commencer par les partis politiques, font de même sans que nul n’y trouve à redire.

Au mépris du danger…

Ceci étant, il serait absurde de prétendre ignorer qu’aujourd’hui l’islam politique est l’une des principales menaces idéologiques qui pèsent sur notre civilisation, si ce n’est la principale. Ses adeptes, des Frères musulmans aux divers réseaux salafistes, sont passés maîtres dans l’art de l’entrisme politique et, justement, du lobbying. Ils ne sont pas les seuls : certains groupes chrétiens évangéliques, évidemment moins dangereux et heureusement peu présents sur notre sol, sont néanmoins très actifs aux États-Unis où ils font des ravages, s’opposant par exemple à l’enseignement de la théorie de l’évolution – enseignement d’ailleurs fort discret dans la Turquie d’Erdogan comme en Arabie saoudite…

Au vu d’un tel contexte, il devient légitime et même nécessaire que les électeurs s’interrogent sur les réseaux religieux liés à tel ou tel candidat, et plus encore sur les projets politiques justifiés par des arguments religieux que portent ces réseaux. Ou, si l’on préfère, sur la vision politique qui découle de leur vision du monde, laquelle est inévitablement liée à leurs croyances religieuses. Dans un monde idéal, les candidats et les élus exposeraient en toute franchise leur vision du monde, de l’homme et de la société – libre à eux de révéler ou non quelles sont les convictions spirituelles, s’il y en a, qui les inspirent. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal, et nous ne savons que trop qu’entre les discours et les actes il y a parfois de douloureux écarts – l’affaire Benalla est là pour nous le rappeler une fois de plus.

Pas d’amalgame entre « les religions »

Bien entendu, une religion n’est pas un lobby comme les autres, et il ne saurait être satisfaisant de les mettre sur le même plan que les assurances, les transporteurs routiers, les laboratoires pharmaceutiques ou les grands groupes pétroliers. Mais il est encore moins satisfaisant et beaucoup plus dangereux de considérer « les religions » comme un tout homogène, en particulier dans leur rapport à la République et à l’intérêt général.

Qu’est-ce qu’une religion ? La réponse (philosophique, anthropologique, historique, théologique même) est moins évidente qu’il n’y paraît, les désaccords à ce sujet sont nombreux et leurs conséquences juridiques non négligeables.

Faut-il la croyance en un ou plusieurs dieux pour qu’il y ait religion ? Si oui, pourquoi donner moins de droits aux spiritualités athées (ou agnostiques) qu’aux spiritualités déistes ? Mais si la spiritualité suffit à faire une religion, comment distinguer les véritables spiritualités des simples théories de développement personnel qui souvent empruntent leur vocabulaire ? Faut-il un certain nombre de croyants pour qu’une religion soit reconnue comme telle par l’État ? Faut-il pouvoir se revendiquer d’une certaine ancienneté, d’une longue tradition ? Mais dans ce cas, comment distinguer une religion d’une « secte qui a réussi », pour reprendre la formule de Jean-François Kahn ?

Certains cultes sont républicains…

Plus important encore, selon moi, est la question du rapport « des religions » avec les règles non négociables de la République. En effet, cette dernière repose sur une certaine vision de l’Homme, une certaine foi en l’Homme et en sa capacité d’accéder par lui-même (avec l’aide et l’inspiration des dieux peut-être, mais in fine par sa propre utilisation de la raison, du logos) à une part suffisante de vérité et de sagesse pour prendre en main l’organisation de la cité. Les principales racines de notre civilisation partagent cette vision, à commencer évidemment par les écoles philosophiques et les courants religieux de l’antiquité gréco-latine, mais aussi le paganisme celte (de ses descriptions par Posidonios d’Apamée aux textes médiévaux irlandais), la religion scandinave et la coutume de l’assemblée du thing, ou la longue tradition de commentaires du Talmud. Mais tout n’est pas et n’a pas toujours été si simple !

L’Église catholique, par exemple, malgré ses défauts et ses dérives, soutient aujourd’hui la République (elle n’en critique pas le principe, seulement certaines décisions) et les droits de l’homme (même son opposition à l’avortement ne s’appuie pas sur une remise en cause du droit des femmes à disposer de leur corps, mais de leur « droit à disposer du corps d’autrui », puisqu’elle considère le fœtus comme étant déjà un enfant). Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Sans remonter à l’édit de Théodose ni à l’Inquisition, on se souvient du Syllabus de Pie IX, qui certes rappelait quelques points de bon sens trop souvent oubliés, comme « la modernité ou la nouveauté ne sont pas des critères de vérité », mais rangeait la séparation de l’Église et de l’État au nombre des « principales erreurs de notre temps »

…d’autres non

Et s’il existe des musulmans à la fois sincèrement musulmans et profondément républicains, la quasi-totalité des courants de l’islam considèrent que l’Homme est incapable de décider par lui-même et condamnent le principe même de la démarche philosophique et du débat démocratique. Rappelons que la CEDH, dans un arrêt du 31 juillet 2001 confirmé le 13 février 2003, a clairement et très justement affirmé que la charia est incompatible avec les droits de l’homme.

Certains voudraient nous faire croire à une opposition entre « les laïcards » et « les croyants », et rêvent d’un front uni des religions contre le « laïcisme », et à terme évidemment contre la laïcité. D’un tel projet, seul l’islam politique sortirait gagnant. Pourtant, naïveté ou complaisance, des croyants d’autres religions s’y laissent prendre, oubliant que partout où cet islam détient le pouvoir les droits de leurs coreligionnaires sont bafoués.

D’autres, ne l’oublions pas, font l’erreur d’opposer la laïcité et la République « aux religions », courant ainsi le risque d’établir des règles qui pénaliseront les cultes qui les respecteront, donc les cultes républicains, et laisseront le champ libre aux cultes qui refuseront de s’y plier et se feront une gloire de cette « résistance », donc ceux-là même qu’il faudrait combattre ! Sans oublier le fait de favoriser une méconnaissance culturelle et un vide spirituel qui ne pourront que profiter aux croyances les plus simplistes et les plus activement prosélytes…

Abdennour Bidar n’est pas Tariq Ramadan

La véritable opposition, aujourd’hui, est entre les défenseurs de la liberté de pensée et de conscience, et les partisans d’une doctrine totalitaire et de l’assignation des individus à des identités collectives. Peu importe que les humanistes soient athées, agnostiques, ou croient que tout homme est un bouddha qui s’ignore, que tous les hommes sont frères dans le Christ ou que « ce mendiant, comme toi, est fils de Zeus ». Et peu importe également que les ennemis de ces libertés adhèrent à un totalitarisme religieux comme l’islam politique, matérialiste comme certaines idéologies d’extrême gauche, ou à l’un des multiples courants racialistes/racistes.

Que les religions sincèrement humanistes ne soient pas considérées comme des lobbies, très bien ! Mais pourquoi donner les mêmes droits aux autres ? Et au sein de chaque religion, pourquoi s’obstiner à donner la même place et les mêmes droits aux courants humanistes et républicains, et aux autres ?

« Padamalgam » nous répète la gauche à longueur de temps. Chiche ! Pas d’amalgame entre l’Église catholique ou le Consistoire israélite et les Frères musulmans ! Pas d’amalgame entre Abdennour Bidar et Tariq Ramadan, entre Hocine Drouiche et Mohamed Tataï, entre Leïla Babès et Houria Bouteldja ! Et, rappelons-le à certains au passage, pas d’amalgame entre Haïm Korsia ou Delphine Horvilleur et Benyamin Netanyahou…

L’autorité politique a le devoir de faire soigneusement ces distinctions, mais elle n’est pas la seule. C’est également de la responsabilité des responsables religieux, et plus généralement des croyants quels qu’ils soient.

Une faute politique

La recherche du dialogue inter-religieux ne doit pas servir de paravent à une naïveté qui, à terme, ne sert que les extrémistes de tous bords. Quand le président reçoit à l’Élysée, en même temps et à la même table, des cultes républicains et le représentant de l’ex-UOIF (qui s’était explicitement opposée à la liberté de conscience lors de la création du Conseil français du culte musulman – CFCM), c’est pire qu’une erreur, c’est une faute. Faute de la part du pouvoir politique, mais aussi faute de la part de tous ces responsables religieux qui, sans broncher, acceptent parmi eux des ennemis déclarés des droits de l’homme, et leur servent ainsi à se dissimuler pour mieux s’approcher du pouvoir.

Il en est de même avec la récente décision de l’Assemblée. Considérer « les religions » comme des lobbies n’était évidemment pas une solution idéale. Pourtant, en l’absence de proposition concrète applicable plus nuancée, ce qui serait la meilleure option, elle était nettement préférable à la situation présente. Plus que quiconque, les députés croyants – de quelque religion que ce soit – auraient dû le savoir, et agir en conséquence. Soit pour préserver l’état antérieur du droit, soit pour porter clairement un projet permettant de distinguer entre les cultes républicains et les autres.

Anne Zelensky : #metoo, un bilan globalement positif


A 82 ans, la féministe historique Anne Zelensky reconnaît dans #metoo, malgré tous ses excès, le prolongement de la révolution sexuelle. Mais la révolution culturelle qu’elle appelle de ses voeux ne se fera pas sans les hommes.


Causeur. Six mois après la déferlante #metoo qui a suivi l’affaire Weinstein, quel bilan en tirez-vous ?  

Anne Zelensky : Positif, indéniablement. Même avec ses excès et ses dérives, #metoo nous remet dans le droit fil de notre mouvement des années 1970, dont le noyau dur a été l’interpellation des violences faites aux femmes, signe de la domination masculine, qui est désormais un fait reconnu. À ce propos, je voudrais dégager le féminisme du brouillage fantasmatique. Pour une réflexion sereine sur cette question, il faut laisser à la porte fantasmes, projections, a priori. Rien n’est plus malaisé…

On dirait que, pour vous, les dérives sont négligeables. Or, #metoo est très marqué par son antijuridisme. Il y a eu un grand déballage sur les réseaux sociaux, à une époque où la moindre accusation de harcèlement peut détruire une vie.

Combien de vies de femmes ont été détruites au cours des siècles ! Mais on préfère pointer les « excès » du féminisme, plutôt que les outrances du machisme. Quand une femme la ramène, elle sort de son pré carré de douceur et de soumission, quelle inconvenance ! Ceci dit, l’espèce humaine ne fait pas dans la nuance. Cela va toujours trop loin à gauche et à droite avant de revenir au milieu. Ainsi la « libération sexuelle » a été complètement dévoyée de son sens, quand la pornographie fait office de vade-mecum sexuel à fonction éducative. Nous voulions disposer de notre corps, pas le mettre à disposition. Rien à voir avec ces carpettes enfilables et sodomisables à volonté qu’on nous donne à voir !

 A lire aussi : #Metoo, la révolution antisexuelle

Ne vous sentez-vous pas davantage trahie par les féministes en croisade que par le porno ?

Les deux mon commandant ! Les féministes dont vous parlez ont repris certains thèmes des années 1970, sans l’esprit et l’humour qui les caractérisaient. Elles ont renoncé à la belle autonomie qui était notre marque de fabrique. Ni Dieu, ni maître PS, ni obsession antiraciste, ni manie intersectionnelle, mais contestation joyeuse et inventive de nos us et coutumes, tel était notre propos. Cette « deuxième vague du féminisme » s’est centrée sur la liberté de disposer de son ventre et de soi. La première, au croisement des xixe et xxe siècles, visait avant tout l’égalité – vote, scolarisation des femmes, droit au travail. Il était logique de commencer par là. Mais dans les années 1960, les femmes ont compris que l’égalité sans la liberté de choisir ses maternités, ça ne marchait pas. Et cette deuxième vague s’est donné les moyens d’exercer l’égalité en prenant la liberté d’avoir des enfants ou pas. N’oublions pas le « ou pas ».

Reste que les mêmes mots d’ordre réapparaissent alors que le monde a complètement changé. Même si elle n’est pas respectée partout, l’égalité homme/femme est désormais la norme…

Oui, en théorie ! Je ne vais pas rabâcher les chiffres sur l’inégalité des salaires, la prise en charge unilatérale du domestique, les discriminations à l’embauche des femmes… Le catalogue minutieux des inégalités femmes/hommes a encore été dressé le 8 mars dernier. Gardons-nous de l’illusion que tout est acquis. Une affaire qui dure depuis des millénaires ne va pas se liquider en quelques décennies. Même si, je vous l’accorde, on a plus avancé en cinquante ans qu’en deux mille ans, grâce, entre autres, à nos agitations féministes !

On nous explique pourtant que toutes les femmes sont en danger. Comme le dit Alain Finkielkraut, une partie des féministes sont des mauvaises gagnantes.

Pour ma part, je suis une bonne gagnante. Quant à la liberté de circuler habillée comme on veut et quand on veut, ça dépend des quartiers, et ça dépend pour qui.

D’accord, mais on nous parle de « culture du viol » comme si le monde de #metoo, de l’affaire Weinstein, de #balancetonporc était le même que celui des années 1960 !

Il faut croire que le monde n’a pas tellement changé, puisque des Weinstein pratiquent toujours le droit de cuissage massif ! Ce avec la complicité forcée des victimes qui n’osaient pas l’ouvrir par peur et honte. Saluons l’effet désinhibiteur du « nous » des femmes qui libère le cri de révolte étouffé. La sororité, ça commence à exister et ça paye.

Pardon, mais le parti des femmes, non merci ! Je me sens plus proche de beaucoup d’hommes que de la dirigeante de l’UNEF qui milite voilée (ce qui est évidemment son droit). Quarante-cinq ans après le MLF, le « féminisme musulman » vous effraie-t-il ?

Le voile est une impasse et un dévoiement du féminisme. Féminisme et musulman ne vont pas vraiment ensemble. Les religions monothéistes ont mis les femmes sous tutelle. Le féminisme est une démarche de libération et d’autonomie qui prétend sortir l’individu de la soumission quelle qu’elle soit. Depuis l’affaire du collège de Creil en 1989, j’alerte sur les débordements de l’islam politique, dont le voile comme cheval de Troie pour s’introduire dans la cité démocratique. Je n’ai cessé depuis de pointer les dangers de l’islamisation de notre pays. Cela m’a coûté cher. Mes faux amis de gauche m’ont convoquée devant leur tribunal de la pensée correcte, et j’ai été excommuniée littéralement. Les anathèmes usuels ont fusé : raciste, extrême droite… Mais le pire a été le rejet de mes copines « féministes », enlisées dans le réflexe antiraciste, qui n’ont pas supporté en fait que je dise tout haut ce qu’elles n’osaient même pas penser tout bas. L’antiracisme hystérique est l’arbre qui cache la forêt des autres discriminations. Il est devenu le totem de toute une non-pensée de gauche. Les néoféministes sont incapables de se dégager des dogmes en cours et ne peuvent donc produire une pensée originale.

Surtout, le surmoi de gauche des néoféministes leur font souvent préférer l’immigrée à la femme occidentale. Mais le sectarisme idéologique des années 1970 n’a-t-il pas fait le lit de cet aveuglement ?

Tout mouvement est forcément sectaire, surtout quand il démarre. Pour exister, il ne peut pas faire dans la dentelle. Mais nous n’avons pas su analyser nos erreurs, ni nous interroger sur ce que la société pensait de nos propositions. Cela nous aurait permis d’ajuster le tir, de revoir nos cibles et sans doute d’établir les bases d’un mouvement durable.

Vous critiquez l’obsession de l’égalité, mais le féminisme a-t-il un autre horizon ?

Aux néoféministes qui revendiquent seulement l’égalité, je demande : « Avec qui et pour quoi faire ? » Pour faire des femmes des hommes comme les autres ? L’égalité n’est qu’une étape, pas une fin en soi. Il s’agit, à long terme, de transformer l’ordre des choses, et surtout la relation humaine, faite d’incompréhension et de fureur.

En attendant, les néoféministes détestent la différence des sexes et semblent précisément vouloir faire des hommes des femmes comme les autres.

Non, il s’agit plutôt de faire émerger le féminin chez les hommes et le masculin chez les femmes. Nous souffrons tous d’être enfermés dans des corsets sexuels. De l’air ! Le féminisme n’aligne personne sur personne, il refuse que chacun soit condamné à être une caricature de mec ou de fille. En 1988, nous avons ouvert avec des hommes le premier centre d’accueil pour les hommes qui battent leurs femmes. Dix ans plus tôt, j’avais contribué à ouvrir le premier centre d’accueil des femmes battues en France et je voulais me tourner vers les hommes violents, pour avoir une vue panoramique de la violence conjugale. Tout cela se joue à deux.

A lire aussi: Être un homme, mesdames, c’est pas si facile

Aujourd’hui, le féminisme semble avoir muté vers une sorte de puritanisme qui criminalise le désir masculin.

Hormis jeune et jolie, point de salut érectile ! Interrogez-vous sur les ressorts de ce désir. Passons-le à la moulinette ! Pourquoi lui faut-il des exhausteurs comme le porte-jarretelles ou le bas résille ? Le désir masculin ne s’ébranle que dans un cadre strict. Certains hommes reconnaissent leur difficulté à désirer une femme qu’ils admirent ou respectent. C’est le syndrome maman ou putain. Difficile en effet, de coucher avec la personne qui vous a mis au monde et qu’on vous a interdit de désirer.

Justement, dès les années 1970, on pouvait vous soupçonner de vouloir imposer une norme au désir, masculin en particulier.

Heureusement, les choses ne sont pas aussi crispées et normées en pratique qu’en théorie. Mais vous avez raison, si le féminisme est mal perçu, c’est parce qu’il a touché à des choses aussi fondamentales que le désir.

Au point que certaines néoféministes, drapées dans la théorie du genre, évacuent totalement la biologie, et la spécificité des désirs masculin et féminin.

Ce n’est pas moi qui défendrais ce genre de construction ! J’admets évidemment la part de l’inné, liée aux règles et à la grossesse. Mon gynécologue avait causé un grand scandale en constatant que les crimes commis par les femmes se situaient plutôt aux alentours de leurs règles. Moi, j’étais intéressée par ces remarques. J’ai participé à des émissions de télé avec lui au grand dam de certaines féministes dogmatiques et arcboutées sur l’idée que la biologie n’existe pas…

Les mêmes gardiennes du dogme ont jeté l’anathème sur les signataires du manifeste signé par Catherine Deneuve, Catherine Millet, Peggy Sastre pour défendre la liberté d’importuner. Pourquoi ne l’avez-vous pas signé ?

Ça me paraissait hors de propos au moment où enfin, un grand nombre de femmes réclamaient le droit à ne plus être importunées. Doux euphémisme ! Sans vouloir disqualifier personne, je dirais que cette initiative a été lancée par des femmes d’un certain âge, élevées dans un monde où la drague n’avait pas du tout la vulgarité et l’agressivité d’aujourd’hui. On pouvait alors se sentir flattée par le regard masculin…

Mais ça s’adressait quand même à votre cul, du moins, à une sorte d’éternel féminin ! L’amour courtois fige élégamment les rôles…  

Je n’entends pas nier l’attirance des sexes, mais seulement la sortir de l’ornière de vulgarité dans laquelle elle est tombée. Alors peut-être verra-t-on naître un autre type de désir. Mais je sais bien, que pour le moment, l’égalité et le désir ne font pas bon ménage.

La preuve, on connaît tous des hommes qui se font pourrir la vie par des harpies.

Sans doute. Et ce sont souvent les plus gentils. Les braves garçons n’ont pas la cote.

Peggy Sastre en donne une explication biologique : nos vieux instincts de survie en milieu hostile poussent les femmes à aller chercher le meilleur reproducteur possible. Ceci favorise les chasseurs d’aurochs qui feront des enfants capables de résister à la sélection darwinienne. Aujourd’hui, il n’y a plus d’aurochs…

Et ça débande sec, si j’en crois mes petites copines ! Les hommes ont peur de ne pas être à la hauteur d’une masculinité fantasmée. Être un homme, c’est aussi une souffrance. On ne peut pas s’autoriser trop de sensibilité, il faut se conformer à un rôle castrateur.

D’après Marcel Gauchet, une révolution silencieuse se déroule dans les salles de classe : les filles représentent systématiquement la meilleure moitié de la classe. Qu’en dites-vous ?

Les garçons sont en effet en mauvaise posture à l’école. De manière générale, le « sexe fort » n’est pas celui qu’on croit. Rappelons que les petits mâles meurent beaucoup plus à la naissance que les petites femelles et que celles-ci vivent plus longtemps. C’est un fait biologique. Il y a une fragilité masculine et il est heureux qu’on s’en aperçoive. C’est pourquoi la libération des femmes concerne aussi et surtout les hommes. Ce sont eux qui ont un problème millénaire avec les femmes, qu’ils ont opprimées.

Avec la libération sexuelle, vous avez accompagné, sinon provoqué, une autre mutation : l’arrachement de la sexualité à la reproduction. Aujourd’hui, la science va plus loin et arrache la reproduction à la sexualité avec la PMA et la GPA. Cela vous gêne-t-il ?

Je suis tout à fait opposée à la GPA qui est une manipulation du corps des femmes. C’est un retour en arrière qui assouvit le vieux fantasme de se passer des femmes. Des enfants sans ventre, on y arrive !

Avec la PMA, les femmes se passent aussi très volontiers des hommes…

Il y a une tentative d’éliminer l’autre sexe, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Où est le droit de l’enfant là-dedans ? Tout le monde s’interroge furieusement : « Qui est mon papa ? Qui est ma maman ? » Vous croyez que c’est confortable d’avoir un papa-éprouvette, une maman-utérus artificiel ? Il y a trouble dans la descendance, trouble dans la parentalité. Moi, j’ai un père et une mère et je me suis forgée en m’opposant à mon père. Si la libération consiste à éliminer l’autre, non merci !

Finalement, vous ne vous reconnaissez aucune héritière.

Si. Quelques femmes qui osent relever la tête là où elles sont. Par exemple l’humoriste Blanche Gardin. Cette fille a tout compris. Son humour noir est un moyen iconoclaste de toucher les gens. D’habitude, les femmes n’utilisent pas le cynisme et l’humour noir, mais Blanche ose. Son sketch sur la sodomie est génial. Elle montre que c’est devenu une obligation, si bien que vous ne pouvez plus aller dans un lit avec un mec, surtout chez les jeunes (porno oblige !) sans sodomie et éjaculation faciale ! Elle consent dans le sketch à se laisser sodomiser, alors que ça lui fait très mal et qu’elle déteste. Elle montre très bien la difficulté des femmes à dire non. Bref, contrairement à ce que vous dites, on en est aux balbutiements du féminisme, ou si vous préférez, aux prémices d’une libération des femmes et des hommes.

Histoire de vivre: Mémoires d'une féministe

Price: ---

0 used & new available from

Moi savoir parler les Bleus

0

Les joueurs de l’équipe de France championne du monde pourront-ils devenir consultants après leur carrière ? C’est moins sûr qu’une frappe de Benjamin Pavard…


« A l’Atlético, on est une équipe réputée de courir » (Antoine Griezmann sur TF1 dans « Les Bleus 2018 : au cœur de l’épopée russe »).

Jean-Michel Larqué aurait sans doute dit « une équipe réputée pour sa vélocité » ; et Franck Leboeuf, « une équipe qui a la réputation de courir vite ». Question de génération.

On se demande souvent si notre équipe de France est à l’image de notre pays. Je n’en sais rien. Il me semble toutefois certain que pour le comportement racaille, la génération Ribéry nous a fait toucher le fond et que nous en sommes revenus. Mais à chaque Coupe du Monde, j’aurai une pensée pour Yoann Gourcuff, notre babtou national dont le rêve aura tourné au cauchemar par la faute d’une bande de voyous, sans qu’on lui offre une seconde chance (contrairement à Patrice Evra, pourtant plus âgé).

Centre de Bac S et but de BEP vente

En tout cas, notre équipe semble malheureusement toujours être à l’image des compétences lexicales de sa génération. Et cela n’a rien à voir avec le niveau d’études. Il est hautement probable que le nombre de diplômés soit supérieur dans l’équipe actuelle à ce qu’il était il y a quarante ou cinquante ans. Aimé Jacquet, milieu de terrain de l’équipe de France 1968 a péniblement décroché son certificat d’études avant de passer un CAP de métallurgie qu’il obtiendra au bout de deux tentatives. Attaquant dans l’équipe de France 1978, Dominique Rocheteau a raconté avoir raté son baccalauréat à cause d’une note catastrophique en mathématiques. Pour ne prendre que deux exemples.

A lire aussi: Après les Bleus, le réconfort

Sans parler du fait que le certif’ de Jacquet n’a sans doute rien à envier au bac d’Mbappé, il faut rappeler que les sections sports-études n’existaient pas avant la fin des années soixante. Combiner la scolarité avec les exigences de la formation sportive était quasi impossible. Les jeunes sportifs professionnels d’aujourd’hui ont bénéficié de conditions bien plus favorables, grâce aux sections sportives scolaires (depuis les années 90) et aux centres de formation. Pour la finale de cette Coupe du Monde nous avions ainsi le luxe de trouver sur le terrain un Bac S dans les buts, un bac ES (avec mention) en milieu de terrain, non loin d’un BEP vente, et un autre bac ES en attaque, côtoyant un bac STMG (sciences et techniques du management et de la gestion). J’en oublie sûrement.

Pas tout à fait Thierry

Devant les caméras, en conférence de presse, ils ne parlent pas trop mal. Ils s’expriment aussi bien que leurs prédécesseurs. Seulement, ce que les anciens disaient spontanément, les nouveaux ont apparemment besoin qu’on le leur souffle. François Manardo, ancien chef de presse de l’équipe de France expliquait récemment sur le plateau de BFMTV que les grandes équipes employaient à présent des conseillers en communication chargés de préparer les joueurs à ces prises de parole. Un coaching langagier pour ainsi dire. Entendant cela, l’ancien prof d’EPS béarnais plus connu comme triple champion de France en tant que milieu de terrain des Verts et ancien comparse de Thierry Rolland (note à l’attention des lectrices célibataires : cette longue périphrase désigne Jean-Michel Larqué) a manifesté une surprise qui témoigne combien cette pratique récente eût semblé totalement aberrante aux joueurs de sa génération.

On dira, et c’est absolument exact, que les footballeurs ne sont pas payés pour parler mais pour taper dans un ballon. A chacun son métier. Toutefois, quand ils savent causer, ces messieurs peuvent espérer, une fois à la retraite, être payés pour parler. Cela ne signifie pas que ceux qui en font profession, en tant que « consultants », s’expriment comme des livres ; du moins sont-ils capables, pour la plupart, de tourner en termes corrects des idées simples. Et ce, dans un micro, ce qui est toujours plus difficile que de s’exprimer en contexte « naturel ». Pour ceux qui ont suivi les après-matchs sur BFM TV, il sautait aux yeux que William Gallas était bien moins à son aise dans l’exercice qu’Emmanuel Petit, entre autres.

Le patron, c’est Pogba

Le documentaire de TF1 « Les bleus 2018 : au cœur de l’épopée russe » a permis de constater deux choses qui ne sont contradictoires qu’en apparence :

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<


Champions, les Bleus sur le Toit du Monde

Price: ---

0 used & new available from

Vous voyez bien que Macron n’a rien à voir là-dedans

0

A en croire les proches du président, Emmanuel Macron n’aurait absolument aucun lien avec l’affaire Alexandre Benalla. On a dû mal comprendre…


Il n’y a pas d’affaire d’Etat et ceux qui disent le contraire sont des méchants qui veulent rien que nous embêter. Les communicants ou les stratèges qui ont pondu les éléments de langage de la contre-offensive nous prennent vraiment pour des buses. La piétaille macroniste envoyée au front avec de si ridicules munitions fait peine à voir. Au fil des auditions et des révélations, se dessine le portrait d’un favori du prince qui se croyait tout permis – non sans raison, dès lors que la dilection présidentielle lui valait une sorte d’impunité. Tous les protagonistes entendus aujourd’hui par les commissions d’enquête des deux chambres ont confirmé que l’affaire avait été traitée par l’Elysée dès le 2 ou 3 mai, soit 48 heures au plus tard après le tabassage des manifestants par le faux-flic. Et les députés LREM continuent à ânonner que le président n’est pas concerné. La bonne blague.

Ne faisons pas les âmes sensibles. Qu’un agent de sécurité tabasse deux manifestants est certes déplorable, mais le scandale est ailleurs. La promotion fulgurante de ce drôle de zigue (promu à un grade de lieutenant-colonel de réserve qui n’est pas rien me dit un ami policier) est en effet une affaire d’Etat stricto sensu : le président entendait lui confier le cœur de ce régalien dont il est supposé faire si grand cas. Alexandre Benalla était sur le point d’obtenir les clés de la sécurité de l’Elysée ou il était fort bien placé pour y parvenir. S’il chute aujourd’hui c’est que certains ont voulu s’opposer à cette promotion délirante. Et ils ont eu bien raison.

Alexandre le bienheureux

Emmanuel Macron a fait savoir – par la rumeur de la Cour – qu’il trouvait aujourd’hui pendables les agissements de son ex-chef de la sécurité. Celui-ci a d’ailleurs eu droit, il y a quelques jours, à un licenciement immédiat rétroactif. Seulement, il y a trois mois, le même Macron semblait trouver les mêmes faits beaucoup moins graves. On sait en effet que, le 2 ou 3 mai, alors qu’il se trouvait en Australie, le président a été informé que son protégé avait dérapé (pour ne pas dire merdé grave). Il a, nous dit-on, demandé une sanction. On n’a pas la preuve qu’il se soit enquis de la suite donnée à cette instruction, mais on imagine mal Jupiter ne vérifiant pas s’il a été obéi.

La suspension de quinze jours n’a probablement pas été appliquée et le président aurait dû se rendre compte que Benalla était toujours dans le paysage mais passons. Ce qui est certain, c’est que l’agression de la place de la Contrescarpe n’a pas empêché le président de renouveler sa confiance à son Rambo d’opérette. Malgré cet incident dont tous les cabinets concernés avaient connaissance, Benalla était, juste avant que le scandale éclate, promis à une haute destinée – dont il avait déjà les attributs statutaires et matériels. Le 9 juillet, trois mois après avoir été sanctionné, il obtenait, pour sa société privée, l’agrément « sécurité » qui permet de travailler pour l’Etat, sans oublier son accréditation défense, le brassard « police » et la radio. Quant aux petits profits, on craint qu’il n’ait pas eu le temps de défaire ses cartons dans l’appartement du quai Branly qu’il devait occuper après quelques travaux. On imagine les glapissements outragés de Bruno Roger-Petit si une telle affaire était arrivée sous Sarkozy.

Chouchou le kakou

Alexandre Benalla n’était pas un obscur conseiller mais un homme de confiance du président. Il est d’ailleurs curieux de s’enticher d’un homme qui, alors qu’il était chauffeur pour Arnaud Montebourg, a voulu s’enfuir après avoir provoqué un accident, mais il doit avoir d’autres qualités. En tout cas, après la campagne, Macron a emmené Benalla à l’Elysée. Et celui-ci, fort de son statut de chouchou, s’est mis à faire le kakou en de nombreuses circonstances au point de vouloir jouer au policier.

À partir de là, on en est réduit à formuler des hypothèses. En voilà une, nourrie de quelques discussions amicales, qui permet de donner une logique à cette rocambolesque histoire. L’Elysée a fait savoir que la réorganisation de la sécurité présidentielle, annoncée aux personnels par courrier début juillet, serait menée à son terme. Il s’agit de placer le GSPR (unité chargée de la sécurité du palais présidentiel, qui dépend hiérarchiquement de l’Intérieur), sous la tutelle unique de la présidence, bref de créer une force de sécurité qui échappe aux circuits traditionnels de commandement de la police et de la gendarmerie – et qui soit en fait à la seule main du président. Celui-ci semble trouver fastidieux d’avoir à discuter avec des administrations très « vieux monde », pas assez startupisées. Gilles Casanova parle, assez justement, d’un secret service à l’américaine, qui ferait d’ailleurs, comme aux Etats-Unis, appel à de nombreux sous-traitants privés. Il semble qu’une telle perspective, assez peu conforme aux usages républicains, déplaise à pas mal de policiers et de gendarmes. De là à imaginer que certains, pressentant que la promotion de Benalla était imminente, aient jugé opportun de faire circuler la vidéo du 1er mai et d’aider la presse à faire son travail en lui fournissant son butin quotidien de révélations, il y a un pas que chacun franchira.

Le nouveau monde d’hier

On l’a beaucoup dit, l’une des grandes qualités d’Emmanuel Macron était d’avoir de la chance. Elle est peut-être en train de tourner. Certes il est trop tôt pour évaluer les conséquences politiques de la tourmente. Mais, alors que même « les parrains » – Attali, Minc, Pinaud – grondent contre la politique anti-sociale, on subodore que le président n’a pas tant de grognards prêts à se sacrifier pour lui. En attendant, la bonne nouvelle, c’est que la macronie va devoir arrêter de donner des leçons de modernité sur le mode « avant nous c’étaient les ténèbres ». Parce que le nouveau monde ressemble furieusement à l’ancien.

« La principale menace, ce sont les dérives identitaires. Pas l’identité. »

0

Universitaire et républicain de gauche membre du Parti socialiste jusqu’en 2007, Laurent Bouvet a créé en 2016 le Printemps républicain, un mouvement en pointe dans la défense de la laïcité et le combat contre l’islamisme et l’antisémitisme. Entretien (2/3). 


A lire aussi: Laurent Bouvet: « Si la gauche, c’est ça, alors il n’y a plus de gauche »

Franck Crudo. En plus d’être contestable, le discours victimaire et repentant n’est-il pas déresponsabilisant et contre-productif ? A force de pointer les discriminations ou les prétendues fautes de notre République, n’enferme-t-on pas des millions de gens dans la rancœur, voire la haine à notre égard ? La France est pourtant l’un des pays les plus généreux au monde à l’égard de tous ses citoyens, y compris ceux issus de l’immigration…

Laurent Bouvet. Oui, tout à fait. J’irais même plus loin en disant que les entrepreneurs identitaires, ceux qui vivent de l’agitation des haines et des rancœurs, entretiennent ce discours victimaire à dessein. Leur existence est liée à cette destruction du commun, à la réduction des uns et des autres à tel ou tel critère de leur identité.

Surtout, ce discours victimaire, de renvoi de chacun à une identité qui enferme plutôt qu’elle émancipe, peut conduire au refus de l’intégration, au rejet du commun. Ce qui débouche sur une forme de séparatisme, voire d’hostilité à la France. On trouve cela notamment dans les phénomènes de radicalisation pour des raisons religieuses, comme on l’a vu dans le discours de djihadistes ou de terroristes ces dernières années.

André Comte-Sponville estime que « le politiquement correct, qui dénie les problèmes, fait le jeu du populisme, qui les hystérise ». Ce déni est-il la première explication des succès de Trump et Salvini, du Brexit ou encore de la montée quasi continue du FN (aujourd’hui RN) ? Sacrifier la vérité afin de ne pas nourrir la bête ne revient-il pas à nourrir la bête en lui faisant cadeau de la vérité ?

Comte-Sponville a tout à fait raison. C’est un phénomène que j’ai décrit longuement, pour ce qui est de la gauche française, dans mon livre Le Sens du peuple (Gallimard, 2012). En dehors même de toute contextualisation, la simple idée qu’en n’abordant pas certains sujets, en mettant selon l’expression consacrée la poussière sous le tapis, on empêcherait la montée des populismes, on ne ferait pas « le jeu du… », est aberrante. C’est pourtant une idée très répandue dans certains milieux, je pense d’abord au mien, à l’université. Le simple fait par exemple d’intituler un livre L’Insécurité culturelle (Fayard 2015) m’a valu des condamnations définitives, avant même que les collègues qui les ont prononcées aient ouvert l’ouvrage !

Après, évidemment, le déni n’est pas la seule explication de la montée des populismes, ni même sans doute la première. C’est très difficile à mesurer. Mais il joue un rôle, incontestablement.

Horace écrivait déjà en son temps que « pour fuir un défaut, les maladroits tombent dans le défaut opposé ». On a le sentiment qu’à notre époque, on combat très souvent un extrémisme en basculant dans l’extrémisme opposé : le politiquement correct contre le politiquement abject, l’antiracisme face au racisme, Balance ton porc après l’affaire Weinstein, etc. C’est un peu tard pour le bac philo mais : la vertu est-elle le contraire d’un vice ou un juste milieu entre deux vices opposés ?

C’est une question que devrait se poser toute personne engagée dans un combat politique. Et je peux au moins vous donner la réponse que j’essaie, chaque jour, d’y apporter, souvent avec difficulté, en n’étant pas toujours bien compris… Cette réponse, c’est celle de la « ligne de crête » que nous appliquons, par exemple, avec mes amis du Printemps républicain, dans notre combat pour la laïcité, contre l’islamisme et contre l’antisémitisme.

Comment peut-on savoir que l’on est sur le chemin de crête, étroit certes mais qui est le bon et le seul praticable, si l’on ne veut pas tomber dans la terrible dualité que vous décrivez ? Eh bien on le sait quand on reçoit des critiques et des insultes des deux côtés. Quand on vous traite, par exemple, à la fois d’ « islamophobe » parce que vous combattez les islamistes et que vous dénoncez l’incohérence d’une certaine gauche dans ses compromissions, dont on parlait plus haut. Et de pro-islamiste ou de « laïcard » parce que vous ne vous en prenez pas aux musulmans ou parce que vous ne faites pas d’exception à la laïcité quand il s’agit de catholiques notamment.

La ligne de crête républicaine, celle du laïque universaliste et humaniste, c’est d’être attaqué en même temps par les identitaires et les bigots de tous bords, d’extrême gauche et d’extrême droite, par les islamistes comme par Riposte laïque.

Le nationalisme, c’est la guerre… mais on se rend compte en ouvrant un journal ou un livre d’histoire que le multiculturalisme aussi (Ex-Yougoslavie, Rwanda, Liban, etc.). Régis Debray affirme même que « la mondialisation heureuse, c’est au final la balkanisation furieuse ». Certains n’ont-ils pas une vision idéalisée du modèle multiculturel ? Ceux qui oublient que l’histoire est tragique et dénient la conflictualité du monde et de la nature humaine ne sont-ils pas in fine aussi dangereux que ceux qui l’exacerbent ?

Toute dérive identitaire, qu’elle soit nationaliste ou multiculturaliste, est porteuse de lourdes menaces pour les sociétés et les individus. Et le déni est aussi dangereux que l’exacerbation des antagonismes identitaires, vous avez tout à fait raison. Je dirais là encore que la seule voie possible et souhaitable c’est celle, dans le cas français, de la ligne de crête républicaine, de la laïcité et de l’attention toujours portée au commun.

L’extrême droite est-elle toujours, en 2018, la principale menace pour notre République ? 

La principale menace pour la République, pour chacun d’entre nous, pour notre monde dans son ensemble, ce sont les dérives identitaires. Pas l’identité en tant que telle. Politiquement, l’extrême droite française au sens classique du terme est rentrée dans le rang démocratique et républicain ces dernières années à travers l’acceptation par le Front national (FN) des résultats des élections, au niveau national comme local. On n’a plus à faire aux ligues de 1934. Même s’il faut continuer de combattre le FN et son programme, encore très largement identitaire, pied à pied. On doit néanmoins rappeler que, ces dernières années, les attentats terroristes ont été commis par des islamistes, et non par l’extrême droite. Même si l’exacerbation identitaire conduit visiblement à l’organisation de réseaux prêts à en découdre, comme l’a montré récemment le démantèlement de l’un d’entre eux.

Donc, menace identitaire, d’abord et avant tout islamiste. Et surtout, menace pour ce que cela risque d’entraîner comme réactions chez nos compatriotes, qui ont été jusqu’ici remarquablement calmes et qui n’ont pas cédé aux provocations. La brutalisation terroriste de la société française depuis 2015 au moins, n’a pas été suivie de représailles massives et organisées contre les musulmans. Nos compatriotes n’ont pas fait, eux, l’amalgame. Les actes anti-musulmans existent bien évidemment mais ils sont restés limités. Et aucun musulman, contrairement aux juifs et aux catholiques (à travers la figure du père Hamel), n’a été tué parce qu’il est musulman en France, sinon par un autre musulman dans le cadre des attentats précisément.

Au-delà du fait que ce n’est pas l’extrême droite qui aujourd’hui écrase, mitraille ou égorge nos femmes, nos enfants, nos juifs, nos policiers, nos prêtres, nos journalistes… ce ne sont pas non plus des « fascistes » qui brûlent des voitures de police, des McDo ou l’effigie du président de la République en place publique. Ce ne sont pas des militants d’extrême droite qui occupent illégalement la place de la République ou mettent à terre un élu, Robert Ménard en l’occurrence. Ce n’est pas non plus un ex-candidat du FN qui se réjouit sur Twitter de la mort du colonel Beltrame… Si l’extrême droite semble être « rentrée dans le rang démocratique et républicain » comme vous le soulignez, a contrario l’extrême gauche n’est-elle pas en train de se radicaliser de façon inquiétante ?

Il faut, me semble-t-il, séparer deux choses ici. D’une part, le fait qu’il y a toujours eu, au sein de l’extrême gauche, de manière très minoritaire, une forme d’attraction pour la violence politique. Cette violence, contre les institutions, contre le patronat, contre le capitalisme, etc. étant légitimée par la violence sociale imposée à la classe ouvrière ou aux plus faibles. Elle ressurgit régulièrement. Elle peut prendre différentes formes, dont le terrorisme comme on l’a connu dans les années 1970 par exemple.

D’autre part, ces dernières années, on a assisté à une forme particulière de radicalisation, autour de la question identitaire, avec l’indigénisme, le décolonialisme… en lien en partie avec l’islamisme sous sa forme politique, comme on le disait plus haut. Cette radicalisation a conduit à des pratiques (les réunions non mixtes notamment) et à des discours (à l’égard des « non racisés » notamment) très agressifs. Les occupations d’établissements universitaires au printemps 2018 l’ont bien montré.

C’est inquiétant non en soi, car il s’agit d’un phénomène très minoritaire, mais parce que c’est bien relayé et considéré comme tout à fait acceptable sinon normal par toute une partie de la gauche « installée » : partis, syndicats, associations, médias…

N’avez-vous pas parfois l’impression qu’une partie de nos élites médiatiques et politiques continuent de crier « au loup, au loup », alors qu’un crocodile est à nos pieds… ?

Il y a sans doute le poids des habitudes. Dire aujourd’hui qu’on trouve du racisme et de l’antisémitisme hors de l’extrême droite apparaît tout simplement comme impossible à certains. Et dire que ce racisme et cet antisémitisme sont le fait de personnes qui sont par ailleurs, depuis des décennies, en raison de la lutte anticoloniale et de la lutte antiraciste, vues comme des victimes, comme des « damnés de la terre », c’est doublement impossible. Alors non seulement ceux qui devraient le dire, je pense ici à la gauche en particulier, ne le disent pas mais ils accusent ceux qui le font d’être d’extrême droite, d’être racistes, « islamophobes », etc. La boucle est bouclée, le piège identitaire se referme.

A lire aussi: Laurent Bouvet: « Si la gauche, c’est ça, alors il n’y a plus de gauche »

Que signifie en effet cette impossibilité de dire les choses telles qu’elles sont, sinon qu’il s’agit d’une assignation identitaire et victimaire ? Pourquoi un croyant, musulman, ou un immigré de tel ou tel pays africain ne pourrait pas être raciste ou antisémite ? Est-ce que le racisme dépend d’une identité spécifique de l’individu ou bien de ses idées, actes et comportements, ou encore de son éducation ? Comment la pensée humaniste, attachée aux droits de l’Homme et à la Raison peut-elle avoir autant dérivé pour aboutir à définir la qualité de tel ou tel individu en fonction de ce qu’il est (religion, couleur de peau, origine…) et non de ce qu’il pense, dit ou fait ? On est là au cœur du sujet identitaire. On est là aussi au cœur du sujet de la définition de la gauche aujourd’hui.

A suivre…

L'insécurité culturelle

Price: ---

0 used & new available from

La gauche zombie: Chroniques d'une malédiction politique

Price: ---

0 used & new available from

Céline Tran (Katsuni) : « Être actrice X, c’est jouer les objets sexuels mais rester maître du jeu »

0
celine tran katsuni porno
Céline Tran. Photo: Pierre-Edouard Saillard.

Connue sous le pseudonyme de Katsuni, l’actrice X Céline Tran a recouvré son vrai nom en prenant sa retraite. Encore trentenaire, elle publie un livre de souvenirs Ne dis pas que tu aimes ça (Fayard, 2018) dans lequel elle déconstruit les clichés misérabilistes sur l’univers du X. Hédoniste, Céline Tran défend une conception libertaire et transgressive du porno, bien loin de certaines mères-la-pudeur néoféministes. Entretien avec un esprit fin dans un corps fin.


Daoud Boughezala. Vous lanceriez-vous aujourd’hui dans la même carrière en quête de plaisir, alors que les actrices sont moins bien payées ?

Céline Tran[tooltips content= »Comédienne, auteure, Céline Tran est directrice de collection chez Glénat. »]1[/tooltips]. En France, comme pour tout intermittent du spectacle, la précarité a toujours touché cette profession, c’était déjà le cas quand je me suis lancée. Il y a peu de prods, donc peu d’opportunités de tournages. Je ne sais si les cachets ont diminué mais avec Internet, les actrices peuvent en tout cas démultiplier leurs revenus en développant un site officiel, des partenariats, faire du live, produire elles-mêmes,etc. Ce qui me dissuaderait de me lancer aujourd’hui serait beaucoup plus lié à la diffusion massive et incontrôlable de tout le contenu X sur le net.

Beaucoup d’acteurs ou d’actrices X sont en fait de grands timides !

Qu’appelez-vous exactement le syndrome de Catwoman ?

C’est pour moi le fait de se dédoubler pour incarner une version émancipée de soi et de donner libre cours à ses pulsions. Cela fait référence à la dualité Selina Kyle/Catwoman, la binoclarde introvertie/l’héroïne-femme fatale. Je l’ai vécu à mes débuts en étant étudiante le jour, strip-teaseuse la nuit, puis actrice X. C’est le principe du carnaval : se masquer pour mieux jouer et transgresser. D’ailleurs, beaucoup d’acteurs ou d’actrices X sont en fait de grands timides !

Combien gagniez-vous en moyenne par mois au sommet de votre carrière ? Votre sexe moulé vous rapporte-t-il encore de l’argent ?

J’ai galéré les quatre premières années environ et considère avoir très bien gagné ma vie ensuite, puisque je bossais de jour sur les tournages, de nuit en discothèques, et suis parvenue à faire de mon pseudonyme, une marque internationale. Aujourd’hui, je continue de toucher des royalties sur ma Fleshlight. J’aime beaucoup l’idée que mon loyer soit payé par des fans qui se masturbent en pensant à moi !

Ce qui est déshumanisant, ce sont les gens qui victimisent à outrance les femmes de cette industrie.

Vous avez notamment travaillé en Californie, au cœur de la Porn valley américaine. Trouvez-vous le porno américain plus brutal que le français ?

Certaines scènes étaient en effet plus hard qu’en France où le cahier des charges était différent car souvent déterminé par la volonté de vendre à Canal Plus. Si j’ai assisté à une forme de violence, j’ai aussi vu à un grand retour vers des scènes se voulant plus réalistes, avec un vrai ton « romantique», pensées pour un public féminin et de couples. Le X américain que j’ai connu est donc diversifié et connaît des cycles qui varient en fonction de la demande des consommateurs.

Les gonzos (films sans scénario ou presque) sont-ils plus déshumanisants ou plus transgressifs pour les actrices que le cinéma X classique ?

Non, pas du tout, c’est complètement réducteur d’affirmer cela. Tout dépend des conditions de tournage d’une part, et d’autre part, de la manière dont c’est filmé. J’ai connu de tout : des films à scénario et gros budget où l’image était certes magnifique mais les conditions de travail très difficiles, ou alors exposant des pratiques SM et mises en scènes très intenses. A l’inverse, des gonzos où on allait loin dans l’extrême, justement parce que nous, acteurs, nous amusions, bien traités et en confiance. Il existe aussi du gonzo soft, esthétique avec budget ! Le cinéma X classique (avant l’explosion du marché Internet), était rare, cher, difficile d’accès. En cela, il était déjà plus sulfureux, plus transgressif. Pour moi ce qui est déshumanisant, ce sont les gens qui victimisent à outrance les femmes de cette industrie en ne les percevant que comme des objets, et non des êtres  capables de faire leurs choix, et qui pointent du doigt cette industrie en l’accusant de toutes les dérives, elle qui est source d’excitation et de plaisir pour un si grand nombre.

Dénoncer la double pénétration comme trop hard et déviante, c’est méconnaître le plaisir que peut en tirer une femme !

Qu’avez-vous fait de plus extrême ou de plus audacieux dans le porno ? Des gangs bangs débridés ?

Non, puisque j’y ai goûté avec davantage de partenaires hors caméra! Je ne saurais faire la liste de ce que j’ai fait d’ « extrême », d’ailleurs c’est une notion bien relative. Pendant des années, tourner une scène de double pénétration était ma routine. Cela n’a jamais été pour moi une pratique extrême, alors que beaucoup la dénonce comme étant trop hard et déviante. C’est vraiment méconnaître le plaisir que peut en tirer une femme ! C’est ce plaisir et mon désir d’explorer qui m’ont rendue « performante ». A chacun/e de placer son curseur en fonction de ses envies et capacités physiques. Les actrices qui souffrent d’en tourner n’ont aucune raison de se forcer à en faire. Ce n’est pas indispensable pour gagner sa vie et faire carrière.

J’aimerais éclaircir la question du consentement. Au cours d’un entretien, vous avez déclaré « on peut vivre quelque chose de douloureux et se dire ‘c’était bien’ ». Quelles sont les limites à respecter par un réalisateur ou un acteur pour ne pas tomber dans l’abus sexuel ou le rapport non-consenti ?

Oui, dans mon autobiographie Ne dis pas que tu aimes ça (Fayard, 2018), je parle du fait de prendre du recul, de grandir en acceptant pleinement ses expériences comme un tout, un chemin. Je ne donne pas raison aux personnes malveillantes, mais je tâche de m’observer et de prendre aussi mes responsabilités pour faire ensuite de meilleurs choix.

J’ai été actrice, productrice, réalisatrice. Dans tous les cas et comme dans n’importe quel autre métier, il faut être clair dans son intention, ses méthodes, sa manière de communiquer et de fixer ses conditions. Ces termes sont officialisés par un contrat, c’est une première étape décisive. Ensuite, comment savoir si l’acteur ou l’actrice a vraiment envie de faire sa scène ? Difficile à savoir, mais c’est sa responsabilité, (et éventuellement celle de l’agent), de l’assumer et de rappeler ses limites auprès de la production, du réalisateur et ses partenaires, dont le devoir, en retour, est de respecter celles-ci. En somme, il faut être pro dans son attitude, que la caméra soit allumée ou non et toujours se rappeler pourquoi on fait ce métier, quelle est la priorité : Avoir plus de reconnaissance ? Plus d’argent ? Satisfaire les autres ? Le plus important c’est soi, son intégrité, et c’est à soi de le faire savoir aux autres.

Lorsque vous voyez une actrice faire une double pénétration, elle n’a pas été piégée.

Dans votre livre, vous notez : « Même dans le porno, une femme doit avoir le droit de dire non. Dire oui ne doit plus être sans conditions ». Notifiez-vous par écrit toutes les pratiques sexuelles que vous acceptiez ?

Dans le X professionnel, toutes les acteurs ou actrices précisent quelles pratiques ils acceptent de faire et à quel tarif, ils ont aussi le droit de refuser ce qu’on leur propose ou de quitter le plateau, c’est déjà arrivé, mais on s’arrange pour tout valider avant, qu’il n’y ait aucun malentendu. Lorsque vous voyez une actrice faire une double pénétration, elle n’a pas été piégée. Elle a été avertie et a signé un contrat avant de tourner. Les productions américaines prennent même soin de filmer les actrices avant et/ou après leur scène, afin qu’elles rappellent qu’elles sont venues de leur plein gré, pas sous contrainte ou l’emprise de stupéfiants ou d’alcool. J’ai en effet connu des acteurs et actrices qui n’osaient pas dire « non », des réals ou agents demander toujours plus, et des scènes monter dans une intensité où les acteurs et actrices allaient parfois trop loin, ne vérifiant pas que leurs partenaires allaient bien. Cela ne peut rien donner de sain ou de constructif. C’est propre au monde du travail en général, mais comme nous parlons ici du corps, de la sexualité, c’est très délicat. Être acteur X c’est jouer les objets sexuels, mais rester maître du jeu. La force, c’est d’en avoir conscience !

Il existe des dérives et une systématisation d’une forme de brutalité, mais le porno ce n’est pas que ça .

Pensez-vous comme Ovidie qu’on a aujourd’hui atteint un niveau inouï de brutalité dans le X (pénétrations multiples, simulations de viol et de violence contre les actrices) ?

Les simulations de viol ont toujours existé mais dans les années 70 on visait plus la transgression sociale que la performance physique. Aujourd’hui, il y a d’une part une accoutumance des hardeurs et hardeuses qui ont intégré les pratiques comme une sorte de mécanique, (plus on tourne, plus on est insensibilisé), et une fascination du public pour des images où le sexe devient davantage une démonstration qu’une relation de désir/plaisir partagé. Il existe donc des dérives et une systématisation d’une forme de brutalité, mais le porno ce n’est pas que ça.

Se battre pour de bonnes conditions de travail, des contrats plus équitables, protéger les mineurs face aux contenus sur internet, oui. Censurer les pratiques sexuelles, ou la manière de les filmer sous prétexte que ça ne rentre pas dans les critère du beau ou du politiquement correct ? Surtout pas. Le sexe est le domaine du lâcher-prise et du pulsionnel. Il n’a pas à être « moral ». Pour un porno éducatif ? Aussi, pourquoi pas ! Ce qui me semble important, ce n’est pas d’essayer de faire culpabiliser les gens en disant que le porno est une industrie esclavagiste, mais de les encourager à s’épanouir dans leur propre sexualité.

Les acteurs X sont moins bien payés que les actrices car ce sont celles-ci qui font vendre les films

Moins bien payés et soumis à la pression de l’érection obligatoire, les hardeurs sont-ils globalement moins bien lotis que les hardeuses ?

Maîtriser son corps, son érection, son éjaculation, font partie des compétences du hardeur. Un homme qui ne s’en sent pas capable, ne devrait tout simplement pas faire ce métier, car oui, c’en est un. Les hardeurs (pour la majorité) sont moins bien payés que les actrices car ce sont celles-ci qui font vendre les films. A part ça, acteurs et actrices sont à la même enseigne et doivent s’adapter aux conditions de tournage, leur corps est leur outil de travail. Il y a des contraintes et des opportunités des deux côtés. Par exemple, beaucoup de hardeurs parviennent à mener une belle carrière en tant que réalisateurs-producteurs X. Ce n’est pas tant le métier mais comment on le vit et ce qu’on en fait qui fait la différence.

Ne dis pas que tu aimes ça

Price: ---

0 used & new available from

Benalla, une « barbouze »? Vous plaisantez!

0
Alexandre Benalla et Emmanuel Macron à bicyclette au Touquet, juin 2017. SIPA. 00811449_000030

Lorsque Léopoldine s’est noyée, Hugo, dévasté par la mort de sa fille, s’est tourné vers l’occultisme pour renouer au-delà de la nuit avec sa fille tant chérie. Je ne me permettrai pas de critiquer, qui peut savoir comment nous réagirions face à un tel drame…

Evidemment, on interroge les tables tournantes, mais elles n’en font qu’à leur tête : invoquant Léopoldine, Hugo s’est retrouvé en conversation avec Homère, Dante ou Shakespeare, bref, des mecs à son niveau. Et qui parlaient tous en alexandrins français…

A lire aussi: Affaire Benalla : le système Macron mis en examen

L’autre jour, pendant que les médias s’excitaient sur un petit voyou qui s’est cru le roi du monde, j’ai interrogé mon propre guéridon, dans l’espoir de faire revenir du paradis d’Odin l’une ou l’autre des grandes pointures de la littérature. Mais je ne suis pas Hugo, ou quelque chose s’est grippé dans le mécanisme, bref, tout ce que je suis parvenu à convoquer, c’est le spectre de Dominique Ponchardier.

Faites entrer Dominique Ponchardier

Comment ? Vous ne connaissez pas Ponchardier ? Grand résistant, co-fondateur du réseau Sosie, qui fournissait des renseignements aux Alliés, multi-récidiviste de l’évasion des prisons de la guerre, agent très secret, homme à tout faire de De Gaulle, et surtout écrivain prolifique, sous le nom d’Antoine Dominique, qui inventa un jour le Gorille, alias Geo Paquet, 1m75 et 120 kilos de muscles…

Accessoirement, Ponchardier est l’inventeur du mot « barbouze » — tout au moins dans son sens moderne d’agent des services parallèles.

Cet aimable garçon, qui un jour porta sur son bras Mon Général pour lui faire traverser, au milieu de 500 000 enthousiastes, la place centrale de Lima, avait l’air goguenard qui sied bien aux esprits. Il a épousseté sur son veston un peu de poussière d’étoiles, et a accepté le café que je lui proposais.

A lire aussi: Vous voyez bien que Macron n’a rien à voir là-dedans

Après lui avoir consciencieusement beurré la tartine (avec les auteurs, aucun autre comportement n’est acceptable) en lui expliquant combien j’aimais ses livres, je lui ai demandé ce qui avait amené sur sa face pas tibulaire mais presque, comme disait Coluche, ce sourire malicieux.

– Ah-ah-ah-ah, s’est-il répandu.
Entendre un fantôme se moquer ainsi de vous, ça flanque un coup.
– Mais encore ? demandai-je, un peu interloqué par cette hilarité.
– Cette affaire… Comment s’appelle-t-il, déjà, le petit voyou qui a gagné la confiance de votre président ? Ah oui, Alexandre Benalla ! Le…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Syrie, Gaza, Loi fondamentale: Israël porte (toujours) le chapeau

0
israel syrie gaza casques blancs
contre la venue en France de Benyamin Netanyahou, juillet 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00815188_000006

En pleine affaire Benalla, malgré son aide humanitaire aux casques blancs syriens, l’Etat juif est toujours aussi vilipendé  et ses mérites occultés dans la presse française.


L’actualité se limite-t-elle aux frasques d’Alexandre Benalla et au silence enfin rompu d’Emmanuel Macron ? Non. Il y a quelques jours, Israël a procédé à l’exfiltration de 422 casques blancs et leurs familles de Syrie menacés par l’avancée des troupes d’Assad.

Le discret sauvetage des casques blancs

Personne n’est au courant ? C’est normal. Les médias n’en ont que peu parlé. Et quand ils ont traité le sujet en mentionnant Israël c’est pour évoquer du bout des lèvres le rôle quasi anecdotique de l’Etat hébreu qui aurait tout juste consenti à faire transiter ces casques blancs et leurs familles par le plateau du Golan. Et encore, sans manquer de souligner que cette intervention s’est faite quasiment à contre cœur, à la demande « pressante » des Américains et des Européens et en prenant soin de rappeler au passage qu’Israël « occupe » depuis 1967 une partie du plateau du Golan, qu’Israël a frappé à plusieurs reprises le territoire syrien depuis le début du conflit et refuserait en prime d’être submergé par un afflux de réfugiés syriens ! Quel toupet !

Quant au Quai d’Orsay, fidèle à sa politique farouchement anti-israélienne, il ne cite même pas Israël dans son communiqué… Faut-il être à ce point sous emprise idéologique pour ne pas vouloir voir la réalité.

Une réalité qui est l’extraordinaire mission de sauvetage de ces centaines de civils syriens, organisée secrètement par Israël en coordination avec la Jordanie, des pays européens, les Etats-Unis et le Canada. Ce sont aussi les soins médicaux, chirurgicaux et psychologiques dispensés à plus de 5000 syriens dans des hôpitaux israéliens depuis le début de la guerre civile. C’est encore la fourniture en vivres et en médicaments aux civils syriens (72 tonnes de nourriture, 70 tentes, 9 000 litres de carburant, des médicaments et du matériel médical, des vêtements et des jouets pour la semaine dernière seulement). Sans oublier, la construction d’un hôpital et d’une maternité de l’autre côté de la frontière syrienne. Le tout, faut-il le rappeler, aux frais du contribuable israélien. Pour mémoire, Israël est toujours officiellement en guerre contre la Syrie laquelle a qualifié cette opération de sauvetage de « criminelle ».

L’embarras des antisionistes

Les contempteurs d’Israël, jamais avares de critiques, se retrouvent bien embarrassés. Une action humanitaire ? Non, intrigues et manigances. Israël est bien trop cynique. Probablement le même cynisme qui préside aux hospitalisations en Israël, en 2013 et 2014, de la belle-mère, la fille et la petite-fille d’Ismaïl Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas, et des dizaines de milliers de palestiniens soignés chaque année en Israël (30.000 gazaouis en 2016 et 97.000 palestiniens de Judée-Samarie en 2015).

Pour la seule année 2017, Israël a fait entrer à Gaza, plus de 7.000 tonnes de médicaments, 568 700 tonnes de vivres et 3.383.440 tonnes de matériaux de construction pour le seul point de passage de Kerem Shalom. Mais une fois rentrés à Gaza, tous ces chargements sont mis sous coupe réglée par un Hamas terroriste et corrompu qui confisque le ciment pour couler des tunnels de contrebandes ou d’attaques. Un tunnel coûte 3 millions de dollars et le Hamas en construit des dizaines. C’est autant d’argent qui ne profite pas aux Gazaouis. Mais c’est Israël qui est cynique…

Cynique, raciste et fascisant si l’on en croit le décharnement médiatique consécutif à l’adoption de la loi sur l’Etat-nation. Une loi controversée pour trois dispositions : l’hébreu comme seule langue officielle, le droit à l’autodétermination au sein de l’Etat d’Israël réservé aux Juifs et les implantations juives relevant de l’intérêt national. Pour autant, sont-ce là des indices graves et concordants de la mort de la démocratie comme on a pu le lire ?

Israël respecte ses citoyens arabes

Jusqu’à présent, l’hébreu, l’arabe et l’anglais étaient les langues dites officielles, rémanence d’une ordonnance émise sous le mandat britannique. Par cette nouvelle loi, l’hébreu devient la langue officielle, l’arabe bénéficiera d’un statut spécial et continuera à être utilisé dans toutes les administrations sans aucun impact pour la population arabophone. Et après ? En Espagne, la seule langue officielle pour tout le pays est le castillan. Les langues régionales ne sont officielles que dans leur province respective et toujours avec le castillan. La constitution turque prévoit que le turc est la langue officielle sans s’embarrasser de l’arménien ou du kurde. L’estonien, proche du finnois, est la seule langue officielle d’Estonie bien que 25% de la population soit russophone. Quant au Mali, la langue officielle est le français alors que 17% de la population seulement est francophone ! Pourtant, cela ne choque personne.

Concernant le droit à l’autodétermination réservé aux Juifs et les implantations juives, un bref rappel historique s’impose. En 1920, la Société des Nations plaçait la Palestine sous mandat britannique (Conférence de Sanremo). Ce mandat devait mettre à exécution la Déclaration de Balfour du 2 novembre 1917 reconnaissant les « liens historiques du peuple juif avec la Palestine et les raisons de la reconstitution de son foyer national en ce pays » et prévoyait également « l’établissement intensif des Juifs sur les terres du pays ». A la Conférence de Sanremo, la communauté internationale posait ainsi et sans réserve le fondement juridique de l’Etat d’Israël moderne. Un siècle plus tard, cette loi nouvelle ne fait que confirmer les principes ainsi établis et ce, dans un cadre formel afin de préserver la spécificité de l’Etat hébreu. Sur le fond rien ne change mais puisque c’est Israël, on peut condamner.

…mais restera juif

Reproche-t-on aux 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique d’être musulmans ? La constitution lettone prévoit, elle aussi, un droit à l’autodétermination pour garantir l’existence et le développement de la nation lettone. D’autres pays européens appliquent des principes identiques. Assiste-t-on aux mêmes déclarations scandalisées ?

Pourquoi les détracteurs de cette loi si controversée ne s’indignent-ils pas quand Mahmoud Abbas déclare « Nous exigeons un État palestinien et aucune présence juive ne sera tolérée dans ce futur État » ? Ou quand l’AP punit de la peine de mort la vente de terres à des Juifs ? Pourquoi faut-il toujours que l’on reproche aux Israéliens ce que l’on ne reproche pas aux autres pays ?

On peut ne pas soutenir la politique de Netanyahou. On peut même ne pas aimer Israël. Mais quand on se targue d’être journaliste, on a le devoir impératif d’être intellectuellement honnête. L’idéologie n’a jamais fait bon ménage avec la vérité.

« L’islam de France voulu par le président soulève davantage de problèmes qu’il ne peut en résoudre »

0
Laurent Bouvet, septembre 2012. SIPA. 00643439_000029

Universitaire et républicain de gauche membre du Parti socialiste jusqu’en 2007, Laurent Bouvet a créé en 2016 le Printemps républicain, un mouvement en pointe dans la défense de la laïcité et le combat contre l’islamisme et l’antisémitisme. Entretien (3/3).


A lire aussi: Laurent Bouvet: « Si la gauche, c’est ça, alors il n’y a plus de gauche » (1/3)

A lire aussi: Laurent Bouvet: « La principale menace, ce sont les dérives identitaires. Pas l’identité. » (2/3)

Franck Crudo. Revenons un instant au terrorisme et à la manière de le combattre. Que ce soit au sujet de la déchéance de la nationalité, de l’état d’urgence, du contrôle au faciès ou encore de la manière de traiter les fichiers S, n’y a-t-il pas, pour la majorité de nos compatriotes, quelque chose d’effrayant à entendre invoquer les valeurs de la République pour ne pas donner à la République les moyens de se défendre ? 

Laurent Bouvet. C’est un débat sans fin. Celui de l’endroit où l’on place, collectivement, le curseur dans une démocratie, un Etat de droit, dans notre République… entre la défense des principes qui sont les nôtres et la défense du système politique qui permet de les faire vivre. Je n’ai aucune certitude ni évidemment aucune solution à cette question fondamentale. C’est pourquoi je fais confiance à notre communauté des citoyens pour la trancher à chaque fois qu’elle se pose. Et c’est aujourd’hui souvent le cas.

La seule chose dont j’arrive à peu près à être sûr et certain, face au terrorisme comme à nombre d’autres choses dans la vie, c’est qu’il ne faut pas avoir peur. Ou du moins, si on a peur, ce qui est naturel évidemment et même sain sans doute, il ne faut pas se laisser guider par sa peur dans ses réactions. Il faut que la raison prenne toujours le dessus, raison individuelle et surtout raison collective.

L’islam de France, préconisé par le président Macron, est-il selon vous une bonne idée ou un vœu pieux, notamment en raison des problèmes de représentativité qu’il pose ?

L’islam de France, au sens d’une organisation centralisée qui représenterait nos concitoyens de confession et de culture musulmane – quelle que soit sa forme a priori -, me paraît très difficile voire impossible à réaliser car il soulève davantage de problèmes qu’il ne peut en résoudre.

L’idée du président de la République, telle que je la comprends, est d’encourager des Français musulmans à s’organiser pour faire pièce aux islamistes et à leurs organisations, afin de donner corps à l’idée que l’islam et la République sont pleinement compatibles, et qu’à l’image des autres religions, il y a une intégration possible de manière institutionnelle.

A lire aussi: L’islam de France est-il (vraiment) différent des autres?

Le premier problème tient évidemment aux conditions qui seraient nécessaires à la mise en place d’une telle institution. Car même si elle était organisée à côté de l’Etat, sous forme d’association comme le préfigure le dispositif actuel avec une fondation et une association, elle aurait besoin, au moins un temps, d’argent public pour assurer son fonctionnement et ses missions centrales (formation et rémunération des imams notamment). Or il faudrait sérieusement bouger la ligne de séparation entre Etat et religions telle qu’établie dans la loi de 1905, même s’il y a eu des exceptions.

Deuxième problème fondamental, celui de l’acceptabilité d’une telle autonomisation de l’islam de France par rapport aux pays étrangers. Lesquels financent l’islam en France et s’assurent ainsi un contrôle sinon un pouvoir, non seulement sur leurs ressortissants immigrés en France, mais encore sur des citoyens français originaires de ces pays. Il n’est pas certain que l’Algérie, le Maroc ou la Turquie soient prêts à abandonner de tels liens.

Troisième difficulté, l’acceptabilité d’une telle représentation et de ce qu’elle implique en termes de prélèvement financier notamment par et sur les musulmans eux-mêmes. Les projets de « taxe » sur le halal ou sur les pèlerinages qui permettraient d’autonomiser en partie le financement de l’islam en France pourraient avoir bien du mal à être acceptés par des populations qui n’en n’ont ni l’habitude ni parfois, tout simplement, les moyens.

Quatrième problème, celui de la représentativité des membres de l’instance centrale. On touche là, me semble-t-il, au cœur du sujet, celui qui n’a pas été nécessairement le plus abordé dans les débats qui ont eu lieu jusqu’ici. Outre que l’on se heurte à une question bien connue de la division entre plusieurs islams difficiles à concilier, on ne voit pas très bien pourquoi la crise générale de la représentation qui touche l’ensemble de la société et toutes les institutions épargnerait miraculeusement les musulmans. La défiance vis-à-vis des élites et des institutions représentatives en général comme la critique générale et de plus en plus radicale de l’autorité dans la société ne rendent pas optimistes en la matière. Il n’y a aucune raison pour que nos concitoyens musulmans veuillent être représentés collectivement en tant que membres d’une communauté de croyants. Les pratiques diverses et les rapports de plus en plus individualisés à la religion rendent quasi-impossibles une telle représentation. Ce qui aurait pour conséquence mécanique, et on retrouve là le problème politique de l’islam de France, de favoriser les plus déterminés des groupes, ceux qui ont le plus d’intérêts à défendre. On en a déjà une idée assez précise avec les personnalités musulmanes qui se sont mobilisées dans la perspective de l’islam de France.

Le risque ultime de cette idée d’islam de France tient à ce que les difficultés relatives à sa constitution ne débouche sur une représentation biaisée, beaucoup plus politisée et radicalisée que l’ensemble des musulmans, dont les interventions publiques et les propositions seraient en décalage par rapport à l’immense majorité de ceux qu’ils prétendent représenter. Et donc qui ne serviraient pas nécessairement de rempart, mais plutôt de Cheval de Troie à l’islamisme.

L’Islam a pour particularité de ne pas distinguer le politique du religieux, voire même de soumettre le politique au religieux. Du coup, ne peut-on pas émettre quelques doutes sur la capacité de cette religion à s’adapter pleinement à la laïcité française ?

En la matière, à la fois comme laïc, rationaliste et universaliste, et parce que j’ai une connaissance très limitée de l’islam, je ne pars jamais de sa spécificité théologico-politique pour déterminer s’il y a une compatibilité ou une capacité d’adaptation de cette religion avec la laïcité à la française, la République, etc.

Il me semble qu’il faut traiter la question… dans l’autre sens, à double détente si l’on peut dire. D’abord pour dire que nos principes, républicains, dont la laïcité est au cœur en matière de croyances et de cultes, ne doivent pas être adaptés aux religions, pas plus à l’islam qu’à une autre. Si adaptation il doit y avoir, c’est nécessairement dans l’autre sens qu’elle doit avoir lieu. Ensuite pour dire qu’à partir de nos principes, nous devons laisser l’espace le plus vaste possible à la liberté de conscience, aux croyances notamment, en comptant sur la raison en chacun – croyant ou non, musulman ou non – pour s’adapter, pour adapter sa pratique religieuse notamment à nos principes, à notre commun.

À partir de là, je ne vois pas pourquoi dans l’islam plus que dans d’autres religions, il y aurait une incompatibilité a priori. Si un musulman estime que sa croyance religieuse a une telle importance dans sa vie sociale et publique qu’il ne peut l’adapter aux principes républicains, à la laïcité notamment, alors il ne peut pas l’exercer en France. Il doit choisir un autre pays plus accommodant. C’est à mon avis un cas extrême – sans doute est-ce que ça a été une motivation pour des croyants qui sont partis vivre dans l’Etat islamique ces dernières années par exemple – qui concerne très peu de nos concitoyens.

Le Printemps républicain, dont vous êtes le cofondateur, accorde une importance fondamentale à la laïcité. Comment avez-vous réagi après le discours au collège des Bernardins en avril dernier de notre président, qui souhaite « réparer le lien abîmé » entre la France et l’Eglise ? Ou encore après ses propos sur la « radicalisation de la laïcité » ?

Mon interprétation de la manière dont le président de la République aborde ce sujet en général depuis son élection est la suivante : il a sciemment décidé de ne pas parler de laïcité, et surtout de ne pas donner le sentiment qu’il accorderait quoi que ce soit aux laïcs, pour ne pas risquer de braquer les croyants, en particulier les musulmans, dont il estime avoir besoin dans son projet d’islam de France, afin de faire pièce aux islamistes. Parler de laïcité, au sens républicain classique du terme, c’est-à-dire en allant au-delà d’une interprétation strictement libérale de la loi de 1905, étant considéré comme un chiffon rouge aux yeux des religions. C’est le sens de ses discours aux différentes « communautés » religieuses, dont celui des Bernardins est le plus remarquable exemple.

C’est à mon sens une erreur politique fondamentale. Pour les raisons indiquées plus haut concernant l’islam de France mais qu’on pourrait décliner pour l’ensemble des cultes. L’immense majorité des croyants, avec leurs multiples pratiques et rapports à la religion, comme l’immense majorité des Français, croyants ou non, sont profondément laïques, au sens républicain du terme. Ils sont viscéralement attachés à la liberté de conscience. Mais aussi au droit d’être laissé tranquille en matière religieuse par l’Etat bien sûr – c’est la fameuse neutralité issue de la séparation – ou encore, c’est là que se situe l’erreur du président de la République, d’être laissé tranquille par les religions et leurs représentants. En clair, ils ne veulent pas qu’on leur dise s’il faut croire ou non, comment il faut croire, pratiquer ou non, de telle ou telle manière, etc. Les Français veulent qu’on leur fiche la paix en la matière plus qu’en aucune autre. C’est là le sens profond, architectonique, de notre laïcité. Et pour le moment, on ne peut que constater qu’Emmanuel Macron ne laisse pas les Français tranquilles sur ce sujet. Ce qui est donc, à mon sens, sa principale erreur politique.

Le camp laïque et républicain s’est fissuré au sujet du prochain concert au Bataclan du rappeur Médine. Certains sont montés au créneau pour demander son interdiction. A l’inverse, vous placez la liberté d’expression au-dessus de tout… Votre position est-elle la même concernant Dieudonné ?

Je n’aime ni la censure ni le racisme ni l’antisémitisme. La situation de Médine et de Dieudonné sont différentes en l’espèce, même si je considère que le concert de Médine au Bataclan est une provocation compte tenu des textes de ce chanteur.

A lire aussi: Pourquoi on ne peut pas interdire le concert de Médine au Bataclan

Situation différente car Dieudonné est devenu un personnage intervenant dans le débat public, il n’est plus seulement un artiste. Il fait clairement de la politique, au-delà de ses textes d’humoriste. Et il a été condamné par la justice. Ce qui n’est pas le cas de Médine il me semble. Il est donc très difficile de comparer ces deux cas.

Pour le farouche partisan de la liberté d’expression que vous êtes, la loi annoncée sur les « fake news » ne doit pas vous donner une folle envie de déboucher une bouteille de Champagne…

Aucune loi, depuis longtemps, ne m’a donné envie de déboucher une bouteille de Champagne… Là, je ne sais pas exactement ce que ça impliquera concrètement. J’ai compris que ça ne s’appliquerait qu’aux campagnes électorales, mais sans en connaître le détail. Donc je suis incapable de vous donner un avis tranché.

Que pensez-vous de la judiciarisation du débat d’idées avec la multiplication des plaintes d’associations antiracistes à l’encontre de politiques, historiens, essayistes, etc. ?

Je suis a priori partisan d’un usage modéré et circonstancié de la justice en matière d’idées et d’opinions. Aujourd’hui, celle-ci est clairement utilisée par les entrepreneurs identitaires pour peser dans le débat public. Ils utilisent le droit, les libertés publiques et tout ce que permet la loi pour essayer de faire prévaloir leurs idées et empêcher l’expression de celles qu’ils n’apprécient pas. Je pense que personne n’est dupe. Mais leurs manipulations et leurs manœuvres sont très visibles, et il me semble que l’institution judiciaire n’est pas dupe. Au fond, ce sont des ennemis de la liberté d’expression qui accusent leurs adversaires de ne pas les laisser s’exprimer, toujours suivant le même procédé : victimisation et inversion accusatoire, exactement comme pour le racisme ou « l’islamophobie ».

L'insécurité culturelle

Price: ---

0 used & new available from

La gauche zombie: Chroniques d'une malédiction politique

Price: ---

0 used & new available from

Avignon : je ne suis pas un festival Monsieur !

0
Photographie de la pièce "L’Invocation à la muse" de Caritia Abell et Vanasay Khamphommala. © Christophe Raynaud de Lage

L’édition 2018 du festival d’Avignon, qui a pris fin hier, avait pour thème principal le « genre ». En la matière, l’évènement n’a pas déçu. 


Rideau. Le festival officiel d’Avignon, événement incontournable de la scène théâtrale française, s’est terminé hier, 24 juillet. Heureusement, l’incontournable Olivier Py, son directeur depuis 2014, nous a une fois de plus offert un mémorable moment. Cette édition 2018 a montré, d’une façon particulièrement virtuose, qu’il était souvent très difficile de distinguer l’art contemporain de sa propre caricature.

D’autant plus qu’il était placé, cette année, sous le signe du « genre ». Sans en être la thématique exclusive, le programme a comporté un nombre important de spectacles liés à ce concept mettant les auteur-rice-s, metteur-se-s en scène, et acteur-rice-s dans un état de questionnement profond, lesquels transcrivent ensuite sur scène leurs émois dans une démarche « libératrice ». Problématique fondamentale pour le monde du spectacle, à commencer par Olivier Py lui-même, qui se produit depuis plus de trente ans sur scène en tant que « Miss Knife », son « double féminin ». Le thème du genre a donc été traité sous différentes facettes : travestissement et transsexualité, troubles de l’identité sexuelle, éloge de la non-binarité, mais aussi contestation de la « domination patriarcale ».

« Je vais te claquer la chatte »

Dans le spectacle Saison sèche, de Phia Ménard, l’intrigue peut se résumer en ces mots : oppression de la femme par le patriarcat, lutte et émancipation. Si on peut d’ailleurs parler d’intrigue, étant donné que l’art postmoderne, que ce soit en littérature, en peinture ou en théâtre, n’a plus besoin de « sens », d’ « histoire » ou d’ « intrigue », mais seulement d’un « narratif » (terminologie derridienne), une quelconque chose qui n’a pas besoin de vouloir dire quoi que ce soit, pour produire une œuvre. La pièce ne comporte donc pas de paroles, ou si peu : au début de la représentation, une actrice crie : « Je vais te claquer la chatte », phrase symbolisant l’objectivation des femmes par le regard des hommes. Ensuite, sept femmes se retrouvent sur la scène au plafond bas (étouffement du patriarcat), puis se déshabillent, se couvrent de peinture, sautent en poussant des cris : c’est la libération vis-à-vis du monde masculino-centré. Les hommes sont mis en scène dans une pseudo-parade militaire (violence ontologique de l’homme). Et pour conclure, les femmes nues et couvertes de peinture se baladent dans le décor qui a été explosé : les carcans ont été renversés, c’est l’avènement d’un monde nouveau.

La norme cisgenrée ne passera plus

Dans un tout autre style, Trans (més enllà) – ce qui veut dire « Trans, au-delà » en catalan -, de Didier Ruiz, est lui au contraire totalement saturé par la parole. Parole qui ne constitue cependant pas non plus une histoire, mais qui n’est que discours, ou « témoignage » (mot des plus à la mode), de sept (encore sept, peut-être que les références bibliques n’ont pas été aussi mises au ban que les artistes le voudraient) transsexuels catalans. Et pendant 1h10, le « spectacle » à la scénographie à peu près inexistante consiste en un récit par ces sept personnes de leur transformation, des relations avec leur famille, de leur perception du regard des autres… Pour finir par un discours moralisateur du metteur en scène sur l’acceptation de la différence. Cela aurait pu faire un mauvais documentaire télé ; Avignon a préféré en faire une pièce de théâtre.

Rien

On retiendra aussi le sophistiqué 4, de Matthieu Delangle, Nathalie Maufroy et Claudio Stellato, classé dans la catégorie « Indiscipline/Sujets à vif ». Sur la scène, un homme en caleçon affublé d’une tête de kangourou tape sur des clous enfoncés dans une planche. Un homme traverse ensuite le mur en carton qui se trouve derrière lui. Tous deux s’asseyent sur la planche et la scient en-dessous d’eux. Alors que pour les deux précédents spectacles, il y avait un semblant de projet (dénonciation de la tyrannie masculine, hétéro et cisnormée), ici, il n’y a rien.

« Il est également chanteuse »

Ce petit florilège se termine par l’évocation du spectacle L’Invocation à la muse, de Caritia Abell et Vanasay Khamphommala, qui nous laisse au summum de l’effarement. Il faut déjà lire la description donnée des deux « artistes » :

« Caritia Abell est une artiste queer d’origine afro-caribéenne. Guerrière intrépide, elle crée des rituels mêlant érotisme et chamanisme, où le corps devient espace de renversement et de transformation ». Son compère, lui, est « d’abord musicien », puis « se forme comme acteur et travaille comme dramaturge, interprète et performeur, en parallèle d’un parcours universitaire. Il est également chanteuse ».

Dans le spectacle conçu par ces deux extravagants, un homme arrive sur le plateau avec un sac rouge sur la tête. Puis une femme, habillée d’une robe verte flottante, (la muse) s’avance lentement vers lui. Elle le déshabille (il porte une culotte en dentelle rouge en-dessous), puis s’amuse à manier son corps de diverses façons : elle lui verse de la cire brûlante dessus, le fouette, tape ses fesses avec des livres, et enfin lui enfonce des plumes prolongées d’aiguilles dans la peau. Tout cela alors qu’il pousse des râles quelque peu équivoques, fait tinter une clochette qu’il a au bout du bras et profère des paroles qui se veulent mystiques (par exemple : « So many things distracting us from the wind…», c’est-à-dire « tellement de choses nous distraient du vent »). Finalement, la muse enlève le sac qu’il a sur la tête : il voit enfin, dénoue ses longs cheveux bruns et enfile les escarpins argentés à paillettes qu’elle lui a donnés. Puis il se met à chanter, d’une voix aiguë de contre-ténor, avec sa culotte rouge et sa clochette.

Ne soyons cependant pas injustes : des pièces d’une grande qualité, m’a rapporté un ami théâtreux, ont aussi pu être vues au festival, comme l’adaptation du Thyeste de Sophocle ou encore Mama de Ahmed El Attar. Qualité encore rehaussée par le contraste avec les étonnants spectacles qui ont peuplé le festival. Car on aurait pu en évoquer d’autres : l’Antigone d’Olivier Py avec des détenus de la prison d’Avignon, l’ahurissante La Nuit sans retour, ou encore les innombrables films sur les « troubles dans le genre ».

« L’écrasement des femmes par les hommes est le premier crime contre la pensée humaine »

Enfin, le festival d’Avignon n’aurait pas été le festival d’Avignon si la politique n’avait pas été (encore) plus présente. L’artiste, lumière morale de l’humanité, a en effet conscience de sa mission d’éducation et de critique de la société contemporaine. C’est ainsi qu’une dénommée Carole Thibault, directrice du Centre dramatique national de Montluçon, a fait un geste fort pour faire progresser la condition des femmes, la cause qui lui tient à cœur. S’inscrivant dans la glorieuse lignée des artistes refusant le carcan de la reconnaissance officielle, tel Sartre dédaignant le prix Nobel de littérature en 1964, elle a choisi de refuser un prix qui lui était attribué : un Molière (en fait un faux Molière, dans le cadre d’une mise en scène orchestrée par l’équipe du festival). Ce refus a pris la forme d’un discours enflammé, plein de trémolos dans la voix, commençant par égrener des chiffres (entre autres, « la programmation du festival IN [ndlr : le festival officiel], hors jeune public, présente 9% d’autrices femmes pour 91% d’auteurs hommes ») et continuant par des paroles fortes : « La sexuation est un déterminisme physiologique totalement arbitraire, qui selon que tu reçois un vagin ou une bite à la naissance, te prédétermine comme sujet dominant ou dominé » ! Et après cette puissante dénonciation de la sexuation, on a aussi appris que « l’écrasement des femmes par les hommes est le premier crime contre la pensée humaine. Il produit des millions de meurtres chaque année ».

Si théâtre et politique ont toujours entretenu des liens ambigus, ici, toute nuance a disparu dans le grand marasme des fétiches idéologiques des milieux « culturels ».

Dans un reportage sur Olivier Py, paru le 6 juillet dernier, M le Magazine du Monde le décrit en ces termes : « Le rebelle institutionnel », « transgressif et officiel ». Voilà qui définit tout aussi bien le festival d’Avignon, emprisonné dans les errements de l’art contemporain : la subversion pour toute norme, la déconstruction pour tout projet.

PS : Si vous voulez savoir combien a coûté ce moment de transfiguration artistique, Olivier Py l’a annoncé lui-même en toute transparence: 13 millions d’euros, dont 7,2 millions sortis de la poche du contribuable.

Chers députés, certaines associations religieuses sont bel et bien des lobbies

0
Eric Ciotti et des députés des Républicains à l'Assemblée, janvier 2018. SIPA. 00840016_000038

Si l’on en croit nos confrères de Marianne, bon nombre de députés catholiques ont joué un rôle non négligeable pour retirer les associations cultuelles de la liste des lobbies. C’est une bien étrange manière d’être fidèles à celui qui a dit « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », mais c’est surtout une grave faute morale et politique.

Naturellement, les élus ont, comme tout un chacun, le droit de garder pour eux leurs convictions religieuses et/ou leur cheminement spirituel. Toute obsession de la transparence dans ce domaine deviendrait rapidement, j’en ai peur, dangereusement liberticide. De même, il est normal que les religions cherchent à convaincre de la justesse de leurs idées, nombre d’associations laïques, à commencer par les partis politiques, font de même sans que nul n’y trouve à redire.

Au mépris du danger…

Ceci étant, il serait absurde de prétendre ignorer qu’aujourd’hui l’islam politique est l’une des principales menaces idéologiques qui pèsent sur notre civilisation, si ce n’est la principale. Ses adeptes, des Frères musulmans aux divers réseaux salafistes, sont passés maîtres dans l’art de l’entrisme politique et, justement, du lobbying. Ils ne sont pas les seuls : certains groupes chrétiens évangéliques, évidemment moins dangereux et heureusement peu présents sur notre sol, sont néanmoins très actifs aux États-Unis où ils font des ravages, s’opposant par exemple à l’enseignement de la théorie de l’évolution – enseignement d’ailleurs fort discret dans la Turquie d’Erdogan comme en Arabie saoudite…

Au vu d’un tel contexte, il devient légitime et même nécessaire que les électeurs s’interrogent sur les réseaux religieux liés à tel ou tel candidat, et plus encore sur les projets politiques justifiés par des arguments religieux que portent ces réseaux. Ou, si l’on préfère, sur la vision politique qui découle de leur vision du monde, laquelle est inévitablement liée à leurs croyances religieuses. Dans un monde idéal, les candidats et les élus exposeraient en toute franchise leur vision du monde, de l’homme et de la société – libre à eux de révéler ou non quelles sont les convictions spirituelles, s’il y en a, qui les inspirent. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal, et nous ne savons que trop qu’entre les discours et les actes il y a parfois de douloureux écarts – l’affaire Benalla est là pour nous le rappeler une fois de plus.

Pas d’amalgame entre « les religions »

Bien entendu, une religion n’est pas un lobby comme les autres, et il ne saurait être satisfaisant de les mettre sur le même plan que les assurances, les transporteurs routiers, les laboratoires pharmaceutiques ou les grands groupes pétroliers. Mais il est encore moins satisfaisant et beaucoup plus dangereux de considérer « les religions » comme un tout homogène, en particulier dans leur rapport à la République et à l’intérêt général.

Qu’est-ce qu’une religion ? La réponse (philosophique, anthropologique, historique, théologique même) est moins évidente qu’il n’y paraît, les désaccords à ce sujet sont nombreux et leurs conséquences juridiques non négligeables.

Faut-il la croyance en un ou plusieurs dieux pour qu’il y ait religion ? Si oui, pourquoi donner moins de droits aux spiritualités athées (ou agnostiques) qu’aux spiritualités déistes ? Mais si la spiritualité suffit à faire une religion, comment distinguer les véritables spiritualités des simples théories de développement personnel qui souvent empruntent leur vocabulaire ? Faut-il un certain nombre de croyants pour qu’une religion soit reconnue comme telle par l’État ? Faut-il pouvoir se revendiquer d’une certaine ancienneté, d’une longue tradition ? Mais dans ce cas, comment distinguer une religion d’une « secte qui a réussi », pour reprendre la formule de Jean-François Kahn ?

Certains cultes sont républicains…

Plus important encore, selon moi, est la question du rapport « des religions » avec les règles non négociables de la République. En effet, cette dernière repose sur une certaine vision de l’Homme, une certaine foi en l’Homme et en sa capacité d’accéder par lui-même (avec l’aide et l’inspiration des dieux peut-être, mais in fine par sa propre utilisation de la raison, du logos) à une part suffisante de vérité et de sagesse pour prendre en main l’organisation de la cité. Les principales racines de notre civilisation partagent cette vision, à commencer évidemment par les écoles philosophiques et les courants religieux de l’antiquité gréco-latine, mais aussi le paganisme celte (de ses descriptions par Posidonios d’Apamée aux textes médiévaux irlandais), la religion scandinave et la coutume de l’assemblée du thing, ou la longue tradition de commentaires du Talmud. Mais tout n’est pas et n’a pas toujours été si simple !

L’Église catholique, par exemple, malgré ses défauts et ses dérives, soutient aujourd’hui la République (elle n’en critique pas le principe, seulement certaines décisions) et les droits de l’homme (même son opposition à l’avortement ne s’appuie pas sur une remise en cause du droit des femmes à disposer de leur corps, mais de leur « droit à disposer du corps d’autrui », puisqu’elle considère le fœtus comme étant déjà un enfant). Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Sans remonter à l’édit de Théodose ni à l’Inquisition, on se souvient du Syllabus de Pie IX, qui certes rappelait quelques points de bon sens trop souvent oubliés, comme « la modernité ou la nouveauté ne sont pas des critères de vérité », mais rangeait la séparation de l’Église et de l’État au nombre des « principales erreurs de notre temps »

…d’autres non

Et s’il existe des musulmans à la fois sincèrement musulmans et profondément républicains, la quasi-totalité des courants de l’islam considèrent que l’Homme est incapable de décider par lui-même et condamnent le principe même de la démarche philosophique et du débat démocratique. Rappelons que la CEDH, dans un arrêt du 31 juillet 2001 confirmé le 13 février 2003, a clairement et très justement affirmé que la charia est incompatible avec les droits de l’homme.

Certains voudraient nous faire croire à une opposition entre « les laïcards » et « les croyants », et rêvent d’un front uni des religions contre le « laïcisme », et à terme évidemment contre la laïcité. D’un tel projet, seul l’islam politique sortirait gagnant. Pourtant, naïveté ou complaisance, des croyants d’autres religions s’y laissent prendre, oubliant que partout où cet islam détient le pouvoir les droits de leurs coreligionnaires sont bafoués.

D’autres, ne l’oublions pas, font l’erreur d’opposer la laïcité et la République « aux religions », courant ainsi le risque d’établir des règles qui pénaliseront les cultes qui les respecteront, donc les cultes républicains, et laisseront le champ libre aux cultes qui refuseront de s’y plier et se feront une gloire de cette « résistance », donc ceux-là même qu’il faudrait combattre ! Sans oublier le fait de favoriser une méconnaissance culturelle et un vide spirituel qui ne pourront que profiter aux croyances les plus simplistes et les plus activement prosélytes…

Abdennour Bidar n’est pas Tariq Ramadan

La véritable opposition, aujourd’hui, est entre les défenseurs de la liberté de pensée et de conscience, et les partisans d’une doctrine totalitaire et de l’assignation des individus à des identités collectives. Peu importe que les humanistes soient athées, agnostiques, ou croient que tout homme est un bouddha qui s’ignore, que tous les hommes sont frères dans le Christ ou que « ce mendiant, comme toi, est fils de Zeus ». Et peu importe également que les ennemis de ces libertés adhèrent à un totalitarisme religieux comme l’islam politique, matérialiste comme certaines idéologies d’extrême gauche, ou à l’un des multiples courants racialistes/racistes.

Que les religions sincèrement humanistes ne soient pas considérées comme des lobbies, très bien ! Mais pourquoi donner les mêmes droits aux autres ? Et au sein de chaque religion, pourquoi s’obstiner à donner la même place et les mêmes droits aux courants humanistes et républicains, et aux autres ?

« Padamalgam » nous répète la gauche à longueur de temps. Chiche ! Pas d’amalgame entre l’Église catholique ou le Consistoire israélite et les Frères musulmans ! Pas d’amalgame entre Abdennour Bidar et Tariq Ramadan, entre Hocine Drouiche et Mohamed Tataï, entre Leïla Babès et Houria Bouteldja ! Et, rappelons-le à certains au passage, pas d’amalgame entre Haïm Korsia ou Delphine Horvilleur et Benyamin Netanyahou…

L’autorité politique a le devoir de faire soigneusement ces distinctions, mais elle n’est pas la seule. C’est également de la responsabilité des responsables religieux, et plus généralement des croyants quels qu’ils soient.

Une faute politique

La recherche du dialogue inter-religieux ne doit pas servir de paravent à une naïveté qui, à terme, ne sert que les extrémistes de tous bords. Quand le président reçoit à l’Élysée, en même temps et à la même table, des cultes républicains et le représentant de l’ex-UOIF (qui s’était explicitement opposée à la liberté de conscience lors de la création du Conseil français du culte musulman – CFCM), c’est pire qu’une erreur, c’est une faute. Faute de la part du pouvoir politique, mais aussi faute de la part de tous ces responsables religieux qui, sans broncher, acceptent parmi eux des ennemis déclarés des droits de l’homme, et leur servent ainsi à se dissimuler pour mieux s’approcher du pouvoir.

Il en est de même avec la récente décision de l’Assemblée. Considérer « les religions » comme des lobbies n’était évidemment pas une solution idéale. Pourtant, en l’absence de proposition concrète applicable plus nuancée, ce qui serait la meilleure option, elle était nettement préférable à la situation présente. Plus que quiconque, les députés croyants – de quelque religion que ce soit – auraient dû le savoir, et agir en conséquence. Soit pour préserver l’état antérieur du droit, soit pour porter clairement un projet permettant de distinguer entre les cultes républicains et les autres.

Anne Zelensky : #metoo, un bilan globalement positif

0
La militante féministe Anne Zelensky, confondatrice en 1966 du groupe Féminin Masculin Avenir (FMA), ancêtre du Mouvement de Libération des Femmes (MLF). ©Hannah Assouline

A 82 ans, la féministe historique Anne Zelensky reconnaît dans #metoo, malgré tous ses excès, le prolongement de la révolution sexuelle. Mais la révolution culturelle qu’elle appelle de ses voeux ne se fera pas sans les hommes.


Causeur. Six mois après la déferlante #metoo qui a suivi l’affaire Weinstein, quel bilan en tirez-vous ?  

Anne Zelensky : Positif, indéniablement. Même avec ses excès et ses dérives, #metoo nous remet dans le droit fil de notre mouvement des années 1970, dont le noyau dur a été l’interpellation des violences faites aux femmes, signe de la domination masculine, qui est désormais un fait reconnu. À ce propos, je voudrais dégager le féminisme du brouillage fantasmatique. Pour une réflexion sereine sur cette question, il faut laisser à la porte fantasmes, projections, a priori. Rien n’est plus malaisé…

On dirait que, pour vous, les dérives sont négligeables. Or, #metoo est très marqué par son antijuridisme. Il y a eu un grand déballage sur les réseaux sociaux, à une époque où la moindre accusation de harcèlement peut détruire une vie.

Combien de vies de femmes ont été détruites au cours des siècles ! Mais on préfère pointer les « excès » du féminisme, plutôt que les outrances du machisme. Quand une femme la ramène, elle sort de son pré carré de douceur et de soumission, quelle inconvenance ! Ceci dit, l’espèce humaine ne fait pas dans la nuance. Cela va toujours trop loin à gauche et à droite avant de revenir au milieu. Ainsi la « libération sexuelle » a été complètement dévoyée de son sens, quand la pornographie fait office de vade-mecum sexuel à fonction éducative. Nous voulions disposer de notre corps, pas le mettre à disposition. Rien à voir avec ces carpettes enfilables et sodomisables à volonté qu’on nous donne à voir !

 A lire aussi : #Metoo, la révolution antisexuelle

Ne vous sentez-vous pas davantage trahie par les féministes en croisade que par le porno ?

Les deux mon commandant ! Les féministes dont vous parlez ont repris certains thèmes des années 1970, sans l’esprit et l’humour qui les caractérisaient. Elles ont renoncé à la belle autonomie qui était notre marque de fabrique. Ni Dieu, ni maître PS, ni obsession antiraciste, ni manie intersectionnelle, mais contestation joyeuse et inventive de nos us et coutumes, tel était notre propos. Cette « deuxième vague du féminisme » s’est centrée sur la liberté de disposer de son ventre et de soi. La première, au croisement des xixe et xxe siècles, visait avant tout l’égalité – vote, scolarisation des femmes, droit au travail. Il était logique de commencer par là. Mais dans les années 1960, les femmes ont compris que l’égalité sans la liberté de choisir ses maternités, ça ne marchait pas. Et cette deuxième vague s’est donné les moyens d’exercer l’égalité en prenant la liberté d’avoir des enfants ou pas. N’oublions pas le « ou pas ».

Reste que les mêmes mots d’ordre réapparaissent alors que le monde a complètement changé. Même si elle n’est pas respectée partout, l’égalité homme/femme est désormais la norme…

Oui, en théorie ! Je ne vais pas rabâcher les chiffres sur l’inégalité des salaires, la prise en charge unilatérale du domestique, les discriminations à l’embauche des femmes… Le catalogue minutieux des inégalités femmes/hommes a encore été dressé le 8 mars dernier. Gardons-nous de l’illusion que tout est acquis. Une affaire qui dure depuis des millénaires ne va pas se liquider en quelques décennies. Même si, je vous l’accorde, on a plus avancé en cinquante ans qu’en deux mille ans, grâce, entre autres, à nos agitations féministes !

On nous explique pourtant que toutes les femmes sont en danger. Comme le dit Alain Finkielkraut, une partie des féministes sont des mauvaises gagnantes.

Pour ma part, je suis une bonne gagnante. Quant à la liberté de circuler habillée comme on veut et quand on veut, ça dépend des quartiers, et ça dépend pour qui.

D’accord, mais on nous parle de « culture du viol » comme si le monde de #metoo, de l’affaire Weinstein, de #balancetonporc était le même que celui des années 1960 !

Il faut croire que le monde n’a pas tellement changé, puisque des Weinstein pratiquent toujours le droit de cuissage massif ! Ce avec la complicité forcée des victimes qui n’osaient pas l’ouvrir par peur et honte. Saluons l’effet désinhibiteur du « nous » des femmes qui libère le cri de révolte étouffé. La sororité, ça commence à exister et ça paye.

Pardon, mais le parti des femmes, non merci ! Je me sens plus proche de beaucoup d’hommes que de la dirigeante de l’UNEF qui milite voilée (ce qui est évidemment son droit). Quarante-cinq ans après le MLF, le « féminisme musulman » vous effraie-t-il ?

Le voile est une impasse et un dévoiement du féminisme. Féminisme et musulman ne vont pas vraiment ensemble. Les religions monothéistes ont mis les femmes sous tutelle. Le féminisme est une démarche de libération et d’autonomie qui prétend sortir l’individu de la soumission quelle qu’elle soit. Depuis l’affaire du collège de Creil en 1989, j’alerte sur les débordements de l’islam politique, dont le voile comme cheval de Troie pour s’introduire dans la cité démocratique. Je n’ai cessé depuis de pointer les dangers de l’islamisation de notre pays. Cela m’a coûté cher. Mes faux amis de gauche m’ont convoquée devant leur tribunal de la pensée correcte, et j’ai été excommuniée littéralement. Les anathèmes usuels ont fusé : raciste, extrême droite… Mais le pire a été le rejet de mes copines « féministes », enlisées dans le réflexe antiraciste, qui n’ont pas supporté en fait que je dise tout haut ce qu’elles n’osaient même pas penser tout bas. L’antiracisme hystérique est l’arbre qui cache la forêt des autres discriminations. Il est devenu le totem de toute une non-pensée de gauche. Les néoféministes sont incapables de se dégager des dogmes en cours et ne peuvent donc produire une pensée originale.

Surtout, le surmoi de gauche des néoféministes leur font souvent préférer l’immigrée à la femme occidentale. Mais le sectarisme idéologique des années 1970 n’a-t-il pas fait le lit de cet aveuglement ?

Tout mouvement est forcément sectaire, surtout quand il démarre. Pour exister, il ne peut pas faire dans la dentelle. Mais nous n’avons pas su analyser nos erreurs, ni nous interroger sur ce que la société pensait de nos propositions. Cela nous aurait permis d’ajuster le tir, de revoir nos cibles et sans doute d’établir les bases d’un mouvement durable.

Vous critiquez l’obsession de l’égalité, mais le féminisme a-t-il un autre horizon ?

Aux néoféministes qui revendiquent seulement l’égalité, je demande : « Avec qui et pour quoi faire ? » Pour faire des femmes des hommes comme les autres ? L’égalité n’est qu’une étape, pas une fin en soi. Il s’agit, à long terme, de transformer l’ordre des choses, et surtout la relation humaine, faite d’incompréhension et de fureur.

En attendant, les néoféministes détestent la différence des sexes et semblent précisément vouloir faire des hommes des femmes comme les autres.

Non, il s’agit plutôt de faire émerger le féminin chez les hommes et le masculin chez les femmes. Nous souffrons tous d’être enfermés dans des corsets sexuels. De l’air ! Le féminisme n’aligne personne sur personne, il refuse que chacun soit condamné à être une caricature de mec ou de fille. En 1988, nous avons ouvert avec des hommes le premier centre d’accueil pour les hommes qui battent leurs femmes. Dix ans plus tôt, j’avais contribué à ouvrir le premier centre d’accueil des femmes battues en France et je voulais me tourner vers les hommes violents, pour avoir une vue panoramique de la violence conjugale. Tout cela se joue à deux.

A lire aussi: Être un homme, mesdames, c’est pas si facile

Aujourd’hui, le féminisme semble avoir muté vers une sorte de puritanisme qui criminalise le désir masculin.

Hormis jeune et jolie, point de salut érectile ! Interrogez-vous sur les ressorts de ce désir. Passons-le à la moulinette ! Pourquoi lui faut-il des exhausteurs comme le porte-jarretelles ou le bas résille ? Le désir masculin ne s’ébranle que dans un cadre strict. Certains hommes reconnaissent leur difficulté à désirer une femme qu’ils admirent ou respectent. C’est le syndrome maman ou putain. Difficile en effet, de coucher avec la personne qui vous a mis au monde et qu’on vous a interdit de désirer.

Justement, dès les années 1970, on pouvait vous soupçonner de vouloir imposer une norme au désir, masculin en particulier.

Heureusement, les choses ne sont pas aussi crispées et normées en pratique qu’en théorie. Mais vous avez raison, si le féminisme est mal perçu, c’est parce qu’il a touché à des choses aussi fondamentales que le désir.

Au point que certaines néoféministes, drapées dans la théorie du genre, évacuent totalement la biologie, et la spécificité des désirs masculin et féminin.

Ce n’est pas moi qui défendrais ce genre de construction ! J’admets évidemment la part de l’inné, liée aux règles et à la grossesse. Mon gynécologue avait causé un grand scandale en constatant que les crimes commis par les femmes se situaient plutôt aux alentours de leurs règles. Moi, j’étais intéressée par ces remarques. J’ai participé à des émissions de télé avec lui au grand dam de certaines féministes dogmatiques et arcboutées sur l’idée que la biologie n’existe pas…

Les mêmes gardiennes du dogme ont jeté l’anathème sur les signataires du manifeste signé par Catherine Deneuve, Catherine Millet, Peggy Sastre pour défendre la liberté d’importuner. Pourquoi ne l’avez-vous pas signé ?

Ça me paraissait hors de propos au moment où enfin, un grand nombre de femmes réclamaient le droit à ne plus être importunées. Doux euphémisme ! Sans vouloir disqualifier personne, je dirais que cette initiative a été lancée par des femmes d’un certain âge, élevées dans un monde où la drague n’avait pas du tout la vulgarité et l’agressivité d’aujourd’hui. On pouvait alors se sentir flattée par le regard masculin…

Mais ça s’adressait quand même à votre cul, du moins, à une sorte d’éternel féminin ! L’amour courtois fige élégamment les rôles…  

Je n’entends pas nier l’attirance des sexes, mais seulement la sortir de l’ornière de vulgarité dans laquelle elle est tombée. Alors peut-être verra-t-on naître un autre type de désir. Mais je sais bien, que pour le moment, l’égalité et le désir ne font pas bon ménage.

La preuve, on connaît tous des hommes qui se font pourrir la vie par des harpies.

Sans doute. Et ce sont souvent les plus gentils. Les braves garçons n’ont pas la cote.

Peggy Sastre en donne une explication biologique : nos vieux instincts de survie en milieu hostile poussent les femmes à aller chercher le meilleur reproducteur possible. Ceci favorise les chasseurs d’aurochs qui feront des enfants capables de résister à la sélection darwinienne. Aujourd’hui, il n’y a plus d’aurochs…

Et ça débande sec, si j’en crois mes petites copines ! Les hommes ont peur de ne pas être à la hauteur d’une masculinité fantasmée. Être un homme, c’est aussi une souffrance. On ne peut pas s’autoriser trop de sensibilité, il faut se conformer à un rôle castrateur.

D’après Marcel Gauchet, une révolution silencieuse se déroule dans les salles de classe : les filles représentent systématiquement la meilleure moitié de la classe. Qu’en dites-vous ?

Les garçons sont en effet en mauvaise posture à l’école. De manière générale, le « sexe fort » n’est pas celui qu’on croit. Rappelons que les petits mâles meurent beaucoup plus à la naissance que les petites femelles et que celles-ci vivent plus longtemps. C’est un fait biologique. Il y a une fragilité masculine et il est heureux qu’on s’en aperçoive. C’est pourquoi la libération des femmes concerne aussi et surtout les hommes. Ce sont eux qui ont un problème millénaire avec les femmes, qu’ils ont opprimées.

Avec la libération sexuelle, vous avez accompagné, sinon provoqué, une autre mutation : l’arrachement de la sexualité à la reproduction. Aujourd’hui, la science va plus loin et arrache la reproduction à la sexualité avec la PMA et la GPA. Cela vous gêne-t-il ?

Je suis tout à fait opposée à la GPA qui est une manipulation du corps des femmes. C’est un retour en arrière qui assouvit le vieux fantasme de se passer des femmes. Des enfants sans ventre, on y arrive !

Avec la PMA, les femmes se passent aussi très volontiers des hommes…

Il y a une tentative d’éliminer l’autre sexe, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Où est le droit de l’enfant là-dedans ? Tout le monde s’interroge furieusement : « Qui est mon papa ? Qui est ma maman ? » Vous croyez que c’est confortable d’avoir un papa-éprouvette, une maman-utérus artificiel ? Il y a trouble dans la descendance, trouble dans la parentalité. Moi, j’ai un père et une mère et je me suis forgée en m’opposant à mon père. Si la libération consiste à éliminer l’autre, non merci !

Finalement, vous ne vous reconnaissez aucune héritière.

Si. Quelques femmes qui osent relever la tête là où elles sont. Par exemple l’humoriste Blanche Gardin. Cette fille a tout compris. Son humour noir est un moyen iconoclaste de toucher les gens. D’habitude, les femmes n’utilisent pas le cynisme et l’humour noir, mais Blanche ose. Son sketch sur la sodomie est génial. Elle montre que c’est devenu une obligation, si bien que vous ne pouvez plus aller dans un lit avec un mec, surtout chez les jeunes (porno oblige !) sans sodomie et éjaculation faciale ! Elle consent dans le sketch à se laisser sodomiser, alors que ça lui fait très mal et qu’elle déteste. Elle montre très bien la difficulté des femmes à dire non. Bref, contrairement à ce que vous dites, on en est aux balbutiements du féminisme, ou si vous préférez, aux prémices d’une libération des femmes et des hommes.

Histoire de vivre: Mémoires d'une féministe

Price: ---

0 used & new available from

Moi savoir parler les Bleus

0
Antoine Griezmann et Kylian Mbappé peu après la victoire de l'équipe de France contre l'Argentine (4-3) en Coupe du Monde, juin 2018. ©Youtube

Les joueurs de l’équipe de France championne du monde pourront-ils devenir consultants après leur carrière ? C’est moins sûr qu’une frappe de Benjamin Pavard…


« A l’Atlético, on est une équipe réputée de courir » (Antoine Griezmann sur TF1 dans « Les Bleus 2018 : au cœur de l’épopée russe »).

Jean-Michel Larqué aurait sans doute dit « une équipe réputée pour sa vélocité » ; et Franck Leboeuf, « une équipe qui a la réputation de courir vite ». Question de génération.

On se demande souvent si notre équipe de France est à l’image de notre pays. Je n’en sais rien. Il me semble toutefois certain que pour le comportement racaille, la génération Ribéry nous a fait toucher le fond et que nous en sommes revenus. Mais à chaque Coupe du Monde, j’aurai une pensée pour Yoann Gourcuff, notre babtou national dont le rêve aura tourné au cauchemar par la faute d’une bande de voyous, sans qu’on lui offre une seconde chance (contrairement à Patrice Evra, pourtant plus âgé).

Centre de Bac S et but de BEP vente

En tout cas, notre équipe semble malheureusement toujours être à l’image des compétences lexicales de sa génération. Et cela n’a rien à voir avec le niveau d’études. Il est hautement probable que le nombre de diplômés soit supérieur dans l’équipe actuelle à ce qu’il était il y a quarante ou cinquante ans. Aimé Jacquet, milieu de terrain de l’équipe de France 1968 a péniblement décroché son certificat d’études avant de passer un CAP de métallurgie qu’il obtiendra au bout de deux tentatives. Attaquant dans l’équipe de France 1978, Dominique Rocheteau a raconté avoir raté son baccalauréat à cause d’une note catastrophique en mathématiques. Pour ne prendre que deux exemples.

A lire aussi: Après les Bleus, le réconfort

Sans parler du fait que le certif’ de Jacquet n’a sans doute rien à envier au bac d’Mbappé, il faut rappeler que les sections sports-études n’existaient pas avant la fin des années soixante. Combiner la scolarité avec les exigences de la formation sportive était quasi impossible. Les jeunes sportifs professionnels d’aujourd’hui ont bénéficié de conditions bien plus favorables, grâce aux sections sportives scolaires (depuis les années 90) et aux centres de formation. Pour la finale de cette Coupe du Monde nous avions ainsi le luxe de trouver sur le terrain un Bac S dans les buts, un bac ES (avec mention) en milieu de terrain, non loin d’un BEP vente, et un autre bac ES en attaque, côtoyant un bac STMG (sciences et techniques du management et de la gestion). J’en oublie sûrement.

Pas tout à fait Thierry

Devant les caméras, en conférence de presse, ils ne parlent pas trop mal. Ils s’expriment aussi bien que leurs prédécesseurs. Seulement, ce que les anciens disaient spontanément, les nouveaux ont apparemment besoin qu’on le leur souffle. François Manardo, ancien chef de presse de l’équipe de France expliquait récemment sur le plateau de BFMTV que les grandes équipes employaient à présent des conseillers en communication chargés de préparer les joueurs à ces prises de parole. Un coaching langagier pour ainsi dire. Entendant cela, l’ancien prof d’EPS béarnais plus connu comme triple champion de France en tant que milieu de terrain des Verts et ancien comparse de Thierry Rolland (note à l’attention des lectrices célibataires : cette longue périphrase désigne Jean-Michel Larqué) a manifesté une surprise qui témoigne combien cette pratique récente eût semblé totalement aberrante aux joueurs de sa génération.

On dira, et c’est absolument exact, que les footballeurs ne sont pas payés pour parler mais pour taper dans un ballon. A chacun son métier. Toutefois, quand ils savent causer, ces messieurs peuvent espérer, une fois à la retraite, être payés pour parler. Cela ne signifie pas que ceux qui en font profession, en tant que « consultants », s’expriment comme des livres ; du moins sont-ils capables, pour la plupart, de tourner en termes corrects des idées simples. Et ce, dans un micro, ce qui est toujours plus difficile que de s’exprimer en contexte « naturel ». Pour ceux qui ont suivi les après-matchs sur BFM TV, il sautait aux yeux que William Gallas était bien moins à son aise dans l’exercice qu’Emmanuel Petit, entre autres.

Le patron, c’est Pogba

Le documentaire de TF1 « Les bleus 2018 : au cœur de l’épopée russe » a permis de constater deux choses qui ne sont contradictoires qu’en apparence :

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<


Champions, les Bleus sur le Toit du Monde

Price: ---

0 used & new available from

Vous voyez bien que Macron n’a rien à voir là-dedans

0
Emmanuel Macron et Alexandre Benalla (à sa gauche) lors du Salon de l'agriculture, février 2018. SIPA. AP22170687_000013

A en croire les proches du président, Emmanuel Macron n’aurait absolument aucun lien avec l’affaire Alexandre Benalla. On a dû mal comprendre…


Il n’y a pas d’affaire d’Etat et ceux qui disent le contraire sont des méchants qui veulent rien que nous embêter. Les communicants ou les stratèges qui ont pondu les éléments de langage de la contre-offensive nous prennent vraiment pour des buses. La piétaille macroniste envoyée au front avec de si ridicules munitions fait peine à voir. Au fil des auditions et des révélations, se dessine le portrait d’un favori du prince qui se croyait tout permis – non sans raison, dès lors que la dilection présidentielle lui valait une sorte d’impunité. Tous les protagonistes entendus aujourd’hui par les commissions d’enquête des deux chambres ont confirmé que l’affaire avait été traitée par l’Elysée dès le 2 ou 3 mai, soit 48 heures au plus tard après le tabassage des manifestants par le faux-flic. Et les députés LREM continuent à ânonner que le président n’est pas concerné. La bonne blague.

Ne faisons pas les âmes sensibles. Qu’un agent de sécurité tabasse deux manifestants est certes déplorable, mais le scandale est ailleurs. La promotion fulgurante de ce drôle de zigue (promu à un grade de lieutenant-colonel de réserve qui n’est pas rien me dit un ami policier) est en effet une affaire d’Etat stricto sensu : le président entendait lui confier le cœur de ce régalien dont il est supposé faire si grand cas. Alexandre Benalla était sur le point d’obtenir les clés de la sécurité de l’Elysée ou il était fort bien placé pour y parvenir. S’il chute aujourd’hui c’est que certains ont voulu s’opposer à cette promotion délirante. Et ils ont eu bien raison.

Alexandre le bienheureux

Emmanuel Macron a fait savoir – par la rumeur de la Cour – qu’il trouvait aujourd’hui pendables les agissements de son ex-chef de la sécurité. Celui-ci a d’ailleurs eu droit, il y a quelques jours, à un licenciement immédiat rétroactif. Seulement, il y a trois mois, le même Macron semblait trouver les mêmes faits beaucoup moins graves. On sait en effet que, le 2 ou 3 mai, alors qu’il se trouvait en Australie, le président a été informé que son protégé avait dérapé (pour ne pas dire merdé grave). Il a, nous dit-on, demandé une sanction. On n’a pas la preuve qu’il se soit enquis de la suite donnée à cette instruction, mais on imagine mal Jupiter ne vérifiant pas s’il a été obéi.

La suspension de quinze jours n’a probablement pas été appliquée et le président aurait dû se rendre compte que Benalla était toujours dans le paysage mais passons. Ce qui est certain, c’est que l’agression de la place de la Contrescarpe n’a pas empêché le président de renouveler sa confiance à son Rambo d’opérette. Malgré cet incident dont tous les cabinets concernés avaient connaissance, Benalla était, juste avant que le scandale éclate, promis à une haute destinée – dont il avait déjà les attributs statutaires et matériels. Le 9 juillet, trois mois après avoir été sanctionné, il obtenait, pour sa société privée, l’agrément « sécurité » qui permet de travailler pour l’Etat, sans oublier son accréditation défense, le brassard « police » et la radio. Quant aux petits profits, on craint qu’il n’ait pas eu le temps de défaire ses cartons dans l’appartement du quai Branly qu’il devait occuper après quelques travaux. On imagine les glapissements outragés de Bruno Roger-Petit si une telle affaire était arrivée sous Sarkozy.

Chouchou le kakou

Alexandre Benalla n’était pas un obscur conseiller mais un homme de confiance du président. Il est d’ailleurs curieux de s’enticher d’un homme qui, alors qu’il était chauffeur pour Arnaud Montebourg, a voulu s’enfuir après avoir provoqué un accident, mais il doit avoir d’autres qualités. En tout cas, après la campagne, Macron a emmené Benalla à l’Elysée. Et celui-ci, fort de son statut de chouchou, s’est mis à faire le kakou en de nombreuses circonstances au point de vouloir jouer au policier.

À partir de là, on en est réduit à formuler des hypothèses. En voilà une, nourrie de quelques discussions amicales, qui permet de donner une logique à cette rocambolesque histoire. L’Elysée a fait savoir que la réorganisation de la sécurité présidentielle, annoncée aux personnels par courrier début juillet, serait menée à son terme. Il s’agit de placer le GSPR (unité chargée de la sécurité du palais présidentiel, qui dépend hiérarchiquement de l’Intérieur), sous la tutelle unique de la présidence, bref de créer une force de sécurité qui échappe aux circuits traditionnels de commandement de la police et de la gendarmerie – et qui soit en fait à la seule main du président. Celui-ci semble trouver fastidieux d’avoir à discuter avec des administrations très « vieux monde », pas assez startupisées. Gilles Casanova parle, assez justement, d’un secret service à l’américaine, qui ferait d’ailleurs, comme aux Etats-Unis, appel à de nombreux sous-traitants privés. Il semble qu’une telle perspective, assez peu conforme aux usages républicains, déplaise à pas mal de policiers et de gendarmes. De là à imaginer que certains, pressentant que la promotion de Benalla était imminente, aient jugé opportun de faire circuler la vidéo du 1er mai et d’aider la presse à faire son travail en lui fournissant son butin quotidien de révélations, il y a un pas que chacun franchira.

Le nouveau monde d’hier

On l’a beaucoup dit, l’une des grandes qualités d’Emmanuel Macron était d’avoir de la chance. Elle est peut-être en train de tourner. Certes il est trop tôt pour évaluer les conséquences politiques de la tourmente. Mais, alors que même « les parrains » – Attali, Minc, Pinaud – grondent contre la politique anti-sociale, on subodore que le président n’a pas tant de grognards prêts à se sacrifier pour lui. En attendant, la bonne nouvelle, c’est que la macronie va devoir arrêter de donner des leçons de modernité sur le mode « avant nous c’étaient les ténèbres ». Parce que le nouveau monde ressemble furieusement à l’ancien.

Les Rien-pensants

Price: ---

0 used & new available from

« La principale menace, ce sont les dérives identitaires. Pas l’identité. »

0
Laurent Bouvet, août 2012. ©JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Universitaire et républicain de gauche membre du Parti socialiste jusqu’en 2007, Laurent Bouvet a créé en 2016 le Printemps républicain, un mouvement en pointe dans la défense de la laïcité et le combat contre l’islamisme et l’antisémitisme. Entretien (2/3). 


A lire aussi: Laurent Bouvet: « Si la gauche, c’est ça, alors il n’y a plus de gauche »

Franck Crudo. En plus d’être contestable, le discours victimaire et repentant n’est-il pas déresponsabilisant et contre-productif ? A force de pointer les discriminations ou les prétendues fautes de notre République, n’enferme-t-on pas des millions de gens dans la rancœur, voire la haine à notre égard ? La France est pourtant l’un des pays les plus généreux au monde à l’égard de tous ses citoyens, y compris ceux issus de l’immigration…

Laurent Bouvet. Oui, tout à fait. J’irais même plus loin en disant que les entrepreneurs identitaires, ceux qui vivent de l’agitation des haines et des rancœurs, entretiennent ce discours victimaire à dessein. Leur existence est liée à cette destruction du commun, à la réduction des uns et des autres à tel ou tel critère de leur identité.

Surtout, ce discours victimaire, de renvoi de chacun à une identité qui enferme plutôt qu’elle émancipe, peut conduire au refus de l’intégration, au rejet du commun. Ce qui débouche sur une forme de séparatisme, voire d’hostilité à la France. On trouve cela notamment dans les phénomènes de radicalisation pour des raisons religieuses, comme on l’a vu dans le discours de djihadistes ou de terroristes ces dernières années.

André Comte-Sponville estime que « le politiquement correct, qui dénie les problèmes, fait le jeu du populisme, qui les hystérise ». Ce déni est-il la première explication des succès de Trump et Salvini, du Brexit ou encore de la montée quasi continue du FN (aujourd’hui RN) ? Sacrifier la vérité afin de ne pas nourrir la bête ne revient-il pas à nourrir la bête en lui faisant cadeau de la vérité ?

Comte-Sponville a tout à fait raison. C’est un phénomène que j’ai décrit longuement, pour ce qui est de la gauche française, dans mon livre Le Sens du peuple (Gallimard, 2012). En dehors même de toute contextualisation, la simple idée qu’en n’abordant pas certains sujets, en mettant selon l’expression consacrée la poussière sous le tapis, on empêcherait la montée des populismes, on ne ferait pas « le jeu du… », est aberrante. C’est pourtant une idée très répandue dans certains milieux, je pense d’abord au mien, à l’université. Le simple fait par exemple d’intituler un livre L’Insécurité culturelle (Fayard 2015) m’a valu des condamnations définitives, avant même que les collègues qui les ont prononcées aient ouvert l’ouvrage !

Après, évidemment, le déni n’est pas la seule explication de la montée des populismes, ni même sans doute la première. C’est très difficile à mesurer. Mais il joue un rôle, incontestablement.

Horace écrivait déjà en son temps que « pour fuir un défaut, les maladroits tombent dans le défaut opposé ». On a le sentiment qu’à notre époque, on combat très souvent un extrémisme en basculant dans l’extrémisme opposé : le politiquement correct contre le politiquement abject, l’antiracisme face au racisme, Balance ton porc après l’affaire Weinstein, etc. C’est un peu tard pour le bac philo mais : la vertu est-elle le contraire d’un vice ou un juste milieu entre deux vices opposés ?

C’est une question que devrait se poser toute personne engagée dans un combat politique. Et je peux au moins vous donner la réponse que j’essaie, chaque jour, d’y apporter, souvent avec difficulté, en n’étant pas toujours bien compris… Cette réponse, c’est celle de la « ligne de crête » que nous appliquons, par exemple, avec mes amis du Printemps républicain, dans notre combat pour la laïcité, contre l’islamisme et contre l’antisémitisme.

Comment peut-on savoir que l’on est sur le chemin de crête, étroit certes mais qui est le bon et le seul praticable, si l’on ne veut pas tomber dans la terrible dualité que vous décrivez ? Eh bien on le sait quand on reçoit des critiques et des insultes des deux côtés. Quand on vous traite, par exemple, à la fois d’ « islamophobe » parce que vous combattez les islamistes et que vous dénoncez l’incohérence d’une certaine gauche dans ses compromissions, dont on parlait plus haut. Et de pro-islamiste ou de « laïcard » parce que vous ne vous en prenez pas aux musulmans ou parce que vous ne faites pas d’exception à la laïcité quand il s’agit de catholiques notamment.

La ligne de crête républicaine, celle du laïque universaliste et humaniste, c’est d’être attaqué en même temps par les identitaires et les bigots de tous bords, d’extrême gauche et d’extrême droite, par les islamistes comme par Riposte laïque.

Le nationalisme, c’est la guerre… mais on se rend compte en ouvrant un journal ou un livre d’histoire que le multiculturalisme aussi (Ex-Yougoslavie, Rwanda, Liban, etc.). Régis Debray affirme même que « la mondialisation heureuse, c’est au final la balkanisation furieuse ». Certains n’ont-ils pas une vision idéalisée du modèle multiculturel ? Ceux qui oublient que l’histoire est tragique et dénient la conflictualité du monde et de la nature humaine ne sont-ils pas in fine aussi dangereux que ceux qui l’exacerbent ?

Toute dérive identitaire, qu’elle soit nationaliste ou multiculturaliste, est porteuse de lourdes menaces pour les sociétés et les individus. Et le déni est aussi dangereux que l’exacerbation des antagonismes identitaires, vous avez tout à fait raison. Je dirais là encore que la seule voie possible et souhaitable c’est celle, dans le cas français, de la ligne de crête républicaine, de la laïcité et de l’attention toujours portée au commun.

L’extrême droite est-elle toujours, en 2018, la principale menace pour notre République ? 

La principale menace pour la République, pour chacun d’entre nous, pour notre monde dans son ensemble, ce sont les dérives identitaires. Pas l’identité en tant que telle. Politiquement, l’extrême droite française au sens classique du terme est rentrée dans le rang démocratique et républicain ces dernières années à travers l’acceptation par le Front national (FN) des résultats des élections, au niveau national comme local. On n’a plus à faire aux ligues de 1934. Même s’il faut continuer de combattre le FN et son programme, encore très largement identitaire, pied à pied. On doit néanmoins rappeler que, ces dernières années, les attentats terroristes ont été commis par des islamistes, et non par l’extrême droite. Même si l’exacerbation identitaire conduit visiblement à l’organisation de réseaux prêts à en découdre, comme l’a montré récemment le démantèlement de l’un d’entre eux.

Donc, menace identitaire, d’abord et avant tout islamiste. Et surtout, menace pour ce que cela risque d’entraîner comme réactions chez nos compatriotes, qui ont été jusqu’ici remarquablement calmes et qui n’ont pas cédé aux provocations. La brutalisation terroriste de la société française depuis 2015 au moins, n’a pas été suivie de représailles massives et organisées contre les musulmans. Nos compatriotes n’ont pas fait, eux, l’amalgame. Les actes anti-musulmans existent bien évidemment mais ils sont restés limités. Et aucun musulman, contrairement aux juifs et aux catholiques (à travers la figure du père Hamel), n’a été tué parce qu’il est musulman en France, sinon par un autre musulman dans le cadre des attentats précisément.

Au-delà du fait que ce n’est pas l’extrême droite qui aujourd’hui écrase, mitraille ou égorge nos femmes, nos enfants, nos juifs, nos policiers, nos prêtres, nos journalistes… ce ne sont pas non plus des « fascistes » qui brûlent des voitures de police, des McDo ou l’effigie du président de la République en place publique. Ce ne sont pas des militants d’extrême droite qui occupent illégalement la place de la République ou mettent à terre un élu, Robert Ménard en l’occurrence. Ce n’est pas non plus un ex-candidat du FN qui se réjouit sur Twitter de la mort du colonel Beltrame… Si l’extrême droite semble être « rentrée dans le rang démocratique et républicain » comme vous le soulignez, a contrario l’extrême gauche n’est-elle pas en train de se radicaliser de façon inquiétante ?

Il faut, me semble-t-il, séparer deux choses ici. D’une part, le fait qu’il y a toujours eu, au sein de l’extrême gauche, de manière très minoritaire, une forme d’attraction pour la violence politique. Cette violence, contre les institutions, contre le patronat, contre le capitalisme, etc. étant légitimée par la violence sociale imposée à la classe ouvrière ou aux plus faibles. Elle ressurgit régulièrement. Elle peut prendre différentes formes, dont le terrorisme comme on l’a connu dans les années 1970 par exemple.

D’autre part, ces dernières années, on a assisté à une forme particulière de radicalisation, autour de la question identitaire, avec l’indigénisme, le décolonialisme… en lien en partie avec l’islamisme sous sa forme politique, comme on le disait plus haut. Cette radicalisation a conduit à des pratiques (les réunions non mixtes notamment) et à des discours (à l’égard des « non racisés » notamment) très agressifs. Les occupations d’établissements universitaires au printemps 2018 l’ont bien montré.

C’est inquiétant non en soi, car il s’agit d’un phénomène très minoritaire, mais parce que c’est bien relayé et considéré comme tout à fait acceptable sinon normal par toute une partie de la gauche « installée » : partis, syndicats, associations, médias…

N’avez-vous pas parfois l’impression qu’une partie de nos élites médiatiques et politiques continuent de crier « au loup, au loup », alors qu’un crocodile est à nos pieds… ?

Il y a sans doute le poids des habitudes. Dire aujourd’hui qu’on trouve du racisme et de l’antisémitisme hors de l’extrême droite apparaît tout simplement comme impossible à certains. Et dire que ce racisme et cet antisémitisme sont le fait de personnes qui sont par ailleurs, depuis des décennies, en raison de la lutte anticoloniale et de la lutte antiraciste, vues comme des victimes, comme des « damnés de la terre », c’est doublement impossible. Alors non seulement ceux qui devraient le dire, je pense ici à la gauche en particulier, ne le disent pas mais ils accusent ceux qui le font d’être d’extrême droite, d’être racistes, « islamophobes », etc. La boucle est bouclée, le piège identitaire se referme.

A lire aussi: Laurent Bouvet: « Si la gauche, c’est ça, alors il n’y a plus de gauche »

Que signifie en effet cette impossibilité de dire les choses telles qu’elles sont, sinon qu’il s’agit d’une assignation identitaire et victimaire ? Pourquoi un croyant, musulman, ou un immigré de tel ou tel pays africain ne pourrait pas être raciste ou antisémite ? Est-ce que le racisme dépend d’une identité spécifique de l’individu ou bien de ses idées, actes et comportements, ou encore de son éducation ? Comment la pensée humaniste, attachée aux droits de l’Homme et à la Raison peut-elle avoir autant dérivé pour aboutir à définir la qualité de tel ou tel individu en fonction de ce qu’il est (religion, couleur de peau, origine…) et non de ce qu’il pense, dit ou fait ? On est là au cœur du sujet identitaire. On est là aussi au cœur du sujet de la définition de la gauche aujourd’hui.

A suivre…

L'insécurité culturelle

Price: ---

0 used & new available from

La gauche zombie: Chroniques d'une malédiction politique

Price: ---

0 used & new available from