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« Je ne veux pas que s’installe une relation d’ennemis entre Juifs et musulmans »


Mis en cause dans Causeur, le fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans Karim Achoui a choisi de s’expliquer. Accusation de communautarisme victimaire, antisémitisme, combat pour les menus de substitution à la cantine : le militant associatif avocat au barreau d’Alger n’élude aucune question sensible. Entretien viril mais correct. 


Daoud Boughezala. Commençons par une précision sémantique. Dans l’esprit de la Ligue de défense judiciaire des musulmans, qu’est-ce qu’un musulman ? Désignez-vous par ce terme tous les individus pratiquants l’islam, les croyants non-pratiquants, voire des citoyens originaires de pays musulmans qui ne sont ni croyants ni pratiquants, à la manière des Juifs athées ?

Karim Achoui[tooltips content= »Karim Achoui est fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans« ]1[/tooltips]. Le « musulman » qui m’importe, celui dont je plaide la cause, est un juif. Mon musulman est un juif. Pas celui de Levinas, mais celui de Sartre. Ce que j’entends par là, c’est que le musulman que je désigne quand j’évoque une « cause des musulmans », est celui des islamophobes, c’est-à-dire au fond un bougnoule, un bicot, soit ce qu’a magistralement euphémisé Sarkozy par l’expression « musulman d’apparence ». Au travers de la Ligue de Défense Judiciaire des Musulmans, ma démarche reste fondamentalement celle d’un avocat, bien plus que celle d’un militant. Savoir si mes « frères » en Islam sont de bons musulmans est le dernier du dernier de mes soucis. Est musulman, celui qui est discriminé, humilié et offensé pour ce motif réel ou supposé.

 Je ne victimise pas les musulmans.

Certes, mais depuis 2015, le terrorisme djihadiste a tué près de 250 civils en France. Ces dernières années, tous les terroristes sévissant en France étaient musulmans. Malgré tout, la quasi-totalité de la population française rejettent les amalgames et on constate l’absence d’opérations de représailles anti-musulmans. Dans ces conditions, pourquoi victimisez-vous les musulmans de France ?

Votre argument me rappelle celui qu’on oppose aux féministes actuelles, à qui il est reproché de continuer à se battre pour l’égalité, alors que l’égalité des droits est aujourd’hui acquise. Au fond, votre argument c’est de dire : vous êtes mieux traités que vos pères des bidonvilles de Nanterre ou les noirs dans l’Alabama des années 20, donc estimez vous heureux et rasez les murs. Les musulmans de France n’ont pas à dire merci pour l’absence de pogroms, ni à demander pardon pour les criminels qui ont tué en prostituant l’islam. Pour répondre à votre question, je ne victimise pas les musulmans. Je reçois chaque jour, des messages de femmes et d’hommes musulmans qui m’exposent les discriminations et brimades dont ils sont l’objet, notamment au travail, dans l’accès au logement, dans l’espace public et les relations avec les administrations, la police et l’Etat, en raison de leur religion, de leur nom, de leur couleur de peau. Par ma voix, j’essaye de relayer leurs frustrations et de travailler à réparer les injustices qu’ils subissent.

Les musulmans qui vivent comme des Amish et font preuve d’agressivité à l’égard de leurs coreligionnaires sont mes ennemis.

Si les musulmans de France sont victimes, n’est-ce pas surtout de leur frange fondamentaliste qui opprime les femmes, les libre-penseurs et tout autre individu réfractaire à leur dogmatisme sectaire ?

Je pense que l’esprit totalitaire est un trait psychologique, que l’on retrouve au sein d’une frange de chaque population, indépendamment des cultures, des religions ou des idéologies politiques. Les gens dont vous parlez me pendraient haut et court s’ils en avaient la possibilité. Car je ne serais pas assez musulman et ce genre de fariboles pour enfants attardés. Bien sûr qu’il existe en France, des musulmans qui vivent comme des Amish et font preuve d’agressivité à l’égard de leurs coreligionnaires. Ces gens là sont mes ennemis. Je suis un libéral. Je suis pour que les musulmans qui le souhaitent, puissent vivre comme des Amish, à la condition de laisser tranquille les autres. Les épouvantails à longues barbes ne me font toutefois pas oublier, que dans les messages que je reçois chaque jour et que j’évoquais plus haut, il est bien plus souvent question de Marie Dupont, la proprio/chef de services qui-a-un-problème-avec-les-Arabes, que de clochards barbus qui caillassent des femmes non voilées.

Je suis tout à fait partisan d’actions communes avec des associations juives.

Arrêtons-nous sur une de vos luttes judiciaires. Vous avez engagé des poursuites contre la ville de Chalon-sur-Saône après qu’elle a supprimé les menus de substitution sans porc dans les cantines. Dans ce type d’action, envisagez-vous d’éventuelles alliances avec des associations communautaires juives ?

Sur les menus de substitution, j’aimerais d’ailleurs rappeler que la justice nous a donné raison de manière éclatante. Pour le reste, je suis tout à fait partisan d’actions communes avec des associations juives, sur des sujets qui nous rassemblent. Peut-être qu’un jour par exemple, la question de la remise en cause de l’abattage rituel se posera.

Il existe au sein d’une partie de la communauté musulmane une bouillie antisémite.

Peu après la création de la Ligue, en 2013, vous aviez reçu le soutien du député UDI franco-israélien Meyer Habib sous les sifflets de vos partisans. Sous prétexte d’antisionisme, une partie des musulmans de France cède-t-elle aux sirènes de l’antisémitisme ?


Rappelons d’abord que Meyer Habib n’est pas exactement Amos Oz ou Zeev Sternhell, que ce soit intellectuellement ou politiquement. Cette polémique était née du parcours politique bien particulier de Meyer Habib et absolument pas de sa judéité. Celui qui avait été sifflé était le proche de Netanyahou et du Likoud, mais certainement pas un juif.

Pour le reste, il n’est pas contestable, qu’il existe au sein d’une partie de la communauté musulmane, une bouillie antisémite mêlant vieil antisémitisme maghrébin, vieil antisémitisme français et haine d’Israël.

Pour ma part, je sais que quand on dit du mal des Juifs, c’est également de moi et des musulmans dont on parle. De manière générale, je me sens solidaire de toutes les expériences minoritaires et de tous les discriminés, dont bien évidemment les Juifs. Didier Eribon a écrit des choses très justes là-dessus dans sa Morale du minoritaire.

Je ne veux pas que s’installe ici en France, une relation d’ennemis entre les Juifs et les musulmans, pas plus qu’entre les musulmans et la France. Nous sommes tous Français et mon action n’a d’autre but que de favoriser la fraternité de tous au sein de notre nation.

Robert Lepage, metteur en scène martyr du multiculturalisme


Le metteur en scène québécois Robert Lepage est blanc. Le genre qui est capable de faire jouer un rôle d’Indien par un acteur qui n’est pas 100% amérindien. Il n’en fallait pas plus pour qu’il se fasse censurer. Au secours, les « antiracistes » sont devenus fous!


 

Rappelez-vous Le Dernier des Mohicans. Magua, le chef huron, ne marche pas à l’affectif. Il arrache et mange à moitié le cœur du colonel Munro, fait griller vif le jeune Major Duncan Heyward, traîne en esclavage la larmoyante (on le serait à moins) Alice Munro et tue finalement Uncas, le fils unique de Chingachgook — le « dernier des Mohicans ». Parce que le fils adoptif de Chingachgook, Nathaniel Bumppo, dit « Œil de faucon », dit « Bas de cuir », dit « la Longue carabine » (Fenimore Cooper m’a assuré dans une conversation privée au dessus d’une table tournante que non, ce n’était pas une métaphore cochonne), est un Blanc comme vous et moi, et d’ailleurs il est mort sans descendance — lire la Prairie, qui clôt le cycle Natty Bumppo.

Faire chanter du blues à une Blanche!

Bon. Magua meurt à son tour. Mais ses héritiers sont toujours là, prêts à arracher des cœurs de Blancs. Par exemple celui de Robert Lepage, illustrissime metteur en scène canadien — donc une cible de premier choix.

Robert Lepage est blanc. Un enculé de Blanc, s’il faut en croire l’actualité récente du Québec. Le genre qui est capable de faire chanter (dans un spectacle qui devait s’intituler SLAV, pour le Festival de jazz de Montréal) du blues à une Blanche ! Le genre qui est capable de faire jouer un rôle d’Indien par un acteur qui n’est pas 100% « native » — et tant pis s’ils ont tous été exterminés, tant pis s’il n’y a pas assez d’acteurs indiens de qualité pour monopoliser les rôles de Kanata (titre originel d’un spectacle donc annulé), que devait jouer le Théâtre du Soleil en décembre à Paris et plus tard au Québec — et qui est remis sine die, les producteurs canadiens ayant retiré leurs billes, sous pression de l’extrême gauche « racialiste », dit le Figaro — raciste, dit Mathieu Bock-Côté, et il a bien raison.

Le jeu pervers de la culpabilité

C’est d’autant plus drôle que Robert Lepage, dit notre sociologue mal pensant (deux mots en combinaison oxymorique, ces temps-ci — tant les sociologues font de leur mieux pour penser « bien », quitte à tordre le cou aux évidences) « renversait le regard historique traditionnellement posé sur le Canada, en privilégiant celui des Amérindiens par rapport aux Blancs. Lepage reconduisait, avec un génie dramaturgique indéniable, une lecture culpabilisante de l’histoire occidentale. »
Mais voilà : quand on accepte le jeu pervers de la culpabilité, on trouve toujours plus culpabilisant que soi. « Un groupuscule prétendant représenter une communauté « minoritaire » a surgi pour accuser la pièce de se rendre coupable d’appropriation culturelle, c’est-à-dire d’une forme de pillage symbolique propre à la domination néocoloniale que subiraient les populations « racisées » ». Nakuset, directrice exécutive du Native Women’s Shelter de Montreal, s’est déclarée « très heureuse » de cette annulation. Pauvre conne.

Je suggère que désormais toute organisation, tout groupuscule, tout individu utilisant ce mot, « racisé », soit systématiquement poursuivi pour racisme.

Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli

Le Dernier des Mohicans

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La face cachée du multiculturalisme

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Médias: la fin d’Autolib’ fait jeu égal avec l’affaire Benalla


Paris se préoccupe plus de la disparition d’Autolib’ que d’événements autrement plus importants et dramatiques. Dans le journalisme, la loi du kilomètre règne plus que jamais.


 

Ah, le parisianisme médiatique… Dans le jargon journalistique, la loi du « mort kilométrique » désigne le fait, pour le récepteur d’une information, de se sentir plus concerné par celle-ci lorsque l’événement rapporté est géographiquement proche de lui. Nous sommes plus fortement touchés par le décès d’une seule personne, s’il a lieu près de chez nous, que par la mort de plusieurs dizaines de personnes dans un pays lointain.

Plus exactement, comme l’a montré une expérience dont les résultats ont été publiés en 2000 par une équipe de chercheurs que dirigeait le psychologue Jacques-Philippe Leyens, les émotions suscitées ne sont pas les mêmes selon que le mort est proche ou lointain : dans les deux cas, on éprouve de la tristesse et de la colère; mais le chagrin et la culpabilité se manifestent uniquement quand le drame est géographiquement proche du récepteur de l’information.

Or, l’intensité et la nature de l’impact émotionnel influent sur la hiérarchisation de l’information : les journalistes accordent moins de place à une information dramatique qui aurait lieu loin de la France, qu’à des événements mineurs survenus sur le territoire national.

Lire la suite sur le blog d’Ingrid Riocreux

« À Paris, les appartements de qualité se vendent en quelques heures »


Cofondateur de la start-up www.jerevedunemaison.com qui emploie plus de dix-huit chasseurs d’appartement spécialisés dans l’ancien, Stéphane Buthaud a créé le baromètre Immoscan des prix de l’immobilier parisien. D’après cet outil, le prix de mètre carré à la vente frise les 12 000 euros dans Paris intra muros. Entretien.


 Daoud Boughezala. Comment expliquez-vous que globalement, les prix du mètre carré parisien continuent à monter ?

Stéphane Buthaud. Depuis que nous collectons des données, c’est-à-dire dix-huit mois, nous constatons en effet que les prix sont toujours très tendus et plutôt à la hausse. Sans être économiste, j’observe que les taux d’intérêt continuent d’être très bas et aucun signe ne laisse entendre qu’ils vont remonter. Personne ne se dit que le coût de l’emprunt sur 20 ou 25 ans va encore baisser, c’est pourquoi les gens pensent que c’est le moment de s’endetter. Cet engouement vers l’achat fait qu’il y a plus d’acheteurs que de vendeurs. Par conséquent, un bien immobilier part très rapidement sans aucune négociation possible. Ceci étant, le prix de 11 980 € par mètre carré à vendre est une moyenne, ça va du simple au double si vous passez du XIXème au XXème arrondissement ou au cœur de Paris (VIème, VIIème).

D’après votre baromètre, le prix moyen du mètre carré à Paris est de 11 980 euros. Est-ce vraiment un scoop ?

Les autres baromètres indiquent un peu plus de 10 000 euros le mètre carré. Or, le nôtre prend en compte l’intégralité du prix acheteur,  qui inclut le prix du bien mais aussi les frais d’agence, c’est-à-dire entre 2% et 6% en plus. Nos concurrents s’appuient en outre sur des données plus anciennes, qui proviennent notamment de la Chambre des notaires, et qui n’arrivent que quatre ou cinq mois après les transactions. En revanche, notre baromètre Immoscan analyse en temps réel l’intégralité des annonces de vente mises en lignes jusqu’à fin mai 2018. Cela permet de mieux informer les acheteurs du marché lorsqu’ils le découvrent, qu’ils soient primo-accédants ou décident d’acheter un nouveau bien.

Malgré tout, les sites de vente immobilière ne manquent pas. Pourquoi vos clients vous contactent-ils ?

Ils sortent souvent d’un échec par-rapport à un projet d’achat, qu’ils n’arrivent pas à mener eux-mêmes. Soit qu’ils n’arrivent pas à obtenir un contact avec le vendeur ou l’agent, lequel vend le bien en deux trois heures. Sur les vingt mille biens à vendre à Paris, certains restent sur le marché plus longtemps, et attendent acquéreur depuis plus de six mois voire un an. Mais des biens de qualité vont partir en quelques heures. C’est plutôt sur ce marché que nous travaillons.

Avez-vous observé un profil-type d’acheteur ?

Nous avons un profil-type qui est assez différent des autres acteurs de la chasse immobilière, notamment parce que nous essayons de nous rendre plus accessibles. Notre commission de 2% est la plus basse du secteur, ce qui fait qu’on a aujourd’hui comme clients environ 50% de primo-accédants à la propriété. Ce sont des jeunes entre 25 et 35 ans qui travaillent déjà depuis quelques années, ont des revenus stables et plutôt élevés. Typiquement, un couple qui travaille va pouvoir commencer par acheter un grand studio ou un petit deux-pièces.

Prenons cet exemple. Pour un couple qui souhaite acheter un grand studio, combien exigez-vous de salaire cumulé, éventuellement d’apport ?

C’est le vendeur qui choisit entre les dossiers qui lui sont proposés. Condition sine qua non, il faut que le dossier de financement soit validé par la banque ou un courtier. Pour avoir une chance sur ce marché très concurrentiel, je préconise d’avoir au minimum 25% d’apport. D’autre part, les revenus qui déterminent le montant de l’emprunt. Les banques exigent à peu près qu’au maximum un tiers de vos revenus aillent dans le remboursement du prêt.

Hormis la hausse générale des prix, quelles sont les grandes tendances du marché immobilier parisien ?

Arrêtons-nous un instant sur la hausse des prix. C’est un mouvement de fond ! Il y a un an, on a été abasourdi de voir des appartements bruyants dans le 18e arrondissement, en plein boulevard, dépasser les 10 000 euros le mètre carré. On pensait que ces prix étaient réservés aux quartiers plus recherchés, dans le 17e par exemple. Or, je remarque que beaucoup de nos primo-accédants choisissent d’aller dans le 18ème, dans le 19ème, ou  dans le 20ème, qui sont moins recherchés par des clientèles plus aisées. Les jeunes n’hésitent pas à s’éloigner de leur quartier d’origine pour gagner quelques mètres carré. Ils passent dans l’Est parisien, soucieux d’une meilleure qualité de vie et d’un cadre agréable. De même, de plus en plus de familles qui sortent de Paris pour s’agrandir,

Ce mouvement ne fait-il pas flamber les prix des appartements de la petite couronne, dans les communes qui se boboïsent comme Montrouge ou Pantin ?

Exactement. Le mois dernier, un de nos clients qui voulait habiter dans le nord du 17ème a passé la frontière du périphérique afin de gagner 15% de surface supplémentaire pour le même budget. Il vit dans un quartier aussi agréable et ses enfants restent scolarisés dans Paris.

Malgré une demande croissante, certains  types d’appartements voient-ils leur prix s’affaisser ?

S’il y a des baisses de prix, c’est plutôt sur des appartements plus hauts de gamme, à partir de 1 ou 1,5 million d’euros. Lorsqu’il y a négociation, c’est sur des biens qui restent plusieurs mois sans acheteurs parce que leur le prix est mal ajusté par rapport à la demande. Dans ces cas-là, soit le vendeur s’accroche à son prix si bien que l’appartement reste neuf mois ou un an après en vente, soit il se résout à baisser le prix pour vendre. Mais 41% des annonces immobilières partent en moins de vingt-huit jours. Il n’y a alors aucune négociation sur le prix.

Paris, c'est foutu !

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L'Empire des dettes: A l'aube d'une crise économique épique

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Qui a planifié le déclenchement de l’affaire Benalla?

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S’interroger sur la date du surgissement d’un scandale n’est pas « complotiste ». Vidéos et révélations sur Alexandre Benalla sortent à point nommé dans la presse…


 

Ariane Chemin, qui a révélé les agissements coupables de Benalla dans Le Monde du 18 juillet, déclenchant ce qui porte aujourd’hui le nom d' »affaire Benalla », s’est indignée en plusieurs occasions de la réaction d’Emmanuel Macron, empreinte, selon elle, d’un « complotisme désolant et un peu ridicule ».

De la réponse du président, on peut en effet retenir deux éléments, qui ont focalisé la critique : « deux mois et demi après les faits » et « ils ».

Difficile évidemment de savoir qui se cache derrière cet ennemi pluriel putatif qui utiliserait le cas Benalla pour nuire à Emmanuel Macron. Peut-être les journalistes et bien des opposants au gouvernement ont-ils raison de ne voir là qu’une forme de paranoïa quelque peu grotesque, voire une tentative de diversion plutôt maladroite. Mais pourquoi nous interdit-on radicalement de penser que peut-être tout n’est pas le fait du hasard ? C’est du complotisme si l’on prétend que la réponse va de soi et que l’on intègre le scandale à une grande théorie indémontrable (c’est le propre du complotisme : en attaquant la thèse, vous la renforcez). Sinon, c’est juste une prudence de pur bon sens, l’expression d’une hypothèse dont le degré de probabilité varie selon les cas.

Durant les premiers jours de l’affaire, on nous a répété ceci : « Alexandre Benalla a été identifié dans une vidéo ». Identifié par qui ? Filmé par qui ?

>> Retrouvez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<

Pour les Brésiliens du Nord, Lula a été leur meilleur président

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Voisine du Brésil, la Guyane accueille de nombreux Brésiliens du nord venus tenter de leur chance dans ce département français d’outre-mer. Un simple micro-trottoir suffit à mesurer la popularité de l’ancien président Lula, qu’une procédure judiciaire empêche de briguer un nouveau mandat. Reportage près de l’équateur du Brésil.


 

C’est les vacances. Pourquoi ne pas en profiter pour découvrir le Brésil, ce pays que François Ier voyait comme une terre de commerce, et où Jean de Léry se fascinait pour les Amérindiens ? La barrière de la langue vous fait peur ? Rassurez-vous, pour découvrir le pays du Christ Rédempteur, on peut se rendre en Guyane : cette dernière est accolée au nord du Brésil. Ainsi, de nombreux Brésiliens du Nord ou du Nordeste, la région la pauvre du pays (d’où vient l’ancien président Lula), viennent tenter leur chance sur la terre de Félix Eboué. Dans ce qui est à leurs yeux un Eldorado, beaucoup se ruent vers l’or, dans des mines souvent illégales : non-respect des normes françaises car on y use abondamment du mercure. D’autres exercent des métiers tout autant prolétaires mais néanmoins moins durs, moins mafieux, plus enclins à préserver la sécurité physique, et légaux : maçon, bétonneur, peintre en bâtiment, menuisier, charpentier etc.

Vu de Guyane

Ce qui m’a surpris, en bavardant avec les Brésiliens que j’ai rencontrés en Guyane, c’est qu’ils tiennent généralement leur ancien président en haute estime. Pour Adriano, ouvrier chevelu à la cinquantaine bien entamée, dont près de trente ans en Guyane, et qui vécut avant à Fortaleza (région du Nordeste), Lula fut « un président qui a fait beaucoup de choses pour les Brésiliens. Si un Brésilien qui est né pauvre peut maintenant faire des études supérieures, c’est grâce à Lula ». Adriano n’a cependant jamais voté. « Car je vivais en Guyane », se justifie-t-il entre deux Morelos, la cigarette des orpailleurs. Mais il estime que « contrairement à Lula, Michel Temer est un mauvais président ». D’après cet immigré qui garde un dur souvenir de la dictature militaire durant son enfance, « l’armée est là, prête à reprendre le pouvoir », s’inquiète-t-il. Lébiane a atterri à Ronaldo, un village d’orpailleurs illégal, sur le Haut-Maroni, en face de Maripasoula, à la frontière avec le Surinam. Elle y tient actuellement un magasin de vêtements. Selon cette jolie quarantenaire originaire de l’Etat du Goiás, qui encercle Brasilia, Lula reste aussi « le meilleur président qu’a connu le Brésil ». Et la situation actuelle, avec Michel Temer au pouvoir « est très mauvaise ».  Même son de cloche chez Alfonso, ouvrier à Maripasoula qui assure derrière d’épaisses lunettes que « Lula fut le meilleur président que le Brésil ait jamais eu », chez Lu (prononcer Lou), jeune brunette venant de São Luís, qui a rejoint il y a peu sa mère en face de Maripasoula, de l’autre côté du fleuve du Maroni, pour qui « Lula était un bon président, Dilma (Roussef) pas mal, et tous les deux mieux que Temer », dit-elle sans s’épancher plus, et chez les autres dont j’ai oublié les noms.

Lula aussi pourri que les autres?

Ne serais-je enclin qu’à converser avec des soutiens de Lula, pensez-vous ? Non : il existe des détracteurs parmi les immigrés brésiliens en Guyane. Francisco, par exemple, fin menuisier cinquantenaire établi dans la bourgade de Maripasoula : « Lula est en prison parce qu’il a volé de l’argent. Qu’il y reste ! », lance-t-il simplement.  Ou Diana, séduisante trentenaire résidant à Saint-Laurent-du-Maroni : « Lula est arrivé au pouvoir au Brésil alors qu’il était analphabète. Comment voudriez-vous que je soutienne un président analphabète ? Tout ce qu’il a fait, c’est d’avoir légalisé le mariage homosexuel. Je n’ai pas plus confiance en lui qu’en un autre ».  Ou bien Aldo, un trentenaire aux allures de dandy, qui a vécu la majeure partie de sa vie à Toulouse avant de venir à Cayenne : « Lula est aussi pourri que les autres, estime-t-il dans un français impeccable, entre deux bouffées de Dunhill. En France, on a fait un cirque pas possible avec l’affaire Fillon. Et on a eu raison. C’est pourquoi j’adore la France. Au Brésil, l’affaire Fillon ce n’est strictement rien par rapport à tout ce que nos politiciens se mettent dans les poches. On paye des impôts et on n’en voit jamais la couleur. A Oiapoque par exemple, on paye beaucoup d’impôts, et les routes sont dégueulasses ».

La thèse du coup monté 

Oiapoque justement. 25 000 habitants, juste en face de la commune française de Saint-Georges de l’Oyapock. A dix minutes en pirogue de la France. Pour le Français s’y rendant, pas de problèmes. Pour le Brésilien se rendant à Saint-Georges, la police française a l’œil et n’hésite guère à faire mariner au poste, ont tenu à me signaler quelques Oiapoquiens. Le badaud à peine débarqué de la pirogue, des hommes en t-shirts moulants verts ont le regard à l’affut et lui proposent du change : 4,2 réaux pour 1 euro. En octobre dernier, ils m’en proposaient 3 pour le même prix. Depuis quelques mois, le Brésil va mal, en effet. Malgré son apparente quiétude, Oiapoque reste une base arrière de l’orpaillage illégal. Depuis peu, la municipalité y a ouvert une zone de sports en plein air, au centre de la ville, qui lui confère des airs de kermesse. C’est là que je rencontre Arnoldo, 47 ans, ouvrier originaire de Fortaleza et travaillant à Cayenne depuis des années. Il est venu passer le weekend ici. Il estime que « Lula a fait beaucoup de choses pour les pauvres, est très populaire au Brésil, et s’il peut se présenter aux prochaines élections, il passe dès le premier tour ». Ce pourquoi, selon lui, « l’opposition, qui représente les riches ne veut surtout pas qu’il se présente. Mais Temer est très impopulaire pour les Brésiliens car il ne fait que des bêtises ». La théorie du complot rode : « Les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à ce que Lula redevienne président, estime Arnoldo entre deux gorgées d’Itaipava, la pils du pays. Je pense donc qu’ils sont derrière sa mise en prison, qui est un coup monté. Ils l’ont attrapé pour une histoire d’appartement. C’est ridicule comparé à tout ce que les autres politiciens volent au pays ». La jeune serveuse nous apporte l’addition d’un pas chancelant. Le salaire minimum au Brésil est d’actuellement 954 réaux par mois. C’est peu. Sans doute pourquoi certaines jeunes femmes choisissent une autre voie (ou cumulent les deux) : à deux pas de la place principale, en négociant leurs charmes, elles peuvent gagner la même chose en une semaine. Sur fond de brega tonitruante –musique populaire du Nordeste-, j’interroge l’une d’entre-elle, une minette en short moulant ne paraissant pas avoir passé les dix-huit ans, mais qui est majeure car sinon, elle ne pourrait pas travailler dans un bar, m’assure-t-on. « Lula ? me regarde-t-elle avec surprise entre deux messages Whatsapp. Un très bon président », fait-elle l’effort de me répondre. « Mais de toute façon, la situation du pays est très mauvaise », ajoute-t-elle évasivement avant de se replonger dans son iPhone.

La huitième économie mondiale

Le dimanche de la finale de la Coupe du monde, les bistrots sont loin d’être remplis. Le Brésil a été éliminé, le reste importe peu. Sport résolument populaire au pays de l’ «ordre et du progrès » (la devise du pays, issue de celle du positivisme d’Auguste Comte, l’amour en moins), le foot reste un moyen d’affirmer sa fierté nationale. Le Brésilien aime le Brésil. Sa patrie passe avant les autres. Comment pourrait-il en être autrement, pour garder l’unité d’un pays quasiment grand comme l’Europe ? Parmi les drapeaux jaunes malgré tout, des drapeaux tricolores flottent, et des aveux de sympathie rôdent. Ainsi, à la terrasse d’un bar prolo, un chauffeur borgne de mini bus, faisant des trajets entre Saint Georges et Regina, me confie, entre deux grandes bouteilles d’Itaipava, combien il aime la France (la Guyane), qui a fait beaucoup pour lui. Je ne peux m’empêcher de l’interroger sur Luiz Inácio Lula da Silva. Une fois encore, « le meilleur président du Brésil », entends-je dire. Kleya, une jeune brunette originaire de Belém (où Claude Lévi-Strauss fit halte avant de s’aventurer dans l’Amazonie), survivant à travers le tourisme n’en pense pas moins : « Lula fut un très bon président. C’est grâce à lui que beaucoup de Brésiliens ne vivent plus dans la pauvreté».

Que penser ? Le « meilleur président » ? Je ne sais pas. Mais le président des petites gens, des sans-dents, visiblement. De fait, au niveau national, Lula est crédité par les sondages d’une popularité oscillant entre 33 et 39 %, suivi par Jair Bolsonaro (environ 15 %), classé radicalement à droite. En retournant flâner, des routes cabossées où les taxis motos peinent à se frayer un chemin. Le pays de l’ « ordre et du progrès » semble enclin au désordre en effet, mais n’est-ce pas dans ces conditions que s’est créée la huitième économie mondiale ? Au bord d’un vélo, un vendeur à la mine fatiguée traîne une roulotte pour vendre des coxinhas, beignets locaux à base de viande.  Affaire conclue, je m’enquiers de le sonder. « Lula ? Le meilleur président du Brésil », affirme-t-il avec aplomb. Décidément… Pourtant, les 7 et 28 octobre prochains, il semble que les élections auront lieu sans Lula.

Facebook soigne l’addiction… à Facebook

À l’aube du siècle dernier, Lénine écrivait que le capitalisme nous vendrait la corde pour nous pendre. Comme pour donner raison à l’embaumé de la place Rouge, Facebook nous promet à la fois la corde et le sécateur censé nous en sauver. Tout en entretenant la dépendance de ses utilisateurs, le réseau social créé par Mark Zuckerberg prépare une nouvelle fonctionnalité destinée à contrôler le temps passé sur sa plateforme. Intitulée « Your Time on Facebook », cette option entend provoquer une prise de conscience chez ses utilisateurs en leur fournissant quotidiennement les statistiques de leur addiction. « Yes ! Vous êtes vraiment une pauvre larve à 54,5 %, bravo ! »

À lire aussi : Scandale Facebook : la partie émergée du Zuckerberg

À quel degré de sidération ce machin est-il parvenu à nous amener pour que nous puissions croire une seconde qu’il a changé de dessein ? Autant imaginer une danseuse lascivement agrippée à sa barre de pole dance, qui, saisie de remords, interromprait soudainement son show, sortirait un chapelet et inviterait l’assistance à prier avec elle.

Et ce n’est pas tout. Aux dernières nouvelles, Facebook a déposé plusieurs brevets, dont celui d’une invention qui permettra un jour de prévoir la date de la mort de ses utilisateurs. En revanche, aucune application à ce jour ne vous dit en combien de temps l’usage intensif de Facebook vous rendra totalement idiot.

Le cyberharcèlement des journalistes existe, « Causeur » l’a rencontré!

Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques.

Armées de trolls et fake news

Même si ce rapport ne nous apprend pas grand-chose de fondamentalement nouveau, quelques points peuvent néanmoins renseigner le citoyen curieux. S’il tombe souvent dans une empathie psychologisante isolant des cas particuliers sans qu’une démonstration générale ne soit faite, on y lit cependant des développements intéressants sur le phénomène des « armées de trolls », équipes employées par certains Etats, comme la Chine ou l’Iran, pour propager des « fake news » et soutenir des idées sur les réseaux sociaux. Le raisonnement est poursuivi par un éclairage utile sur la façon dont se diffusent les informations sur Internet.

En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre.

Journaliste ou militant?

Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Un exemple parmi tant d’autres : page 9, on lit dans un encadré : « Au Pakistan, où 68% des journalistes ont été victimes de harcèlement en ligne, des femmes activistes et des féministes sont trollées et désignées comme étant des agents occidentaux ». On comprend ainsi que le journaliste, selon RSF, est investi d’une mission morale : propager les valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits humains. Tout comme les membres de Reporters Sans Frontières eux-mêmes d’ailleurs, qui n’hésitent pas à formuler des recommandations, au contenu si vague qu’il en est complètement venteux, aux Etats, aux institutions internationales et aux médias, dans la tradition prétentieuse de ce type d’ONG.

Harceler des « salauds » en toute impunité : la horde contre Causeur

Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».

Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents.

Qu’est-ce que cette mystérieuse « cause musulmane »?

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D’après son ami avocat Karim Achoui, fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans, Alexandre Benalla serait un soutien de « la cause musulmane ». Derrière l’expression non-homologuée par le Dictionnaire de l’Académie Française se cache un mouvement qui n’existe pour aucune autre religion.


 

Les divers rebondissements de l’affaire Benalla qui émaillent les JT, reléguant House of Cards à une aventure de Oui-Oui, nous ont appris que ce Lieutenant-Colonel était « proche de la cause musulmane ». Ce sont en tout cas les allégations de l’ancien avocat, radié du barreau, Karim Achoui.

A lire aussi: L’affaire Benalla vue du Maroc 

Les guerriers se travestissent en victimes

Nous découvrons ainsi qu’il existe une « cause » musulmane. C’est assez mystérieux, ça, la « cause » musulmane. D’emblée, on pense aux « bonnes causes », comme la défense de la baleine à bosse, chère à nos amis les amis des bêtes. La cause musulmane est elle aussi portée par de nombreuses ONG, certes, mais la comparaison s’arrête là. Car si la baleine à bosse est en voie d’extinction, ce n’est pas le cas des adorateurs de Mahomet. Au contraire, leur taux de fécondité les met largement à l’abri de toute menace de disparition. « Cause » doit donc s’entendre autrement. Peut-être du point de vue religieux, bien que l’aspect spirituel soit très résiduel dans le coran et les hadiths.

Existe-t-il une « cause catholique » ? Une « cause juive » ? Une « cause protestante » ? Hindouiste ? Boudhiste ? Athée ? Agnostique ? Ou alors, faut-il entendre « musulmane » dans sa nature réelle, c’est-à-dire politique ? Dans ce cas, on cherche une cause communiste, socialiste, conservatrice. En vain.

Alors, cette « cause musulmane » ne serait-elle tout simplement pas ce combat qui anime les Arabes et toutes les nations converties, depuis le neuvième siècle, à savoir, la conquête ? Depuis que Mahomet a unifié quelques tribus nomades en Arabie, celles-ci convoitent l’ancien empire romain, ce n’est un secret pour personne. Malgré une remarquable et farouche résistance des Kabyles, le sud de la Méditerranée est vaincu depuis longtemps par les nomades coranisés. Mais le nord, de Poitiers à Vienne, semble plus coriace. La « cause musulmane » n’est donc pas un fait nouveau, la seule nouveauté est que les guerriers se travestissent en victimes.

La guerre des accommodements

Mais si on remise les sabres, quels sont alors les moyens qui soutiennent cette cause ?  Comme au judo, il convient de tirer sa force de l’adversaire.

Sa supériorité technologique et scientifique a longtemps imposé l’Occident en leader sur tous les continents. Puis vint l’horreur de la Shoah et le fardeau civilisateur de l’homme blanc se transforma en voluptueux sanglot sur ses fautes réelles ou imaginaires. Une brèche était ouverte, l’islam adopta le langage du bobo-repentant, troquant provisoirement son statut de conquérant pour celui de victime. Il s’arrima dès lors au « guichet de la repentance », selon l’expression d’Elisabeth Lévy, exigeant toujours plus.  Reconnu comme religion en Belgique dès 1974, subventionné en France au mépris de la loi de 1905, l’islam avait pour premier objectif d’occuper le terrain et d’assurer sa visibilité, de voiles en commerces hallal, de prières de rue en minarets bruyants. Puis vinrent petit à petit, les accommodements raisonnables qui modifièrent nos coutumes, nos calendriers, nos piscines, nos cantines et surtout notre liberté d’expression. Le temps du blasphème égrillard semblait déjà bien lointain.

Quelques coups d’accélérateur furent donnés, au Bataclan, à la rédaction de Charlie, à Madrid ou à Zaventem, apaisant les plus impatients mais aussi, et très paradoxalement,  accordant toujours plus à un islam insatiable.

Et, tandis que quartier par quartier, la charia s’impose dans toute l’Europe de l’Ouest, le spectateur-électeur-contribuable se demande si Benalla avait tort ou raison de flanquer des claques à un manifestant.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Lettre à un jeune mâle blanc


Après #metoo, le temps de l’amour, des copains et de l’aventure devient risqué pour les jeunes hétérosexuels blancs. Virtuellement suspects, ils n’ont plus le choix qu’entre YouPorn et les eaux glacées de la parano néoféministe.


Mon cher neveu,

Tu as 17 ans, bientôt 18, et pour toi l’école est finie. Tu viens d’avoir ton baccalauréat avec mention, et comme tu habites dans un centre-ville plutôt que dans un département commençant par un 9 et finissant par un 3, Parcoursup a respecté tes vœux. Tu étudieras les lettres en classe préparatoire, ce qui ne mène à rien, mais peut-être à tous les bonheurs.

Que vas-tu faire de ta liberté toute neuve ? D’autant plus qu’elle va durer seulement deux mois avant l’entrée en hypokhâgne et le début d’une existence qui tiendra à la fois de la vie monastique et d’un entraînement commando au fort de Penthièvre. Je me souviens encore de mon sentiment de disponibilité heureuse, en cet été 1982, quand j’étais dans ta situation. Les filles étaient partout, rieuses, légères, mystérieuses, offrant leur gorge au soleil des terrasses, la tête penchée en arrière, ou marchant par deux dans les rues de la vieille ville, les lunettes noires remontées dans les cheveux. Aujourd’hui, parce que les filles, c’est comme la mer en Bretagne chez Chateaubriand, elles ne changent jamais parce qu’elles changent toujours, je leur pardonne même leurs envahissants smartphones, tant la technologie digitale a fait naître des gestes gracieux et inédits sur les écrans effleurés, comme des caresses. Comment vas-tu résister, toi aussi, et d’ailleurs faut-il résister, à autant de charme et de poésie en mouvement ?

À lire aussi : Accusés « mâles blancs », couchez-vous !

Saint Augustin, dans ses Confessions, a donné une excellente définition de la drague : « Nondum amabam et amare amabam » ce qui, je ne te l’apprendrai pas, signifie « Je n’aimais pas encore mais j’aimais aimer ». Pour aller vite, papillonne, exerce ta séduction, regarde les filles qui passent sur la plage[tooltips content= »Ce n’est plus saint Augustin mais Patrick Coutin, philosophe balnéaire »]1[/tooltips], et tente ta chance. Tombe amoureux si tu veux, même s’il n’y a pas d’urgence.

Mais je m’inquiète. Tu as bien conscience que quelque chose a été bouleversé ces derniers mois. Que le conseil de saint Augustin pourrait bien passer pour celui d’un harceleur de rue, qui est la personne la plus honnie de France désormais, après le pédophile, l’antisémite et le cheminot. Je ne reviens pas sur l’affaire Weinstein et le mouvement Balance ton porc, tu es assez féru des réseaux sociaux et assez fin pour savoir que l’ère du soupçon s’est installée et, que ça te plaise ou non, que tu es virtuellement suspect, comme était virtuellement suspect le koulak aux yeux des staliniens quand bien même il protestait de son adhésion pleine et entière à la politique du petit père des peuples.

Tu me répondras que tu as des copines féministes, des copines noires, des copines lesbiennes, des copines véganes et même des copines noire, féministe, lesbienne et végane en même temps. Avec elles, tu as même occupé quelques jours ton lycée et pendant les réunions, la prise de parole a été strictement égalitaire. Oui mais, mon cher neveu, n’as-tu pas senti pendant ces moments gentiment insurrectionnels que la bagatelle n’était pas à l’ordre du jour ? Tu m’en as même parlé. Tout ça était terriblement sérieux, austère et tu n’as pas voulu me dire « puritain », parce que tu ne voulais pas discréditer ta lutte – les médias s’en chargeaient assez bien comme ça. On a beaucoup daubé sur 1968, mais eux, au moins, avaient quand même pas mal joui sans entraves (ou avec, allez savoir), pendant ces quelques semaines. Une révolution qui avait commencé par une histoire de dortoir de filles, ça a pour toi des airs de paradis perdu quand on sait à quel point les mouvements sociaux, désormais, passent plus de temps à discuter sur l’opportunité de l’écriture inclusive sur une banderole que de s’embrasser à pleine bouche en remontant vers le cortège de tête dans les nuages lacrymogènes…

Et si tu as senti cela, c’est parce que tu tombes au plus mauvais moment de l’histoire occidentale pour un jeune homme blanc et hétérosexuel de la classe moyenne supérieure. Tu n’as rien fait, même pas une main aux fesses en CE2, mais tu es quand même comptable de deux mille ans de domination masculine, et en plus tu aimes ta côte de bœuf saignante.

Alors dois-tu te résigner à passer tes deux mois de liberté en tête à tête avec YouPorn et arriver au mois de septembre en souffrant d’un tennis-elbow ? Non, bien entendu. Il te faudra juste être d’une extrême prudence.

Cela risque de perdre de sa spontanéité, mais si tu abordes cette jeune fille qui est la parfaite représentation de Clélia Conti alors qu’elle se déhanche sur le dance floor, enregistre malgré le bruit votre conversation avec ton portable. Si elle devait engager des poursuites sous prétexte que vers cinq heures du matin, tu as stupidement pris pour une invitation à l’amour, son « baise-moi » sur la dune voisine du Macumba ou sur le siège arrière de la Clio, tu auras peut-être de quoi te défendre, quand bien même elle arguerait d’un abus de faiblesse dû aux treize vodkas Redbull qu’elle avait bues dans la nuit.

Méfie-toi des éblouissements, aussi. Je veux dire ceux de Frédéric Moreau quand il voit Mme Arnoux : la fille idéale est là, devant toi, sur la plage. Chose incroyable, elle lit et pas un roman de l’été, mais un vieux livre de poche de Colette. Ton cœur bat la chamade. Elle est jolie comme Amanda Lenglet dans Conte d’été. Assez logiquement, tu te dis : « Joue-là comme Rohmer. » Tu entames la conversation, tu fais deux ou trois allusions littéraires, elle les saisit. C’est un miracle, voilà la femme de ta vie. Jusqu’au moment où la conversation vient sur Colette et que la rohmerienne te déclare qu’il est quand même scandaleux qu’aussi peu de femmes soient présentes au bac de français. Tu sens le danger. Soit tu dis que tu es d’accord, soit tu fais remarquer qu’il ne s’agit pas d’un choix machiste, mais que c’est tout simplement dû au fait que plus on remonte dans les siècles passés, moins les écrivains femmes sont nombreuses. Ou alors, change de sujet de conversation, c’est moins risqué. Et là, c’est à toi de décider. Tu peux par exemple, très lâchement, mais ce n’est pas moi qui te blâmerais si elle te plaît vraiment, te couvrir la tête de cendres, dire à quel point la libération de la parole des femmes a formidablement assaini le paysage. Que tout peut recommencer sur un pied d’égalité entre les deux sexes. Tu auras honte, mais au moins tu auras réussi.

À moins qu’à la fin de la conversation, elle se redresse sur sa serviette, secoue le sable dans tes cheveux et te dise : « C’est formidable de savoir qu’il y a des garçons comme toi. Vraiment formidable. » Avant de partir au bras du CRS surveillant de baignade, à la mâchoire prognathe et aux muscles stalonniens, qui vient de terminer son service…

La petite gauloise

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Un peu tard dans la saison

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« Je ne veux pas que s’installe une relation d’ennemis entre Juifs et musulmans »

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karim achoui juifs musulmans
Karim Achoui, 2013. Sipa. Numéro de reportage : 00665297_000011.

Mis en cause dans Causeur, le fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans Karim Achoui a choisi de s’expliquer. Accusation de communautarisme victimaire, antisémitisme, combat pour les menus de substitution à la cantine : le militant associatif avocat au barreau d’Alger n’élude aucune question sensible. Entretien viril mais correct. 


Daoud Boughezala. Commençons par une précision sémantique. Dans l’esprit de la Ligue de défense judiciaire des musulmans, qu’est-ce qu’un musulman ? Désignez-vous par ce terme tous les individus pratiquants l’islam, les croyants non-pratiquants, voire des citoyens originaires de pays musulmans qui ne sont ni croyants ni pratiquants, à la manière des Juifs athées ?

Karim Achoui[tooltips content= »Karim Achoui est fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans« ]1[/tooltips]. Le « musulman » qui m’importe, celui dont je plaide la cause, est un juif. Mon musulman est un juif. Pas celui de Levinas, mais celui de Sartre. Ce que j’entends par là, c’est que le musulman que je désigne quand j’évoque une « cause des musulmans », est celui des islamophobes, c’est-à-dire au fond un bougnoule, un bicot, soit ce qu’a magistralement euphémisé Sarkozy par l’expression « musulman d’apparence ». Au travers de la Ligue de Défense Judiciaire des Musulmans, ma démarche reste fondamentalement celle d’un avocat, bien plus que celle d’un militant. Savoir si mes « frères » en Islam sont de bons musulmans est le dernier du dernier de mes soucis. Est musulman, celui qui est discriminé, humilié et offensé pour ce motif réel ou supposé.

 Je ne victimise pas les musulmans.

Certes, mais depuis 2015, le terrorisme djihadiste a tué près de 250 civils en France. Ces dernières années, tous les terroristes sévissant en France étaient musulmans. Malgré tout, la quasi-totalité de la population française rejettent les amalgames et on constate l’absence d’opérations de représailles anti-musulmans. Dans ces conditions, pourquoi victimisez-vous les musulmans de France ?

Votre argument me rappelle celui qu’on oppose aux féministes actuelles, à qui il est reproché de continuer à se battre pour l’égalité, alors que l’égalité des droits est aujourd’hui acquise. Au fond, votre argument c’est de dire : vous êtes mieux traités que vos pères des bidonvilles de Nanterre ou les noirs dans l’Alabama des années 20, donc estimez vous heureux et rasez les murs. Les musulmans de France n’ont pas à dire merci pour l’absence de pogroms, ni à demander pardon pour les criminels qui ont tué en prostituant l’islam. Pour répondre à votre question, je ne victimise pas les musulmans. Je reçois chaque jour, des messages de femmes et d’hommes musulmans qui m’exposent les discriminations et brimades dont ils sont l’objet, notamment au travail, dans l’accès au logement, dans l’espace public et les relations avec les administrations, la police et l’Etat, en raison de leur religion, de leur nom, de leur couleur de peau. Par ma voix, j’essaye de relayer leurs frustrations et de travailler à réparer les injustices qu’ils subissent.

Les musulmans qui vivent comme des Amish et font preuve d’agressivité à l’égard de leurs coreligionnaires sont mes ennemis.

Si les musulmans de France sont victimes, n’est-ce pas surtout de leur frange fondamentaliste qui opprime les femmes, les libre-penseurs et tout autre individu réfractaire à leur dogmatisme sectaire ?

Je pense que l’esprit totalitaire est un trait psychologique, que l’on retrouve au sein d’une frange de chaque population, indépendamment des cultures, des religions ou des idéologies politiques. Les gens dont vous parlez me pendraient haut et court s’ils en avaient la possibilité. Car je ne serais pas assez musulman et ce genre de fariboles pour enfants attardés. Bien sûr qu’il existe en France, des musulmans qui vivent comme des Amish et font preuve d’agressivité à l’égard de leurs coreligionnaires. Ces gens là sont mes ennemis. Je suis un libéral. Je suis pour que les musulmans qui le souhaitent, puissent vivre comme des Amish, à la condition de laisser tranquille les autres. Les épouvantails à longues barbes ne me font toutefois pas oublier, que dans les messages que je reçois chaque jour et que j’évoquais plus haut, il est bien plus souvent question de Marie Dupont, la proprio/chef de services qui-a-un-problème-avec-les-Arabes, que de clochards barbus qui caillassent des femmes non voilées.

Je suis tout à fait partisan d’actions communes avec des associations juives.

Arrêtons-nous sur une de vos luttes judiciaires. Vous avez engagé des poursuites contre la ville de Chalon-sur-Saône après qu’elle a supprimé les menus de substitution sans porc dans les cantines. Dans ce type d’action, envisagez-vous d’éventuelles alliances avec des associations communautaires juives ?

Sur les menus de substitution, j’aimerais d’ailleurs rappeler que la justice nous a donné raison de manière éclatante. Pour le reste, je suis tout à fait partisan d’actions communes avec des associations juives, sur des sujets qui nous rassemblent. Peut-être qu’un jour par exemple, la question de la remise en cause de l’abattage rituel se posera.

Il existe au sein d’une partie de la communauté musulmane une bouillie antisémite.

Peu après la création de la Ligue, en 2013, vous aviez reçu le soutien du député UDI franco-israélien Meyer Habib sous les sifflets de vos partisans. Sous prétexte d’antisionisme, une partie des musulmans de France cède-t-elle aux sirènes de l’antisémitisme ?


Rappelons d’abord que Meyer Habib n’est pas exactement Amos Oz ou Zeev Sternhell, que ce soit intellectuellement ou politiquement. Cette polémique était née du parcours politique bien particulier de Meyer Habib et absolument pas de sa judéité. Celui qui avait été sifflé était le proche de Netanyahou et du Likoud, mais certainement pas un juif.

Pour le reste, il n’est pas contestable, qu’il existe au sein d’une partie de la communauté musulmane, une bouillie antisémite mêlant vieil antisémitisme maghrébin, vieil antisémitisme français et haine d’Israël.

Pour ma part, je sais que quand on dit du mal des Juifs, c’est également de moi et des musulmans dont on parle. De manière générale, je me sens solidaire de toutes les expériences minoritaires et de tous les discriminés, dont bien évidemment les Juifs. Didier Eribon a écrit des choses très justes là-dessus dans sa Morale du minoritaire.

Je ne veux pas que s’installe ici en France, une relation d’ennemis entre les Juifs et les musulmans, pas plus qu’entre les musulmans et la France. Nous sommes tous Français et mon action n’a d’autre but que de favoriser la fraternité de tous au sein de notre nation.

Robert Lepage, metteur en scène martyr du multiculturalisme

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Robert Lepage à la première de sa pièce 887, 24 octobre 2014 ©Wikimedia

Le metteur en scène québécois Robert Lepage est blanc. Le genre qui est capable de faire jouer un rôle d’Indien par un acteur qui n’est pas 100% amérindien. Il n’en fallait pas plus pour qu’il se fasse censurer. Au secours, les « antiracistes » sont devenus fous!


 

Rappelez-vous Le Dernier des Mohicans. Magua, le chef huron, ne marche pas à l’affectif. Il arrache et mange à moitié le cœur du colonel Munro, fait griller vif le jeune Major Duncan Heyward, traîne en esclavage la larmoyante (on le serait à moins) Alice Munro et tue finalement Uncas, le fils unique de Chingachgook — le « dernier des Mohicans ». Parce que le fils adoptif de Chingachgook, Nathaniel Bumppo, dit « Œil de faucon », dit « Bas de cuir », dit « la Longue carabine » (Fenimore Cooper m’a assuré dans une conversation privée au dessus d’une table tournante que non, ce n’était pas une métaphore cochonne), est un Blanc comme vous et moi, et d’ailleurs il est mort sans descendance — lire la Prairie, qui clôt le cycle Natty Bumppo.

Faire chanter du blues à une Blanche!

Bon. Magua meurt à son tour. Mais ses héritiers sont toujours là, prêts à arracher des cœurs de Blancs. Par exemple celui de Robert Lepage, illustrissime metteur en scène canadien — donc une cible de premier choix.

Robert Lepage est blanc. Un enculé de Blanc, s’il faut en croire l’actualité récente du Québec. Le genre qui est capable de faire chanter (dans un spectacle qui devait s’intituler SLAV, pour le Festival de jazz de Montréal) du blues à une Blanche ! Le genre qui est capable de faire jouer un rôle d’Indien par un acteur qui n’est pas 100% « native » — et tant pis s’ils ont tous été exterminés, tant pis s’il n’y a pas assez d’acteurs indiens de qualité pour monopoliser les rôles de Kanata (titre originel d’un spectacle donc annulé), que devait jouer le Théâtre du Soleil en décembre à Paris et plus tard au Québec — et qui est remis sine die, les producteurs canadiens ayant retiré leurs billes, sous pression de l’extrême gauche « racialiste », dit le Figaro — raciste, dit Mathieu Bock-Côté, et il a bien raison.

Le jeu pervers de la culpabilité

C’est d’autant plus drôle que Robert Lepage, dit notre sociologue mal pensant (deux mots en combinaison oxymorique, ces temps-ci — tant les sociologues font de leur mieux pour penser « bien », quitte à tordre le cou aux évidences) « renversait le regard historique traditionnellement posé sur le Canada, en privilégiant celui des Amérindiens par rapport aux Blancs. Lepage reconduisait, avec un génie dramaturgique indéniable, une lecture culpabilisante de l’histoire occidentale. »
Mais voilà : quand on accepte le jeu pervers de la culpabilité, on trouve toujours plus culpabilisant que soi. « Un groupuscule prétendant représenter une communauté « minoritaire » a surgi pour accuser la pièce de se rendre coupable d’appropriation culturelle, c’est-à-dire d’une forme de pillage symbolique propre à la domination néocoloniale que subiraient les populations « racisées » ». Nakuset, directrice exécutive du Native Women’s Shelter de Montreal, s’est déclarée « très heureuse » de cette annulation. Pauvre conne.

Je suggère que désormais toute organisation, tout groupuscule, tout individu utilisant ce mot, « racisé », soit systématiquement poursuivi pour racisme.

Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli

Le Dernier des Mohicans

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La face cachée du multiculturalisme

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Médias: la fin d’Autolib’ fait jeu égal avec l’affaire Benalla

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alexandre benalla autolib paris
Alexandre Benalla et Emmanuel Macron? JUILLET 2018, Sipa. Numéro de reportage : AP22228379_000011, borne Autolib. Sipa. Numéro de reportage : 00716501_000034

Paris se préoccupe plus de la disparition d’Autolib’ que d’événements autrement plus importants et dramatiques. Dans le journalisme, la loi du kilomètre règne plus que jamais.


 

Ah, le parisianisme médiatique… Dans le jargon journalistique, la loi du « mort kilométrique » désigne le fait, pour le récepteur d’une information, de se sentir plus concerné par celle-ci lorsque l’événement rapporté est géographiquement proche de lui. Nous sommes plus fortement touchés par le décès d’une seule personne, s’il a lieu près de chez nous, que par la mort de plusieurs dizaines de personnes dans un pays lointain.

Plus exactement, comme l’a montré une expérience dont les résultats ont été publiés en 2000 par une équipe de chercheurs que dirigeait le psychologue Jacques-Philippe Leyens, les émotions suscitées ne sont pas les mêmes selon que le mort est proche ou lointain : dans les deux cas, on éprouve de la tristesse et de la colère; mais le chagrin et la culpabilité se manifestent uniquement quand le drame est géographiquement proche du récepteur de l’information.

Or, l’intensité et la nature de l’impact émotionnel influent sur la hiérarchisation de l’information : les journalistes accordent moins de place à une information dramatique qui aurait lieu loin de la France, qu’à des événements mineurs survenus sur le territoire national.

Lire la suite sur le blog d’Ingrid Riocreux

« À Paris, les appartements de qualité se vendent en quelques heures »

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paris immobilier stephane buthaud
Appartements à vendre, Paris, 2005 © Sipa.

Cofondateur de la start-up www.jerevedunemaison.com qui emploie plus de dix-huit chasseurs d’appartement spécialisés dans l’ancien, Stéphane Buthaud a créé le baromètre Immoscan des prix de l’immobilier parisien. D’après cet outil, le prix de mètre carré à la vente frise les 12 000 euros dans Paris intra muros. Entretien.


 Daoud Boughezala. Comment expliquez-vous que globalement, les prix du mètre carré parisien continuent à monter ?

Stéphane Buthaud. Depuis que nous collectons des données, c’est-à-dire dix-huit mois, nous constatons en effet que les prix sont toujours très tendus et plutôt à la hausse. Sans être économiste, j’observe que les taux d’intérêt continuent d’être très bas et aucun signe ne laisse entendre qu’ils vont remonter. Personne ne se dit que le coût de l’emprunt sur 20 ou 25 ans va encore baisser, c’est pourquoi les gens pensent que c’est le moment de s’endetter. Cet engouement vers l’achat fait qu’il y a plus d’acheteurs que de vendeurs. Par conséquent, un bien immobilier part très rapidement sans aucune négociation possible. Ceci étant, le prix de 11 980 € par mètre carré à vendre est une moyenne, ça va du simple au double si vous passez du XIXème au XXème arrondissement ou au cœur de Paris (VIème, VIIème).

D’après votre baromètre, le prix moyen du mètre carré à Paris est de 11 980 euros. Est-ce vraiment un scoop ?

Les autres baromètres indiquent un peu plus de 10 000 euros le mètre carré. Or, le nôtre prend en compte l’intégralité du prix acheteur,  qui inclut le prix du bien mais aussi les frais d’agence, c’est-à-dire entre 2% et 6% en plus. Nos concurrents s’appuient en outre sur des données plus anciennes, qui proviennent notamment de la Chambre des notaires, et qui n’arrivent que quatre ou cinq mois après les transactions. En revanche, notre baromètre Immoscan analyse en temps réel l’intégralité des annonces de vente mises en lignes jusqu’à fin mai 2018. Cela permet de mieux informer les acheteurs du marché lorsqu’ils le découvrent, qu’ils soient primo-accédants ou décident d’acheter un nouveau bien.

Malgré tout, les sites de vente immobilière ne manquent pas. Pourquoi vos clients vous contactent-ils ?

Ils sortent souvent d’un échec par-rapport à un projet d’achat, qu’ils n’arrivent pas à mener eux-mêmes. Soit qu’ils n’arrivent pas à obtenir un contact avec le vendeur ou l’agent, lequel vend le bien en deux trois heures. Sur les vingt mille biens à vendre à Paris, certains restent sur le marché plus longtemps, et attendent acquéreur depuis plus de six mois voire un an. Mais des biens de qualité vont partir en quelques heures. C’est plutôt sur ce marché que nous travaillons.

Avez-vous observé un profil-type d’acheteur ?

Nous avons un profil-type qui est assez différent des autres acteurs de la chasse immobilière, notamment parce que nous essayons de nous rendre plus accessibles. Notre commission de 2% est la plus basse du secteur, ce qui fait qu’on a aujourd’hui comme clients environ 50% de primo-accédants à la propriété. Ce sont des jeunes entre 25 et 35 ans qui travaillent déjà depuis quelques années, ont des revenus stables et plutôt élevés. Typiquement, un couple qui travaille va pouvoir commencer par acheter un grand studio ou un petit deux-pièces.

Prenons cet exemple. Pour un couple qui souhaite acheter un grand studio, combien exigez-vous de salaire cumulé, éventuellement d’apport ?

C’est le vendeur qui choisit entre les dossiers qui lui sont proposés. Condition sine qua non, il faut que le dossier de financement soit validé par la banque ou un courtier. Pour avoir une chance sur ce marché très concurrentiel, je préconise d’avoir au minimum 25% d’apport. D’autre part, les revenus qui déterminent le montant de l’emprunt. Les banques exigent à peu près qu’au maximum un tiers de vos revenus aillent dans le remboursement du prêt.

Hormis la hausse générale des prix, quelles sont les grandes tendances du marché immobilier parisien ?

Arrêtons-nous un instant sur la hausse des prix. C’est un mouvement de fond ! Il y a un an, on a été abasourdi de voir des appartements bruyants dans le 18e arrondissement, en plein boulevard, dépasser les 10 000 euros le mètre carré. On pensait que ces prix étaient réservés aux quartiers plus recherchés, dans le 17e par exemple. Or, je remarque que beaucoup de nos primo-accédants choisissent d’aller dans le 18ème, dans le 19ème, ou  dans le 20ème, qui sont moins recherchés par des clientèles plus aisées. Les jeunes n’hésitent pas à s’éloigner de leur quartier d’origine pour gagner quelques mètres carré. Ils passent dans l’Est parisien, soucieux d’une meilleure qualité de vie et d’un cadre agréable. De même, de plus en plus de familles qui sortent de Paris pour s’agrandir,

Ce mouvement ne fait-il pas flamber les prix des appartements de la petite couronne, dans les communes qui se boboïsent comme Montrouge ou Pantin ?

Exactement. Le mois dernier, un de nos clients qui voulait habiter dans le nord du 17ème a passé la frontière du périphérique afin de gagner 15% de surface supplémentaire pour le même budget. Il vit dans un quartier aussi agréable et ses enfants restent scolarisés dans Paris.

Malgré une demande croissante, certains  types d’appartements voient-ils leur prix s’affaisser ?

S’il y a des baisses de prix, c’est plutôt sur des appartements plus hauts de gamme, à partir de 1 ou 1,5 million d’euros. Lorsqu’il y a négociation, c’est sur des biens qui restent plusieurs mois sans acheteurs parce que leur le prix est mal ajusté par rapport à la demande. Dans ces cas-là, soit le vendeur s’accroche à son prix si bien que l’appartement reste neuf mois ou un an après en vente, soit il se résout à baisser le prix pour vendre. Mais 41% des annonces immobilières partent en moins de vingt-huit jours. Il n’y a alors aucune négociation sur le prix.

Paris, c'est foutu !

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Qui a planifié le déclenchement de l’affaire Benalla?

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Alexandre Benalla confronté aux images vidéos du 1er mai. AFP / TF1

S’interroger sur la date du surgissement d’un scandale n’est pas « complotiste ». Vidéos et révélations sur Alexandre Benalla sortent à point nommé dans la presse…


 

Ariane Chemin, qui a révélé les agissements coupables de Benalla dans Le Monde du 18 juillet, déclenchant ce qui porte aujourd’hui le nom d' »affaire Benalla », s’est indignée en plusieurs occasions de la réaction d’Emmanuel Macron, empreinte, selon elle, d’un « complotisme désolant et un peu ridicule ».

De la réponse du président, on peut en effet retenir deux éléments, qui ont focalisé la critique : « deux mois et demi après les faits » et « ils ».

Difficile évidemment de savoir qui se cache derrière cet ennemi pluriel putatif qui utiliserait le cas Benalla pour nuire à Emmanuel Macron. Peut-être les journalistes et bien des opposants au gouvernement ont-ils raison de ne voir là qu’une forme de paranoïa quelque peu grotesque, voire une tentative de diversion plutôt maladroite. Mais pourquoi nous interdit-on radicalement de penser que peut-être tout n’est pas le fait du hasard ? C’est du complotisme si l’on prétend que la réponse va de soi et que l’on intègre le scandale à une grande théorie indémontrable (c’est le propre du complotisme : en attaquant la thèse, vous la renforcez). Sinon, c’est juste une prudence de pur bon sens, l’expression d’une hypothèse dont le degré de probabilité varie selon les cas.

Durant les premiers jours de l’affaire, on nous a répété ceci : « Alexandre Benalla a été identifié dans une vidéo ». Identifié par qui ? Filmé par qui ?

>> Retrouvez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<

Pour les Brésiliens du Nord, Lula a été leur meilleur président

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Manifestation pour la libération du président Luiz Inacio Lula da Silva, 1er mai 2018. ©SIPA, Numéro de reportage : Shutterstock40645902_000007

Voisine du Brésil, la Guyane accueille de nombreux Brésiliens du nord venus tenter de leur chance dans ce département français d’outre-mer. Un simple micro-trottoir suffit à mesurer la popularité de l’ancien président Lula, qu’une procédure judiciaire empêche de briguer un nouveau mandat. Reportage près de l’équateur du Brésil.


 

C’est les vacances. Pourquoi ne pas en profiter pour découvrir le Brésil, ce pays que François Ier voyait comme une terre de commerce, et où Jean de Léry se fascinait pour les Amérindiens ? La barrière de la langue vous fait peur ? Rassurez-vous, pour découvrir le pays du Christ Rédempteur, on peut se rendre en Guyane : cette dernière est accolée au nord du Brésil. Ainsi, de nombreux Brésiliens du Nord ou du Nordeste, la région la pauvre du pays (d’où vient l’ancien président Lula), viennent tenter leur chance sur la terre de Félix Eboué. Dans ce qui est à leurs yeux un Eldorado, beaucoup se ruent vers l’or, dans des mines souvent illégales : non-respect des normes françaises car on y use abondamment du mercure. D’autres exercent des métiers tout autant prolétaires mais néanmoins moins durs, moins mafieux, plus enclins à préserver la sécurité physique, et légaux : maçon, bétonneur, peintre en bâtiment, menuisier, charpentier etc.

Vu de Guyane

Ce qui m’a surpris, en bavardant avec les Brésiliens que j’ai rencontrés en Guyane, c’est qu’ils tiennent généralement leur ancien président en haute estime. Pour Adriano, ouvrier chevelu à la cinquantaine bien entamée, dont près de trente ans en Guyane, et qui vécut avant à Fortaleza (région du Nordeste), Lula fut « un président qui a fait beaucoup de choses pour les Brésiliens. Si un Brésilien qui est né pauvre peut maintenant faire des études supérieures, c’est grâce à Lula ». Adriano n’a cependant jamais voté. « Car je vivais en Guyane », se justifie-t-il entre deux Morelos, la cigarette des orpailleurs. Mais il estime que « contrairement à Lula, Michel Temer est un mauvais président ». D’après cet immigré qui garde un dur souvenir de la dictature militaire durant son enfance, « l’armée est là, prête à reprendre le pouvoir », s’inquiète-t-il. Lébiane a atterri à Ronaldo, un village d’orpailleurs illégal, sur le Haut-Maroni, en face de Maripasoula, à la frontière avec le Surinam. Elle y tient actuellement un magasin de vêtements. Selon cette jolie quarantenaire originaire de l’Etat du Goiás, qui encercle Brasilia, Lula reste aussi « le meilleur président qu’a connu le Brésil ». Et la situation actuelle, avec Michel Temer au pouvoir « est très mauvaise ».  Même son de cloche chez Alfonso, ouvrier à Maripasoula qui assure derrière d’épaisses lunettes que « Lula fut le meilleur président que le Brésil ait jamais eu », chez Lu (prononcer Lou), jeune brunette venant de São Luís, qui a rejoint il y a peu sa mère en face de Maripasoula, de l’autre côté du fleuve du Maroni, pour qui « Lula était un bon président, Dilma (Roussef) pas mal, et tous les deux mieux que Temer », dit-elle sans s’épancher plus, et chez les autres dont j’ai oublié les noms.

Lula aussi pourri que les autres?

Ne serais-je enclin qu’à converser avec des soutiens de Lula, pensez-vous ? Non : il existe des détracteurs parmi les immigrés brésiliens en Guyane. Francisco, par exemple, fin menuisier cinquantenaire établi dans la bourgade de Maripasoula : « Lula est en prison parce qu’il a volé de l’argent. Qu’il y reste ! », lance-t-il simplement.  Ou Diana, séduisante trentenaire résidant à Saint-Laurent-du-Maroni : « Lula est arrivé au pouvoir au Brésil alors qu’il était analphabète. Comment voudriez-vous que je soutienne un président analphabète ? Tout ce qu’il a fait, c’est d’avoir légalisé le mariage homosexuel. Je n’ai pas plus confiance en lui qu’en un autre ».  Ou bien Aldo, un trentenaire aux allures de dandy, qui a vécu la majeure partie de sa vie à Toulouse avant de venir à Cayenne : « Lula est aussi pourri que les autres, estime-t-il dans un français impeccable, entre deux bouffées de Dunhill. En France, on a fait un cirque pas possible avec l’affaire Fillon. Et on a eu raison. C’est pourquoi j’adore la France. Au Brésil, l’affaire Fillon ce n’est strictement rien par rapport à tout ce que nos politiciens se mettent dans les poches. On paye des impôts et on n’en voit jamais la couleur. A Oiapoque par exemple, on paye beaucoup d’impôts, et les routes sont dégueulasses ».

La thèse du coup monté 

Oiapoque justement. 25 000 habitants, juste en face de la commune française de Saint-Georges de l’Oyapock. A dix minutes en pirogue de la France. Pour le Français s’y rendant, pas de problèmes. Pour le Brésilien se rendant à Saint-Georges, la police française a l’œil et n’hésite guère à faire mariner au poste, ont tenu à me signaler quelques Oiapoquiens. Le badaud à peine débarqué de la pirogue, des hommes en t-shirts moulants verts ont le regard à l’affut et lui proposent du change : 4,2 réaux pour 1 euro. En octobre dernier, ils m’en proposaient 3 pour le même prix. Depuis quelques mois, le Brésil va mal, en effet. Malgré son apparente quiétude, Oiapoque reste une base arrière de l’orpaillage illégal. Depuis peu, la municipalité y a ouvert une zone de sports en plein air, au centre de la ville, qui lui confère des airs de kermesse. C’est là que je rencontre Arnoldo, 47 ans, ouvrier originaire de Fortaleza et travaillant à Cayenne depuis des années. Il est venu passer le weekend ici. Il estime que « Lula a fait beaucoup de choses pour les pauvres, est très populaire au Brésil, et s’il peut se présenter aux prochaines élections, il passe dès le premier tour ». Ce pourquoi, selon lui, « l’opposition, qui représente les riches ne veut surtout pas qu’il se présente. Mais Temer est très impopulaire pour les Brésiliens car il ne fait que des bêtises ». La théorie du complot rode : « Les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à ce que Lula redevienne président, estime Arnoldo entre deux gorgées d’Itaipava, la pils du pays. Je pense donc qu’ils sont derrière sa mise en prison, qui est un coup monté. Ils l’ont attrapé pour une histoire d’appartement. C’est ridicule comparé à tout ce que les autres politiciens volent au pays ». La jeune serveuse nous apporte l’addition d’un pas chancelant. Le salaire minimum au Brésil est d’actuellement 954 réaux par mois. C’est peu. Sans doute pourquoi certaines jeunes femmes choisissent une autre voie (ou cumulent les deux) : à deux pas de la place principale, en négociant leurs charmes, elles peuvent gagner la même chose en une semaine. Sur fond de brega tonitruante –musique populaire du Nordeste-, j’interroge l’une d’entre-elle, une minette en short moulant ne paraissant pas avoir passé les dix-huit ans, mais qui est majeure car sinon, elle ne pourrait pas travailler dans un bar, m’assure-t-on. « Lula ? me regarde-t-elle avec surprise entre deux messages Whatsapp. Un très bon président », fait-elle l’effort de me répondre. « Mais de toute façon, la situation du pays est très mauvaise », ajoute-t-elle évasivement avant de se replonger dans son iPhone.

La huitième économie mondiale

Le dimanche de la finale de la Coupe du monde, les bistrots sont loin d’être remplis. Le Brésil a été éliminé, le reste importe peu. Sport résolument populaire au pays de l’ «ordre et du progrès » (la devise du pays, issue de celle du positivisme d’Auguste Comte, l’amour en moins), le foot reste un moyen d’affirmer sa fierté nationale. Le Brésilien aime le Brésil. Sa patrie passe avant les autres. Comment pourrait-il en être autrement, pour garder l’unité d’un pays quasiment grand comme l’Europe ? Parmi les drapeaux jaunes malgré tout, des drapeaux tricolores flottent, et des aveux de sympathie rôdent. Ainsi, à la terrasse d’un bar prolo, un chauffeur borgne de mini bus, faisant des trajets entre Saint Georges et Regina, me confie, entre deux grandes bouteilles d’Itaipava, combien il aime la France (la Guyane), qui a fait beaucoup pour lui. Je ne peux m’empêcher de l’interroger sur Luiz Inácio Lula da Silva. Une fois encore, « le meilleur président du Brésil », entends-je dire. Kleya, une jeune brunette originaire de Belém (où Claude Lévi-Strauss fit halte avant de s’aventurer dans l’Amazonie), survivant à travers le tourisme n’en pense pas moins : « Lula fut un très bon président. C’est grâce à lui que beaucoup de Brésiliens ne vivent plus dans la pauvreté».

Que penser ? Le « meilleur président » ? Je ne sais pas. Mais le président des petites gens, des sans-dents, visiblement. De fait, au niveau national, Lula est crédité par les sondages d’une popularité oscillant entre 33 et 39 %, suivi par Jair Bolsonaro (environ 15 %), classé radicalement à droite. En retournant flâner, des routes cabossées où les taxis motos peinent à se frayer un chemin. Le pays de l’ « ordre et du progrès » semble enclin au désordre en effet, mais n’est-ce pas dans ces conditions que s’est créée la huitième économie mondiale ? Au bord d’un vélo, un vendeur à la mine fatiguée traîne une roulotte pour vendre des coxinhas, beignets locaux à base de viande.  Affaire conclue, je m’enquiers de le sonder. « Lula ? Le meilleur président du Brésil », affirme-t-il avec aplomb. Décidément… Pourtant, les 7 et 28 octobre prochains, il semble que les élections auront lieu sans Lula.

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Facebook soigne l’addiction… à Facebook

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© D.R.

À l’aube du siècle dernier, Lénine écrivait que le capitalisme nous vendrait la corde pour nous pendre. Comme pour donner raison à l’embaumé de la place Rouge, Facebook nous promet à la fois la corde et le sécateur censé nous en sauver. Tout en entretenant la dépendance de ses utilisateurs, le réseau social créé par Mark Zuckerberg prépare une nouvelle fonctionnalité destinée à contrôler le temps passé sur sa plateforme. Intitulée « Your Time on Facebook », cette option entend provoquer une prise de conscience chez ses utilisateurs en leur fournissant quotidiennement les statistiques de leur addiction. « Yes ! Vous êtes vraiment une pauvre larve à 54,5 %, bravo ! »

À lire aussi : Scandale Facebook : la partie émergée du Zuckerberg

À quel degré de sidération ce machin est-il parvenu à nous amener pour que nous puissions croire une seconde qu’il a changé de dessein ? Autant imaginer une danseuse lascivement agrippée à sa barre de pole dance, qui, saisie de remords, interromprait soudainement son show, sortirait un chapelet et inviterait l’assistance à prier avec elle.

Et ce n’est pas tout. Aux dernières nouvelles, Facebook a déposé plusieurs brevets, dont celui d’une invention qui permettra un jour de prévoir la date de la mort de ses utilisateurs. En revanche, aucune application à ce jour ne vous dit en combien de temps l’usage intensif de Facebook vous rendra totalement idiot.

Le cyberharcèlement des journalistes existe, « Causeur » l’a rencontré!

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Le site 343connards.fr

Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques.

Armées de trolls et fake news

Même si ce rapport ne nous apprend pas grand-chose de fondamentalement nouveau, quelques points peuvent néanmoins renseigner le citoyen curieux. S’il tombe souvent dans une empathie psychologisante isolant des cas particuliers sans qu’une démonstration générale ne soit faite, on y lit cependant des développements intéressants sur le phénomène des « armées de trolls », équipes employées par certains Etats, comme la Chine ou l’Iran, pour propager des « fake news » et soutenir des idées sur les réseaux sociaux. Le raisonnement est poursuivi par un éclairage utile sur la façon dont se diffusent les informations sur Internet.

En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre.

Journaliste ou militant?

Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Un exemple parmi tant d’autres : page 9, on lit dans un encadré : « Au Pakistan, où 68% des journalistes ont été victimes de harcèlement en ligne, des femmes activistes et des féministes sont trollées et désignées comme étant des agents occidentaux ». On comprend ainsi que le journaliste, selon RSF, est investi d’une mission morale : propager les valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits humains. Tout comme les membres de Reporters Sans Frontières eux-mêmes d’ailleurs, qui n’hésitent pas à formuler des recommandations, au contenu si vague qu’il en est complètement venteux, aux Etats, aux institutions internationales et aux médias, dans la tradition prétentieuse de ce type d’ONG.

Harceler des « salauds » en toute impunité : la horde contre Causeur

Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».

Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents.

Qu’est-ce que cette mystérieuse « cause musulmane »?

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Karim Achoui, fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans, 2013. ©Sipa. Numéro de reportage : 00665297_000001

D’après son ami avocat Karim Achoui, fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans, Alexandre Benalla serait un soutien de « la cause musulmane ». Derrière l’expression non-homologuée par le Dictionnaire de l’Académie Française se cache un mouvement qui n’existe pour aucune autre religion.


 

Les divers rebondissements de l’affaire Benalla qui émaillent les JT, reléguant House of Cards à une aventure de Oui-Oui, nous ont appris que ce Lieutenant-Colonel était « proche de la cause musulmane ». Ce sont en tout cas les allégations de l’ancien avocat, radié du barreau, Karim Achoui.

A lire aussi: L’affaire Benalla vue du Maroc 

Les guerriers se travestissent en victimes

Nous découvrons ainsi qu’il existe une « cause » musulmane. C’est assez mystérieux, ça, la « cause » musulmane. D’emblée, on pense aux « bonnes causes », comme la défense de la baleine à bosse, chère à nos amis les amis des bêtes. La cause musulmane est elle aussi portée par de nombreuses ONG, certes, mais la comparaison s’arrête là. Car si la baleine à bosse est en voie d’extinction, ce n’est pas le cas des adorateurs de Mahomet. Au contraire, leur taux de fécondité les met largement à l’abri de toute menace de disparition. « Cause » doit donc s’entendre autrement. Peut-être du point de vue religieux, bien que l’aspect spirituel soit très résiduel dans le coran et les hadiths.

Existe-t-il une « cause catholique » ? Une « cause juive » ? Une « cause protestante » ? Hindouiste ? Boudhiste ? Athée ? Agnostique ? Ou alors, faut-il entendre « musulmane » dans sa nature réelle, c’est-à-dire politique ? Dans ce cas, on cherche une cause communiste, socialiste, conservatrice. En vain.

Alors, cette « cause musulmane » ne serait-elle tout simplement pas ce combat qui anime les Arabes et toutes les nations converties, depuis le neuvième siècle, à savoir, la conquête ? Depuis que Mahomet a unifié quelques tribus nomades en Arabie, celles-ci convoitent l’ancien empire romain, ce n’est un secret pour personne. Malgré une remarquable et farouche résistance des Kabyles, le sud de la Méditerranée est vaincu depuis longtemps par les nomades coranisés. Mais le nord, de Poitiers à Vienne, semble plus coriace. La « cause musulmane » n’est donc pas un fait nouveau, la seule nouveauté est que les guerriers se travestissent en victimes.

La guerre des accommodements

Mais si on remise les sabres, quels sont alors les moyens qui soutiennent cette cause ?  Comme au judo, il convient de tirer sa force de l’adversaire.

Sa supériorité technologique et scientifique a longtemps imposé l’Occident en leader sur tous les continents. Puis vint l’horreur de la Shoah et le fardeau civilisateur de l’homme blanc se transforma en voluptueux sanglot sur ses fautes réelles ou imaginaires. Une brèche était ouverte, l’islam adopta le langage du bobo-repentant, troquant provisoirement son statut de conquérant pour celui de victime. Il s’arrima dès lors au « guichet de la repentance », selon l’expression d’Elisabeth Lévy, exigeant toujours plus.  Reconnu comme religion en Belgique dès 1974, subventionné en France au mépris de la loi de 1905, l’islam avait pour premier objectif d’occuper le terrain et d’assurer sa visibilité, de voiles en commerces hallal, de prières de rue en minarets bruyants. Puis vinrent petit à petit, les accommodements raisonnables qui modifièrent nos coutumes, nos calendriers, nos piscines, nos cantines et surtout notre liberté d’expression. Le temps du blasphème égrillard semblait déjà bien lointain.

Quelques coups d’accélérateur furent donnés, au Bataclan, à la rédaction de Charlie, à Madrid ou à Zaventem, apaisant les plus impatients mais aussi, et très paradoxalement,  accordant toujours plus à un islam insatiable.

Et, tandis que quartier par quartier, la charia s’impose dans toute l’Europe de l’Ouest, le spectateur-électeur-contribuable se demande si Benalla avait tort ou raison de flanquer des claques à un manifestant.

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Lettre à un jeune mâle blanc

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Jean-Pierre Léaud dans Baisers volés, de François Truffaut, 1968 © Les Artistes Associés

Après #metoo, le temps de l’amour, des copains et de l’aventure devient risqué pour les jeunes hétérosexuels blancs. Virtuellement suspects, ils n’ont plus le choix qu’entre YouPorn et les eaux glacées de la parano néoféministe.


Mon cher neveu,

Tu as 17 ans, bientôt 18, et pour toi l’école est finie. Tu viens d’avoir ton baccalauréat avec mention, et comme tu habites dans un centre-ville plutôt que dans un département commençant par un 9 et finissant par un 3, Parcoursup a respecté tes vœux. Tu étudieras les lettres en classe préparatoire, ce qui ne mène à rien, mais peut-être à tous les bonheurs.

Que vas-tu faire de ta liberté toute neuve ? D’autant plus qu’elle va durer seulement deux mois avant l’entrée en hypokhâgne et le début d’une existence qui tiendra à la fois de la vie monastique et d’un entraînement commando au fort de Penthièvre. Je me souviens encore de mon sentiment de disponibilité heureuse, en cet été 1982, quand j’étais dans ta situation. Les filles étaient partout, rieuses, légères, mystérieuses, offrant leur gorge au soleil des terrasses, la tête penchée en arrière, ou marchant par deux dans les rues de la vieille ville, les lunettes noires remontées dans les cheveux. Aujourd’hui, parce que les filles, c’est comme la mer en Bretagne chez Chateaubriand, elles ne changent jamais parce qu’elles changent toujours, je leur pardonne même leurs envahissants smartphones, tant la technologie digitale a fait naître des gestes gracieux et inédits sur les écrans effleurés, comme des caresses. Comment vas-tu résister, toi aussi, et d’ailleurs faut-il résister, à autant de charme et de poésie en mouvement ?

À lire aussi : Accusés « mâles blancs », couchez-vous !

Saint Augustin, dans ses Confessions, a donné une excellente définition de la drague : « Nondum amabam et amare amabam » ce qui, je ne te l’apprendrai pas, signifie « Je n’aimais pas encore mais j’aimais aimer ». Pour aller vite, papillonne, exerce ta séduction, regarde les filles qui passent sur la plage[tooltips content= »Ce n’est plus saint Augustin mais Patrick Coutin, philosophe balnéaire »]1[/tooltips], et tente ta chance. Tombe amoureux si tu veux, même s’il n’y a pas d’urgence.

Mais je m’inquiète. Tu as bien conscience que quelque chose a été bouleversé ces derniers mois. Que le conseil de saint Augustin pourrait bien passer pour celui d’un harceleur de rue, qui est la personne la plus honnie de France désormais, après le pédophile, l’antisémite et le cheminot. Je ne reviens pas sur l’affaire Weinstein et le mouvement Balance ton porc, tu es assez féru des réseaux sociaux et assez fin pour savoir que l’ère du soupçon s’est installée et, que ça te plaise ou non, que tu es virtuellement suspect, comme était virtuellement suspect le koulak aux yeux des staliniens quand bien même il protestait de son adhésion pleine et entière à la politique du petit père des peuples.

Tu me répondras que tu as des copines féministes, des copines noires, des copines lesbiennes, des copines véganes et même des copines noire, féministe, lesbienne et végane en même temps. Avec elles, tu as même occupé quelques jours ton lycée et pendant les réunions, la prise de parole a été strictement égalitaire. Oui mais, mon cher neveu, n’as-tu pas senti pendant ces moments gentiment insurrectionnels que la bagatelle n’était pas à l’ordre du jour ? Tu m’en as même parlé. Tout ça était terriblement sérieux, austère et tu n’as pas voulu me dire « puritain », parce que tu ne voulais pas discréditer ta lutte – les médias s’en chargeaient assez bien comme ça. On a beaucoup daubé sur 1968, mais eux, au moins, avaient quand même pas mal joui sans entraves (ou avec, allez savoir), pendant ces quelques semaines. Une révolution qui avait commencé par une histoire de dortoir de filles, ça a pour toi des airs de paradis perdu quand on sait à quel point les mouvements sociaux, désormais, passent plus de temps à discuter sur l’opportunité de l’écriture inclusive sur une banderole que de s’embrasser à pleine bouche en remontant vers le cortège de tête dans les nuages lacrymogènes…

Et si tu as senti cela, c’est parce que tu tombes au plus mauvais moment de l’histoire occidentale pour un jeune homme blanc et hétérosexuel de la classe moyenne supérieure. Tu n’as rien fait, même pas une main aux fesses en CE2, mais tu es quand même comptable de deux mille ans de domination masculine, et en plus tu aimes ta côte de bœuf saignante.

Alors dois-tu te résigner à passer tes deux mois de liberté en tête à tête avec YouPorn et arriver au mois de septembre en souffrant d’un tennis-elbow ? Non, bien entendu. Il te faudra juste être d’une extrême prudence.

Cela risque de perdre de sa spontanéité, mais si tu abordes cette jeune fille qui est la parfaite représentation de Clélia Conti alors qu’elle se déhanche sur le dance floor, enregistre malgré le bruit votre conversation avec ton portable. Si elle devait engager des poursuites sous prétexte que vers cinq heures du matin, tu as stupidement pris pour une invitation à l’amour, son « baise-moi » sur la dune voisine du Macumba ou sur le siège arrière de la Clio, tu auras peut-être de quoi te défendre, quand bien même elle arguerait d’un abus de faiblesse dû aux treize vodkas Redbull qu’elle avait bues dans la nuit.

Méfie-toi des éblouissements, aussi. Je veux dire ceux de Frédéric Moreau quand il voit Mme Arnoux : la fille idéale est là, devant toi, sur la plage. Chose incroyable, elle lit et pas un roman de l’été, mais un vieux livre de poche de Colette. Ton cœur bat la chamade. Elle est jolie comme Amanda Lenglet dans Conte d’été. Assez logiquement, tu te dis : « Joue-là comme Rohmer. » Tu entames la conversation, tu fais deux ou trois allusions littéraires, elle les saisit. C’est un miracle, voilà la femme de ta vie. Jusqu’au moment où la conversation vient sur Colette et que la rohmerienne te déclare qu’il est quand même scandaleux qu’aussi peu de femmes soient présentes au bac de français. Tu sens le danger. Soit tu dis que tu es d’accord, soit tu fais remarquer qu’il ne s’agit pas d’un choix machiste, mais que c’est tout simplement dû au fait que plus on remonte dans les siècles passés, moins les écrivains femmes sont nombreuses. Ou alors, change de sujet de conversation, c’est moins risqué. Et là, c’est à toi de décider. Tu peux par exemple, très lâchement, mais ce n’est pas moi qui te blâmerais si elle te plaît vraiment, te couvrir la tête de cendres, dire à quel point la libération de la parole des femmes a formidablement assaini le paysage. Que tout peut recommencer sur un pied d’égalité entre les deux sexes. Tu auras honte, mais au moins tu auras réussi.

À moins qu’à la fin de la conversation, elle se redresse sur sa serviette, secoue le sable dans tes cheveux et te dise : « C’est formidable de savoir qu’il y a des garçons comme toi. Vraiment formidable. » Avant de partir au bras du CRS surveillant de baignade, à la mâchoire prognathe et aux muscles stalonniens, qui vient de terminer son service…

La petite gauloise

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Un peu tard dans la saison

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