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Terroriste de Lyon: nous l’avons eue, sa haine

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Le terroriste présumé de Lyon n’a pas l’excuse d’avoir grandi dans une cité HLM, d’avoir été « exclu » de la société: c’était un immigrant nouvellement arrivé. Ca ne l’a pas empêché de nous signifier sa sympathie à sa façon, explosive. Et d’inventer un nouveau type d’action violente: le terrorisme récréatif.


L’attentat de Lyon présente d’ores et déjà, quelles que soient les découvertes que fera l’enquête, trois singularités qui le rendent effrayant. Faut-il que l’opinion soit chloroformée par le lent empoisonnement de l’habitude, qu’elle soit presque résignée à ces piqûres de rappel infligées tous les quatre ou cinq mois sous forme d’attentat dans un supermarché campagnard, de femmes égorgées à la gare de Marseille, de policiers assassinés à domicile devant leurs enfants ! On se scandalise, mais personne ne hurle son dégoût ni dans la rue ni dans la presse.

Mohamed ou la vraie vie

L’attentat d’un immigrant nouvellement arrivé, voilà du nouveau et de l’inédit ! Mohamed H. M. était en France depuis l’an dernier, il n’a pas l’excuse si souvent resservie par les sociologues d’avoir croupi depuis des générations dans un HLM de relégation perdu dans la grisaille d’une banlieue sordide. L’image d’Epinal qu’on nous dessine et redessine sans se lasser ne ressemble pas du tout aux rues pimpantes d’Oullins. La littérature et le cinéma sont pleins d’histoires de courageux immigrés de la première génération, qui sitôt qu’ils ont passé la police des frontières ou ont été libérés d’Ellis Island, se ruent au travail chez Renault ou chez Ford, puis gagnent à la sueur de leur front leur bien-être et la considération du peuple qui les a accueillis. On se souvient de ce conte de fées à lire dans les chaumières pour endormir les enfants, Elise ou la vraie vie. Bon, au bout de quelques générations certains de leurs descendants tournent mal, forment des gangs à Brooklyn ou Aubervilliers, mais c’est bien sûr la faute de la société d’accueil qui les rejette, comme on voit clairement dans cette immortelle crétinerie de Kassovitz, La Haine.

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On arrive d’Algérie pour faire des études d’informatique et quelques mois plus tard, on n’a plus de visa, on est exclu de son école et boum ! on fait péter son pays d’accueil. Serait-il exagéré de dire que dans certains milieux maghrébins la haine de la France est peut-être sucée au biberon, tout comme l’antisémitisme ? On va en France à la fois pour mieux vivre et pour mieux haïr ce pays, c’est tout de même fort de café. Si l’affrontement qui se profile entre l’armée et la jeunesse algériennes éclate, les Français ont du souci à se faire.

Homo explosus

Reconnaissons que Mohamed H. M., « l’ingénieur », est l’auteur d’une invention géniale : le terrorisme de plaisance, le meurtre de masse comme délassement de week-end, l’homo festivus massacreur, une sous-espèce que Philippe Muray ne pouvait prévoir. Voilà ce jeune homme qui part nez au vent sur son vélo un vendredi après-midi, à l’heure où les RTT peuvent enfin jouir du soleil printanier. Il porte casquette à grande visière et vastes lunettes de soleil, apparemment une innocente tenue estivale. Je suis sûr qu’il a respecté les pistes cyclables et, comme d’autres auraient pu interrompre leur balade à vélo pour faire un parcours santé ou tirer la boule lyonnaise avec des copains, il a agrémenté sa promenade d’un bon coup d’adrénaline : poser sa bombe gentiment enveloppée dans du papier kraft comme un cadeau devant une Brioche Dorée. Ensuite, il s’est donné la satisfaction du bon technicien, déclencher l’explosion à distance et réussir la manœuvre, bravo jeune homme, vous êtes un bon artificier et je ne comprends pas que cette école vous ait mis à la porte. La référence picturale d’Auschwitz (si une telle référence était imaginable) pourrait être l’enfer dépeint par Jérôme Bosch, la référence picturale de l’attentat de Lyon, ce sont les publicités d’aujourd’hui avec autos rutilantes et copains tout sourire. Ce voyage au bout de la frivolité se termine par un assassinat de masse crapuleux. Crime et brioche dorée, horreur et sucre d’orge.

« Ils nous haïssent parce qu’ils ne sont pas nous »

Et Dieu dans tout ça ? Je veux dire le dieu des islamistes ? Disparu, pas question de lui. Le terroriste se voulait discret, il n’a pas crié la formule rituelle, mais il aurait pu tout de même fabriquer à l’imprimante des rubans de papier proclamant « Allahou Akbar ! » Il aurait pu les incorporer à sa bombe et ça aurait fait joli, des confettis et des rubans festifs retombant lentement sur la rue maculée de sang, au milieu des cris et des pleurs des victimes. La petite fille de dix ans qui se trouve parmi les blessés aurait beaucoup apprécié. L’attentat de Lyon est terrifiant dans la mesure où il laisse penser que l’islam n’est peut-être qu’un prétexte, un voile qu’on croit honorable pour cacher la haine toute pure, toute crue, toute nue. La haine de ce qui est différent, en l’occurrence une grande partie du peuple français, les mécréants, les kouffars.

Le film de Seth Rogen et Evan Goldberg, L’Interview qui tue, raconte sur un mode bouffon la tentative de meurtre d’un dirigeant nord-coréen par une équipe de télé américaine qui doit l’interroger. Un des collaborateurs de l’animateur vedette lui demande : « Mais pourquoi ces gens-là nous haïssent-ils tellement ? » L’interrogé répond par ce jeu de mots intraduisible en français : « They hate us because they ain’t us. » « Ils nous haïssent parce qu’ils ne sont pas nous », « ain’t » étant une forme populaire et parlée de « aren’t ».

La haine vouée à l’Occident est bien souvent une jalousie adressée à son être même, une jalousie existentielle plus dangereuse et plus difficile à déraciner qu’une idéologie. Le terroriste de Lyon parlait religion avec ses amis, mais il ne fréquentait guère les mosquées et n’arborait semble-t-il pas la barbe et la tenue du militant salafiste. L’étonnement de ses voisins à son arrestation semblait sincère, un garçon si gentil et si bien intégré !

A qui le tour ?

Il serait presque rassurant qu’une revendication de l’Etat islamique vienne certifier cet attentat, qui pour l’instant reste complètement atypique et renforce l’idée que la menace est multiforme et parfois impossible à prévenir. En attendant, notre cher petit président ne va pas changer de cap, pour l’immigration moins encore que pour le reste, puisque c’est sa différence la plus visible avec le RN. Cela maintiendra les entrées légales à plus de 250 000 par an, sans compter les illégaux, indénombrables par définition. Un grand nombre de ces immigrants seront musulmans, certains seront islamistes, et le vivier va continuer à s’agrandir. La pisciculture macronienne n’a pas fini de nous réserver de mauvaises surprises et de drôles de poissons.

The Interview - version non censurée

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Halaland, la France terre promise du halal


Des bonbons au vernis à ongle en passant par les voyages, le halal est un marché en pleine expansion en France, évalué à plusieurs milliards d’euros. Ce label ne répondrait pourtant à aucune prescription religieuse. Eclairage sur une frénésie communautariste.


« Isla-Delice », « Wassila », « Reghalal »… Ces dernières années, les marques garantissant des produits licites selon la loi islamique se multiplient. Autrefois réservé à un public confidentiel, ce marché qui explose pèserait en France près de 5,5 milliards d’euros, simplement pour la viande. Un montant non négligeable dans le pays qui compte la plus importante communauté musulmane d’Europe.

« Halaltest » et maquillage halal

Selon une étude réalisée par l’Ifop et l’Institut Montaigne, près de 70 %, des Français musulmans achètent « toujours » de la viande halal. A cela s’ajoutent les citoyens croyants ou non, qui n’ont pas toujours d’autres choix que de faire leurs courses dans les nombreuses boucheries ou supérettes musulmanes de proximité, souvent moins onéreuses que les commerces traditionnels devenus rares.

Le label halal ne se limite plus à la viande, l’obsession de la pureté touche tous les produits de consommation. Dorénavant, les croyants peuvent trouver des cosmétiques estampillés halal (sans alcool, sans traces d’animaux impurs), des petits pots pour bébé halal, des banques halal – garantissant une finance éthique et non spéculative – et même des voyages halal avec au programme : visite du patrimoine islamique, supermarché halal à proximité du lieu de résidence et piscine ouverte aux musulmans portant une tenue islamique. Une start-up française propose même aux musulmans de jouer les petits chimistes. Grâce au « Halaltest », tout particulier peut, avec un bâtonnet, détecter des traces d’alcool ou de porc dans les aliments moyennant la somme de 6,90 euros. Un business juteux encouragé par les islamistes.

« Un discours capitalistique crée une demande religieuse »

Depuis les années 80, ces sociétés prospèrent sur l’association des libéralismes économique et culturel. « La logique économiciste, c’est-à-dire le profit, devient une éthique qui s’impose maintenant au politique et au théologique », déplore l’imam et recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Oubrou. « Il s’agit d’une orthopraxie et une orthodoxie de masse. En d’autres termes, un discours capitalistique crée une demande religieuse. Cette dernière devient alors la norme prescrite aux théologiens », explique-t-il.

A lire aussi: Pourquoi la liste « des musulmans français » n’a rien à voir avec le Parti chrétien-démocrate

Derrière ce phénomène, aucune prescription religieuse. Les fondamentalistes s’emploient donc à faire de cette récente pratique une obligation islamique. « J’entends même qu’il faut identifier la présence de gélatine d’origine porcine dans les bonbons. Cessons de chercher le halal au niveau moléculaire ! », s’agace Tareq Oubrou. Si pendant des siècles le terme halal signifiait « licite », « permis », l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler (Le marché halal ou l’invention d’une tradition, Seuil, 2017) constate que son sens s’est durci : le halal est désormais prescrit pour tout bon musulman. Le symptôme d’une angoisse chez les croyants, en quête de repères, selon Tareq Oubrou.

Consommer halal, un acte politique

Poussée par des associations, cette consommation prend des accents militants, au-delà de la souffrance animale (lire encadré). Consommer halal relèverait de l’acte éthique mais aussi politique. Ainsi, le boycott des produits israéliens ou américains est vivement encouragé au sein de la communauté musulmane. Des moyens de pressions économiques sont exercés sur les pays occidentaux lorsque ces derniers ne seraient pas en conformité avec la loi islamique. En 2006, les pays musulmans appelaient au boycott des produits danois en signe de protestation contre la parution de caricatures du prophète Mahomet. Le halal devient un alibi religieux fort commode, à portée universelle…

Les consommateurs musulmans s’organisent

Un UFC-Que choisir version islamique… Crée en 2013, l’Union française des Consommateurs musulmans (UFCM) entend défendre les intérêts de ces croyants pour qu’ils puissent « vivre en accord avec [leurs] principes éthiques et [leurs] références religieuses ». Objectif : proposer « un modèle de consommation alternatif, social et solidaire ». Sans surprise, pour ces militants la solidarité passe par l’appel au boycott des produits israéliens. Le 13 juin dernier, lors d’une conférence organisée par l’UFCM, Lila Mami, membre d’Euro-palestine, est revenue sur ce « devoir de boycott ». Selon elle, Israël testerait ses armes avant de les vendre sur les Palestiniens et attendrait, pour ce faire, l’été afin que les Français juifs puissent rejoindre les rangs de Tsahal pour les grandes vacances… Suivi par près de 10 000 personnes sur les réseaux sociaux, l’UFCM ne cache pas sa proximité avec le clan Ramadan. Elle relaye les conférences de Tariq Ramadan et défend son frère, Hani, interdit de territoire en France, après avoir tenu des propos misogynes et violents.

Le Marché halal ou l'invention d'une tradition

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La France des perdants qui se croient gagnants


Personne n’en est sorti vivant. Malgré les apparences, aucun parti ne peut se targuer d’une quelconque victoire aux européennes. Le paysage politique français est un champ de ruines dont il est encore bien difficile d’envisager la reconstruction. 


Personne n’a vraiment de quoi se réjouir des élections européennes de dimanche.

Le RN reste un parti d’opposition

Avec 23,3 % des voix, le Rassemblement national (RN) sort premier de la compétition mais de peu et avec un résultat qui ne marque qu’un petit progrès par rapport au premier tour de la dernière présidentielle : encore a-t-il bénéficié du « vote utile » de tous ceux voulaient sanctionner Macron  coûte que coûte : ce ne sont pas forcément là des votes d’adhésion. En faisant élire trois personnalités extérieures dont  l’ancien député républicain Jean-Paul Garraud, le RN a entrebâillé la porte de la citadelle, juste ce qu’il fallait pour ne pas avoir l’air d’une secte mais pas assez pour se crédibiliser pleinement. Marine Le Pen  demande des législatives, ce qui est normal, avec plus de proportionnelle, ce qui l’est moins : une telle revendication montre que le RN n’est pas encore dans sa tête un parti de  gouvernement ; il veut plus de places, il ne veut pas se donner les moyens de réformer la France en profondeur, ce qui ne lui serait possible  qu’avec le maintien du mode de scrutin actuel.

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Emmanuel Macron, représenté par Nathalie Loiseau, n’a pas réalisé son pari d’être en tête malgré les efforts considérables qu’il a prodigués dans la dernière ligne droite et la valeur de test qu’il a conférée à ces élections : 22,4 % des voix pour le parti du président, c’est bien peu, même si ses partisans chantent victoire. Ce matelas apparemment incompressible est surtout composé de personnes âgées légitimistes, issues, pour une part, de l’électorat de Fillon. Tout au plus peut-il se consoler en voyant que les partis européistes qu’il appelle « progressistes », sont au total majoritaires.

La gauche est verte

Ce serait en revanche une illusion que d’imaginer que la remontée du taux de participation par rapport à 2014, de 42,4 à 50,1 % marquerait un progrès de l’idée européenne. L’enjeu très fort de politique intérieure que représentaient ces élections en est la principale raison.

Le Parti socialiste ne sombre pas mais confirme son déclin. En ajoutant les 6,2 % de Glucksmann, dont les maladresses ont montré la légèreté,  et les 3,3 % de Hamon, les socialistes arrivent péniblement à 9,5 %.

Le vote Mélenchon aurait pu être l’exutoire des gens de gauche déçus de Macron – ils  sont nombreux : la perquisition opérée chez lui en début de campagne, contraire à tous les usages républicains, visait à l’affaiblir pour empêcher ce scénario ; avec 6,3 %, elle n’y a que trop bien réussi.

Mais il fallait quand même un exutoire : ce fut le parti des Verts. Troisième parti avec 13,5 % : quel succès ! Mais il n’est que d’apparence : loin de signifier comme on le croit le retour en force de la préoccupation environnementale, ce résultat montre que le vote écologiste était le seul qui restait possible aux déçus du macronisme  qui ne voulaient pas voter à droite ou aller aux extrêmes. Un choix vague qui n’engage à rien et qui a l’air gentil (faussement gentil : rien de plus sectaire que cette mouvance). Vote de défiance envers Macron, surtout chez les jeunes, le vote vert débouche sur un renforcement des orientations essentielles du macronisme : européisme, mondialisme.

La droite s’est « modémisée »

Des petits partis patriotes ou identitaires (Dupont-Aignan, Asselineau, Philippot, Camus), aucun n’a réussi à se poser comme une force significative entre le RN et LR. Ils ont été eux aussi victimes du vote utile et peut-être tout autant de leur grisaille.

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Reste le grand perdant de ces élections : les Républicains à 8,5 %. On ne saurait imputer cet échec retentissant (au moins par rapport aux sondages), au seul François-Xavier Bellamy qui a fait une bonne campagne sans toutefois percer l’écran. Il est trop facile de l’imputer aux divisions des chefs (ainsi la rivalité sournoise Sarkozy-Wauquiez) qui ne sont jamais que des causes secondes. Bien plutôt à un mauvais positionnement ; sur les sujets essentiels (euro, sociétal, politique étrangère) ce parti est divisé, moins entre ses dirigeants qu’entre les chefs et la base ; cette division aurait pu être une force, l’occasion de faire des Républicains un lieu d’ouverture et de débat, limitant la déperdition à droite, comme a réussi à le faire le parti conservateur  britannique, mais la hantise du politiquement correct ne l‘a pas permis : la différence « catho » de sa tête de liste y était tout juste tolérée.  L’autre erreur : sans doute pour suivre une partie de leur électorat, les Républicains ont été conduits à faire une opposition « constructive » à Macron là où il aurait fallu se montrer, en bonne logique bipartisane, opposant intraitable. Pour être reconnu comme le chef de file de l’opposition, il faut s’opposer. A qui ? Au pouvoir en place et à lui seul.  Attaquant inutilement le Rassemblement national, ce qui déplait à tous les électeurs de droite et d’une certaine manière le met en valeur, LR s’est complu dans le rôle du tiers parti entre les deux grands ; il s’est en quelque sorte « modemisé ».

Le petit parti centriste de Lagarde, à 2,5 %, n’a l’air de rien. Mais que se serait-il passé sans lui ? Les Républicains auraient pu passer la barre des 10 % et ainsi sauver la face. Ou alors Macron, venant en tête, aurait remporté une nette victoire. Petites causes, grands effets.

L’avenir est un long passé

Reste un champ politique en ruines : les deux partis qui émergent, les mêmes qu’à la présidentielle, le RN (ex-FN) et LREM (ex-EM) sont tous deux pauvres en cadres, mal structurés, alors que les partis classiques (PS et LR), bien que menacés de disparaître, ont encore des réseaux et des compétences (au moins aux niveaux – 1 et au-dessous) : situation bien singulière. Les partis classiques prendront-ils leur revanche aux municipales où ils gardent des atouts ? Peut-être. En émergera-t-il de vrais chefs, plus convaincants que ceux qui aujourd’hui s’en disputent la tête ; c’est à voir.

Il est difficile de prévoir ce qui sortira de cette décomposition du paysage politique. Macron, qui pratique la stratégie du chaos et qu’en bon idéologue rien n’arrête, semble s’en accommoder. Tout reste à faire si l’on veut éviter que la présidentielle de 2022 ne soit la réédition de celle, calamiteuse, de 2017.

Fallait-il aller chercher les otages au Burkina Faso?

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Aujourd’hui sur RNR.TV, l’enseignante Barbara Lefebvre et l’avocat Régis de Castelnau débattent du rapport de la France à son armée, alors que le pays a été touché par la mort de deux de ses soldats, tués par des djihadistes au Burkina Faso lors d’une opération de libération d’otages.


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C'est ça la France...: Qu'a-t-on fait pour mériter ça ?

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« Venise n’est pas en Italie », une comédie poussive et pas drôle


Venise n’est pas en Italie, qui sort en salles aujourd’hui, noie le spectateur dans une comédie indigne de Benoît Poelvoorde. Vivement le réalisateur qui saura lui servir les films qu’il mérite…


« Venise n’est pas en Italie, Venise c’est chez n’importe qui, c’est n’importe où et foutez-vous des gondoliers… »

Cela, c’est ce que chantait Reggiani. Repris par Ivan Calbérac (sans jamais qu’on l’entende dans le film), ce titre sert de prétexte à une comédie poussive et pas drôle. Avec juste un alibi moralisateur sur l’infinie dureté des riches et l’insondable bienveillance des pauvres.

Le reste est un road movie familial entre la France et l’Italie, avec une énième famille dysfonctionnelle qu’on croirait tout droit sortie d’un feuilleton télévisuel. Ce voudrait être une version trash de L’Effrontée de Claude Miller et on se retrouve face à des Tuche de luxe. Or, au milieu trône un acteur-roi, Benoît Poelvoorde, dont on se demande bien pourquoi il s’entête à cautionner des comédies affligeantes et indignes de lui.

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On sait depuis Podium et Les Portes de la gloire, notamment, que son potentiel comique est aussi énorme que l’insondable détresse humaine dont il peut être l’expression le temps d’un regard. Il faudrait que l’admirateur déclaré de Léon Bloy trouve enfin son écrin au cinéma et le cinéaste qui va avec, loin des pochades qui nous rendent tristes.

Cette fois, Macron n’a plus aucune opposition


Après avoir écartelé la gauche en 2017, Emmanuel Macron a réussi à faire oublier la droite en 2019. Plus aucune opposition crédible ne s’oppose à lui. Il peut « marcher » en toute tranquillité…


Passés l’étonnement, la stupeur ou l’euphorie des résultats, selon que l’on soit de telle ou telle paroisse politique, une analyse sereine et réfléchie des résultats de l’élection européenne ne peut aboutir qu’à un seul constat : aucune famille politique française n’a vraiment gagné cette élection, mais la France, elle, a perdu ; et pas seulement dans sa future représentation européenne totalement éparpillée.

Personne n’a vraiment gagné les élections 

Le Rassemblement national (RN) a fêté sa première place comme un triomphe, Marine Le Pen appelant même le président de la République à dissoudre l’Assemblée nationale. Mais est-ce vraiment gagner que de perdre un député (23 sur 79 contre 24 sur 74 dans la précédente législature) au Parlement européen, alors que le monde entier attendait une poussée des nationalistes européens ? Cette poussée, qui a eu lieu dans d’autres pays, comme l’Italie, n’a pas eu lieu en France. Est-ce gagner que de régresser en pourcentage de suffrages exprimés par rapport à la même élection précédente ? Certes, le RN a progressé de 12% en termes de voix mais, avec une participation en hausse de près de 20%, le RN perd 1,5 point par rapport à 2014. Enfin, si l’écart entre LREM et lui avait été conséquent (23%-19% par exemple), le triomphe affiché hier soir aurait été compréhensible, mais est-ce vraiment triompher que d’avoir à peine un point d’avance sur son principal concurrent ?

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Le simple fait que « l’Elysée salue le score honorable de la liste de Nathalie Loiseau » prouve que LREM s’attendait à un résultat bien pire que celui de dimanche soir pour le parti jupitérien. Mais terminer deuxième alors même que le président de le République s’est investi dans la campagne comme un vulgaire chef de parti, relayé par moult medias, montre bien que la dynamique En Marche consécutive à l’élection présidentielle a fait long feu. C’est une défaite pour la liste conduite par Nathalie Loiseau, c’est un désaveu personnel pour le chef de l’Etat, qui a délaissé sa fonction présidentielle le temps de la campagne, c’est une défaite pour LREM qui avait tout misé sur le rejet de l’épouvantail RN.

La comparaison avec 2014 pourrait laisser penser que les Verts ont réalisé un très bon score, que Yannick Jadot est, en effet, l’un des vainqueurs de cette journée électorale. C’est juste oublier que l’élection européenne est l’élection de prédilection de ce mouvement depuis 1999, et qu’en 2009 ces mêmes Verts d’EELV avaient rassemblé 16,3% des suffrages, ce qui leur avait permis d’envoyer 14 élus au Parlement européen, alors qu’ils n’en auront que 13 dans la prochaine législature. Certes, comme le RN par rapport à 2014, Les Verts progressent en nombre de voix par rapport à 2009 (+ 250 000 environ) mais régressent en pourcentage de 2,8 points. Est-ce, donc, là aussi une victoire…?

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Quant aux trois grands partis nationaux issus des mouvements politiques de l’après-guerre, et qui ont dirigé la France depuis 1945, n’ayons pas peur des mots : pour les gaullistes des Républicains, pour les socialistes, déchirés entre Place Publique et Génération.s, ou pour les communistes, divisés entre la France insoumise et le PCF, ce dimanche 26 mai 2019 fut une curée, une catastrophe, une Bérézina. Où sont les 20% de François Fillon, où sont les 19,5% de Jean-Luc Mélenchon ?

Ainsi, malgré des apparences trompeuses, aucun parti n’a vraiment gagné cette élection européenne en France. Mais au-delà des partis, s’il y a quelqu’un qui, non seulement n’a pas gagné, mais a même vraiment perdu avec le résultat de dimanche soir, c’est bien la France.

Droite, gauche, uppercut

Emmanuel Macron avait atomisé la gauche en 2017, il vient d’atomiser la droite, qui avait fait mine de résister encore un peu en 2017, aux élections sénatoriales, et en 2018, au gré des quelques élections législatives partielles.

La gauche traditionnelle d’aujourd’hui, c’est à peine 10% de socialistes (Glucksman et Hamon réunis) et pas plus de communistes (Aubry et Brossat réunis), même pas 20% atomisés en micro-partis qui se déchirent sur des questions philosophico-sociétales ou, plus simplement et plus sûrement, pour des questions d’ego de leurs chefs. Et ce ne sont pas les 15%, environ, de voix écologistes qui viendront changer la donne, chacun sachant que les élections européennes sont les élections de prédilection des Verts et que ce score ne se retrouvera pas dans une élection nationale.

Quant à la droite traditionnelle, phagocytée sur sa gauche par l’extrême centre libéral-mondialiste macroniste et déchiquetée par ailleurs à cause des querelles intestines d’ego des chefs de clans LR ou DLF, qu’en reste-t-il aujourd’hui, à part des lambeaux ? Emmanuel Macron vient d’achever son travail de déconstruction du paysage politique français.

Qui va s’opposer au « projet » d’Emmanuel Macron ?

Mais là où la chose devient grave pour la France, c’est que cette déconstruction du paysage politique vient accompagner la déconstruction du pays en lui-même, de ses traditions sociétales, de son contrat social.

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à la casse du modèle social français, initiée, entre autres, par les cinq « ordonnances Travail » du 22 septembre 2017 ?

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à la casse sociale et salariale (ça aurait pu intéresser la gauche) liée à l’ouverture massive des frontières pour attirer une main d’œuvre bon marché venue de pays plus ou moins lointains (ça aurait pu intéresser la droite), initiée par le tandem Merkel-Macron en 2017 ?

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Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à la casse du modèle sociétal français, domaine qu’Emmanuel Macron n’a pas encore attaqué frontalement pour le moment, mais qui va rapidement s’inviter dans le débat national (si tant est que celui-ci puisse encore exister) avec, entre autres, la prochaine loi de bioéthique ?

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à l’atomisation de la société française, qui, d’une nation unie autour de valeurs communes ancestrales jusqu’au troisième tiers du XXe siècle, devient de plus en plus un patchwork de communautés vivant les unes à côté des autres, et non pas les unes avec les autres, et de plus en plus revendicatrices ?

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer, tout simplement, à la négation de la nation française, à la négation de l’héritage historique national dans notre pays, où les écoliers ne savent plus, parce que l’Education nationale ne le leur apprend plus, qui sont Vercingétorix, Charlemagne, Saint-Louis, Ronsard ou même Napoléon ?

En avant, marche…

Plus personne, aujourd’hui, en France n’a un poids politique suffisamment fort, ni à gauche ni à droite, pour pouvoir contrarier « le projet » d’Emmanuel Macron. Plus personne sauf, bien sûr, le Rassemblement national. Mais dès que vous prononcez ce nom ou celui de l’un de ses dirigeants, la reductio ad hitlerum fond sur vous aussi sûrement qu’un nuage de sauterelles réduit à néant un champ de blé.

Ainsi, les partis politiques traditionnels pulvérisés, la seule opposition politique encore vaillante discréditée et ostracisée, Emmanuel Macron a maintenant les mains libres pour réaliser « son projet » qui consiste à continuer de déconstruire pierre à pierre l’héritage historique, culturel et sociétal de la France.

Il faut soutenir Rachel Lambert!


Dans l’affrontement qui se joue autour de Vincent Lambert entre sa femme et mère, son épouse Rachel Lambert est la cible des plus basses accusations. Elle était pourtant la mieux placée pour connaître la volonté de son mari, et mérite d’être épaulée. 


Alors que l’affaire Vincent Lambert défraie la chronique, d’un rebondissement à l’autre, une personnalité reste étrangement absente de la scène médiatique : il s’agit de Rachel, l’épouse de Vincent. Autant la mère du patient intéresse et même fascine les grands médias, autant sa femme brille par sa discrétion

Il faut le dire et le répéter : « l’affaire Vincent Lambert » est d’abord un drame familial. C’est d’abord un cas particulier, celui d’une déchirure familiale irrévocable, avant d’être un archétype de décision à prendre en situation de très grand handicap.

Rachel au service de Vincent

Rappelons les faits. En septembre 2008, quand Monsieur Lambert a eu son accident, il était marié avec Rachel depuis un peu plus d’un an. Le couple venait d’avoir une petite fille. Rachel et Vincent s’étaient rencontrés sur leur lieu de travail, dans l’hôpital où ils exerçaient tous deux la profession d’infirmier spécialisé en psychiatrie. Après l’accident de son mari, en toute logique, Mme Lambert a été l’interlocuteur privilégié des médecins. Elle est devenue « personne de confiance » ˗ même s’il n’y avait pas de papier signé expressément de la main de son mari dans ce sens. Puis, l’état comateux du blessé se prolongeant, elle a été nommée tutrice.

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Quand, en 2013, cinq ans après l’accident, il s’est avéré que les lésions cérébrales empêchaient tout retour à la conscience chez son époux, quand donc le diagnostic d’état végétatif définitif a été posé, c’est elle qui a demandé l’application de la loi Leonetti et l’arrêt de soins devenus « obstination déraisonnable », pour lui permettre de partir paisiblement. Elle fondait cette demande sur ce qu’elle savait de la position personnelle de son mari sur le sujet. Professionnel de santé, celui-ci avait échangé avec ses proches, même s’il n’avait pas laissé de directives anticipées explicites. Plusieurs frères et sœurs de Vincent (six exactement – c’est une grande famille !) et un neveu, soutenaient Rachel dans cette démarche, persuadés qu’elle allait dans le sens de ce qu’aurait voulu le blessé. Suivant l’avis de la famille et en plein accord avec la loi, les médecins de l’hôpital de Reims ont alors commencé le protocole d’arrêt des traitements actifs (dont la nutrition artificielle) assorti d’une sédation qui devait conduire au décès dans des conditions apaisées.

Un sordide conflit familial

C’est alors que Viviane Lambert, la mère du patient, s’est opposée à cette décision. On connaît la suite. Les accusations, les procès, les recours auprès des diverses instances de justice, les expertises et contre-expertises, les déclarations à la presse, les prises de parti des uns et des autres, les déclarations tonitruantes des associations et des avocats, ont alimenté les rebondissements de cette incroyable « affaire ».

Affaire que l’on tire vers des problèmes généraux : l’accompagnement ou l’euthanasie, la défense des handicapés ou leur suppression cynique, la spiritualité chrétienne contre l’utilitarisme athée, la vie contre la mort… Alors qu’en réalité, il s’agit d’un sordide conflit familial dans lequel une femme, la mère, entend récupérer la mainmise sur son fils en l’arrachant à l’affection d’une autre femme, l’épouse qu’il avait choisie. Conflit sordide, conflit classique en vérité, et qui ne diffère de ce qu’on rencontre habituellement que par l’ampleur des haines et la couverture médiatique dont il fait l’objet. De là vient la véritable « montée aux extrêmes » à laquelle on assiste dans cette tragédie aux soubassements psychanalytiques.

Vincent Lambert protégerait son épouse

En l’absence de directives anticipées, il est difficile de savoir clairement ce que Vincent Lambert souhaiterait pour lui-même. Il est aussi difficile de savoir ce qu’il ressent, et même s’il ressent quelque chose plutôt que rien. L’état végétatif est un mystère. Un des meilleurs spécialistes, le père Verspieren, a écrit à son sujet : « Si on ne peut affirmer que la vie de tous ces patients est purement végétative, on n’est guère en droit de penser qu’ils parviennent à davantage qu’une forme de conscience et une activité psychique très pauvres. »[tooltips content= »F. Tasseau, M.H. Boucand, J.R. Le Gall, P. Verspieren, États végétatifs chroniques, Éditions École nationale de la santé publique, Rennes, 1991, p. 34. »]1[/tooltips] Une seule chose est certaine : jamais Vincent Lambert ne cautionnerait la violence qui déferle sur son épouse.

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Dans la lutte entre sa mère et sa femme, nul doute qu’il prendrait parti pour cette dernière. Après tout, puisqu’il est régulièrement question de religion dans cette affaire, ne faut-il pas citer l’injonction biblique qu’il avait suivie dans sa vie personnelle : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair » ? Dans l’affreuse querelle qui divise sa famille, il serait certainement aux côtés de son épouse. Il ne pourrait qu’être horrifié devant l’entreprise de démolition morale dont elle est la proie.

L’autre victime de l’affaire Lambert

Une autre victime collatérale de ce drame reste dans l’ombre : il s’agit de la fille du couple. Née peu avant l’accident de son père, elle doit avoir à peu près onze ans aujourd’hui. Imagine-t-on ce que cette enfant a vécu et vit encore ? Imagine-t-on le traumatisme qu’est pour elle le spectacle de sa famille se déchirant autour du lit d’hôpital de son père ? Voir sa mère accusée de tentative de meurtre sur son mari, par sa grand-mère elle-même, publiquement, avec les moyens de la propagande la plus éhontée (comme la diffusion de vidéos sauvages) ? Entendre quotidiennement les insultes, voire les menaces ? Apprendre que certains ont proposé que Rachel Lambert soit « divorcée d’office » d’un mari dont elle manigancerait l’assassinat légal avec la complicité des médecins qui le soignent depuis des années ?

Dans cette affaire atroce, il est temps de revenir à la raison. Vincent Lambert n’est plus qu’une ombre, autour de laquelle s’agitent des êtres bien vivants aux souffrances et aux intérêts bien réels. Le respecter, lui et sa volonté, c’est d’abord respecter ceux qu’il aimait et qu’il avait choisis librement. Entre deux parties irréconciliables, il faut soutenir Rachel Lambert !

Macron en marche vers sa réélection


Si la classe politique campe sur ses positions, Emmanuel Macron court vers sa réélection. Un duel LREM/RN semble à beaucoup déjà inéluctable. Pour l’éviter, les partis politiques de droite ou de gauche doivent proposer un projet crédible et ne pas laisser à Macron le plaisir de « faire barrage ». Les Français ne sont pas des castors. 


Sans doute est-il prématuré de tirer du scrutin de dimanche soir des conclusions fermes. Sans doute faudra-t-il un peu de temps pour confirmer le mouvement d’une partie de l’électorat macroniste vers EELV, et d’une part sensiblement égale de l’électorat traditionnel LR vers LREM, puis l’analyser.

Ceci étant, je ne crois pas me tromper en affirmant que ces élections européennes ont été un franc succès pour Emmanuel Macron.

Cohn-Bendit avait raison

Paradoxe ? Le président s’était fixé pour objectif de battre le Rassemblement national (RN), il a échoué. Sa majorité prétend « entendre le message écologique », mais a déjà affirmé qu’elle ne changera pas de cap. J’affirme que c’est pourtant sa victoire. Mais l’essentiel n’est pas là. Sous le ridicule apparent, Daniel Cohn-Bendit avait raison : François Mitterrand fut le premier « marcheur », en s’ingéniant à utiliser le FN de l’époque pour saboter la droite.

La percée d’EELV n’attire autant l’attention que parce qu’elle est inattendue, alors qu’au fond elle est dans la droite ligne des précédents scrutins européens. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit inintéressante ni absurde, au contraire. Si elle témoigne d’une véritable volonté de prendre à bras le corps les enjeux écologiques elle est même une excellente nouvelle, à condition toutefois de choisir une écologie lucide et pragmatique.

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Il faudra donc se souvenir que les Verts allemands, en luttant contre le nucléaire, ont favorisé les centrales à charbon, la pire décision possible au regard des évolutions climatiques. Il faudra aussi accepter que la surnatalité est le principal problème écologique de notre époque, et que cette bombe démographique, notamment africaine, ne pourra être désamorcée qu’au prix de mesures fort peu politiquement correctes.

Macron, le pari risqué de Marine Le Pen

Emmanuel Macron fera probablement quelques concessions aux écologistes. Je serais heureux de me tromper, mais il est probable qu’elles toucheront très peu les classes urbaines aisées, fortement les classes moyennes provinciales, et n’apporteront à peu près rien à la biodiversité ni au climat.

Reste l’essentiel : la confirmation aux yeux de tous de l’inéluctabilité du duel LREM/RN, face à face rêvé pour celui qui sera président sortant en 2022 et dont le seul projet crédible est de « faire barrage ». Position incohérente et pari risqué.

Position incohérente d’abord. Si le chef de l’État et de la majorité parlementaire estime qu’un parti politique est un danger pour les fondements de la République, il a le devoir d’œuvrer à l’interdire et à le dissoudre – comme il devrait le faire avec certains groupuscules d’extrême gauche, les mouvements racialistes, les émanations françaises des Frères musulmans… Mais s’il ne fait rien dans ce sens, c’est qu’il l’accepte comme une composante légitime de la pluralité républicaine, et dans ce cas il est outrancier d’adopter comme il le fait une posture de condamnation morale plutôt que d’argumentation.

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Pari risqué ensuite. Quels que soient les calculs des uns et des autres, nul aujourd’hui ne peut prétendre savoir qui sera notre prochain président. Nous sommes à trois ans du scrutin, et il peut se passer bien des choses. En 2009, qui aurait parié que nous élirions finalement François Hollande ? En 2014, qui aurait cru qu’Emmanuel Macron lui succéderait ? Et en 2019…

Mais l’incertitude n’interdit pas la réflexion. A ce titre, je trouve particulièrement intéressantes les analyses de Gilles Clavreul et Natacha Polony.

Qu’on me permette d’y ajouter quelques remarques.

Parce que ce n’est pas leur projet

A l’origine, le « en même temps » d’Emmanuel Macron a pu susciter l’espoir de l’ouverture, de la capacité à prendre le meilleur de la gauche et de la droite, du dépassement de vieux clivages inadaptés aux défis contemporains. Le désenchantement fut à la hauteur de cette espérance, et pendant des semaines il a porté un gilet jaune. Entre les concessions aux communautarismes et le mépris de « ceux qui ne sont rien », ce sont l’universalisme républicain et le respect qu’une démocratie doit à tous ses citoyens qui ont été bafoués.

Renouer avec la démocratie et la République supposera donc deux clarifications. À gauche, refuser fermement le communautarisme et le relativisme, quels que soient les grands principes dévoyés dans lesquels ils essayent de se draper. À droite, accepter que la défense des valeurs constitutives de l’Occident impose l’exemplarité des responsables politiques mais aussi économiques, le respect des laissés-pour-compte et leur écoute, et la condamnation de toute forme de racisme véritable – y compris le racisme anti-Blancs déguisé en anti-racisme, mais pas seulement.

De tous les côtés de l’échiquier politique, il faudra garder à l’esprit que notre civilisation repose pour l’essentiel sur trois piliers : le monde hellénistique, la chrétienté (y compris ses sources juives et ses influences celtes et germaniques), les Lumières. Nul n’est tenu de tous les aimer, mais de tous les respecter et les préserver : que l’on néglige n’importe lequel des trois, et tout s’effondre.

Je n’oublie pas l’écologie : ensemble, l’admiration rationnelle des Anciens pour les équilibres du Cosmos, le magnifique Cantique de Frère Soleil, et le profond romantisme de l’Aufklärung peuvent aboutir à beaucoup mieux qu’à la fin des cotons-tiges et à des grèves de lycéens.

Où vous voyez-vous dans trois ans ?

Au final, quatre partis ou courants politiques ont aujourd’hui une responsabilité toute particulière, et j’ose le croire, la capacité de se montrer à la hauteur des enjeux. Ils le doivent à leurs électeurs et sympathisants, mais aussi et surtout à la France. De grands mots ? Non, un constat.

À EELV il incombe de faire de l’écologie intellectuellement rigoureuse, mais surtout pas du gauchisme peint en vert : notre espèce aspire à la liberté, à la dignité et à la vérité, pas seulement à la survie.

À la gauche républicaine et humaniste, du Printemps républicain à Michel Onfray en passant par la presque inclassable Natacha Polony, il incombe de ne rien céder mais d’oser, parfois, tendre la main à la droite.

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À LR, malgré un échec aussi inattendu que cuisant, il incombe avec les remises en cause nécessaires de ne pas succomber à la tentation de se « macroniser », et de prouver dans la défaite que les convictions portées étaient sincères : c’est la seule manière d’être crédibles, et peut-être à terme de convaincre.

Au RN enfin, vainqueur du scrutin, il incombe de voir et de dire clairement que l’origine ethnique est distincte de l’adhésion aux fondamentaux d’une civilisation, et que c’est la seconde qui importe vraiment. Ne pas le faire serait sombrer dans les griffes de ses vieux démons, et se condamner au mieux à une position d’éternel second et de sinistre faire-valoir, trahissant ainsi un électorat de moins en moins protestataire et de plus en plus convaincu – et qui, en majorité, n’a rien de la caricature raciste et imbécile que certains en font.

À tous les quatre, il incombe de réfléchir, de débattre, de s’engager, d’agir. À chacun de nous aussi, quelles que soient nos convictions.

Il reste trois ans. Et tous les siècles à venir.

« The Dead don’t die », le film que les cinéphiles n’aiment pas (et que j’ai donc adoré)

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Quand Jim Jarmusch renvoie au cinéphile son snobisme dans son dernier film The Dead don’t die, le cinéphile n’aime pas. Un bon film de genre assumé vaut pourtant toutes les foucades d’un Tarantino.


On ne peut pas dire que la critique ait été très tendre avec le dernier film de Jim Jarmusch. Les critiques que je n’aime pas étaient d’une méchanceté féroce, les critiques que j’aime avaient un sourire indulgent et quelques uns, tout de même, assumaient le plaisir qu’ils avaient pris à The Dead don’t die, la variation zombie proposée par le grand Jim. La formule la plus stupide que j’ai lue sur The Dead don’t die : « Il s’agit d’un film sans enjeu. »

Désinvolture amusée

Va savoir ce que ça veut dire, un enjeu, en art ? Vouloir porter un message, vouloir créer de nouvelles formes esthétiques, vouloir épuiser, parodier, détourner des thèmes récurrents ? Si, c’est ça, un enjeu, je ne vois pas pourquoi Jarmusch n’aurait pas le droit de faire une fois ce que fait Tarantino tout le temps, sous des applaudissements de plus en plus ténus, il est vrai: jouer avec le cinéma de genre, le bis, le Z ; parsemer son film de clins d’œil cinéphiliques pour initiés – ce qui est une manière subtile de flatter le cinéphile qui est la créature la plus snob qui soit.

D’ailleurs, on touche là peut-être ce qui fait l’originalité de The Dead don’t die, sa désinvolture amusée, son charme fou, sa coolitude absolue. Il parodie la parodie.

Tarantino, un branleur malsain

Il se moque des moqueurs, comme Debord qui photographiait à leur insu les photographes de Match qui le traquaient, – il le raconte dans Considérations sur la mort de Gérard Lebovici. 

Jarmusch renvoie ce cinéma arrogant qui, sous prétexte d’aimer la série Z, ce truc de plouc, en montre les ridicules. Jarmusch, lui, montre le ridicule de ceux qui ridiculisent. Il y a d’ailleurs des références explicites à Tarantino et à sa manière de se comporter en petit branleur malsain et sûr de son génie, au moins depuis quelques films, disons Inglorious basterds.

Tout parodieur qu’il est, Tarantino veut qu’on croie à son film comme fiction. Jarmusch s’en fout, c’est un poète : il se permet deux scènes entre le shérif (Bill Muray) et son adjoint (Adam River), une au début, l’autre à la fin, où la distanciation joue à fond et, sur le même ton équanime, détruit l’illusion fictive : une conversation sur la chanson récurrente du film qui « rappelle quelque chose » au shérif jusqu’à ce que l’adjoint dise « c’est normal, c’est la chanson du film », et de manière symétrique à la fin : « Pourquoi tu dis toujours que ça va mal finir ? », « c’est normal j’ai lu le script. »

Ces films de genre qui jouent aux intellos 

Cette volonté de déconstruire la déconstruction (pour retrouver une certaine innocence du cinéma ?) va jusque dans le soi-disant message politique du film. La petite partie de la critique voulant sauver Jarmusch s’est jetée comme la misère sur le monde sur une éventuelle dénonciation de Trump et de sa politique écocide. Sauf que c’est tellement fait à gros traits que là aussi, Jarmusch se moque de ceux qui veulent le beurre et l’argent du beurre aujourd’hui dans le film de genre : « Je montre des horreurs, mais en fait je suis vachement critique de la société. » Ça marchait pour Romero et Carpenter, qui sont des génies, mais pas pour les fabricants d’hémoglobine qui en plus voudraient passer pour des penseurs situationnistes.

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Et comme dans l’admirable Paterson, Jarmusch avait montré comment naît le poème chez  le poète, dans The Dead don’t die, il montre comme un certain nombre de faiseurs trafiquent le film de genre pour plaire aux intellos.

Pour le reste, je ne suis pas objectif: il y avait Bill Murray dont j’ai compris, depuis Broken roses, qu’il était mon double astral américain même si j’avais des soupçons depuis Un jour sans fin et Lost In Translation.



Big Greta te regarde…


Comme les résultats des élections européennes ne le montrent pas, les Belges sont fous des écolos. A commencer par Greta Thunberg qui pose désormais ses yeux menaçants sur tout Bruxellois un peu trop regardant. 


C’est à Bruxelles que la crispante passionaria écologiste à couettes Greta Thunberg a donné l’une de ses légendaires leçons de morale le mois dernier : elle a supplié, en larmes, les élus de se mobiliser sur l’urgence climatique. La militante autiste suédoise, figure de proue de l’écologisme de bonne conscience et des grotesques « grèves scolaires », a expliqué que la planète mériterait autant de sollicitude publique que Notre-Dame.

Il n’en fallait pas moins pour que l’idole infantilisante soit représentée sous la forme d’un portrait géant sur la façade d’un immeuble bruxellois. La ville a soutenu cette initiative, et l’on peut voir désormais, cité du Sureau, une terrifiante Greta-Fifi Brindacier, au regard d’acier, et aux couettes tombantes qui ressemblent à deux coulées sales longeant les gouttières. C’est un spot de laideur militante à ne rater sous aucun prétexte.

Les vieux, ce n’est pas très écolo…

En Belgique toujours, le grand quotidien Le Soir s’est récemment interrogé avec le plus grand sérieux : « Santé : est-il acceptable de cesser les traitements pour les plus âgés ? » En pleine réflexion sur le financement de son système de santé, le royaume cherche à conserver l’équilibre de la Sécu par tous les moyens. Une enquête officielle citée par le quotidien rapporte que 40 % des Belges entendent atteindre cet objectif « en n’administrant plus de traitements coûteux qui prolongent la vie des plus de 85 ans ». Si 69 % des Belges interrogés estiment légitime de dépenser 50 000 euros pour un traitement vital, ils ne sont plus que 28 % à conserver cette opinion si le patient a plus de 85 ans. On apprend au passage qu’aux Pays-Bas voisins, on ne place déjà plus de pacemaker aux plus de 75 ans… l’appareil dépassant de loin l’espérance de vie du patient. On n’est jamais trop écolo pour Greta.

Terroriste de Lyon: nous l’avons eue, sa haine

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Les enquêteurs passent à l'action après l'explosion de Lyon, le 24 mai 2019. ©KONRAD K./SIPA / 00909173_000002

Le terroriste présumé de Lyon n’a pas l’excuse d’avoir grandi dans une cité HLM, d’avoir été « exclu » de la société: c’était un immigrant nouvellement arrivé. Ca ne l’a pas empêché de nous signifier sa sympathie à sa façon, explosive. Et d’inventer un nouveau type d’action violente: le terrorisme récréatif.


L’attentat de Lyon présente d’ores et déjà, quelles que soient les découvertes que fera l’enquête, trois singularités qui le rendent effrayant. Faut-il que l’opinion soit chloroformée par le lent empoisonnement de l’habitude, qu’elle soit presque résignée à ces piqûres de rappel infligées tous les quatre ou cinq mois sous forme d’attentat dans un supermarché campagnard, de femmes égorgées à la gare de Marseille, de policiers assassinés à domicile devant leurs enfants ! On se scandalise, mais personne ne hurle son dégoût ni dans la rue ni dans la presse.

Mohamed ou la vraie vie

L’attentat d’un immigrant nouvellement arrivé, voilà du nouveau et de l’inédit ! Mohamed H. M. était en France depuis l’an dernier, il n’a pas l’excuse si souvent resservie par les sociologues d’avoir croupi depuis des générations dans un HLM de relégation perdu dans la grisaille d’une banlieue sordide. L’image d’Epinal qu’on nous dessine et redessine sans se lasser ne ressemble pas du tout aux rues pimpantes d’Oullins. La littérature et le cinéma sont pleins d’histoires de courageux immigrés de la première génération, qui sitôt qu’ils ont passé la police des frontières ou ont été libérés d’Ellis Island, se ruent au travail chez Renault ou chez Ford, puis gagnent à la sueur de leur front leur bien-être et la considération du peuple qui les a accueillis. On se souvient de ce conte de fées à lire dans les chaumières pour endormir les enfants, Elise ou la vraie vie. Bon, au bout de quelques générations certains de leurs descendants tournent mal, forment des gangs à Brooklyn ou Aubervilliers, mais c’est bien sûr la faute de la société d’accueil qui les rejette, comme on voit clairement dans cette immortelle crétinerie de Kassovitz, La Haine.

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On arrive d’Algérie pour faire des études d’informatique et quelques mois plus tard, on n’a plus de visa, on est exclu de son école et boum ! on fait péter son pays d’accueil. Serait-il exagéré de dire que dans certains milieux maghrébins la haine de la France est peut-être sucée au biberon, tout comme l’antisémitisme ? On va en France à la fois pour mieux vivre et pour mieux haïr ce pays, c’est tout de même fort de café. Si l’affrontement qui se profile entre l’armée et la jeunesse algériennes éclate, les Français ont du souci à se faire.

Homo explosus

Reconnaissons que Mohamed H. M., « l’ingénieur », est l’auteur d’une invention géniale : le terrorisme de plaisance, le meurtre de masse comme délassement de week-end, l’homo festivus massacreur, une sous-espèce que Philippe Muray ne pouvait prévoir. Voilà ce jeune homme qui part nez au vent sur son vélo un vendredi après-midi, à l’heure où les RTT peuvent enfin jouir du soleil printanier. Il porte casquette à grande visière et vastes lunettes de soleil, apparemment une innocente tenue estivale. Je suis sûr qu’il a respecté les pistes cyclables et, comme d’autres auraient pu interrompre leur balade à vélo pour faire un parcours santé ou tirer la boule lyonnaise avec des copains, il a agrémenté sa promenade d’un bon coup d’adrénaline : poser sa bombe gentiment enveloppée dans du papier kraft comme un cadeau devant une Brioche Dorée. Ensuite, il s’est donné la satisfaction du bon technicien, déclencher l’explosion à distance et réussir la manœuvre, bravo jeune homme, vous êtes un bon artificier et je ne comprends pas que cette école vous ait mis à la porte. La référence picturale d’Auschwitz (si une telle référence était imaginable) pourrait être l’enfer dépeint par Jérôme Bosch, la référence picturale de l’attentat de Lyon, ce sont les publicités d’aujourd’hui avec autos rutilantes et copains tout sourire. Ce voyage au bout de la frivolité se termine par un assassinat de masse crapuleux. Crime et brioche dorée, horreur et sucre d’orge.

« Ils nous haïssent parce qu’ils ne sont pas nous »

Et Dieu dans tout ça ? Je veux dire le dieu des islamistes ? Disparu, pas question de lui. Le terroriste se voulait discret, il n’a pas crié la formule rituelle, mais il aurait pu tout de même fabriquer à l’imprimante des rubans de papier proclamant « Allahou Akbar ! » Il aurait pu les incorporer à sa bombe et ça aurait fait joli, des confettis et des rubans festifs retombant lentement sur la rue maculée de sang, au milieu des cris et des pleurs des victimes. La petite fille de dix ans qui se trouve parmi les blessés aurait beaucoup apprécié. L’attentat de Lyon est terrifiant dans la mesure où il laisse penser que l’islam n’est peut-être qu’un prétexte, un voile qu’on croit honorable pour cacher la haine toute pure, toute crue, toute nue. La haine de ce qui est différent, en l’occurrence une grande partie du peuple français, les mécréants, les kouffars.

Le film de Seth Rogen et Evan Goldberg, L’Interview qui tue, raconte sur un mode bouffon la tentative de meurtre d’un dirigeant nord-coréen par une équipe de télé américaine qui doit l’interroger. Un des collaborateurs de l’animateur vedette lui demande : « Mais pourquoi ces gens-là nous haïssent-ils tellement ? » L’interrogé répond par ce jeu de mots intraduisible en français : « They hate us because they ain’t us. » « Ils nous haïssent parce qu’ils ne sont pas nous », « ain’t » étant une forme populaire et parlée de « aren’t ».

La haine vouée à l’Occident est bien souvent une jalousie adressée à son être même, une jalousie existentielle plus dangereuse et plus difficile à déraciner qu’une idéologie. Le terroriste de Lyon parlait religion avec ses amis, mais il ne fréquentait guère les mosquées et n’arborait semble-t-il pas la barbe et la tenue du militant salafiste. L’étonnement de ses voisins à son arrestation semblait sincère, un garçon si gentil et si bien intégré !

A qui le tour ?

Il serait presque rassurant qu’une revendication de l’Etat islamique vienne certifier cet attentat, qui pour l’instant reste complètement atypique et renforce l’idée que la menace est multiforme et parfois impossible à prévenir. En attendant, notre cher petit président ne va pas changer de cap, pour l’immigration moins encore que pour le reste, puisque c’est sa différence la plus visible avec le RN. Cela maintiendra les entrées légales à plus de 250 000 par an, sans compter les illégaux, indénombrables par définition. Un grand nombre de ces immigrants seront musulmans, certains seront islamistes, et le vivier va continuer à s’agrandir. La pisciculture macronienne n’a pas fini de nous réserver de mauvaises surprises et de drôles de poissons.

The Interview - version non censurée

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Halaland, la France terre promise du halal

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"Paris Halal Exhibition 2013". ©20 MINUTES/SIPA / 00655598_000003

Des bonbons au vernis à ongle en passant par les voyages, le halal est un marché en pleine expansion en France, évalué à plusieurs milliards d’euros. Ce label ne répondrait pourtant à aucune prescription religieuse. Eclairage sur une frénésie communautariste.


« Isla-Delice », « Wassila », « Reghalal »… Ces dernières années, les marques garantissant des produits licites selon la loi islamique se multiplient. Autrefois réservé à un public confidentiel, ce marché qui explose pèserait en France près de 5,5 milliards d’euros, simplement pour la viande. Un montant non négligeable dans le pays qui compte la plus importante communauté musulmane d’Europe.

« Halaltest » et maquillage halal

Selon une étude réalisée par l’Ifop et l’Institut Montaigne, près de 70 %, des Français musulmans achètent « toujours » de la viande halal. A cela s’ajoutent les citoyens croyants ou non, qui n’ont pas toujours d’autres choix que de faire leurs courses dans les nombreuses boucheries ou supérettes musulmanes de proximité, souvent moins onéreuses que les commerces traditionnels devenus rares.

Le label halal ne se limite plus à la viande, l’obsession de la pureté touche tous les produits de consommation. Dorénavant, les croyants peuvent trouver des cosmétiques estampillés halal (sans alcool, sans traces d’animaux impurs), des petits pots pour bébé halal, des banques halal – garantissant une finance éthique et non spéculative – et même des voyages halal avec au programme : visite du patrimoine islamique, supermarché halal à proximité du lieu de résidence et piscine ouverte aux musulmans portant une tenue islamique. Une start-up française propose même aux musulmans de jouer les petits chimistes. Grâce au « Halaltest », tout particulier peut, avec un bâtonnet, détecter des traces d’alcool ou de porc dans les aliments moyennant la somme de 6,90 euros. Un business juteux encouragé par les islamistes.

« Un discours capitalistique crée une demande religieuse »

Depuis les années 80, ces sociétés prospèrent sur l’association des libéralismes économique et culturel. « La logique économiciste, c’est-à-dire le profit, devient une éthique qui s’impose maintenant au politique et au théologique », déplore l’imam et recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Oubrou. « Il s’agit d’une orthopraxie et une orthodoxie de masse. En d’autres termes, un discours capitalistique crée une demande religieuse. Cette dernière devient alors la norme prescrite aux théologiens », explique-t-il.

A lire aussi: Pourquoi la liste « des musulmans français » n’a rien à voir avec le Parti chrétien-démocrate

Derrière ce phénomène, aucune prescription religieuse. Les fondamentalistes s’emploient donc à faire de cette récente pratique une obligation islamique. « J’entends même qu’il faut identifier la présence de gélatine d’origine porcine dans les bonbons. Cessons de chercher le halal au niveau moléculaire ! », s’agace Tareq Oubrou. Si pendant des siècles le terme halal signifiait « licite », « permis », l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler (Le marché halal ou l’invention d’une tradition, Seuil, 2017) constate que son sens s’est durci : le halal est désormais prescrit pour tout bon musulman. Le symptôme d’une angoisse chez les croyants, en quête de repères, selon Tareq Oubrou.

Consommer halal, un acte politique

Poussée par des associations, cette consommation prend des accents militants, au-delà de la souffrance animale (lire encadré). Consommer halal relèverait de l’acte éthique mais aussi politique. Ainsi, le boycott des produits israéliens ou américains est vivement encouragé au sein de la communauté musulmane. Des moyens de pressions économiques sont exercés sur les pays occidentaux lorsque ces derniers ne seraient pas en conformité avec la loi islamique. En 2006, les pays musulmans appelaient au boycott des produits danois en signe de protestation contre la parution de caricatures du prophète Mahomet. Le halal devient un alibi religieux fort commode, à portée universelle…

Les consommateurs musulmans s’organisent

Un UFC-Que choisir version islamique… Crée en 2013, l’Union française des Consommateurs musulmans (UFCM) entend défendre les intérêts de ces croyants pour qu’ils puissent « vivre en accord avec [leurs] principes éthiques et [leurs] références religieuses ». Objectif : proposer « un modèle de consommation alternatif, social et solidaire ». Sans surprise, pour ces militants la solidarité passe par l’appel au boycott des produits israéliens. Le 13 juin dernier, lors d’une conférence organisée par l’UFCM, Lila Mami, membre d’Euro-palestine, est revenue sur ce « devoir de boycott ». Selon elle, Israël testerait ses armes avant de les vendre sur les Palestiniens et attendrait, pour ce faire, l’été afin que les Français juifs puissent rejoindre les rangs de Tsahal pour les grandes vacances… Suivi par près de 10 000 personnes sur les réseaux sociaux, l’UFCM ne cache pas sa proximité avec le clan Ramadan. Elle relaye les conférences de Tariq Ramadan et défend son frère, Hani, interdit de territoire en France, après avoir tenu des propos misogynes et violents.

Le Marché halal ou l'invention d'une tradition

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La France des perdants qui se croient gagnants

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Nathalie Loiseau, Jordan Bardella, Yannick Jadot. ©ISA HARSIN/SIPA - Alain ROBERT/SIPA - CELINE BREGAND/SIPA (00901294_000026 / 00909431_000001/ 00908713_000048)

Personne n’en est sorti vivant. Malgré les apparences, aucun parti ne peut se targuer d’une quelconque victoire aux européennes. Le paysage politique français est un champ de ruines dont il est encore bien difficile d’envisager la reconstruction. 


Personne n’a vraiment de quoi se réjouir des élections européennes de dimanche.

Le RN reste un parti d’opposition

Avec 23,3 % des voix, le Rassemblement national (RN) sort premier de la compétition mais de peu et avec un résultat qui ne marque qu’un petit progrès par rapport au premier tour de la dernière présidentielle : encore a-t-il bénéficié du « vote utile » de tous ceux voulaient sanctionner Macron  coûte que coûte : ce ne sont pas forcément là des votes d’adhésion. En faisant élire trois personnalités extérieures dont  l’ancien député républicain Jean-Paul Garraud, le RN a entrebâillé la porte de la citadelle, juste ce qu’il fallait pour ne pas avoir l’air d’une secte mais pas assez pour se crédibiliser pleinement. Marine Le Pen  demande des législatives, ce qui est normal, avec plus de proportionnelle, ce qui l’est moins : une telle revendication montre que le RN n’est pas encore dans sa tête un parti de  gouvernement ; il veut plus de places, il ne veut pas se donner les moyens de réformer la France en profondeur, ce qui ne lui serait possible  qu’avec le maintien du mode de scrutin actuel.

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Emmanuel Macron, représenté par Nathalie Loiseau, n’a pas réalisé son pari d’être en tête malgré les efforts considérables qu’il a prodigués dans la dernière ligne droite et la valeur de test qu’il a conférée à ces élections : 22,4 % des voix pour le parti du président, c’est bien peu, même si ses partisans chantent victoire. Ce matelas apparemment incompressible est surtout composé de personnes âgées légitimistes, issues, pour une part, de l’électorat de Fillon. Tout au plus peut-il se consoler en voyant que les partis européistes qu’il appelle « progressistes », sont au total majoritaires.

La gauche est verte

Ce serait en revanche une illusion que d’imaginer que la remontée du taux de participation par rapport à 2014, de 42,4 à 50,1 % marquerait un progrès de l’idée européenne. L’enjeu très fort de politique intérieure que représentaient ces élections en est la principale raison.

Le Parti socialiste ne sombre pas mais confirme son déclin. En ajoutant les 6,2 % de Glucksmann, dont les maladresses ont montré la légèreté,  et les 3,3 % de Hamon, les socialistes arrivent péniblement à 9,5 %.

Le vote Mélenchon aurait pu être l’exutoire des gens de gauche déçus de Macron – ils  sont nombreux : la perquisition opérée chez lui en début de campagne, contraire à tous les usages républicains, visait à l’affaiblir pour empêcher ce scénario ; avec 6,3 %, elle n’y a que trop bien réussi.

Mais il fallait quand même un exutoire : ce fut le parti des Verts. Troisième parti avec 13,5 % : quel succès ! Mais il n’est que d’apparence : loin de signifier comme on le croit le retour en force de la préoccupation environnementale, ce résultat montre que le vote écologiste était le seul qui restait possible aux déçus du macronisme  qui ne voulaient pas voter à droite ou aller aux extrêmes. Un choix vague qui n’engage à rien et qui a l’air gentil (faussement gentil : rien de plus sectaire que cette mouvance). Vote de défiance envers Macron, surtout chez les jeunes, le vote vert débouche sur un renforcement des orientations essentielles du macronisme : européisme, mondialisme.

La droite s’est « modémisée »

Des petits partis patriotes ou identitaires (Dupont-Aignan, Asselineau, Philippot, Camus), aucun n’a réussi à se poser comme une force significative entre le RN et LR. Ils ont été eux aussi victimes du vote utile et peut-être tout autant de leur grisaille.

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Reste le grand perdant de ces élections : les Républicains à 8,5 %. On ne saurait imputer cet échec retentissant (au moins par rapport aux sondages), au seul François-Xavier Bellamy qui a fait une bonne campagne sans toutefois percer l’écran. Il est trop facile de l’imputer aux divisions des chefs (ainsi la rivalité sournoise Sarkozy-Wauquiez) qui ne sont jamais que des causes secondes. Bien plutôt à un mauvais positionnement ; sur les sujets essentiels (euro, sociétal, politique étrangère) ce parti est divisé, moins entre ses dirigeants qu’entre les chefs et la base ; cette division aurait pu être une force, l’occasion de faire des Républicains un lieu d’ouverture et de débat, limitant la déperdition à droite, comme a réussi à le faire le parti conservateur  britannique, mais la hantise du politiquement correct ne l‘a pas permis : la différence « catho » de sa tête de liste y était tout juste tolérée.  L’autre erreur : sans doute pour suivre une partie de leur électorat, les Républicains ont été conduits à faire une opposition « constructive » à Macron là où il aurait fallu se montrer, en bonne logique bipartisane, opposant intraitable. Pour être reconnu comme le chef de file de l’opposition, il faut s’opposer. A qui ? Au pouvoir en place et à lui seul.  Attaquant inutilement le Rassemblement national, ce qui déplait à tous les électeurs de droite et d’une certaine manière le met en valeur, LR s’est complu dans le rôle du tiers parti entre les deux grands ; il s’est en quelque sorte « modemisé ».

Le petit parti centriste de Lagarde, à 2,5 %, n’a l’air de rien. Mais que se serait-il passé sans lui ? Les Républicains auraient pu passer la barre des 10 % et ainsi sauver la face. Ou alors Macron, venant en tête, aurait remporté une nette victoire. Petites causes, grands effets.

L’avenir est un long passé

Reste un champ politique en ruines : les deux partis qui émergent, les mêmes qu’à la présidentielle, le RN (ex-FN) et LREM (ex-EM) sont tous deux pauvres en cadres, mal structurés, alors que les partis classiques (PS et LR), bien que menacés de disparaître, ont encore des réseaux et des compétences (au moins aux niveaux – 1 et au-dessous) : situation bien singulière. Les partis classiques prendront-ils leur revanche aux municipales où ils gardent des atouts ? Peut-être. En émergera-t-il de vrais chefs, plus convaincants que ceux qui aujourd’hui s’en disputent la tête ; c’est à voir.

Il est difficile de prévoir ce qui sortira de cette décomposition du paysage politique. Macron, qui pratique la stratégie du chaos et qu’en bon idéologue rien n’arrête, semble s’en accommoder. Tout reste à faire si l’on veut éviter que la présidentielle de 2022 ne soit la réédition de celle, calamiteuse, de 2017.

Fallait-il aller chercher les otages au Burkina Faso?

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Aujourd’hui sur RNR.TV, l’enseignante Barbara Lefebvre et l’avocat Régis de Castelnau débattent du rapport de la France à son armée, alors que le pays a été touché par la mort de deux de ses soldats, tués par des djihadistes au Burkina Faso lors d’une opération de libération d’otages.


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« Venise n’est pas en Italie », une comédie poussive et pas drôle

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Valérie Bonneton et Benoît Poelvoorde dans "Venise n’est pas en Italie", de Calbérac (2019). Photo : StudioCanal

Venise n’est pas en Italie, qui sort en salles aujourd’hui, noie le spectateur dans une comédie indigne de Benoît Poelvoorde. Vivement le réalisateur qui saura lui servir les films qu’il mérite…


« Venise n’est pas en Italie, Venise c’est chez n’importe qui, c’est n’importe où et foutez-vous des gondoliers… »

Cela, c’est ce que chantait Reggiani. Repris par Ivan Calbérac (sans jamais qu’on l’entende dans le film), ce titre sert de prétexte à une comédie poussive et pas drôle. Avec juste un alibi moralisateur sur l’infinie dureté des riches et l’insondable bienveillance des pauvres.

Le reste est un road movie familial entre la France et l’Italie, avec une énième famille dysfonctionnelle qu’on croirait tout droit sortie d’un feuilleton télévisuel. Ce voudrait être une version trash de L’Effrontée de Claude Miller et on se retrouve face à des Tuche de luxe. Or, au milieu trône un acteur-roi, Benoît Poelvoorde, dont on se demande bien pourquoi il s’entête à cautionner des comédies affligeantes et indignes de lui.

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On sait depuis Podium et Les Portes de la gloire, notamment, que son potentiel comique est aussi énorme que l’insondable détresse humaine dont il peut être l’expression le temps d’un regard. Il faudrait que l’admirateur déclaré de Léon Bloy trouve enfin son écrin au cinéma et le cinéaste qui va avec, loin des pochades qui nous rendent tristes.

Cette fois, Macron n’a plus aucune opposition

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Emmanuel Macron prend un bain de foule au Touquet, 26 mai 2019. ©Kamil Zihnioglu/AP/SIPA / AP22340145_000002

Après avoir écartelé la gauche en 2017, Emmanuel Macron a réussi à faire oublier la droite en 2019. Plus aucune opposition crédible ne s’oppose à lui. Il peut « marcher » en toute tranquillité…


Passés l’étonnement, la stupeur ou l’euphorie des résultats, selon que l’on soit de telle ou telle paroisse politique, une analyse sereine et réfléchie des résultats de l’élection européenne ne peut aboutir qu’à un seul constat : aucune famille politique française n’a vraiment gagné cette élection, mais la France, elle, a perdu ; et pas seulement dans sa future représentation européenne totalement éparpillée.

Personne n’a vraiment gagné les élections 

Le Rassemblement national (RN) a fêté sa première place comme un triomphe, Marine Le Pen appelant même le président de la République à dissoudre l’Assemblée nationale. Mais est-ce vraiment gagner que de perdre un député (23 sur 79 contre 24 sur 74 dans la précédente législature) au Parlement européen, alors que le monde entier attendait une poussée des nationalistes européens ? Cette poussée, qui a eu lieu dans d’autres pays, comme l’Italie, n’a pas eu lieu en France. Est-ce gagner que de régresser en pourcentage de suffrages exprimés par rapport à la même élection précédente ? Certes, le RN a progressé de 12% en termes de voix mais, avec une participation en hausse de près de 20%, le RN perd 1,5 point par rapport à 2014. Enfin, si l’écart entre LREM et lui avait été conséquent (23%-19% par exemple), le triomphe affiché hier soir aurait été compréhensible, mais est-ce vraiment triompher que d’avoir à peine un point d’avance sur son principal concurrent ?

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Le simple fait que « l’Elysée salue le score honorable de la liste de Nathalie Loiseau » prouve que LREM s’attendait à un résultat bien pire que celui de dimanche soir pour le parti jupitérien. Mais terminer deuxième alors même que le président de le République s’est investi dans la campagne comme un vulgaire chef de parti, relayé par moult medias, montre bien que la dynamique En Marche consécutive à l’élection présidentielle a fait long feu. C’est une défaite pour la liste conduite par Nathalie Loiseau, c’est un désaveu personnel pour le chef de l’Etat, qui a délaissé sa fonction présidentielle le temps de la campagne, c’est une défaite pour LREM qui avait tout misé sur le rejet de l’épouvantail RN.

La comparaison avec 2014 pourrait laisser penser que les Verts ont réalisé un très bon score, que Yannick Jadot est, en effet, l’un des vainqueurs de cette journée électorale. C’est juste oublier que l’élection européenne est l’élection de prédilection de ce mouvement depuis 1999, et qu’en 2009 ces mêmes Verts d’EELV avaient rassemblé 16,3% des suffrages, ce qui leur avait permis d’envoyer 14 élus au Parlement européen, alors qu’ils n’en auront que 13 dans la prochaine législature. Certes, comme le RN par rapport à 2014, Les Verts progressent en nombre de voix par rapport à 2009 (+ 250 000 environ) mais régressent en pourcentage de 2,8 points. Est-ce, donc, là aussi une victoire…?

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Quant aux trois grands partis nationaux issus des mouvements politiques de l’après-guerre, et qui ont dirigé la France depuis 1945, n’ayons pas peur des mots : pour les gaullistes des Républicains, pour les socialistes, déchirés entre Place Publique et Génération.s, ou pour les communistes, divisés entre la France insoumise et le PCF, ce dimanche 26 mai 2019 fut une curée, une catastrophe, une Bérézina. Où sont les 20% de François Fillon, où sont les 19,5% de Jean-Luc Mélenchon ?

Ainsi, malgré des apparences trompeuses, aucun parti n’a vraiment gagné cette élection européenne en France. Mais au-delà des partis, s’il y a quelqu’un qui, non seulement n’a pas gagné, mais a même vraiment perdu avec le résultat de dimanche soir, c’est bien la France.

Droite, gauche, uppercut

Emmanuel Macron avait atomisé la gauche en 2017, il vient d’atomiser la droite, qui avait fait mine de résister encore un peu en 2017, aux élections sénatoriales, et en 2018, au gré des quelques élections législatives partielles.

La gauche traditionnelle d’aujourd’hui, c’est à peine 10% de socialistes (Glucksman et Hamon réunis) et pas plus de communistes (Aubry et Brossat réunis), même pas 20% atomisés en micro-partis qui se déchirent sur des questions philosophico-sociétales ou, plus simplement et plus sûrement, pour des questions d’ego de leurs chefs. Et ce ne sont pas les 15%, environ, de voix écologistes qui viendront changer la donne, chacun sachant que les élections européennes sont les élections de prédilection des Verts et que ce score ne se retrouvera pas dans une élection nationale.

Quant à la droite traditionnelle, phagocytée sur sa gauche par l’extrême centre libéral-mondialiste macroniste et déchiquetée par ailleurs à cause des querelles intestines d’ego des chefs de clans LR ou DLF, qu’en reste-t-il aujourd’hui, à part des lambeaux ? Emmanuel Macron vient d’achever son travail de déconstruction du paysage politique français.

Qui va s’opposer au « projet » d’Emmanuel Macron ?

Mais là où la chose devient grave pour la France, c’est que cette déconstruction du paysage politique vient accompagner la déconstruction du pays en lui-même, de ses traditions sociétales, de son contrat social.

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à la casse du modèle social français, initiée, entre autres, par les cinq « ordonnances Travail » du 22 septembre 2017 ?

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à la casse sociale et salariale (ça aurait pu intéresser la gauche) liée à l’ouverture massive des frontières pour attirer une main d’œuvre bon marché venue de pays plus ou moins lointains (ça aurait pu intéresser la droite), initiée par le tandem Merkel-Macron en 2017 ?

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Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à la casse du modèle sociétal français, domaine qu’Emmanuel Macron n’a pas encore attaqué frontalement pour le moment, mais qui va rapidement s’inviter dans le débat national (si tant est que celui-ci puisse encore exister) avec, entre autres, la prochaine loi de bioéthique ?

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer à l’atomisation de la société française, qui, d’une nation unie autour de valeurs communes ancestrales jusqu’au troisième tiers du XXe siècle, devient de plus en plus un patchwork de communautés vivant les unes à côté des autres, et non pas les unes avec les autres, et de plus en plus revendicatrices ?

Qui, aujourd’hui, en France, aura assez de poids politique pour s’opposer, tout simplement, à la négation de la nation française, à la négation de l’héritage historique national dans notre pays, où les écoliers ne savent plus, parce que l’Education nationale ne le leur apprend plus, qui sont Vercingétorix, Charlemagne, Saint-Louis, Ronsard ou même Napoléon ?

En avant, marche…

Plus personne, aujourd’hui, en France n’a un poids politique suffisamment fort, ni à gauche ni à droite, pour pouvoir contrarier « le projet » d’Emmanuel Macron. Plus personne sauf, bien sûr, le Rassemblement national. Mais dès que vous prononcez ce nom ou celui de l’un de ses dirigeants, la reductio ad hitlerum fond sur vous aussi sûrement qu’un nuage de sauterelles réduit à néant un champ de blé.

Ainsi, les partis politiques traditionnels pulvérisés, la seule opposition politique encore vaillante discréditée et ostracisée, Emmanuel Macron a maintenant les mains libres pour réaliser « son projet » qui consiste à continuer de déconstruire pierre à pierre l’héritage historique, culturel et sociétal de la France.

Il faut soutenir Rachel Lambert!

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Rachel Lambert à Reims, juillet 2015. ©Thibault Camus/AP/SIPA / AP21769494_000006

Dans l’affrontement qui se joue autour de Vincent Lambert entre sa femme et mère, son épouse Rachel Lambert est la cible des plus basses accusations. Elle était pourtant la mieux placée pour connaître la volonté de son mari, et mérite d’être épaulée. 


Alors que l’affaire Vincent Lambert défraie la chronique, d’un rebondissement à l’autre, une personnalité reste étrangement absente de la scène médiatique : il s’agit de Rachel, l’épouse de Vincent. Autant la mère du patient intéresse et même fascine les grands médias, autant sa femme brille par sa discrétion

Il faut le dire et le répéter : « l’affaire Vincent Lambert » est d’abord un drame familial. C’est d’abord un cas particulier, celui d’une déchirure familiale irrévocable, avant d’être un archétype de décision à prendre en situation de très grand handicap.

Rachel au service de Vincent

Rappelons les faits. En septembre 2008, quand Monsieur Lambert a eu son accident, il était marié avec Rachel depuis un peu plus d’un an. Le couple venait d’avoir une petite fille. Rachel et Vincent s’étaient rencontrés sur leur lieu de travail, dans l’hôpital où ils exerçaient tous deux la profession d’infirmier spécialisé en psychiatrie. Après l’accident de son mari, en toute logique, Mme Lambert a été l’interlocuteur privilégié des médecins. Elle est devenue « personne de confiance » ˗ même s’il n’y avait pas de papier signé expressément de la main de son mari dans ce sens. Puis, l’état comateux du blessé se prolongeant, elle a été nommée tutrice.

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Quand, en 2013, cinq ans après l’accident, il s’est avéré que les lésions cérébrales empêchaient tout retour à la conscience chez son époux, quand donc le diagnostic d’état végétatif définitif a été posé, c’est elle qui a demandé l’application de la loi Leonetti et l’arrêt de soins devenus « obstination déraisonnable », pour lui permettre de partir paisiblement. Elle fondait cette demande sur ce qu’elle savait de la position personnelle de son mari sur le sujet. Professionnel de santé, celui-ci avait échangé avec ses proches, même s’il n’avait pas laissé de directives anticipées explicites. Plusieurs frères et sœurs de Vincent (six exactement – c’est une grande famille !) et un neveu, soutenaient Rachel dans cette démarche, persuadés qu’elle allait dans le sens de ce qu’aurait voulu le blessé. Suivant l’avis de la famille et en plein accord avec la loi, les médecins de l’hôpital de Reims ont alors commencé le protocole d’arrêt des traitements actifs (dont la nutrition artificielle) assorti d’une sédation qui devait conduire au décès dans des conditions apaisées.

Un sordide conflit familial

C’est alors que Viviane Lambert, la mère du patient, s’est opposée à cette décision. On connaît la suite. Les accusations, les procès, les recours auprès des diverses instances de justice, les expertises et contre-expertises, les déclarations à la presse, les prises de parti des uns et des autres, les déclarations tonitruantes des associations et des avocats, ont alimenté les rebondissements de cette incroyable « affaire ».

Affaire que l’on tire vers des problèmes généraux : l’accompagnement ou l’euthanasie, la défense des handicapés ou leur suppression cynique, la spiritualité chrétienne contre l’utilitarisme athée, la vie contre la mort… Alors qu’en réalité, il s’agit d’un sordide conflit familial dans lequel une femme, la mère, entend récupérer la mainmise sur son fils en l’arrachant à l’affection d’une autre femme, l’épouse qu’il avait choisie. Conflit sordide, conflit classique en vérité, et qui ne diffère de ce qu’on rencontre habituellement que par l’ampleur des haines et la couverture médiatique dont il fait l’objet. De là vient la véritable « montée aux extrêmes » à laquelle on assiste dans cette tragédie aux soubassements psychanalytiques.

Vincent Lambert protégerait son épouse

En l’absence de directives anticipées, il est difficile de savoir clairement ce que Vincent Lambert souhaiterait pour lui-même. Il est aussi difficile de savoir ce qu’il ressent, et même s’il ressent quelque chose plutôt que rien. L’état végétatif est un mystère. Un des meilleurs spécialistes, le père Verspieren, a écrit à son sujet : « Si on ne peut affirmer que la vie de tous ces patients est purement végétative, on n’est guère en droit de penser qu’ils parviennent à davantage qu’une forme de conscience et une activité psychique très pauvres. »[tooltips content= »F. Tasseau, M.H. Boucand, J.R. Le Gall, P. Verspieren, États végétatifs chroniques, Éditions École nationale de la santé publique, Rennes, 1991, p. 34. »]1[/tooltips] Une seule chose est certaine : jamais Vincent Lambert ne cautionnerait la violence qui déferle sur son épouse.

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Dans la lutte entre sa mère et sa femme, nul doute qu’il prendrait parti pour cette dernière. Après tout, puisqu’il est régulièrement question de religion dans cette affaire, ne faut-il pas citer l’injonction biblique qu’il avait suivie dans sa vie personnelle : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair » ? Dans l’affreuse querelle qui divise sa famille, il serait certainement aux côtés de son épouse. Il ne pourrait qu’être horrifié devant l’entreprise de démolition morale dont elle est la proie.

L’autre victime de l’affaire Lambert

Une autre victime collatérale de ce drame reste dans l’ombre : il s’agit de la fille du couple. Née peu avant l’accident de son père, elle doit avoir à peu près onze ans aujourd’hui. Imagine-t-on ce que cette enfant a vécu et vit encore ? Imagine-t-on le traumatisme qu’est pour elle le spectacle de sa famille se déchirant autour du lit d’hôpital de son père ? Voir sa mère accusée de tentative de meurtre sur son mari, par sa grand-mère elle-même, publiquement, avec les moyens de la propagande la plus éhontée (comme la diffusion de vidéos sauvages) ? Entendre quotidiennement les insultes, voire les menaces ? Apprendre que certains ont proposé que Rachel Lambert soit « divorcée d’office » d’un mari dont elle manigancerait l’assassinat légal avec la complicité des médecins qui le soignent depuis des années ?

Dans cette affaire atroce, il est temps de revenir à la raison. Vincent Lambert n’est plus qu’une ombre, autour de laquelle s’agitent des êtres bien vivants aux souffrances et aux intérêts bien réels. Le respecter, lui et sa volonté, c’est d’abord respecter ceux qu’il aimait et qu’il avait choisis librement. Entre deux parties irréconciliables, il faut soutenir Rachel Lambert !

Macron en marche vers sa réélection

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Emmanuel Macron, mai 2019. ©CELINE BREGAND/SIPA / 00908589_000029

Si la classe politique campe sur ses positions, Emmanuel Macron court vers sa réélection. Un duel LREM/RN semble à beaucoup déjà inéluctable. Pour l’éviter, les partis politiques de droite ou de gauche doivent proposer un projet crédible et ne pas laisser à Macron le plaisir de « faire barrage ». Les Français ne sont pas des castors. 


Sans doute est-il prématuré de tirer du scrutin de dimanche soir des conclusions fermes. Sans doute faudra-t-il un peu de temps pour confirmer le mouvement d’une partie de l’électorat macroniste vers EELV, et d’une part sensiblement égale de l’électorat traditionnel LR vers LREM, puis l’analyser.

Ceci étant, je ne crois pas me tromper en affirmant que ces élections européennes ont été un franc succès pour Emmanuel Macron.

Cohn-Bendit avait raison

Paradoxe ? Le président s’était fixé pour objectif de battre le Rassemblement national (RN), il a échoué. Sa majorité prétend « entendre le message écologique », mais a déjà affirmé qu’elle ne changera pas de cap. J’affirme que c’est pourtant sa victoire. Mais l’essentiel n’est pas là. Sous le ridicule apparent, Daniel Cohn-Bendit avait raison : François Mitterrand fut le premier « marcheur », en s’ingéniant à utiliser le FN de l’époque pour saboter la droite.

La percée d’EELV n’attire autant l’attention que parce qu’elle est inattendue, alors qu’au fond elle est dans la droite ligne des précédents scrutins européens. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit inintéressante ni absurde, au contraire. Si elle témoigne d’une véritable volonté de prendre à bras le corps les enjeux écologiques elle est même une excellente nouvelle, à condition toutefois de choisir une écologie lucide et pragmatique.

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Il faudra donc se souvenir que les Verts allemands, en luttant contre le nucléaire, ont favorisé les centrales à charbon, la pire décision possible au regard des évolutions climatiques. Il faudra aussi accepter que la surnatalité est le principal problème écologique de notre époque, et que cette bombe démographique, notamment africaine, ne pourra être désamorcée qu’au prix de mesures fort peu politiquement correctes.

Macron, le pari risqué de Marine Le Pen

Emmanuel Macron fera probablement quelques concessions aux écologistes. Je serais heureux de me tromper, mais il est probable qu’elles toucheront très peu les classes urbaines aisées, fortement les classes moyennes provinciales, et n’apporteront à peu près rien à la biodiversité ni au climat.

Reste l’essentiel : la confirmation aux yeux de tous de l’inéluctabilité du duel LREM/RN, face à face rêvé pour celui qui sera président sortant en 2022 et dont le seul projet crédible est de « faire barrage ». Position incohérente et pari risqué.

Position incohérente d’abord. Si le chef de l’État et de la majorité parlementaire estime qu’un parti politique est un danger pour les fondements de la République, il a le devoir d’œuvrer à l’interdire et à le dissoudre – comme il devrait le faire avec certains groupuscules d’extrême gauche, les mouvements racialistes, les émanations françaises des Frères musulmans… Mais s’il ne fait rien dans ce sens, c’est qu’il l’accepte comme une composante légitime de la pluralité républicaine, et dans ce cas il est outrancier d’adopter comme il le fait une posture de condamnation morale plutôt que d’argumentation.

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Pari risqué ensuite. Quels que soient les calculs des uns et des autres, nul aujourd’hui ne peut prétendre savoir qui sera notre prochain président. Nous sommes à trois ans du scrutin, et il peut se passer bien des choses. En 2009, qui aurait parié que nous élirions finalement François Hollande ? En 2014, qui aurait cru qu’Emmanuel Macron lui succéderait ? Et en 2019…

Mais l’incertitude n’interdit pas la réflexion. A ce titre, je trouve particulièrement intéressantes les analyses de Gilles Clavreul et Natacha Polony.

Qu’on me permette d’y ajouter quelques remarques.

Parce que ce n’est pas leur projet

A l’origine, le « en même temps » d’Emmanuel Macron a pu susciter l’espoir de l’ouverture, de la capacité à prendre le meilleur de la gauche et de la droite, du dépassement de vieux clivages inadaptés aux défis contemporains. Le désenchantement fut à la hauteur de cette espérance, et pendant des semaines il a porté un gilet jaune. Entre les concessions aux communautarismes et le mépris de « ceux qui ne sont rien », ce sont l’universalisme républicain et le respect qu’une démocratie doit à tous ses citoyens qui ont été bafoués.

Renouer avec la démocratie et la République supposera donc deux clarifications. À gauche, refuser fermement le communautarisme et le relativisme, quels que soient les grands principes dévoyés dans lesquels ils essayent de se draper. À droite, accepter que la défense des valeurs constitutives de l’Occident impose l’exemplarité des responsables politiques mais aussi économiques, le respect des laissés-pour-compte et leur écoute, et la condamnation de toute forme de racisme véritable – y compris le racisme anti-Blancs déguisé en anti-racisme, mais pas seulement.

De tous les côtés de l’échiquier politique, il faudra garder à l’esprit que notre civilisation repose pour l’essentiel sur trois piliers : le monde hellénistique, la chrétienté (y compris ses sources juives et ses influences celtes et germaniques), les Lumières. Nul n’est tenu de tous les aimer, mais de tous les respecter et les préserver : que l’on néglige n’importe lequel des trois, et tout s’effondre.

Je n’oublie pas l’écologie : ensemble, l’admiration rationnelle des Anciens pour les équilibres du Cosmos, le magnifique Cantique de Frère Soleil, et le profond romantisme de l’Aufklärung peuvent aboutir à beaucoup mieux qu’à la fin des cotons-tiges et à des grèves de lycéens.

Où vous voyez-vous dans trois ans ?

Au final, quatre partis ou courants politiques ont aujourd’hui une responsabilité toute particulière, et j’ose le croire, la capacité de se montrer à la hauteur des enjeux. Ils le doivent à leurs électeurs et sympathisants, mais aussi et surtout à la France. De grands mots ? Non, un constat.

À EELV il incombe de faire de l’écologie intellectuellement rigoureuse, mais surtout pas du gauchisme peint en vert : notre espèce aspire à la liberté, à la dignité et à la vérité, pas seulement à la survie.

À la gauche républicaine et humaniste, du Printemps républicain à Michel Onfray en passant par la presque inclassable Natacha Polony, il incombe de ne rien céder mais d’oser, parfois, tendre la main à la droite.

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À LR, malgré un échec aussi inattendu que cuisant, il incombe avec les remises en cause nécessaires de ne pas succomber à la tentation de se « macroniser », et de prouver dans la défaite que les convictions portées étaient sincères : c’est la seule manière d’être crédibles, et peut-être à terme de convaincre.

Au RN enfin, vainqueur du scrutin, il incombe de voir et de dire clairement que l’origine ethnique est distincte de l’adhésion aux fondamentaux d’une civilisation, et que c’est la seconde qui importe vraiment. Ne pas le faire serait sombrer dans les griffes de ses vieux démons, et se condamner au mieux à une position d’éternel second et de sinistre faire-valoir, trahissant ainsi un électorat de moins en moins protestataire et de plus en plus convaincu – et qui, en majorité, n’a rien de la caricature raciste et imbécile que certains en font.

À tous les quatre, il incombe de réfléchir, de débattre, de s’engager, d’agir. À chacun de nous aussi, quelles que soient nos convictions.

Il reste trois ans. Et tous les siècles à venir.

« The Dead don’t die », le film que les cinéphiles n’aiment pas (et que j’ai donc adoré)

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Iggy Pop dans la peau d'un zombie dans "The Dead don't die" de Jim Jarmusch (2019). ©ABBOT GENSER / FOCUS FEATURES / IMAGE ELEVEN PRODUCTIONS

Quand Jim Jarmusch renvoie au cinéphile son snobisme dans son dernier film The Dead don’t die, le cinéphile n’aime pas. Un bon film de genre assumé vaut pourtant toutes les foucades d’un Tarantino.


On ne peut pas dire que la critique ait été très tendre avec le dernier film de Jim Jarmusch. Les critiques que je n’aime pas étaient d’une méchanceté féroce, les critiques que j’aime avaient un sourire indulgent et quelques uns, tout de même, assumaient le plaisir qu’ils avaient pris à The Dead don’t die, la variation zombie proposée par le grand Jim. La formule la plus stupide que j’ai lue sur The Dead don’t die : « Il s’agit d’un film sans enjeu. »

Désinvolture amusée

Va savoir ce que ça veut dire, un enjeu, en art ? Vouloir porter un message, vouloir créer de nouvelles formes esthétiques, vouloir épuiser, parodier, détourner des thèmes récurrents ? Si, c’est ça, un enjeu, je ne vois pas pourquoi Jarmusch n’aurait pas le droit de faire une fois ce que fait Tarantino tout le temps, sous des applaudissements de plus en plus ténus, il est vrai: jouer avec le cinéma de genre, le bis, le Z ; parsemer son film de clins d’œil cinéphiliques pour initiés – ce qui est une manière subtile de flatter le cinéphile qui est la créature la plus snob qui soit.

D’ailleurs, on touche là peut-être ce qui fait l’originalité de The Dead don’t die, sa désinvolture amusée, son charme fou, sa coolitude absolue. Il parodie la parodie.

Tarantino, un branleur malsain

Il se moque des moqueurs, comme Debord qui photographiait à leur insu les photographes de Match qui le traquaient, – il le raconte dans Considérations sur la mort de Gérard Lebovici. 

Jarmusch renvoie ce cinéma arrogant qui, sous prétexte d’aimer la série Z, ce truc de plouc, en montre les ridicules. Jarmusch, lui, montre le ridicule de ceux qui ridiculisent. Il y a d’ailleurs des références explicites à Tarantino et à sa manière de se comporter en petit branleur malsain et sûr de son génie, au moins depuis quelques films, disons Inglorious basterds.

Tout parodieur qu’il est, Tarantino veut qu’on croie à son film comme fiction. Jarmusch s’en fout, c’est un poète : il se permet deux scènes entre le shérif (Bill Muray) et son adjoint (Adam River), une au début, l’autre à la fin, où la distanciation joue à fond et, sur le même ton équanime, détruit l’illusion fictive : une conversation sur la chanson récurrente du film qui « rappelle quelque chose » au shérif jusqu’à ce que l’adjoint dise « c’est normal, c’est la chanson du film », et de manière symétrique à la fin : « Pourquoi tu dis toujours que ça va mal finir ? », « c’est normal j’ai lu le script. »

Ces films de genre qui jouent aux intellos 

Cette volonté de déconstruire la déconstruction (pour retrouver une certaine innocence du cinéma ?) va jusque dans le soi-disant message politique du film. La petite partie de la critique voulant sauver Jarmusch s’est jetée comme la misère sur le monde sur une éventuelle dénonciation de Trump et de sa politique écocide. Sauf que c’est tellement fait à gros traits que là aussi, Jarmusch se moque de ceux qui veulent le beurre et l’argent du beurre aujourd’hui dans le film de genre : « Je montre des horreurs, mais en fait je suis vachement critique de la société. » Ça marchait pour Romero et Carpenter, qui sont des génies, mais pas pour les fabricants d’hémoglobine qui en plus voudraient passer pour des penseurs situationnistes.

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Et comme dans l’admirable Paterson, Jarmusch avait montré comment naît le poème chez  le poète, dans The Dead don’t die, il montre comme un certain nombre de faiseurs trafiquent le film de genre pour plaire aux intellos.

Pour le reste, je ne suis pas objectif: il y avait Bill Murray dont j’ai compris, depuis Broken roses, qu’il était mon double astral américain même si j’avais des soupçons depuis Un jour sans fin et Lost In Translation.



Big Greta te regarde…

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Une fresque à l'effigie de Greta Thunberg sur un immeuble de Bruxelles en Belgique. ©DR

Comme les résultats des élections européennes ne le montrent pas, les Belges sont fous des écolos. A commencer par Greta Thunberg qui pose désormais ses yeux menaçants sur tout Bruxellois un peu trop regardant. 


C’est à Bruxelles que la crispante passionaria écologiste à couettes Greta Thunberg a donné l’une de ses légendaires leçons de morale le mois dernier : elle a supplié, en larmes, les élus de se mobiliser sur l’urgence climatique. La militante autiste suédoise, figure de proue de l’écologisme de bonne conscience et des grotesques « grèves scolaires », a expliqué que la planète mériterait autant de sollicitude publique que Notre-Dame.

Il n’en fallait pas moins pour que l’idole infantilisante soit représentée sous la forme d’un portrait géant sur la façade d’un immeuble bruxellois. La ville a soutenu cette initiative, et l’on peut voir désormais, cité du Sureau, une terrifiante Greta-Fifi Brindacier, au regard d’acier, et aux couettes tombantes qui ressemblent à deux coulées sales longeant les gouttières. C’est un spot de laideur militante à ne rater sous aucun prétexte.

Les vieux, ce n’est pas très écolo…

En Belgique toujours, le grand quotidien Le Soir s’est récemment interrogé avec le plus grand sérieux : « Santé : est-il acceptable de cesser les traitements pour les plus âgés ? » En pleine réflexion sur le financement de son système de santé, le royaume cherche à conserver l’équilibre de la Sécu par tous les moyens. Une enquête officielle citée par le quotidien rapporte que 40 % des Belges entendent atteindre cet objectif « en n’administrant plus de traitements coûteux qui prolongent la vie des plus de 85 ans ». Si 69 % des Belges interrogés estiment légitime de dépenser 50 000 euros pour un traitement vital, ils ne sont plus que 28 % à conserver cette opinion si le patient a plus de 85 ans. On apprend au passage qu’aux Pays-Bas voisins, on ne place déjà plus de pacemaker aux plus de 75 ans… l’appareil dépassant de loin l’espérance de vie du patient. On n’est jamais trop écolo pour Greta.