Des bonbons au vernis à ongle en passant par les voyages, le halal est un marché en pleine expansion en France, évalué à plusieurs milliards d’euros. Ce label ne répondrait pourtant à aucune prescription religieuse. Eclairage sur une frénésie communautariste.


« Isla-Delice », « Wassila », « Reghalal »… Ces dernières années, les marques garantissant des produits licites selon la loi islamique se multiplient. Autrefois réservé à un public confidentiel, ce marché qui explose pèserait en France près de 5,5 milliards d’euros, simplement pour la viande. Un montant non négligeable dans le pays qui compte la plus importante communauté musulmane d’Europe.

« Halaltest » et maquillage halal

Selon une étude réalisée par l’Ifop et l’Institut Montaigne, près de 70 %, des Français musulmans achètent « toujours » de la viande halal. A cela s’ajoutent les citoyens croyants ou non, qui n’ont pas toujours d’autres choix que de faire leurs courses dans les nombreuses boucheries ou supérettes musulmanes de proximité, souvent moins onéreuses que les commerces traditionnels devenus rares.

Le label halal ne se limite plus à la viande, l’obsession de la pureté touche tous les produits de consommation. Dorénavant, les croyants peuvent trouver des cosmétiques estampillés halal (sans alcool, sans traces d’animaux impurs), des petits pots pour bébé halal, des banques halal – garantissant une finance éthique et non spéculative – et même des voyages halal avec au programme : visite du patrimoine islamique, supermarché halal à proximité du lieu de résidence et piscine ouverte aux musulmans portant une tenue islamique. Une start-up française propose même aux musulmans de jouer les petits chimistes. Grâce au « Halaltest », tout particulier peut, avec un bâtonnet, détecter des traces d’alcool ou de porc dans les aliments moyennant la somme de 6,90 euros. Un business juteux encouragé par les islamistes.

« Un discours capitalistique crée une demande religieuse »

Depuis les années 80, ces sociétés prospèrent sur l’association des libéralismes économique et culturel. « La logique économiciste, c’est-à-dire le profit, devient une éthique qui s’impose maintenant au politique et au théologique », déplore l’imam et recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Oubrou. « Il s’agit d’une orthopraxie et une orthodoxie de masse. En d’autres termes, un discours capitalistique crée une demande religieuse. Cette dernière devient alors la norme prescrite aux théologiens », explique-t-il.

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Derrière ce phénomène, aucune prescription religieuse. Les fondamentalistes s’emploient donc à faire de cette récente pratique une obligation islamique. « J’entends même qu’il faut identifier la présence de gélatine d’origine porcine dans les bonbons. Cessons de chercher le halal au niveau moléculaire ! », s’agace Tareq Oubrou. Si pendant des siècles le terme halal signifiait « licite », « permis », l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler (Le marché halal ou l’invention d’une tradition, Seuil, 2017) constate que son sens s’est durci : le halal est désormais prescrit pour tout bon musulman. Le symptôme d’une angoisse chez les croyants, en quête de repères, selon Tareq Oubrou.

Consommer halal, un acte politique

Poussée par des associations, cette consommation prend des accents militants, au-delà de la souffrance animale (lire encadré). Consommer halal relèverait de l’acte éthique mais aussi politique. Ainsi, le boycott des produits israéliens ou américains est vivement encouragé au sein de la communauté musulmane. Des moyens de pressions économiques sont exercés sur les pays occidentaux lorsque ces derniers ne seraient pas en conformité avec la loi islamique. En 2006, les pays musulmans appelaient au boycott des produits danois en signe de protestation contre la parution de caricatures du prophète Mahomet. Le halal devient un alibi religieux fort commode, à portée universelle…

Les consommateurs musulmans s’organisent

Un UFC-Que choisir version islamique… Crée en 2013, l’Union française des Consommateurs musulmans (UFCM) entend défendre les intérêts de ces croyants pour qu’ils puissent « vivre en accord avec [leurs] principes éthiques et [leurs] références religieuses ». Objectif : proposer « un modèle de consommation alternatif, social et solidaire ». Sans surprise, pour ces militants la solidarité passe par l’appel au boycott des produits israéliens. Le 13 juin dernier, lors d’une conférence organisée par l’UFCM, Lila Mami, membre d’Euro-palestine, est revenue sur ce « devoir de boycott ». Selon elle, Israël testerait ses armes avant de les vendre sur les Palestiniens et attendrait, pour ce faire, l’été afin que les Français juifs puissent rejoindre les rangs de Tsahal pour les grandes vacances… Suivi par près de 10 000 personnes sur les réseaux sociaux, l’UFCM ne cache pas sa proximité avec le clan Ramadan. Elle relaye les conférences de Tariq Ramadan et défend son frère, Hani, interdit de territoire en France, après avoir tenu des propos misogynes et violents.

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