Pour sauver l’économie, partout dans le monde, les États vont devoir « euthanasier les rentiers » (l’expression est de Keynes). Si l’euro y fait obstacle, la monnaie commune va sauter.


Pour bien mesurer les enjeux économiques soulevés par le confinement, il faut distinguer les effets sur le passé et sur l’avenir de cette quasi mise à l’arrêt du pays et de l’essentiel de la production mondiale. 

Le gel complet des trois quarts de l’activité exerce deux types d’effets. Prenons l’exemple de la France.

Le premier effet, c’est d’empêcher une part importante de la richesse d’être produite (si le confinement dure trois mois, en fin d’année, près d’un quart de PIB va manquer). Le deuxième effet découle des mesures prises par l’État pour  éviter que les entreprises coulent ou que les ménages privés d’emploi plongent dans  la misère.  Qu’il s’agisse de garantir des emprunts, de ne pas encaisser des taxes ou encore de verser les salaires du privé (le chômage partiel), de facto la majeure partie de l’économie a été de facto nationalisée.

Il est essentiel de comprendre que la majeure partie de cette richesse non produite sera définitivement perdue. Prenons l’exemple des cafés, une fois ré-ouverts, ils seront incapables de reconstituer le chiffre d’affaires perdu. Les Français ne vont pas boire trois tasses de café au lieu d’une, trois mois durant pour compenser l’effet confinement !

Au lendemain d’une guerre, on doit reconstruire, ce qui stimule le PIB. Ici, il faut sortit de l’engourdissement. La reprise sera fastidieuse voire douloureuse. Elle le sera d’autant que le déconfinement ne sera pas synchrone et qu’une partie importante de la production (effet de la globalisation) et de la consommation (le tourisme et les exportations) vient de l’étranger. Si l’épidémie dure, les surcoûts engendrés par la production du matériel de protection, par le respect des distances sociales (qui suppose plus de M2 pour produire ou une production perlée) va rendre le déconfinement plus lent et plus difficile. Enfin, le Covid a déjà fait des victimes économiques et ce n’est pas terminé : faillites, mise au chômage ; etc.

Une partie importante va se jouer dans la manière dont le gouvernement va considérer les dépenses publiques surtout dans notre pays qui, avant la pandémie, s’était déjà enfoncé dans la spirale de l’endettement : en étant obligé d’emprunter. Or, la BCE interdit aux banques centrales de financer directement les États, contrairement à ce que fait la Banque d’Angleterre, par exemple.

Au lendemain du déconfinement, l’attitude de l’État peut être de deux types : soit il considère que de futurs impôts doivent financer les dépenses publiques, soit il décide que celles-ci ne sont pas des avances mais des dons.

Dans le premier cas, le gouvernement brise les genoux du redressement avant même qu’il ait lieu. Dans le second cas, il favorise la production et la consommation. Ces deux solutions ne feront pas du tout les mêmes perdants et les mêmes gagnants. 

Si les dépenses publiques ne sont pas remboursées, si les dettes sont effacées, à la manière de ce que recommande l’ancien testament avec la tradition du Jubilé qui prescrit, une fois tous les 49 ans, de passer en pertes toutes les créances, on appauvrit les épargnants. L’effacement des dettes découle généralement de l’inflation déclenchée par la création monétaire (il y a davantage de monnaie que de production) laquelle déprécie la richesse existante. On parle de « monétiser la dette » ou de « seigneuriage monétaire ». Garant de l’ordre social, l’État considère que l’on ne peut se permettre de ruiner la société dans son ensemble pour préserver les intérêts de ceux qui détiennent des créances (en fait, les riches et les vieux). En effaçant les dettes, le pouvoir politique rappelle aux institutions financières qui est le patron. À raison. La folie de la globalisation, son caractère cancéreux résidait dans le fait de soumettre le pouvoir politique au bon vouloir des puissances économiques. 

Or, il ne peut y avoir de banques, de compagnies d’assurances, de fonds de pension, d’actionnaires, de riches ou de petits épargnants, pas même d’activité économique pérenne si l’État est ruiné. 

Si la puissance publique, garante de l’intérêt général, fait endosser aux producteurs (salariés, entreprises) le remboursement des dettes par des taxes, il sacrifie la richesse future. Rembourser les dépenses publiques et la dette, c’est sacrifier le futur sur l’autel du passé. Le « jubilé », c’est « l’euthanasie de rentiers » (l’expression est de Keynes) au nom de l’avenir. L’électorat et la politique de Macron sont ceux de la défense des bas de laine. L’apôtre de la start-up nation risque d’être contraint de préférer les salariés aux actionnaires, l’intérêt général aux marchés et la France à l’Europe et à la globalisation.

Une part importante des détenteurs d’obligations sont en effet étrangers (à 70%). De plus, non seulement les 27 ne veulent pas mutualiser les dettes mais les traités européens et notamment l’architecture de l’euro nous obligent à emprunter pour financer nos dépenses. Il y a donc un hiatus. Mourir Européen ou revivre Français ?

On comprend pourquoi Macron est aussi mal à l’aise. Il va devoir se démettre ou se soumettre à l’intérêt du plus grand nombre et sacrifier les 30% de privilégiés qui l’ont élu.

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