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Recapitalisons l’entreprise France

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Une tribune de Jean Messiha (RN) cosignée avec Frédéric Amoudru, ex-cadre dirigeant d’une grande banque française.


En France comme ailleurs, le Covid–19 a privé d’oxygène de très nombreuses entreprises dans de multiples secteurs. Les mesures prises par le gouvernement ont limité une casse que la mauvaise gestion de l’arrivée du virus dans notre pays a fortement aggravée. Crédits de trésorerie garantis par l’Etat (Prêt Garanti par l’Etat), prise en charge du chômage partiel de masse, report des charges, exonérations ciblées, fonds de soutien sectoriel… Autant de mesures indispensables pour éviter l’écroulement complet de l’économie française. Le gouvernement et en particulier le ministre de l’Economie Bruno Lemaire se prévalent d’ailleurs abondamment de cet activisme pour tenter de redorer leur blason. C’est de bonne guerre mais personne n’est dupe.

De la dette, encore et encore

Sur le fond, l’essentiel de ce qui est apporté aux entreprises constitue pourtant de la dette à court et moyen terme. Or la crise sanitaire est susceptible de générer des pertes d’exploitation de l’ordre de 60 milliards d’euros, selon les estimations des milieux économiques. Cela aura pour conséquence de faire fondre les fonds propres de très nombreuses entreprises et donc de dégrader leur situation financière. Ce désastre apparaîtra clairement à l’automne avec la publication des comptes semestriels au 30 juin.

Quelle en est la conséquence? Sur le plan microéconomique, une société au bilan fragile rencontre de nombreuses difficultés dans son quotidien et plus encore dans son développement comme :

  • Un crédit fournisseur plus limité et plus court
  • Des crédits bancaires plus limités, plus chers, plus courts donc grande difficulté à investir pour s’agrandir ou se moderniser
  • Des difficultés à attirer des talents
  • Un risque de faillite bien plus élevé en cas de crise

Choc inédit

En termes macroéconomiques, une économie truffée d’entreprises sous-capitalisées est condamnée à une sous-performance structurelle. La logique libérale classique nous pousserait à considérer que le capital privé est là pour investir dans les entreprises et que nous devons laisser aux mécanismes de marché le loisir jouer leur rôle. En d’autres termes, si les entreprises ont besoin de capital, qu’elles se tournent vers leurs actionnaires ou les nombreux fonds d’investissements dont c’est le métier. Dans une situation normale ou de crise limitée, c’est une position qui n’est déjà pas toujours défendable.

En effet, de nombreuses sociétés ou secteurs viables mais n’offrant pas suffisamment de perspectives bénéficiaires, sont délaissées ou maltraitées. A fortiori quand le contexte est celui d’un choc d’une violence encore jamais enregistrée.

Face à des besoins de recapitalisation plus que pléthoriques, les acteurs privés vont pouvoir « faire les soldes » ou bénéficier d’un « Black Friday » de plusieurs mois, choisissant ce qui est le plus attractif et ignorant ou « massacrant » ce qui est plus risqué ou moins « sexy ». De leur point de vue, c’est compréhensible.

L’Etat investisseur en dernier ressort 

Mais du point de vue de l’État, c’est inacceptable car trop d’emplois et trop d’activité sont en jeu. En conséquence de quoi, l’Etat doit jouer le rôle d’investisseur en dernier ressort pour sauver notre économie. Mais l’effort financier gigantesque consenti par la puissance publique c’est-à-dire, in fine, par les contribuables que nous sommes, va une fois de plus sauver un secteur en particulier: les banques. Sans cette intervention publique massive, les faillites se multiplieraient et le secteur financier en paierait un prix exorbitant. Il doit donc participer à l’effort national aux côtés de l’État et de son bras armé, la Banque Publique d’Investissement (« BPI »), dans un fonds de redressement national.

Le gouvernement a prévu la mise en place un d’un fonds de 20 milliards d’euros pour venir au secours des entreprises stratégiques. C’est une nécessité, car au-delà des emplois directs, c’est toute une chaîne de sous-traitants qui est menacée en cas de faillite d’un de nos fleurons nationaux. Toutefois, il apparaît clairement que deux entreprises, Air France et Renault pour ne pas les citer, pourraient capter une part considérable de cette manne. Il est indispensable qu’elle soit aussi disponible pour les autres grandes entreprises et les ETI (entreprises de taille intermédiaire) qui constituent un écosystème d’environ 6.000 sociétés, cotées en bourse ou non, et employant plus de 50% des salariés du pays. Elles sont généralement bien armées pour négocier avec les marchés financiers des injections de capital.

Préserver notre souveraineté économique

Toutefois, face au risque de prise de contrôle par des capitaux étrangers d’acteurs-clés de notre économie, l’État doit se tenir prêt à intervenir financièrement, de concert avec notre secteur bancaire. Objectif: préserver notre souveraineté, mais également l’emploi qui pourrait être menacé par des exigences de rentabilité excessives de fonds d’investissement plus ou moins « vautours ». C’est ici que s’inscrit la logique de la relocalisation posée comme condition au soutien public. Le nombre limité des entreprises concernées permet une approche « sur mesure » et au cas par cas. Leur taille ouvre également au fonds stratégique la possibilité de « sortir » un jour, par la vente en bourse ou auprès d’investisseurs, de sa participation constituée en temps de crise.

Mais il reste ces milliers de PME et ces centaines de milliers de TPE plus ou moins gravement fragilisées. Un début de réponse a été apportée par la BPI, institution idoine s’il en est, grâce à sa connaissance intime du monde des entreprises et son réseau de 52 implantations dans les territoires avec la création d’un Fonds de Renforcement des PME. Mais, on est très loin du compte et ce, pour plusieurs raisons :

  • Une enveloppe ridicule : 100 millions d’euros ;
  • Un plancher d’éligibilité trop élevé : pas moins de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce qui laisse des centaines de milliers d’entreprise hors du champs ;
  • Un outil qui ne règle rien car il passe par l’émission d’Obligations avec Bon de Souscription d’Actions, c’est-à-dire une dette à moyen terme en faveur de la BPI assortie de la possibilité pour cette dernière d’entrer au capital de la société. Or ce n’est pas de plus de dettes dont ces entreprises ont besoin mais d’une injection de fond propres.

140 000 PME

Le problème, c’est que nous nous heurtons ici à une vraie complexité : le nombre.          Notre pays compte en effet 140 000 PME soit des entités employant entre 10 et 250 salariés et générant un chiffre d’affaire de moins de 50 millions d’euros. Elles emploient un total de 4,2 millions de salariés. Quant aux TPE (moins de dix salariés et moins de 2 millions d’euros de chiffres d’affaires), elles sont au nombre d’environ 3,6 millions, dont une immense majorité ne compte aucun salarié. Pour celles ayant un chiffre d’affaire inférieur à 1 million d’euros (élargi à 2 millions pour le secteur du tourisme), un bénéfice net inférieur à 60.000 et ayant perdu 50% de leur chiffre d’affaires en raison de la crise sanitaire, un Fonds de Solidarité associant État et régions de 7 milliards d’euros est en place, distribuant des aides de 1 500 à 6 500 euros. Ces montants restent néanmoins souvent insuffisants pour permettre à ces entreprises de garder la tête hors de l’eau et doivent être revus à la hausse.

Pour les dizaines de milliers de TPE qui dépassent les seuils fixés ci-dessus et sont donc non-éligibles au Fonds de Solidarité et pour l’univers des PME, la recapitalisation au cas par cas est matériellement impossible. Par ailleurs leur faible taille rend très problématique la revente d’une participation une fois la société tirée d’affaire. Inutile cependant de réinventer l’eau chaude : il existe ce Fonds de Renforcement des PME piloté par la BPI et auquel les banques doivent être associées. Mais il convient de doter ce fonds d’une enveloppe de plusieurs milliards d’euros, doublé d’un outil standardisé et simple qui permette de renforcer les capitaux de ces entreprises tout en garantissant à ce fonds de « récupérer ses billes » à moyen- long terme.

Prêt subordonné participatif 

Pour ce faire, une solution optimale émerge : le prêt subordonné participatif (« PSP »). Un prêt certes mais très long (par exemple 15 ou 20 ans dont 5 ans sans remboursement, suivi d’un amortissement progressif) et subordonné c’est-à-dire qu’en cas de faillite il est remboursable après toutes les autres dettes mais avant le capital des actionnaires. L’ingénierie financière lui donne le titre de « quasi fonds propres » ou de « dette mezzanine », et l’utilise assez communément dans des opérations de financement. Pourquoi participatif? La réponse à cette question appelle la réponse à une interrogation préalable: faut-il assortir ce prêt d’un taux d’intérêt élevé comme c’est normalement le cas pour ce type d’instrument ? Sûrement pas, car l’idée n’est pas de faire de l’argent et de saigner les boîtes avec des frais financiers supplémentaires mais bien de soutenir l’appareil productif. Par contre, il n’est pas envisageable qu’en cas de « retour à meilleure fortune », le ou les actionnaires puissent se servir des dividendes alors que l’argent public est peu rémunéré.  Donc, en cas de paiement de dividendes, le PSP devra recevoir sa part (voire un peu plus) au prorata de l’ensemble des fonds propres de la société.

Le montant du PSP doit être calibré en fonction de quelques critères qui devront inclure la baisse des fonds propres subie par l’entreprise ainsi que sa taille, de même que certaines conditions qui seront exigées pour garantir la bonne utilisation de cet argent partiellement public. Par exemple, le remboursement partiel du fameux Prêt Garanti par l’État mis en place pour faire face aux urgents besoins de trésorerie, pour investir en France, dans la production ou l’innovation, mais pas pour financer des licenciements économiques ni augmenter la rémunération des dirigeants, ni, encore moins, pour acheter de l’immobilier ou une voiture haut de gamme au patron, etc.

Une assurance contre les faillites

Ainsi dotées de nouveaux fonds propres à coûts faibles, remboursables à très long terme, assortis de conditions simples, les PME et TPE françaises pourront envisager sereinement leur avenir et participer au redressement économique. Du point de vue de l’État, sa participation dans ce fonds de redressement ne constitue pas une charge budgétaire mais une contribution financière à l’économie qui sera remboursée. Pour les banques, c’est une assurance contre les faillites qui leur coûteraient très cher. Pour les salariés, c’est la sécurité de voir leur employeur financièrement renforcé. Toutefois, ne nous méprenons pas : cette initiative a vocation à réparer les dégâts financiers du Covid–19 et non à régler les nombreux problèmes structurels de la sous-compétitivité de notre économie qui, eux, doivent être traités au travers d’une vraie stratégie de redressement productif.

Les méthodes du progressisme culturel et sociétal


Les Fonds Régionaux d’Art Contemporain (FRAC) et le PACS ne présentent aucune similitude à première vue. Mais comme chacun sait, tous ceux qui s’y opposent sont des « réacs », ces affreux marginaux qui n’aiment pas le progrès… Jérôme Serri propose un retour en arrière sur ces fabuleuses avancées des dernières décennies.


 

Dans un article paru récemment dans le magazine Causeur du mois de mai, Pierre Lamalattie nous apprend que les FRAC (Fonds Régionaux d’Art Contemporain) ont traversé sans difficulté les deux mois de confinement. C’est à ses yeux la preuve de leur inutilité.

Étant habitués à avoir très peu de visiteurs voire aucun, ils ne peuvent en effet regretter, comme le Louvre ou le Musée national d’art moderne, la fermeture qui leur fut imposée. Ce constat est l’occasion de rappeler ce que fut leur histoire et de remarquer qu’elle a quelques similitudes avec… celle du PACS (Pacte civil de solidarité). Libre à chacun de s’interroger ensuite sur des manipulations plus récentes et de se demander si la démocratie n’est pas mise en péril par autant de désinvolture.

Ces liens déroutants entre les FRAC et le PACS 

Depuis Marcel Duchamp, les « artistes » que l’on dit « contemporains » n’ont eu de cesse de critiquer l’art des musées et, avec lui, l’institution muséale. Laissons de côté l’analyse des différents arguments qui, depuis Paul Valéry, se sont affrontés de façon fort confuse sur la question du musée dans notre rapport aux œuvres d’art.

A lire aussi: Quand le FRAC d’Orléans et le Planning familial s’unissent

Au début des années 80, ont donc été mis en place les FRAC dont la vocation était d’acquérir des « œuvres » et de les présenter de façon temporaire dans des lieux aussi différents qu’un centre culturel, une médiathèque, un hall d’hôtel de ville, un château ou une abbaye. Les artistes contemporains voulaient que leur existence soit reconnue et, pour cela, distinguée de celle de leurs prédécesseurs exposés, quant à eux, dans les musées.

De leur côté, les homosexuels, autrefois critiques vis-à-vis du mariage et de la famille, l’un et l’autre considérés comme des institutions bourgeoises, souhaitèrent que leurs couples puissent bénéficier de la même reconnaissance sociale que les couples hétérosexuels. On mit alors en place pour eux, à la fin des années 90, le PACS qui fut également, au nom de l’égalité des droits, ouvert aux couples hétérosexuels.

Les artistes contemporains souhaitèrent que la notion de culture fût suffisamment élargie pour que des pratiques qui n’avaient que peu de rapport avec elle puissent y trouver leur place. Les homosexuels de leurs côtés souhaitèrent que la notion de famille fût, elle aussi, suffisamment élargie pour que des pratiques, qui n’avaient que peu de chance d’assurer une filiation, puissent y trouver leur place.

Justin Trudeau lors de la Gay Pride de Toronto, juin 2017. Photo: Geoff Robins
Justin Trudeau lors de la Gay Pride de Toronto, juin 2017. Photo: Geoff Robins

Et puis, le progressisme confondant progrès et fuite en avant, il fut décidé, avec la bénédiction de toutes les lâchetés politiques, d’aller plus loin dans l’extravagant. Car le but poursuivi par les idéologues du progressisme sans limite n’est plus, depuis longtemps, le progrès. Leur but est la déstabilisation de notre civilisation, et leur moteur, le ressentiment à son égard. Non contents d’être minoritaires, incertains de ce qu’ils font ou de ce qu’ils sont, ils veulent désormais – c’est une stratégie – être assimilés à ceux auxquels ils se disaient hier inassimilables. Alors qu’ils avaient les FRAC, les artistes contemporains finirent par obtenir la construction de musées qu’ils détestaient. Alors qu’ils avaient le PACS, les homosexuels finirent, quant à eux, par obtenir l’accès au mariage dont certains d’entre eux dénonçaient par ailleurs l’absurdité de la revendication.

Quand les FRAC et le PACS font des usages fallacieux de leurs domaines

Farouchement opposé hier à ce que les Fonds régionaux deviennent des musées d’art contemporain, Claude Mollard, l’ancien conseiller de Jack Lang, s’est félicité de voir s’en ouvrir un peu partout en France et justifiait son revirement de la façon suivante : « J’avais l’intuition que la création de ces fonds sans lieu aboutirait inévitablement, par leur vitalité, à la création de lieux spécifiques. C’était une stratégie ».

Farouchement opposée hier au mariage homosexuel, l’ancienne garde des sceaux, Elisabeth Guigou, a approuvé en 2013 le projet de son successeur au ministère de la Justice, et justifiait son revirement en laissant entendre qu’il s’agissait également d’une stratégie : « À l’époque, l’important était de faire passer le PACS. Il y avait une résistance farouche au PACS à l’Assemblée, mais aussi dans la société avec des manifestations, des débordements verbaux inadmissibles… Donc, l’important, c’était de dissocier le PACS du mariage, sur le plan légal et sur le plan symbolique ».

Les défenseurs de l’art contemporain, tentant d’intimider ceux qui s’indignaient de cette interminable imposture, firent un usage fallacieux de l’histoire de l’art : « Vos arrière-grands-parents ont manqué les impressionnistes, ne répétez pas aujourd’hui leur erreur d’hier ». Les défenseurs du mariage homosexuel, tentant d’intimider les parlementaires qui refusaient l’énormité du contresens, firent quant à eux un usage fallacieux de l’histoire politique : « Les parlementaires de la IIIe République refusèrent d’accorder le droit de vote aux femmes, ne répétez pas aujourd’hui leur erreur d’hier ».

A lire aussi: Peut-on vivre sans Notre-Dame de Paris?

Le politiquement correct : rééduquer de manière soft

Dans un cas comme dans l’autre, la bévue des pères a été instrumentalisée pour inhiber le jugement des fils. Vous n’êtes pas convaincu que le simple châssis en bois accroché au mur est une œuvre d’art ? Vous êtes surpris d’entendre un robuste gaillard vous parler incidemment de son mari ? Attention ! vous risquez d’être ringardisé et de voir votre avancement dans la carrière compromis.

Comment faire ? Le politiquement correct est un camp de rééducation « soft », dans lequel vous vous rééduquez vous-même.

La méthode est simple : les politiques vous l’ont montrée depuis des décennies. Comme eux, devant ce châssis ou le mari du mari, ne laissez paraître aucune désapprobation ! Retournez-la comme un gant, vous serez dans le sens de l’histoire et votre jugement conforme à la vérité. Faites-vous en l’apôtre sans attendre ! N’hésitez pas à invectiver votre ami d’hier si, ne vous comprenant plus, il ne vous suit pas ! Traitez-le au besoin de réactionnaire en art ou d’homophobe et, si cela ne suffit pas, de fasciste ! Vous verrez, tout ira mieux alors pour vous dans le meilleur des mondes et vous serez l’invité des plateaux de télévision.

La musique virtuose de Michel Lambert


Un recueil de nouvelles qui va de Bruxelles à Prague


Placé haut par les regrettés Pol Vandromme, Bernard de Fallois et Vladimir Dimitrijevic, trois orfèvres en matière littéraire, Michel Lambert, écrivain, journaliste, est aujourd’hui l’un des auteurs « maison » de Pierre-Guillaume de Roux, qu’il considère comme « l’éditeur quasi idéal, c’est-à-dire un éditeur qui a les qualités de culture et de passion littéraire, mettant la littérature au-dessus de tout, comme Vladimir Dimitrijevic. »

Nouvelliste maintes fois primé, Michel Lambert avait donné, avec L’Adaptation, un livre d’une vertigineuse complexité, où il bâtissait un labyrinthe à l’issue duquel fusionnaient littérature, cinéma et réalité.

Un virtuose du style

Tout le roman baignait dans une atmosphère de nostalgie, de déclin tant physique que sentimental, et de quête – celle du Chevalier médiéval à la poursuite d’une Dame inaccessible. Son dernier recueil de huit nouvelles, Je me retournerai souvent, qui doit son titre à Apollinaire, confirme mon verdict de naguère.

Michel Lambert est un virtuose du style, dont le jeu subtil des couleurs et des ciels se révèle pareil à celui d’un peintre de l’ancien temps – nous sommes, rappelons-le, dans les anciens Pays-Bas, pour qui les nuages peuvent refléter des sentiments mouvants. De Prague la magique à la très-pluvieuse Bruxelles, le lecteur y suit Michel Lambert dans ses pérégrinations à travers l’espace et surtout à travers le temps, car l’écrivain n’a pas son pareil pour, du bout des lèvres, sans jamais insister, suggérer je ne sais quelles failles, quand un quotidien terne se métamorphose, quand s’entrouvre une porte dérobée. Tel est le leitmotiv qui traverse cette œuvre raffinée : le temps suspendu, retrouvé, rêvé – perdu. Un temps circulaire, comme chez les Celtes.

Souvent mélancolique à la russe (à l’irlandaise ?), jamais triste ni pesant, Lambert nous promène à la recherche des fragments d’un passé imaginaire, à la rencontre de femmes oublieuses ou fidèles.

Michel Lambert, Je me retournerai souvent, Editions Pierre-Guillaume de Roux, 192 pages

Je me retournerai souvent

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Télétravail, l’avenir radieux de l’humanité


Le télétravail, c’est beau, c’est bien, c’est écologique, c’est l’avenir !


Le télétravail est si formidable que, « soucieuses du bien-être de leurs effectifs », les entreprises philanthropiques Google, Twitter et Facebook vont permettre à leurs salariés de continuer à travailler chez eux jusqu’en 2021 et peut-être même « indéfiniment » (!)

Le télétravail est si formidable que Peugeot vient d’annoncer « redonner du temps utile à 80 000 collaborateurs », qui seront désormais « moins soumis aux contraintes des transports en commun et auront plus de liberté pour choisir leur lieu d’habitation » (et donc acheter des voitures et peut-être même, les mêmes causes produisant les mêmes effets, enfiler des gilets jaunes).

Tellement fun de travailler sur un coin de table

Le télétravail est tellement l’avenir qu’en 2017, IBM pionnier en la matière depuis vingt ans, avait rapatrié ses troupes télétravailleuses, soit 40% de ses travailleurs américains. La valeur de l’employé IBM (qui se calcule en divisant le bénéfice par le nombre d’employés) était tombée à 193 000 dollars, très loin derrière les 1,8 million d’Apple ou les 1,6 million de Facebook.

Moins d’innovation, moins d’enthousiasme, moins de créativité, moins de rentabilité. Et, zou pas de quartier, retour à la case départ (sans toucher les 20 000 !). Certes, c’était dans le monde d’avant… mais avec les mêmes personnes.

C’est tellement fun de travailler sur un coin de table, les fesses sur le tabouret de la cuisine, tout en se « libérant des contraintes obsolètes ». C’est tellement du « vrai bien-être que de répondre sereinement à ses courriels ou à ses appels pendant que tourne la machine à laver ou roule le robot aspirateur » et que le petit dernier s’accroche et se demande pourquoi vous lui préférez l’écran.

Joggings et chaussons

C’est tellement glamour de travailler en jogging et chaussons, d’avaler vite fait un encas le midi et des barres chocolatées toute la journée, tout en « gérant de façon autonome et solidaire toutes ses interdépendances laborieuses ».

C’est tellement moderne, « le travail collectif asynchrone (?) et à distance, sans inutile perte de temps avec un management à la confiance, sans contrôle envahissant ou contreproductif », et c’est tellement chouette les économies substantielles sur les loyers, deuxième poste de dépenses des entreprises après les salaires. Economies d’ailleurs nettement plus faciles à quantifier que les surcroîts de bonheur. La norme NF X35-102 prévoit 11m2 par salarié en open space et en recommande 15 pour les situations bruyantes. Le prix moyen du m2 loué étant en moyenne de 457 euros HT par an à Paris, plus environ 60 euros pour les charges : chasse d’eau, distributeurs, personnels de ménage, fiscalité … on arrive au bas mot à au moins 6 200 euros hors taxe annuel par tête de pipe.

Soi-disant gagnant gagnant, concept assez fumeux, mais jusqu’à plus ample informé pas franchement donnant-donnant, même si Facebook s’est généreusement fendu d’une prime de mille dollars par salarié pour « les frais occasionnés ».

De nouveaux collègues payés au lance-pierre

Les thuriféraires de ce nouveau monde font tristement penser à nos braves ingénieurs qui partaient, fleur au fusil, installer des usines en Chine, il y a une vingtaine d’années. Et, on a vu le résultat ! Parce que télétravailleurs, télétravailleuses, méfiez-vous ! Ce que vous pouvez faire d’un peu loin de votre entreprise, d’autres peuvent le faire, aussi bien, de beaucoup plus loin et pour beaucoup moins cher.

Certains d’entre vous ont déjà eu le plaisir, pendant le confinement, de faire (virtuellement) la connaissance de nouveaux et nouvelles collègues, Tunisiens ou Malgaches par exemple. Ces camarades maîtrisent parfaitement notre langue orale et écrite ainsi que Word, Excel et Powerpoint.

Ils tapent allègrement sur leurs claviers. Ils sont encore plus mal installés que vous. La seule différence, c’est qu’ils sont payés nettement moins et qu’en plus, ils ne rouspètent pas. Le diable ne se niche pas que dans les détails.

FRAC: l’art pour personne?


Malgré le confinement qui les prive de public comme tous les acteurs de la culture les Fonds régionaux d’art contemporain vont très bien, merci pour eux. De quoi s’interroger sur l’utilité de ces promoteurs d’un art abscons. Enquête.


Créés en 1982 par Jack Lang, les 23 Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) ont pour mission d’acquérir des œuvres en régions et d’organiser des expositions et événements divers pour les faire connaître. Ils sont dotés de bâtiments, de budgets abondés par l’État et les régions, d’équipes (jusqu’à 30 personnes) et d’un statut associatif permettant toutes sortes de souplesses. Ils répondent en principe à une volonté de décentralisation culturelle et de maillage territorial dans le domaine artistique. Dans les faits, leurs moyens s’ajoutant à ceux des musées et centres d’art, on assiste en région à une domination massive des relais du ministère de la Culture. En comparaison, les galeries et associations d’artistes font figure de micromammifères parmi les pachydermes.

Instruments d’un art officiel ?

Les FRAC sont critiqués depuis longtemps. En 2013, après leur 30e anniversaire, l’Ifrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) pointe un « art officiel », des procédures « opaques », des dépenses « à fonds perdu » et un « public absent ». La même année, Luc Ferry dénonce une institution « plébiscitée par les artistes sans art et sans talent » permettant « d’écouler leurs productions indigentes aux frais du contribuable ».

On pourrait multiplier les citations. Beaucoup voient dans les FRAC l’un des principaux promoteurs d’un art officiel imposé par le ministère de la Culture, une propagande qui se prétend éducation. On souligne le fait que les expositions des FRAC attirent un maigre public, surtout constitué de scolaires, de fonctionnaires de la culture et de gens de passage traversant par nécessité les lieux publics où ont lieu nombre de présentations.

Les chiffres fournis par les organisateurs, qui dépassent rarement 2 000 visiteurs, ne sont pas ventilés par catégories ni entre payants et gratuits. Cependant, en pleine crise du Covid-19, le directeur du FRAC Auvergne vient d’apporter un éclairage inattendu en déclarant : « Nous n’avons pas de perte de chiffre d’affaires à déplorer à proprement parler, c’est pourquoi nous ne demanderons aucune aide supplémentaire. […] Nous avons choisi d’adopter une position citoyenne et éthique. » La fédération des FRAC (Platform) indique par ailleurs que ses membres n’auront pas besoin de recourir au chômage partiel. En clair, les FRAC n’ont pas besoin de public pour vivre.

A lire aussi, Nathan Daligault : Reims, capitale française de l’art déco

Des mécènes pour leur propre compte

Au lieu de soutenir et d’animer la création locale, les FRAC ont vite préféré jouer les mécènes pour leur propre compte en achetant, souvent à l’international, des œuvres d’artistes éminents à leurs yeux. On a ainsi assisté à un véritable détournement. Yves Michaud, ancien directeur de l’École des beaux-arts de Paris et fin connaisseur de ces questions, souligne que « la rapide rotation des ministres a favorisé l’autonomisation de l’administration de la Culture. Les FRAC, dès le départ, se regroupent en un étrange syndicat. D’abord prévus à bon escient pour soutenir la création régionale, ils changent vite d’objectif et se mettent à constituer des collections haut de gamme, avec des artistes nationaux et internationaux ».

Effet d’éviction

En pratique, les FRAC achètent et soutiennent beaucoup l’art conceptuel. Leurs choix hermétiques sont presque incompréhensibles en dehors d’un petit milieu. En 1997, dans une enquête sur leurs commissions d’acquisition, la sociologue Nathalie Heinich souligne « la quasi-autarcie du monde des experts ». Le fait est que les tendances artistiques désignées comme les références de notre temps suscitent rarement l’adhésion et encore moins l’émotion. D’où ce paradoxe, destructeur à maints égards : si la plupart des gens n’ont pas le désir d’acheter ce genre d’art, ils accordent une certaine autorité à cette labellisation officielle de certains artistes. Ils comprennent que s’ils achetaient ce qui leur plaît vraiment, ils passeraient pour des ringards. Finalement, ils n’achètent rien et s’intéressent à autre chose. Au lieu de susciter un entraînement, l’intervention publique produit ainsi un effet d’éviction.

Hubris

Confrontés au problème de leur faible fréquentation, les FRAC imaginent des réponses à la hauteur de leurs ambitions. Bien entendu, leur réflexe n’est pas de se livrer à de douloureuses remises en question, mais de demander des moyens supplémentaires, notamment pour commander à des architectes stars des bâtiments prestigieux (et très coûteux). Le modèle que tout le monde a en tête est celui du centre Beaubourg, dont l’architecture étonnante a en effet attiré des millions de visiteurs, l’effet de nouveauté s’érodant cependant inévitablement avec le temps. Pour les FRAC « nouvelle génération », l’aura des belles architectures et la course à la muséification des collections ont sûrement un effet attractif de court terme, mais elles ne changent rien au problème de fond qui est celui des contenus. On peut attirer deux ou trois fois des gens curieux de découvrir un bâtiment nouveau, pas les faire revenir indéfiniment s’ils pensent qu’il n’y a rien d’intéressant à voir à l’intérieur.

A lire également, Claude Rochet : Notre-Dame n’est pas un terrain de jeu pour l’art contemporain

Les FRAC ne sont pas seuls responsables de la situation artistique préoccupante de la France. Cependant, ils y ont leur part. Les classements dont nous disposons, aussi imparfaits soient-ils (enchères, classements de notoriété, etc.), montrent que notre pays, jadis au premier rang, vient à présent loin derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Ces voisins bénéficient probablement d’une approche de l’art beaucoup plus éclectique et partagée que la nôtre. Par ailleurs, on entend régulièrement des artistes français se plaindre d’un préjugé défavorable à leur encontre de la part des grands acheteurs internationaux : ils sont perçus comme des artistes d’État à la cote artificielle et à la valeur douteuse. Ajoutons à cela que de nombreux artistes français de talent (notamment figuratifs) s’enfoncent dans la pauvreté dans un pays où l’État joue contre eux, parfois sans même s’en rendre compte. Pour finir, la place des arts plastiques dans la culture contemporaine ne cesse de rétrécir, à l’image des rayons beaux-arts des libraires. Bref, il n’y a pas de quoi pavoiser.

En ce qui concerne les FRAC, certains commentateurs, comme la fameuse blogueuse et essayiste Nicole Esterolle, proposent carrément de les supprimer, ou de les changer radicalement. Il n’est pas exclu qu’ils aient raison.

Pour approfondir : Charlotte Uher, « Art contemporain, des collections publiques à fonds perdu », Les Dossiers de l’Ifrap, avril 2013.

Ode à Greta, la pythie de l’écologisme par Laurent de Sutter


L’écologie semble en train de s’imposer comme l’idéologie du XXIème siècle. On ne compte plus les croisés de cette jeune religion qui partent à l’assaut de la « culture carbonée » ! Laurent de Sutter se complaît en dévotion dans une lettre à Greta Thunberg. On vous épargne cette lecture, grâce à Isabelle Marchandier.


On attend d’un philosophe qu’il questionne les vérités bien installées, qu’il secoue l’arbre des préjugés, qu’il instille le doute sur la légitimité des idoles et veaux d’or érigés pour alimenter l’opium du peuple. Avec sa lettre adressée à Greta Thunberg qui vient de paraître aux Editions du Seuil, on ne peut pas dire que Laurent de Sutter honore sa profession. Le philosophe prend la plume pour répondre au Greta Bashing dont serait victime la jeune activiste. Mais sous couvert de prendre sa défense, Laurent de Sutter signe une profession de foi qui canonise celle que le monde voit comme la digne fille de Gaia. Cette idolâtrie est bien la preuve flagrante qu’il ne suffit pas de se dire philosophe pour l’être réellement.

Repenti « hyperlettré »

Comme tout bon disciple, Laurent de Sutter, commence son texte par une confession. Dans un généreux élan de reniement masochiste, le philosophe explique combien il déteste le XXe siècle qui l’a vu naitre et « la culture hyperlettrée » à laquelle il appartient. Mais si Sutter avoue qu’il en est « le pur produit » c’est pour mieux la désavouer. Son acte de repentance ne sert de paravent qu’à une violente condamnation.

Armé de la grille de lecture déconstructiviste forgée par Derrida et cie, Laurent de Sutter instruit le procès du monde de la connaissance et des livres coupable d’exercer une « police de la pensée », sur ce qu’il est autorisé ou pas de connaître. Dans le viseur du philosophe, les intellectuels médiatiques anti-Greta, comme Michel Onfray et Laurent Alexandre, que l’auteur, rempli de mépris, ne daigne pas nommer mais se délecte de qualifier de « représentants séniles » de cette culture hyperlettrée. Sutter explique que leurs critiques acerbes ne sont qu’une contre-attaque pour riposter au discrédit jeté par la lanceuse d’alerte écologiste sur le monde de la connaissance.

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L’auteur interprète la grève de l’école pour le climat comme le geste initiatique de la militante qui « a choisi d’ignorer la connaissance pour affirmer la nécessité d’un savoir », savoir réduit au simple constat de l’urgence climatique. Peu importe pour Laurent de Sutter que ce savoir soit plus de l’ordre de l’affirmation sans argumentation, sans interrogation, bref sans dialectique, sans l’exercice intellectuel inhérent à la philosophie. Encore une preuve que Sutter n’a de philosophe que le titre!

Contre la culture carbonée

Passons au deuxième chef d’inculpation. Pour l’auteur, cette « culture hyperlettrée » est une culture qui pollue non seulement l’esprit mais surtout dame Nature. Il se déchaîne alors contre les « représentants de cette culture carbonée », qui prennent l’avion pour donner des conférences et utilisent l’équipement high tech coûteux en matériaux rares pour écrire leurs livres, définis par l’auteur comme des instruments de pouvoir pour mieux asservir l’esprit des gens. Il est délicieux de voir comment Sutter oublie de se compter parmi les intellectuels qui écrivent des livres.

Greta Thunberg à Berlin le 19 juillet © Patrick Graf / ActionPress / SIPA Numéro de reportage : 00916898_000004
Greta Thunberg à Berlin le 19 juillet © Patrick Graf / ActionPress / SIPA Numéro de reportage : 00916898_000004

À croire que sa lettre n’est pas un livre, qu’il l’a écrite sur une feuille de bambou et l’a envoyée à son éditeur par pigeon voyageur.

On se demande aussi si c’est par mauvaise foi ou allégeance au dogme vert que Laurent de Sutter occulte le magistère moral exercé par le GIEC et ses rapports, véritables Bibles Vertes dont Greta Thunberg s’est autoproclamée porte-parole. La puissance des lobbys écologistes qui agissent en sous-marin au sein des grandes instances politiques nationales, européennes et mondiales, pour que la voix de la militante résonne urbi et orbi n’est pas non plus évoquée.

Force est de constater que les anti Greta sont de piètres adversaires, en réalité incapables de museler celle qu’ils sont censés faire taire. En effet, « la police de cette culture hyperlettrée » devait être en grève lors du sacre médiatique du Time Magazine qui a élu Greta Thunberg personnalité de l’année 2019… Ces « flics de la pensée dominante » devaient être aussi en sous-effectif lors de ses passages au Parlement européen qui lui a déroulé son tapis rouge, par deux fois, ou encore à l’ONU, au Vatican, à l’Assemblée nationale et chez Macron ? Dans l’histoire, rares sont les persécutées qui ont pu exprimer leurs prophéties apocalyptiques et prêcher leurs sermons accusateurs à des tribunes aussi officielles.

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En quête de rédemption

On l’a compris : cette lettre est une œuvre rédemptrice. Tel Saint-Paul sur le chemin de Damas, il a su reconnaître celle qui peut sauver son âme d’intellectuel pollueur.

Mais Laurent de Sutter pèche par excès de bigoterie en reconnaissant que Greta Thunberg a un rôle « d’apôtre » dont la mission est d’être le « réceptacle de la cause climatique ». Et en allant jusqu’à dire qu’elle est « devenue la crise climatique » elle-même, le philosophe ne fait que la déshumaniser. Et ce faisant, non seulement il valide le fait que l’écologisme est bien le nouvel opium du peuple mais il apporte du grain à moudre aux anti Greta, qui ont bien souvent mis en avant l’inquiétant manque d’empathie et de chaleur humaine de la militante. La crise du coronavirus ne peut que leur apporter raison. Si loquace pour évoquer l’avenir de la planète, Greta Thunberg est restée muette comme une carpe bio pour parler de l’avenir de l’humanité en deuil de près de 400 000 morts dans le monde entier. À croire que sous le règne de cheffe de la Biocratie, les humains n’ont pas de grâce à ses yeux.

Concluons avec une remarque stylistique qui vient conforter que l’écologisme est bien la nouvelle religion de ce « Siècle vert » comme dirait Régis Debray. Comme dans toute religion, il y a les faux frères et des tartuffes et Laurent de Sutter se drape dans les habits éco-responsable de ces derniers à merveille. Si sa lettre n’avait pas été empesée par la récurrence exacerbée jusqu’au ridicule du « chère Greta », elle n’aurait certainement pas fait 67 pages mais un peu moins. Et les arbres de l’Amazonie lui auraient dit merci, lui faisant gagner sa place au paradis !

Lettre à Greta Thunberg: Pour en finir avec le XXe siècle

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Viré de son poste au Conseil régional parce que ses idées déplaisent aux écolos!


La dictature verte fait une nouvelle victime à Bordeaux


Difficile de qualifier la situation personnelle de David Angevin, plume appréciée sur le site Causeur, autrement que par l’adjectif ubuesque !

D’abord au service du Président de la région Aquitaine Alain Rousset, David Angevin lance ensuite l’Université du futur pour penser la révolution numérique dans le sud-ouest. Il vient d’en être débarqué, après de fortes tensions. Notre contributeur se dit victime de la Région et en particulier de son vice-président Nicolas Thierry qui ne goûte guère la liberté d’expression… 

Les écologistes ne supportent pas qu’on pense en dehors de leur dogme. C’est terrifiant. Ils veulent bien débattre, mais entre eux!

Tout commence le 27 septembre 2019 lorsque ce dernier, vice-président EELV de l’exécutif régional, proteste sur Twitter contre la participation de l’économiste Erwann Tison, de l’Institut Sapiens, à une conférence de la fameuse « Université du Futur » à Biarritz. Il affirme alors: « Cet institut porte une vision du monde qui n’est pas la nôtre : transhumanisme, anti Greta Thunberg, plaidoyers pour les inégalités… ». Mince alors, un débat où des interlocuteurs contradictoires se voient tendre le micro, il faudrait faire quelque chose… Quelques jours plus tard, l’intervention et les images d’Erwann Tison sont carrément retirées d’internet, au grand étonnement de David Angevin, placé dans une situation délicate vis-à-vis de ses interlocuteurs. Aujourd’hui libre de parler et comptant engager des poursuites judiciaires, David Angevin dénonce une censure d’un autre âge, et estime que la collectivité a voulu lui faire payer son franc-parler et ses idées. Invitée par Causeur à donner sa version des faits sur cette affaire de censure, la Région indique ne pas souhaiter répondre.

La parole est donc au collaborateur débarqué ! Entretien.

Causeur. Qu’est-ce que l’Université du futur ? 

David Angevin. L’Université du Futur est un think tank que j’ai imaginé et créé au Conseil régional. Cela faisait parti du programme de la mandature : avoir un lieu de réflexion sur les technologies de rupture qui sont en train de chambouler le monde de fond en comble : intelligence artificielle, génétique, automatisation, etc… J’ai écrit un certain nombre de livres sur ces technologies de « rupture », je connais bien ces sujets, et j’ai un réseau de spécialistes de haut niveau que j’ai invité aux conférences que j’organisais dans ce cadre. L’Institut Sapiens fait parti de ce réseau de spécialistes qui pensent le futur et la disruption. Le monde change tellement vite qu’il est devenu indispensable d’anticiper l’avenir. Un politique ne peut plus se contenter de gérer le présent comme avant. Sinon il est sûr d’aller dans le mur !

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Directeur du projet Université du Futur, j’étais seul à tout gérer, en lien avec un élu délégué. Mais, ce projet générait beaucoup de jalousie : nous étions vus par les fonctionnaires comme des intellos qui n’en faisaient qu’à leur tête avec leur truc de science-fiction… Pour la plupart des gens, y compris les plus puissants et influents, la révolution industrielle du digital, c’est en effet de la science-fiction. Pas étonnant que la France soit devenue une colonie numérique des USA et de la Chine. En matière d’anticipation, nos politiques ont été nuls. 

Quels sont les motifs qui ont été invoqués pour vous renvoyer ?

Ce sont des motifs vraiment piteux. Le Vice-président écolo Nicolas Thierry a pété un câble contre l’Université du Futur – nous reprochant en gros de donner la parole à des gens qui pensent « mal » -, je me suis opposé fermement à ses méthodes. Puis quand la région a carrément censuré l’intervention de mon intervenant « mal pensant », Erwann Tison, j’ai demandé des comptes au Directeur de cabinet et au Directeur Général des Services. J’ai écrit ceci dans un courriel à tous les chefs : « En tant que responsable de l’Université du Futur, je n’ai pas été tenu au courant de l’effacement des rushs, ni du reste de cette censure d’un autre âge. Tout cela est parfaitement anormal. Je suis tenu pour responsable par mes réseaux professionnels de ce coup porté à la liberté d’expression. C’est mon image et ma réputation qui en prend un sale coup. La question est simple : comment faire pour rétablir, avant la mienne, la réputation de l’institut Sapiens et celle du Conseil régional? Je n’ose imaginer que faire plaisir à Nicolas Thierry, VP EELV, soit une raison suffisante pour assumer ce formidable gâchis. L’Université du Futur n’est pas, à l’évidence, une outil de propagande politique au service des prochaines élections. Et j’assume totalement mes choix quand j’invite des spécialistes à débattre, dont Olivier Babeau, Erwann Tison, ou encore Pascal Picq (Collège de France), Antoine Petit (Président du CNRS) ou Denis Mercier (ex-chef de l’OTAN). Et les autres. J’entends pouvoirs continuer à travailler avec eux. Ou alors il faut le dire clairement et expliquer pourquoi. C’est la moindre des choses en démocratie, et a fortiori pour une institution publique ». Olivier Babeau, directeur de l’Institut Sapiens, a également demandé des comptes dans un courrier au Président Rousset… Aucune réponse. 

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Quant à moi, j’avais signé mon arrêt de mort. Un dossier de licenciement bidon a été monté contre moi à la hâte pendant les vacances de Noël : il fume dans son bureau, il ne comprend pas son job, il ne badge pas… Ce genre de trucs bidons. En vérité, les écologistes ne supportent pas qu’on pense en dehors de leur dogme. C’est terrifiant. Ils ne supportaient pas depuis le début qu’on puisse inviter dans des débats des gens du centre ou de droite. Ils veulent bien débattre, mais entre eux. Quand Erwann Tison, économiste de l’Institut Sapiens, est venu à Biarritz parler de « mobilité du futur », il a eu le malheur de dire que pouvoir prendre l’avion et parcourir le globe était une bonne chose. Et une liberté qu’il fallait préserver. Un truc insupportable pour un khmer vert ! Au téléphone et par SMS, le Vice-président écolo m’a reproché vertement d’inviter des gens qui osent critiquer Greta Thunberg ! Je lui ai alors proposé de venir débattre avec eux, plutôt que de pousser la Région à censurer des conférences. Il a refusé. Est-ce parce qu’il sait bien que ses arguments ne tiennent pas deux secondes dans un débat ?

Avez-vous entamé des démarches juridiques avec un avocat ? 

J’ai effectivement entamé des démarches juridiques pour récupérer mon poste. J’ai trop donné à ce projet pour abandonner. Et l’argent public n’est pas au service d’un clan. Il faut que ces gens le comprennent. Par ailleurs j’ai déposé plainte contre le Directeur de cabinet pour des menaces et intimidations, visant à me faire taire. Et je conteste évidemment ce licenciement politique, preuves de tout ce que j’avance à l’appui. J’ai été un proche collaborateur du Président pendant trop longtemps pour ne pas connaître le dessous des cartes. Ils ont cédé au chantage des verts, au point de faire des bêtises énormes : pratiquer une censure digne de l’Union Soviétique, puis me virer. Les élections arrivent, et les verts sont en position de force. Ils ne passent plus entre les portes. Le PS, lui, ne pèse plus grand-chose. Le Dircab a préféré m’exécuter que se mettre à dos ses alliés écologistes. Tout cela est pitoyable et la justice le verra en examinant les pièces. Mais je ne peux pas tout dire car la procédure démarre à peine, et certaines choses relèvent du pénal.

Les robots, mon emploi et moi

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Elon Musk, le Christophe Colomb de notre temps

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Pour la première fois de l’histoire spatiale, une entreprise privée s’est vue confier un vol spatial habité. Cette révolution d’Elon Musk n’est pas sans rappeler quelques similitudes avec Christophe Colomb, au vu de la confiance qui leur a été accordée respectivement par la NASA et la Couronne royale. Récit.


Il y a sans doute un parallèle possible entre le voyage vers l’Amérique de Christophe Colomb et le premier vol habité inauguré par le milliardaire Elon Musk et son entreprise SpaceX vers la Station spatiale internationale, le 30 mai. Rêveurs ou visionnaires, l’amiral génois au service de la Couronne d’Espagne et l’entrepreneur sud-africain, aujourd’hui également américain partenaire de la NASA, l’agence spatiale américaine, ont su prendre leur part dans la conquête des espaces par les États. Une entreprise privée, au capitaine génial, rejoint les puissances spatiales géantes non américaines que sont la Russie et la Chine, en attendant Boeing.

Space X, un changement de dynamique

Le vol réussi des colonels Douglas Hurley et Robert Behnken survient après tant d’années d’attente, après que l’Amérique eut réduit l’ampleur de son programme spatial qui, par ailleurs, intéressait de moins en moins les citoyens, déjà au temps des dernières missions habitées vers la Lune.

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En 2011, la NASA mettait à la retraite sa flotte de navettes, une décision précipitée par la désintégration de Columbia en 2003 lors de sa rentrée dans l’atmosphère, au-dessus du territoire américain. L’assemblage de la Station spatiale internationale (ISS) achevée, ainsi que prévu au début de la dernière décennie, la navette Atlantis effectuait son dernier vol, avant d’être offerte, comme ses sœurs, à des musées. Cependant, alors que le Gouvernement Bush avait validé l’arrêt des vols des navettes une fois que la construction de la Station serait achevée, il avait parallèlement lancé le programme Constellation visant à envoyer des hommes pour de longues missions sur la Lune avant 2020. Barack Obama, mettra un terme à ce rêve, tout en laissant la NASA continuer à développer le vaisseau Orion désormais destiné à des missions lunaires ou d’étude d’astéroïdes proches de la Terre. Depuis, le pays des douze hommes qui foulèrent le sol lunaire dépendait de la Russie pour le transport de ses astronautes. Une frustration à l’ombre de laquelle naissait et s’épanouissait un rêve, celui d’un entrepreneur qui, grâce à une collaboration avec la NASA permettant une agilité fonctionnelle, a pu envoyer un vol habité dans l’espace, avec une technologie révolutionnaire.

Elon Musk, et les deux astronautes partis Bob Behnken et Doug Hurley, le 2 mars 2019 © John Raoux/AP/SIPA AP22308474_000020
Elon Musk, et les deux astronautes partis Bob Behnken et Doug Hurley, le 2 mars 2019 © John Raoux/AP/SIPA AP22308474_000020

Une mission de type colombin: la volonté d’indépendance

Alors que la Chine tient à devenir la première puissance spatiale et a connu quelques succès majeurs, dont l’atterrissage d’un module d’exploration sur la face cachée de la Lune, et s’apprête à construire sa troisième station spatiale, les États-Unis ne pouvaient plus se contenter d’être liés à leur ancien rival russe pour rejoindre l’ISS. Une telle dépendance à l’agence Roscosmos est onéreuse (81 millions de dollars par siège contre 58 avec SpaceX ou Boeing), mais prive aussi les Américains d’autres destinations possibles, outre la Lune visée par la mission Artemis III, alors que le vaisseau Orion est toujours en chantier.

« Aide-toi et l’empire t’aidera ! », telle est la devise que pourrait afficher Elon Musk

L’intervention du rêveur Elon Musk dans cette course n’est pas sans rappeler celle du navigateur Christophe Colomb qui permit aux Espagnols de contourner le mur des musulmans sur la route terrestre vers les Indes et celui du Portugal, grande puissance maritime, qui tenait la côte occidentale de l’Afrique, empêchant un contour du continent. Colomb cherchait à établir une nouvelle route vers les Indes en passant par l’Ouest, connaissant la forme sphérique de la Terre, mais ignorant l’existence d’un autre continent. Après un refus du Portugal de soutenir son projet, le Génois se tourna en personne vers sa rivale, la Couronne d’Espagne, mais aussi vers la France et l’Angleterre par l’intermédiaire de son frère. « Aide-toi et l’empire t’aidera ! », telle est la devise que pourrait afficher Elon Musk qui est devenu un partenaire de la NASA, comme la Reine Isabelle de Castille accepta de co-financer le projet colombin.

 La planisphère utilisée par Christophe Colomb lors de sa première expédition pour les Indes.
La planisphère utilisée par Christophe Colomb lors de sa première expédition pour les Indes.

Certes, contrairement à ce qu’en disent les résumés, ce n’est pas l’argent de la Couronne qui soutint l’expédition devant coûter deux millions de maravedis. Ferdinand II d’Aragon approuvait le dessein, mais c’est son épouse, la reine Isabelle de Castille qui le finança à hauteur de plus d’un million de maravedis à partir des revenus de ses fiefs privés et non de fonds d’État. La ville de Palos où fut armée l’expédition y contribua, contrainte par la Couronne, et Colomb apporta le reste et partit au nom de l’Espagne. Sur un modèle ressemblant, SpaceX collabore depuis 2011 avec la NASA pour préparer des vols habités, en concurrence avec Boeing, après l’élimination des autres candidats au fur et à mesure des étapes de sélection ; l’agence fixe un cahier des charges dont elle contrôle régulièrement le respect dans le cadre du programme Commercial Crew Development, et elle alloue un budget aux entreprises participantes au fil des sélections. SpaceX et Boeing retenues en septembre 2014, reçoivent respectivement 2,6 et 4,2 milliards de dollars.

Un rêve et des innovations

Dans la course à l’espace, l’entreprise d’Elon Musk prend de l’avance, mais innove aussi grandement, avec ses deux barges de récupération sur lesquels les premiers étages des fusées peuvent atterrir en mer afin d’être réutilisées et de réduire les coûts. De la même façon, l’entreprise souhaitait faire atterrir les capsules habitées à l’aide de rétrofusées, avant d’abandonner, la NASA craignant trop pour la sécurité des équipages. SpaceX innove également avec la procédure « load-and-go » en remplissant les réservoirs seulement 35 minutes avant le décollage, afin d’avoir des ergols à des températures inférieures aux niveaux nominaux, et donc plus denses, ce qui permet de charger davantage les réservoirs, mais très risqué, l’équipage devant être déjà à bord, ce que conteste l’ancien astronaute, Thomas Stafford ; un choix un temps soupçonné d’être la cause de l’explosion lors d’un test d’une Falcon-9 devant mettre en orbite le satellite israélien Amos-6 en septembre 2016. Cependant, deux ans plus tard, au vu des garanties de sécurité offertes par SpaceX, la NASA valide la procédure pour les vols habités.

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En mars 2019, SpaceX lance avec succès le vaisseau Crew Dragon pour un vol de qualification inhabité, c’est le SpX-DM1 qui réussit à s’amarrer à l’ISS. Cette réussite autorise le second vol de démonstration, SpX-DM2, le 30 mai dernier transportant les astronautes Hurley et Behnken vers le même objectif. Avec un budget inférieur à celui de son concurrent Boeing qui n’a pas réussi son premier vol non habité vers la station spatiale en décembre dernier, SpaceX est la concrétisation du rêve d’un Colomb qui ouvre un nouveau territoire, celui l’entreprise privée qui sillonne les cartes extra-atmosphériques sous la bannière de l’État avant de le faire également pour son propre compte et faire toujours plus de la fiction une réalité.

Regarder les actes inutiles qui alourdissent nos remboursements avant de remettre de l’argent dans l’hôpital?

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Entre mauvaise organisation et mauvaises méthodes, le professeur Bernard Debré établit un diagnostic assez peu réjouissant des pathologies de notre hôpital public, avec Elisabeth Lévy. La journaliste lui a aussi demandé ce qu’il pensait – au hasard ! – de Didier Raoult.


Causeur vous propose de lire un extrait de leur causerie. Retrouvez plus de 40 minutes d’échanges avec Bernard Debré sur RNR.tv (5€ par mois).

Elisabeth Lévy. Un mot sur ce qui passe aujourd’hui autour du professeur Raoult. Je ne vais pas vous demander si vous êtes pour ou contre le docteur Raoult, mais plutôt ce que vous pensez du phénomène. La lecture que font beaucoup de gens de cette affaire, notamment dans les classes populaires, à Marseille et pas seulement, semble être cette opposition entre d’un côté le médecin qui soigne les malades contre de l’autre côté, les technocrates de la médecine et l’establishment. Est-ce réaliste, partagez-vous cette grille de lecture populaire ?

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Bernard Debré. Bien entendu ! Il faut savoir que Raoult est un homme absolument extraordinaire qui a fait des découvertes fantastiques sur Ebola et d’autres virus. C’est un type qui était encore porté aux nues il n’y a pas si longtemps. Tout d’un coup il a eu une idée qui peut être intelligente, intéressante ou non, je n’en sais rien, et tout le monde lui est tombé dessus. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas eu cette idée ou parce qu’il détonne vis-à-vis des autres. Il aurait des cheveux courts ou en brosse, il détonnerait moins. Évidemment, il y a un establishment médical. Quelque chose qui me choque, c’est qu’à la demande du ministre et en accord avec le Haut conseil scientifique, on interdise aux médecins d’utiliser tel produit pour traiter telle maladie. Là c’était la chloroquine qui ne devrait pas traiter le  Covid-19. Mais attention tout de même, on met le doigt dans un engrenage. Pourquoi demain ou après-demain on n’aurait pas de la part du ministre l’interdiction aussi d’utiliser la pénicilline car elle peut donner des allergies graves ? L’immixtion de la politique dans la médecine ou l’ingérence de pseudo-scientifiques auprès des médecins généralistes est extrêmement dangereuse. Je ne sais pas si la chloroquine marche comme remède au Covid-19. Et je ne prends pas parti. Mais je crois que ce qu’on est en train de faire est quelque chose de catastrophique. 

(…)

Elisabeth Lévy. Vous me dites qu’on peut réduire les dépenses (de l’hopital), bien que la demande des citoyens pour leur santé soit à la fois énorme, mais aussi légitime et incompressible. 

Bernard Debré. Déjà, si vous supprimez une partie des administratifs, vous avez quand même une première source d’économies. Deuxièmement, en investissant pour faire des hôpitaux propres et nouveaux. Contrairement à ce qu’on pense, quand on opère avec du matériel moderne, cela coûte moins cher parce que la durée moyenne de séjour diminue. On peut et on doit faire de plus en plus d’hospitalisation de jour (…) Par exemple, pour opérer d’une vésicule biliaire, il y a dix ans, on était opéré et on restait une semaine sur place. Maintenant, on sort le soir même. (…) Vous avez aussi la connexion inter hospitalière et inter services qui doit mieux se faire. Pourquoi ? Parce que si vous allez dans un hôpital et qu’on vous fait un bilan, il est aujourd’hui refait dans un autre, si vous changez. De même parfois entre deux services d’un même établissement. Des économies importantes peuvent aussi être faites sur l’imagerie. Et on pourrait davantage limiter les examens. Notre matériel dans le domaine des examens médicaux est si sophistiqué que l’on fait tout en même temps, alors que le médecin n’a besoin que de quelques données spécifiques, et ne sait d’ailleurs pas lire tout un tas de résultats…

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Elisabeth Lévy. Ne faudrait-il pas aussi moduler les remboursements en fonction du caractère nécessaire, urgent ou grave de l’affection ? Nous connaissons tous des gens qui passent leur temps chez le médecin ou à faire des examens.

Bernard Debré. Malheureusement, un certain nombre de médecins de ville ou de médecins hospitaliers ne savent pas recevoir un patient et bien lui répondre quand il dit “Mais docteur, j’ai besoin de tel ou tel examen !” et se laissent aller… Quelquefois ! je ne généralise pas non plus. Il y a effectivement des actes inutiles qui alourdissent les remboursements. 

Sur le plateau d’Elisabeth Lévy, l’ancien chef du service d’urologie à l’hôpital Cochin (Paris) dresse l’état du système de santé français à l’heure du « stress test » grandeur nature du coronavirus. Regardez l’émission.

Le Maire: une volonté sans diagnostic


« Cela fait quarante ans que nos États dits républicains sont tributaires d’un groupe social qui s’est soustrait à la réglementation publique. Et que les banques ont ainsi pu développer leurs innovations financières toxiques »


Tout commence par une proclamation. Le gouvernement français s’est affranchi des dogmes qui paralysaient l’action publique. Il s’agit en l’occurrence de l’abandon de la limite du déficit public inscrite dans la table des lois européennes. Mais nécessité fait loi, la chose est aussi simple que cela. Il n’y a pas un seul gouvernement en Europe qui n’ait du laisser exploser ses dépenses et son déficit. Qu’y a-t-il d’héroïque à suivre la retraite d’une armée économique en déroute ? Bruno Le Maire déguise sous le masque du volontarisme une impuissance de fait qui atteint tous les Etats pris au dépourvu par la crise.

Ce qu’il ne nous dit pas, pas plus que ses homologues en Europe ou les « experts » attitrés de la sphère médiatique, c’est comment nous ferons face demain à une dette qui aura explosé bien au-delà des seuils anciens jugés « insoutenables » il y a quelques semaines encore.

Il y a trois points à prendre en considération.

Le premier est le caractère « subi » du déficit. Nous sommes placés dans l’hypothèse inverse de celui d’un déficit voulu, par des dépenses ciblées jugées propres à soutenir l’investissement et la productivité. Une illustration suffit. La prise en charge du chômage partiel, évalué à 25 milliards d’euros par Bercy mais à 58 milliards d’euros par la commission des finances de l’Assemblée. La dépense quelle qu’en soit le montant véritable, et si nécessaire soit-elle, ne saurait être considérée comme une dépense d’avenir. La dette supplémentaire est une dette à l’état pur.

Le deuxième est la question de la solvabilité de l’Etat engagé dans un processus d’endettement sans fin. Il existe des seuils discrets à partir desquels même les Etats disposant d’un fort crédit historique basculent dans l’insolvabilité. C’est la question de la solvabilité, et non celle, technocratique, de la « soutenabilité », qui est posée depuis que nous avons commencé à accumuler les déficits en dépit des mises en garde des « experts » et des proclamations de vertu des politiques. En nous annonçant la bonne nouvelle de la répudiation des dogmes, Bruno Le Maire aurait du nous dire qu’à 110 ou 115% du PIB, le Trésor public est encore solvable. Et bien d’autres Trésors en Europe et dans le monde avec lui. Point que je crois devoir mettre en doute. Et d’autant plus que nous sommes entrés dans les sables mouvants de la récession et de la déflation.

Car si, ainsi que je le soutiens, l’explosion du déficit et de la dette nous met en risque d’insolvabilité, le troisième point s’avère  crucial. Le déficit nouveau est couvert par l’emprunt auprès des banques. Précisons : par la création monétaire ex nihilo des banques commerciales soutenues par la Banque centrale européenne. Ce qui signifie que l’on a écarté sans débat l’hypothèse d’un financement monétaire direct par la banque centrale venant au secours des Etats, financement qui aurait permis de couvrir les besoins de l’heure sans gonfler la dette.

Nous observons à l’occasion que si le dogme de la vertu budgétaire est répudié, celui de son financement bancaire reste inentamé. Bruno Le Maire enjambe la question mais avance le fait favorable que nous pouvons emprunter à taux zéro grâce à la monnaie unique. Or il ne peut pas ignorer que, depuis quelques années, tous les Etats développés bénéficient des taux zéro pour leur refinancement. En Europe même, dans les pays qui ont renoncé à la monnaie unique, tels que l’Angleterre, la Suède ou le Danemark. Les taux zéro ne relèvent pas d’une providence monétaire que l’euro incarnerait  mais de la politique volontariste des banques centrales à Washington, à Londres, à Tokyo et en d’autres lieux encore. Cessons de fétichiser l’euro. Et prenons plutôt exemple sur le pragmatisme anglais qui voit la banque d’Angleterre monétiser la dépense publique à hauteur de quarante milliards de livres sterlings. Encore un effort pour répudier les dogmes !

J’en viens à l’essentiel. Si le financement monétaire direct est toujours tabou, c’est que les politiques sont aujourd’hui les subordonnés de la bureaucratie bancaire. Cela fait quarante ans maintenant qu’ils s’en remettent à son bon vouloir pour le financement de leurs déficits. Cela fait quarante ans que nos Etats dits républicains sont tributaires d’un groupe social qui s’est soustrait à la réglementation publique. Et que les banques ont ainsi pu développer leurs innovations financières toxiques.

L’ironie suprême de cette affaire est que le lien de subordination se situe à l’intersection exacte du bureau occupé par le ministre des finances à Bercy. Bruno Le Maire est pris dans un fil invisible qui est en train de se resserrer sur sa personne et sur l’Etat du fait même que Trésor public est devenu plus dépendant encore du financement bancaire qu’il ne l’était il y a quelques semaines.

Nous aurions été pleinement satisfaits s’il avait levé ce lièvre essentiel en toute simplicité. Ne serait-ce que sous la forme d’un ballon d’essai : « le moment n’est-il pas  venu d’ouvrir le dossier de la création monétaire pour financer certaines de ces dépenses primordiales dont l’insuffisance est apparue au cours du drame ? Notre action politique ne souffre-t-elle pas de cette autre entrave intellectuelle liée à celle du dogme budgétaire ? ». Car il en conviendra, rien de ce qu’il dit par ailleurs, sur les différents sujets mis à l’agenda par la crise, ne vaut si  le nerf de la guerre est en d’autres mains que l’Etat.

Quand il n’est pas assorti d’un diagnostic réaliste et exhaustif, le volontarisme est celui de Matamore.

Recapitalisons l’entreprise France

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pme aide covid crise
Fabrication des niniches, les sucettes au caramel salé par la PME Armorine, Presqu'île de Quiberon, 2018. Auteurs : GILE MICHEL/SIPA. Numéro de reportage : 00883126_000008

 


Une tribune de Jean Messiha (RN) cosignée avec Frédéric Amoudru, ex-cadre dirigeant d’une grande banque française.


En France comme ailleurs, le Covid–19 a privé d’oxygène de très nombreuses entreprises dans de multiples secteurs. Les mesures prises par le gouvernement ont limité une casse que la mauvaise gestion de l’arrivée du virus dans notre pays a fortement aggravée. Crédits de trésorerie garantis par l’Etat (Prêt Garanti par l’Etat), prise en charge du chômage partiel de masse, report des charges, exonérations ciblées, fonds de soutien sectoriel… Autant de mesures indispensables pour éviter l’écroulement complet de l’économie française. Le gouvernement et en particulier le ministre de l’Economie Bruno Lemaire se prévalent d’ailleurs abondamment de cet activisme pour tenter de redorer leur blason. C’est de bonne guerre mais personne n’est dupe.

De la dette, encore et encore

Sur le fond, l’essentiel de ce qui est apporté aux entreprises constitue pourtant de la dette à court et moyen terme. Or la crise sanitaire est susceptible de générer des pertes d’exploitation de l’ordre de 60 milliards d’euros, selon les estimations des milieux économiques. Cela aura pour conséquence de faire fondre les fonds propres de très nombreuses entreprises et donc de dégrader leur situation financière. Ce désastre apparaîtra clairement à l’automne avec la publication des comptes semestriels au 30 juin.

Quelle en est la conséquence? Sur le plan microéconomique, une société au bilan fragile rencontre de nombreuses difficultés dans son quotidien et plus encore dans son développement comme :

  • Un crédit fournisseur plus limité et plus court
  • Des crédits bancaires plus limités, plus chers, plus courts donc grande difficulté à investir pour s’agrandir ou se moderniser
  • Des difficultés à attirer des talents
  • Un risque de faillite bien plus élevé en cas de crise

Choc inédit

En termes macroéconomiques, une économie truffée d’entreprises sous-capitalisées est condamnée à une sous-performance structurelle. La logique libérale classique nous pousserait à considérer que le capital privé est là pour investir dans les entreprises et que nous devons laisser aux mécanismes de marché le loisir jouer leur rôle. En d’autres termes, si les entreprises ont besoin de capital, qu’elles se tournent vers leurs actionnaires ou les nombreux fonds d’investissements dont c’est le métier. Dans une situation normale ou de crise limitée, c’est une position qui n’est déjà pas toujours défendable.

En effet, de nombreuses sociétés ou secteurs viables mais n’offrant pas suffisamment de perspectives bénéficiaires, sont délaissées ou maltraitées. A fortiori quand le contexte est celui d’un choc d’une violence encore jamais enregistrée.

Face à des besoins de recapitalisation plus que pléthoriques, les acteurs privés vont pouvoir « faire les soldes » ou bénéficier d’un « Black Friday » de plusieurs mois, choisissant ce qui est le plus attractif et ignorant ou « massacrant » ce qui est plus risqué ou moins « sexy ». De leur point de vue, c’est compréhensible.

L’Etat investisseur en dernier ressort 

Mais du point de vue de l’État, c’est inacceptable car trop d’emplois et trop d’activité sont en jeu. En conséquence de quoi, l’Etat doit jouer le rôle d’investisseur en dernier ressort pour sauver notre économie. Mais l’effort financier gigantesque consenti par la puissance publique c’est-à-dire, in fine, par les contribuables que nous sommes, va une fois de plus sauver un secteur en particulier: les banques. Sans cette intervention publique massive, les faillites se multiplieraient et le secteur financier en paierait un prix exorbitant. Il doit donc participer à l’effort national aux côtés de l’État et de son bras armé, la Banque Publique d’Investissement (« BPI »), dans un fonds de redressement national.

Le gouvernement a prévu la mise en place un d’un fonds de 20 milliards d’euros pour venir au secours des entreprises stratégiques. C’est une nécessité, car au-delà des emplois directs, c’est toute une chaîne de sous-traitants qui est menacée en cas de faillite d’un de nos fleurons nationaux. Toutefois, il apparaît clairement que deux entreprises, Air France et Renault pour ne pas les citer, pourraient capter une part considérable de cette manne. Il est indispensable qu’elle soit aussi disponible pour les autres grandes entreprises et les ETI (entreprises de taille intermédiaire) qui constituent un écosystème d’environ 6.000 sociétés, cotées en bourse ou non, et employant plus de 50% des salariés du pays. Elles sont généralement bien armées pour négocier avec les marchés financiers des injections de capital.

Préserver notre souveraineté économique

Toutefois, face au risque de prise de contrôle par des capitaux étrangers d’acteurs-clés de notre économie, l’État doit se tenir prêt à intervenir financièrement, de concert avec notre secteur bancaire. Objectif: préserver notre souveraineté, mais également l’emploi qui pourrait être menacé par des exigences de rentabilité excessives de fonds d’investissement plus ou moins « vautours ». C’est ici que s’inscrit la logique de la relocalisation posée comme condition au soutien public. Le nombre limité des entreprises concernées permet une approche « sur mesure » et au cas par cas. Leur taille ouvre également au fonds stratégique la possibilité de « sortir » un jour, par la vente en bourse ou auprès d’investisseurs, de sa participation constituée en temps de crise.

Mais il reste ces milliers de PME et ces centaines de milliers de TPE plus ou moins gravement fragilisées. Un début de réponse a été apportée par la BPI, institution idoine s’il en est, grâce à sa connaissance intime du monde des entreprises et son réseau de 52 implantations dans les territoires avec la création d’un Fonds de Renforcement des PME. Mais, on est très loin du compte et ce, pour plusieurs raisons :

  • Une enveloppe ridicule : 100 millions d’euros ;
  • Un plancher d’éligibilité trop élevé : pas moins de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce qui laisse des centaines de milliers d’entreprise hors du champs ;
  • Un outil qui ne règle rien car il passe par l’émission d’Obligations avec Bon de Souscription d’Actions, c’est-à-dire une dette à moyen terme en faveur de la BPI assortie de la possibilité pour cette dernière d’entrer au capital de la société. Or ce n’est pas de plus de dettes dont ces entreprises ont besoin mais d’une injection de fond propres.

140 000 PME

Le problème, c’est que nous nous heurtons ici à une vraie complexité : le nombre.          Notre pays compte en effet 140 000 PME soit des entités employant entre 10 et 250 salariés et générant un chiffre d’affaire de moins de 50 millions d’euros. Elles emploient un total de 4,2 millions de salariés. Quant aux TPE (moins de dix salariés et moins de 2 millions d’euros de chiffres d’affaires), elles sont au nombre d’environ 3,6 millions, dont une immense majorité ne compte aucun salarié. Pour celles ayant un chiffre d’affaire inférieur à 1 million d’euros (élargi à 2 millions pour le secteur du tourisme), un bénéfice net inférieur à 60.000 et ayant perdu 50% de leur chiffre d’affaires en raison de la crise sanitaire, un Fonds de Solidarité associant État et régions de 7 milliards d’euros est en place, distribuant des aides de 1 500 à 6 500 euros. Ces montants restent néanmoins souvent insuffisants pour permettre à ces entreprises de garder la tête hors de l’eau et doivent être revus à la hausse.

Pour les dizaines de milliers de TPE qui dépassent les seuils fixés ci-dessus et sont donc non-éligibles au Fonds de Solidarité et pour l’univers des PME, la recapitalisation au cas par cas est matériellement impossible. Par ailleurs leur faible taille rend très problématique la revente d’une participation une fois la société tirée d’affaire. Inutile cependant de réinventer l’eau chaude : il existe ce Fonds de Renforcement des PME piloté par la BPI et auquel les banques doivent être associées. Mais il convient de doter ce fonds d’une enveloppe de plusieurs milliards d’euros, doublé d’un outil standardisé et simple qui permette de renforcer les capitaux de ces entreprises tout en garantissant à ce fonds de « récupérer ses billes » à moyen- long terme.

Prêt subordonné participatif 

Pour ce faire, une solution optimale émerge : le prêt subordonné participatif (« PSP »). Un prêt certes mais très long (par exemple 15 ou 20 ans dont 5 ans sans remboursement, suivi d’un amortissement progressif) et subordonné c’est-à-dire qu’en cas de faillite il est remboursable après toutes les autres dettes mais avant le capital des actionnaires. L’ingénierie financière lui donne le titre de « quasi fonds propres » ou de « dette mezzanine », et l’utilise assez communément dans des opérations de financement. Pourquoi participatif? La réponse à cette question appelle la réponse à une interrogation préalable: faut-il assortir ce prêt d’un taux d’intérêt élevé comme c’est normalement le cas pour ce type d’instrument ? Sûrement pas, car l’idée n’est pas de faire de l’argent et de saigner les boîtes avec des frais financiers supplémentaires mais bien de soutenir l’appareil productif. Par contre, il n’est pas envisageable qu’en cas de « retour à meilleure fortune », le ou les actionnaires puissent se servir des dividendes alors que l’argent public est peu rémunéré.  Donc, en cas de paiement de dividendes, le PSP devra recevoir sa part (voire un peu plus) au prorata de l’ensemble des fonds propres de la société.

Le montant du PSP doit être calibré en fonction de quelques critères qui devront inclure la baisse des fonds propres subie par l’entreprise ainsi que sa taille, de même que certaines conditions qui seront exigées pour garantir la bonne utilisation de cet argent partiellement public. Par exemple, le remboursement partiel du fameux Prêt Garanti par l’État mis en place pour faire face aux urgents besoins de trésorerie, pour investir en France, dans la production ou l’innovation, mais pas pour financer des licenciements économiques ni augmenter la rémunération des dirigeants, ni, encore moins, pour acheter de l’immobilier ou une voiture haut de gamme au patron, etc.

Une assurance contre les faillites

Ainsi dotées de nouveaux fonds propres à coûts faibles, remboursables à très long terme, assortis de conditions simples, les PME et TPE françaises pourront envisager sereinement leur avenir et participer au redressement économique. Du point de vue de l’État, sa participation dans ce fonds de redressement ne constitue pas une charge budgétaire mais une contribution financière à l’économie qui sera remboursée. Pour les banques, c’est une assurance contre les faillites qui leur coûteraient très cher. Pour les salariés, c’est la sécurité de voir leur employeur financièrement renforcé. Toutefois, ne nous méprenons pas : cette initiative a vocation à réparer les dégâts financiers du Covid–19 et non à régler les nombreux problèmes structurels de la sous-compétitivité de notre économie qui, eux, doivent être traités au travers d’une vraie stratégie de redressement productif.

Les méthodes du progressisme culturel et sociétal

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Exposition d'art contemporain à la FRAC de la Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux, juin 2019. 00914065_000028 ©UGO AMEZ/SIPA

Les Fonds Régionaux d’Art Contemporain (FRAC) et le PACS ne présentent aucune similitude à première vue. Mais comme chacun sait, tous ceux qui s’y opposent sont des « réacs », ces affreux marginaux qui n’aiment pas le progrès… Jérôme Serri propose un retour en arrière sur ces fabuleuses avancées des dernières décennies.


 

Dans un article paru récemment dans le magazine Causeur du mois de mai, Pierre Lamalattie nous apprend que les FRAC (Fonds Régionaux d’Art Contemporain) ont traversé sans difficulté les deux mois de confinement. C’est à ses yeux la preuve de leur inutilité.

Étant habitués à avoir très peu de visiteurs voire aucun, ils ne peuvent en effet regretter, comme le Louvre ou le Musée national d’art moderne, la fermeture qui leur fut imposée. Ce constat est l’occasion de rappeler ce que fut leur histoire et de remarquer qu’elle a quelques similitudes avec… celle du PACS (Pacte civil de solidarité). Libre à chacun de s’interroger ensuite sur des manipulations plus récentes et de se demander si la démocratie n’est pas mise en péril par autant de désinvolture.

Ces liens déroutants entre les FRAC et le PACS 

Depuis Marcel Duchamp, les « artistes » que l’on dit « contemporains » n’ont eu de cesse de critiquer l’art des musées et, avec lui, l’institution muséale. Laissons de côté l’analyse des différents arguments qui, depuis Paul Valéry, se sont affrontés de façon fort confuse sur la question du musée dans notre rapport aux œuvres d’art.

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Au début des années 80, ont donc été mis en place les FRAC dont la vocation était d’acquérir des « œuvres » et de les présenter de façon temporaire dans des lieux aussi différents qu’un centre culturel, une médiathèque, un hall d’hôtel de ville, un château ou une abbaye. Les artistes contemporains voulaient que leur existence soit reconnue et, pour cela, distinguée de celle de leurs prédécesseurs exposés, quant à eux, dans les musées.

De leur côté, les homosexuels, autrefois critiques vis-à-vis du mariage et de la famille, l’un et l’autre considérés comme des institutions bourgeoises, souhaitèrent que leurs couples puissent bénéficier de la même reconnaissance sociale que les couples hétérosexuels. On mit alors en place pour eux, à la fin des années 90, le PACS qui fut également, au nom de l’égalité des droits, ouvert aux couples hétérosexuels.

Les artistes contemporains souhaitèrent que la notion de culture fût suffisamment élargie pour que des pratiques qui n’avaient que peu de rapport avec elle puissent y trouver leur place. Les homosexuels de leurs côtés souhaitèrent que la notion de famille fût, elle aussi, suffisamment élargie pour que des pratiques, qui n’avaient que peu de chance d’assurer une filiation, puissent y trouver leur place.

Justin Trudeau lors de la Gay Pride de Toronto, juin 2017. Photo: Geoff Robins
Justin Trudeau lors de la Gay Pride de Toronto, juin 2017. Photo: Geoff Robins

Et puis, le progressisme confondant progrès et fuite en avant, il fut décidé, avec la bénédiction de toutes les lâchetés politiques, d’aller plus loin dans l’extravagant. Car le but poursuivi par les idéologues du progressisme sans limite n’est plus, depuis longtemps, le progrès. Leur but est la déstabilisation de notre civilisation, et leur moteur, le ressentiment à son égard. Non contents d’être minoritaires, incertains de ce qu’ils font ou de ce qu’ils sont, ils veulent désormais – c’est une stratégie – être assimilés à ceux auxquels ils se disaient hier inassimilables. Alors qu’ils avaient les FRAC, les artistes contemporains finirent par obtenir la construction de musées qu’ils détestaient. Alors qu’ils avaient le PACS, les homosexuels finirent, quant à eux, par obtenir l’accès au mariage dont certains d’entre eux dénonçaient par ailleurs l’absurdité de la revendication.

Quand les FRAC et le PACS font des usages fallacieux de leurs domaines

Farouchement opposé hier à ce que les Fonds régionaux deviennent des musées d’art contemporain, Claude Mollard, l’ancien conseiller de Jack Lang, s’est félicité de voir s’en ouvrir un peu partout en France et justifiait son revirement de la façon suivante : « J’avais l’intuition que la création de ces fonds sans lieu aboutirait inévitablement, par leur vitalité, à la création de lieux spécifiques. C’était une stratégie ».

Farouchement opposée hier au mariage homosexuel, l’ancienne garde des sceaux, Elisabeth Guigou, a approuvé en 2013 le projet de son successeur au ministère de la Justice, et justifiait son revirement en laissant entendre qu’il s’agissait également d’une stratégie : « À l’époque, l’important était de faire passer le PACS. Il y avait une résistance farouche au PACS à l’Assemblée, mais aussi dans la société avec des manifestations, des débordements verbaux inadmissibles… Donc, l’important, c’était de dissocier le PACS du mariage, sur le plan légal et sur le plan symbolique ».

Les défenseurs de l’art contemporain, tentant d’intimider ceux qui s’indignaient de cette interminable imposture, firent un usage fallacieux de l’histoire de l’art : « Vos arrière-grands-parents ont manqué les impressionnistes, ne répétez pas aujourd’hui leur erreur d’hier ». Les défenseurs du mariage homosexuel, tentant d’intimider les parlementaires qui refusaient l’énormité du contresens, firent quant à eux un usage fallacieux de l’histoire politique : « Les parlementaires de la IIIe République refusèrent d’accorder le droit de vote aux femmes, ne répétez pas aujourd’hui leur erreur d’hier ».

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Le politiquement correct : rééduquer de manière soft

Dans un cas comme dans l’autre, la bévue des pères a été instrumentalisée pour inhiber le jugement des fils. Vous n’êtes pas convaincu que le simple châssis en bois accroché au mur est une œuvre d’art ? Vous êtes surpris d’entendre un robuste gaillard vous parler incidemment de son mari ? Attention ! vous risquez d’être ringardisé et de voir votre avancement dans la carrière compromis.

Comment faire ? Le politiquement correct est un camp de rééducation « soft », dans lequel vous vous rééduquez vous-même.

La méthode est simple : les politiques vous l’ont montrée depuis des décennies. Comme eux, devant ce châssis ou le mari du mari, ne laissez paraître aucune désapprobation ! Retournez-la comme un gant, vous serez dans le sens de l’histoire et votre jugement conforme à la vérité. Faites-vous en l’apôtre sans attendre ! N’hésitez pas à invectiver votre ami d’hier si, ne vous comprenant plus, il ne vous suit pas ! Traitez-le au besoin de réactionnaire en art ou d’homophobe et, si cela ne suffit pas, de fasciste ! Vous verrez, tout ira mieux alors pour vous dans le meilleur des mondes et vous serez l’invité des plateaux de télévision.

La musique virtuose de Michel Lambert

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Michel Lambert D.R

Un recueil de nouvelles qui va de Bruxelles à Prague


Placé haut par les regrettés Pol Vandromme, Bernard de Fallois et Vladimir Dimitrijevic, trois orfèvres en matière littéraire, Michel Lambert, écrivain, journaliste, est aujourd’hui l’un des auteurs « maison » de Pierre-Guillaume de Roux, qu’il considère comme « l’éditeur quasi idéal, c’est-à-dire un éditeur qui a les qualités de culture et de passion littéraire, mettant la littérature au-dessus de tout, comme Vladimir Dimitrijevic. »

Nouvelliste maintes fois primé, Michel Lambert avait donné, avec L’Adaptation, un livre d’une vertigineuse complexité, où il bâtissait un labyrinthe à l’issue duquel fusionnaient littérature, cinéma et réalité.

Un virtuose du style

Tout le roman baignait dans une atmosphère de nostalgie, de déclin tant physique que sentimental, et de quête – celle du Chevalier médiéval à la poursuite d’une Dame inaccessible. Son dernier recueil de huit nouvelles, Je me retournerai souvent, qui doit son titre à Apollinaire, confirme mon verdict de naguère.

Michel Lambert est un virtuose du style, dont le jeu subtil des couleurs et des ciels se révèle pareil à celui d’un peintre de l’ancien temps – nous sommes, rappelons-le, dans les anciens Pays-Bas, pour qui les nuages peuvent refléter des sentiments mouvants. De Prague la magique à la très-pluvieuse Bruxelles, le lecteur y suit Michel Lambert dans ses pérégrinations à travers l’espace et surtout à travers le temps, car l’écrivain n’a pas son pareil pour, du bout des lèvres, sans jamais insister, suggérer je ne sais quelles failles, quand un quotidien terne se métamorphose, quand s’entrouvre une porte dérobée. Tel est le leitmotiv qui traverse cette œuvre raffinée : le temps suspendu, retrouvé, rêvé – perdu. Un temps circulaire, comme chez les Celtes.

Souvent mélancolique à la russe (à l’irlandaise ?), jamais triste ni pesant, Lambert nous promène à la recherche des fragments d’un passé imaginaire, à la rencontre de femmes oublieuses ou fidèles.

Michel Lambert, Je me retournerai souvent, Editions Pierre-Guillaume de Roux, 192 pages

Je me retournerai souvent

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Télétravail, l’avenir radieux de l’humanité

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Auteurs : Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

Le télétravail, c’est beau, c’est bien, c’est écologique, c’est l’avenir !


Le télétravail est si formidable que, « soucieuses du bien-être de leurs effectifs », les entreprises philanthropiques Google, Twitter et Facebook vont permettre à leurs salariés de continuer à travailler chez eux jusqu’en 2021 et peut-être même « indéfiniment » (!)

Le télétravail est si formidable que Peugeot vient d’annoncer « redonner du temps utile à 80 000 collaborateurs », qui seront désormais « moins soumis aux contraintes des transports en commun et auront plus de liberté pour choisir leur lieu d’habitation » (et donc acheter des voitures et peut-être même, les mêmes causes produisant les mêmes effets, enfiler des gilets jaunes).

Tellement fun de travailler sur un coin de table

Le télétravail est tellement l’avenir qu’en 2017, IBM pionnier en la matière depuis vingt ans, avait rapatrié ses troupes télétravailleuses, soit 40% de ses travailleurs américains. La valeur de l’employé IBM (qui se calcule en divisant le bénéfice par le nombre d’employés) était tombée à 193 000 dollars, très loin derrière les 1,8 million d’Apple ou les 1,6 million de Facebook.

Moins d’innovation, moins d’enthousiasme, moins de créativité, moins de rentabilité. Et, zou pas de quartier, retour à la case départ (sans toucher les 20 000 !). Certes, c’était dans le monde d’avant… mais avec les mêmes personnes.

C’est tellement fun de travailler sur un coin de table, les fesses sur le tabouret de la cuisine, tout en se « libérant des contraintes obsolètes ». C’est tellement du « vrai bien-être que de répondre sereinement à ses courriels ou à ses appels pendant que tourne la machine à laver ou roule le robot aspirateur » et que le petit dernier s’accroche et se demande pourquoi vous lui préférez l’écran.

Joggings et chaussons

C’est tellement glamour de travailler en jogging et chaussons, d’avaler vite fait un encas le midi et des barres chocolatées toute la journée, tout en « gérant de façon autonome et solidaire toutes ses interdépendances laborieuses ».

C’est tellement moderne, « le travail collectif asynchrone (?) et à distance, sans inutile perte de temps avec un management à la confiance, sans contrôle envahissant ou contreproductif », et c’est tellement chouette les économies substantielles sur les loyers, deuxième poste de dépenses des entreprises après les salaires. Economies d’ailleurs nettement plus faciles à quantifier que les surcroîts de bonheur. La norme NF X35-102 prévoit 11m2 par salarié en open space et en recommande 15 pour les situations bruyantes. Le prix moyen du m2 loué étant en moyenne de 457 euros HT par an à Paris, plus environ 60 euros pour les charges : chasse d’eau, distributeurs, personnels de ménage, fiscalité … on arrive au bas mot à au moins 6 200 euros hors taxe annuel par tête de pipe.

Soi-disant gagnant gagnant, concept assez fumeux, mais jusqu’à plus ample informé pas franchement donnant-donnant, même si Facebook s’est généreusement fendu d’une prime de mille dollars par salarié pour « les frais occasionnés ».

De nouveaux collègues payés au lance-pierre

Les thuriféraires de ce nouveau monde font tristement penser à nos braves ingénieurs qui partaient, fleur au fusil, installer des usines en Chine, il y a une vingtaine d’années. Et, on a vu le résultat ! Parce que télétravailleurs, télétravailleuses, méfiez-vous ! Ce que vous pouvez faire d’un peu loin de votre entreprise, d’autres peuvent le faire, aussi bien, de beaucoup plus loin et pour beaucoup moins cher.

Certains d’entre vous ont déjà eu le plaisir, pendant le confinement, de faire (virtuellement) la connaissance de nouveaux et nouvelles collègues, Tunisiens ou Malgaches par exemple. Ces camarades maîtrisent parfaitement notre langue orale et écrite ainsi que Word, Excel et Powerpoint.

Ils tapent allègrement sur leurs claviers. Ils sont encore plus mal installés que vous. La seule différence, c’est qu’ils sont payés nettement moins et qu’en plus, ils ne rouspètent pas. Le diable ne se niche pas que dans les détails.

FRAC: l’art pour personne?

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La MECA, à Bordeaux, accueille depuis mai 2019 le FRAC Nouvelle-Aquitaine

Malgré le confinement qui les prive de public comme tous les acteurs de la culture les Fonds régionaux d’art contemporain vont très bien, merci pour eux. De quoi s’interroger sur l’utilité de ces promoteurs d’un art abscons. Enquête.


Créés en 1982 par Jack Lang, les 23 Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) ont pour mission d’acquérir des œuvres en régions et d’organiser des expositions et événements divers pour les faire connaître. Ils sont dotés de bâtiments, de budgets abondés par l’État et les régions, d’équipes (jusqu’à 30 personnes) et d’un statut associatif permettant toutes sortes de souplesses. Ils répondent en principe à une volonté de décentralisation culturelle et de maillage territorial dans le domaine artistique. Dans les faits, leurs moyens s’ajoutant à ceux des musées et centres d’art, on assiste en région à une domination massive des relais du ministère de la Culture. En comparaison, les galeries et associations d’artistes font figure de micromammifères parmi les pachydermes.

Instruments d’un art officiel ?

Les FRAC sont critiqués depuis longtemps. En 2013, après leur 30e anniversaire, l’Ifrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) pointe un « art officiel », des procédures « opaques », des dépenses « à fonds perdu » et un « public absent ». La même année, Luc Ferry dénonce une institution « plébiscitée par les artistes sans art et sans talent » permettant « d’écouler leurs productions indigentes aux frais du contribuable ».

On pourrait multiplier les citations. Beaucoup voient dans les FRAC l’un des principaux promoteurs d’un art officiel imposé par le ministère de la Culture, une propagande qui se prétend éducation. On souligne le fait que les expositions des FRAC attirent un maigre public, surtout constitué de scolaires, de fonctionnaires de la culture et de gens de passage traversant par nécessité les lieux publics où ont lieu nombre de présentations.

Les chiffres fournis par les organisateurs, qui dépassent rarement 2 000 visiteurs, ne sont pas ventilés par catégories ni entre payants et gratuits. Cependant, en pleine crise du Covid-19, le directeur du FRAC Auvergne vient d’apporter un éclairage inattendu en déclarant : « Nous n’avons pas de perte de chiffre d’affaires à déplorer à proprement parler, c’est pourquoi nous ne demanderons aucune aide supplémentaire. […] Nous avons choisi d’adopter une position citoyenne et éthique. » La fédération des FRAC (Platform) indique par ailleurs que ses membres n’auront pas besoin de recourir au chômage partiel. En clair, les FRAC n’ont pas besoin de public pour vivre.

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Des mécènes pour leur propre compte

Au lieu de soutenir et d’animer la création locale, les FRAC ont vite préféré jouer les mécènes pour leur propre compte en achetant, souvent à l’international, des œuvres d’artistes éminents à leurs yeux. On a ainsi assisté à un véritable détournement. Yves Michaud, ancien directeur de l’École des beaux-arts de Paris et fin connaisseur de ces questions, souligne que « la rapide rotation des ministres a favorisé l’autonomisation de l’administration de la Culture. Les FRAC, dès le départ, se regroupent en un étrange syndicat. D’abord prévus à bon escient pour soutenir la création régionale, ils changent vite d’objectif et se mettent à constituer des collections haut de gamme, avec des artistes nationaux et internationaux ».

Effet d’éviction

En pratique, les FRAC achètent et soutiennent beaucoup l’art conceptuel. Leurs choix hermétiques sont presque incompréhensibles en dehors d’un petit milieu. En 1997, dans une enquête sur leurs commissions d’acquisition, la sociologue Nathalie Heinich souligne « la quasi-autarcie du monde des experts ». Le fait est que les tendances artistiques désignées comme les références de notre temps suscitent rarement l’adhésion et encore moins l’émotion. D’où ce paradoxe, destructeur à maints égards : si la plupart des gens n’ont pas le désir d’acheter ce genre d’art, ils accordent une certaine autorité à cette labellisation officielle de certains artistes. Ils comprennent que s’ils achetaient ce qui leur plaît vraiment, ils passeraient pour des ringards. Finalement, ils n’achètent rien et s’intéressent à autre chose. Au lieu de susciter un entraînement, l’intervention publique produit ainsi un effet d’éviction.

Hubris

Confrontés au problème de leur faible fréquentation, les FRAC imaginent des réponses à la hauteur de leurs ambitions. Bien entendu, leur réflexe n’est pas de se livrer à de douloureuses remises en question, mais de demander des moyens supplémentaires, notamment pour commander à des architectes stars des bâtiments prestigieux (et très coûteux). Le modèle que tout le monde a en tête est celui du centre Beaubourg, dont l’architecture étonnante a en effet attiré des millions de visiteurs, l’effet de nouveauté s’érodant cependant inévitablement avec le temps. Pour les FRAC « nouvelle génération », l’aura des belles architectures et la course à la muséification des collections ont sûrement un effet attractif de court terme, mais elles ne changent rien au problème de fond qui est celui des contenus. On peut attirer deux ou trois fois des gens curieux de découvrir un bâtiment nouveau, pas les faire revenir indéfiniment s’ils pensent qu’il n’y a rien d’intéressant à voir à l’intérieur.

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Les FRAC ne sont pas seuls responsables de la situation artistique préoccupante de la France. Cependant, ils y ont leur part. Les classements dont nous disposons, aussi imparfaits soient-ils (enchères, classements de notoriété, etc.), montrent que notre pays, jadis au premier rang, vient à présent loin derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Ces voisins bénéficient probablement d’une approche de l’art beaucoup plus éclectique et partagée que la nôtre. Par ailleurs, on entend régulièrement des artistes français se plaindre d’un préjugé défavorable à leur encontre de la part des grands acheteurs internationaux : ils sont perçus comme des artistes d’État à la cote artificielle et à la valeur douteuse. Ajoutons à cela que de nombreux artistes français de talent (notamment figuratifs) s’enfoncent dans la pauvreté dans un pays où l’État joue contre eux, parfois sans même s’en rendre compte. Pour finir, la place des arts plastiques dans la culture contemporaine ne cesse de rétrécir, à l’image des rayons beaux-arts des libraires. Bref, il n’y a pas de quoi pavoiser.

En ce qui concerne les FRAC, certains commentateurs, comme la fameuse blogueuse et essayiste Nicole Esterolle, proposent carrément de les supprimer, ou de les changer radicalement. Il n’est pas exclu qu’ils aient raison.

Pour approfondir : Charlotte Uher, « Art contemporain, des collections publiques à fonds perdu », Les Dossiers de l’Ifrap, avril 2013.

Ode à Greta, la pythie de l’écologisme par Laurent de Sutter

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Laurent de Sutter Photo: Hannah Assouline

L’écologie semble en train de s’imposer comme l’idéologie du XXIème siècle. On ne compte plus les croisés de cette jeune religion qui partent à l’assaut de la « culture carbonée » ! Laurent de Sutter se complaît en dévotion dans une lettre à Greta Thunberg. On vous épargne cette lecture, grâce à Isabelle Marchandier.


On attend d’un philosophe qu’il questionne les vérités bien installées, qu’il secoue l’arbre des préjugés, qu’il instille le doute sur la légitimité des idoles et veaux d’or érigés pour alimenter l’opium du peuple. Avec sa lettre adressée à Greta Thunberg qui vient de paraître aux Editions du Seuil, on ne peut pas dire que Laurent de Sutter honore sa profession. Le philosophe prend la plume pour répondre au Greta Bashing dont serait victime la jeune activiste. Mais sous couvert de prendre sa défense, Laurent de Sutter signe une profession de foi qui canonise celle que le monde voit comme la digne fille de Gaia. Cette idolâtrie est bien la preuve flagrante qu’il ne suffit pas de se dire philosophe pour l’être réellement.

Repenti « hyperlettré »

Comme tout bon disciple, Laurent de Sutter, commence son texte par une confession. Dans un généreux élan de reniement masochiste, le philosophe explique combien il déteste le XXe siècle qui l’a vu naitre et « la culture hyperlettrée » à laquelle il appartient. Mais si Sutter avoue qu’il en est « le pur produit » c’est pour mieux la désavouer. Son acte de repentance ne sert de paravent qu’à une violente condamnation.

Armé de la grille de lecture déconstructiviste forgée par Derrida et cie, Laurent de Sutter instruit le procès du monde de la connaissance et des livres coupable d’exercer une « police de la pensée », sur ce qu’il est autorisé ou pas de connaître. Dans le viseur du philosophe, les intellectuels médiatiques anti-Greta, comme Michel Onfray et Laurent Alexandre, que l’auteur, rempli de mépris, ne daigne pas nommer mais se délecte de qualifier de « représentants séniles » de cette culture hyperlettrée. Sutter explique que leurs critiques acerbes ne sont qu’une contre-attaque pour riposter au discrédit jeté par la lanceuse d’alerte écologiste sur le monde de la connaissance.

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L’auteur interprète la grève de l’école pour le climat comme le geste initiatique de la militante qui « a choisi d’ignorer la connaissance pour affirmer la nécessité d’un savoir », savoir réduit au simple constat de l’urgence climatique. Peu importe pour Laurent de Sutter que ce savoir soit plus de l’ordre de l’affirmation sans argumentation, sans interrogation, bref sans dialectique, sans l’exercice intellectuel inhérent à la philosophie. Encore une preuve que Sutter n’a de philosophe que le titre!

Contre la culture carbonée

Passons au deuxième chef d’inculpation. Pour l’auteur, cette « culture hyperlettrée » est une culture qui pollue non seulement l’esprit mais surtout dame Nature. Il se déchaîne alors contre les « représentants de cette culture carbonée », qui prennent l’avion pour donner des conférences et utilisent l’équipement high tech coûteux en matériaux rares pour écrire leurs livres, définis par l’auteur comme des instruments de pouvoir pour mieux asservir l’esprit des gens. Il est délicieux de voir comment Sutter oublie de se compter parmi les intellectuels qui écrivent des livres.

Greta Thunberg à Berlin le 19 juillet © Patrick Graf / ActionPress / SIPA Numéro de reportage : 00916898_000004
Greta Thunberg à Berlin le 19 juillet © Patrick Graf / ActionPress / SIPA Numéro de reportage : 00916898_000004

À croire que sa lettre n’est pas un livre, qu’il l’a écrite sur une feuille de bambou et l’a envoyée à son éditeur par pigeon voyageur.

On se demande aussi si c’est par mauvaise foi ou allégeance au dogme vert que Laurent de Sutter occulte le magistère moral exercé par le GIEC et ses rapports, véritables Bibles Vertes dont Greta Thunberg s’est autoproclamée porte-parole. La puissance des lobbys écologistes qui agissent en sous-marin au sein des grandes instances politiques nationales, européennes et mondiales, pour que la voix de la militante résonne urbi et orbi n’est pas non plus évoquée.

Force est de constater que les anti Greta sont de piètres adversaires, en réalité incapables de museler celle qu’ils sont censés faire taire. En effet, « la police de cette culture hyperlettrée » devait être en grève lors du sacre médiatique du Time Magazine qui a élu Greta Thunberg personnalité de l’année 2019… Ces « flics de la pensée dominante » devaient être aussi en sous-effectif lors de ses passages au Parlement européen qui lui a déroulé son tapis rouge, par deux fois, ou encore à l’ONU, au Vatican, à l’Assemblée nationale et chez Macron ? Dans l’histoire, rares sont les persécutées qui ont pu exprimer leurs prophéties apocalyptiques et prêcher leurs sermons accusateurs à des tribunes aussi officielles.

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En quête de rédemption

On l’a compris : cette lettre est une œuvre rédemptrice. Tel Saint-Paul sur le chemin de Damas, il a su reconnaître celle qui peut sauver son âme d’intellectuel pollueur.

Mais Laurent de Sutter pèche par excès de bigoterie en reconnaissant que Greta Thunberg a un rôle « d’apôtre » dont la mission est d’être le « réceptacle de la cause climatique ». Et en allant jusqu’à dire qu’elle est « devenue la crise climatique » elle-même, le philosophe ne fait que la déshumaniser. Et ce faisant, non seulement il valide le fait que l’écologisme est bien le nouvel opium du peuple mais il apporte du grain à moudre aux anti Greta, qui ont bien souvent mis en avant l’inquiétant manque d’empathie et de chaleur humaine de la militante. La crise du coronavirus ne peut que leur apporter raison. Si loquace pour évoquer l’avenir de la planète, Greta Thunberg est restée muette comme une carpe bio pour parler de l’avenir de l’humanité en deuil de près de 400 000 morts dans le monde entier. À croire que sous le règne de cheffe de la Biocratie, les humains n’ont pas de grâce à ses yeux.

Concluons avec une remarque stylistique qui vient conforter que l’écologisme est bien la nouvelle religion de ce « Siècle vert » comme dirait Régis Debray. Comme dans toute religion, il y a les faux frères et des tartuffes et Laurent de Sutter se drape dans les habits éco-responsable de ces derniers à merveille. Si sa lettre n’avait pas été empesée par la récurrence exacerbée jusqu’au ridicule du « chère Greta », elle n’aurait certainement pas fait 67 pages mais un peu moins. Et les arbres de l’Amazonie lui auraient dit merci, lui faisant gagner sa place au paradis !

Lettre à Greta Thunberg: Pour en finir avec le XXe siècle

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Viré de son poste au Conseil régional parce que ses idées déplaisent aux écolos!

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L'Hotel de Région de la Nouvelle Aquitaine, Bordeaux © SAURA PASCAL/SIPA Numéro de reportage: 00602063_000005

La dictature verte fait une nouvelle victime à Bordeaux


Difficile de qualifier la situation personnelle de David Angevin, plume appréciée sur le site Causeur, autrement que par l’adjectif ubuesque !

D’abord au service du Président de la région Aquitaine Alain Rousset, David Angevin lance ensuite l’Université du futur pour penser la révolution numérique dans le sud-ouest. Il vient d’en être débarqué, après de fortes tensions. Notre contributeur se dit victime de la Région et en particulier de son vice-président Nicolas Thierry qui ne goûte guère la liberté d’expression… 

Les écologistes ne supportent pas qu’on pense en dehors de leur dogme. C’est terrifiant. Ils veulent bien débattre, mais entre eux!

Tout commence le 27 septembre 2019 lorsque ce dernier, vice-président EELV de l’exécutif régional, proteste sur Twitter contre la participation de l’économiste Erwann Tison, de l’Institut Sapiens, à une conférence de la fameuse « Université du Futur » à Biarritz. Il affirme alors: « Cet institut porte une vision du monde qui n’est pas la nôtre : transhumanisme, anti Greta Thunberg, plaidoyers pour les inégalités… ». Mince alors, un débat où des interlocuteurs contradictoires se voient tendre le micro, il faudrait faire quelque chose… Quelques jours plus tard, l’intervention et les images d’Erwann Tison sont carrément retirées d’internet, au grand étonnement de David Angevin, placé dans une situation délicate vis-à-vis de ses interlocuteurs. Aujourd’hui libre de parler et comptant engager des poursuites judiciaires, David Angevin dénonce une censure d’un autre âge, et estime que la collectivité a voulu lui faire payer son franc-parler et ses idées. Invitée par Causeur à donner sa version des faits sur cette affaire de censure, la Région indique ne pas souhaiter répondre.

La parole est donc au collaborateur débarqué ! Entretien.

Causeur. Qu’est-ce que l’Université du futur ? 

David Angevin. L’Université du Futur est un think tank que j’ai imaginé et créé au Conseil régional. Cela faisait parti du programme de la mandature : avoir un lieu de réflexion sur les technologies de rupture qui sont en train de chambouler le monde de fond en comble : intelligence artificielle, génétique, automatisation, etc… J’ai écrit un certain nombre de livres sur ces technologies de « rupture », je connais bien ces sujets, et j’ai un réseau de spécialistes de haut niveau que j’ai invité aux conférences que j’organisais dans ce cadre. L’Institut Sapiens fait parti de ce réseau de spécialistes qui pensent le futur et la disruption. Le monde change tellement vite qu’il est devenu indispensable d’anticiper l’avenir. Un politique ne peut plus se contenter de gérer le présent comme avant. Sinon il est sûr d’aller dans le mur !

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Directeur du projet Université du Futur, j’étais seul à tout gérer, en lien avec un élu délégué. Mais, ce projet générait beaucoup de jalousie : nous étions vus par les fonctionnaires comme des intellos qui n’en faisaient qu’à leur tête avec leur truc de science-fiction… Pour la plupart des gens, y compris les plus puissants et influents, la révolution industrielle du digital, c’est en effet de la science-fiction. Pas étonnant que la France soit devenue une colonie numérique des USA et de la Chine. En matière d’anticipation, nos politiques ont été nuls. 

Quels sont les motifs qui ont été invoqués pour vous renvoyer ?

Ce sont des motifs vraiment piteux. Le Vice-président écolo Nicolas Thierry a pété un câble contre l’Université du Futur – nous reprochant en gros de donner la parole à des gens qui pensent « mal » -, je me suis opposé fermement à ses méthodes. Puis quand la région a carrément censuré l’intervention de mon intervenant « mal pensant », Erwann Tison, j’ai demandé des comptes au Directeur de cabinet et au Directeur Général des Services. J’ai écrit ceci dans un courriel à tous les chefs : « En tant que responsable de l’Université du Futur, je n’ai pas été tenu au courant de l’effacement des rushs, ni du reste de cette censure d’un autre âge. Tout cela est parfaitement anormal. Je suis tenu pour responsable par mes réseaux professionnels de ce coup porté à la liberté d’expression. C’est mon image et ma réputation qui en prend un sale coup. La question est simple : comment faire pour rétablir, avant la mienne, la réputation de l’institut Sapiens et celle du Conseil régional? Je n’ose imaginer que faire plaisir à Nicolas Thierry, VP EELV, soit une raison suffisante pour assumer ce formidable gâchis. L’Université du Futur n’est pas, à l’évidence, une outil de propagande politique au service des prochaines élections. Et j’assume totalement mes choix quand j’invite des spécialistes à débattre, dont Olivier Babeau, Erwann Tison, ou encore Pascal Picq (Collège de France), Antoine Petit (Président du CNRS) ou Denis Mercier (ex-chef de l’OTAN). Et les autres. J’entends pouvoirs continuer à travailler avec eux. Ou alors il faut le dire clairement et expliquer pourquoi. C’est la moindre des choses en démocratie, et a fortiori pour une institution publique ». Olivier Babeau, directeur de l’Institut Sapiens, a également demandé des comptes dans un courrier au Président Rousset… Aucune réponse. 

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Quant à moi, j’avais signé mon arrêt de mort. Un dossier de licenciement bidon a été monté contre moi à la hâte pendant les vacances de Noël : il fume dans son bureau, il ne comprend pas son job, il ne badge pas… Ce genre de trucs bidons. En vérité, les écologistes ne supportent pas qu’on pense en dehors de leur dogme. C’est terrifiant. Ils ne supportaient pas depuis le début qu’on puisse inviter dans des débats des gens du centre ou de droite. Ils veulent bien débattre, mais entre eux. Quand Erwann Tison, économiste de l’Institut Sapiens, est venu à Biarritz parler de « mobilité du futur », il a eu le malheur de dire que pouvoir prendre l’avion et parcourir le globe était une bonne chose. Et une liberté qu’il fallait préserver. Un truc insupportable pour un khmer vert ! Au téléphone et par SMS, le Vice-président écolo m’a reproché vertement d’inviter des gens qui osent critiquer Greta Thunberg ! Je lui ai alors proposé de venir débattre avec eux, plutôt que de pousser la Région à censurer des conférences. Il a refusé. Est-ce parce qu’il sait bien que ses arguments ne tiennent pas deux secondes dans un débat ?

Avez-vous entamé des démarches juridiques avec un avocat ? 

J’ai effectivement entamé des démarches juridiques pour récupérer mon poste. J’ai trop donné à ce projet pour abandonner. Et l’argent public n’est pas au service d’un clan. Il faut que ces gens le comprennent. Par ailleurs j’ai déposé plainte contre le Directeur de cabinet pour des menaces et intimidations, visant à me faire taire. Et je conteste évidemment ce licenciement politique, preuves de tout ce que j’avance à l’appui. J’ai été un proche collaborateur du Président pendant trop longtemps pour ne pas connaître le dessous des cartes. Ils ont cédé au chantage des verts, au point de faire des bêtises énormes : pratiquer une censure digne de l’Union Soviétique, puis me virer. Les élections arrivent, et les verts sont en position de force. Ils ne passent plus entre les portes. Le PS, lui, ne pèse plus grand-chose. Le Dircab a préféré m’exécuter que se mettre à dos ses alliés écologistes. Tout cela est pitoyable et la justice le verra en examinant les pièces. Mais je ne peux pas tout dire car la procédure démarre à peine, et certaines choses relèvent du pénal.

Les robots, mon emploi et moi

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Elon Musk, le Christophe Colomb de notre temps

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Les astronautes Douglas Hurley et Robert Behnken à la base de lancement de Cap Canaveral, le 27 mai 2020. De dos, à gauche le vice-président Mike Pence, et à droite les bras levés, Elon Musk © Florida Today-USA TODAY NETWORK /SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30218941_000019

Pour la première fois de l’histoire spatiale, une entreprise privée s’est vue confier un vol spatial habité. Cette révolution d’Elon Musk n’est pas sans rappeler quelques similitudes avec Christophe Colomb, au vu de la confiance qui leur a été accordée respectivement par la NASA et la Couronne royale. Récit.


Il y a sans doute un parallèle possible entre le voyage vers l’Amérique de Christophe Colomb et le premier vol habité inauguré par le milliardaire Elon Musk et son entreprise SpaceX vers la Station spatiale internationale, le 30 mai. Rêveurs ou visionnaires, l’amiral génois au service de la Couronne d’Espagne et l’entrepreneur sud-africain, aujourd’hui également américain partenaire de la NASA, l’agence spatiale américaine, ont su prendre leur part dans la conquête des espaces par les États. Une entreprise privée, au capitaine génial, rejoint les puissances spatiales géantes non américaines que sont la Russie et la Chine, en attendant Boeing.

Space X, un changement de dynamique

Le vol réussi des colonels Douglas Hurley et Robert Behnken survient après tant d’années d’attente, après que l’Amérique eut réduit l’ampleur de son programme spatial qui, par ailleurs, intéressait de moins en moins les citoyens, déjà au temps des dernières missions habitées vers la Lune.

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En 2011, la NASA mettait à la retraite sa flotte de navettes, une décision précipitée par la désintégration de Columbia en 2003 lors de sa rentrée dans l’atmosphère, au-dessus du territoire américain. L’assemblage de la Station spatiale internationale (ISS) achevée, ainsi que prévu au début de la dernière décennie, la navette Atlantis effectuait son dernier vol, avant d’être offerte, comme ses sœurs, à des musées. Cependant, alors que le Gouvernement Bush avait validé l’arrêt des vols des navettes une fois que la construction de la Station serait achevée, il avait parallèlement lancé le programme Constellation visant à envoyer des hommes pour de longues missions sur la Lune avant 2020. Barack Obama, mettra un terme à ce rêve, tout en laissant la NASA continuer à développer le vaisseau Orion désormais destiné à des missions lunaires ou d’étude d’astéroïdes proches de la Terre. Depuis, le pays des douze hommes qui foulèrent le sol lunaire dépendait de la Russie pour le transport de ses astronautes. Une frustration à l’ombre de laquelle naissait et s’épanouissait un rêve, celui d’un entrepreneur qui, grâce à une collaboration avec la NASA permettant une agilité fonctionnelle, a pu envoyer un vol habité dans l’espace, avec une technologie révolutionnaire.

Elon Musk, et les deux astronautes partis Bob Behnken et Doug Hurley, le 2 mars 2019 © John Raoux/AP/SIPA AP22308474_000020
Elon Musk, et les deux astronautes partis Bob Behnken et Doug Hurley, le 2 mars 2019 © John Raoux/AP/SIPA AP22308474_000020

Une mission de type colombin: la volonté d’indépendance

Alors que la Chine tient à devenir la première puissance spatiale et a connu quelques succès majeurs, dont l’atterrissage d’un module d’exploration sur la face cachée de la Lune, et s’apprête à construire sa troisième station spatiale, les États-Unis ne pouvaient plus se contenter d’être liés à leur ancien rival russe pour rejoindre l’ISS. Une telle dépendance à l’agence Roscosmos est onéreuse (81 millions de dollars par siège contre 58 avec SpaceX ou Boeing), mais prive aussi les Américains d’autres destinations possibles, outre la Lune visée par la mission Artemis III, alors que le vaisseau Orion est toujours en chantier.

« Aide-toi et l’empire t’aidera ! », telle est la devise que pourrait afficher Elon Musk

L’intervention du rêveur Elon Musk dans cette course n’est pas sans rappeler celle du navigateur Christophe Colomb qui permit aux Espagnols de contourner le mur des musulmans sur la route terrestre vers les Indes et celui du Portugal, grande puissance maritime, qui tenait la côte occidentale de l’Afrique, empêchant un contour du continent. Colomb cherchait à établir une nouvelle route vers les Indes en passant par l’Ouest, connaissant la forme sphérique de la Terre, mais ignorant l’existence d’un autre continent. Après un refus du Portugal de soutenir son projet, le Génois se tourna en personne vers sa rivale, la Couronne d’Espagne, mais aussi vers la France et l’Angleterre par l’intermédiaire de son frère. « Aide-toi et l’empire t’aidera ! », telle est la devise que pourrait afficher Elon Musk qui est devenu un partenaire de la NASA, comme la Reine Isabelle de Castille accepta de co-financer le projet colombin.

 La planisphère utilisée par Christophe Colomb lors de sa première expédition pour les Indes.
La planisphère utilisée par Christophe Colomb lors de sa première expédition pour les Indes.

Certes, contrairement à ce qu’en disent les résumés, ce n’est pas l’argent de la Couronne qui soutint l’expédition devant coûter deux millions de maravedis. Ferdinand II d’Aragon approuvait le dessein, mais c’est son épouse, la reine Isabelle de Castille qui le finança à hauteur de plus d’un million de maravedis à partir des revenus de ses fiefs privés et non de fonds d’État. La ville de Palos où fut armée l’expédition y contribua, contrainte par la Couronne, et Colomb apporta le reste et partit au nom de l’Espagne. Sur un modèle ressemblant, SpaceX collabore depuis 2011 avec la NASA pour préparer des vols habités, en concurrence avec Boeing, après l’élimination des autres candidats au fur et à mesure des étapes de sélection ; l’agence fixe un cahier des charges dont elle contrôle régulièrement le respect dans le cadre du programme Commercial Crew Development, et elle alloue un budget aux entreprises participantes au fil des sélections. SpaceX et Boeing retenues en septembre 2014, reçoivent respectivement 2,6 et 4,2 milliards de dollars.

Un rêve et des innovations

Dans la course à l’espace, l’entreprise d’Elon Musk prend de l’avance, mais innove aussi grandement, avec ses deux barges de récupération sur lesquels les premiers étages des fusées peuvent atterrir en mer afin d’être réutilisées et de réduire les coûts. De la même façon, l’entreprise souhaitait faire atterrir les capsules habitées à l’aide de rétrofusées, avant d’abandonner, la NASA craignant trop pour la sécurité des équipages. SpaceX innove également avec la procédure « load-and-go » en remplissant les réservoirs seulement 35 minutes avant le décollage, afin d’avoir des ergols à des températures inférieures aux niveaux nominaux, et donc plus denses, ce qui permet de charger davantage les réservoirs, mais très risqué, l’équipage devant être déjà à bord, ce que conteste l’ancien astronaute, Thomas Stafford ; un choix un temps soupçonné d’être la cause de l’explosion lors d’un test d’une Falcon-9 devant mettre en orbite le satellite israélien Amos-6 en septembre 2016. Cependant, deux ans plus tard, au vu des garanties de sécurité offertes par SpaceX, la NASA valide la procédure pour les vols habités.

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En mars 2019, SpaceX lance avec succès le vaisseau Crew Dragon pour un vol de qualification inhabité, c’est le SpX-DM1 qui réussit à s’amarrer à l’ISS. Cette réussite autorise le second vol de démonstration, SpX-DM2, le 30 mai dernier transportant les astronautes Hurley et Behnken vers le même objectif. Avec un budget inférieur à celui de son concurrent Boeing qui n’a pas réussi son premier vol non habité vers la station spatiale en décembre dernier, SpaceX est la concrétisation du rêve d’un Colomb qui ouvre un nouveau territoire, celui l’entreprise privée qui sillonne les cartes extra-atmosphériques sous la bannière de l’État avant de le faire également pour son propre compte et faire toujours plus de la fiction une réalité.

Regarder les actes inutiles qui alourdissent nos remboursements avant de remettre de l’argent dans l’hôpital?

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Bernard Debré Photo: Hannah Assouline

Entre mauvaise organisation et mauvaises méthodes, le professeur Bernard Debré établit un diagnostic assez peu réjouissant des pathologies de notre hôpital public, avec Elisabeth Lévy. La journaliste lui a aussi demandé ce qu’il pensait – au hasard ! – de Didier Raoult.


Causeur vous propose de lire un extrait de leur causerie. Retrouvez plus de 40 minutes d’échanges avec Bernard Debré sur RNR.tv (5€ par mois).

Elisabeth Lévy. Un mot sur ce qui passe aujourd’hui autour du professeur Raoult. Je ne vais pas vous demander si vous êtes pour ou contre le docteur Raoult, mais plutôt ce que vous pensez du phénomène. La lecture que font beaucoup de gens de cette affaire, notamment dans les classes populaires, à Marseille et pas seulement, semble être cette opposition entre d’un côté le médecin qui soigne les malades contre de l’autre côté, les technocrates de la médecine et l’establishment. Est-ce réaliste, partagez-vous cette grille de lecture populaire ?

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Bernard Debré. Bien entendu ! Il faut savoir que Raoult est un homme absolument extraordinaire qui a fait des découvertes fantastiques sur Ebola et d’autres virus. C’est un type qui était encore porté aux nues il n’y a pas si longtemps. Tout d’un coup il a eu une idée qui peut être intelligente, intéressante ou non, je n’en sais rien, et tout le monde lui est tombé dessus. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas eu cette idée ou parce qu’il détonne vis-à-vis des autres. Il aurait des cheveux courts ou en brosse, il détonnerait moins. Évidemment, il y a un establishment médical. Quelque chose qui me choque, c’est qu’à la demande du ministre et en accord avec le Haut conseil scientifique, on interdise aux médecins d’utiliser tel produit pour traiter telle maladie. Là c’était la chloroquine qui ne devrait pas traiter le  Covid-19. Mais attention tout de même, on met le doigt dans un engrenage. Pourquoi demain ou après-demain on n’aurait pas de la part du ministre l’interdiction aussi d’utiliser la pénicilline car elle peut donner des allergies graves ? L’immixtion de la politique dans la médecine ou l’ingérence de pseudo-scientifiques auprès des médecins généralistes est extrêmement dangereuse. Je ne sais pas si la chloroquine marche comme remède au Covid-19. Et je ne prends pas parti. Mais je crois que ce qu’on est en train de faire est quelque chose de catastrophique. 

(…)

Elisabeth Lévy. Vous me dites qu’on peut réduire les dépenses (de l’hopital), bien que la demande des citoyens pour leur santé soit à la fois énorme, mais aussi légitime et incompressible. 

Bernard Debré. Déjà, si vous supprimez une partie des administratifs, vous avez quand même une première source d’économies. Deuxièmement, en investissant pour faire des hôpitaux propres et nouveaux. Contrairement à ce qu’on pense, quand on opère avec du matériel moderne, cela coûte moins cher parce que la durée moyenne de séjour diminue. On peut et on doit faire de plus en plus d’hospitalisation de jour (…) Par exemple, pour opérer d’une vésicule biliaire, il y a dix ans, on était opéré et on restait une semaine sur place. Maintenant, on sort le soir même. (…) Vous avez aussi la connexion inter hospitalière et inter services qui doit mieux se faire. Pourquoi ? Parce que si vous allez dans un hôpital et qu’on vous fait un bilan, il est aujourd’hui refait dans un autre, si vous changez. De même parfois entre deux services d’un même établissement. Des économies importantes peuvent aussi être faites sur l’imagerie. Et on pourrait davantage limiter les examens. Notre matériel dans le domaine des examens médicaux est si sophistiqué que l’on fait tout en même temps, alors que le médecin n’a besoin que de quelques données spécifiques, et ne sait d’ailleurs pas lire tout un tas de résultats…

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Elisabeth Lévy. Ne faudrait-il pas aussi moduler les remboursements en fonction du caractère nécessaire, urgent ou grave de l’affection ? Nous connaissons tous des gens qui passent leur temps chez le médecin ou à faire des examens.

Bernard Debré. Malheureusement, un certain nombre de médecins de ville ou de médecins hospitaliers ne savent pas recevoir un patient et bien lui répondre quand il dit “Mais docteur, j’ai besoin de tel ou tel examen !” et se laissent aller… Quelquefois ! je ne généralise pas non plus. Il y a effectivement des actes inutiles qui alourdissent les remboursements. 

Sur le plateau d’Elisabeth Lévy, l’ancien chef du service d’urologie à l’hôpital Cochin (Paris) dresse l’état du système de santé français à l’heure du « stress test » grandeur nature du coronavirus. Regardez l’émission.

Le Maire: une volonté sans diagnostic

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Romain GAILLARD-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00965623_000035

« Cela fait quarante ans que nos États dits républicains sont tributaires d’un groupe social qui s’est soustrait à la réglementation publique. Et que les banques ont ainsi pu développer leurs innovations financières toxiques »


Tout commence par une proclamation. Le gouvernement français s’est affranchi des dogmes qui paralysaient l’action publique. Il s’agit en l’occurrence de l’abandon de la limite du déficit public inscrite dans la table des lois européennes. Mais nécessité fait loi, la chose est aussi simple que cela. Il n’y a pas un seul gouvernement en Europe qui n’ait du laisser exploser ses dépenses et son déficit. Qu’y a-t-il d’héroïque à suivre la retraite d’une armée économique en déroute ? Bruno Le Maire déguise sous le masque du volontarisme une impuissance de fait qui atteint tous les Etats pris au dépourvu par la crise.

Ce qu’il ne nous dit pas, pas plus que ses homologues en Europe ou les « experts » attitrés de la sphère médiatique, c’est comment nous ferons face demain à une dette qui aura explosé bien au-delà des seuils anciens jugés « insoutenables » il y a quelques semaines encore.

Il y a trois points à prendre en considération.

Le premier est le caractère « subi » du déficit. Nous sommes placés dans l’hypothèse inverse de celui d’un déficit voulu, par des dépenses ciblées jugées propres à soutenir l’investissement et la productivité. Une illustration suffit. La prise en charge du chômage partiel, évalué à 25 milliards d’euros par Bercy mais à 58 milliards d’euros par la commission des finances de l’Assemblée. La dépense quelle qu’en soit le montant véritable, et si nécessaire soit-elle, ne saurait être considérée comme une dépense d’avenir. La dette supplémentaire est une dette à l’état pur.

Le deuxième est la question de la solvabilité de l’Etat engagé dans un processus d’endettement sans fin. Il existe des seuils discrets à partir desquels même les Etats disposant d’un fort crédit historique basculent dans l’insolvabilité. C’est la question de la solvabilité, et non celle, technocratique, de la « soutenabilité », qui est posée depuis que nous avons commencé à accumuler les déficits en dépit des mises en garde des « experts » et des proclamations de vertu des politiques. En nous annonçant la bonne nouvelle de la répudiation des dogmes, Bruno Le Maire aurait du nous dire qu’à 110 ou 115% du PIB, le Trésor public est encore solvable. Et bien d’autres Trésors en Europe et dans le monde avec lui. Point que je crois devoir mettre en doute. Et d’autant plus que nous sommes entrés dans les sables mouvants de la récession et de la déflation.

Car si, ainsi que je le soutiens, l’explosion du déficit et de la dette nous met en risque d’insolvabilité, le troisième point s’avère  crucial. Le déficit nouveau est couvert par l’emprunt auprès des banques. Précisons : par la création monétaire ex nihilo des banques commerciales soutenues par la Banque centrale européenne. Ce qui signifie que l’on a écarté sans débat l’hypothèse d’un financement monétaire direct par la banque centrale venant au secours des Etats, financement qui aurait permis de couvrir les besoins de l’heure sans gonfler la dette.

Nous observons à l’occasion que si le dogme de la vertu budgétaire est répudié, celui de son financement bancaire reste inentamé. Bruno Le Maire enjambe la question mais avance le fait favorable que nous pouvons emprunter à taux zéro grâce à la monnaie unique. Or il ne peut pas ignorer que, depuis quelques années, tous les Etats développés bénéficient des taux zéro pour leur refinancement. En Europe même, dans les pays qui ont renoncé à la monnaie unique, tels que l’Angleterre, la Suède ou le Danemark. Les taux zéro ne relèvent pas d’une providence monétaire que l’euro incarnerait  mais de la politique volontariste des banques centrales à Washington, à Londres, à Tokyo et en d’autres lieux encore. Cessons de fétichiser l’euro. Et prenons plutôt exemple sur le pragmatisme anglais qui voit la banque d’Angleterre monétiser la dépense publique à hauteur de quarante milliards de livres sterlings. Encore un effort pour répudier les dogmes !

J’en viens à l’essentiel. Si le financement monétaire direct est toujours tabou, c’est que les politiques sont aujourd’hui les subordonnés de la bureaucratie bancaire. Cela fait quarante ans maintenant qu’ils s’en remettent à son bon vouloir pour le financement de leurs déficits. Cela fait quarante ans que nos Etats dits républicains sont tributaires d’un groupe social qui s’est soustrait à la réglementation publique. Et que les banques ont ainsi pu développer leurs innovations financières toxiques.

L’ironie suprême de cette affaire est que le lien de subordination se situe à l’intersection exacte du bureau occupé par le ministre des finances à Bercy. Bruno Le Maire est pris dans un fil invisible qui est en train de se resserrer sur sa personne et sur l’Etat du fait même que Trésor public est devenu plus dépendant encore du financement bancaire qu’il ne l’était il y a quelques semaines.

Nous aurions été pleinement satisfaits s’il avait levé ce lièvre essentiel en toute simplicité. Ne serait-ce que sous la forme d’un ballon d’essai : « le moment n’est-il pas  venu d’ouvrir le dossier de la création monétaire pour financer certaines de ces dépenses primordiales dont l’insuffisance est apparue au cours du drame ? Notre action politique ne souffre-t-elle pas de cette autre entrave intellectuelle liée à celle du dogme budgétaire ? ». Car il en conviendra, rien de ce qu’il dit par ailleurs, sur les différents sujets mis à l’agenda par la crise, ne vaut si  le nerf de la guerre est en d’autres mains que l’Etat.

Quand il n’est pas assorti d’un diagnostic réaliste et exhaustif, le volontarisme est celui de Matamore.