Marcel Gauchet intervient sur REACnROLL et répond aux questions d’Elisabeth Lévy sur le phénomène assez fascinant du très médiatique Didier Raoult. Ce médecin serait devenu la figure de proue du populisme dans les « territoires ». Applaudi par la France périphérique avec son traitement peu onéreux contre le Covid-19, ses méthodes remettent en question la légitimité des autorités politiques et scientifiques. 


Causeur vous propose ce matin de lire un extrait de l’échange entre Marcel Gauchet et notre directrice, échange à retrouver dans une émission sympathique d’une heure sur RNR.tv (5€ par mois).

Elisabeth Lévy. Revenons à Didier Raoult. Je précise que je n’accorde aucun contenu négatif à ce mot, mais dans le fond, il fait du populisme. Nous nous souvenons des images que nous avons vues à Marseille : tester des gens et les soigner, pendant que les institutions publiques nous expliquaient qu’il ne fallait ni se tester ni sortir. Cela démontre bien que Raoult s’adressait au peuple par-dessus la tête des institutions.

Nous sommes donc dans un scénario très curieux : c’est l’entrée de la politique dans une matière qui paraissait très éloignée 

Marcel Gauchet. Et par sa chaîne Youtube, ce qui est très important ! En effet, Didier Raoult est un franc-tireur, il veut avoir les coudées franches par rapport à toute la structure très pesante de la recherche institutionnelle, et je le comprends. C’est une bureaucratie très lourde, et Raoult a le niveau de notoriété qui lui permet de s’en affranchir. Ce populisme médical – je reprends votre expression qui est juste – renvoie à cette question : pourquoi les médecins ne s’adresseraient-ils pas directement au peuple ? Dans la mesure où le peuple est capable de vérifier les résultats, et que Raoult a des résultats, en l’occurrence. La bataille se situe dans le fait de savoir pourquoi il y a eu moins de morts à Marseille qu’à Paris, qui en principe a des structures médicales de haut niveau. Nous sommes donc dans un scénario très curieux : c’est l’entrée de la politique dans une matière qui paraissait très éloignée. (…)

Quand il critique les médias, je trouve que Didier Raoult exagère, car il a réussi cette chose remarquable en créant une brèche dans l’autosatisfaction naturelle des médias mainstream qui ont cru au début qu’ils allaient écraser ce trublion et le remettre dans le rang, et qui se sont aperçus, à leur grande stupéfaction, qu’il avait une base de masse dont la logique de l’audimat obligeait à prendre l’existence en compte. Il a donc gagné, c’est une victoire, en fait.

Marcel Gauchet analyse deux faits marquants de l’actualité:
– Les heurs et malheurs de Didier Raoult
– Le plan Macron/Merkel pour l’économie européenne
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(…)

Elisabeth Lévy. Un mot encore sur l’aspect Marseille/Paris de cette intrigante affaire. Écrit, un tel scénario aurait pu paraitre caricatural. C’est vraiment extraordinaire, et cela nous renvoie à la crise des gilets jaunes, aussi.

Marcel Gauchet. Bien sûr. C’est la France périphérique ! Il y a un ressentiment qui s’est créé dans une France qui ne se sent pas représentée par les autorités identifiées à tort comme « parisiennes ». On entre dans toute une époque politique : c’est le prix à payer de la société de la connaissance. Elle fabrique une bureaucratie scientifique, des autorités de toutes sortes, dont la distance avec la population croît avec leur importance dans le fonctionnement des institutions… Nous assistons à une crise de l’autorité scientifique dont les effets vont avoir de grandes suites. On le voit déjà avec le problème des vaccins : c’est déjà un certain type de discours sur les vaccins qui a dissuadé des gens de vacciner leurs enfants. 

Il y a là un vrai problème de fond : il existe un type d’autorité scientifique perçue comme étrangère à la question humaine qu’elle prétend servir, qui provoque des comportements de rejet irrationnels dans la population, mais que l’on est obligé de prendre en compte. (…) Pendant qu’elle s’embarbouille dans des considérations de méthodologie qui apparaissent comme stratosphériques [aux yeux des citoyens ordinaires NDLR], la science parle aux scientifiques, les scientifiques parlent à la science. Alors qu’ici c’est aux citoyens qu’il faut s’adresser. 

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