Le télétravail, c’est beau, c’est bien, c’est écologique, c’est l’avenir !


Le télétravail est si formidable que, « soucieuses du bien-être de leurs effectifs », les entreprises philanthropiques Google, Twitter et Facebook vont permettre à leurs salariés de continuer à travailler chez eux jusqu’en 2021 et peut-être même « indéfiniment » (!)

Le télétravail est si formidable que Peugeot vient d’annoncer « redonner du temps utile à 80 000 collaborateurs », qui seront désormais « moins soumis aux contraintes des transports en commun et auront plus de liberté pour choisir leur lieu d’habitation » (et donc acheter des voitures et peut-être même, les mêmes causes produisant les mêmes effets, enfiler des gilets jaunes).

Tellement fun de travailler sur un coin de table

Le télétravail est tellement l’avenir qu’en 2017, IBM pionnier en la matière depuis vingt ans, avait rapatrié ses troupes télétravailleuses, soit 40% de ses travailleurs américains. La valeur de l’employé IBM (qui se calcule en divisant le bénéfice par le nombre d’employés) était tombée à 193 000 dollars, très loin derrière les 1,8 million d’Apple ou les 1,6 million de Facebook.

Moins d’innovation, moins d’enthousiasme, moins de créativité, moins de rentabilité. Et, zou pas de quartier, retour à la case départ (sans toucher les 20 000 !). Certes, c’était dans le monde d’avant… mais avec les mêmes personnes.

C’est tellement fun de travailler sur un coin de table, les fesses sur le tabouret de la cuisine, tout en se « libérant des contraintes obsolètes ». C’est tellement du « vrai bien-être que de répondre sereinement à ses courriels ou à ses appels pendant que tourne la machine à laver ou roule le robot aspirateur » et que le petit dernier s’accroche et se demande pourquoi vous lui préférez l’écran.

Joggings et chaussons

C’est tellement glamour de travailler en jogging et chaussons, d’avaler vite fait un encas le midi et des barres chocolatées toute la journée, tout en « gérant de façon autonome et solidaire toutes ses interdépendances laborieuses ».

C’est tellement moderne, « le travail collectif asynchrone (?) et à distance, sans inutile perte de temps avec un management à la confiance, sans contrôle envahissant ou contreproductif », et c’est tellement chouette les économies substantielles sur les loyers, deuxième poste de dépenses des entreprises après les salaires. Economies d’ailleurs nettement plus faciles à quantifier que les surcroîts de bonheur. La norme NF X35-102 prévoit 11m2 par salarié en open space et en recommande 15 pour les situations bruyantes. Le prix moyen du m2 loué étant en moyenne de 457 euros HT par an à Paris, plus environ 60 euros pour les charges : chasse d’eau, distributeurs, personnels de ménage, fiscalité … on arrive au bas mot à au moins 6 200 euros hors taxe annuel par tête de pipe.

Soi-disant gagnant gagnant, concept assez fumeux, mais jusqu’à plus ample informé pas franchement donnant-donnant, même si Facebook s’est généreusement fendu d’une prime de mille dollars par salarié pour « les frais occasionnés ».

De nouveaux collègues payés au lance-pierre

Les thuriféraires de ce nouveau monde font tristement penser à nos braves ingénieurs qui partaient, fleur au fusil, installer des usines en Chine, il y a une vingtaine d’années. Et, on a vu le résultat ! Parce que télétravailleurs, télétravailleuses, méfiez-vous ! Ce que vous pouvez faire d’un peu loin de votre entreprise, d’autres peuvent le faire, aussi bien, de beaucoup plus loin et pour beaucoup moins cher.

Certains d’entre vous ont déjà eu le plaisir, pendant le confinement, de faire (virtuellement) la connaissance de nouveaux et nouvelles collègues, Tunisiens ou Malgaches par exemple. Ces camarades maîtrisent parfaitement notre langue orale et écrite ainsi que Word, Excel et Powerpoint.

Ils tapent allègrement sur leurs claviers. Ils sont encore plus mal installés que vous. La seule différence, c’est qu’ils sont payés nettement moins et qu’en plus, ils ne rouspètent pas. Le diable ne se niche pas que dans les détails.

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