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Le couac de Jean-Yves Le Drian doit être corrigé

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La notion de laïcité mérite d’être éclaircie 


La laïcité à la française est la chose du monde la moins comprise à l’étranger. Comparée à nos fromages, nos vins et nos parfums, c’est peu dire qu’elle n’est pas notre meilleur produit d’exportation. Elle est incomprise et durement contestée par nos amis anglo-saxons, qui la trouvent trop répressive, au nom de leur conception de la liberté. Et elle est carrément combattue par les pays musulmans qui la trouvent sacrilège et « islamophobe », au nom de leur conception du sacré qui doit s’imposer à tous.

Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.
Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.

Il faut admettre que la laïcité à la française associe génialement deux impératifs complémentaires mais différents : la protection de la liberté des croyants, au nom de la liberté de conscience, et le droit à l’irrespect à l’égard des religions, au nom de la liberté de pensée et d’expression.

Cette difficile compréhension est une bonne raison pour que nos ministres qui l’évoquent à l’étranger – dans le but politiquement louable de calmer le feu – soient au plus clair sur ce sujet dans leurs têtes et dans leurs mots.

A lire aussi: La liberté d’expression de bazar de Justin Trudeau

Ce ne semble pas avoir été le cas de notre apprécié ministre des Affaires étrangères dans son récent discours au Caire.

«J’ai rappelé et je rappelle ici le profond respect que nous avons pour l’islam», a dit le ministre français au cours d’une conférence de presse. «Ce que nous combattons c’est le terrorisme, c’est le détournement de la religion c’est l’extrémisme», a-t-il ajouté en assurant qu’il venait «expliquer, si besoin était, ce combat» ainsi que «le combat (pour le) respect de la liberté de croire».

Faire preuve d’irrespect envers une religion est un droit relevant de la liberté d’expression

Dans ce court message, deux bévues sont à corriger.

En premier lieu, parler du « détournement d’une religion », qui serait donc en elle-même innocente, c’est porter jugement sur elle, ce qui n’est pas du ressort d’un ministre d’une République laïque.

Sur ce point, hélas, le ministre faisait écho au Président de la République qui, dans sa ferme réponse au Financial Times, attribue la terreur islamiste au « dévoiement de la religion », ajoutant que ses crimes sont commis « au nom d’une religion dévoyée. »Répétons que la République française n’a pas à donner quitus à une religion quelle qu’elle soit.

D’autre part mais dans le même sens erroné, affirmer que « la France possède un profond respect de l’Islam », c’est implicitement condamner ceux qui lui manquent de respect. Or faire preuve d’irrespect envers n’importe quelle religion est en France un droit relevant de la liberté de pensée et d’expression. Ce droit n’est pas négociable.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Tout compromis est une compromission: réflexions sur la laïcité

Parce qu’elle est laïque, la France, ne « possède un profond respect » pour aucune religion quelle qu’elle soit. Elle éprouve un profond respect pour la liberté de croyance de tous ses citoyens, une liberté qu’elle protège sans discrimination ni privilèges.

Elle éprouve un profond respect pour tous les individus, qu’ils soient catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, agnostiques ou athées, et particulièrement pour ceux qui respectent la laïcité et les valeurs de la République.

Il importe au plus haut point, tant à la clarté dans nos rapports avec l’étranger, qu’à la paix civile à l’intérieur, qu’un ministre et son Président ne confondent pas publiquement le respect qui s’impose envers les croyants et le respect qui ne s’impose nullement envers une religion.

PS : Dans l’article 1 de la Constitution de 1958, il est dit que la France « respecte toutes les croyances ». Peut-on en conclure que Jean-Yves Le Drian s’en est tenu à ce principe constitutionnel quand il a déclaré que « la France a un profond respect pour l’Islam » ? Il apparait cette fois encore que le mot « respect  » exige toujours d’être précisé, pour éviter qu’il soit brandi comme une injonction plus ou moins menaçante à ne froisser la susceptibilité de personne. Si la formulation utilisée et répétée par Jean-Yves Le Drian était conforme à ce qui est écrit dans notre Constitution, celle-ci affirmerait que  » la France a un profond respect pour toutes les croyances ». Un profond respect pour toutes les croyances, y compris les plus absurdes, les plus dangereuses, les plus contradictoires entre elles ? Cette interprétation est indéfendable. En réalité, le respect de toutes les croyances s’assimile à la liberté de conscience et non à la sacralisation des croyances.

Islamophobie: Intoxication idéologique

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La religion française

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Marché de dupes

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Alors ça y est, ils l’ont fait. Cette fois, ils ont mis le paquet. Ils ont dégagé Donald Trump, enfin. Ils peuvent recommencer à mondialiser, à faire de la trottinette, travailler sur les utérus artificiels, se moquer des classes populaires qui, décidément, ne veulent pas admettre qu’elles doivent disparaître.


Trump n’avait jamais été leur Président. Quatre années durant, ils ont mené une guérilla intellectuelle, morale, publicitaire, juridique permanente. Ils avaient avec eux presque tous les médias, Wall Street, les universités, Hollywood, la Silicon Valley, presque tous les juges, les instituts de sondage, les GAFAM ; pourtant, ils ont failli perdre, une seconde fois. Sans la Covid-19, on les aurait vu pleurer, encore. Ils vont réécrire l’histoire ; ils le font déjà, prétendant que c’était écrit, que le Progrès devait l’emporter contre l’obscurantisme, le racisme, l’inculture, la facilité. Voyez comme ils sont contents, à New York, Paris, Berlin, Londres ; Dark Vador est tombé ; dans tout l’Empire, ils festoient, avec de la bière sans alcool. En plus, rendez-vous compte, le vice-président est une femme, et noire en plus ! C’est « historique ». Communiez, habitants du « monde libre » ! Dites merci à l’Amérique qui, une fois de plus, nous montre le chemin vers la Lumière, la Vérité. De la propagande ? Quelle propagande ? Des fraudes ? Quelles fraudes ? Si vous doutez, c’est que vous êtes de très mauvais perdants ; et si vous insistez, c’est que vous êtes des complotistes. Mais ils vont s’occuper de vous, ne vous inquiétez pas. C’est l’heure de la revanche.

A lire aussi, Gabriel Robin: Les conservateurs du monde entier orphelins

N’ayez pas peur!

En être réduit à soutenir Donald Trump… C’est le génie des progressistes : ils sont tellement insupportables que, pour les arrêter, ne serait-ce que les contenir, on en vient à espérer la victoire d’un magnat de la finance, un type dont la vulgarité ferait passer Patrick Sébastien pour la baronne Staffe. En 2016, il les avait bien eus, d’abord en remportant les primaires du Parti républicain, ensuite en battant Hillary, ses compétences, son mépris de classe, ses conférences à plusieurs centaines de milliers de dollars, et son regard de loutre sous coke. Un seul débat, disaient-ils alors, révélerait la supercherie. Les « deplorables » retourneraient jouer du banjo dans leurs caravanes miteuses du Wisconsin. Souvenez-vous de leur effroi, de leurs larmes, à l’instar de celles de notre Laurence Haïm, quand, sur la carte de l’immense Amérique, le rouge avait fini par dominer le bleu. Sur le plateau de Quotidien, ils pleuraient aussi. Ils ne voulaient pas y croire. Comme en 2005, chez nous. Comme le soir du Brexit. Ils ont compris, depuis : c’est à cause des fake news. On veut faire « peur » aux gens. Alors qu’il n’y a aucune raison, n’est-ce pas. Tout va très bien. Il faut vraiment n’avoir que trois neurones pour penser le contraire. Vous ne voyez pas ce que vous voyez, vous n’entendez pas ce que vous entendez. Arrêtez donc de croire que vous avez une culture, une nation, un pays ; reprenez-vous et venez, allez, venez participer à l’érection du gouvernement mondial, avec Soros et Greta. Avez-vous marché « pour le climat », au moins ? Non ? Vous avez eu tort, c’est tellement « sympa » ; vous auriez pu rencontrer des plumeaux qui vous auraient expliqué comment faire pousser des laitues à Paris. Le djihad ? Quel djihad ? Les Gilets jaunes ? Quels Gilets jaunes ? La violence ? Quelle violence ? On disait déjà cela au temps des « blousons noirs », vous savez. Vos « sentiments » vous trompent. Et puis Socrate, hein, il disait, lui aussi, déjà, que la jeunesse athénienne partait en sucette. Rien de nouveau, remugles de vieux cons qui ne veulent pas comprendre que le monde évolue, s’améliore malgré eux, parce que c’est acquis, hein, plus on avance, mieux c’est, même si, en cours de route, ça pique un peu. En marche, ou crève ! Trump, ce crétin de Trump, eh bien, il avait su fédérer sur son nom le vieux peuple américain, l’Amérique WASP, qui avait tout de même de bonnes raisons d’être fière d’elle, ayant fait, en moins d’un siècle, d’une ancienne colonie la première puissance mondiale, et de loin. Face aux calculs d’un Parti démocrate qui s’était livré à tous les lobbys minoritaires, diversitaires, Nike Air, Trump avait fait don de sa personne – très contestable, j’en conviens – afin de ralentir, un peu au moins, la course folle vers le rien, la catabase que les élites, toutes les élites des pays dits développés et en voie de le devenir rejoignent avec un enthousiasme digne d’un Versaillais allant faire oraison à sept heures un dimanche matin. C’était, Trump, un signe de contradiction, un baroud d’honneur face à, comme chez nous, ceux qui s’enorgueillissent de vomir sur leur propre drapeau, de dénoncer leur père, de se mettre à genoux devant ceux qui veulent les soumettre. Qu’il fut mauvais, pas à la hauteur de la fonction n’y change rien ; de toute façon, ce n’est pas tant ce qu’il était mais ce qu’il incarnait qui « posait problème » au système. 

Les médias entérinent la victoire de leur candidat

Du début à la fin, sa présidence aura été contestée par ses opposants. Pas un mois sans qu’on ne remette en cause sa légitimité. Il y eut l’affaire russe. Il y eut les interminables pleurnicheries devant le Mur. Il y eut les tripotages du juge Kavanaugh. Il y eut une tentative d’impeachment vouée à l’échec mais lancée quand même, sous la houlette de Nancy Pelosi et son sourire de prof d’université sadique. Et,  plus récemment, Amy Coney Barrett que les Démocrates trouvaient trop chrétienne pour siéger à la Cour Suprême à la place de Ruth Bader Ginsburg, la Taubira de Brooklyn, impitoyable séide de Big Mother. Ah ! et puis George Floyd, BLM : nous sommes tous les Afro-Américains, il paraît. Tout le complexe médiatico-industriel, des deux côtés de l’Atlantique, s’est échiné à pourrir cette présidence qui bridait ses rêves de grande partouze multiculturelle. L’économie américaine s’était franchement redressée ? Quelle importance ? Pour une fois, les Etats-Unis ne jouaient pas, ou en tout cas beaucoup moins, au gendarme du monde ? Et alors ? Trump devait être puni, et avec lui ses électeurs, ces ploucs qui ne voulaient pas comprendre que l’histoire, pardon, l’Histoire les condamnait à ses oubliettes. Vous avez vu comme ils étaient à nouveau inquiets, la semaine dernière ? Tous nos éditocrates californiens à passeport français ? Ploucland faisait de la résistance ! Mais, grâce à Dieu, enfin celui du vote par correspondance, le sénile Biden, qui ne sait même plus que son fils Beau est décédé, a mis fin au « cauchemar » des bien-pensants, des bien décidés, quitte à mentir et à tricher, à dégager manu militari celui par qui le scandale est arrivé. 

A lire ensuite, Jeremy Stubbs: Le trumpisme avait tout de même du bon

Les « recomptages » sont en cours, la victoire de Biden n’est en rien officielle, et pourtant tous les médias font comme si elle l’était. Les juges, tous, préféreront passer outre plutôt que de créer une instabilité. La vérité des urnes comptera moins, à leurs yeux, que celle d’une Amérique réconciliée sur le corps des « deplorables ». Soit. Que cela nous serve leçon, à nous aussi : avec les progressistes, ce n’est pas le « débat » que nous devons prôner. Eux, ils ne s’en embarrassent que lorsqu’ils sont sûrs de le gagner. Sinon, ils cognent. Jusqu’à quand accepterons-nous ce marché de dupes ?  

L'incident

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Hommage à Philippe Martel, qui nous a quittés ce jeudi 5 novembre

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Par une belle journée marseillaise ensoleillée du 6 janvier 2019 j’avais eu le plaisir de revoir Philippe Martel à une réunion de préparation aux élections européennes de 2019 ou le CNRE – Conseil de la Résistance Européenne- dont il était le secrétaire général avait décidé de présenter une liste.

L’avertissement solennel de son président, Renaud Camus, sur le devenir de l’Europe, le témoignage poignant de Patrick Jardin sur la mort de sa fille au Bataclan, faisaient peser sur cette journée une gravité qu’à son habitude Philippe rendait tout à coup plus légère par une remarque amusante, un regard subtil et distancié.

D’Alain Juppé à Marine le Pen dont il avait été successivement directeur de cabinet entre autres postes prestigieux en France et à l’étranger, ce haut fonctionnaire était le prototype de l’homme de droite attaché à la souveraineté et la liberté de la France.

Déçu par une UMP trop éloignée du gaullisme originel, il ira chercher au Front National puis au CNRE, formation créée en novembre 2017 à Colombey-les-Deux-Eglises, ce qui reste du courage et de l’intransigeance gaullienne sur le chapitre de la résistance à tout Empire et à tout envahisseur.

Aux yeux du journal Libération qui lui a consacré un article, c’était un « soldat perdu de la République ».

À mes yeux c’était un combattant, qui avait résolu de transgresser la bien-pensance – tout en restant rationnel, courtois, et drôle – parce qu’il s’était mis au service de la France, son beau souci.

L’homme qui a eu la peau de Benjamin Griveaux se confie dans un livre

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Piotr Pavlenski est un fou furieux. Et il a un talent de fou. 


 

Il se fit connaitre il y a quelques années en se clouant les testicules sur la place Rouge, pour protester contre Poutine. On l’envoya dans un asile psychiatrique où il fut déclaré sain d’esprit. Puis il obtint l’asile politique en France. 

Son livre Théorème n’est qu’une longue suite d’imprécations. Certains écrivent : Pavlenski hurle. Chacun de ses mots est une insurrection. Et il est une insurrection à lui tout seul.

Un imprécateur possédé

Lisez-le : Pavlenski est un possédé. Dostoïevski a tout dit sur ce type d’homme. Il y a chez lui un aspect Savonarole avec son bûcher des vanités. Et voilà ce que Pavlenski jette dans son bûcher des vanités. 

“Lorsque la tête de Poutine décorera la Place Rouge, Quand Macron aura été guillotiné sur les Champs-Elysées, quand Trump sera pendu sur des lignes à haute tension et que le corps de Merkel flottera dans les eaux du Rhin, alors seulement on enterrera dans les ruines cet ordre qui est comme un nœud coulant autour de nous.”

Vu les cris de mort qui précèdent on s’étonnera quand même que Pavlenski ait vibré à l’unisson du mouvement des Gilets jaunes. Là c’est la partie un peu mièvre de son livre. Il s’arrête de crier, il minaude. Il voit une révolte là où il n’y avait qu’une convulsion poujadiste. On apprend ainsi avec lui que Maxime Nicolle, figure emblématique des Gilets jaunes, est « un grand leader du peuple » (!).

Le gilet jaune Maxime Nicolle dans une manifestation en 2019 à Paris © Yann Bohac/SIPA Numéro de reportage: 00906116_000004
Le gilet jaune Maxime Nicolle dans une manifestation en 2019 à Paris © Yann Bohac/SIPA Numéro de reportage: 00906116_000004

Porno-anarchie

Pavlenski hait l’ordre établi, le Nouvel Ordre Mondial. Il a une religion : l’anarchie. Et il la pratique sous une forme particulière : la porno-anarchie. C’est lui qui a jeté la belle Alexandra dans les bras de Benjamin Griveaux. Et c’est lui qui a balancé sur les réseaux sociaux la vidéo compromettante de l’ancien porte-parole du gouvernement. 

C’est raconté avec force détails dans Théorème. Tout comme le séjour à Fleury-Mérogis qui s’en est suivi. De cet exploit Pavlenski n’est pas peu fier. Pour lui Griveaux est un petit pion sur l’échiquier mondial du libéralisme. Et l’abattre était une bonne chose. En dehors de cette intéressante péripétie, tout dans Théorème n’est que violence, haine et rage. Un témoignage éclairant sur ce que peuvent être les passions de l’extrême gauche radicalisée. Rien que pour ça, ça vaut la peine de lire Pavlenski.

Théorème. Piotr Pavlenski. Editions Exils.

Ce n’est pas simplement qu’Emmanuel Macron méprise les corps intermédiaires, c’est qu’ils sont un obstacle à son projet


Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, président de VIA, la voie du peuple


Ah, Monsieur le président ! Comme votre vision de la démocratie était enthousiasmante en 2011, à l’époque où vous pouviez encore écrire dans la revue Esprit la chose suivante: « La décision politique ne peut plus avoir un locuteur unique. Parce que l’action est complexe et le terrain d’application multiple, elle doit se discuter, s’amender, se corriger, se décliner au niveau le plus adapté »[tooltips content= »Emmanuel Macron, Les labyrinthes du politique, Revue Esprit, 2011. »](1)[/tooltips]Où sont ces belles convictions aujourd’hui Monsieur le président ? Enterrées au nom du pragmatisme et de l’efficacité ? Et pourtant, vous aviez raison: sans ces principes, il n’y a pas de démocratie.

Car, quel est l’état de notre démocratie aujourd’hui ? Un reconfinement prétendument « aménagé » est exigé des Français. Dans ce cadre, les commerces dits « non essentiels » sont sommés de fermer boutique, quel que soit l’état sanitaire de leur région. Bel aménagement ! Et quand des maires tentent, par de vains arrêtés pris comme autant de cris de désespoir, d’autoriser les commerces de proximité de leurs villes à rester ouverts, la justice dénonce logiquement et sans délai leur irrégularité. Comme si vous aviez voulu égratigner leur crédit en les entrainant vers la seule issue qui leur restait pour apparaître encore utile aux yeux de leurs administrés et des commerçants de leur commune: poser un acte réglementairement injustifiable. Ces élus de terrain ne sont-ils pourtant pas « au niveau le plus adapté » ? Pourquoi ne pas avoir demandé aux maires de décider au cas par cas de la nécessité d’imposer ou non une fermeture à ces établissements ? Pourquoi le Premier ministre en est-il à lister ce que les Français ont le droit de considérer comme essentiel ou non pour eux, allant jusqu’à faire interdire tout achat de livres dans toute sorte de commerces sauf ceux de l’e-commerce, tout en garantissant aux libraires exsangues que l’État leur viendra financièrement en aide? Dans cette crise gravissime qui distend le peuple de ses représentants, les élus locaux sont ceux qui ont encore la confiance des Français. Pourquoi la Macronie n’en fait-elle pas de même? Pour redonner la parole au peuple, notre appareil d’État doit changer de logiciel et permettre l’avènement d’une société réellement subsidiaire.

A lire aussi: Les arrêtés municipaux en faveur du petit commerce sont légitimes

Aujourd’hui, même la représentation nationale est méprisée. Inquiets que la démocratie soit mise sous cloche jusqu’en février, les députés de l’opposition ont voté le 3 novembre dernier un amendement n’autorisant la prorogation de l’état d’urgence que jusqu’au 14 décembre et non jusqu’au 16 février. Il aurait alors été possible de faire un point sur la situation le moment venu et d’agir en conséquence. Pensez-vous que le vote des représentants de la Nation a été respecté par la majorité? Non! Il a fallu revoter de manière à ce que l’avis du gouvernement soit respecté. Ce qui aboutit au vote final ce samedi du projet de loi prolongeant effectivement l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 16 février 2021, l’instauration d’un régime transitoire jusqu’au 1 avril 2021, et le recours aux ordonnances.

Ce n’est pas simplement qu’Emmanuel Macron méprise les corps intermédiaires que sont les élus, les syndicats, les communes, les associations, les familles, les entreprises, mais aussi les acteurs des territoires, les forces-vives des bassins de vie… C’est qu’ils sont un obstacle à son projet : il ne doit exister entre lui et la multitude des administré-consommateurs français aucune interférence. Il est, selon lui, leur unique mandataire représentant. Mais aucune vie démocratique n’est possible ainsi. Si seulement Emmanuel Macron pouvait incarner ce qu’il promouvait en 2011 quand il écrivait : « Loin du pouvoir charismatique et de la crispation césariste de la rencontre entre un homme et son peuple, ce sont les éléments de reconstruction de la responsabilité et de l’action politique qui pourraient être utilement rebâtis. »

Malheureusement, nous y sommes maintenant habitués. Avec lui, ce sera toujours la cohabitation du tout avec son contraire, la suprématie d’un relativisme concentré dans cette formule « en même temps » qui signe le projet de déconstruction voulue de la France, de l’unité du peuple, de la crédibilité de notre nation, des libertés fondamentales des Français. En réponse à ce délabrement programmé, rien ne sera vraiment possible dans l’ordre de la restauration ou de la reconstruction sans que le lien, le pacte même de confiance soit rétabli entre gouvernants et gouvernés, par des actes forts et des réformes institutionnelles de fond. C’est le sens de mon projet pour la France[tooltips content= »Jean-Frédéric Poisson, La voix du peuple, éditions du Rocher, 2020. »](2)[/tooltips] : redonner la voix au peuple et le pouvoir aux Français.

La voix du peuple

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#SkiToo


« Slalom » de Charlène Favier est sorti le 4 novembre au cinéma. Le film traite du harcèlement sexuel au sein du ski professionnel féminin. Un film sans prise de risque et aseptisé.


Un de plus… Il n’est pas certain que, côté artistique du moins, la vague Metoo fasse beaucoup de bien au cinéma français. Déroulant avec application son protocole compassionnel, ce premier film, qui aurait fait les délices des défunts « Dossiers de l’écran », enfonce les portes désormais grandes ouvertes du harcèlement sexuel dans les milieux sportifs. Ici, le ski féminin professionnel. Portons toutefois au crédit de la jeune réalisatrice une indéniable capacité virtuose à filmer les descentes de compétition « comme si on y était ». Mais cette valeur documentaire n’est évidemment pas son propos. La jeune fille, la mère absente, le prédateur et la compagne complice à force de silence : pour filmer la métaphore alpine, on dira que chaque porte est franchie avec application. Seulement voilà, le cinéma exige un peu de hors-piste et de prise de risque.

Ici, on prend tristement la première place du podium convenable et convenu, à la pépère.

A lire ensuite: Adèle Haenel: dessine-moi une victime

Le trumpisme avait tout de même du bon

 


La présidence Trump a été un choc salutaire pour le monde


Vulgaire ? Certes ! Mal préparé ? Probable ! Immature ? Peut-être ! Mais tout bilan honnête du mandat de Donald Trump devrait prendre en compte les lièvres que l’homme à la mèche orange a eu l’audace de soulever, comme le jeu trouble de la Chine ou les dangers d’une immigration mal contrôlée. Sans oublier qu’il a permis aux républicains de renouer avec les couches populaires.

Dans le livre des morts égyptien, les bonnes et mauvaises actions du défunt étaient pesées par les 42 juges du tribunal d’Osiris chargés de rendre un verdict sur le sort ultime réservé à son âme. Aujourd’hui, le bilan du président Trump est jugé par le tribunal des médias, dont les arbitres sont plus nombreux et plus intraitables que les dieux de l’autre monde. Beaucoup dressent la liste des réussites et des échecs de sa présidence, en se hâtant de trouver la deuxième colonne plus longue. D’autres se scandalisent que l’on puisse envisager que Trump ait un bilan, le réduisant à un symptôme d’une pathologie de la démocratie. Tous sont d’accord sur le fait qu’il laissera une empreinte indélébile sur la vie politique aux États-Unis et même au-delà. Mais laquelle ?

Un mur prolongé de 300 kilomètres au Sud

Ceux qui le condamnent sont outrés par sa vulgarité, sa pétulance, et l’absence apparente d’un surmoi capable de restreindre ses bas instincts de mâle égoïste, de Blanc xénophobe, de richard obsédé par le fric. Pourtant, c’est précisément là que réside l’apport positif de Trump : il a osé parler ouvertement de certains sujets, à la fois gênants et brûlants, que les autres, avant lui, n’évoquaient qu’à mots couverts. C’est tout le contraire de son prédécesseur, Barack Obama, plus élégant, plus intellectuel, plus « Ivy League ». Obama était parfaitement conscient de l’importance de ces problématiques, mais adoptait une approche infiniment plus discrète, de sorte que, non seulement la plupart des Américains ne voyaient pas ce qu’il avait accompli, mais en plus ils ne savaient guère qu’il s’occupait de ces questions. Trump a promis une Grande Muraille séparant les États-Unis des nations du Sud et des hordes de migrants. Certes, il n’a prolongé les structures existantes que de quelque 300 kilomètres. Peu importe : en incitant ses supporters à scander« build the wall », il a légitimé les préoccupations d’un grand nombre de gens ordinaires. C’est ainsi qu’il a donné une légitimité et une voix à la colère des cols bleus. Ses adversaires, qui dénigrent cette exaspération populaire en la qualifiant de populiste, auraient préféré qu’elle reste refoulée, au risque de la voir un jour exploser de manière d’autant plus dévastatrice qu’elle aura été si longtemps contenue. À cet égard, même les détracteurs de Trump devraient admettre qu’il constitue un moindre mal.

A lire aussi: Trump voit sa légitimité contestée depuis quatre ans!

Comme le montre Alexandre Mendel dans Chez Trump, face à la mondialisation et au multiculturalisme prônés par ses prédécesseurs, le président sortant a personnifié pour beaucoup d’Américains une« inversion des valeurs » et un« retour à la patrie. » Mais ce retour à la patrie s’opère par une action à l’extérieur du pays, sur la scène mondiale. Car pour beaucoup d’Américains, la plupart de leurs problèmes quotidiens proviennent des doctrines globalistes qui ont certes apporté une croissance très importante à la planète, mais souvent aux dépens des emplois et de la dignité des ouvriers occidentaux. Quand Trump se lance ouvertement dans un bras de fer tarifaire avec la Chine, on l’accuse de déclencher une guerre commerciale. C’est refuser de voir qu’une grande partie du monde est déjà dans un état de guerre avec la Chine – à cause des visées stratégiques de cette dernière –, un état de guerre froide. Trump n’est pas la cause de cette situation, mais son révélateur. Obama avait pris la mesure du problème qu’il traitait de manière multilatérale, à travers les institutions de la mondialisation, comme l’OMC, sans voir que ces institutions étaient grippées par leur propre inertie et les manœuvres habiles des Chinois. Les zélotes de la mondialisation ont dénoncé la grossièreté des mesures prises par Trump, en ignorant ce qu’il a réussi à faire :les partenaires des États-Unis sont désormais obligés de reconnaître que les dysfonctionnements de la mondialisation sont le problème de tout le monde et ne peuvent pas être résolus par des pourparlers conduits derrière des portes closes.

Le multilatéralisme vilipendé

La liste des institutions multilatérales vilipendées par Trump, des accords qu’il a piétinés ou renégociés, ou des champs de bataille dont il a retiré ou essayé de retirer ses troupes est longue. L’unilatéralisme de Trump a choqué la planète, surtout ses alliés, mais c’est un choc salutaire. Il oblige les autres à imaginer un monde sans les États-Unis, un monde où l’ordre international et libéral n’est pas soutenu par l’Amérique, où la paix des nations n’est pas garantie par le shérif planétaire. Il nous demande de prendre nos responsabilités comme si nous étions des adolescents attardés. Notre réponse a été de ne voir en lui qu’un teenager gâté. Quand nous rions de la prétendue immaturité de Trump, nous devrions écouter le poète Horace : « Pourquoi moquez-vous ? Ne voyez-vous pas que cette histoire est la vôtre ? »

A lire aussi: L’ère du ricanement

Chez lui, Trump a permis au Parti républicain de renouveler son socle électoral, en substituant une partie des classes ouvrières à une partie des classes aisées, désormais adeptes de la mondialisation et du multiculturalisme. Enfin, si on mesure sa grandeur à l’aune de la haine qu’on inspire, Trump est un grand homme. L’hystérie anti-Trump a été encore plus forte que celle des « Tea Parties » contre Obama. Les démocrates n’ont jamais cessé de promettre sa destitution. Les médias dominants traitent tout ce qu’il dit comme un mélange de mensonges, d’erreurs et de préjugés. Les émeutes urbaines provoquées par le mouvement BLM et prolongées par les « antifas » sont autant de protestations contre Trump et ceux qui l’ont élu. Il y a une lutte, en Amérique comme en Europe, entre l’esprit populiste, longtemps refoulé, et l’esprit « woke », qui se manifeste aujourd’hui sur les barricades et dans la « cancel culture ». 

Certains affirmeront que c’est Trump qui est l’auteur de cette polarisation, mais elle était déjà là, dans les faits. 

Trump a eu, non la vulgarité, mais le courage de prendre la tête de ceux qui étaient conspués par les intellectuels, ignorés par les entreprises mondialisées et oubliés par les stratèges politiques. La voix qu’il a donnée à ceux qu’on n’écoutait pas ne sera plus réduite au silence. Certes, Trump n’a pas apporté toutes les solutions, mais il a permis de voir les problèmes. Même après lui, il sera difficile de les ignorer.

Claude Askolovitch affiche ses préférences

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Dans sa revue de presse, le chroniqueur de la matinale de France inter ne se contente pas de placer un signe égal entre « fafs » et jihadistes. Il accable les premiers et tente de nous attendrir sur les seconds.


Toujours plein de douceur dans la voix, plein de componction un peu tristounette dans le ton, le chroniqueur de France Inter n’en glisse pas moins, mine de rien, ses éternels messages bien-pensants. Exemple ce matin, voici comment notre prêcheur matinal nous parle des djihadistes :

« Vous lirez dans la même veine, celle des compréhensions qui nous manquent dans la revue Esprit… les souvenirs de la diplomate Murielle Domenach qui, consule à Istanbul, devait récupérer les jeunes Français parfois adolescents, qui passaient par la Turquie pour aller au djihad, plein de certitudes et de mépris, mais avec parfois un doudou posé dans leur sac… »

Traduction: soyons plus compréhensifs avec les djihadistes, après tout, ce ne sont que des enfants égarés, et quand ils partaient en Syrie (peut-être pour couper quelques têtes…) ils avaient un doudou dans leur sac. N’est-ce pas attendrissant ? Ayons un peu plus de compassion pour eux.

A lire aussi, Zemmour/Daniel Schneidermann: Histoire juive

Tout de suite après cette larmichette, un télescopage m’a fait bondir :

« Je lis dans Slate que de jeunes nationalistes français veulent créer des communautés autonomes blanches dans nos campagnes, si ce ridicule vous écœure,  je vous invite à une consolation… »

Cette fois-ci on n’est plus du tout dans l’attendrissement ému devant nos chers petits djihadistes. Quand il s’agit de jeunes nationalistes français, plus question de se demander ce qu’ils ont dans le cœur, s’ils n’ont pas au fond de leur sac un petit signe d’humanité, quelque chose de puéril qui pourrait nous amener à les considérer, aussi, comme des enfants. Non, ces jeunes là sont tout simplement écœurants. Personnellement ce que je trouve écœurant c’est cette insidieuse façon de cracher son mépris pour les uns, après avoir montré tant de compréhension malsaine pour les autres.

Pour une réponse gaullienne aux maux de la France


Crise sanitaire, islamisme: au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République Emmanuel Macron les a dispatchées entre de multiples fusibles


Dans une remarquable interview parue dans le Figaro du 9 novembre — jour anniversaire de la mort de De Gaulle, qui sert de fil conducteur à l’entretien —, Henri Guaino revient sur la politique du gouvernement actuel face à l’épidémie et face au risque terroriste.

Henri Guaino D.R.

Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas l’enthousiasme qui l’étouffe. Parce qu’il a un raisonnement politique global, un raisonnement national — un raisonnement gaullien — au lieu de le diffracter en « politique sanitaire » et « politique sécuritaire » — politique politicienne en un mot. Au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République les a dispatchées entre de multiples fusibles. « La réponse gaullienne, dit Guaino, aurait consisté à ne pas diluer les responsabilités des mesures prises entre le gouvernement, le Parlement, le conseil scientifique, puis les préfets et les maires, ce qui a eu, entre autres, pour effet que chaque décideur gère avant toute chose son risque pénal plutôt que la crise sanitaire. Il aurait été plus gaullien et plus conforme à l’esprit des institutions que, pour mettre entre parenthèses toutes les libertés fondamentales, le président de la République, qui n’encourt pas de risque pénal, mette en œuvre l’article 16 de la Constitution, précisément fait pour ce genre de situation. Ainsi aurait-il porté, lui seul, la responsabilité politique des décisions. »

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Mais l’ombre de l’affaire du sang contaminé, dans les années SIDA, plane sur les décisions avortées. Macron a préféré « se cacher derrière la science pour prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec la science. » Il s’ensuit que « la dissolution du Conseil scientifique lèverait cette ambiguïté malsaine. » Car enfin, décourager le port de masques en mars, était-ce de la science ? Les imposer dans la rue, quand les contaminations se font en espaces clos, est-ce de la science ? Fermer les petits commerces et laisser les grandes surfaces ouvertes, quand la Catalogne fait exactement l’inverse, est-ce de la science ? Non — mais cela sert les intérêts de grands groupes, où sont peut-être positionnés les copains.

Cela permet aussi d’instaurer une politique de la peur. Franchissant le point Godwin avec perspicacité, Guaino remarque que la dernière fois que l’on a joué la peur contre les Français, c’était sous Vichy — alors que De Gaulle jouait la carte du courage. Mais on ne lit pas beaucoup de courage derrière tous ces visages masqués. Imaginez-vous De Gaulle, qui à la Libération de Paris a descendu les Champs-Élysées debout, sans courir, alors que des tireurs embusqués le prenaient pour cible, affublé d’un masque ?

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Il en est de même pour le terrorisme. « Ce qui serait gaullien, ce serait de prendre enfin la mesure de ce que nous devons affronter, c’est-à-dire une véritable guerre de civilisation sans merci menée contre nous ». Menée non seulement par des terroristes fanatisés, mais par « des minorités agissantes qui travaillent sans relâche à la culpabilisation de l’Occident et au communautarisme devant lesquels, par lâcheté collective, nous nous aplatissons depuis des décennies. » Oui — mais les considérations électoralistes l’ont emporté au fil des ans sur le raisonnement politique. Et nous voici prenant des mesures savantes contre un virus dont nous ne savons pas grand-chose, et n’osant pas en prendre contre un ennemi dont nous savons tout.

Une seule solution : refaire une nation. Recréer ce destin collectif qui fut de tout temps le génie de la France. En finir avec les lubies intéressées de la mondialisation. La nation n’est pas une notion dépassée, comme s’efforcent de nous le faire croire des commentateurs aux ordres de quelques banquiers intéressés à la dilution de l’entité France. 

Il faut réagir vite — sinon, dans les basques d’une épidémie dont nous constatons, en France, les dégâts, bien plus importants que chez nos voisins, et donc la nocivité de la politique sanitaire suivie, ce sera un fascisme réel qui s’instaurera, comme le nazisme s’est insinué dans les fourgons d’une république de Weimar en déliquescence. Ce n’est pas au conseil scientifique, un organisme non élu et désigné selon des critères troubles,  de résoudre un problème qui est en fait une question de civilisation. Et je ne voudrais pas que demain, le choix s’opère entre la mort par épidémie et la soumission à un ordre nouveau — la charia, par exemple.

Inquiéter, tel est le rôle du Pape?

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Le Pape François multiplie les déclarations ambigües et semble vouloir s’adapter à l’époque. Il devrait au contraire faire respecter les dogmes.


 

« Inquiéter, tel est mon rôle. » Cette phrase célèbre de Gide, un esprit malicieux pourrait dire que le Pape la fait sienne. Pas un jour, en effet, sans qu’il lance une de ces phrases ambiguës dont il a le secret et qui jette le trouble. Sauf que le Pape n’est pas l’auteur des Caves du Vatican.    

 A bracchio, imprécis, les propos de ce Pape « venu du bout du monde », veulent bousculer « les poivrons verts » que nous sommes. Imagés pour les uns, d’un exotisme rafraîchissant pour les autres, provocateurs, contradictoires, ils veulent faire bouger les lignes. On se souvient de la charge contre la Curie et les cardinaux auxquels le successeur de Pierre opposait une église pauvre et spirituelle. La volonté affichée du Pape, « qui n’a pas peur des schismes », comme il le dit lui-même, est de faire bouger les lignes. De là la nécessité constante, pour son service de communication, de contextualiser ses propos, de les recentrer, de les corriger, d’en faire une exégèse, de leur donner les mille et une nuances de la catholicité, afin de les exonérer de tout soupçon d’hétérodoxie, en établissant un degré entre les propos personnels et la parole magistérielle. Et d’accuser, in fine, les brebis rebelles de mal chausser leurs lunettes, d’avoir un cœur fermé et un mauvais esprit.

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On se rappelle la réponse très jésuite du Pape : « Qui suis-je pour juger ? » La parade était là: un avion n’est pas la chaire de Pierre ; ce propos émanait non de l’évêque de Rome mais de George Bergoglio. N’empêche: cette phrase avait fait le tour du monde. On posait au Pape une question sur le mariage ? Il répondait par un refus de porter un jugement moral sur des personnes. L’amour abolissait la loi: ainsi commençait le cas par cas dans l’Église sans toucher au dogme, bien entendu.

Le soutien trouble du Pape aux unions civiles homosexuelles 

C’est la même casuistique que nous retrouvons dans les propos du Pape sur l’union civile homosexuelle rappelés récemment, et qui ont demandé une mise au point du Vatican. « Les personnes homosexuelles ont le droit de faire partie d’une famille, ils sont enfants de Dieu, ils ont le droit à une famille. Personne ne peut être expulsé d’une famille ni vivre une vie impossible pour cette raison. Ce que nous devons faire, c’est une loi de cohabitation civile, ils ont le droit à être légalement couverts. C’est ce que j’ai défendu. »

L’agence Zenit a beau dire, le 21 octobre, que le Pape ne change rien à la doctrine, son soutien ambigu aux unions civiles homosexuelles (inutile puisque cette union civile existe en fait) avec la reprise du mot « famille » (faire partie d’une famille ou créer une famille) jette un trouble, en allant à l’encontre de l’enseignement de l’Église. L’habileté jésuite se trouve également dans la remarque : les homosexuels sont enfants de Dieu. Évidemment ! Qui l’a jamais nié ? Ce que va retenir le public, c’est la miséricorde. On imagine la conséquence de cette déclaration, qui joue sur les registres—affectif et religieux—, sur les problèmes de procréation et de filiation. Des fidèles disent que ces propos auraient intérêt à être clarifiés.

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Dans son encyclique « Tutti fratelli », une phrase a suscité des interrogations : « L’Église valorise l’action de Dieu dans les autres religions. » Que signifie, dans la bouche du Pape catholique, ce relativisme religieux ? Cette Encyclique est louée par certains : n’est-elle pas sous le patronage de Charles de Foucauld ? D’autres dénoncent les points communs entre cette Encyclique et la franc-maçonnerie. Quant à la position du Pape en faveur des migrants, qui va jusqu’à demander l’augmentation de l’octroi des visas, l’ouverture de couloirs humanitaires pour les migrants et le droit pour eux d’ouvrir un compte bancaire, en débordant le champ religieux sur le politique, elle suscite, là encore, des interrogations.

Le Pape doit garder les dogmes

Si le Pape ne connaît pas la France, il va la découvrir par la fronde que suscitent, à présent, ses déclarations ambigües, au sein des fidèles. Il verra que la France, gallicane et catholique, impertinente et respectueuse, janséniste et voltairienne, demeure « la fille aînée de l’Église ». Dans un article de Valeurs Actuelles, du 29 octobre au 4 novembre, le philosophe Thibaud Collin met sur le compte du travers jésuitique du Pape actuel, dont il serait, à présent, lui-même victime « l’inconsistance des propos pontificaux qui est le plus sûr symptôme de la crise que traverse l’Église. » A la différence des deux Papes, Jean-Paul II et Benoît XVI, que le philosophe crédite « de l’art du dialogue sans rien concéder sur le fond », le Pape actuel représente, pour lui, « l’apologie de la stratégie inaugurée depuis 60 ans: donner des gages d’ouverture au monde moderne afin que celui-ci reconnaisse en l’Église une interlocutrice valable… » Quand on relit l’admirable discours des Bernardins prononcé par le Pape Benoît XVI, en 2012, tellement d’actualité, on se rend compte que la parole papale a toujours intérêt à avoir une consistance et une assise théologique catholique, pleine et entière. Tout le monde y gagnerait.

À lire aussi, Aurélien Marq: L’Église ne peut pas ne pas confronter ses ressorts de générosité les plus nobles avec l’impératif des équilibres sociaux d’une nation et d’un continent

La divination constituait, chez les Anciens, un aspect fondamental de la religion. La Pythie émettait, dans une fumée de lauriers, une parole énigmatique qui demandait une traduction heuristique. Le trône de Pierre n’est pas un trépied. Le travail d’un Pape est de garder les dogmes non de « fléchir au temps », pour reprendre cette phrase à l’ancienne. Encore moins de faire la révolution. Le Pape n’est plus tout jeune : ne serait-il pas manipulé par son entourage ? Quelle que soit la réponse, il faudrait que l’on cesse, une bonne fois, de penser, après certaines déclarations du Pape, à la parole de Chrysale dans Les Femmes Savantes de Molière, disant d’un plumitif :  « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. » Ou alors à l’Avant-Propos de Gide dans Paludes : « Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent. Car si nous savions ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela… On dit toujours plus que CELA. »

Le couac de Jean-Yves Le Drian doit être corrigé

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Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors d'une conférence de presse au Caire, le 8 novembre 2020 ©Nariman El-Mofty/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22511886_000002

La notion de laïcité mérite d’être éclaircie 


La laïcité à la française est la chose du monde la moins comprise à l’étranger. Comparée à nos fromages, nos vins et nos parfums, c’est peu dire qu’elle n’est pas notre meilleur produit d’exportation. Elle est incomprise et durement contestée par nos amis anglo-saxons, qui la trouvent trop répressive, au nom de leur conception de la liberté. Et elle est carrément combattue par les pays musulmans qui la trouvent sacrilège et « islamophobe », au nom de leur conception du sacré qui doit s’imposer à tous.

Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.
Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.

Il faut admettre que la laïcité à la française associe génialement deux impératifs complémentaires mais différents : la protection de la liberté des croyants, au nom de la liberté de conscience, et le droit à l’irrespect à l’égard des religions, au nom de la liberté de pensée et d’expression.

Cette difficile compréhension est une bonne raison pour que nos ministres qui l’évoquent à l’étranger – dans le but politiquement louable de calmer le feu – soient au plus clair sur ce sujet dans leurs têtes et dans leurs mots.

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Ce ne semble pas avoir été le cas de notre apprécié ministre des Affaires étrangères dans son récent discours au Caire.

«J’ai rappelé et je rappelle ici le profond respect que nous avons pour l’islam», a dit le ministre français au cours d’une conférence de presse. «Ce que nous combattons c’est le terrorisme, c’est le détournement de la religion c’est l’extrémisme», a-t-il ajouté en assurant qu’il venait «expliquer, si besoin était, ce combat» ainsi que «le combat (pour le) respect de la liberté de croire».

Faire preuve d’irrespect envers une religion est un droit relevant de la liberté d’expression

Dans ce court message, deux bévues sont à corriger.

En premier lieu, parler du « détournement d’une religion », qui serait donc en elle-même innocente, c’est porter jugement sur elle, ce qui n’est pas du ressort d’un ministre d’une République laïque.

Sur ce point, hélas, le ministre faisait écho au Président de la République qui, dans sa ferme réponse au Financial Times, attribue la terreur islamiste au « dévoiement de la religion », ajoutant que ses crimes sont commis « au nom d’une religion dévoyée. »Répétons que la République française n’a pas à donner quitus à une religion quelle qu’elle soit.

D’autre part mais dans le même sens erroné, affirmer que « la France possède un profond respect de l’Islam », c’est implicitement condamner ceux qui lui manquent de respect. Or faire preuve d’irrespect envers n’importe quelle religion est en France un droit relevant de la liberté de pensée et d’expression. Ce droit n’est pas négociable.

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Parce qu’elle est laïque, la France, ne « possède un profond respect » pour aucune religion quelle qu’elle soit. Elle éprouve un profond respect pour la liberté de croyance de tous ses citoyens, une liberté qu’elle protège sans discrimination ni privilèges.

Elle éprouve un profond respect pour tous les individus, qu’ils soient catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, agnostiques ou athées, et particulièrement pour ceux qui respectent la laïcité et les valeurs de la République.

Il importe au plus haut point, tant à la clarté dans nos rapports avec l’étranger, qu’à la paix civile à l’intérieur, qu’un ministre et son Président ne confondent pas publiquement le respect qui s’impose envers les croyants et le respect qui ne s’impose nullement envers une religion.

PS : Dans l’article 1 de la Constitution de 1958, il est dit que la France « respecte toutes les croyances ». Peut-on en conclure que Jean-Yves Le Drian s’en est tenu à ce principe constitutionnel quand il a déclaré que « la France a un profond respect pour l’Islam » ? Il apparait cette fois encore que le mot « respect  » exige toujours d’être précisé, pour éviter qu’il soit brandi comme une injonction plus ou moins menaçante à ne froisser la susceptibilité de personne. Si la formulation utilisée et répétée par Jean-Yves Le Drian était conforme à ce qui est écrit dans notre Constitution, celle-ci affirmerait que  » la France a un profond respect pour toutes les croyances ». Un profond respect pour toutes les croyances, y compris les plus absurdes, les plus dangereuses, les plus contradictoires entre elles ? Cette interprétation est indéfendable. En réalité, le respect de toutes les croyances s’assimile à la liberté de conscience et non à la sacralisation des croyances.

Islamophobie: Intoxication idéologique

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La religion française

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Marché de dupes

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Joe Biden en 2008 © Paul Sancya/AP/SIPA Numéro de reportage: AP20754467_000001

 


Alors ça y est, ils l’ont fait. Cette fois, ils ont mis le paquet. Ils ont dégagé Donald Trump, enfin. Ils peuvent recommencer à mondialiser, à faire de la trottinette, travailler sur les utérus artificiels, se moquer des classes populaires qui, décidément, ne veulent pas admettre qu’elles doivent disparaître.


Trump n’avait jamais été leur Président. Quatre années durant, ils ont mené une guérilla intellectuelle, morale, publicitaire, juridique permanente. Ils avaient avec eux presque tous les médias, Wall Street, les universités, Hollywood, la Silicon Valley, presque tous les juges, les instituts de sondage, les GAFAM ; pourtant, ils ont failli perdre, une seconde fois. Sans la Covid-19, on les aurait vu pleurer, encore. Ils vont réécrire l’histoire ; ils le font déjà, prétendant que c’était écrit, que le Progrès devait l’emporter contre l’obscurantisme, le racisme, l’inculture, la facilité. Voyez comme ils sont contents, à New York, Paris, Berlin, Londres ; Dark Vador est tombé ; dans tout l’Empire, ils festoient, avec de la bière sans alcool. En plus, rendez-vous compte, le vice-président est une femme, et noire en plus ! C’est « historique ». Communiez, habitants du « monde libre » ! Dites merci à l’Amérique qui, une fois de plus, nous montre le chemin vers la Lumière, la Vérité. De la propagande ? Quelle propagande ? Des fraudes ? Quelles fraudes ? Si vous doutez, c’est que vous êtes de très mauvais perdants ; et si vous insistez, c’est que vous êtes des complotistes. Mais ils vont s’occuper de vous, ne vous inquiétez pas. C’est l’heure de la revanche.

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N’ayez pas peur!

En être réduit à soutenir Donald Trump… C’est le génie des progressistes : ils sont tellement insupportables que, pour les arrêter, ne serait-ce que les contenir, on en vient à espérer la victoire d’un magnat de la finance, un type dont la vulgarité ferait passer Patrick Sébastien pour la baronne Staffe. En 2016, il les avait bien eus, d’abord en remportant les primaires du Parti républicain, ensuite en battant Hillary, ses compétences, son mépris de classe, ses conférences à plusieurs centaines de milliers de dollars, et son regard de loutre sous coke. Un seul débat, disaient-ils alors, révélerait la supercherie. Les « deplorables » retourneraient jouer du banjo dans leurs caravanes miteuses du Wisconsin. Souvenez-vous de leur effroi, de leurs larmes, à l’instar de celles de notre Laurence Haïm, quand, sur la carte de l’immense Amérique, le rouge avait fini par dominer le bleu. Sur le plateau de Quotidien, ils pleuraient aussi. Ils ne voulaient pas y croire. Comme en 2005, chez nous. Comme le soir du Brexit. Ils ont compris, depuis : c’est à cause des fake news. On veut faire « peur » aux gens. Alors qu’il n’y a aucune raison, n’est-ce pas. Tout va très bien. Il faut vraiment n’avoir que trois neurones pour penser le contraire. Vous ne voyez pas ce que vous voyez, vous n’entendez pas ce que vous entendez. Arrêtez donc de croire que vous avez une culture, une nation, un pays ; reprenez-vous et venez, allez, venez participer à l’érection du gouvernement mondial, avec Soros et Greta. Avez-vous marché « pour le climat », au moins ? Non ? Vous avez eu tort, c’est tellement « sympa » ; vous auriez pu rencontrer des plumeaux qui vous auraient expliqué comment faire pousser des laitues à Paris. Le djihad ? Quel djihad ? Les Gilets jaunes ? Quels Gilets jaunes ? La violence ? Quelle violence ? On disait déjà cela au temps des « blousons noirs », vous savez. Vos « sentiments » vous trompent. Et puis Socrate, hein, il disait, lui aussi, déjà, que la jeunesse athénienne partait en sucette. Rien de nouveau, remugles de vieux cons qui ne veulent pas comprendre que le monde évolue, s’améliore malgré eux, parce que c’est acquis, hein, plus on avance, mieux c’est, même si, en cours de route, ça pique un peu. En marche, ou crève ! Trump, ce crétin de Trump, eh bien, il avait su fédérer sur son nom le vieux peuple américain, l’Amérique WASP, qui avait tout de même de bonnes raisons d’être fière d’elle, ayant fait, en moins d’un siècle, d’une ancienne colonie la première puissance mondiale, et de loin. Face aux calculs d’un Parti démocrate qui s’était livré à tous les lobbys minoritaires, diversitaires, Nike Air, Trump avait fait don de sa personne – très contestable, j’en conviens – afin de ralentir, un peu au moins, la course folle vers le rien, la catabase que les élites, toutes les élites des pays dits développés et en voie de le devenir rejoignent avec un enthousiasme digne d’un Versaillais allant faire oraison à sept heures un dimanche matin. C’était, Trump, un signe de contradiction, un baroud d’honneur face à, comme chez nous, ceux qui s’enorgueillissent de vomir sur leur propre drapeau, de dénoncer leur père, de se mettre à genoux devant ceux qui veulent les soumettre. Qu’il fut mauvais, pas à la hauteur de la fonction n’y change rien ; de toute façon, ce n’est pas tant ce qu’il était mais ce qu’il incarnait qui « posait problème » au système. 

Les médias entérinent la victoire de leur candidat

Du début à la fin, sa présidence aura été contestée par ses opposants. Pas un mois sans qu’on ne remette en cause sa légitimité. Il y eut l’affaire russe. Il y eut les interminables pleurnicheries devant le Mur. Il y eut les tripotages du juge Kavanaugh. Il y eut une tentative d’impeachment vouée à l’échec mais lancée quand même, sous la houlette de Nancy Pelosi et son sourire de prof d’université sadique. Et,  plus récemment, Amy Coney Barrett que les Démocrates trouvaient trop chrétienne pour siéger à la Cour Suprême à la place de Ruth Bader Ginsburg, la Taubira de Brooklyn, impitoyable séide de Big Mother. Ah ! et puis George Floyd, BLM : nous sommes tous les Afro-Américains, il paraît. Tout le complexe médiatico-industriel, des deux côtés de l’Atlantique, s’est échiné à pourrir cette présidence qui bridait ses rêves de grande partouze multiculturelle. L’économie américaine s’était franchement redressée ? Quelle importance ? Pour une fois, les Etats-Unis ne jouaient pas, ou en tout cas beaucoup moins, au gendarme du monde ? Et alors ? Trump devait être puni, et avec lui ses électeurs, ces ploucs qui ne voulaient pas comprendre que l’histoire, pardon, l’Histoire les condamnait à ses oubliettes. Vous avez vu comme ils étaient à nouveau inquiets, la semaine dernière ? Tous nos éditocrates californiens à passeport français ? Ploucland faisait de la résistance ! Mais, grâce à Dieu, enfin celui du vote par correspondance, le sénile Biden, qui ne sait même plus que son fils Beau est décédé, a mis fin au « cauchemar » des bien-pensants, des bien décidés, quitte à mentir et à tricher, à dégager manu militari celui par qui le scandale est arrivé. 

A lire ensuite, Jeremy Stubbs: Le trumpisme avait tout de même du bon

Les « recomptages » sont en cours, la victoire de Biden n’est en rien officielle, et pourtant tous les médias font comme si elle l’était. Les juges, tous, préféreront passer outre plutôt que de créer une instabilité. La vérité des urnes comptera moins, à leurs yeux, que celle d’une Amérique réconciliée sur le corps des « deplorables ». Soit. Que cela nous serve leçon, à nous aussi : avec les progressistes, ce n’est pas le « débat » que nous devons prôner. Eux, ils ne s’en embarrassent que lorsqu’ils sont sûrs de le gagner. Sinon, ils cognent. Jusqu’à quand accepterons-nous ce marché de dupes ?  

L'incident

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Hommage à Philippe Martel, qui nous a quittés ce jeudi 5 novembre

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Photo D.R.

Par une belle journée marseillaise ensoleillée du 6 janvier 2019 j’avais eu le plaisir de revoir Philippe Martel à une réunion de préparation aux élections européennes de 2019 ou le CNRE – Conseil de la Résistance Européenne- dont il était le secrétaire général avait décidé de présenter une liste.

L’avertissement solennel de son président, Renaud Camus, sur le devenir de l’Europe, le témoignage poignant de Patrick Jardin sur la mort de sa fille au Bataclan, faisaient peser sur cette journée une gravité qu’à son habitude Philippe rendait tout à coup plus légère par une remarque amusante, un regard subtil et distancié.

D’Alain Juppé à Marine le Pen dont il avait été successivement directeur de cabinet entre autres postes prestigieux en France et à l’étranger, ce haut fonctionnaire était le prototype de l’homme de droite attaché à la souveraineté et la liberté de la France.

Déçu par une UMP trop éloignée du gaullisme originel, il ira chercher au Front National puis au CNRE, formation créée en novembre 2017 à Colombey-les-Deux-Eglises, ce qui reste du courage et de l’intransigeance gaullienne sur le chapitre de la résistance à tout Empire et à tout envahisseur.

Aux yeux du journal Libération qui lui a consacré un article, c’était un « soldat perdu de la République ».

À mes yeux c’était un combattant, qui avait résolu de transgresser la bien-pensance – tout en restant rationnel, courtois, et drôle – parce qu’il s’était mis au service de la France, son beau souci.

L’homme qui a eu la peau de Benjamin Griveaux se confie dans un livre

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Il vous avait manqué ? Piotr Pavlenski sort un livre. © Eric Dessons/JDD/SIPA Numéro de reportage: 00984279_000005

Piotr Pavlenski est un fou furieux. Et il a un talent de fou. 


 

Il se fit connaitre il y a quelques années en se clouant les testicules sur la place Rouge, pour protester contre Poutine. On l’envoya dans un asile psychiatrique où il fut déclaré sain d’esprit. Puis il obtint l’asile politique en France. 

Son livre Théorème n’est qu’une longue suite d’imprécations. Certains écrivent : Pavlenski hurle. Chacun de ses mots est une insurrection. Et il est une insurrection à lui tout seul.

Un imprécateur possédé

Lisez-le : Pavlenski est un possédé. Dostoïevski a tout dit sur ce type d’homme. Il y a chez lui un aspect Savonarole avec son bûcher des vanités. Et voilà ce que Pavlenski jette dans son bûcher des vanités. 

“Lorsque la tête de Poutine décorera la Place Rouge, Quand Macron aura été guillotiné sur les Champs-Elysées, quand Trump sera pendu sur des lignes à haute tension et que le corps de Merkel flottera dans les eaux du Rhin, alors seulement on enterrera dans les ruines cet ordre qui est comme un nœud coulant autour de nous.”

Vu les cris de mort qui précèdent on s’étonnera quand même que Pavlenski ait vibré à l’unisson du mouvement des Gilets jaunes. Là c’est la partie un peu mièvre de son livre. Il s’arrête de crier, il minaude. Il voit une révolte là où il n’y avait qu’une convulsion poujadiste. On apprend ainsi avec lui que Maxime Nicolle, figure emblématique des Gilets jaunes, est « un grand leader du peuple » (!).

Le gilet jaune Maxime Nicolle dans une manifestation en 2019 à Paris © Yann Bohac/SIPA Numéro de reportage: 00906116_000004
Le gilet jaune Maxime Nicolle dans une manifestation en 2019 à Paris © Yann Bohac/SIPA Numéro de reportage: 00906116_000004

Porno-anarchie

Pavlenski hait l’ordre établi, le Nouvel Ordre Mondial. Il a une religion : l’anarchie. Et il la pratique sous une forme particulière : la porno-anarchie. C’est lui qui a jeté la belle Alexandra dans les bras de Benjamin Griveaux. Et c’est lui qui a balancé sur les réseaux sociaux la vidéo compromettante de l’ancien porte-parole du gouvernement. 

C’est raconté avec force détails dans Théorème. Tout comme le séjour à Fleury-Mérogis qui s’en est suivi. De cet exploit Pavlenski n’est pas peu fier. Pour lui Griveaux est un petit pion sur l’échiquier mondial du libéralisme. Et l’abattre était une bonne chose. En dehors de cette intéressante péripétie, tout dans Théorème n’est que violence, haine et rage. Un témoignage éclairant sur ce que peuvent être les passions de l’extrême gauche radicalisée. Rien que pour ça, ça vaut la peine de lire Pavlenski.

Théorème. Piotr Pavlenski. Editions Exils.

Ce n’est pas simplement qu’Emmanuel Macron méprise les corps intermédiaires, c’est qu’ils sont un obstacle à son projet

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Jean-Frédéric Poisson. Photo: D.R.

Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, président de VIA, la voie du peuple


Ah, Monsieur le président ! Comme votre vision de la démocratie était enthousiasmante en 2011, à l’époque où vous pouviez encore écrire dans la revue Esprit la chose suivante: « La décision politique ne peut plus avoir un locuteur unique. Parce que l’action est complexe et le terrain d’application multiple, elle doit se discuter, s’amender, se corriger, se décliner au niveau le plus adapté »[tooltips content= »Emmanuel Macron, Les labyrinthes du politique, Revue Esprit, 2011. »](1)[/tooltips]Où sont ces belles convictions aujourd’hui Monsieur le président ? Enterrées au nom du pragmatisme et de l’efficacité ? Et pourtant, vous aviez raison: sans ces principes, il n’y a pas de démocratie.

Car, quel est l’état de notre démocratie aujourd’hui ? Un reconfinement prétendument « aménagé » est exigé des Français. Dans ce cadre, les commerces dits « non essentiels » sont sommés de fermer boutique, quel que soit l’état sanitaire de leur région. Bel aménagement ! Et quand des maires tentent, par de vains arrêtés pris comme autant de cris de désespoir, d’autoriser les commerces de proximité de leurs villes à rester ouverts, la justice dénonce logiquement et sans délai leur irrégularité. Comme si vous aviez voulu égratigner leur crédit en les entrainant vers la seule issue qui leur restait pour apparaître encore utile aux yeux de leurs administrés et des commerçants de leur commune: poser un acte réglementairement injustifiable. Ces élus de terrain ne sont-ils pourtant pas « au niveau le plus adapté » ? Pourquoi ne pas avoir demandé aux maires de décider au cas par cas de la nécessité d’imposer ou non une fermeture à ces établissements ? Pourquoi le Premier ministre en est-il à lister ce que les Français ont le droit de considérer comme essentiel ou non pour eux, allant jusqu’à faire interdire tout achat de livres dans toute sorte de commerces sauf ceux de l’e-commerce, tout en garantissant aux libraires exsangues que l’État leur viendra financièrement en aide? Dans cette crise gravissime qui distend le peuple de ses représentants, les élus locaux sont ceux qui ont encore la confiance des Français. Pourquoi la Macronie n’en fait-elle pas de même? Pour redonner la parole au peuple, notre appareil d’État doit changer de logiciel et permettre l’avènement d’une société réellement subsidiaire.

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Aujourd’hui, même la représentation nationale est méprisée. Inquiets que la démocratie soit mise sous cloche jusqu’en février, les députés de l’opposition ont voté le 3 novembre dernier un amendement n’autorisant la prorogation de l’état d’urgence que jusqu’au 14 décembre et non jusqu’au 16 février. Il aurait alors été possible de faire un point sur la situation le moment venu et d’agir en conséquence. Pensez-vous que le vote des représentants de la Nation a été respecté par la majorité? Non! Il a fallu revoter de manière à ce que l’avis du gouvernement soit respecté. Ce qui aboutit au vote final ce samedi du projet de loi prolongeant effectivement l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 16 février 2021, l’instauration d’un régime transitoire jusqu’au 1 avril 2021, et le recours aux ordonnances.

Ce n’est pas simplement qu’Emmanuel Macron méprise les corps intermédiaires que sont les élus, les syndicats, les communes, les associations, les familles, les entreprises, mais aussi les acteurs des territoires, les forces-vives des bassins de vie… C’est qu’ils sont un obstacle à son projet : il ne doit exister entre lui et la multitude des administré-consommateurs français aucune interférence. Il est, selon lui, leur unique mandataire représentant. Mais aucune vie démocratique n’est possible ainsi. Si seulement Emmanuel Macron pouvait incarner ce qu’il promouvait en 2011 quand il écrivait : « Loin du pouvoir charismatique et de la crispation césariste de la rencontre entre un homme et son peuple, ce sont les éléments de reconstruction de la responsabilité et de l’action politique qui pourraient être utilement rebâtis. »

Malheureusement, nous y sommes maintenant habitués. Avec lui, ce sera toujours la cohabitation du tout avec son contraire, la suprématie d’un relativisme concentré dans cette formule « en même temps » qui signe le projet de déconstruction voulue de la France, de l’unité du peuple, de la crédibilité de notre nation, des libertés fondamentales des Français. En réponse à ce délabrement programmé, rien ne sera vraiment possible dans l’ordre de la restauration ou de la reconstruction sans que le lien, le pacte même de confiance soit rétabli entre gouvernants et gouvernés, par des actes forts et des réformes institutionnelles de fond. C’est le sens de mon projet pour la France[tooltips content= »Jean-Frédéric Poisson, La voix du peuple, éditions du Rocher, 2020. »](2)[/tooltips] : redonner la voix au peuple et le pouvoir aux Français.

La voix du peuple

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#SkiToo

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"Slalom" (2020), film de Slalom de Charlène Favier © Charlie Bus Production

« Slalom » de Charlène Favier est sorti le 4 novembre au cinéma. Le film traite du harcèlement sexuel au sein du ski professionnel féminin. Un film sans prise de risque et aseptisé.


Un de plus… Il n’est pas certain que, côté artistique du moins, la vague Metoo fasse beaucoup de bien au cinéma français. Déroulant avec application son protocole compassionnel, ce premier film, qui aurait fait les délices des défunts « Dossiers de l’écran », enfonce les portes désormais grandes ouvertes du harcèlement sexuel dans les milieux sportifs. Ici, le ski féminin professionnel. Portons toutefois au crédit de la jeune réalisatrice une indéniable capacité virtuose à filmer les descentes de compétition « comme si on y était ». Mais cette valeur documentaire n’est évidemment pas son propos. La jeune fille, la mère absente, le prédateur et la compagne complice à force de silence : pour filmer la métaphore alpine, on dira que chaque porte est franchie avec application. Seulement voilà, le cinéma exige un peu de hors-piste et de prise de risque.

Ici, on prend tristement la première place du podium convenable et convenu, à la pépère.

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Le trumpisme avait tout de même du bon

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Donald Trump en meeting à Omaha (Nebraska), 27 octobre 2020. © Steve Pope/Getty Images/AFP.

 


La présidence Trump a été un choc salutaire pour le monde


Vulgaire ? Certes ! Mal préparé ? Probable ! Immature ? Peut-être ! Mais tout bilan honnête du mandat de Donald Trump devrait prendre en compte les lièvres que l’homme à la mèche orange a eu l’audace de soulever, comme le jeu trouble de la Chine ou les dangers d’une immigration mal contrôlée. Sans oublier qu’il a permis aux républicains de renouer avec les couches populaires.

Dans le livre des morts égyptien, les bonnes et mauvaises actions du défunt étaient pesées par les 42 juges du tribunal d’Osiris chargés de rendre un verdict sur le sort ultime réservé à son âme. Aujourd’hui, le bilan du président Trump est jugé par le tribunal des médias, dont les arbitres sont plus nombreux et plus intraitables que les dieux de l’autre monde. Beaucoup dressent la liste des réussites et des échecs de sa présidence, en se hâtant de trouver la deuxième colonne plus longue. D’autres se scandalisent que l’on puisse envisager que Trump ait un bilan, le réduisant à un symptôme d’une pathologie de la démocratie. Tous sont d’accord sur le fait qu’il laissera une empreinte indélébile sur la vie politique aux États-Unis et même au-delà. Mais laquelle ?

Un mur prolongé de 300 kilomètres au Sud

Ceux qui le condamnent sont outrés par sa vulgarité, sa pétulance, et l’absence apparente d’un surmoi capable de restreindre ses bas instincts de mâle égoïste, de Blanc xénophobe, de richard obsédé par le fric. Pourtant, c’est précisément là que réside l’apport positif de Trump : il a osé parler ouvertement de certains sujets, à la fois gênants et brûlants, que les autres, avant lui, n’évoquaient qu’à mots couverts. C’est tout le contraire de son prédécesseur, Barack Obama, plus élégant, plus intellectuel, plus « Ivy League ». Obama était parfaitement conscient de l’importance de ces problématiques, mais adoptait une approche infiniment plus discrète, de sorte que, non seulement la plupart des Américains ne voyaient pas ce qu’il avait accompli, mais en plus ils ne savaient guère qu’il s’occupait de ces questions. Trump a promis une Grande Muraille séparant les États-Unis des nations du Sud et des hordes de migrants. Certes, il n’a prolongé les structures existantes que de quelque 300 kilomètres. Peu importe : en incitant ses supporters à scander« build the wall », il a légitimé les préoccupations d’un grand nombre de gens ordinaires. C’est ainsi qu’il a donné une légitimité et une voix à la colère des cols bleus. Ses adversaires, qui dénigrent cette exaspération populaire en la qualifiant de populiste, auraient préféré qu’elle reste refoulée, au risque de la voir un jour exploser de manière d’autant plus dévastatrice qu’elle aura été si longtemps contenue. À cet égard, même les détracteurs de Trump devraient admettre qu’il constitue un moindre mal.

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Comme le montre Alexandre Mendel dans Chez Trump, face à la mondialisation et au multiculturalisme prônés par ses prédécesseurs, le président sortant a personnifié pour beaucoup d’Américains une« inversion des valeurs » et un« retour à la patrie. » Mais ce retour à la patrie s’opère par une action à l’extérieur du pays, sur la scène mondiale. Car pour beaucoup d’Américains, la plupart de leurs problèmes quotidiens proviennent des doctrines globalistes qui ont certes apporté une croissance très importante à la planète, mais souvent aux dépens des emplois et de la dignité des ouvriers occidentaux. Quand Trump se lance ouvertement dans un bras de fer tarifaire avec la Chine, on l’accuse de déclencher une guerre commerciale. C’est refuser de voir qu’une grande partie du monde est déjà dans un état de guerre avec la Chine – à cause des visées stratégiques de cette dernière –, un état de guerre froide. Trump n’est pas la cause de cette situation, mais son révélateur. Obama avait pris la mesure du problème qu’il traitait de manière multilatérale, à travers les institutions de la mondialisation, comme l’OMC, sans voir que ces institutions étaient grippées par leur propre inertie et les manœuvres habiles des Chinois. Les zélotes de la mondialisation ont dénoncé la grossièreté des mesures prises par Trump, en ignorant ce qu’il a réussi à faire :les partenaires des États-Unis sont désormais obligés de reconnaître que les dysfonctionnements de la mondialisation sont le problème de tout le monde et ne peuvent pas être résolus par des pourparlers conduits derrière des portes closes.

Le multilatéralisme vilipendé

La liste des institutions multilatérales vilipendées par Trump, des accords qu’il a piétinés ou renégociés, ou des champs de bataille dont il a retiré ou essayé de retirer ses troupes est longue. L’unilatéralisme de Trump a choqué la planète, surtout ses alliés, mais c’est un choc salutaire. Il oblige les autres à imaginer un monde sans les États-Unis, un monde où l’ordre international et libéral n’est pas soutenu par l’Amérique, où la paix des nations n’est pas garantie par le shérif planétaire. Il nous demande de prendre nos responsabilités comme si nous étions des adolescents attardés. Notre réponse a été de ne voir en lui qu’un teenager gâté. Quand nous rions de la prétendue immaturité de Trump, nous devrions écouter le poète Horace : « Pourquoi moquez-vous ? Ne voyez-vous pas que cette histoire est la vôtre ? »

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Chez lui, Trump a permis au Parti républicain de renouveler son socle électoral, en substituant une partie des classes ouvrières à une partie des classes aisées, désormais adeptes de la mondialisation et du multiculturalisme. Enfin, si on mesure sa grandeur à l’aune de la haine qu’on inspire, Trump est un grand homme. L’hystérie anti-Trump a été encore plus forte que celle des « Tea Parties » contre Obama. Les démocrates n’ont jamais cessé de promettre sa destitution. Les médias dominants traitent tout ce qu’il dit comme un mélange de mensonges, d’erreurs et de préjugés. Les émeutes urbaines provoquées par le mouvement BLM et prolongées par les « antifas » sont autant de protestations contre Trump et ceux qui l’ont élu. Il y a une lutte, en Amérique comme en Europe, entre l’esprit populiste, longtemps refoulé, et l’esprit « woke », qui se manifeste aujourd’hui sur les barricades et dans la « cancel culture ». 

Certains affirmeront que c’est Trump qui est l’auteur de cette polarisation, mais elle était déjà là, dans les faits. 

Trump a eu, non la vulgarité, mais le courage de prendre la tête de ceux qui étaient conspués par les intellectuels, ignorés par les entreprises mondialisées et oubliés par les stratèges politiques. La voix qu’il a donnée à ceux qu’on n’écoutait pas ne sera plus réduite au silence. Certes, Trump n’a pas apporté toutes les solutions, mais il a permis de voir les problèmes. Même après lui, il sera difficile de les ignorer.

Claude Askolovitch affiche ses préférences

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Le journaliste de gauche Claude Askolovitch. Photo: Hannah Assouline

Dans sa revue de presse, le chroniqueur de la matinale de France inter ne se contente pas de placer un signe égal entre « fafs » et jihadistes. Il accable les premiers et tente de nous attendrir sur les seconds.


Toujours plein de douceur dans la voix, plein de componction un peu tristounette dans le ton, le chroniqueur de France Inter n’en glisse pas moins, mine de rien, ses éternels messages bien-pensants. Exemple ce matin, voici comment notre prêcheur matinal nous parle des djihadistes :

« Vous lirez dans la même veine, celle des compréhensions qui nous manquent dans la revue Esprit… les souvenirs de la diplomate Murielle Domenach qui, consule à Istanbul, devait récupérer les jeunes Français parfois adolescents, qui passaient par la Turquie pour aller au djihad, plein de certitudes et de mépris, mais avec parfois un doudou posé dans leur sac… »

Traduction: soyons plus compréhensifs avec les djihadistes, après tout, ce ne sont que des enfants égarés, et quand ils partaient en Syrie (peut-être pour couper quelques têtes…) ils avaient un doudou dans leur sac. N’est-ce pas attendrissant ? Ayons un peu plus de compassion pour eux.

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Tout de suite après cette larmichette, un télescopage m’a fait bondir :

« Je lis dans Slate que de jeunes nationalistes français veulent créer des communautés autonomes blanches dans nos campagnes, si ce ridicule vous écœure,  je vous invite à une consolation… »

Cette fois-ci on n’est plus du tout dans l’attendrissement ému devant nos chers petits djihadistes. Quand il s’agit de jeunes nationalistes français, plus question de se demander ce qu’ils ont dans le cœur, s’ils n’ont pas au fond de leur sac un petit signe d’humanité, quelque chose de puéril qui pourrait nous amener à les considérer, aussi, comme des enfants. Non, ces jeunes là sont tout simplement écœurants. Personnellement ce que je trouve écœurant c’est cette insidieuse façon de cracher son mépris pour les uns, après avoir montré tant de compréhension malsaine pour les autres.

Pour une réponse gaullienne aux maux de la France

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Le général de Gaulle est décédé il y a précisément 50 ans © DALMAS/SIPA Numéro de reportage: 00185703_000017.

Crise sanitaire, islamisme: au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République Emmanuel Macron les a dispatchées entre de multiples fusibles


Dans une remarquable interview parue dans le Figaro du 9 novembre — jour anniversaire de la mort de De Gaulle, qui sert de fil conducteur à l’entretien —, Henri Guaino revient sur la politique du gouvernement actuel face à l’épidémie et face au risque terroriste.

Henri Guaino D.R.

Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas l’enthousiasme qui l’étouffe. Parce qu’il a un raisonnement politique global, un raisonnement national — un raisonnement gaullien — au lieu de le diffracter en « politique sanitaire » et « politique sécuritaire » — politique politicienne en un mot. Au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République les a dispatchées entre de multiples fusibles. « La réponse gaullienne, dit Guaino, aurait consisté à ne pas diluer les responsabilités des mesures prises entre le gouvernement, le Parlement, le conseil scientifique, puis les préfets et les maires, ce qui a eu, entre autres, pour effet que chaque décideur gère avant toute chose son risque pénal plutôt que la crise sanitaire. Il aurait été plus gaullien et plus conforme à l’esprit des institutions que, pour mettre entre parenthèses toutes les libertés fondamentales, le président de la République, qui n’encourt pas de risque pénal, mette en œuvre l’article 16 de la Constitution, précisément fait pour ce genre de situation. Ainsi aurait-il porté, lui seul, la responsabilité politique des décisions. »

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Mais l’ombre de l’affaire du sang contaminé, dans les années SIDA, plane sur les décisions avortées. Macron a préféré « se cacher derrière la science pour prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec la science. » Il s’ensuit que « la dissolution du Conseil scientifique lèverait cette ambiguïté malsaine. » Car enfin, décourager le port de masques en mars, était-ce de la science ? Les imposer dans la rue, quand les contaminations se font en espaces clos, est-ce de la science ? Fermer les petits commerces et laisser les grandes surfaces ouvertes, quand la Catalogne fait exactement l’inverse, est-ce de la science ? Non — mais cela sert les intérêts de grands groupes, où sont peut-être positionnés les copains.

Cela permet aussi d’instaurer une politique de la peur. Franchissant le point Godwin avec perspicacité, Guaino remarque que la dernière fois que l’on a joué la peur contre les Français, c’était sous Vichy — alors que De Gaulle jouait la carte du courage. Mais on ne lit pas beaucoup de courage derrière tous ces visages masqués. Imaginez-vous De Gaulle, qui à la Libération de Paris a descendu les Champs-Élysées debout, sans courir, alors que des tireurs embusqués le prenaient pour cible, affublé d’un masque ?

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Il en est de même pour le terrorisme. « Ce qui serait gaullien, ce serait de prendre enfin la mesure de ce que nous devons affronter, c’est-à-dire une véritable guerre de civilisation sans merci menée contre nous ». Menée non seulement par des terroristes fanatisés, mais par « des minorités agissantes qui travaillent sans relâche à la culpabilisation de l’Occident et au communautarisme devant lesquels, par lâcheté collective, nous nous aplatissons depuis des décennies. » Oui — mais les considérations électoralistes l’ont emporté au fil des ans sur le raisonnement politique. Et nous voici prenant des mesures savantes contre un virus dont nous ne savons pas grand-chose, et n’osant pas en prendre contre un ennemi dont nous savons tout.

Une seule solution : refaire une nation. Recréer ce destin collectif qui fut de tout temps le génie de la France. En finir avec les lubies intéressées de la mondialisation. La nation n’est pas une notion dépassée, comme s’efforcent de nous le faire croire des commentateurs aux ordres de quelques banquiers intéressés à la dilution de l’entité France. 

Il faut réagir vite — sinon, dans les basques d’une épidémie dont nous constatons, en France, les dégâts, bien plus importants que chez nos voisins, et donc la nocivité de la politique sanitaire suivie, ce sera un fascisme réel qui s’instaurera, comme le nazisme s’est insinué dans les fourgons d’une république de Weimar en déliquescence. Ce n’est pas au conseil scientifique, un organisme non élu et désigné selon des critères troubles,  de résoudre un problème qui est en fait une question de civilisation. Et je ne voudrais pas que demain, le choix s’opère entre la mort par épidémie et la soumission à un ordre nouveau — la charia, par exemple.

Inquiéter, tel est le rôle du Pape?

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Le Pape François célèbre le dimanche des rameaux dans la basilique du Vatican, le 5 avril 2020.© Grzegorz Galazka/Mondadori Portf/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30211348_000022

Le Pape François multiplie les déclarations ambigües et semble vouloir s’adapter à l’époque. Il devrait au contraire faire respecter les dogmes.


 

« Inquiéter, tel est mon rôle. » Cette phrase célèbre de Gide, un esprit malicieux pourrait dire que le Pape la fait sienne. Pas un jour, en effet, sans qu’il lance une de ces phrases ambiguës dont il a le secret et qui jette le trouble. Sauf que le Pape n’est pas l’auteur des Caves du Vatican.    

 A bracchio, imprécis, les propos de ce Pape « venu du bout du monde », veulent bousculer « les poivrons verts » que nous sommes. Imagés pour les uns, d’un exotisme rafraîchissant pour les autres, provocateurs, contradictoires, ils veulent faire bouger les lignes. On se souvient de la charge contre la Curie et les cardinaux auxquels le successeur de Pierre opposait une église pauvre et spirituelle. La volonté affichée du Pape, « qui n’a pas peur des schismes », comme il le dit lui-même, est de faire bouger les lignes. De là la nécessité constante, pour son service de communication, de contextualiser ses propos, de les recentrer, de les corriger, d’en faire une exégèse, de leur donner les mille et une nuances de la catholicité, afin de les exonérer de tout soupçon d’hétérodoxie, en établissant un degré entre les propos personnels et la parole magistérielle. Et d’accuser, in fine, les brebis rebelles de mal chausser leurs lunettes, d’avoir un cœur fermé et un mauvais esprit.

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On se rappelle la réponse très jésuite du Pape : « Qui suis-je pour juger ? » La parade était là: un avion n’est pas la chaire de Pierre ; ce propos émanait non de l’évêque de Rome mais de George Bergoglio. N’empêche: cette phrase avait fait le tour du monde. On posait au Pape une question sur le mariage ? Il répondait par un refus de porter un jugement moral sur des personnes. L’amour abolissait la loi: ainsi commençait le cas par cas dans l’Église sans toucher au dogme, bien entendu.

Le soutien trouble du Pape aux unions civiles homosexuelles 

C’est la même casuistique que nous retrouvons dans les propos du Pape sur l’union civile homosexuelle rappelés récemment, et qui ont demandé une mise au point du Vatican. « Les personnes homosexuelles ont le droit de faire partie d’une famille, ils sont enfants de Dieu, ils ont le droit à une famille. Personne ne peut être expulsé d’une famille ni vivre une vie impossible pour cette raison. Ce que nous devons faire, c’est une loi de cohabitation civile, ils ont le droit à être légalement couverts. C’est ce que j’ai défendu. »

L’agence Zenit a beau dire, le 21 octobre, que le Pape ne change rien à la doctrine, son soutien ambigu aux unions civiles homosexuelles (inutile puisque cette union civile existe en fait) avec la reprise du mot « famille » (faire partie d’une famille ou créer une famille) jette un trouble, en allant à l’encontre de l’enseignement de l’Église. L’habileté jésuite se trouve également dans la remarque : les homosexuels sont enfants de Dieu. Évidemment ! Qui l’a jamais nié ? Ce que va retenir le public, c’est la miséricorde. On imagine la conséquence de cette déclaration, qui joue sur les registres—affectif et religieux—, sur les problèmes de procréation et de filiation. Des fidèles disent que ces propos auraient intérêt à être clarifiés.

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Dans son encyclique « Tutti fratelli », une phrase a suscité des interrogations : « L’Église valorise l’action de Dieu dans les autres religions. » Que signifie, dans la bouche du Pape catholique, ce relativisme religieux ? Cette Encyclique est louée par certains : n’est-elle pas sous le patronage de Charles de Foucauld ? D’autres dénoncent les points communs entre cette Encyclique et la franc-maçonnerie. Quant à la position du Pape en faveur des migrants, qui va jusqu’à demander l’augmentation de l’octroi des visas, l’ouverture de couloirs humanitaires pour les migrants et le droit pour eux d’ouvrir un compte bancaire, en débordant le champ religieux sur le politique, elle suscite, là encore, des interrogations.

Le Pape doit garder les dogmes

Si le Pape ne connaît pas la France, il va la découvrir par la fronde que suscitent, à présent, ses déclarations ambigües, au sein des fidèles. Il verra que la France, gallicane et catholique, impertinente et respectueuse, janséniste et voltairienne, demeure « la fille aînée de l’Église ». Dans un article de Valeurs Actuelles, du 29 octobre au 4 novembre, le philosophe Thibaud Collin met sur le compte du travers jésuitique du Pape actuel, dont il serait, à présent, lui-même victime « l’inconsistance des propos pontificaux qui est le plus sûr symptôme de la crise que traverse l’Église. » A la différence des deux Papes, Jean-Paul II et Benoît XVI, que le philosophe crédite « de l’art du dialogue sans rien concéder sur le fond », le Pape actuel représente, pour lui, « l’apologie de la stratégie inaugurée depuis 60 ans: donner des gages d’ouverture au monde moderne afin que celui-ci reconnaisse en l’Église une interlocutrice valable… » Quand on relit l’admirable discours des Bernardins prononcé par le Pape Benoît XVI, en 2012, tellement d’actualité, on se rend compte que la parole papale a toujours intérêt à avoir une consistance et une assise théologique catholique, pleine et entière. Tout le monde y gagnerait.

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La divination constituait, chez les Anciens, un aspect fondamental de la religion. La Pythie émettait, dans une fumée de lauriers, une parole énigmatique qui demandait une traduction heuristique. Le trône de Pierre n’est pas un trépied. Le travail d’un Pape est de garder les dogmes non de « fléchir au temps », pour reprendre cette phrase à l’ancienne. Encore moins de faire la révolution. Le Pape n’est plus tout jeune : ne serait-il pas manipulé par son entourage ? Quelle que soit la réponse, il faudrait que l’on cesse, une bonne fois, de penser, après certaines déclarations du Pape, à la parole de Chrysale dans Les Femmes Savantes de Molière, disant d’un plumitif :  « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. » Ou alors à l’Avant-Propos de Gide dans Paludes : « Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent. Car si nous savions ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela… On dit toujours plus que CELA. »