Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, président de VIA, la voie du peuple


Ah, Monsieur le président ! Comme votre vision de la démocratie était enthousiasmante en 2011, à l’époque où vous pouviez encore écrire dans la revue Esprit la chose suivante: « La décision politique ne peut plus avoir un locuteur unique. Parce que l’action est complexe et le terrain d’application multiple, elle doit se discuter, s’amender, se corriger, se décliner au niveau le plus adapté »(1)Où sont ces belles convictions aujourd’hui Monsieur le président ? Enterrées au nom du pragmatisme et de l’efficacité ? Et pourtant, vous aviez raison: sans ces principes, il n’y a pas de démocratie.

Car, quel est l’état de notre démocratie aujourd’hui ? Un reconfinement prétendument « aménagé » est exigé des Français. Dans ce cadre, les commerces dits « non essentiels » sont sommés de fermer boutique, quel que soit l’état sanitaire de leur région. Bel aménagement ! Et quand des maires tentent, par de vains arrêtés pris comme autant de cris de désespoir, d’autoriser les commerces de proximité de leurs villes à rester ouverts, la justice dénonce logiquement et sans délai leur irrégularité. Comme si vous aviez voulu égratigner leur crédit en les entrainant vers la seule issue qui leur restait pour apparaître encore utile aux yeux de leurs administrés et des commerçants de leur commune: poser un acte réglementairement injustifiable. Ces élus de terrain ne sont-ils pourtant pas « au niveau le plus adapté » ? Pourquoi ne pas avoir demandé aux maires de décider au cas par cas de la nécessité d’imposer ou non une fermeture à ces établissements ? Pourquoi le Premier ministre en est-il à lister ce que les Français ont le droit de considérer comme essentiel ou non pour eux, allant jusqu’à faire interdire tout achat de livres dans toute sorte de commerces sauf ceux de l’e-commerce, tout en garantissant aux libraires exsangues que l’État leur viendra financièrement en aide? Dans cette crise gravissime qui distend le peuple de ses représentants, les élus locaux sont ceux qui ont encore la confiance des Français. Pourquoi la Macronie n’en fait-elle pas de même? Pour redonner la parole au peuple, notre appareil d’État doit changer de logiciel et permettre l’avènement d’une société réellement subsidiaire.

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Aujourd’hui, même la représentation nationale est méprisée. Inquiets que la démocratie soit mise sous cloche jusqu’en février, les députés de l’opposition ont voté le 3 novembre dernier un amendement n’autorisant la prorogation de l’état d’urgence que jusqu’au 14 décembre et non jusqu’au 16 février. Il aurait alors été possible de faire un point sur la situation le moment venu et d’agir en conséquence. Pensez-vous que le vote des représentants de la Nation a été respecté par la majorité? Non! Il a fallu revoter de manière à ce que l’avis du gouvernement soit respecté. Ce qui aboutit au vote final ce samedi du projet de loi prolongeant effectivement l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 16 février 2021, l’instauration d’un régime transitoire jusqu’au 1 avril 2021, et le recours aux ordonnances.

Ce n’est pas simplement qu’Emmanuel Macron méprise les corps intermédiaires que sont les élus, les syndicats, les communes, les associations, les familles, les entreprises, mais aussi les acteurs des territoires, les forces-vives des bassins de vie… C’est qu’ils sont un obstacle à son projet : il ne doit exister entre lui et la multitude des administré-consommateurs français aucune interférence. Il est, selon lui, leur unique mandataire représentant. Mais aucune vie démocratique n’est possible ainsi. Si seulement Emmanuel Macron pouvait incarner ce qu’il promouvait en 2011 quand il écrivait : « Loin du pouvoir charismatique et de la crispation césariste de la rencontre entre un homme et son peuple, ce sont les éléments de reconstruction de la responsabilité et de l’action politique qui pourraient être utilement rebâtis. »

Malheureusement, nous y sommes maintenant habitués. Avec lui, ce sera toujours la cohabitation du tout avec son contraire, la suprématie d’un relativisme concentré dans cette formule « en même temps » qui signe le projet de déconstruction voulue de la France, de l’unité du peuple, de la crédibilité de notre nation, des libertés fondamentales des Français. En réponse à ce délabrement programmé, rien ne sera vraiment possible dans l’ordre de la restauration ou de la reconstruction sans que le lien, le pacte même de confiance soit rétabli entre gouvernants et gouvernés, par des actes forts et des réformes institutionnelles de fond. C’est le sens de mon projet pour la France(2) : redonner la voix au peuple et le pouvoir aux Français.

 

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