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Peur sur l’État


Si nos dirigeants nous font peur, ce n’est pas pour nous asservir, mais parce qu’eux mêmes sont terrifiés, par l’épidémie et par la menace de procès. Cependant, leur politique brouillonne et tatillonne n’a fait qu’ajouter de l’absurdité à l’insécurité. D’autant plus que l’administration, à la fois omniprésente et impotente, paraît échapper à leur contrôle. 


Le 17 novembre, après quelques semaines de diète médiatique, qui lui a été semble-t-il prescrite par l’Élysée, Jérôme Salomon fait son retour sur nos écrans. Ayant expliqué que, malgré quelques signes encourageants, la deuxième vague est massive et meurtrière, le directeur général de la Santé se lance dans une longue digression sur le caractère « stressant et anxiogène » de l’épidémie, qui se traduit, ajoute-t-il, par l’explosion des états dépressifs. Il présente le dispositif mis en place par le gouvernement : le numéro vert spécial Covid vous aiguillera, selon la gravité de votre cas, vers SOS Amitié, une cellule d’aide psychologique ou un vrai psy (si quelqu’un veut tester, 0800 130000). Puis il déroule une liste de « conseils pour prendre soin de soi », tous excellents. En plus d’être gentil avec son entourage et d’y aller mollo sur le tabac et l’alcool, le docteur Salomon nous recommande de « ne pas être connectés à l’information toute la journée ». C’est presque un aveu – ne me regardez pas trop, ça va vous casser le moral. Jérôme Salomon fait peur et pas seulement aux enfants. Normal, depuis le début, son boulot c’est d’annoncer les mauvaises nouvelles, déclinées dans le langage que ce serviteur de l’État maîtrise le mieux : courbes, chiffres et prévisions désespérantes. Quand on le voit apparaître, on se dit qu’une catastrophe va nous tomber dessus. Au final, c’est peut-être injuste car après tout, il n’est que le messager, mais il est devenu le symbole d’une politique jugée à la fois technocratique, pagailleuse et angoissante.

À lire aussi, Roland Jaccard: L’avènement de la biocratie

Bien entendu, cela ne signifie nullement que le gouvernement veut nous contrôler par la peur. Ni qu’il entend profiter de l’épidémie pour nous asservir. Nous ne croyons pas que le coronavirus soit une invention des riches pour exterminer les pauvres, comme semble le proférer dans Hold-up l’impayable Pinçon-Charlot – dont les propos, parait-il, ont été manipulés au montage. Dont acte. Ceci étant, lorsque cette prétendue sociologue avait table ouverte sur France Inter, ses diatribes anti-riches ne semblaient pas offusquer grand monde.

Se mettre à la place de celui qu’on critique

Pour autant, on ne cédera pas au chantage implicite qui voudrait renvoyer toute interrogation dans les ténèbres du complotisme. Entre le soupçon et l’approbation, il doit y avoir place pour une critique rationnelle. Alain Finkielkraut rappelle volontiers, et à raison, que pour critiquer, il faut se mettre à la place de celui qu’on critique. Convenons donc que la tâche des dirigeants est extraordinairement délicate : confrontés à un ennemi invisible et imprévisible, assaillis par des réclamations contradictoires et des intérêts divergents, ils entendent les spécialistes en rien qui tiennent le crachoir médiatique (comme votre servante) expliquer à longueur d’émissions ce qu’il aurait fallu faire. Pour eux aussi, il y a de quoi déprimer.

Il est d’autant plus hasardeux de dresser un bilan global de la gestion de l’épidémie qu’il faudrait pour cela comparer des bénéfices virtuels et des coûts futurs. On a sauvé des vies et on en a gâché d’autres, ou plus précisément, on en a prolongé certaines et écourté d’autres. Personne n’est capable de dire aujourd’hui si le solde, exprimé par exemple en mois de vie gagnés ou perdus, sera positif ou négatif. De plus, on ne saurait réduire la vie humaine à des quantités. Il faudrait donc aussi interroger la philosophie qui a présidé aux choix du gouvernement, comme l’ont déjà fait de nombreux intellectuels. À l’instar d’Olivier Rey ou de Chantal Delsol, beaucoup déplorent que l’existence soit considérée dans sa seule dimension biologique.

Un confinement sans doute inévitable 

En attendant, on ne se risquera pas, par exemple, à affirmer que le choix du confinement était une erreur. Imposé non pas par la maladie,mais par la contrainte hospitalière, il était sans doute inévitable, au moins pour faire face à la première vague qui nous a pris par surprise. Que nous n’ayons pas été mieux préparés à la deuxième est beaucoup plus inquiétant et devra être expliqué si nous ne voulons pas nous retrouver à chaque crise englués dans les mêmes empêchements.

On peut d’ores et déjà pointer le climat anxiogène engendré par la communication gouvernementale et la pagaille administrative dans laquelle les décisions politiques ont été mises en œuvre – ou pas.

Il n’y a pas eu de réunion à l’Élysée pour décider qu’il fallait effrayer le citoyen pour lui passer l’envie de baguenauder. C’est bien pire. Nos dirigeants nous ont transmis leur propre peur. S’ils nous ont assommés de chiffres terrifiants (comme les 450 000 morts potentiels dont a parlé Emmanuel Macron avant d’annoncer le deuxième confinement), c’est parce qu’ils étaient eux-mêmes terrifiés. Or, ce qu’on attend d’un chef, c’est justement qu’il n’ait pas peur, ou en tout cas qu’il dompte sa peur et soit capable de prendre des risques acceptables pour la collectivité.

Le risque pénal

Quand chacune de leurs décisions peut avoir des conséquences dramatiques, les ministres, les maires, les préfets et tous ceux qui apposent leur signature au bas des textes réglementaires ont d’excellentes raisons d’avoir peur. Surtout qu’au danger de la maladie s’ajoute le fameux risque pénal. On ne dira jamais à quel point les affects justiciers ont une influence délétère sur l’art de gouverner. Quand on peut être amené à répondre de ses choix, non pas devant les électeurs, mais devant un tribunal, on est enclin à la prudence maximale. Pour ne pas être pris en défaut, on raisonne à partir de l’hypothèse la plus pessimiste comme si elle était la plus probable.

On a donc eu l’impression qu’un vent de panique soufflait sur nos gouvernants, du sommet de l’État à la base de l’administration, entraînant une conjonction paradoxale de paralysie et d’hyperactivité. Contraints de montrer qu’ils agissaient sans relâche, les ministres ont fait turbiner la machine à produire de la norme, publié des décrets qui semblaient à peine avoir été relus et devaient être immédiatement amendés. Le tout, en communiquant sans discontinuer. Chacune des huit allocations du chef de l’État a donné lieu au même rituel bavard : une semaine ou dix jours avant, on apprend par une indiscrétion que le président va parler, ce qui lance le petit jeu des pronostics et des hypothèses. Une fois la date officiellement annoncée par l’Élysée, le moulin à rumeurs s’emballe, alimenté par les camps qui s’affrontent en coulisses, les uns jurant qu’il va serrer la vis, les autres assurant qu’au contraire, il résiste à la pression des durs. Les entourages lancent des ballons d’essai pour tester la réaction de l’opinion à telle ou telle mesure, signe que leurs patrons ne sont pas sûrs de leur coup. Du coup, alors que le chef de l’État ne sait pas encore lui-même ce qu’il va dire, les médias ont déjà exposé et commenté les différents scénarios. Ensuite, une fois l’allocution prononcée et les mesures annoncées, le folklore continue avec le service après-vente, assuré par les ministres et les conseillers. Les interprétations et récriminations entraînent de multiples ajustements, amendements et exceptions. Et très vite, on ne comprend plus rien de rien.

Le 25 novembre, Emmanuel Macron dévoile le calendrier et les modalités de sortie du confinement, qui fera donc place à un couvre-feu. Le lendemain, face à la bronca des catholiques, le gouvernement renonce à imposer une limite de 30 personnes dans les églises. Il est bon que le pouvoir entende les demandes de la société. On a tout de même du mal à comprendre que personne, parmi les grands esprits qui peuplent les cabinets ministériels et l’Élysée, ne se soit avisé plus tôt qu’il était parfaitement idiot de prévoir la même jauge pour la cathédrale de Chartres et une petite chapelle de campagne.

Supermarché Carrefour à Carcassonne, 10 novembre 2020.© Idriss Bigou-Gilles/Hans Lucas/AFP
Supermarché Carrefour à Carcassonne, 10 novembre 2020.© Idriss Bigou-Gilles/Hans Lucas/AFP

Dans ces conditions, ceux qui reprochent au gouvernement son autoritarisme et au président son exercice solitaire du pouvoir sont à côté de la plaque. Le problème ne tient pas à l’opacité dans laquelle les décisions sont prises, mais au processus erratique et aux influences multiples qui les inspirent. D’où l’impression d’improvisation, d’hésitation et parfois de chaos, qui accroît l’incertitude de tous les acteurs.

Une administration devenue un Léviathan obèse

Mais plus encore que les faiblesses de ses dirigeants, la France a découvert à la faveur de l’épidémie que sa merveilleuse administration, supposée être un modèle pour le monde entier, était devenue un Léviathan obèse, à la fois omniprésent et impotent qui se mêle de nos achats comme de nos tables de réveillon : on a pu entendre un responsable de l’APHP affirmer que, le soir de Noël, « Papy et Mamy » devraient manger la bûche dans la cuisine. Ce qui menace de nous étouffer tous, c’est cette imbécillité technocratique enrobée dans un langage infantilisant.

« Les héritiers de Franz Kafka intentent un procès en plagiat à l’administration française » : cette blague du Gorafi en dit plus long que bien des analyses savantes. En vérité, il faudrait un Flaubert ou un Courteline pour raconter comment tant de gens intelligents formés dans les meilleures écoles ont pu fabriquer en quelques mois autant d’interdits ineptes qui paraissent destinés à surveiller les citoyens autant qu’à les protéger. Il est vrai que, pour nombre de technos, qui nous voient comme de grands enfants, c’est la même chose.

Dans un entretien paru dans L’Express, Marcel Gauchet parle « d’une méfiance institutionnalisée à l’égard de la population, renforcée par le souci typiquement bureaucratique de “se couvrir”. Tout administré est un suspect qui s’ignore. » Le plus étonnant est que nous ayons accepté sans moufter de remplir d’humiliantes attestations pour aller acheter du pain ou voir notre grand-mère. Bien entendu, il n’y a aucun moyen de vérifier la véracité des motifs allégués, preuve qu’il s’agit d’une vaste mascarade. Pour échapper aux 135 euros, on ne nous demande pas d’être en règle, mais de faire gentiment semblant en remplissant des formulaires. Comme l’a joliment écrit l’hebdomadaire allemand Die Zeit dans un article qui a fait grand bruit, bienvenue en Absurdistan ! Le paroxysme du ridicule a probablement été atteint avec l’épisode des produits essentiels qui a obligé les grandes surfaces à interdire l’accès à certains rayons, comme autant de scènes de crimes. Les raisons de rire étant assez rares, on aurait aimé assister aux réunions au cours desquelles de très sérieux fonctionnaires ont tenté d’établir la liste des produits autorisés à la vente. Dans quel cerveau a germé l’idée d’interdire l’achat de vêtements d’enfants au-dessus de la taille « 3 ans » ? Nos fonctionnaires étant passés maîtres dans l’art d’ouvrir des parapluies et de diluer la décision, on ne le saura sans doute jamais. En conséquence, aucune tête ne tombera. L’impunité dont jouissent des agents qui peuvent se mêler des moindres détails de nos vies ne peut que renforcer les appétits de procès. Faute de sanction politique ou professionnelle, les citoyens n’ont à leur disposition que la menace pénale.

Perte de contrôle des politiques 

Le plus grave, c’est que cette machine infernale semble échapper largement au contrôle des politiques. Le président comme les ministres peinent à faire exécuter leurs décisions par des hauts fonctionnaires convaincus de savoir ce qui est bon pour la France.

La cause est entendue : nous les gouvernés, nous ne valons pas mieux que ceux qui nous gouvernent. Nous sommes trouillards, pleurnichards et capricieux, incapables d’héroïsme et d’abnégation. Nous exigeons en même temps la protection et la liberté, l’indépendance et la sécurité. Une bonne table au restaurant et une place garantie en réa.

À lire aussi, Maxime Tandonnet: L’État et le Covid: experts partout, politique nulle part

Reste que l’exercice du pouvoir ne va pas sans responsabilité. Les citoyens, aussi médiocres soient-ils, ont le droit de juger ceux à qui ils ont délégué l’exercice de leur souveraineté. D’accord, on ne ferait pas mieux qu’eux. Mais justement, si on les a choisis, c’est parce qu’ils sont supposés être meilleurs que nous.

Donald Trump tentera-t-il de jouer une dernière carte contre son adversaire démocrate ?

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Que Donald Trump poursuive ou non ses tentatives pour contester le résultat des élections présidentielles, les interrogations soulevées par ses équipes juridiques pourraient avoir la vie dure.


Le 3 novembre 2020, sur une machine de vote dans le comté d’Antrim de l’Etat du Michigan, 6000 votes en faveur de Trump basculent en un clin d’œil en faveur de Joe Biden. Le problème, attribué à une prétendue erreur humaine dans la gestion du système de dépouillement Dominion, est résolu par les autorités locales qui ré-allouent les 6000 votes au Président Trump. Cet incident a déclenché une polémique concernant le bon déroulement des élections. Citant d’autres incidents apparemment similaires dans d’autres états, le Président Trump accuse le système Dominion d’avoir effacé au total 2,7 millions de votes en sa faveur.

La bataille devient juridique

Les machines à voter et le logiciel électoral de Dominion sont utilisés par 28 Etats, dont la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et la Géorgie, où la plus grande vague de contestation par les supporteurs du candidat républicain a été soulevée. Les avocats de M. Trump citent des faits apparemment de nature à mettre en doute la fiabilité des systèmes de Dominion. Selon certains témoignages sous serment et un contentieux, le logiciel Dominion aurait déjà été impliqué dans des élections frauduleuses aux Philippines et en Amérique du Sud. L’Etat du Texas a refusé d’acquérir des machines à voter Dominion qui ne correspondent pas à ses normes de sécurité. En Pennsylvanie, une commission d’enquête du Sénat d’état a convoqué le président de la société Dominion qui a refusé d’y participer à la dernière minute. Dans les quatre Etats pivots, les équipes juridiques et techniques de Trump maintiennent que les autorités locales et la société Dominion leur auraient refusé tout accès au logiciel électoral.

Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.

Cependant, le 5 décembre, un juge du Michigan ordonne une expertise indépendante sur 22 tabulateurs Dominion du comté d’Antrim suite au basculement des 6000 votes du 3 novembre. Le 6 décembre, une équipe d’enquêteurs indépendants réalise un audit du système Dominion dont les résultats deviennent finalement disponibles le 14 décembre. Les conclusions de ce rapport prétendent que le basculement des 6000 votes au profit de Biden a bien été provoqué par le logiciel de Dominion et non par une erreur humaine. Il conclut également que l’intégrité du processus électoral dans l’Etat du Michigan aurait été compromise par le système Dominion qui représenterait aussi un risque en termes d’ingérence étrangère dans le scrutin. C’est également le 14 décembre que les 538 grands électeurs nommés par les 50 Etats ont, en majorité, désigné Joe Biden comme Président élu. Il est toujours possible que Donald Trump tente de contester ce résultat lors de la séance du 6 janvier 2021 devant le Congrès américain qui contrôle la régularité des votes des grands électeurs. Le Président Trump pourrait également utiliser des pouvoirs spéciaux qu’il s’est conférés dans un décret du 12 septembre 2018. Pourtant, pour réaliser un tel coup de théâtre, il faudrait que son Directeur du renseignement national, John Ratcliffe, présente prochainement un rapport contenant les preuves d’une ingérence étrangère, probablement chinoise, dans le scrutin présidentiel. Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.

Une entreprise mystérieuse ?

Bien que sa technologie soit utilisée par 28 Etats pour le scrutin présidentiel, la société Dominion Voting Systems pourrait avoir des liens avec la Chine communiste, bien que l’entreprise le nie formellement. Sa société mère, Staple Street Capital LLC, a, en octobre, perçu 400 millions de dollars de la part d’UBS Securities LLC, selon une déclaration du 8 octobre 2020 déposée auprès de l’autorité boursière américaine. Installée depuis longtemps en Chine, la banque d’investissement suisse UBS possède une filiale chinoise, UBS Securities Co. Ltd., détenue à hauteur de 75% par des banques chinoises contrôlées par le gouvernement communiste. Selon le partenaire « fact-checking » de Facebook, Lead Stories, trois des quatre administrateurs de la filiale américaine, UBS Securities LLC, selon le profil sociétaire présenté en ligne par Bloomberg, auraient été chinois. Leading Stories a précisé le 11 décembre que ces trois personnes auraient été retirées du listing de Bloomberg par la suite sans aucune forme d’annonce.

A lire aussi : Donald Trump : objectif Cour suprême

Trump essaiera-t-il d’exploiter ces éléments pour montrer une ingérence chinoise dans les élections ? Comme les médias ont utilisé des accusations d’ingérence russe en 2016 pour discréditer la victoire de Donald Trump, Joe Biden pourra bien avoir à essuyer des accusations symétriques au sujet de sa victoire en 2020. C’est ainsi que, pour beaucoup de ses électeurs, Trump restera « le vrai Président. »

Patrick Stefanini propose d’obliger les candidats à l’asile à faire leur demande hors de France

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Dans son dernier ouvrage, Immigration : ces réalités qu’on nous cache, l’ancien préfet de la Gironde et conseiller d’État, Patrick Stefanini, dresse un constat inquiétant de la gestion de l’immigration en France depuis 20 ans. 


« Le risque que l’immigration ne soit synonyme d’un échec français est désormais très grand » postule Patrick Stefanini dans son livre Immigration : ces réalités qu’on nous cache. Pourtant, « ça n’a jamais été le dossier au-dessus de la pile pour les gouvernants, mis à part sous Sarkozy entre 2007 et 2010 ! », a déploré l’ancien conseiller d’État lors d’une visioconférence (Covid oblige…) organisée le mardi 15 décembre par l’Institut Thomas More[tooltips content= »L’institut Thomas More est un club de réflexion européen et indépendant basé à Bruxelles et Paris fondé en 2004, influent dans les domaines concernant les enjeux européens. »](1)[/tooltips].

À lire aussi, Jean-Jacques Leandri: Immigration: taisez-vous et accueillez!

La mansuétude sur la période 2007-2010 est certainement due au fait que Patrick Stefanini fût secrétaire général de l’éphémère ministère de l’immigration pendant cette période. Mais son livre délivre quant à lui une analyse objective et chiffrée de l’ampleur du phénomène migratoire. Un travail difficile, car l’auteur nous informe que « la France ne tient pas de registre de population comme les pays d’Europe du Nord comme la Norvège ou le Danemark », ce qui complexifie considérablement la tâche.

Un flux migratoire à la hausse en France depuis 2000

L’immigration explose depuis les années 2000. Le nombre de titres de séjours accordés s’élève à 274 000 en 2019, contre 149 000 en 2000. Pour les demandes d’asile et le nombre de mineurs isolés, même explosion : moins de 40 000 demandes d’asile en 2000, contre plus de 140 000 en 2019, et 5 000 mineurs isolés recensés en 2014 contre 40 000 fin 2018. La France a perdu le contrôle, alors que la Suède, le Danemark, l’Italie ou l’Allemagne ont eux connu « une baisse spectaculaire des demandes d’asile (depuis la fin de la crise migratoire de 2015) », a rappelé Patrick Stefanini lors de la visioconférence.

Évolution de la demande d'asile en France.© Page 64 du livre "Immigration : ces réalités qu'on nous cache" de Patrick Stefanini
Évolution de la demande d’asile en France.© Page 64 du livre « Immigration : ces réalités qu’on nous cache » de Patrick Stefanini

Plus difficile encore à quantifier : le nombre de clandestins sur le territoire. « Traditionnellement on estime le nombre de clandestins avec le nombre de bénéficiaires de l’AME (Aide Médicale d’État), qui est passé d’un peu moins de 180 000 en 2005, à plus de 330 000 en 2019 », explique Patrick Stefanini lors de son intervention à l’institut Thomas More. Il faut de plus savoir qu’une part conséquente des clandestins ne demande pas l’AME pour ne pas être repéré par l’administration. En Seine-Saint-Denis, un rapport parlementaire déposé le 31 mai 2018, écrit par les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM), a avancé qu’il fallait multiplier par trois le nombre de bénéficiaires de l’AME pour connaître le nombre réel de clandestins présents sur le territoire. Résultat, Patrick Stefanini estime dans son livre que le nombre de clandestins en France « se situe entre 600 et 900 000 ».

De nombreux démographes nient l’ampleur du phénomène migratoire et mettent en avant le solde migratoire très faible de la France, « autour de 50 000 par an » précise Patrick Stefanini à l’institut Thomas More. Mais l’ancien directeur de campagne de Jacques Chirac en 1995 rappelle « qu’il faut distinguer le solde migratoire des immigrés avec le solde migratoire global. » En 2006 le solde migratoire des immigrés était de 164 000, contre 191 000 en 2017. Une forte progression qui montre bien que le nombre d’immigrés présents sur le territoire français augmente. Stefanini ajoute : « Compte tenu des chiffres des titres de séjours accordés depuis 2017, ce chiffre a encore progressé. »

Un plan d’action en quatre volets

Lors de la conférence , Patrick Stefani a livré son plan d’action pour freiner le phénomène. Il est divisé en quatre parties : le renforcement du contrôle des frontières de l’Union européenne, une limitation du nombre de titres de séjour délivrés chaque année en France, une réorientation complète de notre aide au développement et une politique d’intégration plus exigeante.

Pour réduire de façon importante le nombre de visas, Patrick Stefanini préconise l’instauration d’un système annuel de quotas à l’image du Canada ou de l’Australie, « pour adapter notre flux migratoire à notre marché du travail et nos capacités d’intégration ». Il a rappelé la « mutation profonde de l’immigration familiale », alors que le regroupement familial stricto sensu est devenu minoritaire. « Ce qui fait aujourd’hui l’essentiel de l’immigration familiale ce sont des Français qui épousent des étrangers et les font venir en France, nous privant de moyens de contrôle car le droit au mariage est constitutionnel. » Pour parvenir à une limitation drastique de ce phénomène, il propose d’introduire un contrôle sur le degré d’assimilation de ces candidats à la carte d’identité française, rappelant que pour le moment leur assimilation est « présumée » et leur permet d’obtenir le précieux sésame.

Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins

Réguler l’immigration légale est un sujet, faire baisser l’immigration illégale en est un autre. « Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins » rappelle l’ancien proche d’Alain Juppé, soit plus de 10% des titres de séjour accordés. Pour mettre fin à notre impuissance, au-delà de la mise en place d’un processus d’éloignement des déboutés plus efficace, Patrick Stefanini propose d’obliger les demandeurs d’asile à faire leurs demandes depuis nos consulats à l’étranger, ou à la frontière française. Pour faire appliquer ces prérogatives, l’Europe comme la France doivent contrôler les entrées sur le territoire. « Bien protéger les frontières extérieures de l’Europe est la priorité », affirme-t-il. « Environ 20% des étrangers qui pénètrent dans le territoire de l’UE ne sont pas connus par les autorités européennes (…) La seule réponse réside dans l’interconnexion des fichiers de police des États membres et dans l’utilisation des techniques d’identification numérique et biométrique », conclut-il.

Enfin, la situation de certains pays de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb, en proie à l’instabilité et à la pauvreté, fait craindre une explosion de l’immigration dans les prochaines années, qui toucherait fortement la France. En conséquence, la France devrait axer ses aides au développements vers ces pays, et les faire dépendre de leur gestion des flux des ressortissants candidats à l’exil. La France doit également remettre en cause les accords bilatéraux qui « privent le législateur d’influence sur la moitié des immigrés » et encouragent les flux, notamment ceux des pays du Maghreb. Les Algériens peuvent par exemple bénéficier de mesures dérogatoires concernant les lois sur les titres de séjour.

Seule cette remise en cause globale permettrait de sortir de l’ornière. Car l’immigration, comme bien d’autres choses, est « à consommer avec modération. »

Immigration: Ces réalités qu'on nous cache

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Molenbeek: le travail de sape du Gai savoir

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À Conflans-Saint-Honorine, un jeune islamiste a décapité un enseignant pour avoir montré une caricature du prophète Mahomet à ses élèves. À Molenbeek, les mêmes faits ont valu à un enseignant d’être écarté par l’autorité dite compétente. Aujourd’hui, alors qu’il avait introduit une demande en annulation de cette décision au Conseil d’État, il est réintégré dans ses fonctions. Tout est bien qui finit bien ? Peut-être pas.


Suite à la décapitation de Samuel Paty, ce professeur de philosophie et de citoyenneté à l’école primaire communale Aux sources du Gai Savoir, située à Molenbeek[tooltips content= »Ça ne s’invente pas… https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/nietzsche-a-molenbeek »](1)[/tooltips], avait préparé pour le 22 octobre une leçon sur la liberté d’expression. Cette leçon, destinée aux élèves de 5è et 6è années primaire – équivalents respectifs du CM2 et de la 6è françaises – a suscité bien des questions, et les élèves de 5è ont demandé à voir le dessin à l’origine du drame, que leur enseignant leur a alors montré. Mal lui en a pris.

Dès le lendemain, le directeur de l’école fait savoir à A.D., le professeur en question, qu’il est attendu le lundi 26 à l’administration communale, où la directrice du département Éducation lui signifie son écartement, qui est confirmé dès le lendemain par la bourgmestre socialiste Catherine Moureaux, en charge notamment de l’instruction publique.

Une décision excessive

Voilà donc A.D. écarté sur-le-champ de ses fonctions. Or, légalement, une telle mesure de suspension préventive ne peut être prise que si le membre du personnel s’est rendu coupable d’une « faute grave pour laquelle il y a flagrant délit ou lorsque les griefs qui lui sont reprochés revêtent un caractère de gravité tel qu’il est souhaitable, dans l’intérêt de l’enseignement, que le membre du personnel ne soit plus présent à l’école.»[tooltips content= »Décret du 6 avril 1998 portant modification du régime de la suspension préventive dans l’enseignement organisé et subventionné par la Communauté française. »](2)[/tooltips] Et elle constitue dès lors nécessairement une première étape avant sanction !

Marche blanche en hommage à Samuel Paty, Conflans-Sainte-Honorine, 20 octobre 2020. ©Samuel Boivin/NurPhoto/AFP
Marche blanche en hommage à Samuel Paty, Conflans-Sainte-Honorine, 20 octobre 2020. ©Samuel Boivin/NurPhoto/AFP

La mesure prise par l’administration communale de Molenbeek est donc non seulement excessive, mais encore contraire aux procédures légales. En effet, c’est normalement le collège communal qui aurait dû décider de l’écartement de l’enseignant, préalablement à l’engagement d’une procédure disciplinaire qui aurait justifié la suspension préventive.

La bourgmestre a justifié la mesure par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter…

C’est sur cette base que l’avocat de l’enseignant a annoncé récemment introduire une requête en annulation devant le Conseil d’État, arguant que le Collège aurait dû non seulement décider lui-même de l’écartement de l’enseignant, mais aussi, et par conséquent, refuser de ratifier, lors de sa séance du 29 octobre, une décision prise par une autorité incompétente, faute de quoi il s’approprie en quelque sorte l’illégalité de cet acte. Toujours selon l’avocat, il y a dans la mesure prise à l’encontre de A.D. une « erreur manifeste d’appréciation » et un « abus de pouvoir ».

La bourgmestre, quant à elle, a justifié la mesure prise à l’encontre de l’enseignant par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter, dès lors que c’est bien le caractère « blasphématoire » de la caricature qui a poussé des parents à protester. Le papa d’un des élèves, par ailleurs conseiller communal socialiste molenbeekois, ne s’en est pas caché dans la presse : « S’il voulait parler du prophète ou de la religion musulmane, pas de souci. Mais pas de cette façon. (…) J’estime tout simplement que cela ne sert à rien de ramener cette haine vers les enfants. Nous ne sommes pas là pour enfoncer le professeur ni qui que ce soit mais que l’on respecte notre religion. Vivons ensemble dans le respect, la dignité et la fraternité quelle que soit la religion de chacun. »

A lire aussi: Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Ce 17 décembre cependant, après avoir été auditionné par le Collège communal molenbeekois devant lequel il a reconnu une « erreur », A.D. a été réintégré dans ses fonctions. À la condition toutefois d’« un accompagnement avec la cellule pédagogique de la commune et les équipes mobiles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. ».

Les bigots et les islamistes ont gagné

Tout est donc bien qui finit bien ? Évidemment non. D’abord parce qu’il y a les inévitables séquelles psychologiques. Dans la presse, le conseiller juridique de l’enseignant témoigne de ce que ce dernier a été démoli : « Vous n’imaginez pas la violence… Cet enseignant faisait son métier avec cœur et passion, et du jour au lendemain, on lui dit qu’il ne peut plus enseigner, qu’il est écarté sur le champ ». 

Ensuite parce que c’est bien le message qui restera dans les mémoires : à Molenbeek comme à Conflans ou ailleurs, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de montrer une caricature du prophète, sous peine d’être recadré et pris en charge par une cellule pédagogique qui veillera à ce que ce genre d’« erreur » ne se reproduise pas.

Et la vraie victoire est là, dans ce travail de sape orchestré par des tenants d’un fondamentalisme religieux qui n’admet pas que l’enseignement puisse être dégagé de toute emprise confessionnelle. Travail de sape malheureusement relayé complaisamment par ces belles âmes qui, plutôt que de calmer les esprits chagrins un peu trop portés aux échauffements intempestifs, préfèrent trop souvent inviter les enseignants – ou les journalistes, ou les artistes, ou tout acteur de la société pouvant contribuer à l’émancipation des esprits – à un peu plus de modération. 

« De froisser la sensibilité religieuse des bigots tu t’abstiendras », tel est le onzième commandement de nos sociétés du vivre-ensemble.

LIBERTE? EGALITE? LAICITE!

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La Neutralite N'Est Pas Neutre Ned: Ecole,Profs,Eleves

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La Cour européenne des droits de l’Homme charia un peu

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Une énième affaire de menaces proférées sur les réseaux sociaux contre une personne ayant manqué de respect à l’islam remet sur le devant de la scène une décision de la Cour européenne des droits de l’homme redoutablement ambiguë en ce qui concerne le statut de la charia dans nos États de droit.


27 octobre 2020. Un professeur de droit formule quelques remarques acerbes sur l’islam, lors d’un cours en ligne, à propos d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) relatif à la compatibilité de la charia avec les principes démocratiques. Sortis de leur contexte, ses propos circulent sur Twitter et lui valent des menaces de mort, assortis d’une plainte de la Ligue des droits de l’Homme.

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Mais de quel arrêt traitait le cours, au juste ? La question peut sembler anecdotique. En réalité, elle ne l’est pas du tout. Il s’agit d’une décision rendue le 19 décembre 2018, « Molla Sali contre Grèce ». Passée relativement inaperçue, elle a marqué un inflexion de jurisprudence potentiellement lourde de conséquences. Depuis 2003, la CEDH considérait que la charia était incompatible avec les principes démocratiques[tooltips content= »arrêt Refah Partisi et autres c. Turquie du 13 février 2003″](1)[/tooltips].  Elle avait tranché en ce sens alors qu’elle était saisie par le parti de la Prospérité, le Refah, que la Turquie venait d’interdire. « Le projet politique à long terme du Refah visant à instaurer un régime fondé sur la charia », disait la Cour, est « en contradiction avec la conception de la société démocratique ». Fin de la discussion pour quinze ans.

Dans sa décision de 2018, la CEDH ne fait pas marche arrière, mais elle prend un virage très net[tooltips content= »arrêt Molla Sali c. Grèce, req. 20452-14. »](2)[/tooltips]. Elle devait se prononcer sur le sort de Molla Sali, une ressortissante grecque de la minorité musulmane de Thrace. Forte de quelques dizaines de milliers de membres, cette minorité applique la charia à ses affaires familiales, en vertu d’une clause particulière du traité de Lausanne de 1920. Droit musulman oblige, les femmes sont désavantagées dans les affaires de succession. Bien que musulmane, Molla Sali avait saisi la Cour européenne afin de bénéficier du droit commun grec. Déboutée par la justice de son pays, elle a eu gain de cause au niveau européen. La Grèce s’y attendait. Elle avait modifié son droit national sans attendre le verdict, afin de rendre la charia optionnelle pour ses citoyens musulmans. Autant dire que la CEDH avait un boulevard devant elle pour redire que la charia n’est pas compatible avec la démocratie.

La charia, impossible à imposer comme à interdire…

Mais elle a choisi une position beaucoup moins tranchée. « La liberté de religion n’astreint pas les États contractants à créer un cadre juridique déterminé pour accorder aux communautés religieuses un statut spécial », mais rien ne leur interdit non plus de le faire. Les croyants pourront choisir ce cadre. « Le choix en question est parfaitement libre, pourvu qu’il soit éclairé », dit la Cour, et pourvu qu’il ne soit pas contraire à un « intérêt public important ». L’égalité des sexes faisant partie de ces « intérêts publics importants », selon la jurisprudence de la CEDH, la fenêtre pour appliquer la charia dans les pays européens se réduit singulièrement, mais elle ne disparait pas ! 

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Au Royaume-Uni, il existe des « shariah courts » arbitrales compétentes en affaires familiales. Elles sont saisies seulement lorsque toutes les parties sont d’accord. Le problème, pointé par l’ONG britannique Civitas (aucun lien avec le mouvement français catholique traditionaliste éponyme), est que le volontariat est parfois ambigu. Dans les affaires de divorces, beaucoup de femmes se résignent à passer par la sharia court de guerre lasse. 

La charia et le blasphème avancent à petits pas

Question à ce stade sans réponse, l’enseignant actuellement pris à partie est-il ciblé parce qu’il a tenu des propos désobligeants sur l’islam, ou parce qu’il s’est insurgé contre la logique de la CEDH ? Il s’est écoulé plus d’un mois entre son cours et le moment où l’affaire est sortie. 

La mouvance islamiste n’a pas du tout commenté l’arrêt Molla Sali, mais il ne fait aucun doute que ses juristes surveillent attentivement les jurisprudences de la CEDH. En 2018 encore, ils ont obtenu une autre belle victoire devant elle: la Cour avait confirmé la validité de la condamnation d’une Autrichienne poursuivie pour avoir dit que Mahomet était pédophile (au motif que son épouse Aïcha avait une dizaine d’années quand son mariage avec le prophète fut consommé). [tooltips content= »Affaire E.S. c. Autriche, req. 38450/12. »](3)[/tooltips]

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En France, aucune formation politique, aucune ONG n’a jamais proposé de créer des tribunaux arbitraux islamiques compétents en matière familiale. Si la charia devait se ménager une niche juridique dans notre pays, ce serait sans doute en commençant par un domaine moins sensible. La finance, par exemple. Une filiale du Crédit du Nord, La Française, commercialise depuis 2018 un produit de placement immobilier Charia, « compatible avec les préceptes de la finance islamique ». La réalité de la demande se confirme. Selon un sondage Ifop pour le Comité Laïcité République publié en novembre 2020, 57% des musulmans de 18 à 24 ans considèrent que la charia est plus importante que la loi de la République. Dix points de plus qu’en 2016.

Nos élus et l'islam

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Covid: Non, il n’y a pas eu d’« effet Thanksgiving » !

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Plus de trois semaines après la fête américaine de Thanksgiving, un article du New York Times s’appuie sur des données téléphoniques et scientifiques pour mettre à mal « l’effet Thanksgiving » et infirme ainsi les discours des experts et politiques brandissant la menace des fêtes de Noël en France. Explications.


Le 7 décembre 2020, Valérie Pécresse affirmait sur France Inter: « Pour éviter une troisième vague, on aura besoin que tous les Franciliens aillent se faire tester massivement après les fêtes » afin d’éviter « un effet Thanksgiving ».

Autrement dit, les rassemblements publics et privés pour la fête de Thanksgiving auraient participé au rebond de l’épidémie aux États-Unis. Ne s’appuyant sur aucune source scientifique, Valérie Pécresse aurait pu s’abstenir mais à sa décharge, elle n’est pas la seule à avoir évoqué « l’effet Thanksgiving ». Le Conseil scientifique l’a également mentionné. Par ailleurs, bon nombre de médias ont suivi le fameux Conseil scientifique et ont relayé cette information douteuse.

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Or, les données scientifiques américaines ne vont pas dans le sens des autorités françaises. De manière générale, dans les États où la situation sanitaire empirait avant Thanksgiving, celle-ci a continué de s’aggraver. Et dans les États où la situation sanitaire s’améliorait avant que les Américains ne s’attablent autour de leur dinde traditionnelle, on n’a pas connu d’inversion de la tendance. Ce graphique ci-dessous est à cet égard assez parlant :

Évolution du nombre moyen de cas sur les sept derniers jours à trois dates différentes: 11 novembre ; 25 novembre ; 9 décembre. Le point du milieu correspond à la date du 25 novembre, soit un jour avant Thanksgiving. © Capture d'écran New York Times.
Évolution du nombre moyen de cas sur les sept derniers jours à trois dates différentes: 11 novembre ; 25 novembre ; 9 décembre. Le point du milieu correspond à la date du 25 novembre, soit un jour avant Thanksgiving. © Capture d’écran New York Times.

La responsabilité individuelle à l’œuvre

Il faut toutefois nuancer l’hypothèse d’un risque quasi nul de contamination pour les fêtes de fin d’année. En effet, grâce aux données de géolocalisation[tooltips content= »Ces données sont produites par Cuebiq, une société d’analyse de localisation, et reprises par le New York Times. »](1)[/tooltips], le New York Times constate que les Américains ont considérablement réduit leurs interactions durant Thanksgiving par rapport à l’année dernière (-66% au nord-est et dans la moitié ouest ; -55% dans le sud des États-Unis). Les comtés où les Américains ont eu plus d’interactions que l’année dernière ne représentaient que 0,5% de la population américaine. Les Américains ont ainsi fait preuve de civisme et d’intelligence lors de Thanksgiving. Auront-ils le même comportement lors des fêtes de fin d’année ?

Il n’est donc pas illégitime d’appeler les Français à « redoubler de vigilance » pendant les fêtes comme le fait l’exécutif en France, mais il est inexact d’affirmer que les États-Unis connaissent une nouvelle période de hausse des cas de Covid-19 à cause de Thanksgiving. Les fake news ne font qu’apporter de l’eau au moulin des complotistes…

La quarantaine éclatante

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Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient…


Les professions libérales sont tristes ce soir. Elles viennent de perdre leur meilleur représentant au cinéma. Combien de futurs dentistes, vétérinaires ou pharmaciens ont entamé d’ennuyeuses études scientifiques dans l’espoir fou et réconfortant de ressembler à Claude Brasseur, à la quarantaine venue ? Ces bons élèves n’avaient pas le souhait de faire plaisir à leurs parents et de ramener des diplômes dorés sur tranches à la maison, seulement de conduire une imposante Jeep Cherokee Chief achetée chez le concessionnaire Jean Charles, entre Alma et Trocadéro, avec comme passagères d’un jour, Brigitte Fossey, Valérie Kaprisky, Mireille Darc ou Agostina Belli. Avec un chèche ou un stéthoscope autour du cou, Brasseur était le coup de sirocco de la décennie 1975-1985. Un peu gouailleur, un peu dragueur, avec cet air tendre qui pouvait virer à la colère noire, la voix grillée par des nuits trop courtes, il incarnait le quadra triomphant, cette forme d’assurance bourgeoise à la papa, un brin décorsetée et terriblement attachante. Un après-Mai 68 qui ne se vautre pas dans le héros souillon et sentencieux. Il était à cheval entre deux mondes, celui de son père, monstre hirsute et flamboyant, commandeur cabotin, figure un peu trop lourde à porter pour un fils qui avait choisi le même métier que lui et puis cette modernité ravageuse veule et transparente que nous subissons depuis près de trente ans. Entre ces deux bornes temporelles, nous n’avons pas vécu une parenthèse enchantée, nous avons seulement goûté à une certaine liberté d’aimer, de jouir, de rouler, d’embrasser et de bambocher. Sans honte et fausse pudeur. De jouer avec les limites, parfois. De ne rien prendre au tragique tout en conservant le sens des valeurs. Ce « en même temps-là » avait une sacrée gueule, classieux aurait dit Gainsbourg. Je me rends compte que cet étroit chemin est incompréhensible pour de nouvelles générations avides de liquider le passé et de juger. 

Nous, les enfants nés dans les années 1970, en recherche d’un modèle qui a du chien et du cran, rêvions de devenir, à l’âge adulte, la copie conforme de l’acteur. Un Brasseur épanoui qui s’autorise la cavalerie et la fantaisie, les pistes du Dakar et les bars de palaces, qui aime confusément les garces et les bêcheuses, les beaux garçons et les vieilles dames. Il y a des images qui marquent durablement une jeunesse provinciale, qui restent figées dans notre mémoire d’adolescent. Je revois l’acteur dans « Signes extérieurs de richesse » en proie à un délicat contrôle fiscal mené par une Josiane Balasko sensible au romantisme animalier et accompagné d’un expert en comptabilité guignolesque interprété par un Jean-Pierre Marielle d’anthologie. Et je suis heureux. Profondément heureux d’avoir été élevé, oui éduqué, par des hommes de ce calibre-là, qui refusaient le sérieux et le plombant, qui faisaient de la comédie populaire, un art de vivre, notre identité disparue. Ils avaient ce rire taquin en partage, ce magnétisme qui s’appelle le talent et surtout cette faculté à nous nourrir l’esprit sans affèterie et pesanteur. Ils étaient nos tuteurs, tellement légers et brillants à l’écran, que jamais le sentiment d’abandon n’a été aussi fort ce soir. La disparition de Brasseur, après celle de Noiret, Rochefort, Rich, Cremer et tant d’autres, nous laisse groggy. Même si nous nous estimons incroyablement chanceux d’avoir croisé leur route. 

Nous pleurons avec Vic Beretton, une époque pas si lointaine où les hommes roulaient en Matra Rancho, portaient des polo Lacoste durant tout l’été, s’engageaient dans des relations amoureuses acrobatiques avec des filles dont ils n’avaient même pas envie et puis, à la faveur d’un déménagement, s’apercevaient qu’ils étaient amoureux de leur femme comme dans le tube de Richard Anthony. Entre nous, il suffit de revoir la bande d’« Un éléphant » ou de « Nous irons tous au paradis » pour que l’émotion nous étreigne. Nous avons aimé le tennis, les AMC Pacer et les jupes qui virevoltent grâce à eux. C’étaient nos copains, c’était notre France. Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient. J’ai de nouveau envie d’avoir quarante ans.

A-t-on encore le droit de s’interroger sur les vaccins à ARNm?

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Le gouvernement nous annonçait il y a quelques semaines qu’un consentement éclairé serait demandé à toute personne recevant un vaccin anti-Covid-19. Or pour qu’un consentement soit éclairé, il faut que l’information soit honnête et intelligible. Discuter l’innocuité et l’efficacité du vaccin anti-Covid-19 à ARN messager avant de décider de se faire vacciner ou non devrait pouvoir se faire sans susciter immédiatement une levée de boucliers dans la presse et la communauté médicale.


Quelles sont les données connues sur le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech[tooltips content= »Polack et al., 2020, The New England Journal of Medicine« ](1)[/tooltips], autorisé hier par l’Agence européenne des médicaments?

Si pour un cancer agressif le bénéfice que l’on peut retirer d’un traitement expérimental potentiellement toxique surpasse les risques associés à ce traitement, cela est plus discutable pour une maladie dont la létalité varie de 0,01 à 1,63 % suivant les régions du monde et qui ne touche qu’exceptionnellement de façon sévère les enfants et les jeunes adultes[tooltips content= »Santé Publique France, COVID-19 : point épidémiologique du 17 décembre 2020« ](2)[/tooltips]. Dans ces conditions, même quelques jours de fatigue ou de maux de tête (principaux effets secondaires rapportés par Pfizer-BioNTech), qui peuvent être sévères dans 4 à 6 % des cas, c’est-à-dire entraver les activités de la vie quotidienne, peuvent être difficiles à accepter pour une personne active en bonne santé. D’autant plus que l’argument selon lequel les gens qui ne font pas partie des personnes à risque devraient se faire vacciner pour la collectivité ne peut être pour le moment avancé. Car si l’étude de Pfizer-BioNTech suggère que le vaccin diminue le risque de faire une forme symptomatique et même une forme grave de Covid-19[tooltips content= »De plus l’étude n’a pas testé toutes les personnes à des intervalles de temps régulier pour dépister les asymptomatiques donc on ne sait pas si parmi les vaccinés et les non vaccinés il y avait des personnes COVID-19 asymptomatiques. »](3)[/tooltips], elle ne répond pas à la question de la capacité du vaccin à empêcher la transmission du virus d’une personne à l’autre. De plus, quatre effets indésirables graves ont été rapportés dans cette étude. Quatre chez plus de vingt mille participants vaccinés, ce n’est pas grand-chose ; mais comme les statistiques ne s’appliquent pas à l’individu et que par ailleurs on ne connait pas le profil des individus touchés par ces effets graves (personnes âgées ou jeunes ? avec ou sans comorbidité ?), on peut comprendre que certaines personnes n’aient pas envie de prendre le risque de compter parmi ces exceptions. De la même façon qu’une personne jeune pourrait ne pas avoir envie de prendre le risque de faire partie des exceptionnels cas de patients jeunes sans comorbidité connue qui sont décédés de la Covid-19 et opter pour la vaccination sans hésitation. Ce qui importe est que chacun puisse prendre la décision de se faire vacciner en étant honnêtement et clairement informé.  

Si certaines réticences paraissent donc justifiées, certaines craintes devraient pouvoir être surmontées avec les données désormais disponibles. 

Le vaccin anti-Covid-19 à ARNm est une belle prouesse avec des premiers résultats encourageants. Mais doit-on pour autant se prosterner devant Pfizer et sa performance sans sourciller? Doit-on interdire le doute?

Certes on ignore quels sont les effets du vaccin anti-Covid-19 à ARNm au-delà de trois mois. Les auteurs de l’étude de Pfizer-BioNtech précisent que le suivi des participants se poursuivra sur deux ans. D’autres vaccins à ARNm ont été testés chez l’homme, comme un vaccin contre la grippe aviaire testé aux États-Unis et en Allemagne entre 2016 et 2017[tooltips content= »Feldman et al., 2019, Vaccine« ](4)[/tooltips] ou ce vaccin à ARNm contre la rage étudié en Allemagne entre 2013 et 2016[tooltips content= »Alberer et al., 2017, The Lancet« ](5)[/tooltips]. Sur les 101 participants de cette dernière étude les effets secondaires les plus fréquents étaient aussi les maux de tête et la fatigue avec des formes sévères chez huit participants. Il y a eu également chez un participant qui avait reçu une forte dose une paralysie faciale qui a disparu sans laisser de séquelle, comme rapporté avec le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech[tooltips content= »Selon la FDA, la fréquence observée de la paralysie de Bell signalée dans le vaccin Pfizer-BioNTech est cohérent avec le taux attendu dans la population générale, et il n’existe pas d’argument pour conclure sur un lien de causalité pour le moment… mais la FDA recommande la surveillance des cas de paralysie de Bell avec le déploiement du vaccin »](6)[/tooltips]. Ce qui inquiète avec les vaccins à ARNm est le risque d’auto-immunité, c’est-à-dire que notre organisme se mette à produire des anticorps dirigés contre nos propres constituants, notamment nos molécules d’ARN. Or cette étude avec un suivi prolongé n’a pas retrouvé d’augmentation des auto-anticorps chez les personnes vaccinées.  

Qu’en est-il de l’effet des anticorps facilitants (ADE en anglais) ? Il n’est ni prouvé pour le moment que ce phénomène existe dans la Covid-19 ni que le vaccin anti-Covid-19 à ARNm puisse faciliter ce phénomène[tooltips content= »Lee et al., 2020, Nature microbiology »](7)[/tooltips]. De quoi s’agit-il ? Pour lutter contre les microbes notre système immunitaire produit des anticorps qui vont en se fixant à sa surface empêcher le microbe d’agir. Il arrive dans de rares cas que ces anticorps soient incapables de neutraliser le virus (par ex. lorsqu’ils ciblent une partie du virus qui ne l’empêche pas de fonctionner) et pire qu’ils aident alors le virus à proliférer : ce sont des anticorps facilitants. Ces anticorps facilitants sont surtout observés avec les vaccins utilisant des virus entiers ou lorsque les anticorps sont faiblement produits. Comme ces vaccins à virus entier présentent à notre système immunitaire un panel large de protéines virales donc de cibles potentielles, il y a plus de risque que notre système immunitaire produise des anticorps inefficaces et donc potentiellement facilitants. Or l’ARNm du vaccin de Pfizer-BioNTech induit dans notre organisme la production d’une seule protéine virale (la protéine spike du SARS-COV-2). Donc dans ce cas une seule cible est pertinente puisque les anticorps qui se fixent sur cette protéine spike empêchent le virus SARS-CoV-2 de pénétrer nos cellules donc de proliférer. De plus les taux d’anticorps induits par le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech seraient supérieurs à ceux produits lors d’une infection naturelle[tooltips content= » Walsh et al., 2020, The New England Journal of Medicine »](8)[/tooltips].

Quant à la possibilité d’une intégration de l’ARN du vaccin dans notre génome, ce phénomène est en théorie improbable car il faudrait qu’il y ait dans nos cellules une enzyme (transcriptase inverse) que nous ne possédons pas − et que les coronavirus ne possèdent pas non plus contrairement à d’autres virus − pour transformer l’ARN en ADN pour qu’il puisse ensuite intégrer notre génome.

Covid 19. Fusion Medical Animation / Unsplash
Covid-19. Fusion Medical Animation / Unsplash

Enfin, on ignore la durée de l’efficacité du vaccin et s’il résistera à des mutations du virus. L’avantage des vaccins à ARNm réside dans la possibilité de fabriquer rapidement une nouvelle version pour répondre à une mutation qui compromettrait l’efficacité du vaccin. De plus, le fait que certains cas de réinfection à la Covid-19 aient été associés à des taux d’anticorps anti-SARS-CoV-2 faibles et le fait que les taux d’anticorps produits lors de la vaccination avec le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech seraient supérieurs à ceux induits par une infection naturelle, laisse penser que ce vaccin à ARNm pourrait éviter les réinfections. 

Se faire vacciner ou ne pas se faire vacciner, telle est la question interdite

L’histoire médicale est émaillée d’exemples où les effets indésirables graves d’un traitement qui n’avaient pu être mis en évidence lors des premières études cliniques ne sont apparus qu’au fil de l’utilisation dans « la vie réelle » de ce traitement. Si un médecin ne devrait pas se faire le relais de théories douteuses et infondées scientifiquement, il est en droit de faire part de ses doutes lorsqu’il ne sait pas. 

Certes le vaccin anti-Covid-19 à ARNm est une belle prouesse avec des premiers résultats encourageants. Mais doit-on pour autant se prosterner devant Pfizer et sa performance sans sourciller ? Doit-on interdire le doute, sur lequel se fonde la vie intellectuelle et le débat ? C’est bien connu (et confirmé par plusieurs études), la France est le « pays anti-vaccin » par excellence. Mais le problème touche d’autres pays, notamment là où il existe une défiance envers les dirigeants et où la population s’informe largement sur internet.  Et dans les pays dits développés, le vaccino-scepticisme toucherait préférentiellement les personnes ayant fait des études supérieures. Dans un monde où la connaissance est à portée de clic, les profanes sont devenus ces généralistes qui ne savent presque rien sur presque tout et les experts des spécialistes qui savent presque tout sur presque rien. Dans ce cadre, difficile pour les patients sceptiques plus ou moins bien informés de se laisser convaincre par des médecins parfois dépassés par l’évolution exponentielle des connaissances qui accélère l’obsolescence de leur savoir.

Hidalgo: la mandature de tous les dangers

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Paris navigue à vue. Alors que sa coque est percée de toutes parts, son capitaine regarde ailleurs. Anne Hidalgo a les yeux ancrés sur une rive plus lointaine, celle des élections présidentielles. Et pour rejoindre l’autre rive, elle tente de garder à bord de son équipage de fortune ses alliés écologistes, quitte à plonger Paris dans l’abîme.


Des dépenses qui explosent 

Le naufrage prévisible est d’abord économique. En cette période de crise sanitaire, les déflagrations se ressentent particulièrement en raison de la forte dépendance de la capitale au tourisme, qu’il soit de loisirs ou d’affaires. Le plan de soutien pour l’économie parisienne lancé par la municipalité n’est pas à la hauteur des enjeux. Depuis plusieurs années, la mairie de Paris est dans l’incapacité à dégager des marges financières et à maitriser ses dépenses. En effet, depuis 2013, nous subissons une augmentation considérable des dépenses, celles de fonctionnement ont augmenté de 12%, tandis que celles de personnel connaissent une hausse de 18%. Résultat ? Avant même la crise du Covid-19, notre dette se situait à près de 64% par rapport à 2013. Aujourd’hui, il semble se diriger vers une hausse de 93% d’ici fin 2021!

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Mais comme si cela ne suffisait pas, les écologistes ont utilisé le prétexte de la crise sanitaire pour accélérer les mesures radicales contre les mobilités (hors vélos), sans concertation, apportant un coup fatal aux commerces qui avaient miraculeusement résisté aux grèves, manifestations massives et confinements. Toujours prisonnier des écologistes, l’exécutif parisien se trouve dans une impasse face à la question du déploiement de la 5G. Il jongle avec un moratoire qui ne porte pas son nom et entraine la capitale dans un retard sur le déploiement de cette technologie qui recèle pourtant un fort potentiel de développement pour les acteurs de l’économie parisienne.

Une myriade d’accommodements concédés par Anne Hidalgo

Le naufrage est également moral. Cela prend la forme d’une noyade des valeurs de la République où les alliances d’Anne Hidalgo méritent une clarification. Les déclarations de la Maire de Paris affirmant que « les écologistes d’EELV ont un problème de rapport à la République » lui imposent de faire un choix de cohérence concernant le maintien de ces mêmes élus au sein de son exécutif municipal. Tous les messages de la majorité sont actuellement brouillés, comme lors de l’intervention indécente des Verts lors du débat sur l’instauration d’un lieu dédié à la mémoire de Samuel Paty, ou contradictoires voir agressifs lorsque sont évoqués les forces de l’ordre, le préfet de Police ou le ministre de l’Intérieur.

D’autres accommodements concédés par Anne Hidalgo ont d’ailleurs des conséquences lourdes en termes de sécurité et de liberté. Pour satisfaire l’idéologie de ses alliés, la Ville refuse l’armement de la future police municipale au péril de la vie des futurs agents. Ces derniers revêtiront l’uniforme… sans les armes létales. Ils risquent ainsi de devenir des cibles potentielles ne pouvant assurer ni la protection des Parisiens, ni la leur, face à des individus toujours plus violents et armés ! L’exemple de la neutralisation d’un terroriste à Nice par la police municipale est pourtant probant.

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Enfin, Anne Hidalgo laisse les écologistes installer insidieusement une idéologie autoritaire et punitive. Elle accède aux demandes de contrôles de lieux culturels et de budget « genré » par la modulation des subventions fondées sur les nombres d’artistes ou œuvres féministes, et ce au mépris de la liberté de création et de diffusion. On ne peut que déplorer une vision aussi sectaire sans discernement, et surtout sans œuvrer concrètement à la reconnaissance du talent des femmes.

Les Verts ou l’écologie dévoyée

Si seulement les écologistes défendaient la cause dont ils ont si habilement su usurper le nom, c’est-à-dire l’écologie. Mais c’est loin d’être le cas ! Le 12e arrondissement, territoire sacrifié aux Verts en dépit du choix des électeurs, est illustratif des effets du pacte entre Paris en Commun et les écologistes. Au-delà de la question du respect du choix démocratique des électeurs, ce sont les renoncements de la part des protagonistes qui interrogent. Ainsi, au fil des premiers conseils municipaux, les écologistes entérinent les projets de densification du portefeuille du 1er adjoint à la Maire de Paris, en charge de l’Urbanisme, lesquels vont pourtant à l’encontre de l’urgence climatique et de leurs promesses de campagne. En contrepartie, la maire du 12e Emmanuelle Pierre-Marie semble avoir les mains libres pour distiller une idéologie de déconstruction de notre société et de notre culture à l’instar de la création des cours de récréation dites « Oasis » dans les écoles. L’urgence étant d’empêcher les petits garçons de jouer au foot car ils prendraient trop de place pour le faire ! Quelle tristesse si le féminisme s’exprime de la sorte aujourd’hui !

Pour résumer, cette alliance produit ce qu’il y a de plus caricatural alors que dans le même temps sont éludés les vrais problèmes des Parisiens, toujours plus nombreux à quitter la capitale au rythme de 12 000 par an. Les véritables enjeux écologiques autour de projets innovants et de solutions technologiques alliant croissance économique et défense de l’environnement sont ignorés. Un proverbe chinois dit que « la mer la plus profonde a un fond, la montagne la plus haute a une cime ». À Paris, au sixième mois du nouveau mandat d’Hidalgo, nous craignons un abysse colossal.

Les leçons de vie de Gims

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Gims, le rappeur congolais ancien membre du groupe Sexion d’Assaut, a donné une interview à Paris Match. Le chanteur y parle notamment d’esclavage, de racisme, et donne sa vision de la France d’aujourd’hui. Morceaux choisis…


Gandhi Djuna ne veut plus qu’on l’appelle « Maître », et préfère désormais qu’on le nomme simplement Gims : « A la base, je me suis appelé comme ça par rapport aux mangas, aux arts martiaux. J’aimais bien. C’était un délire de gamin, un petit peu », expliquait-il dans l’émission C à vous le 4 février 2019. Le rappeur, né au Congo, est à l’heure de la maturité. Alors qu’il enchaîne les interviews pour la promotion de son quatrième album « Le Fléau », celui qui n’est plus un “gamin” se permet de donner son avis sur les questions raciales, qui n’ont cessé d’agiter l’Occident ces derniers mois.

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Heureuse surprise : contrairement à nombre de ses collègues du show-biz, Gims ne tombe pas complètement dans le discours victimaire. À la une de Paris Match le 17 décembre, le chanteur a livré son ressenti sur le racisme, le mouvement Black Lives Matter et l’état de la société française, qui l’a recueilli, après sa fuite du Zaïre où sa famille était menacée de mort. Il assure ne pas éprouver de ressentiment contre une partie de la population: « J’ai rencontré des gens incroyables en France, je ne suis pas dans cette haine de Noir, de Blanc. » Avant de gravement transgresser la doxa antiraciste. D’abord en révélant croire « totalement » à l’ascenseur social promis par la France, puis en expliquant ne pas vouloir prendre part au mouvement Black Lives Matter, dont l’idéologie le froisse: « Le fait de devoir proclamer que la vie d’un Noir compte est une dinguerie absolue. On complique les choses. » Il ajoute même:  « On sait que l’esclavage a été pointé du doigt. Il n’est pas le fait de tous les Blancs. Les Noirs aussi ont fait des choses horribles. »

Une de Paris Match du 17 décembre 2020.© D.R
Une de Paris Match du 17 décembre 2020.© D.R

Colère chez les progressistes

Le rappeur a ainsi provoqué l’ire des obsédés de la race venue de la gauche progressiste sur Twitter. Dan Hastings, journaliste franco-britannique pour le HuffPost UK et British Vogue s’indigne sur le contenu de l’interview de Gims : « Rien ne va dans cette interview », « Un joli discours de droite en somme ».

Même son de cloche pour Charlotte Recoquillon, docteure en géopolitique à Paris VIII spécialisée sur les violences policières, le racisme et le mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis : « On avait bien besoin de terminer 2020 avec Gims qui récupère des symboles du #blackpower pour ensuite expliquer que #BlackLivesMatter est un slogan qui amoindrit les Noirs, et que c’est pcq c’est inadmissible que ça existe qu’il ne manifeste pas. Cette itw est une dinguerie !! »

D’autres sont plus violents encore sur le réseau américain : « Si vous aimez votre couleur de peau vous ne pouvez pas cautionnez (sic) ce que dit ce gims de mes deux! Blacklisted moi cet inculte! Honte à la personne qui a élevé ce tordu! », écrit l’un d’eux.

Rien de bien transgressif pourtant dans le discours de Gims. Ce n’est pas Patrice Quarteron ou Candace Owen non plus ! D’autant qu’il confirme que le racisme contre les noirs serait plus fort aujourd’hui que lors des dernières décennies : « Aujourd’hui en 2020, j’en souffre plus (du racisme) que dans les années 90 ou qu’au début des années 2000. Ce qui s’est passé avec George Floyd, avec cet Américain qui a pris sept balles dans le dos, avec cet entraîneur lors du match PSG-Istanbul, sans parler de Michel Zecler [producteur lynché par des policiers en novembre à Paris, ndlr]… » Il poursuit : « Ce rejet de l’homme noir est probablement lié à plein de choses: tous ces films qu’on a pu voir sur l’esclavage, ces séries, ce qu’on a appris à l’école sur le sujet… » Gims ne va pas rejoindre la fachosphère de sitôt.

Maitre Gims n’a pas toujours eu ce discours mesuré

Les opinions livrées par Gims dans Paris Match cette semaine demeurent moins victimaires que celles qu’il livrait au temps ou il rappait dans le groupe Sexion d’Assaut. En 2012 il dénonçait la spoliation du continent africain dans le titre « Africain » : « Ils nous ont divisés pour mieux nous dominer. Ils nous ont séparés de nos frères les Antillais Africains ». Pire, en 2010, son compère Black M fustigeait la France comme un « pays de kouffars (infidèles) » dans le titre « Désolé » : « J’me sens coupable, quand j’vois ce que vous a fait c’pays de koufars ». Un documentaire Netflix qui lui est consacré a révélé que Maître Gims a même été sous l’influence de l’islamisme: en 2005 il a rejoint le mouvement fondamentaliste des Frères du Tabligh, avant d’en sortir et de dénoncer une secte. Il affirme désormais avoir trouvé une forme de paix intérieure grâce à l’islam. Gims a appris des erreurs de Maître Gims et vient désormais nous livrer la bonne parole. Réjouissons-nous que son discours ne prenne pas la direction voulue par Rokhaya Diallo, Lilian Thuram et consorts.

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Pour remplir le Zénith ou le Stade de France, il s’agit aussi de ne pas froisser son public, qui n’est probablement pas le même que celui du temps de Sexion d’Assaut.

Peur sur l’État

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Déplacement d'Emmanuel Macron au centre hospitalier René-Dubos de Pontoise (Val-d'Oise), 23 octobre 2020 © Ludovic Marin/Pool/AFP

Si nos dirigeants nous font peur, ce n’est pas pour nous asservir, mais parce qu’eux mêmes sont terrifiés, par l’épidémie et par la menace de procès. Cependant, leur politique brouillonne et tatillonne n’a fait qu’ajouter de l’absurdité à l’insécurité. D’autant plus que l’administration, à la fois omniprésente et impotente, paraît échapper à leur contrôle. 


Le 17 novembre, après quelques semaines de diète médiatique, qui lui a été semble-t-il prescrite par l’Élysée, Jérôme Salomon fait son retour sur nos écrans. Ayant expliqué que, malgré quelques signes encourageants, la deuxième vague est massive et meurtrière, le directeur général de la Santé se lance dans une longue digression sur le caractère « stressant et anxiogène » de l’épidémie, qui se traduit, ajoute-t-il, par l’explosion des états dépressifs. Il présente le dispositif mis en place par le gouvernement : le numéro vert spécial Covid vous aiguillera, selon la gravité de votre cas, vers SOS Amitié, une cellule d’aide psychologique ou un vrai psy (si quelqu’un veut tester, 0800 130000). Puis il déroule une liste de « conseils pour prendre soin de soi », tous excellents. En plus d’être gentil avec son entourage et d’y aller mollo sur le tabac et l’alcool, le docteur Salomon nous recommande de « ne pas être connectés à l’information toute la journée ». C’est presque un aveu – ne me regardez pas trop, ça va vous casser le moral. Jérôme Salomon fait peur et pas seulement aux enfants. Normal, depuis le début, son boulot c’est d’annoncer les mauvaises nouvelles, déclinées dans le langage que ce serviteur de l’État maîtrise le mieux : courbes, chiffres et prévisions désespérantes. Quand on le voit apparaître, on se dit qu’une catastrophe va nous tomber dessus. Au final, c’est peut-être injuste car après tout, il n’est que le messager, mais il est devenu le symbole d’une politique jugée à la fois technocratique, pagailleuse et angoissante.

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Bien entendu, cela ne signifie nullement que le gouvernement veut nous contrôler par la peur. Ni qu’il entend profiter de l’épidémie pour nous asservir. Nous ne croyons pas que le coronavirus soit une invention des riches pour exterminer les pauvres, comme semble le proférer dans Hold-up l’impayable Pinçon-Charlot – dont les propos, parait-il, ont été manipulés au montage. Dont acte. Ceci étant, lorsque cette prétendue sociologue avait table ouverte sur France Inter, ses diatribes anti-riches ne semblaient pas offusquer grand monde.

Se mettre à la place de celui qu’on critique

Pour autant, on ne cédera pas au chantage implicite qui voudrait renvoyer toute interrogation dans les ténèbres du complotisme. Entre le soupçon et l’approbation, il doit y avoir place pour une critique rationnelle. Alain Finkielkraut rappelle volontiers, et à raison, que pour critiquer, il faut se mettre à la place de celui qu’on critique. Convenons donc que la tâche des dirigeants est extraordinairement délicate : confrontés à un ennemi invisible et imprévisible, assaillis par des réclamations contradictoires et des intérêts divergents, ils entendent les spécialistes en rien qui tiennent le crachoir médiatique (comme votre servante) expliquer à longueur d’émissions ce qu’il aurait fallu faire. Pour eux aussi, il y a de quoi déprimer.

Il est d’autant plus hasardeux de dresser un bilan global de la gestion de l’épidémie qu’il faudrait pour cela comparer des bénéfices virtuels et des coûts futurs. On a sauvé des vies et on en a gâché d’autres, ou plus précisément, on en a prolongé certaines et écourté d’autres. Personne n’est capable de dire aujourd’hui si le solde, exprimé par exemple en mois de vie gagnés ou perdus, sera positif ou négatif. De plus, on ne saurait réduire la vie humaine à des quantités. Il faudrait donc aussi interroger la philosophie qui a présidé aux choix du gouvernement, comme l’ont déjà fait de nombreux intellectuels. À l’instar d’Olivier Rey ou de Chantal Delsol, beaucoup déplorent que l’existence soit considérée dans sa seule dimension biologique.

Un confinement sans doute inévitable 

En attendant, on ne se risquera pas, par exemple, à affirmer que le choix du confinement était une erreur. Imposé non pas par la maladie,mais par la contrainte hospitalière, il était sans doute inévitable, au moins pour faire face à la première vague qui nous a pris par surprise. Que nous n’ayons pas été mieux préparés à la deuxième est beaucoup plus inquiétant et devra être expliqué si nous ne voulons pas nous retrouver à chaque crise englués dans les mêmes empêchements.

On peut d’ores et déjà pointer le climat anxiogène engendré par la communication gouvernementale et la pagaille administrative dans laquelle les décisions politiques ont été mises en œuvre – ou pas.

Il n’y a pas eu de réunion à l’Élysée pour décider qu’il fallait effrayer le citoyen pour lui passer l’envie de baguenauder. C’est bien pire. Nos dirigeants nous ont transmis leur propre peur. S’ils nous ont assommés de chiffres terrifiants (comme les 450 000 morts potentiels dont a parlé Emmanuel Macron avant d’annoncer le deuxième confinement), c’est parce qu’ils étaient eux-mêmes terrifiés. Or, ce qu’on attend d’un chef, c’est justement qu’il n’ait pas peur, ou en tout cas qu’il dompte sa peur et soit capable de prendre des risques acceptables pour la collectivité.

Le risque pénal

Quand chacune de leurs décisions peut avoir des conséquences dramatiques, les ministres, les maires, les préfets et tous ceux qui apposent leur signature au bas des textes réglementaires ont d’excellentes raisons d’avoir peur. Surtout qu’au danger de la maladie s’ajoute le fameux risque pénal. On ne dira jamais à quel point les affects justiciers ont une influence délétère sur l’art de gouverner. Quand on peut être amené à répondre de ses choix, non pas devant les électeurs, mais devant un tribunal, on est enclin à la prudence maximale. Pour ne pas être pris en défaut, on raisonne à partir de l’hypothèse la plus pessimiste comme si elle était la plus probable.

On a donc eu l’impression qu’un vent de panique soufflait sur nos gouvernants, du sommet de l’État à la base de l’administration, entraînant une conjonction paradoxale de paralysie et d’hyperactivité. Contraints de montrer qu’ils agissaient sans relâche, les ministres ont fait turbiner la machine à produire de la norme, publié des décrets qui semblaient à peine avoir été relus et devaient être immédiatement amendés. Le tout, en communiquant sans discontinuer. Chacune des huit allocations du chef de l’État a donné lieu au même rituel bavard : une semaine ou dix jours avant, on apprend par une indiscrétion que le président va parler, ce qui lance le petit jeu des pronostics et des hypothèses. Une fois la date officiellement annoncée par l’Élysée, le moulin à rumeurs s’emballe, alimenté par les camps qui s’affrontent en coulisses, les uns jurant qu’il va serrer la vis, les autres assurant qu’au contraire, il résiste à la pression des durs. Les entourages lancent des ballons d’essai pour tester la réaction de l’opinion à telle ou telle mesure, signe que leurs patrons ne sont pas sûrs de leur coup. Du coup, alors que le chef de l’État ne sait pas encore lui-même ce qu’il va dire, les médias ont déjà exposé et commenté les différents scénarios. Ensuite, une fois l’allocution prononcée et les mesures annoncées, le folklore continue avec le service après-vente, assuré par les ministres et les conseillers. Les interprétations et récriminations entraînent de multiples ajustements, amendements et exceptions. Et très vite, on ne comprend plus rien de rien.

Le 25 novembre, Emmanuel Macron dévoile le calendrier et les modalités de sortie du confinement, qui fera donc place à un couvre-feu. Le lendemain, face à la bronca des catholiques, le gouvernement renonce à imposer une limite de 30 personnes dans les églises. Il est bon que le pouvoir entende les demandes de la société. On a tout de même du mal à comprendre que personne, parmi les grands esprits qui peuplent les cabinets ministériels et l’Élysée, ne se soit avisé plus tôt qu’il était parfaitement idiot de prévoir la même jauge pour la cathédrale de Chartres et une petite chapelle de campagne.

Supermarché Carrefour à Carcassonne, 10 novembre 2020.© Idriss Bigou-Gilles/Hans Lucas/AFP
Supermarché Carrefour à Carcassonne, 10 novembre 2020.© Idriss Bigou-Gilles/Hans Lucas/AFP

Dans ces conditions, ceux qui reprochent au gouvernement son autoritarisme et au président son exercice solitaire du pouvoir sont à côté de la plaque. Le problème ne tient pas à l’opacité dans laquelle les décisions sont prises, mais au processus erratique et aux influences multiples qui les inspirent. D’où l’impression d’improvisation, d’hésitation et parfois de chaos, qui accroît l’incertitude de tous les acteurs.

Une administration devenue un Léviathan obèse

Mais plus encore que les faiblesses de ses dirigeants, la France a découvert à la faveur de l’épidémie que sa merveilleuse administration, supposée être un modèle pour le monde entier, était devenue un Léviathan obèse, à la fois omniprésent et impotent qui se mêle de nos achats comme de nos tables de réveillon : on a pu entendre un responsable de l’APHP affirmer que, le soir de Noël, « Papy et Mamy » devraient manger la bûche dans la cuisine. Ce qui menace de nous étouffer tous, c’est cette imbécillité technocratique enrobée dans un langage infantilisant.

« Les héritiers de Franz Kafka intentent un procès en plagiat à l’administration française » : cette blague du Gorafi en dit plus long que bien des analyses savantes. En vérité, il faudrait un Flaubert ou un Courteline pour raconter comment tant de gens intelligents formés dans les meilleures écoles ont pu fabriquer en quelques mois autant d’interdits ineptes qui paraissent destinés à surveiller les citoyens autant qu’à les protéger. Il est vrai que, pour nombre de technos, qui nous voient comme de grands enfants, c’est la même chose.

Dans un entretien paru dans L’Express, Marcel Gauchet parle « d’une méfiance institutionnalisée à l’égard de la population, renforcée par le souci typiquement bureaucratique de “se couvrir”. Tout administré est un suspect qui s’ignore. » Le plus étonnant est que nous ayons accepté sans moufter de remplir d’humiliantes attestations pour aller acheter du pain ou voir notre grand-mère. Bien entendu, il n’y a aucun moyen de vérifier la véracité des motifs allégués, preuve qu’il s’agit d’une vaste mascarade. Pour échapper aux 135 euros, on ne nous demande pas d’être en règle, mais de faire gentiment semblant en remplissant des formulaires. Comme l’a joliment écrit l’hebdomadaire allemand Die Zeit dans un article qui a fait grand bruit, bienvenue en Absurdistan ! Le paroxysme du ridicule a probablement été atteint avec l’épisode des produits essentiels qui a obligé les grandes surfaces à interdire l’accès à certains rayons, comme autant de scènes de crimes. Les raisons de rire étant assez rares, on aurait aimé assister aux réunions au cours desquelles de très sérieux fonctionnaires ont tenté d’établir la liste des produits autorisés à la vente. Dans quel cerveau a germé l’idée d’interdire l’achat de vêtements d’enfants au-dessus de la taille « 3 ans » ? Nos fonctionnaires étant passés maîtres dans l’art d’ouvrir des parapluies et de diluer la décision, on ne le saura sans doute jamais. En conséquence, aucune tête ne tombera. L’impunité dont jouissent des agents qui peuvent se mêler des moindres détails de nos vies ne peut que renforcer les appétits de procès. Faute de sanction politique ou professionnelle, les citoyens n’ont à leur disposition que la menace pénale.

Perte de contrôle des politiques 

Le plus grave, c’est que cette machine infernale semble échapper largement au contrôle des politiques. Le président comme les ministres peinent à faire exécuter leurs décisions par des hauts fonctionnaires convaincus de savoir ce qui est bon pour la France.

La cause est entendue : nous les gouvernés, nous ne valons pas mieux que ceux qui nous gouvernent. Nous sommes trouillards, pleurnichards et capricieux, incapables d’héroïsme et d’abnégation. Nous exigeons en même temps la protection et la liberté, l’indépendance et la sécurité. Une bonne table au restaurant et une place garantie en réa.

À lire aussi, Maxime Tandonnet: L’État et le Covid: experts partout, politique nulle part

Reste que l’exercice du pouvoir ne va pas sans responsabilité. Les citoyens, aussi médiocres soient-ils, ont le droit de juger ceux à qui ils ont délégué l’exercice de leur souveraineté. D’accord, on ne ferait pas mieux qu’eux. Mais justement, si on les a choisis, c’est parce qu’ils sont supposés être meilleurs que nous.

Donald Trump tentera-t-il de jouer une dernière carte contre son adversaire démocrate ?

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Un supporter de Donald Trump tient un portrait de Joe Biden ressemblant fortement à celui de Mao Zedong, Washington, 14 novembre 2020. © Amy Harris/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40805964_000264

Que Donald Trump poursuive ou non ses tentatives pour contester le résultat des élections présidentielles, les interrogations soulevées par ses équipes juridiques pourraient avoir la vie dure.


Le 3 novembre 2020, sur une machine de vote dans le comté d’Antrim de l’Etat du Michigan, 6000 votes en faveur de Trump basculent en un clin d’œil en faveur de Joe Biden. Le problème, attribué à une prétendue erreur humaine dans la gestion du système de dépouillement Dominion, est résolu par les autorités locales qui ré-allouent les 6000 votes au Président Trump. Cet incident a déclenché une polémique concernant le bon déroulement des élections. Citant d’autres incidents apparemment similaires dans d’autres états, le Président Trump accuse le système Dominion d’avoir effacé au total 2,7 millions de votes en sa faveur.

La bataille devient juridique

Les machines à voter et le logiciel électoral de Dominion sont utilisés par 28 Etats, dont la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et la Géorgie, où la plus grande vague de contestation par les supporteurs du candidat républicain a été soulevée. Les avocats de M. Trump citent des faits apparemment de nature à mettre en doute la fiabilité des systèmes de Dominion. Selon certains témoignages sous serment et un contentieux, le logiciel Dominion aurait déjà été impliqué dans des élections frauduleuses aux Philippines et en Amérique du Sud. L’Etat du Texas a refusé d’acquérir des machines à voter Dominion qui ne correspondent pas à ses normes de sécurité. En Pennsylvanie, une commission d’enquête du Sénat d’état a convoqué le président de la société Dominion qui a refusé d’y participer à la dernière minute. Dans les quatre Etats pivots, les équipes juridiques et techniques de Trump maintiennent que les autorités locales et la société Dominion leur auraient refusé tout accès au logiciel électoral.

Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.

Cependant, le 5 décembre, un juge du Michigan ordonne une expertise indépendante sur 22 tabulateurs Dominion du comté d’Antrim suite au basculement des 6000 votes du 3 novembre. Le 6 décembre, une équipe d’enquêteurs indépendants réalise un audit du système Dominion dont les résultats deviennent finalement disponibles le 14 décembre. Les conclusions de ce rapport prétendent que le basculement des 6000 votes au profit de Biden a bien été provoqué par le logiciel de Dominion et non par une erreur humaine. Il conclut également que l’intégrité du processus électoral dans l’Etat du Michigan aurait été compromise par le système Dominion qui représenterait aussi un risque en termes d’ingérence étrangère dans le scrutin. C’est également le 14 décembre que les 538 grands électeurs nommés par les 50 Etats ont, en majorité, désigné Joe Biden comme Président élu. Il est toujours possible que Donald Trump tente de contester ce résultat lors de la séance du 6 janvier 2021 devant le Congrès américain qui contrôle la régularité des votes des grands électeurs. Le Président Trump pourrait également utiliser des pouvoirs spéciaux qu’il s’est conférés dans un décret du 12 septembre 2018. Pourtant, pour réaliser un tel coup de théâtre, il faudrait que son Directeur du renseignement national, John Ratcliffe, présente prochainement un rapport contenant les preuves d’une ingérence étrangère, probablement chinoise, dans le scrutin présidentiel. Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.

Une entreprise mystérieuse ?

Bien que sa technologie soit utilisée par 28 Etats pour le scrutin présidentiel, la société Dominion Voting Systems pourrait avoir des liens avec la Chine communiste, bien que l’entreprise le nie formellement. Sa société mère, Staple Street Capital LLC, a, en octobre, perçu 400 millions de dollars de la part d’UBS Securities LLC, selon une déclaration du 8 octobre 2020 déposée auprès de l’autorité boursière américaine. Installée depuis longtemps en Chine, la banque d’investissement suisse UBS possède une filiale chinoise, UBS Securities Co. Ltd., détenue à hauteur de 75% par des banques chinoises contrôlées par le gouvernement communiste. Selon le partenaire « fact-checking » de Facebook, Lead Stories, trois des quatre administrateurs de la filiale américaine, UBS Securities LLC, selon le profil sociétaire présenté en ligne par Bloomberg, auraient été chinois. Leading Stories a précisé le 11 décembre que ces trois personnes auraient été retirées du listing de Bloomberg par la suite sans aucune forme d’annonce.

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Trump essaiera-t-il d’exploiter ces éléments pour montrer une ingérence chinoise dans les élections ? Comme les médias ont utilisé des accusations d’ingérence russe en 2016 pour discréditer la victoire de Donald Trump, Joe Biden pourra bien avoir à essuyer des accusations symétriques au sujet de sa victoire en 2020. C’est ainsi que, pour beaucoup de ses électeurs, Trump restera « le vrai Président. »

Patrick Stefanini propose d’obliger les candidats à l’asile à faire leur demande hors de France

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Patrick Stefanini, haut fonctionnaire et auteur du livre "Immigration : ces réalités qu'on nous cache". © IBO/SIPA Numéro de reportage : 00834173_000005

Dans son dernier ouvrage, Immigration : ces réalités qu’on nous cache, l’ancien préfet de la Gironde et conseiller d’État, Patrick Stefanini, dresse un constat inquiétant de la gestion de l’immigration en France depuis 20 ans. 


« Le risque que l’immigration ne soit synonyme d’un échec français est désormais très grand » postule Patrick Stefanini dans son livre Immigration : ces réalités qu’on nous cache. Pourtant, « ça n’a jamais été le dossier au-dessus de la pile pour les gouvernants, mis à part sous Sarkozy entre 2007 et 2010 ! », a déploré l’ancien conseiller d’État lors d’une visioconférence (Covid oblige…) organisée le mardi 15 décembre par l’Institut Thomas More[tooltips content= »L’institut Thomas More est un club de réflexion européen et indépendant basé à Bruxelles et Paris fondé en 2004, influent dans les domaines concernant les enjeux européens. »](1)[/tooltips].

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La mansuétude sur la période 2007-2010 est certainement due au fait que Patrick Stefanini fût secrétaire général de l’éphémère ministère de l’immigration pendant cette période. Mais son livre délivre quant à lui une analyse objective et chiffrée de l’ampleur du phénomène migratoire. Un travail difficile, car l’auteur nous informe que « la France ne tient pas de registre de population comme les pays d’Europe du Nord comme la Norvège ou le Danemark », ce qui complexifie considérablement la tâche.

Un flux migratoire à la hausse en France depuis 2000

L’immigration explose depuis les années 2000. Le nombre de titres de séjours accordés s’élève à 274 000 en 2019, contre 149 000 en 2000. Pour les demandes d’asile et le nombre de mineurs isolés, même explosion : moins de 40 000 demandes d’asile en 2000, contre plus de 140 000 en 2019, et 5 000 mineurs isolés recensés en 2014 contre 40 000 fin 2018. La France a perdu le contrôle, alors que la Suède, le Danemark, l’Italie ou l’Allemagne ont eux connu « une baisse spectaculaire des demandes d’asile (depuis la fin de la crise migratoire de 2015) », a rappelé Patrick Stefanini lors de la visioconférence.

Évolution de la demande d'asile en France.© Page 64 du livre "Immigration : ces réalités qu'on nous cache" de Patrick Stefanini
Évolution de la demande d’asile en France.© Page 64 du livre « Immigration : ces réalités qu’on nous cache » de Patrick Stefanini

Plus difficile encore à quantifier : le nombre de clandestins sur le territoire. « Traditionnellement on estime le nombre de clandestins avec le nombre de bénéficiaires de l’AME (Aide Médicale d’État), qui est passé d’un peu moins de 180 000 en 2005, à plus de 330 000 en 2019 », explique Patrick Stefanini lors de son intervention à l’institut Thomas More. Il faut de plus savoir qu’une part conséquente des clandestins ne demande pas l’AME pour ne pas être repéré par l’administration. En Seine-Saint-Denis, un rapport parlementaire déposé le 31 mai 2018, écrit par les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM), a avancé qu’il fallait multiplier par trois le nombre de bénéficiaires de l’AME pour connaître le nombre réel de clandestins présents sur le territoire. Résultat, Patrick Stefanini estime dans son livre que le nombre de clandestins en France « se situe entre 600 et 900 000 ».

De nombreux démographes nient l’ampleur du phénomène migratoire et mettent en avant le solde migratoire très faible de la France, « autour de 50 000 par an » précise Patrick Stefanini à l’institut Thomas More. Mais l’ancien directeur de campagne de Jacques Chirac en 1995 rappelle « qu’il faut distinguer le solde migratoire des immigrés avec le solde migratoire global. » En 2006 le solde migratoire des immigrés était de 164 000, contre 191 000 en 2017. Une forte progression qui montre bien que le nombre d’immigrés présents sur le territoire français augmente. Stefanini ajoute : « Compte tenu des chiffres des titres de séjours accordés depuis 2017, ce chiffre a encore progressé. »

Un plan d’action en quatre volets

Lors de la conférence , Patrick Stefani a livré son plan d’action pour freiner le phénomène. Il est divisé en quatre parties : le renforcement du contrôle des frontières de l’Union européenne, une limitation du nombre de titres de séjour délivrés chaque année en France, une réorientation complète de notre aide au développement et une politique d’intégration plus exigeante.

Pour réduire de façon importante le nombre de visas, Patrick Stefanini préconise l’instauration d’un système annuel de quotas à l’image du Canada ou de l’Australie, « pour adapter notre flux migratoire à notre marché du travail et nos capacités d’intégration ». Il a rappelé la « mutation profonde de l’immigration familiale », alors que le regroupement familial stricto sensu est devenu minoritaire. « Ce qui fait aujourd’hui l’essentiel de l’immigration familiale ce sont des Français qui épousent des étrangers et les font venir en France, nous privant de moyens de contrôle car le droit au mariage est constitutionnel. » Pour parvenir à une limitation drastique de ce phénomène, il propose d’introduire un contrôle sur le degré d’assimilation de ces candidats à la carte d’identité française, rappelant que pour le moment leur assimilation est « présumée » et leur permet d’obtenir le précieux sésame.

Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins

Réguler l’immigration légale est un sujet, faire baisser l’immigration illégale en est un autre. « Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins » rappelle l’ancien proche d’Alain Juppé, soit plus de 10% des titres de séjour accordés. Pour mettre fin à notre impuissance, au-delà de la mise en place d’un processus d’éloignement des déboutés plus efficace, Patrick Stefanini propose d’obliger les demandeurs d’asile à faire leurs demandes depuis nos consulats à l’étranger, ou à la frontière française. Pour faire appliquer ces prérogatives, l’Europe comme la France doivent contrôler les entrées sur le territoire. « Bien protéger les frontières extérieures de l’Europe est la priorité », affirme-t-il. « Environ 20% des étrangers qui pénètrent dans le territoire de l’UE ne sont pas connus par les autorités européennes (…) La seule réponse réside dans l’interconnexion des fichiers de police des États membres et dans l’utilisation des techniques d’identification numérique et biométrique », conclut-il.

Enfin, la situation de certains pays de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb, en proie à l’instabilité et à la pauvreté, fait craindre une explosion de l’immigration dans les prochaines années, qui toucherait fortement la France. En conséquence, la France devrait axer ses aides au développements vers ces pays, et les faire dépendre de leur gestion des flux des ressortissants candidats à l’exil. La France doit également remettre en cause les accords bilatéraux qui « privent le législateur d’influence sur la moitié des immigrés » et encouragent les flux, notamment ceux des pays du Maghreb. Les Algériens peuvent par exemple bénéficier de mesures dérogatoires concernant les lois sur les titres de séjour.

Seule cette remise en cause globale permettrait de sortir de l’ornière. Car l’immigration, comme bien d’autres choses, est « à consommer avec modération. »

Immigration: Ces réalités qu'on nous cache

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Molenbeek: le travail de sape du Gai savoir

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Catherine Moureaux, mai 2020 © ISOPIX/SIPA Numéro de reportage : 00962243_000019

À Conflans-Saint-Honorine, un jeune islamiste a décapité un enseignant pour avoir montré une caricature du prophète Mahomet à ses élèves. À Molenbeek, les mêmes faits ont valu à un enseignant d’être écarté par l’autorité dite compétente. Aujourd’hui, alors qu’il avait introduit une demande en annulation de cette décision au Conseil d’État, il est réintégré dans ses fonctions. Tout est bien qui finit bien ? Peut-être pas.


Suite à la décapitation de Samuel Paty, ce professeur de philosophie et de citoyenneté à l’école primaire communale Aux sources du Gai Savoir, située à Molenbeek[tooltips content= »Ça ne s’invente pas… https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/nietzsche-a-molenbeek »](1)[/tooltips], avait préparé pour le 22 octobre une leçon sur la liberté d’expression. Cette leçon, destinée aux élèves de 5è et 6è années primaire – équivalents respectifs du CM2 et de la 6è françaises – a suscité bien des questions, et les élèves de 5è ont demandé à voir le dessin à l’origine du drame, que leur enseignant leur a alors montré. Mal lui en a pris.

Dès le lendemain, le directeur de l’école fait savoir à A.D., le professeur en question, qu’il est attendu le lundi 26 à l’administration communale, où la directrice du département Éducation lui signifie son écartement, qui est confirmé dès le lendemain par la bourgmestre socialiste Catherine Moureaux, en charge notamment de l’instruction publique.

Une décision excessive

Voilà donc A.D. écarté sur-le-champ de ses fonctions. Or, légalement, une telle mesure de suspension préventive ne peut être prise que si le membre du personnel s’est rendu coupable d’une « faute grave pour laquelle il y a flagrant délit ou lorsque les griefs qui lui sont reprochés revêtent un caractère de gravité tel qu’il est souhaitable, dans l’intérêt de l’enseignement, que le membre du personnel ne soit plus présent à l’école.»[tooltips content= »Décret du 6 avril 1998 portant modification du régime de la suspension préventive dans l’enseignement organisé et subventionné par la Communauté française. »](2)[/tooltips] Et elle constitue dès lors nécessairement une première étape avant sanction !

Marche blanche en hommage à Samuel Paty, Conflans-Sainte-Honorine, 20 octobre 2020. ©Samuel Boivin/NurPhoto/AFP
Marche blanche en hommage à Samuel Paty, Conflans-Sainte-Honorine, 20 octobre 2020. ©Samuel Boivin/NurPhoto/AFP

La mesure prise par l’administration communale de Molenbeek est donc non seulement excessive, mais encore contraire aux procédures légales. En effet, c’est normalement le collège communal qui aurait dû décider de l’écartement de l’enseignant, préalablement à l’engagement d’une procédure disciplinaire qui aurait justifié la suspension préventive.

La bourgmestre a justifié la mesure par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter…

C’est sur cette base que l’avocat de l’enseignant a annoncé récemment introduire une requête en annulation devant le Conseil d’État, arguant que le Collège aurait dû non seulement décider lui-même de l’écartement de l’enseignant, mais aussi, et par conséquent, refuser de ratifier, lors de sa séance du 29 octobre, une décision prise par une autorité incompétente, faute de quoi il s’approprie en quelque sorte l’illégalité de cet acte. Toujours selon l’avocat, il y a dans la mesure prise à l’encontre de A.D. une « erreur manifeste d’appréciation » et un « abus de pouvoir ».

La bourgmestre, quant à elle, a justifié la mesure prise à l’encontre de l’enseignant par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter, dès lors que c’est bien le caractère « blasphématoire » de la caricature qui a poussé des parents à protester. Le papa d’un des élèves, par ailleurs conseiller communal socialiste molenbeekois, ne s’en est pas caché dans la presse : « S’il voulait parler du prophète ou de la religion musulmane, pas de souci. Mais pas de cette façon. (…) J’estime tout simplement que cela ne sert à rien de ramener cette haine vers les enfants. Nous ne sommes pas là pour enfoncer le professeur ni qui que ce soit mais que l’on respecte notre religion. Vivons ensemble dans le respect, la dignité et la fraternité quelle que soit la religion de chacun. »

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Ce 17 décembre cependant, après avoir été auditionné par le Collège communal molenbeekois devant lequel il a reconnu une « erreur », A.D. a été réintégré dans ses fonctions. À la condition toutefois d’« un accompagnement avec la cellule pédagogique de la commune et les équipes mobiles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. ».

Les bigots et les islamistes ont gagné

Tout est donc bien qui finit bien ? Évidemment non. D’abord parce qu’il y a les inévitables séquelles psychologiques. Dans la presse, le conseiller juridique de l’enseignant témoigne de ce que ce dernier a été démoli : « Vous n’imaginez pas la violence… Cet enseignant faisait son métier avec cœur et passion, et du jour au lendemain, on lui dit qu’il ne peut plus enseigner, qu’il est écarté sur le champ ». 

Ensuite parce que c’est bien le message qui restera dans les mémoires : à Molenbeek comme à Conflans ou ailleurs, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de montrer une caricature du prophète, sous peine d’être recadré et pris en charge par une cellule pédagogique qui veillera à ce que ce genre d’« erreur » ne se reproduise pas.

Et la vraie victoire est là, dans ce travail de sape orchestré par des tenants d’un fondamentalisme religieux qui n’admet pas que l’enseignement puisse être dégagé de toute emprise confessionnelle. Travail de sape malheureusement relayé complaisamment par ces belles âmes qui, plutôt que de calmer les esprits chagrins un peu trop portés aux échauffements intempestifs, préfèrent trop souvent inviter les enseignants – ou les journalistes, ou les artistes, ou tout acteur de la société pouvant contribuer à l’émancipation des esprits – à un peu plus de modération. 

« De froisser la sensibilité religieuse des bigots tu t’abstiendras », tel est le onzième commandement de nos sociétés du vivre-ensemble.

LIBERTE? EGALITE? LAICITE!

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La Neutralite N'Est Pas Neutre Ned: Ecole,Profs,Eleves

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La Cour européenne des droits de l’Homme charia un peu

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Citoyens opposés à la construction d'une grande mosquée à Cologne en Allemagne, juin 2007 © JUELICH/SIPA Numéro de reportage: 00545849_000001

Une énième affaire de menaces proférées sur les réseaux sociaux contre une personne ayant manqué de respect à l’islam remet sur le devant de la scène une décision de la Cour européenne des droits de l’homme redoutablement ambiguë en ce qui concerne le statut de la charia dans nos États de droit.


27 octobre 2020. Un professeur de droit formule quelques remarques acerbes sur l’islam, lors d’un cours en ligne, à propos d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) relatif à la compatibilité de la charia avec les principes démocratiques. Sortis de leur contexte, ses propos circulent sur Twitter et lui valent des menaces de mort, assortis d’une plainte de la Ligue des droits de l’Homme.

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Mais de quel arrêt traitait le cours, au juste ? La question peut sembler anecdotique. En réalité, elle ne l’est pas du tout. Il s’agit d’une décision rendue le 19 décembre 2018, « Molla Sali contre Grèce ». Passée relativement inaperçue, elle a marqué un inflexion de jurisprudence potentiellement lourde de conséquences. Depuis 2003, la CEDH considérait que la charia était incompatible avec les principes démocratiques[tooltips content= »arrêt Refah Partisi et autres c. Turquie du 13 février 2003″](1)[/tooltips].  Elle avait tranché en ce sens alors qu’elle était saisie par le parti de la Prospérité, le Refah, que la Turquie venait d’interdire. « Le projet politique à long terme du Refah visant à instaurer un régime fondé sur la charia », disait la Cour, est « en contradiction avec la conception de la société démocratique ». Fin de la discussion pour quinze ans.

Dans sa décision de 2018, la CEDH ne fait pas marche arrière, mais elle prend un virage très net[tooltips content= »arrêt Molla Sali c. Grèce, req. 20452-14. »](2)[/tooltips]. Elle devait se prononcer sur le sort de Molla Sali, une ressortissante grecque de la minorité musulmane de Thrace. Forte de quelques dizaines de milliers de membres, cette minorité applique la charia à ses affaires familiales, en vertu d’une clause particulière du traité de Lausanne de 1920. Droit musulman oblige, les femmes sont désavantagées dans les affaires de succession. Bien que musulmane, Molla Sali avait saisi la Cour européenne afin de bénéficier du droit commun grec. Déboutée par la justice de son pays, elle a eu gain de cause au niveau européen. La Grèce s’y attendait. Elle avait modifié son droit national sans attendre le verdict, afin de rendre la charia optionnelle pour ses citoyens musulmans. Autant dire que la CEDH avait un boulevard devant elle pour redire que la charia n’est pas compatible avec la démocratie.

La charia, impossible à imposer comme à interdire…

Mais elle a choisi une position beaucoup moins tranchée. « La liberté de religion n’astreint pas les États contractants à créer un cadre juridique déterminé pour accorder aux communautés religieuses un statut spécial », mais rien ne leur interdit non plus de le faire. Les croyants pourront choisir ce cadre. « Le choix en question est parfaitement libre, pourvu qu’il soit éclairé », dit la Cour, et pourvu qu’il ne soit pas contraire à un « intérêt public important ». L’égalité des sexes faisant partie de ces « intérêts publics importants », selon la jurisprudence de la CEDH, la fenêtre pour appliquer la charia dans les pays européens se réduit singulièrement, mais elle ne disparait pas ! 

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Au Royaume-Uni, il existe des « shariah courts » arbitrales compétentes en affaires familiales. Elles sont saisies seulement lorsque toutes les parties sont d’accord. Le problème, pointé par l’ONG britannique Civitas (aucun lien avec le mouvement français catholique traditionaliste éponyme), est que le volontariat est parfois ambigu. Dans les affaires de divorces, beaucoup de femmes se résignent à passer par la sharia court de guerre lasse. 

La charia et le blasphème avancent à petits pas

Question à ce stade sans réponse, l’enseignant actuellement pris à partie est-il ciblé parce qu’il a tenu des propos désobligeants sur l’islam, ou parce qu’il s’est insurgé contre la logique de la CEDH ? Il s’est écoulé plus d’un mois entre son cours et le moment où l’affaire est sortie. 

La mouvance islamiste n’a pas du tout commenté l’arrêt Molla Sali, mais il ne fait aucun doute que ses juristes surveillent attentivement les jurisprudences de la CEDH. En 2018 encore, ils ont obtenu une autre belle victoire devant elle: la Cour avait confirmé la validité de la condamnation d’une Autrichienne poursuivie pour avoir dit que Mahomet était pédophile (au motif que son épouse Aïcha avait une dizaine d’années quand son mariage avec le prophète fut consommé). [tooltips content= »Affaire E.S. c. Autriche, req. 38450/12. »](3)[/tooltips]

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En France, aucune formation politique, aucune ONG n’a jamais proposé de créer des tribunaux arbitraux islamiques compétents en matière familiale. Si la charia devait se ménager une niche juridique dans notre pays, ce serait sans doute en commençant par un domaine moins sensible. La finance, par exemple. Une filiale du Crédit du Nord, La Française, commercialise depuis 2018 un produit de placement immobilier Charia, « compatible avec les préceptes de la finance islamique ». La réalité de la demande se confirme. Selon un sondage Ifop pour le Comité Laïcité République publié en novembre 2020, 57% des musulmans de 18 à 24 ans considèrent que la charia est plus importante que la loi de la République. Dix points de plus qu’en 2016.

Nos élus et l'islam

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Covid: Non, il n’y a pas eu d’« effet Thanksgiving » !

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Donald Trump gracie la dinde "Corn" pour Thanksgiving, Maison Blanche, 24 novembre 2020. © Susan Walsh/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22517353_000003

Plus de trois semaines après la fête américaine de Thanksgiving, un article du New York Times s’appuie sur des données téléphoniques et scientifiques pour mettre à mal « l’effet Thanksgiving » et infirme ainsi les discours des experts et politiques brandissant la menace des fêtes de Noël en France. Explications.


Le 7 décembre 2020, Valérie Pécresse affirmait sur France Inter: « Pour éviter une troisième vague, on aura besoin que tous les Franciliens aillent se faire tester massivement après les fêtes » afin d’éviter « un effet Thanksgiving ».

Autrement dit, les rassemblements publics et privés pour la fête de Thanksgiving auraient participé au rebond de l’épidémie aux États-Unis. Ne s’appuyant sur aucune source scientifique, Valérie Pécresse aurait pu s’abstenir mais à sa décharge, elle n’est pas la seule à avoir évoqué « l’effet Thanksgiving ». Le Conseil scientifique l’a également mentionné. Par ailleurs, bon nombre de médias ont suivi le fameux Conseil scientifique et ont relayé cette information douteuse.

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Or, les données scientifiques américaines ne vont pas dans le sens des autorités françaises. De manière générale, dans les États où la situation sanitaire empirait avant Thanksgiving, celle-ci a continué de s’aggraver. Et dans les États où la situation sanitaire s’améliorait avant que les Américains ne s’attablent autour de leur dinde traditionnelle, on n’a pas connu d’inversion de la tendance. Ce graphique ci-dessous est à cet égard assez parlant :

Évolution du nombre moyen de cas sur les sept derniers jours à trois dates différentes: 11 novembre ; 25 novembre ; 9 décembre. Le point du milieu correspond à la date du 25 novembre, soit un jour avant Thanksgiving. © Capture d'écran New York Times.
Évolution du nombre moyen de cas sur les sept derniers jours à trois dates différentes: 11 novembre ; 25 novembre ; 9 décembre. Le point du milieu correspond à la date du 25 novembre, soit un jour avant Thanksgiving. © Capture d’écran New York Times.

La responsabilité individuelle à l’œuvre

Il faut toutefois nuancer l’hypothèse d’un risque quasi nul de contamination pour les fêtes de fin d’année. En effet, grâce aux données de géolocalisation[tooltips content= »Ces données sont produites par Cuebiq, une société d’analyse de localisation, et reprises par le New York Times. »](1)[/tooltips], le New York Times constate que les Américains ont considérablement réduit leurs interactions durant Thanksgiving par rapport à l’année dernière (-66% au nord-est et dans la moitié ouest ; -55% dans le sud des États-Unis). Les comtés où les Américains ont eu plus d’interactions que l’année dernière ne représentaient que 0,5% de la population américaine. Les Américains ont ainsi fait preuve de civisme et d’intelligence lors de Thanksgiving. Auront-ils le même comportement lors des fêtes de fin d’année ?

Il n’est donc pas illégitime d’appeler les Français à « redoubler de vigilance » pendant les fêtes comme le fait l’exécutif en France, mais il est inexact d’affirmer que les États-Unis connaissent une nouvelle période de hausse des cas de Covid-19 à cause de Thanksgiving. Les fake news ne font qu’apporter de l’eau au moulin des complotistes…

La quarantaine éclatante

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L'acteur Claude Brasseur en 2007 © IBO/SIPA Numéro de reportage : 00549348_000003

Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient…


Les professions libérales sont tristes ce soir. Elles viennent de perdre leur meilleur représentant au cinéma. Combien de futurs dentistes, vétérinaires ou pharmaciens ont entamé d’ennuyeuses études scientifiques dans l’espoir fou et réconfortant de ressembler à Claude Brasseur, à la quarantaine venue ? Ces bons élèves n’avaient pas le souhait de faire plaisir à leurs parents et de ramener des diplômes dorés sur tranches à la maison, seulement de conduire une imposante Jeep Cherokee Chief achetée chez le concessionnaire Jean Charles, entre Alma et Trocadéro, avec comme passagères d’un jour, Brigitte Fossey, Valérie Kaprisky, Mireille Darc ou Agostina Belli. Avec un chèche ou un stéthoscope autour du cou, Brasseur était le coup de sirocco de la décennie 1975-1985. Un peu gouailleur, un peu dragueur, avec cet air tendre qui pouvait virer à la colère noire, la voix grillée par des nuits trop courtes, il incarnait le quadra triomphant, cette forme d’assurance bourgeoise à la papa, un brin décorsetée et terriblement attachante. Un après-Mai 68 qui ne se vautre pas dans le héros souillon et sentencieux. Il était à cheval entre deux mondes, celui de son père, monstre hirsute et flamboyant, commandeur cabotin, figure un peu trop lourde à porter pour un fils qui avait choisi le même métier que lui et puis cette modernité ravageuse veule et transparente que nous subissons depuis près de trente ans. Entre ces deux bornes temporelles, nous n’avons pas vécu une parenthèse enchantée, nous avons seulement goûté à une certaine liberté d’aimer, de jouir, de rouler, d’embrasser et de bambocher. Sans honte et fausse pudeur. De jouer avec les limites, parfois. De ne rien prendre au tragique tout en conservant le sens des valeurs. Ce « en même temps-là » avait une sacrée gueule, classieux aurait dit Gainsbourg. Je me rends compte que cet étroit chemin est incompréhensible pour de nouvelles générations avides de liquider le passé et de juger. 

Nous, les enfants nés dans les années 1970, en recherche d’un modèle qui a du chien et du cran, rêvions de devenir, à l’âge adulte, la copie conforme de l’acteur. Un Brasseur épanoui qui s’autorise la cavalerie et la fantaisie, les pistes du Dakar et les bars de palaces, qui aime confusément les garces et les bêcheuses, les beaux garçons et les vieilles dames. Il y a des images qui marquent durablement une jeunesse provinciale, qui restent figées dans notre mémoire d’adolescent. Je revois l’acteur dans « Signes extérieurs de richesse » en proie à un délicat contrôle fiscal mené par une Josiane Balasko sensible au romantisme animalier et accompagné d’un expert en comptabilité guignolesque interprété par un Jean-Pierre Marielle d’anthologie. Et je suis heureux. Profondément heureux d’avoir été élevé, oui éduqué, par des hommes de ce calibre-là, qui refusaient le sérieux et le plombant, qui faisaient de la comédie populaire, un art de vivre, notre identité disparue. Ils avaient ce rire taquin en partage, ce magnétisme qui s’appelle le talent et surtout cette faculté à nous nourrir l’esprit sans affèterie et pesanteur. Ils étaient nos tuteurs, tellement légers et brillants à l’écran, que jamais le sentiment d’abandon n’a été aussi fort ce soir. La disparition de Brasseur, après celle de Noiret, Rochefort, Rich, Cremer et tant d’autres, nous laisse groggy. Même si nous nous estimons incroyablement chanceux d’avoir croisé leur route. 

Nous pleurons avec Vic Beretton, une époque pas si lointaine où les hommes roulaient en Matra Rancho, portaient des polo Lacoste durant tout l’été, s’engageaient dans des relations amoureuses acrobatiques avec des filles dont ils n’avaient même pas envie et puis, à la faveur d’un déménagement, s’apercevaient qu’ils étaient amoureux de leur femme comme dans le tube de Richard Anthony. Entre nous, il suffit de revoir la bande d’« Un éléphant » ou de « Nous irons tous au paradis » pour que l’émotion nous étreigne. Nous avons aimé le tennis, les AMC Pacer et les jupes qui virevoltent grâce à eux. C’étaient nos copains, c’était notre France. Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient. J’ai de nouveau envie d’avoir quarante ans.

A-t-on encore le droit de s’interroger sur les vaccins à ARNm?

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Site de Pfizer à Puurs en Belgique © Valentin Bianchi/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22524054_000012

Le gouvernement nous annonçait il y a quelques semaines qu’un consentement éclairé serait demandé à toute personne recevant un vaccin anti-Covid-19. Or pour qu’un consentement soit éclairé, il faut que l’information soit honnête et intelligible. Discuter l’innocuité et l’efficacité du vaccin anti-Covid-19 à ARN messager avant de décider de se faire vacciner ou non devrait pouvoir se faire sans susciter immédiatement une levée de boucliers dans la presse et la communauté médicale.


Quelles sont les données connues sur le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech[tooltips content= »Polack et al., 2020, The New England Journal of Medicine« ](1)[/tooltips], autorisé hier par l’Agence européenne des médicaments?

Si pour un cancer agressif le bénéfice que l’on peut retirer d’un traitement expérimental potentiellement toxique surpasse les risques associés à ce traitement, cela est plus discutable pour une maladie dont la létalité varie de 0,01 à 1,63 % suivant les régions du monde et qui ne touche qu’exceptionnellement de façon sévère les enfants et les jeunes adultes[tooltips content= »Santé Publique France, COVID-19 : point épidémiologique du 17 décembre 2020« ](2)[/tooltips]. Dans ces conditions, même quelques jours de fatigue ou de maux de tête (principaux effets secondaires rapportés par Pfizer-BioNTech), qui peuvent être sévères dans 4 à 6 % des cas, c’est-à-dire entraver les activités de la vie quotidienne, peuvent être difficiles à accepter pour une personne active en bonne santé. D’autant plus que l’argument selon lequel les gens qui ne font pas partie des personnes à risque devraient se faire vacciner pour la collectivité ne peut être pour le moment avancé. Car si l’étude de Pfizer-BioNTech suggère que le vaccin diminue le risque de faire une forme symptomatique et même une forme grave de Covid-19[tooltips content= »De plus l’étude n’a pas testé toutes les personnes à des intervalles de temps régulier pour dépister les asymptomatiques donc on ne sait pas si parmi les vaccinés et les non vaccinés il y avait des personnes COVID-19 asymptomatiques. »](3)[/tooltips], elle ne répond pas à la question de la capacité du vaccin à empêcher la transmission du virus d’une personne à l’autre. De plus, quatre effets indésirables graves ont été rapportés dans cette étude. Quatre chez plus de vingt mille participants vaccinés, ce n’est pas grand-chose ; mais comme les statistiques ne s’appliquent pas à l’individu et que par ailleurs on ne connait pas le profil des individus touchés par ces effets graves (personnes âgées ou jeunes ? avec ou sans comorbidité ?), on peut comprendre que certaines personnes n’aient pas envie de prendre le risque de compter parmi ces exceptions. De la même façon qu’une personne jeune pourrait ne pas avoir envie de prendre le risque de faire partie des exceptionnels cas de patients jeunes sans comorbidité connue qui sont décédés de la Covid-19 et opter pour la vaccination sans hésitation. Ce qui importe est que chacun puisse prendre la décision de se faire vacciner en étant honnêtement et clairement informé.  

Si certaines réticences paraissent donc justifiées, certaines craintes devraient pouvoir être surmontées avec les données désormais disponibles. 

Le vaccin anti-Covid-19 à ARNm est une belle prouesse avec des premiers résultats encourageants. Mais doit-on pour autant se prosterner devant Pfizer et sa performance sans sourciller? Doit-on interdire le doute?

Certes on ignore quels sont les effets du vaccin anti-Covid-19 à ARNm au-delà de trois mois. Les auteurs de l’étude de Pfizer-BioNtech précisent que le suivi des participants se poursuivra sur deux ans. D’autres vaccins à ARNm ont été testés chez l’homme, comme un vaccin contre la grippe aviaire testé aux États-Unis et en Allemagne entre 2016 et 2017[tooltips content= »Feldman et al., 2019, Vaccine« ](4)[/tooltips] ou ce vaccin à ARNm contre la rage étudié en Allemagne entre 2013 et 2016[tooltips content= »Alberer et al., 2017, The Lancet« ](5)[/tooltips]. Sur les 101 participants de cette dernière étude les effets secondaires les plus fréquents étaient aussi les maux de tête et la fatigue avec des formes sévères chez huit participants. Il y a eu également chez un participant qui avait reçu une forte dose une paralysie faciale qui a disparu sans laisser de séquelle, comme rapporté avec le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech[tooltips content= »Selon la FDA, la fréquence observée de la paralysie de Bell signalée dans le vaccin Pfizer-BioNTech est cohérent avec le taux attendu dans la population générale, et il n’existe pas d’argument pour conclure sur un lien de causalité pour le moment… mais la FDA recommande la surveillance des cas de paralysie de Bell avec le déploiement du vaccin »](6)[/tooltips]. Ce qui inquiète avec les vaccins à ARNm est le risque d’auto-immunité, c’est-à-dire que notre organisme se mette à produire des anticorps dirigés contre nos propres constituants, notamment nos molécules d’ARN. Or cette étude avec un suivi prolongé n’a pas retrouvé d’augmentation des auto-anticorps chez les personnes vaccinées.  

Qu’en est-il de l’effet des anticorps facilitants (ADE en anglais) ? Il n’est ni prouvé pour le moment que ce phénomène existe dans la Covid-19 ni que le vaccin anti-Covid-19 à ARNm puisse faciliter ce phénomène[tooltips content= »Lee et al., 2020, Nature microbiology »](7)[/tooltips]. De quoi s’agit-il ? Pour lutter contre les microbes notre système immunitaire produit des anticorps qui vont en se fixant à sa surface empêcher le microbe d’agir. Il arrive dans de rares cas que ces anticorps soient incapables de neutraliser le virus (par ex. lorsqu’ils ciblent une partie du virus qui ne l’empêche pas de fonctionner) et pire qu’ils aident alors le virus à proliférer : ce sont des anticorps facilitants. Ces anticorps facilitants sont surtout observés avec les vaccins utilisant des virus entiers ou lorsque les anticorps sont faiblement produits. Comme ces vaccins à virus entier présentent à notre système immunitaire un panel large de protéines virales donc de cibles potentielles, il y a plus de risque que notre système immunitaire produise des anticorps inefficaces et donc potentiellement facilitants. Or l’ARNm du vaccin de Pfizer-BioNTech induit dans notre organisme la production d’une seule protéine virale (la protéine spike du SARS-COV-2). Donc dans ce cas une seule cible est pertinente puisque les anticorps qui se fixent sur cette protéine spike empêchent le virus SARS-CoV-2 de pénétrer nos cellules donc de proliférer. De plus les taux d’anticorps induits par le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech seraient supérieurs à ceux produits lors d’une infection naturelle[tooltips content= » Walsh et al., 2020, The New England Journal of Medicine »](8)[/tooltips].

Quant à la possibilité d’une intégration de l’ARN du vaccin dans notre génome, ce phénomène est en théorie improbable car il faudrait qu’il y ait dans nos cellules une enzyme (transcriptase inverse) que nous ne possédons pas − et que les coronavirus ne possèdent pas non plus contrairement à d’autres virus − pour transformer l’ARN en ADN pour qu’il puisse ensuite intégrer notre génome.

Covid 19. Fusion Medical Animation / Unsplash
Covid-19. Fusion Medical Animation / Unsplash

Enfin, on ignore la durée de l’efficacité du vaccin et s’il résistera à des mutations du virus. L’avantage des vaccins à ARNm réside dans la possibilité de fabriquer rapidement une nouvelle version pour répondre à une mutation qui compromettrait l’efficacité du vaccin. De plus, le fait que certains cas de réinfection à la Covid-19 aient été associés à des taux d’anticorps anti-SARS-CoV-2 faibles et le fait que les taux d’anticorps produits lors de la vaccination avec le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech seraient supérieurs à ceux induits par une infection naturelle, laisse penser que ce vaccin à ARNm pourrait éviter les réinfections. 

Se faire vacciner ou ne pas se faire vacciner, telle est la question interdite

L’histoire médicale est émaillée d’exemples où les effets indésirables graves d’un traitement qui n’avaient pu être mis en évidence lors des premières études cliniques ne sont apparus qu’au fil de l’utilisation dans « la vie réelle » de ce traitement. Si un médecin ne devrait pas se faire le relais de théories douteuses et infondées scientifiquement, il est en droit de faire part de ses doutes lorsqu’il ne sait pas. 

Certes le vaccin anti-Covid-19 à ARNm est une belle prouesse avec des premiers résultats encourageants. Mais doit-on pour autant se prosterner devant Pfizer et sa performance sans sourciller ? Doit-on interdire le doute, sur lequel se fonde la vie intellectuelle et le débat ? C’est bien connu (et confirmé par plusieurs études), la France est le « pays anti-vaccin » par excellence. Mais le problème touche d’autres pays, notamment là où il existe une défiance envers les dirigeants et où la population s’informe largement sur internet.  Et dans les pays dits développés, le vaccino-scepticisme toucherait préférentiellement les personnes ayant fait des études supérieures. Dans un monde où la connaissance est à portée de clic, les profanes sont devenus ces généralistes qui ne savent presque rien sur presque tout et les experts des spécialistes qui savent presque tout sur presque rien. Dans ce cadre, difficile pour les patients sceptiques plus ou moins bien informés de se laisser convaincre par des médecins parfois dépassés par l’évolution exponentielle des connaissances qui accélère l’obsolescence de leur savoir.

Hidalgo: la mandature de tous les dangers

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Anne Hidalgo, pour l'inauguration de l'extension de la ligne 14 du métro, Paris, 14 décembre 2020. © Stephane Lemouton -pool/SIPA Numéro de reportage: 00995921_000054

Paris navigue à vue. Alors que sa coque est percée de toutes parts, son capitaine regarde ailleurs. Anne Hidalgo a les yeux ancrés sur une rive plus lointaine, celle des élections présidentielles. Et pour rejoindre l’autre rive, elle tente de garder à bord de son équipage de fortune ses alliés écologistes, quitte à plonger Paris dans l’abîme.


Des dépenses qui explosent 

Le naufrage prévisible est d’abord économique. En cette période de crise sanitaire, les déflagrations se ressentent particulièrement en raison de la forte dépendance de la capitale au tourisme, qu’il soit de loisirs ou d’affaires. Le plan de soutien pour l’économie parisienne lancé par la municipalité n’est pas à la hauteur des enjeux. Depuis plusieurs années, la mairie de Paris est dans l’incapacité à dégager des marges financières et à maitriser ses dépenses. En effet, depuis 2013, nous subissons une augmentation considérable des dépenses, celles de fonctionnement ont augmenté de 12%, tandis que celles de personnel connaissent une hausse de 18%. Résultat ? Avant même la crise du Covid-19, notre dette se situait à près de 64% par rapport à 2013. Aujourd’hui, il semble se diriger vers une hausse de 93% d’ici fin 2021!

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Mais comme si cela ne suffisait pas, les écologistes ont utilisé le prétexte de la crise sanitaire pour accélérer les mesures radicales contre les mobilités (hors vélos), sans concertation, apportant un coup fatal aux commerces qui avaient miraculeusement résisté aux grèves, manifestations massives et confinements. Toujours prisonnier des écologistes, l’exécutif parisien se trouve dans une impasse face à la question du déploiement de la 5G. Il jongle avec un moratoire qui ne porte pas son nom et entraine la capitale dans un retard sur le déploiement de cette technologie qui recèle pourtant un fort potentiel de développement pour les acteurs de l’économie parisienne.

Une myriade d’accommodements concédés par Anne Hidalgo

Le naufrage est également moral. Cela prend la forme d’une noyade des valeurs de la République où les alliances d’Anne Hidalgo méritent une clarification. Les déclarations de la Maire de Paris affirmant que « les écologistes d’EELV ont un problème de rapport à la République » lui imposent de faire un choix de cohérence concernant le maintien de ces mêmes élus au sein de son exécutif municipal. Tous les messages de la majorité sont actuellement brouillés, comme lors de l’intervention indécente des Verts lors du débat sur l’instauration d’un lieu dédié à la mémoire de Samuel Paty, ou contradictoires voir agressifs lorsque sont évoqués les forces de l’ordre, le préfet de Police ou le ministre de l’Intérieur.

D’autres accommodements concédés par Anne Hidalgo ont d’ailleurs des conséquences lourdes en termes de sécurité et de liberté. Pour satisfaire l’idéologie de ses alliés, la Ville refuse l’armement de la future police municipale au péril de la vie des futurs agents. Ces derniers revêtiront l’uniforme… sans les armes létales. Ils risquent ainsi de devenir des cibles potentielles ne pouvant assurer ni la protection des Parisiens, ni la leur, face à des individus toujours plus violents et armés ! L’exemple de la neutralisation d’un terroriste à Nice par la police municipale est pourtant probant.

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Enfin, Anne Hidalgo laisse les écologistes installer insidieusement une idéologie autoritaire et punitive. Elle accède aux demandes de contrôles de lieux culturels et de budget « genré » par la modulation des subventions fondées sur les nombres d’artistes ou œuvres féministes, et ce au mépris de la liberté de création et de diffusion. On ne peut que déplorer une vision aussi sectaire sans discernement, et surtout sans œuvrer concrètement à la reconnaissance du talent des femmes.

Les Verts ou l’écologie dévoyée

Si seulement les écologistes défendaient la cause dont ils ont si habilement su usurper le nom, c’est-à-dire l’écologie. Mais c’est loin d’être le cas ! Le 12e arrondissement, territoire sacrifié aux Verts en dépit du choix des électeurs, est illustratif des effets du pacte entre Paris en Commun et les écologistes. Au-delà de la question du respect du choix démocratique des électeurs, ce sont les renoncements de la part des protagonistes qui interrogent. Ainsi, au fil des premiers conseils municipaux, les écologistes entérinent les projets de densification du portefeuille du 1er adjoint à la Maire de Paris, en charge de l’Urbanisme, lesquels vont pourtant à l’encontre de l’urgence climatique et de leurs promesses de campagne. En contrepartie, la maire du 12e Emmanuelle Pierre-Marie semble avoir les mains libres pour distiller une idéologie de déconstruction de notre société et de notre culture à l’instar de la création des cours de récréation dites « Oasis » dans les écoles. L’urgence étant d’empêcher les petits garçons de jouer au foot car ils prendraient trop de place pour le faire ! Quelle tristesse si le féminisme s’exprime de la sorte aujourd’hui !

Pour résumer, cette alliance produit ce qu’il y a de plus caricatural alors que dans le même temps sont éludés les vrais problèmes des Parisiens, toujours plus nombreux à quitter la capitale au rythme de 12 000 par an. Les véritables enjeux écologiques autour de projets innovants et de solutions technologiques alliant croissance économique et défense de l’environnement sont ignorés. Un proverbe chinois dit que « la mer la plus profonde a un fond, la montagne la plus haute a une cime ». À Paris, au sixième mois du nouveau mandat d’Hidalgo, nous craignons un abysse colossal.

Les leçons de vie de Gims

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Gims lors des NRJ Music Awards à Cannes le 10 novembre 2018. © LAURENT VU/NMA 2018/SIPA Numéro de reportage : 00883847_000117

Gims, le rappeur congolais ancien membre du groupe Sexion d’Assaut, a donné une interview à Paris Match. Le chanteur y parle notamment d’esclavage, de racisme, et donne sa vision de la France d’aujourd’hui. Morceaux choisis…


Gandhi Djuna ne veut plus qu’on l’appelle « Maître », et préfère désormais qu’on le nomme simplement Gims : « A la base, je me suis appelé comme ça par rapport aux mangas, aux arts martiaux. J’aimais bien. C’était un délire de gamin, un petit peu », expliquait-il dans l’émission C à vous le 4 février 2019. Le rappeur, né au Congo, est à l’heure de la maturité. Alors qu’il enchaîne les interviews pour la promotion de son quatrième album « Le Fléau », celui qui n’est plus un “gamin” se permet de donner son avis sur les questions raciales, qui n’ont cessé d’agiter l’Occident ces derniers mois.

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Heureuse surprise : contrairement à nombre de ses collègues du show-biz, Gims ne tombe pas complètement dans le discours victimaire. À la une de Paris Match le 17 décembre, le chanteur a livré son ressenti sur le racisme, le mouvement Black Lives Matter et l’état de la société française, qui l’a recueilli, après sa fuite du Zaïre où sa famille était menacée de mort. Il assure ne pas éprouver de ressentiment contre une partie de la population: « J’ai rencontré des gens incroyables en France, je ne suis pas dans cette haine de Noir, de Blanc. » Avant de gravement transgresser la doxa antiraciste. D’abord en révélant croire « totalement » à l’ascenseur social promis par la France, puis en expliquant ne pas vouloir prendre part au mouvement Black Lives Matter, dont l’idéologie le froisse: « Le fait de devoir proclamer que la vie d’un Noir compte est une dinguerie absolue. On complique les choses. » Il ajoute même:  « On sait que l’esclavage a été pointé du doigt. Il n’est pas le fait de tous les Blancs. Les Noirs aussi ont fait des choses horribles. »

Une de Paris Match du 17 décembre 2020.© D.R
Une de Paris Match du 17 décembre 2020.© D.R

Colère chez les progressistes

Le rappeur a ainsi provoqué l’ire des obsédés de la race venue de la gauche progressiste sur Twitter. Dan Hastings, journaliste franco-britannique pour le HuffPost UK et British Vogue s’indigne sur le contenu de l’interview de Gims : « Rien ne va dans cette interview », « Un joli discours de droite en somme ».

Même son de cloche pour Charlotte Recoquillon, docteure en géopolitique à Paris VIII spécialisée sur les violences policières, le racisme et le mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis : « On avait bien besoin de terminer 2020 avec Gims qui récupère des symboles du #blackpower pour ensuite expliquer que #BlackLivesMatter est un slogan qui amoindrit les Noirs, et que c’est pcq c’est inadmissible que ça existe qu’il ne manifeste pas. Cette itw est une dinguerie !! »

D’autres sont plus violents encore sur le réseau américain : « Si vous aimez votre couleur de peau vous ne pouvez pas cautionnez (sic) ce que dit ce gims de mes deux! Blacklisted moi cet inculte! Honte à la personne qui a élevé ce tordu! », écrit l’un d’eux.

Rien de bien transgressif pourtant dans le discours de Gims. Ce n’est pas Patrice Quarteron ou Candace Owen non plus ! D’autant qu’il confirme que le racisme contre les noirs serait plus fort aujourd’hui que lors des dernières décennies : « Aujourd’hui en 2020, j’en souffre plus (du racisme) que dans les années 90 ou qu’au début des années 2000. Ce qui s’est passé avec George Floyd, avec cet Américain qui a pris sept balles dans le dos, avec cet entraîneur lors du match PSG-Istanbul, sans parler de Michel Zecler [producteur lynché par des policiers en novembre à Paris, ndlr]… » Il poursuit : « Ce rejet de l’homme noir est probablement lié à plein de choses: tous ces films qu’on a pu voir sur l’esclavage, ces séries, ce qu’on a appris à l’école sur le sujet… » Gims ne va pas rejoindre la fachosphère de sitôt.

Maitre Gims n’a pas toujours eu ce discours mesuré

Les opinions livrées par Gims dans Paris Match cette semaine demeurent moins victimaires que celles qu’il livrait au temps ou il rappait dans le groupe Sexion d’Assaut. En 2012 il dénonçait la spoliation du continent africain dans le titre « Africain » : « Ils nous ont divisés pour mieux nous dominer. Ils nous ont séparés de nos frères les Antillais Africains ». Pire, en 2010, son compère Black M fustigeait la France comme un « pays de kouffars (infidèles) » dans le titre « Désolé » : « J’me sens coupable, quand j’vois ce que vous a fait c’pays de koufars ». Un documentaire Netflix qui lui est consacré a révélé que Maître Gims a même été sous l’influence de l’islamisme: en 2005 il a rejoint le mouvement fondamentaliste des Frères du Tabligh, avant d’en sortir et de dénoncer une secte. Il affirme désormais avoir trouvé une forme de paix intérieure grâce à l’islam. Gims a appris des erreurs de Maître Gims et vient désormais nous livrer la bonne parole. Réjouissons-nous que son discours ne prenne pas la direction voulue par Rokhaya Diallo, Lilian Thuram et consorts.

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Pour remplir le Zénith ou le Stade de France, il s’agit aussi de ne pas froisser son public, qui n’est probablement pas le même que celui du temps de Sexion d’Assaut.