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Ensemble, tout devient possible

L’abstention, seule gagnante de nos élections régionales!

Ensemble, tout devient possible
Victorieuse, Valérie Pécresse prononce son allocution à l'issue du second tour des élections régionales, Paris, 27 juin 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01025718_000004

Il n’y a franchement pas de quoi pavoiser. L’abstention au scrutin régional de dimanche est telle que rien ne bouge. Les sortants ont tous été reconduits ! Bien malin celui qui pourra tirer quelque enseignement pertinent de ces élections pour la prochaine présidentielle. Analyse.


À abstention inédite, résultat sans précédent. Les listes conduites par les 13 sortants aux élections régionales françaises ont toutes gagné. Aucune de nos provinces retaillées à la hussarde par Hollande en 2015 ne changera de majorité. Marqué par une abstention record de 66% hier, le second tour a donc confirmé cette fameuse “prime aux sortants”, en reconduisant tous les anciens présidents dans leurs sièges. Pour eux, c’est le grand Chelem ! 

LR et PS: entrez les sortants !

À droite, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez ont été annoncés vainqueurs dès 20 heures avec respectivement 52% pour l’un et 55% pour l’autre. Le premier, déjà candidat à la présidentielle, voit sa stratégie personnelle confirmée. Satisfait, il a annoncé qu’il partait dès maintenant “à la rencontre des Français”, lesquels n’en demandaient pas tant. Il a dit aussi qu’il lui serait plus facile de discuter face à un militant communiste que face à un militant identitaire dans ce pèlerinage… Nous verrons bien. Valérie Pécresse, de son côté, remporte une large victoire dans la région capitale avec 46% des suffrages exprimés, 12 points devant la redoutable alliance des partis de gauche emmenée par le Vert Julien Bayou. Elle a fait son allocution plus tardivement dans la soirée, toute de blanc vêtue. Une apparition ! 

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On le pensait en difficulté, mais Renaud Muselier est donc réélu en PACA (57%) face au RN Thierry Mariani (43%). En Pays de la Loire, Christelle Morançais l’emporte avec 46%. À gauche, Alain Rousset (Nouvelle Aquitaine), Marie-Guite Dufay (Bourgogne Franche-Comté) et Loïg Chesnais-Girard (Bretagne) conservent leurs présidences. C’est Carole Delga (PS) en Occitanie qui fait le score le plus impressionnant avec un canon 58%. Elle s’était même payé le luxe de refuser le soutien des Insoumis pendant sa campagne, lesquels sont désormais partout suspectés d’islamo-gauchisme.

Une claque pour la droite nationale, une déconfiture pour LREM

Le Rassemblement National échoue à s’imposer, y compris dans la région PACA où il était en position de l’emporter, et alors que les sondeurs ont longtemps estimé que plusieurs régions étaient à sa portée (PACA, Hauts de France, voire Occitanie…). Le RN réalise donc une piètre performance, mais les petits arrangements électoraux dans les arrière-cuisines à droite et chez LREM, s’ils peuvent conjoncturellement s’avérer profitables, pourraient à long terme lasser ou dégouter les électeurs. En attendant, la droite radicale se console en observant le parti communiste perdre son dernier bastion, le Val-de-Marne. LREM, enfin, a été incapable d’obtenir des résultats à ces scrutins locaux, et est si faible qu’elle n’a même pas pu jouer les arbitres lors de l’entre deux tours.

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Les commentateurs s’accordaient hier soir pour nous dire que cette abstention massive était un nouveau signe d’une grogne des Français envers leurs dirigeants politiques. En sont-ils si sûrs ? 

D’une part, s’il y avait un réel ras le bol au niveau local, pas de raison dans ce cas que le “dégagisme” en vigueur dans le pays ces dernières années ne frappe pas une nouvelle fois. D’autre part, lors de ces deux tours, les journalistes n’ont cessé d’interroger avec compassion les abstentionnistes. Benêts et pas fichus d’expliquer de façon convaincante devant les micros complaisants les raisons expliquant qu’ils fassent défaut à un devoir civique somme toute assez élémentaire, on leur a tout passé ! Enfin, comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, c’est surtout le désintérêt des Français pour l’échelon régional qui mériterait d’être souligné par tous ces brillants éditocrates.

Pas de remaniement prévu

Reste que les nettes victoires de la droite ont mis du baume au cœur chez les LR. Au PS aussi, on ne cachait pas hier une certaine satisfaction. La mine joyeuse affichée à la télévision par un Christian Jacob ou un Olivier Faure avait quelque chose de déplaisant. Ces responsables de nos partis historiques se satisferaient-ils de cette démocratie mollassonne ? Avec deux électeurs sur trois qui ne se sont pas déplacés, LR pense-t-il vraiment que ses bons résultats seront une rampe de lancement pour leur candidat – il n’est même pas désigné, ce qui est encore une autre affaire, et pas le moindre des problèmes – à l’élection présidentielle à venir ?

Si la France n’est plus dégagiste, c’est avant tout Marine Le Pen qui en fait les frais. Son vibrant appel au sursaut lors du soir du premier tour n’a pas été entendu par les électeurs. Fragilisée, privée de toute dynamique par cette contre performance, elle risque même de voir sa stratégie politique critiquée en interne à l’approche de 2022. 

De son côté, Emmanuel Macron se garde évidemment bien d’apparaitre ou de faire connaitre son appréciation du scrutin. Tout juste ses soutiens, comme Gabriel Attal, se bornent-ils à se réjouir de la déconfiture de la droite nationale et à rappeler qu’on ne peut pas tirer d’enseignement national de ces élections intermédiaires. Les ministres qui avaient été envoyés au casse pipe dans les régions ont pourtant tous pris une grosse raclée. Mais il n’est pas question d’envisager un remaniement ministériel. Macron pourrait même vite nous reparler de la réforme des retraites pour montrer qu’il est le grand réformateur qu’on nous a vendu.

Dans un pays tourmenté où les camps politiques traditionnels sont désordonnés, où l’on vote un peu comme l’on consomme et où l’on peut s’abstenir sans ne plus ressentir aucune honte, Macron aura beau jeu de rappeler que lui aussi est un sortant, après tout. 

Retour de la droite aux responsabilités en 2022 ou pas, aucun vrai changement politique n’est possible si une majorité de Français ne reprend pas goût au vote démocratique.


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Rédacteur en chef du site Causeur.fr

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