Sipa. Numéro de reportage : AP21910857_000013.

L’honnêteté intellectuelle m’oblige à informer les lecteurs de Causeur d’une avancée sensationnelle de la pensée scientifique parue dans Libération du 16 juin. Il s’agit d’une tribune d’Éric Fassin, un de nos sociologues médiatiques les plus sociologiquement corrects. Sa  tribune est si correcte, et même si corrective, qu’elle propose rien moins qu’une révolution copernicienne dans la science.

Jusqu’à ce 16 juin 2016, la science, fut-elle sociale, s’efforçait de construire et de saisir ses objets au moyen de concepts et de définitions saisissant leur essence. L’une des branches des sciences sociales est la polémologie : Étude scientifique de la guerre considérée comme phénomène psychologique et social.

Cette science s’obligeait à identifier l’ennemi, à en construire le concept, à en connaître l’essence, tout cela afin de le désigner adéquatement et de le combattre sans manquer la cible. Avant la tribune d’Éric Fassin, nous avions l’impression que l’islamisme  terroriste nous avait constitués en ennemis et que nous pouvions lui imputer ses crimes. Cette vision archaïque de la scientificité a vécu.

Désormais, nous explique Eric Fassin en s’appuyant sur une déclaration d’Obama, on doit désigner un criminel par ses victimes. C’est ainsi que les Daechiens qui assassinent des homosexuels au nom de leur lecture du Coran ne doivent être désignés que comme des homophobes, et pas comme des islamistes.  Quand les mêmes assassinent des Juifs  au nom de leur lecture du Coran, il faut les appeler des antisémites, et pas des islamistes.  Quand, eux encore, mettent des femmes en esclavage sexuel au nom de leur lecture du Coran, il faut les qualifier de misogynes, et certainement pas d’islamistes. La chose devient un peu plus délicate quand les mêmes assassinent indistinctement des gens assis à une terrasse, assistant à un concert ou à un match, prenant un moyen de transport public ou présents dans une grande surface. On peut heureusement compter sur l’inventivité des penseurs du grand évitement. Il faut à ce propos féliciter Obama qui n’a dénoncé dans la tuerie d’Orlando qu’une conséquence du nombre des armes en circulation.

Voici le titre de sa tribune consacrée à la tuerie d’Orlando : « Orlando : parlons d’abord de terrorisme sexuel ».

Et en voici le résumé.

« Renvoyer la tuerie du Pulse vers l’islam et l’islamisme, c’est tomber dans le piège tendu par les partisans du «choc des civilisations». C’est aussi céder à une instrumentalisation xénophobe et raciste de la «démocratie sexuelle».

Sa démonstration est si lourdement alambiquée que j’invite les lecteurs de Causeur à aller la lire dans son intégralité dans Libé. Ils trouveront également dans ce même journal un interview de psychanalystes  consacré à la tuerie d’Orlando, dans lequel il n’est question que de l’homophobie en général, sans un mot sur l’homophobie meurtrière et barbare des islamistes.

L’impératif épistémologique absolu des sciences sociales correctes est donc de ne jamais proférer le mot islamisme. Le mot est décrété scientifiquement tabou. On pourra le vérifier lors des prochaines tragédies.

Leur devise :  ne pas appeler les choses par leur nom ; ne pas identifier l’ennemi ; ne pas le combattre.

On dira ce qu’on veut, mais pour une révolution, c’est une sacrée révolution.

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est professeur agrégé de philosophie.
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