Les grands de ce monde ont joué cartes sur table. Devant l’ONU, ils ont clairement exposé les clivages internationaux. Et quand Donald Trump a fait preuve de réalisme, Emmanuel Macron a péché par idéalisme.


Devant l’Assemblée générale des Nations Unies, les discours ont été à plus d’un titre exceptionnels, mardi 25 septembre. Le secrétaire général, Antonio Guterres, dont on connaît le parti pris doctrinaire, avait pourtant ouvert, quoiqu’à mots couverts, les débats de façon très polémique, ce qui est contraire à sa fonction.

Si les discours des chefs d’Etat ont été si singuliers, ce n’est pas tant par leurs qualités intellectuelles que parce qu’ils ont montré au grand jour et sans faux semblants la totalité des clivages qui parcourent la planète. Clivages politiques (par rapport au Vénézuela socialiste), géopolitiques et religieux (vis à vis de l’Iran), écologiques (tentative par la France d’isoler les Etats-Unis !), militaires et économico-politiques.

Le protectionnisme contre le reste du monde

Sur le terrain de l’économie, une fois encore, le conflit a été parfaitement désigné entre le multilatéralisme et… le reste, parfois nommé bilatéralisme, unilatéralisme, patriotisme, nationalisme (sans oublier les récurrents « autarcisme » et « repli sur soi »). Le fait que le conflit idéologique (devenu très brutal sur le terrain) soit clairement désigné ne signifie pas pour autant qu’il a été bien exposé et bien débattu. La sempiternelle reductio ad Hitlerum qui accompagne tout discours contre le protectionnisme ne suffira jamais à remplacer un vrai débat sur l’idée de protection d’un système national économique et social. De ce point de vue on ne peut être que frustré de la prestation d’Emmanuel Macron. Le fait que tant d’orateurs perdent leurs nerfs sur ce sujet révèle une impuissance intellectuelle qui devrait susciter le recours aux analyses et débats de vrais intellectuels. La fameuse phrase : « La philosophie du protectionnisme, c’est la philosophie de la guerre » doit être restituée à son auteur, Ludwig von Mises, et dans le sens qu’il lui avait donné entre les deux guerres. Tout ceci, en définitive, doit conduire irrésistiblement à revenir à la définition de l’économie par sa fonction.

Puissance et impuissance des grands de ce monde

Donald Trump de son côté a distribué les bons points à ses alliés (Pologne, Israël, et même, en prenant des risques, Corée du Nord) et les cartons rouges à ses ennemis (Iran, Venezuela, et ses deux millions de réfugiés, pour lequel il a demandé à juste titre une action forte de l’ONU). Il a également réaffirmé l’attachement de son administration à la doctrine Monroe qui fait des Amériques la chasse gardée des Etats-Unis et implique que ces mêmes Etats-Unis n’interfèrent pas dans les affaires européennes ou du reste du monde ; en omettant toutefois de préciser qu’il entendait cette doctrine à la lumière du « corollaire Roosevelt », c’est à dire en se réservant d’intervenir partout où les intérêts des Etats-Unis seraient menacés.

Le discours, énervé, d’Emmanuel Macron manquait lui de fond et de réalisme. La phrase, « ne signons plus d’accords commerciaux avec les puissances qui ne respectent pas l’accord de Paris », sitôt proférée, paraissait comme un capricieux et velléitaire aveu d’impuissance.

Mal à l’aise sur la question migratoire, si explosive en France, alors que le président américain, fidèle à sa ligne, avait déclaré ne pas vouloir soumettre la volonté démocratique du peuple américain sur ces questions à des instances extérieures, Emmanuel Macron donnait des explications embrouillées sur l’incident de l’Aquarius. Puis il ajoutait quelques vieux poncifs sur la santé, la scolarisation, l’égalité hommes-femmes comme solution aux flux migratoires.

Malheureusement, de ces débats fondamentaux la plupart des médias n’ont retenu que les rires de l’assistance quand Donald Trump, en campagne électorale, a fait son auto-promotion.

Quand le tweet montre la lune l’idiot regarde le tweet.

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