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L’excusisme illimité des Occidentaux est insupportable !

Tout finit toujours par être de notre faute

L’excusisme illimité des Occidentaux est insupportable !
Manifestation contre l'intervention de l'OTAN en Afghanistan, Londres, novembre 2010. Photo : Léon Neal / AFP

 

Du Rwanda à la guerre de Libye, les Occidentaux sont sommés d’endosser tous les crimes du monde. Même ceux qu’ils n’ont pas commis. Les obsédés du ressentiment postcolonial confondent copieusement coupables et complices présumés. 

 

Tandis que le procès des époux Fillon s’ouvre, on se souvient des conditions dans lesquelles le candidat de la droite a été éliminé dès le premier tour de l’élection. On n’a pas oublié les intrigues du pouvoir en place, les manipulations d’une presse hostile et partisane, l’immixtion d’une justice spéciale et spécialement rapide là où elle n’avait rien à faire, en vertu de la séparation des pouvoirs, et on attribue l’échec d’une droite pressentie pour gagner la présidentielle aux manœuvres de ses adversaires. L’analyse tient la route et les faits ne manquent pas pour venir l’étayer, mais on oublie trop souvent de mentionner dans l’histoire le vrai responsable, le seul arbitre, le décideur en dernière instance, le juge suprême dans une élection au suffrage universel : l’électeur.

Je l’ai parfois regretté, je m’en suis réjoui souvent, mais Hollande n’était pas Poutine. Si son principal opposant avait été diffamé, injustement accusé, arbitrairement jeté en prison et empêché de présenter sa candidature, nous pourrions légitimement affirmer que l’élection nous a été volée, comme le répète Michel Onfray sans prendre plus de précautions de langage. Il est parfois nécessaire de rappeler certaines lapalissades : si Fillon n’a pas été élu, c’est d’abord et surtout parce qu’une majorité de Français, en pleine possession de leur libre arbitre, n’ont pas voté pour lui. Pour expliquer cette désaffection, on peut additionner les hypothèses : un programme trop drastiquement libéral au pays de l’État-providence, la crainte d’un conservatisme à la limite d’un ordre moral assez éloigné du sens commun le plus partagé, les incohérences du candidat, arroseur arrosé par ses déclarations sur de Gaulle, Sarkozy et sa mise en examen, le faible crédit d’un homme qui avait l’air droit dans ses bottes, mais dans un costume offert par un mafieux.

Les convictions du petit bourgeois s’effacent devant ses intérêts

On peut aussi attribuer cet abandon en rase campagne à la sociologie de son parti, à cet électeur de la droite des notaires et des notables chez qui les convictions s’effacent devant les intérêts, à ce petit bourgeois qui se détourne par conformisme de celui contre qui la rumeur enfle comme on regarde de travers ce voisin devant chez qui on a vu les gendarmes, à ce contribuable convenable et vétilleux qui s’effarouche devant la plus insignifiante et inconséquente des « corruptions » et le plus légal des « détournements » de fonds alloués, qui prend peur en entendant les mots « mis en examen », qui condamne sur parole médiatique et avant le juge, et qui exige de l’élu une éthique, une vertu et une transparence dont il s’embarrasse peu dans la gestion de son portefeuille, de son commerce ou de son personnel. Ce ne sont là qu’intuitions et suppositions, ni plus incomplètes ni plus erronées que d’autres, pour expliquer l’étrange défaite, et à présent que l’on a vu Fillon s’éclipser après avoir appelé à voter Macron, cet autre candidat de la bourgeoisie, pour aller faire dans la finance, les affaires et les conférences sans être trop gêné, semble-t-il, par son sens de l’État, on peut en déduire que le personnage n’avait finalement que l’électorat lâcheur qu’il méritait. Mais on a préféré faire porter le chapeau à une clique manœuvrière plutôt qu’à un candidat peu convaincant et à une classe sociale frileuse et décevante.

A lire : Affaire Fillon: la justice contre l’élection

Pour étendre l’argument à international, on a souvent tendance à attribuer les guerres, les crimes et les catastrophes à leurs responsables plus ou moins indirects plutôt qu’à leurs coupables flagrants. À force d’analyses scabreuses sans cesse répétées, on finit par oublier les criminels pour n’accuser que ceux qui sont supposés (parfois à raison) avoir créé les conditions du crime. Pour une large opinion, le massacreur des Palestiniens des camps de Sabra et Chatila s’appelle Ariel Sharon, on a oublié les phalangistes chrétiens. Longtemps, la cause et l’origine des guerres tribales dans le tiers-monde avaient un seul nom, toujours occidental : celui du marchand d’armes. Lorsque les Rwandais se sont génocidés à la machette, on a dû trouver autre chose, mais le coupable, l’habituel et éternel coupable dans le monde postcolonial est resté le même : l’homme blanc et, en l’occurrence, le Français. Aujourd’hui encore, si les populations meurent de faim au Yémen, on passe sans s’attarder sur les milices chiites fanatiques et sur les Saoudiens impitoyables qui s’entretuent, et qui cloue-t-on au pilori pour leurs pratiques commerciales peu pacifistes ? Nous autres.

L’occident a pour manie de prendre sur lui tous les crimes du monde

Tout finit toujours par être de notre faute. Si le Maghreb est conservé dans le formol et l’Afrique confinée dans le sous-développement, ce ne sont pas les archaïsmes culturels qui durent, mais les traumatismes coloniaux qui perdurent. Si l’Iran est devenu un cauchemar, ce n’est pas par l’observance de pratiques religieuses criminelles, mais à cause de Giscard qui a accueilli Khomeyni. En Afghanistan, les torts sont partagés, non pas entre les clans, les ethnies ou les tribus, pas foutus depuis trente ans de s’entendre pour que leurs enfants puissent grandir dans un pays en paix, mais comme chacun sait, entre les Russes et les Américains. Si les Irakiens ne sont pas sortis de la guerre interconfessionnelle qui ensanglante leur pays et qui devient routinière, on incrimine Georges Bush qui est intervenu. Et si la Syrie a connu à peu près le même sort, on accuse Barack Obama qui s’est gardé de le faire.

Cette manie que nous avons de prendre sur nous tous les crimes du monde s’est exprimée sous son jour le plus décomplexé dans l’émission « Les Terriens du dimanche » quand Bernard-Henri Lévy y fut soumis à la question, sommé de répondre des crimes commis dans la Libye d’après Kadhafi et prié lourdement de plaider coupable pour les femmes violées et pour les hommes vendus comme esclaves. On a pu entendre sur le plateau qu’« il avait des chemises très propres, mais les mains très sales » et lire dans les commentaires qui ont suivi le débat que « BHL a du sang sur les mains ». On a oublié les rivières de sang promises à Benghazi et la coalition internationale qui a bombardé un régime prêt à commettre un massacre. On a surtout soigneusement oublié, ici comme ailleurs, l’histoire de cette partie du monde où des Arabes avaient coutume de réduire des Noirs en esclavage, habitude avec laquelle certains semblent avoir renoué.

A lire : Peut-on avoir raison avec BHL ?

Comment expliquer cet excusisme sans frontières qui nous amène toujours à la fin des fins à endosser tous les crimes du monde ? Nous avons tendance à nous croire tout-puissants, à nous prendre pour Dieu, pour un dieu qui porte tous les péchés du monde, plus qu’un dieu chrétien, un dieu si omnipotent que le libre arbitre chez l’autre est aboli comme l’est sa responsabilité. Cette déresponsabilisation est peut-être d’abord l’expression d’une supériorité, d’une condescendance, et le tribunal que nous dressons pour y comparaître est peut-être aussi et au fond un nouveau piédestal. Il est temps de revoir nos prétentions à la baisse et de constater qu’au XXIe siècle, nous ne ressemblons plus à ce dieu unique qui fait sur le monde la pluie et le beau temps. Nos pouvoirs s’arrêtent là où commence le droit des peuples à s’entretuer ou à adopter la charia. Il se pourrait bien que nous soyons à présent plutôt jupitériens. Nous envoyons encore la foudre, mais les après-guerres nous échappent comme les intrigues de l’Olympe échappaient au chef des dieux antiques.

Comme le dieu romain obligé de mentir, de tricher, de changer son apparence pour séduire des nymphes ou des mortelles, dans la crainte d’être découvert par sa divine épouse et de déclencher son courroux, l’homme occidental est contraint aujourd’hui, s’il veut espérer une vie sexuelle, de dissimuler sa vraie nature sous les discours du féminisme égalitariste et de jouer le rôle de l’éternel amant, lequel, au premier écart, reçoit la foudre. Leçon d’humilité que nous devrions retenir pour les jours où nous nous prenons pour les puissants manipulateurs de l’humanité, pour les terreurs du monde, pour les grands Satan.

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Mai 2019 - Causeur #68

Article extrait du Magazine Causeur


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Cyril Bennasar, anarcho-réactionnaire, est menuisier. Il est également écrivain. Son dernier livre est sorti en février 2021 : "L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur, réponse à Rokhaya Diallo" aux Éditions Mordicus.

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