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Bombardier russe en mission vers la Syrie. Numéro de reportage : AP21977759_000008.

Bon nombre d’œuvres artistiques et littéraires ont agité le spectre de la menace nucléaire, qu’il s’agisse d’œuvres historiques sur la guerre froide ou de récits de science fiction, si bien que l’imaginaire collectif s’attend toujours à voir les champignons atomiques pousser sur la planète lors d’une hypothétique troisième Guerre mondiale entre Russes et Américains.

Moscou aguerri par la guerre en Syrie

Et s’il en était tout autrement ? Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgu a ainsi déclaré le 12 janvier dernier que la Russie pourrait utiliser ses armes de haute précision pour remplacer partiellement les armes nucléaires comme un moyen de dissuasion d’ici à 2021. « Formidable, c’est une avancée vers la paix mondiale ! », réagiront certains. A tort. Car avec ces nouvelles armes, la Russie ne vise pas le désarmement général. Moscou veut prouver qu’elle existe encore face aux Etats-Unis, à la Chine et à l’Inde.

Ces dernières années, les Russes n’ont pas vraiment innové sur les questions militaires. Durant sa campagne en Syrie, l’armée russe a rappelé au monde militaire qu’une campagne de guerre se gagnait à la fois par un soutien aérien massif et indiscriminatoire (quitte à causer des dommages collatéraux…), des renseignements humains recueillis sur le terrain, et l’adhésion d’au moins une partie de la population locale. Bref, tout le contraire des frappes américaines par drones.

A l’instar des Etats-Unis pendant les guerres du Golfe successives (1991, 2003), la Russie a réussi une telle démonstration de force en Syrie que son industrie d’armement a reçu plusieurs commandes fermes de la part d’Etats, notamment dans le domaine de l’aviation militaire.

Dans un secteur en perpétuelle innovation, pour rester dans le jeu diplomatique, la Russie ne peut se satisfaire de sa seule stratégie nucléaire. Non seulement le nucléaire devient sujet à obsolescence, les moyens de contrer ces armes étant de plus en plus perfectionnés, mais la recherche balistique avance à grands pas. Andrei Akulov, expert du Strategic Culture fondation, a dévoilé des projets de missiles hypersoniques ultramaniables comme le Yu-74 qui pourraient contrer le fameux dôme de protection antibalistique de l’OTAN en atteignant une cible à 10 000 kilomètres en seulement une heure.

Radiation générale

Comme l’a écrit Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, puis dissident devenu prix Nobel de la paix, l’emploi du nucléaire n’est pas sans conséquences sur les Etats neutres restés officiellement à l’abri du conflit : « Ce qui distingue les conséquences biologiques lointaines des explosions nucléaires, surtout lorsqu’elles ont lieu dans l’atmosphère, les retombées radioactives se diffusant sur toute la Terre ou plutôt sur tout l’hémisphère, c’est qu’on peut les calculer, on peut déterminer avec plus ou moins de précision le nombre total des victimes, mais on ne peut pratiquement pas indiquer qui sont ces victimes, car elles sont perdues dans la marée humaine […] à terme, l’ensemble de l’humanité est soumise aux radiations ».
De leurs côtés, les Américains préparent une solution de rechange pour contrer les nouvelles armes russes. Le Pentagone a annoncé qu’il avait essayé un nouveau système d’armes laser, qui pourrait renforcer les forces terrestres et aériennes du pays d’ici à 2025. Les spécialistes militaires américains ont ainsi essayé dans les pays du Golfe le système mobile d’arme laser à haute énergie (High Energy Laser mobile Truck Test, HELMTT) afin de mieux contrer les potentielles menaces de l’ours russe.

Pendant ce temps, les Indiens se préparent à un éventuel affrontement sino-pakistanais au Cachemire et les Chinois multiplient les démonstrations de force en mer de Chine pour récupérer les zones perdues par la révolution maoïste.

Inde et Chine planchent déjà sur des armes d’origines spatiales pour contrer les deux puissances russo-américaines dans de possibles cyber-attaques et autres rayons lasers dignes de Star Wars.

Ainsi, au monde bipolaire de jadis succédera un système quadripolaire (Etats-Unis, Russie, Chine, Inde), conflit latent entre quatre mammouths militaires avec un équilibre de la terreur fondé sur les hautes technologies. Si vis pacem para bellum

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est analyste géopolitique indépendant.est analyste géopolitique indépendant.