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«Novax Djocovid»: après le fiasco australien, entêtement stupide ou admirable conviction?

Que devient le joueur de tennis Novak Djokovic?

«Novax Djocovid»: après le fiasco australien, entêtement stupide ou admirable conviction?
Novak Djokovic photographié à Belgrade, 3 février 2022 © Darko Vojinovic/AP/SIPA

Tennis: le futur du N°1 mondial dépend désormais d’une hypothétique levée des restrictions vaccinales.


Dans une interview à la BBC mardi [1], tout en restant « ouvert d’esprit sur la possibilité quant à la possibilité de se faire vacciner à l’avenir », Novak Djokovic a annoncé prendre le risque de faire l’impasse sur Roland-Garros si l’obligation vaccinale était maintenue en France. La saga australienne a manifestement traumatisé Novak Djokovic. Traité comme un vulgaire immigré clandestin à son arrivée en Australie le 4 janvier, en dépit de documents en règle, le nonuple vainqueur de l’Open d’Australie est rentré chez lui le 16 janvier en état de choc après un ultime recours auprès d’une Cour fédérale contre son expulsion du territoire pour trois ans.

Face à une telle humiliation – qu’on n’aurait peut-être pas osé faire subir à Roger Federer, ni surtout à un joueur américain étant donné le poids géopolitique du grand frère américain -, deux cas de figure se présentaient pour le Serbe :

– Soit se faire vacciner dare-dare dès qu’il était médicalement possible de le faire (vers la mi-mars) car chat échaudé craint l’eau froide ;

– Soit persévérer dans son inébranlable conviction anti-vax.

Nature entêtée

Entêté de nature, Novak Djokovic a choisi la deuxième solution – malheureusement pour ses fans mais aussi pour tous ceux qui voyaient dans l’année 2022 le pinacle de la course au GOAT (Greatest Of All Time) entre lui et Nadal, Federer étant manifestement hors-course. Non-vacciné, Djokovic se condamne à une saison 2022 a minima. Il devrait être privé des Masters 1000 (plus grands tournois derrière les grands chelems) d’Indian Wells, Miami, Monte-Carlo et possiblement Madrid et Rome.

Surtout, il risque de ne pas pouvoir défendre son titre à Roland-Garros du 22 mai au 5 juin. Un titre qu’il avait conquis de haute lutte l’an passé en battant Nadal en demi-finale et en remontant un handicap de deux sets à zéro en finale face à Stefanos Tsitsipas. A moins que la pandémie ne disparaisse aussi vite qu’elle est venue et/ou que les restrictions vaccinales à l’entrée soient levées tant en France qu’aux Etats-Unis – selon Eurosport, il devrait quand même pouvoir s’aligner à Wimbledon [2] -, son compteur de Grands Chelems tournera moins qu’espéré.

A lire aussi, Thomas Morales: Tennis: préférez-vous le beau jeu ou la gagne?

Le Serbe, vegan, adepte de certaines formes d’ésotérisme et naturopathe, a souligné mardi devant le journaliste de la BBC médusé que « les principes sont plus importants que les titres » et qu’il prenait le risque de ne pas être statistiquement le plus grand joueur de l’histoire. Tout en ajoutant qu’il était pro-choix et pas anti-vaxx pour ceux qui seraient tentés de l’utiliser comme mascotte…

Doit-on considérer cette position comme une forme d’arrogance infantile (comparable à l’enfant qui, privé de dessert, clame qu’il n’a pas faim ?) ou doit-on admirer la force de conviction de ce bonhomme décidément en granit ? Je pencherais personnellement pour l’entêtement jusqu’à l’absurde, ayant pourtant apprécié depuis 2007 l’extraordinaire force de caractère de ce jeune homme, éternel troisième homme et mal aimé derrière les légendes chères au cœur des fans, Roger Federer et Raphaël Nadal, et qui s’était hissé à leur hauteur en dominant la décennie 2011-2021 avec 19 Grands Chelems. Car, après tout, des milliards d’humains se sont fait vacciner de par leur monde sans grand dommage pour leur organisme.

Boris Becker pas d’accord avec son ancien poulain

Si Mats Wilander soulignait récemment sur Eurosport[3] la résilience du champion serbe dans le bras de fer juridique qu’il menait contre les autorités et la justice australiennes, Boris Becker, qui l’a coaché plus de trois ans, rappelait que la force de caractère qui l’a mené à ce niveau de perfection tennistique peut également se retourner contre lui… Par comparaison, le « modeste » Nadal a précisé en Australie : qui sommes-nous, nous joueurs de tennis, pour contredire le relatif consensus scientifique autour de l’efficacité des vaccins [4] ?

En attendant, la planète tennis est sous le choc. Car derrière ce retrait qu’on espère temporaire, il y a des impératifs économiques et purement tennistiques. Qu’on l’aime ou pas, Novak Djokovic aurait été, dans son éternel combat contre un Raphael Nadal renaissant pour la place de meilleur joueur de l’histoire, la principale attraction du printemps et de l’été. Et donc, sauf miraculeuse levée des restrictions d’ici deux mois (ou s’il change d’avis), on ne verra guère Djokovic qu’à Dubaï la semaine prochaine et à Belgrade, sa ville natale, fin avril d’où il devait faire sa préparation pour Roland-Garros. En cela, même s’il espère jouer encore pendant de nombreuses années, il prend le risque de mettre carrément sa carrière en péril tant le tennis masculin progresse chaque semaine et que tout éloignement même temporaire peut être rédhibitoire. Raphaël Nadal, toujours théoriquement en position de gagner le Grand Chelem calendaire et Daniil Medvedev, assuré de devenir premier mondial prochainement se frottent les mains… Ainsi que l’ensemble du circuit débarrassé provisoirement de la principale terreur des vestiaires.


[1] https://youtu.be/rNaIMC4XMhc

[2] https://www.eurosport.fr/tennis/tennis-atp-sans-vaccin-contre-le-covid-19-a-quoi-pourrait-ressembler-la-saison-de-novak-djokovic_sto8794165/story.shtml

[3] “Malheureusement pour Novak Djokovic, les gens sont disposés à le peindre en mouton noir”, juge Mats Wilander – Eurosport

[4] https://youtu.be/Vu1AiJbDJcY (4:55)


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est écrivain, journaliste et romancier belge. Dernière publication : "Tout doit disparaître", Edilivre (2021)

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