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Nordahl Lelandais: les journaux en font-ils trop?

Pourquoi tant d'obscénité médiatique?

Nordahl Lelandais: les journaux en font-ils trop?
Ouverture du proces de Nordhal Lelandais pour le meurtre de Maëlys, Grenoble, 31 janvier 2022 © VSPress/SIPA

S’il vient finalement de reconnaitre qu’il avait volontairement tué la petite Maëlys lors de son procès, Nordahl Lelandais dit ne pas se souvenir, ou ne pas pouvoir donner d’explications à ses actes criminels. De quoi susciter une surenchère médiatique et accentuer le désarroi des parties civiles.


Il y a des affaires criminelles qui commencent mal sur le plan médiatique et parfois même pour l’essentiel judiciaire. On ne sait pourquoi, une focalisation qui devient vite délirante sur un suspect, un mis en examen, un accusé, au point d’entraîner des conséquences délétères: traiter artificiellement d’extraordinaires une procédure, puis un procès, contre l’obligation, comme l’avait enseigné le procureur général Pierre Truche, d’appréhender de manière ordinaire quelque matière criminelle que ce soit.

Quand les ressorts criminels profonds sont inintelligibles

Il y a eu la folie médiatique autour de Jonathann Daval, favorisée par l’un de ses avocats et l’étrange et complaisante exposition des parents de la victime. Il y a, depuis le début du procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre de la toute jeune Maëlys, des comptes rendus médiatiques à foison allant jusqu’à interviewer la sœur de celle-ci en compagnie de son avocat sur TF1. Je ne peux que renvoyer au texte que j’ai écrit le 23 novembre 2020: “Jonathann Daval : procès d’un procès ?” Celui-ci met surtout l’accent sur l’obsession des parties civiles d’obtenir de la part des accusés une vérité complète et définitive sur ce qu’ils ont perpétré, alors qu’eux-mêmes ne désirent pas être à leur service et que parfois même ils sont ignorants de leurs ressorts profonds.

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On attendait de Jonathann Daval, on attend de Nordahl Lelandais, la clé des mystères criminels et il est évident que comme souvent, voire toujours, la déception sera aussi vive du côté des familles de victimes que leur espérance était forte et leur douleur violente.

Remettre l’accusé à sa place

Cette médiatisation obscène – quelques hebdos, dont Marianne, sauvent l’honneur – amplifie l’expression d’un désir de vérité qui ne sera jamais satisfait dans sa plénitude et donc suscitera une terrible déception, accroissant le chagrin de la perte irréparable et peut-être aussi le ressentiment contre une peine pas assez extrême. J’entends bien qu’il est dur, voire impossible pour les sinistrés à perpétuité d’un crime qui les a dépossédés d’un être cher, pour les amis d’un accusé qu’ils disent avoir connu sous un autre jour, de ne pas s’abandonner à la colère naturelle contre celui qui saurait toute la vérité mais ne voudrait pas la dire.

Qu’il la taise par sadisme ou par ignorance de ses tréfonds obscurs, surtout qu’on ne fasse pas de lui l’arbitre des révélations et de l’exemplarité d’un procès. Il n’a pas à gouverner ni à administrer des débats que son crime a imposés. Il ne sera jamais un sauveur. Après avoir été un fossoyeur.


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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