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Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron et les juges…

Sarkozy n'aimait pas les juges et Macron a nommé un ministre qui ne les a jamais aimés.

Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron et les juges…
Les Président N. Sarkozy et E. Macron, le 19/10/22 / PHOTO: CELINE BREGAND/SIPA / 01091709_000046

Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron ont tous les deux des raisons de ne pas apprécier les magistrats mais ils expriment ce fait de manière très différente. L’analyse de Philippe Bilger.


Comme il y a eu de l’impressionnisme en peinture, il me semble qu’un blog a le droit aussi de s’abandonner à des impressions qui ne prétendent pas offrir des vérités définitives mais seulement des lueurs, voire des lumières ; un regard certes subjectif mais que factuel et psychologie mêlés sont susceptibles de valider.

À l’égard des deux ouvertures d’information par le PNF (Parquet national financier) au sujet du financement de la campagne de 2017 et des avantages qui auraient été accordés à la société de conseil McKinsey, nous sommes naturellement conduits à comparer les attitudes d’Emmanuel Macron à celles de Nicolas Sarkozy, tant elles sont différentes.

Ce dernier n’a cessé de se crisper, de se cabrer, parfois de dénoncer, de protester à plusieurs reprises de son innocence. Il n’a jamais cherché à faire preuve même d’une apparente sérénité, sauf quand ses offensives répétées contre les juges avaient des effets contre-productifs. Nicolas Sarkozy n’a pas la qualité, ou le défaut, de l’indifférence, il est porté à ruer dans les brancards et sans doute n’est-il pas loin de considérer que cet extrémisme est le signe de sa bonne foi.

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Emmanuel Macron adopte la posture inverse. Il glisse, il s’insinue, il embrasse pour mieux étouffer. Il joue au bon apôtre, donne des conseils à ses ministres pour les dissuader prétendument de toute démagogie mais son avertissement subtil les met plutôt en garde contre l’envie qui pourrait les saisir d’être sincères. Comme, au moins partiellement, Bruno Le Maire a voulu l’être quand Olivier Véran, lui, s’est évertué à colmater les brèches causées par le débridement du premier.

Dans les postures de notre Président en matière judiciaire, il y a quelque chose d’une personnalité qui à la fois affecte l’indifférence à l’égard de ce qui ne le concernerait pas et se permet des immixtions sans le moindre souci de la réserve qu’on serait en droit d’attendre de lui.

Pour faire changer la teneur d’un rapport policier de synthèse défavorable à Alexis Kohler, il s’autorise l’envoi d’une attestation vantant la parfaite bonne foi de son collaborateur principal. Apparemment cette démarche n’a pas convaincu les magistrats instructeurs qui ont récemment questionné sur le fond le mis en examen Alexis Kohler sur un mode pugnace et avec des interrogations pertinentes (Mediapart).

Pour McKinsey, Emmanuel Macron, après avoir initialement déclaré, avec une forfanterie trop sûre de soi, « qu’ils aillent au pénal », a changé de tactique et face au pénal qui est arrivé, il a soutenu avec désinvolture qu’il n’était pas concerné. On voit mal qui d’autre pourrait l’être au regard des nombreuses sollicitations, certaines incongrues, dont ce cabinet a bénéficié et de leurs possibles liens avec le financement de la campagne présidentielle.

Aussi bien pour Nicolas Sarkozy que pour Emmanuel Macron protégé jusqu’à la fin de son mandat, il n’y a rien encore d’établi, d’incontestable, d’irréversible.

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On use beaucoup de la présomption d’innocence sous la présidence d’Emmanuel Macron. Il y a eu le regrettable changement d’orientation qui, pour les ministres mis en examen et le Secrétaire général de l’Elysée lui-même, les laisse en poste. Comme si, face à l’innocence présumée, il n’y avait rien. Alors que la mise en examen est notifiée à une personne soupçonnée d’infractions, contre laquelle existent des indices graves ou concordants. Il n’est donc pas sans conséquence de considérer que ces situations procédurales sont sans effet sur les activités politiques comme si, méprisant les premières, on ne privilégiait que les secondes et les soutiens qu’elles impliquent.

À mettre en parallèle les deux manières d’appréhender les juges et la Justice, je ne suis pas sûr que celle adoptée par Nicolas Sarkozy, dans sa crudité ostentatoire et à charge, ne soit pas en définitive plus honnête que celle feutrée, biaisée, sournoise et jésuitique d’Emmanuel Macron. La première, ne se dissimulant pas, appelle plus aisément la contradiction, la seconde, se parant d’un superficiel détachement mais d’une authentique inquiétude, relève d’une comédie beaucoup plus difficile à déchiffrer.

D’autant plus que le garde des Sceaux, dont le lien avec le président est évidemment très fort à cause de la confiance maintenue contre vents, marées et mise en examen, s’abstiendra nécessairement de toute influence qui serait mal perçue.

Nicolas Sarkozy n’aime pas les juges et l’a fait savoir. Emmanuel Macron fait croire qu’il les respecte mais a nommé un ministre qui ne les a jamais aimés.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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