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Mitterrand le mytho

«En bande organisée: Mitterrand, le pacte secret» de Sébastien Le Fol (Albin Michel, 2023)

Mitterrand le mytho
François Mitterrand en Jordanie, accompagné de son épouse Danielle et de Roland Dumas, 1992 © HALEY/SIPA

Avec son nouvel essai En bande organisée, le journaliste Sébastien Le Fol revient sur la jeunesse droitière de François Mitterrand. Encore?


Le thème n’est en effet plus tout à fait nouveau. Depuis Une jeunesse française de Pierre Péan jusqu’aux plus récentes Vies parallèles de Michel Onfray, plus grand-chose n’est ignoré des turpitudes du jeune Mitterrand – la francisque, l’amitié avec René Bousquet… Ce nouveau livre s’intéresse à l’épineuse question de la jeunesse du président français (1981-1995), sous l’angle de la petite bande d’ambitieux copains qui s’est constituée au 104 de la rue Vaugirard, chez les pères maristes.

Un quarteron de mousquetaires provinciaux

François Dalle, André Bettencourt (tous deux passés à la tête de L’Oréal, généreux sponsor des débuts politiques de Mitterrand) et Pierre de Bénouville (celui qui fut le plus proche de François Mitterrand parmi la bande puisqu’il l’a connu au collège d’Angoulême), tel était le quarteron de mousquetaires provinciaux, qui n’a cessé de se faire la courte échelle. La petite bande n’ignore rien de la seconde vie de Mitterrand et de l’existence de sa fille cachée, et en ricane allègrement…

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Président, Mitterrand hésite même un temps à nommer son vieux copain Bettencourt, ancien ministre de De Gaulle et Pompidou, à Matignon, en 1986, après la victoire de la droite aux législatives. Député RPR dans les années 80, Pierre de Bénouville monte au filet, de son côté, pour défendre son vieux camarade Mitterrand quand les jeunes loups de la droite de l’époque (François d’Aubert, Jacques Toubon ou Alain Madelin) s’en prennent au passé trouble du président. Passé trouble dont on ne savait pas encore grand-chose, hormis quelques entrefilets qui circulaient dans des feuilles de chou d’extrême droite suffisamment confidentielles et marginales pour rester inaperçues. Il n’y a que la menace de la nationalisation de Dassault – dont Bénouville est l’éminence grise – au moment du programme commun, qui a failli écorner l’indéfectible amitié. Pour le reste, Bénouville est reçu à l’Élysée tard le soir et donne son avis sur la composition du gouvernement. On finit presque par s’imaginer Bénouville en conseiller occulte du président… Mais il faut revenir au Paris des années 30. Le jeune Mitterrand commence par naviguer dans le turbulent Quartier Latin, manifestant tantôt contre « l’invasion métèque », signant tantôt des articles qui s’en prennent au « dehors », lequel aurait contaminé l’esprit national… Bref, François Mitterrand a politiquement une bonne droite, et cela ne va pas s’arranger après la débâcle de 1940. Attiré par les marges politiques, la canaille et l’esprit de bande, il y a dans l’entourage de Mitterrand des Cagoulards un peu partout, au point de se demander s’il n’a pas lui aussi plus ou moins appartenu à cette organisation qui avait projeté de renverser la République au prix d’un complot militaire. Jean Charbonnel, gaulliste de gauche que le journaliste a fréquenté peu avant sa mort et qui a étudié le dossier, approchait à la fin de sa vie de cette conclusion. Il faut bien dire que certaines archives ont mal résisté aux passages opportuns de Mitterrand à la tête des ministères de la Justice et de l’Intérieur durant les années 50…


Ouvriers de la vingt-troisième heure, voire de la vingt-cinquième…

Des écrits, la bande des quatre en a pourtant laissé. Pendant la guerre, dans La Terre française, revue agricole vichyste, André Bettencourt se lâche contre les Juifs, les francs-maçons. Sans basculer tout à fait dans le collaborationnisme, Bettencourt ne contient pas une certaine admiration pour ce qu’est en train de devenir l’Allemagne, à la suite d’un voyage outre-Rhin en 1939 auquel participe… un certain Mitterrand François. Quelques décennies plus tard, quand il évince Jean Frydman, administrateur israélien d’une filiale de L’Oréal, sous la pression de la Ligue arabe, et que les écrits de jeunesse refont surface, évidemment, ça ne fait pas très bonne impression.

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Heureusement, la bande avait fini par rejoindre la Résistance, plus ou moins tôt. Ouvriers de la vingt-troisième heure, voire de la vingt-cinquième pour Bettencourt, dont les premiers indices de participation à la Résistance ne remontent pas avant juillet 44, ils sont des figures « vichysto-résistantes », un temps séduits par la Révolution nationale, et ralliés à la France Libre ensuite, jouant parfois un double jeu.

Leurs parcours illustrent la complexité de l’époque, à mille lieux du schéma manichéen dessiné après-guerre entre bons et méchants – récit simplificateur que la gauche mitterrandienne n’a pas peu contribué à perpétuer.

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Professeur démissionnaire de l'Education nationale

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