En 68, le climat insurrectionnel qui règne dans un Paris paralysé n’a pas bouleversé les habitudes de la haute société. Si la pénurie d’essence interdit les week-ends à la campagne, déjeuners et dîners se succèdent comme si de rien n’était… ou presque.


Le temps où la guillotine se dressait place de la Concorde n’est pas si lointain et celui des incendies de la Commune l’est encore moins. Aussi, lorsqu’un vent de fronde se met à souffler sur le Quartier latin, on frissonne dans les salons les mieux fermés du faubourg Saint-Germain et de la plaine Monceau. Si certains de leurs habitants paniquent, d’autres s’en amusent et veulent se frotter au plus près d’une jeunesse mal peignée. On évite les affrontements de rue, avec leurs jets de pavés et nuages de gaz lacrymogène, mais l’on se presse dans les hauts lieux de la mobilisation. Dans son journal1, Nancy Mitford note : « 18 mai. – Lucy a téléphoné. Elle a mis un bonnet phrygien et s’est rendue à la Sorbonne déguisée en étudiante. Nous avons le même âge, cela devait être bizarre à voir. Elle a dit qu’ils étaient tous si beaux et si polis ! Il semblerait que la Sorbonne soit devenue une attraction touristique. » Assurément.

« Une faucille et un marteau en diamants »

Françoise d’Origny2 se rendit pour sa part à l’Odéon pour « tâter le pouls de la fièvre ambiante » et se souvient d’une salle « bondée remplie d’un public surexcité » venu écouter des leaders officiels qui « se donnaient l’air important d’un Comité de salut public ». Elle en sortit pourtant apaisée. « Je commençais à m’ennuyer lorsqu’un jeune homme se leva et interpella l’orateur du moment : “Que feras-tu, camarade, pour les homosexuels ?” De là-haut la réponse tomba : “Ne t’inquiète pas, camarade, on sera tous derrière toi !” La salle retint son souffle, puis hurla de rire. Je m’en allais rassurée, si on faisait encore de l’esprit, en de pareils moments, rien n’était perdu. » C’est ce que dut se dire aussi Marie-Laure de Noailles qui alla saluer les émeutiers des barricades au volant de sa Rolls, elle qui, en 1936, s’était déjà fait faire « une faucille et un marteau en diamants », selon l’abbé Mugnier.

Dali en Rolls au milieu des émeutiers

Les étudiants sans cravate reçurent également la visite de Salvador Dalí. Toujours en Rolls (

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Avril 2018 - #56

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite