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Le ministère McKinsey

Les appels à l'aide répétés de l’exécutif à des prestataires privés, et ses relations avec des consultants perturbent la campagne présidentielle

Le ministère McKinsey
Amélie de Montchalin, photograhiée hier à Paris. La ministre de la Transformation et de la Fonction publiques dit que le gouvernement assume le recours aux cabinets de consultants comme McKinsey © WITT/SIPA

Appelez les pompiers ! il y a le feu à la macronie ! Hier soir, au cours d’une bien longue conférence de presse, Amélie de Montchalin et Olivier Dussopt ont tenté d’éteindre l’incendie McKinsey déclenché par le rapport sénatorial sur l’influence délétère des cabinets de conseil externes. Un contrôle fiscal du cabinet américain a par ailleurs débuté en décembre 2021, précisément au moment où le Sénat commençait son enquête… Analyse.


L’influence du cabinet de conseil américain dans le gouvernement de la France ces dernières années révèle-t-il la vraie nature du macronisme ?

Un spectre hante cette fin de campagne et il s’appelle McKinsey.  McKinsey est ce cabinet de conseil américain qui a fait son entrée médiatique dès janvier 2021 quand on a appris que le gouvernement français avait fait appel à lui pour penser la politique de vaccination contre le virus. On s’était étonné que la France, pays où une haute fonction publique est réputée pour sa compétence, soit incapable de planifier la chose. 

Le logo de la firme américaine

Olivier Marleix (LR) peste contre ces manigances depuis longtemps

McKinsey s’était vu confier trois missions concomitantes qui sentaient déjà bon le jargon managérial : cadrage logistique, cadrage opérationnel, et « benchmarking ». Il fallait bien un peu d’anglais commercial là-dedans, sinon, ça aurait manqué de sérieux. Par benchmarking, entendez simplement la comparaison avec ce que faisaient les autres pays en matière de vaccination, c’est-à-dire un exercice à la portée de n’importe quel stagiaire de l’ENA qui aurait pu lire la presse étrangère pour le compte du ministère de la Santé.

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« Absolument sidérant ! Qu’est-ce que McKinsey vient faire là dedans ? On a un ministère de la Santé, un ministère de l’Intérieur et un ministère de la Défense armés en gestion de crise… pour peu qu’on sache les mobiliser” s’exclamait un député LR, Olivier Marleix, tandis que le communiste Sébastien Jumel moquait « la pensée complexe et lente » d’Emmanuel Macron qui ne pouvait se contenter de l’expertise de la Haute Autorité de la Santé, du Conseil de défense sanitaire et de ce collectif de citoyens tirés au sort, par ailleurs très vite tombé aux oubliettes, tant cette parodie de démocratie citoyenne était ridicule sur une telle question.

Chères prestations

Ce qui était plus dur à savoir, alors, c’est à combien se montait la prestation de ces experts privés de la filiale française de McKinsey domiciliée à Wilmington dans le Delaware, un Etat connu pour être un paradis fiscal « made in USA ». On pense aujourd’hui que cela a coûté, à la louche 13 millions d’euros au contribuable. Et puis, à force de gratter, on s’est aussi aperçu que McKinsey a finalement gouverné la France dans des domaines aussi peu importants que les retraites pour la bagatelle de 920 000 euros, les aides personnalisées au logement (3,9 millions d’euros quand même), l’assurance chômage (327 060 euros), les pensions alimentaires (260 880 euros) et les aides d’adaptation des logements au vieillissement (300 630 euros). Vous vous demandez pourquoi les ministères ou secrétariats d’État dédiés à ces questions (Travail, Affaires Sociales, Famille, etc…) ne pouvaient pas s’en occuper tous seuls ? Mais enfin, ne soyez pas naïfs, peut-on vraiment en macronie, faire confiance à la haute administration, à moins que ceux qui en sont issus, n’aient d’abord, comme le président lui-même, pantouflé dans le privé ?

Aujourd’hui, Macron est bien embêté. Non seulement, McKinsey n’a pas payé un radis aux impôts, mais un certain nombre de ses membres ou ex-membres ont dès 2017 pris sur leur temps libres pour aider le candidat des Marcheurs.

Un exemple caricatural d’optimisation fiscale

C’est tout de même très ennuyeux, cette histoire, et elle énerve un peu le président candidat au firmament des sondages. On a vaincu une pandémie, on occupe la présidence de l’Union Européenne, on est un chef de guerre avisé qui maintient le dialogue avec Poutine tout en soutenant sans faille l’Ukraine agressée et voilà que le Sénat, dans un rapport le 17 mars, met l’affaire sous les projecteurs et parle d’ « un exemple caricatural d’optimisation fiscale. » à propos des prestations du cabinet entre 2011 et 2020.  « Qu’ils aillent au pénal » a répliqué Macron à l’intention de ceux qui le mettaient en cause. Qu’il prenne garde tout de même avec ce genre de rodomontade, car ça peut toujours lui arriver, Sarkozy en sait quelque chose.

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Plus généralement, cette affaire dont on ne sait pas encore l’onde de choc qu’elle pourrait provoquer avant ou après les élections, résume parfaitement un certain état d’esprit qui va au-delà de l’ultra-libéralisme. Le Royaume-Uni de Thatcher ou les Etats-Unis de Reagan avaient au moins leur cohérence : l’Etat était réduit au minimum, mais là où il était compétent, il ne plaisantait pas, et notamment avec les impôts qui permettaient de financer les domaines proprement régaliens comme la sécurité extérieure et intérieure ou les Affaires étrangères.

La France de Macron est celle d’une externalisation généralisée des missions qui pourraient et devraient être assurées par l’Etat lui-même, comme une politique sanitaire en temps de pandémie,  externalisation qui se fait auprès de gens  faisant payer très cher leurs « conseils ». C’est en fait le rêve humide d’une technocratie qui ne pense plus en termes de service public mais de rentabilité, avec cette philosophie implicite que dans le privé, c’est forcément mieux car l’expert dans ce cas-là est motivé par le seul moteur auquel croit le macronisme, l’argent, et non par une certaine idée de la France avec vocation de servir la collectivité qui va avec.

On attend donc, désormais, avec une impatience non dissimulée, que la France crée sa propre milice privée de mercenaires, façon Wagner, histoire de faire la guerre au Mali ou ailleurs de façon enfin libérée des contraintes éthiques ou administratives !


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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