Un jugement en forme de désaveu pour le diocèse de Paris : après plusieurs mois d’enquête de police, les accusations proférées à l’encontre du directeur de Saint-Jean de Passy et de son préfet des terminales ont été classées « sans suite ». Mis à pied et licenciés au pas de charge après d’étranges accusations « d’erreurs managériales », la procédure avait fait grand bruit dans le petit milieu catholique français, tant sur la méthode employée que sur les mystérieux prétextes évoqués. Un malaise désormais d’autant plus lourd que le diocèse avait donné sa « bénédiction » pour cette mise à pied expéditive. Que cache cette affaire ? Qu’est allé faire Monseigneur Aupetit dans cette galère ?


La roche Tarpéienne n’est jamais éloignée du Capitole : dans un article de mars 2020, le Figaro dressait un portrait laudateur du Lycée Saint-Jean de Passy et son directeur, François-Xavier Clément. Il faut dire que l’impressionnante réussite éducative de l’établissement alimentait une renommée qui allait bien au-delà de la capitale. Le journal soulignait alors « l’ADN rigoureux et chrétien » de l’établissement, qui avait fait le choix d’une pédagogie ouvertement catholique, mêlant foi, exigence et accompagnement des élèves en difficulté. Une démarche radicale et iconoclaste, même à l’échelle des établissements privés catholiques.

La direction, populaire auprès des parents d’élèves et de plus en plus reconnue dans la « cathosphère », pouvait désormais même s’enorgueillir de taux de réussite au baccalauréat frôlant les 100%.

Mais un mois plus tard, le chef d’établissement et son « bras droit » recevaient à l’aube la visite d’huissiers, étaient mis à pied puis finalement licenciés au terme d’une procédure « expresse ». Celle-ci avait alors été engagée par le Président du Conseil d’Administration de Saint-Jean de Passy et la Présidente de l’Association des Parents d’élèves, accusant le directeur et son préfet des terminales « d’erreurs managériales ». Des accusations floues à l’encontre d’une direction appréciée des parents et des enfants, mais connue pour ses méthodes exigeantes auprès des élèves comme auprès des équipes éducatives.

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Une chute brutale qui fit grand bruit dans les paroisses parisiennes : l’établissement, prestigieux, accueille de nombreux enfants de grands dirigeants d’entreprises et de hauts fonctionnaires, attirés par la réussite cet enseignement ouvertement catholique. La mise à pied de François-Xavier Clément aurait secoué en profondeur le diocèse de Paris en le privant de nombreux donateurs, furieux de la tournure des événements. Selon le journal le Monde, l’affaire était alors « remontée jusqu’au Saint-Siège ».

Le directeur d’établissement innocenté

Après la saisie du procureur de Paris et des mois d’enquêtes de police, la justice a conclu que les accusations proférées contre les deux responsables de l’établissement, François-Xavier Clément et Jean Ducret, ne reposaient sur rien. D’ailleurs, les deux personnes qui avaient engagé la procédure de licenciement (le Président du Conseil d’Administration de l’établissement et la Présidente de l’APEL) ont depuis démissionné de leurs postes ou ont été révoquées.

L'archevêque de Paris, Mgr Aupetit, célèbrant la messe de Pâques dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, le 12 avril 2020. © Dominique Boutin/SIPA Numéro de reportage : 00955670_000007
L’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, célèbrant la messe de Pâques dans l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, à Paris, le 12 avril 2020. © Dominique Boutin/SIPA Numéro de reportage : 00955670_000007

Un fiasco qui met désormais le diocèse dans l’embarras, car le 12 mai dernier, Mgr Aupetit avait approuvé ce double licenciement, justifiant sa décision par les « graves souffrances générées par les pratiques managériales mises en œuvre au sein de l’établissement ».

Une affaire trouble, qui n’a pas encore révélé toutes ses parts d’ombres : en premier lieu, pourquoi une telle procédure de licenciement a-t-elle été engagée à la hâte, sur la base d’accusations mensongères ? S’agissait-il d’un règlement de comptes personnel ou de rivalités professionnelles ?

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Et comment expliquer la précipitation du diocèse à approuver cette mise à pied, sur la base d’accusations infondées ? Mgr Aupetit a-t-il été mis sous le fait accompli, se contentant de prendre acte de cette procédure pour limiter les dégâts sur les élèves et l’établissement scolaire ? Ou le diocèse a-t-il été partie prenante de cette offensive contre le directeur de Saint-Jean de Passy et de sa trop grande indépendance ?

Une affaire qui entache la crédibilité d’une partie du clergé français : Mgr Antoine de Romanet, archevêque aux armées et nommé par Mgr Michel Aupetit « modérateur » au sein de l’établissement pour calmer les tensions entre les différentes parties et entendre chaque « camp » n’a visiblement pas su, ou n’a pas souhaité, faire toute la lumière sur ce dossier. Alors qu’il se murmure qu’il vise désormais la charge pastorale d’évêque de Versailles, ces derniers éléments de l’enquête pourraient bien discréditer ses ambitions.

Enfin en innocentant définitivement l’ancien directeur de Saint-Jean de Passy, les conclusions de l’enquête de police fragilisent aussi l’autorité de l’archevêque de Paris, déjà critiqué ces derniers mois pour son projet de rénovation « contemporaine » d’une partie de la cathédrale Notre-Dame. Archevêque de Paris depuis 2017, Mgr Aupetit avait réussi l’exploit de s’attirer le respect et l’admiration des différentes franges de l’église, des plus « durs » aux plus progressistes, et même des laïcs. Un succès qui pourrait bien s’émousser dans les prochains mois.

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