La loi Elan, qui sera votée le 12 juin, contient essentiellement des réformes d’inspiration socialiste. Elle laisse les aspirants à la propriété immobilière à leur triste sort.


On parle peu de la loi ELAN (Evolution du logement et aménagement numérique). Son vote est pourtant prévu à l’Assemblée pour le 12 juin. Elle offre un panel de réformes probablement insuffisant pour provoquer le « choc de l’offre » dont a férocement besoin le marché immobilier. Au programme : maintien du stupide encadrement des loyers, simplification des normes d’urbanisme, vente de logements sociaux, plan d’action cœur de villes (222 municipalités concernées), bail « mobilité », transformation de bureaux en logements et développement de la couverture numérique du territoire. Pour les difficultés des primo-accédants, on repassera.

Alors que la situation financière de la classe moyenne stagne, plus personne au gouvernement ne semble se préoccuper de l’accession à la propriété des Français. Les mises en chantier pourraient toutefois être accélérées. Les recours abusifs contre les permis de construire vont être combattus, ce qui est bienvenu.

Comment s’appelle notre ministre du Logement ? Réponse : Jacques Mézard (parti radical de gauche). La communication gouvernementale sur l’accès à la propriété est aussi discrète que ce ministre. Il importe peu qu’il soit populaire ou non. Qu’en est-il de sa politique ? Son secrétaire d’Etat, Julien Denormandie – un des « startupers » de En Marche que Macron lui a mis dans les pattes – a reconnu mercredi sur France 2 que voir le nombre de propriétaires augmenter n’était pas franchement prioritaire : « Il faut qu’il y ait des propriétaires et des locataires ». Avoir plus de propriétaires n’est « pas un objectif en soi ».

Des mesures cosmétiques

La mobilité des salariés semble à tout prix recherchée par la loi ELAN. C’est dans l’air du temps dans notre France remise « en marche ».

Mais les mesures qui composent la loi ELAN apparaissent comme insuffisantes pour augmenter significativement l’offre de logements. Pas grave ! La presse est occupée à s’insurger contre un renoncement de Mézard et Denormandie qu’elle juge scandaleux. Il n’est plus prévu que 100% des logements neufs soient directement accessibles aux handicapés. L’idée initiale étant délirante, le gouvernement est revenu à un raisonnable 10%. Les 90% restants demeureront transformables au besoin. Mais cela fait grand bruit chez tous les défenseurs des handicapés, un rôle toujours valorisant pour nombre de journalistes.

Notre presse a en revanche salué comme une victoire le recul sur l’aménagement du littoral concédé à Nicolas Hulot. Notre front de mer est pourtant moins bétonné que celui de nombre de nos voisins, si l’on exclue la Côte d’Azur. Il le restera donc, quand bien même ces zones sont attractives et dynamiques… et que les logements y manquent pour soutenir l’activité économique !

Quand le bâtiment va…

Le logement est un sujet d’inquiétude grandissant. Il accapare déjà 30% du budget des ménages alors que les salaires stagnent. La situation des jeunes générations entassées en ville est plus préoccupante encore.

Les maisons à 100 000 € de Borloo, plus personne n’en parle. La France aurait besoin d’un véritable « choc de l’offre », seule solution permettant de contenir un tant soit peu les prix de la pierre. Seul Sarkozy avait réussi, pendant l’année 2007, a atteindre 500 000 nouvelles constructions, le seuil annuel dont la France a structurellement besoin. Concédons une vraie amélioration avec la loi ELAN : les permis de construire devraient s’obtenir plus rapidement. Mais cela sera-t-il suffisant pour booster significativement les mises en chantier ?

En matière de logement comme ailleurs, Emmanuel Macron est à l’extrême centre. Mi-libéral, mi-interventionniste, rien de révolutionnaire ! Les rapports qui s’accumulent chez Jacques Mézard ont un vocable socialiste qui masque l’absence de réforme structurelle d’ampleur susceptible de pallier le problème lié à l’offre lacunaire. Le gouvernement, très focalisé sur la politique des HLM, parle par exemple de « justice sociale », de « société de l’inclusion », de « société de confiance » ou de « cohésion des territoires »… L’accession à la propriété semble, elle, reléguée au second plan. Il y a pourtant péril en la demeure, si je puis dire.

https://twitter.com/Min_Territoires/status/1001855471643488256

L’Etat déverse des montagnes d’argent public dans le logement social ou dans le prêt à taux zéro, alors que la Cour des comptes n’a de cesse de pointer l’inefficacité sociale de ces politiques. Mais on continue !

François Fillon voulait, lui, dézinguer la loi SRU et l’encadrement des loyers pour se concentrer sur une France de propriétaires. Perdu : l’affaire Penelope est passée par là.  Emmanuel Macron promet toutefois qu’il n’y aura pas de nouvelles normes contraignantes pendant le mandat. Les quelques simplifications apportées de la loi ELAN seront-elles suffisantes ? Libérer massivement du foncier, « décentraliser » les activités concentrées à Paris, proposer un véritable « choc de simplification » ou rééquilibrer les rapports entre propriétaires et locataires sont des pistes pas assez exploitées. Dommage.

Accès à la propriété : mieux vaut vous lever et emprunter tôt !

Si vous n’avez ni épargne ni héritage, selon les courtiers en crédit immobilier, avec 2000 € net par mois, vous pouvez espérer emprunter 150 000 €… sur 25 ans. Dans l’ancien, avec un tel budget, la capacité d’achat en m2 est ridicule et très disparate. Avec 150 000 €, vous avez par exemple 15 m2 à Paris, 30 m2 à Lyon et à Bordeaux, ou 50 m2 à Marseille. C’est là que s’y trouve l’emploi malheureusement… Réjouissant ! Consolation : les taux d’intérêt sont historiquement bas.

https://twitter.com/CreditLogement/status/1004636349050310657

Le jour où les taux remonteront, la situation pourrait devenir intenable et de nombreux ménages être définitivement exclus de l’achat, sauf retournement du marché.

Toute une partie de la classe moyenne est déjà dans l’incapacité d’accéder à la propriété. Payant un loyer à pure perte, cette génération pourrait se retrouver dans un embarras réel pour ses vieux jours. Déjà que sa retraite n’est déjà pas franchement assurée…

Qu’à cela ne tienne ! Un tout autre sujet – la mise en place du prélèvement à la source début 2019 – va obnubiler l’attention de l’exécutif et des salariés dans les prochains mois. Plutôt que de paniquer sur leur bulletin de paie et le nouveau mode de prélèvement de l’impôt, les ménages feraient pourtant bien de s’inquiéter de la part toujours croissante du budget consacré pour se loger. Sinon il reste une dernière solution, tenter sa chance au Loto de Stéphane Bern !

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