La droite française, c’est-à dire ici les élus des Républicains ou leurs soutiens, éditoriaux ou non, montre à l’envie, déclarations après articles, une incompréhension profonde de la situation présente ou, pire, une volonté de ne pas comprendre – ou de ne pas permettre de comprendre – en évitant avant tout de poser et de se poser les questions qui importent.

Depuis longtemps, la droite n’est plus la droite

Elle se demande par exemple comment des élus affiliés aux Républicains, et non des moindres, sont maintenant ministres d’Emmanuel Macron. Et de s’interroger sur les ambitions personnelles, et de parler de trahison. Mais la vraie question n’est absolument pas là. La vraie question est de savoir comment et pourquoi des gens, issus de la gauche pour certains, arrivistes forcenés pour d’autres – les deux n’étant d’ailleurs pas incompatibles -, n’ayant en tout cas, pour tous, absolument aucun élément d’une culture de droite, ont pu devenir un jour des élus des Républicains. Pourquoi leur a-t-on abandonné volontairement mairies ou circonscriptions ? Comment ont-ils pu faire parti des « happy few » chargés censément de concrétiser les voeux du peuple de droite ? Quelles raisons, ou plutôt quels réseaux, les ont amenés à ces postes ? Et comment éviter de se tromper aussi lourdement une fois prochaine ? Voilà quelles sont les seules vraies questions à se poser sur ce point.

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Deuxième aspect des choses, le prétendu machiavélisme macronien. En invitant des membres des Républicains (on préfèrera cette formule à celle d’élus de droite) à la table du gouvernement, Emmanuel Macron aurait, avec une infinie subtilité, fracturé ce parti, voire la droite. Mais il ne faut pas confondre ici l’effet et la cause. Si Emmanuel Macron a pu attirer ces élus, c’est parce que la fracture au sein du parti (et/ou au sein de la droite) existait déjà, une fracture diagnostiquée depuis bien longtemps par Zemmour ou Buisson, pour ne parler que de ceux-là. Si le machiavélisme est de voir des évidences et d’utiliser les failles béantes de ses rivaux, on conviendra que la stratégie politique est finalement bien simple. Mais on n’a rien voulu voir, persuadé que l’électeur, après quelques coups de gueule, reviendrait finalement voter pour le candidat maison…

Les législatives ne s’annoncent pas mieux que la présidentielle

La troisième question est d’ailleurs de savoir si Les Républicains peuvent limiter les dégâts prévisibles pour les législatives à venir. On aurait tendance à penser que c’est le cas, de manière automatique, grâce au mode de scrutin. En effet, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours par circonscription favorise traditionnellement les « sortants », c’est-à-dire les élus déjà installés dans leur fief – des élus Républicains déjà minoritaires à l’échelle nationale puisque nous avions une majorité de gauche à l’Assemblée nationale. Mais on peut ici relativiser cet effet en se posant d’autres questions.

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Celle, d’abord, d’un autre effet électoral, l’ombre portée de la présidentielle sur les législatives, cet effet d’entraînement qui conduit aux fameuses « vagues ». Or on retrouve, et même chez des électeurs des Républicains – moins chez les élus, mais cela se comprend ! – l’antienne selon laquelle il faudrait donner au président nouvellement élu des chances de mener sa politique.

Car voter Républicains pourquoi pas, mais pour quels candidats ? Ces fameux « sortants », entraînés dans la chute de leur candidat, ont dans leur écrasante majorité appelé à voter Emmanuel Macron entre les deux tours de la présidentielle. Ils passent aux yeux des électeurs, au mieux pour des « losers », au pire pour des traîtres, et cela quand, à droite comme à gauche, on constate une réelle volonté de changer les têtes. Peu motivant.

Le génie macronien n’existe pas

Bien sûr, certaines têtes des Républicains ont changé et de nouveaux se sont présentés. Mais les investitures ont été, en grande partie, accordées après la victoire à la primaire de François Fillon. Alors que l’on pensait à un raz-de-marée de son parti aux législatives… Et puisque les dés étaient jetés, puisque raz-de-marée il devait y avoir, puisqu’on ne courait pas vraiment de risques et qu’un âne pourrait être élu sous l’étiquette des Républicains, on a joyeusement renoué avec la bonne vieille règle du favoritisme, investissant çà et là des candidats désavoués par leur base électorale locale.

Regardons donc les faits. Et concluons que l’état des Républicains ne doit rien à une prétendue stratégie machiavélienne d’Emmanuel Macron. Incapacité à définir un corpus ; ouverture d’un parti dit « de droite » à des personnalités centristes, voire de gauche ; népotisme ; jeux de réseaux plus ou moins occultes ; jeux d’appareils entre des barons ne représentant souvent qu’eux-mêmes ; opposition de plus en plus irréconciliable entre les décisions des élus et les voeux des électeurs. Le président élu n’y est pour rien. Et ce sont autant de questions que ce parti devra bien un jour se poser au lieu de décliner toute responsabilité quant à sa situation actuelle en se prétendant victime d’un tacticien de génie.

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Christophe Boutin
est professeur de droit public à l'université de Caen.Il est l'auteur des "grands discours du XXe siècle" publié chez Flammarion