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Les confessions d’un enfant triste

Photo : Óscar Palmer

Jean-Jacques Sempé a eu l’élégance et la politesse de ne pas nous bassiner avec ses souvenirs d’enfance avant d’avoir atteint un âge fort avancé. De plus, il ne s’est pas laissé aller à écrire avec une plume en bois d’ébène, ayant préféré se raconter par la conversation, en l’occurrence avec Marc Lecarpentier, ancien rédacteur en chef de Télérama. Qu’il en soit remercié.

Sa modestie dût-elle en souffrir, disons d’emblée que, depuis la mort, en 2005, d’un autre grand taiseux, André François, Sempé est aujourd’hui notre seule star internationale dans un art réputé mineur, le dessin d’humour. C’est l’unique franchouillard à avoir été admis dans le panthéon de la sophistication graphique, le magazine The New Yorker, dont il réalisa 144 couvertures en un quart de siècle.[access capability=”lire_inedits”]

Son coming out d’enfant élevé dans la misère par un père adoptif alcoolique et violent et une mère dépressive, il le fait à travers les nombreux dessins d’enfants qui illustrent ce dialogue autobiographique. Raconter une enfance malheureuse (du moins considérée comme telle par ceux à qui furent épargnées les torgnoles à répétition et les humiliations infligées aux pauvres), est un exercice à haut risque. Sempé s’en tire avec les honneurs face à un confesseur (« Télérama un jour, Télérama toujours ! ») pas toujours très malin, quoi que réellement empathique. Ainsi, quand il veut faire le cuistre en évoquant un supposé kantisme de Sempé issu des Prolégomènes à toute métaphysique future, le dessinateur le renvoie à la niche : « Prolégomène, lance-t-il, ferait un excellent prénom de servante fidèle. »

Le contraste entre le texte et les dessins où les enfants sont toujours bien propres sur eux, sauf quand ils sautent dans les flaques, cultivant les arts bourgeois de la musique classique et de la danse avec chaussons et tutu, est saisissant. Tout s’explique. Inutile d’en rajouter. On ne naît pas autodidacte, on le devient. Comme Sempé découvrant Debussy par l’intermédiaire de Ray Ventura, ou ces grands auteurs écoutant des conversations de bistrot à Saint-Germain-des-Prés. Car malheureusement, une enfance malheureuse ne conduit pas forcément au génie.[/access]

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Enfances, Sempé, Marc Lecarpentier (Denoël).

Janvier 2012 . N°43

Article extrait du Magazine Causeur


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