Le glaive, c’est la force. Mais la puissance, elle, tient au Verbe. L’histoire de notre vieille nation en témoigne, elle qui fut bâtie à partir d’une langue imposée d’en haut. En effet, l’usage et l’impact politique d’une langue commune créèrent l’union et donc la densité et l’éclat particuliers d’un pays qui, en quelque sorte, se formula avant les autres, avant ses voisins européens, profitant par là d’une suprématie longtemps incontestée. Avec la langue, tout circule : une sensibilité, un rapport au monde, des mythes communs, une civilité singulière; c’est elle qui confère à un peuple une morphologie cohérente.
Les totalitarismes du siècle précédent, rouge ou brun, tentèrent de reformater leurs peuples pour en faire des robots en armes. Les tyrans se prétendirent « haut-parleurs » de leurs peuples et, encore, une fois, tout se passa d’abord dans la langue. L’idéologie modela des langues fascinantes, simplistes et brutales et, frappant à coups de slogans, celles-ci divulguèrent des mythes en toc et propagèrent des mœurs de fer. Aussi efficaces que superficiels, ces jargons se dissipèrent aussitôt les tyrans abattus. Heureusement, il est achevé ce temps où les langues unificatrices créaient moins de la densité que de la masse brute, où la propagande était un fouet sur le dos des peuples abrutis, où la puissance de l’État venait d’un esprit possédé prêt, si nécessaire, à suicider sa société.
Cependant, où en sommes-nous, aujourd’hui, en France, au début du XXIe siècle ? Peut-être au point opposé à celui que rallièrent ces tyrannies mortes, ces jacobinismes dégénérés (ou accomplis). C’est-à-dire au délitement total du verbe commun. Bienvenue à Babel !

*Photo : april-mo.

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