Image : Webstern Socialiste.

La réduction de l’offre politique aux sobriétés de la rigueur est-elle fatale ? On laissera l’avenir répondre. En attendant, celle-ci eut une place de choix au menu de l’Université d’été des socialistes. Rigueur généreuse pour madame Aubry qui ne veut pas laisser ce créneau à monsieur Hollande qui lui accole l’épithète « responsable ». Madame Royal évite le mot « rigueur », pas plus qu’elle ne veut entendre parler de « sang et de larmes ». Plus audacieux, monsieur Montebourg refuse de verser dans « les idées de l’adversaire », certain qu’« on ne battra pas le sarkozysme en promettant la rigueur à ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre ». Il convoque même « les soldats de l’an II en guenilles à Valmy » pour soutenir la comparaison avec ses « volontaires », embarqués en un effet de manche dans la grande lignée de « ceux qui font l’histoire ».

Plus modestement, les socialistes écrivent une nouvelle page de leur histoire interne. Les « primaires citoyennes » qui se dérouleront les 9 et 16 octobre ont tout d’une révolution culturelle. Le parti dominant de la gauche est-il sur le point de s’effacer en se plaçant sous la tutelle d’une fraction de l’électorat que les prévisions les plus optimistes évaluent à 10% ?

« 10%, ça fait quatre millions d’électeurs, autant dire un bordel sans nom dans les conditions actuelles de préparation. La grande inconnue, ce sera leur bon déroulement », nous confie-t-on dans un sourire crispé. « Le PS n’existe plus » tranche avec un brin de provocation un responsable sceptique adversaire de ce que certains n’hésitent pas à qualifier de Star Academy. De plus, la méthode en interroge beaucoup. Dès 2009, la « rénovation » fut présentée comme le grand bond en avant d’un Parti s’arrachant par ce subterfuge « révolutionnaire » à un passé émaillé de défaites plus ou moins cuisantes à l’élection présidentielle. L’ombre des archaïsmes pesant sur un appareil à bout de souffle s’éloignait ainsi sous le jour nouveau de la « modernisation » démocratique menée au pas de charge par le tambour-major Martine Aubry. Mais ne nous y trompons pas. A vouloir prendre à rebours le sens des institutions de la Ve République en établissant un projet avant d’avoir un candidat, le Parti Socialiste fait preuve d’une totale absurdité formelle. « Si chacun s’en tient au projet, les primaires n’ont aucun sens. Ils vont se distinguer comment ? En faisant un concours Lépine, avec des idées sortant de nulle part mais devant coller au projet quoiqu’il arrive ? Soyons sérieux », nous confie un responsable désabusé.

Sans préjuger de la qualité ni de la cordialité des échanges qui vont animer la galaxie socialiste ces quarante prochains jours, les lendemains inquiètent déjà. « Intrinsèquement, les primaires affaiblissent la légitimité de Solférino. Le vainqueur aura dans les pattes une équipe réunissant des partisans de tous les candidats, et ça risque de tirer de tous les côtés. Sans parler de l’articulation entre cette armée mexicaine et le Parti qui va être très, très compliquée. On entre dans une zone grise ».

Mais le temps des inquiétudes passera. Les images et les déclarations parfois intempestives de la « Rochelle de la lumière, utile, indispensable », savamment entretenues par la course à l’échalote des rédactions et des candidats, ne doivent pas faire oublier que dans chaque camp une majorité garde la tête froide. Trois défaites successives dont une humiliation en 2002, mine de rien, ça échaude. Les tensions sont certes réelles et même palpables dans l’univers courtois et très codifié de la traditionnelle rentrée socialiste, mais pas si excessives qu’on puisse qualifier les primaires de « guerre des 40 jours » (JDD). Le congrès de Reims et les doutes amères sur la régularité de l’élection de Martine Aubry au premier secrétariat sont désormais derrière les socialistes.

Le rassemblement autour du vainqueur « se fera quoiqu’il arrive ». C’est dans le fond l’impression générale qui se dégage de ce week-end. Tant mieux ! La qualité de l’affrontement démocratique en 2012 dépendra largement des socialistes, de leur capacité à se rassembler eux-mêmes puis avec l’ensemble de la gauche autour d’un programme de synthèse cohérent. Europe, nucléaire, protectionnisme, engagements militaires extérieurs… Les sujets de discorde ne manqueront pas d’alimenter un débat musclé, d’un côté avec le Front de Gauche et son robuste candidat sur les questions économiques et sociales, de l’autre avec Europe Écologie- Les Verts sur la question du nucléaire civil. Dans ces deux rassemblements, personne ne cache d’ailleurs qu’une candidature de François Hollande arrangerait les affaires de tout le monde. Très pragmatique sur le nucléaire, le sujet de clivage principal est déjà tout trouvé avec EELV. Son image supposée « droitière » n’est pas non plus pour déplaire au FDG qui y voit l’occasion de se tailler un espace plus large.

Quand un militant l’interroge, façon taquine, sur cette perception dans l’opinion, le favori des sondages ne se fait pas prier pour nuancer le scénario. « Je ne suis pas fou, je connais la gauche. Je ferai une campagne de premier tour », sous-entendu à gauche. Ces paroles se logèrent au creux de mon oreille, alors que je me trouvais par hasard près du député de Corrèze. Au bénéfice du doute, je les crois sincères. Quel que soit le vainqueur d’octobre, il lui restera à donner du contenu à son « rêve français » (Hollande) ou à son « offensive de civilisation » (Aubry) pour éviter à la campagne socialiste d’être aussi calamiteuse que celle de 2007.

Si ce n’est la gauche, au moins le pays le mérite.

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