J’ai demandé à Shlomo Ben Ami, ancien ministre israélien des Affaires étrangères, ce qu’il pensait de la répression en Syrie…

Il m’a répondu en citant un écrivain et prêtre anglais, William Ralph, qui disait : « Un homme peut se construire un trône avec des baïonnettes, mais il ne peut pas s’asseoir dessus.» Il a ajouté : « En Syrie, la dynastie Assad est convaincue qu’elle est en mesure de faire mentir ce dicton.»

Pour l’instant, la Syrie est encore épargnée des interventions étrangères par les boucliers chinois et russes, ce qui laisse toute latitude à Assad de poursuivre impitoyablement ses objectifs contre ses opposants. Ben Ami est persuadé que la Russie tout comme la Chine sont lasses de la naïveté de l’Occident. La manière dont il insiste sur cette naïveté compassionnelle me convainc. Il n’y a pas d’autres choix immédiats dans le monde arabe, insiste-t-il, qu’entre une stabilité perverse et un désordre apocalyptique. Transformer le régime Baas de la Syrie en une démocratie est pratiquement impossible. Mais la perspective d’une guerre ethnique de type djihadiste qui s’étendrait sur tout le Levant n’est pas non plus particulièrement attrayante.

À cela s’ajoute que de plus en plus de terroristes sunnites liés à Al-Qaida, privés de leurs bases irakiennes et afghanes par les interventions occidentales, affluent en Syrie, ce qui pourrait laminer le pouvoir autoritaire d’Assad et conduire à une guerre civile sanglante. Stabilité perverse ou désordre apocalyptique ? À moins de me convertir à l’islam sunnite, je serais bien en peine de choisir.

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