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Rencontre avec la chanteuse Jil Caplan, qui publie "Le Feu aux joues" (Robert Laffont)

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Jil Caplan © Guillaume Poli

Jil Caplan nous plonge dans ses souvenirs. Avec son livre Le feu aux joues, la star de la pop française révèle un univers personnel baigné de littérature et de musique, de Zola à la Beat Generation en passant par Céline et Jean Ferrat. 


« Il n’y a pas de hasards, il n’y a que des rendez-vous », écrivait Paul Éluard. Je ne sais pas si cela est un hasard si Jil Caplan m’a donné rendez-vous dans un café de la place de la Réunion, au fin fond du 20e arrondissement – ce bout du Paris populaire d’antan où elle a passé son enfance – mais ce quartier est propice à l’évocation nostalgique d’une époque engloutie : les années 1970-80. La chanteuse, qui a été l’une des représentantes, avec Lio, de ce que l’on a appelé la pop française, vient de sortir un livre : Le feu aux joues, aux éditions Robert Laffont.

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Pas exactement une autobiographie

Il s’agit de souvenirs musicaux et sensoriels, de son enfance et de son adolescence, ainsi que de son apprentissage de jeune fille jusqu’à devenir chanteuse, presque par hasard. Et pourtant, ce n’est pas une autobiographie. On lui a d’abord demandé de raconter les albums de sa vie, mais « je ne suis pas critique musicale, et cela a été fait cent fois »,me dit-elle. Mais de fil en aiguille, en évoquant Pink Floyd, les Beach Boys et même Jean Ferrat, Valentine Guillen-Viale, dite Jil Caplan, a fini par raconter la môme du 20e qu’elle a été, à l’étroit dans la petite maison d’ouvrier qu’elle habitait avec ses parents, aimants et modestes. « Mon père était imprimeur, il y avait des livres à la maison, un peu de tout, alors je les ai dévorés ». Car le premier amour de Jil-Valentine est la littérature, de Émile Zola à Henry Miller, ce dernier lui ayant d’ailleurs donné, jeune adolescente, le feu aux joues. Nous évoquons pèle mêle la Beat Generation et Céline qui lui mettent des étoiles dans les yeux. On ne m’a jamais aussi bien parlé de Céline : « Tu sais que la bande à Kerouac avait fait le voyage jusqu’à Meudon ? » Nous nous sommes tutoyées d’emblée car nous sommes de la même génération, celle qui a vécu sur les braises encore chaudes du rock’n’roll, ses derniers feux. C’est aussi cela que raconte Jil dans son récit.

Notre Rickie Lee Jones rien qu’à nous

J’ai découvert également un véritable écrivain, Jil a l’obsession du mot juste : « J’ai passé mon temps à réécrire, à gratter jusqu’à l’os, on sait que l’on a terminé lorsqu’on ne peut plus rien enlever ». Sa façon de décrire l’Angleterre, pays qu’elle a fait sien dès son premier voyage linguistique, est remarquablement subtile, tel un peintre, elle en brosse les couleurs : « En Angleterre, tout est plus coloré. Même les supermarchés Woolwoths sont plus gais que nos Prisunic, mieux éclairés, avec des produits aux emballages rose vif, vert vif, rose vif (…) La couleur, c’est l’Angleterre. »

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A-t-elle retenu les leçons du producteur Jay Alansky, qui l’a révélée à elle-même en lui écrivant des chansons sur-mesure, tout en clair-obscur ?

Jil Caplan a su en tout cas trouver sa place, celle d’une chanteuse folk à l’héritage à la fois français et anglosaxon.

D’ailleurs, elle a pour projet de faire des lectures musicales, comme le faisaient les poètes beatniks. La petite Poulbot des rues du 20e arrondissement est devenue notre Rickie Lee Jones.

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est enseignante.

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