Vous souvenez-vous du prix Goncourt en 1988 ? Non ? Ne vous inquiétez pas, le lauréat non plus. Il s’appelle Jérôme Vatrigan, et le 6 février 2014, alors qu’il se confie à un enregistreur japonais des années 1980 marchant avec des cassettes TDK qui font un bruit oublié de l’homme d’aujourd’hui, il est uniquement occupé à raconter sa chute, une chute qu’il a sans doute obscurément souhaitée toute sa vie, un peu comme les personnages des romans hussards qu’il a beaucoup aimés. Lui vous dirait qu’il est « anarchiste de droite », ou peut-être qu’il ne vous dirait plus rien. À 50 ans, réfugié en plein hiver dans un petit hôtel du Cap-Ferret, il n’est plus un personnage de Nimier ou de Déon mais plutôt de Simenon. Il n’est pas certain qu’il ait aimé Simenon, Jérôme Vatrigan. Lui, son affaire, c’était plutôt Proust. Au point, une fois devenu éditeur, d’avoir retrouvé miraculeusement, un peu trop miraculeusement, un inédit de l’auteur de la Recherche, Les Après-midi d’Auteuil.