Ne pleure pas, Jean-François!


J’ai été bouleversé par la mort de Jacques Chirac.

Disons-le carrément : j’y suis même allé de ma petite larme à l’œil. Comme tous les Français.

J’en veux pour preuve ces témoignages poignants qui montent des tréfonds du pays. Citons-en quelques-uns, glanés au hasard des journaux télé :

M Henri S., éleveur de veaux à Issoire (63500) : « Je suis dévasté. 90% de ma production de veaux partait à l’Elysée. Qu’allons-nous devenir, nous les petits éleveurs français de veaux ? Serons-nous sacrifiés sur l’autel du l’ultralibéralisme, comme les fabricants  de panneaux solaires et de slips? »

Mme Helène C., cultivatrice de houblon à Krautergersheim (67880) : « Que va-t-on devenir, nous les petits cultivateurs de houblon français ? Sera-t-on immolés au profit de la Corona chinoise ? » 

Mohamed K, éleveur de ravigotes1 dans les Landes : « Que vais-je faire de mon troupeau de ravigotes? C’est surement pas les petits jeunots (et jeunottes) proprets (et proprettes) de LREM, qui n’ont jamais vu une maman ravigote allaiter avec amour son petit ravigotin et qui bouffent des steaks d’insectes vegan arrosé de tisane au Quinoa qui vont nous aider ! »

Que restera-t-il de Jacques Chirac ? Il est trop tôt pour dresser son bilan politique, mais il restera au moins une chose: la tête de veau.

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J’en entends qui ricanent ? Ce serait un peu léger pour quelqu’un qui a dirigé la 4eme (puis 5eme, et maintenant 6eme) puissance mondiale ?

Examinons la chose avec la sérénité qui sied à l’évènement. Que reste-t-il du Général de Gaulle? L’appel du 18 juin? La belle affaire, le 19, c’était fini. Pompidou? La tour Montparnasse qui donne des envies de meurtre tous les passants. Giscard? L’entrée de la Grèce dans l’Europe.

Mitterrand? Les écoutes téléphoniques. Sarkozy? « Les paradis fiscaux, c’est terminé ». Hollande? Laissez moi deux heures, je vais trouver. Macron ? Les trottinettes.2

Je vous le demande: Y-a-t-il plus beau leg que de laisser à ses concitoyens le souvenir d’un plaisir? Buccal, qui plus est?

Je ne voudrais pas terminer cet hommage sans raconter une émouvante anecdote personnelle qui m’est arrivée hier soir.

En hommage au Grand Jacques, je me rends dans mon restaurant préféré, le Mesturet (77 rue de Richelieu, Paris 2eme, ouvert H24, 7/7) dont la spécialité est la tête de veau. Avec une voix vibrante d’émotion contenue, j’en commande une. Le patron, les yeux rougis par l’émotion, me glisse à l’oreille: « Vous avez de la chance, c’est la dernière. »

Je le regarde, interdit, n’osant comprendre, ou plutôt comprenant trop bien : « Vous voulez dire la dernière de la journée ou la dernière de votre vie? » Il lève les yeux au ciel, les lèvres tremblantes, dans une prière muette.

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Quand la tête de veau me fut servie, je ne me précipitai pas dessus avec gourmandise, comme à l’accoutumée. Je la regardais tendrement et dit à la jeune top model qui m’accompagnait : « j’aimerais rester seul. »

Elle comprit. Elle me déposa un léger baiser avec la langue et quitta la table avec pudeur.

Sa langue. Immédiatement je regardai celle du petit veau dans mon assiette. Ses yeux langoureux et ses longs cils. La pomme à l’eau et les morceaux de câpres dans la sauce ravigote.

Ce soir, je ne touchai pas mon assiette.

Ce matin, j’apprends que mon ami a décidé de mettre la clé sous la porte et de vendre son fond de commerce à une chaine de sushis.

Voilà ce que le Grand Jacques laisse à la France.

PS : Bonne nouvelle! Je viens d’apprendre que mon ami avait changé d’avis il y a une heure et décidé de continuer à se battre pour les bons produits français en hommage au Grand Jacques.

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