HU Jie est le prodigieux cinéaste indépendant chinois qui a produit et réalisé – seul – une trentaine de documentaires sur la famine du grand-bond-en-avant et les massacres de la révolution culturelle. Mais il est également un graveur original et puissant. Bertrand Renaudineau et Gérard da Silva lui consacrent un film projeté lundi 16 décembre à Paris.


HU vit et travaille à Nankin, en Chine. Lors d’une brève escale en France, en 2019, Bertrand Renaudineau lui a demandé de commenter ses estampes, sa démarche d’artiste, et d’en résumer le contexte :

– du second meurtre de la révo. cul., en août 1966, celui de la directrice du lycée de filles le plus célèbre de Pékin, par ses lycéennes (dont celle qui sera récompensée en enfilant le brassard de la garde rouge au coude de Mao ZeDong sur la tribune de la Porte de la paix céleste, TianAnMen),- jusqu’au martyre de Lin Zhao, après des années de tortures, abattue dans la prison de ShangHai (pour célébrer le 1er mai 1968), où elle écrivit des milliers de lignes avec son sang et une épingle à cheveux, sur des lambeaux de tissu, pour dénoncer la grande famine qui fit 35 millions de morts, HU Jie est le sobre et patriote chroniqueur des innombrables crimes et massacres de masse, désormais réprouvés en Chine, mais que l’Occident a trop vite oubliés après les avoir encensés.

Pourtant, les petites tueuses madamemaoistes, quarante années après sa mise à mort, ont fait leur autocritique en s’inclinant devant le buste de la proviseure assassinée. Et Lin Zhao a été réhabilitée en 1980 par le tribunal de ShangHai.

Le grand-bond-en-avant, et la révo.cul., sont désormais critiqués et condamnés en Chine, mais subsistent en Occident des relents des louanges qu’avaient chantés les intellectuels et les journaux français.

Le film de Bertrand Renaudineau et Gérard da Silva donne, pour la première fois, à HU Jie l’occasion d’expliquer qu’il fut graveur avant même de devenir cinéaste ; comment, dès 2004, il a libéré l’âme de la jeune martyre Lin Zhao — suscitant ainsi, par ses estampes et ses films, les biographies récemment publiées à travers le monde.

Dans ce 52 minutes, La Chine rouge, en noir & blanc, sous la gouge de Hu Jie, sous les  rouleaux des presses, en noir et blanc sur le papier des gravures, ce sont les flots de sang rouge – vite noircis – des Chinois et de leur Histoire récente qui s’écoulent et sèchent.

Hu est un maître de la gravure sur bois, dans la lignée expressionniste renouvelée de Kathe Kollwitz — que LuXun fit connaître en Chine.

C’est aussi un maître de l’invention d’images, qui restitue, par ses gravures, dont celle réalisée à Paris pour ce film, et du dessin préparatoire au tirage, des moments parmi les plus terrifiants des crimes organisés contre le peuple chinois — qu’il convient – pour les comprendre – de ressortir des poubelles de l’Histoire.

nankin

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