Faire suer le burn-out?

Faire suer le burn-out?

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Il arrive au citoyen juriste d’être asphyxié par l’air du temps. D’étouffer sous la bêtise ambiante. D’être surtout effrayé par un système judiciaire lui-même intoxiqué par une pensée unique capable de broyer les individus. Le citoyen juriste qui signe cet article n’est pas le plus mal placé pour affirmer, par exemple, que la pénalisation de l’infraction de harcèlement au travail a entraîné une inflation de plaintes judiciaires de nature à paralyser des tribunaux correctionnels déjà largement inertes. Avant cette pénalisation, qui a ravi les syndicats, le comportement incriminé – dont il n’est pas question de nier l’existence – était sanctionné par la justice prud’homale, et c’était très bien ainsi.

La création du délit pénal de harcèlement est d’autant plus malvenue que sa définition est évanescente, vague, floue, cotonneuse et que la preuve du comportement dénoncé en est d’autant plus difficile à apporter. Ajoutez à cela que la CGT, dont on connaît l’esprit de tempérance, en a fait un cheval de bataille publicitaire et un fonds de commerce financier, et vous comprendrez pourquoi une foultitude de procédures lourdes et inquiétantes encombrent les chambres correctionnelles.

Parmi celles-ci et à côté d’affaires sérieuses, on trouve des dossiers montés de toutes pièces par des petits malins, syndicalistes ou non, qui n’hésitent pas à alléguer des tentatives de suicide imaginaires ou des arrêts de travail à répétition pour cause de dépression, avalisés et cautionnés par des médecins ou des inspecteurs du travail militants ou naïfs.[access capability=”lire_inedits”]

Dans ce cadre chicanier, et à côté des roublards, on trouve également des malheureux de bonne foi qu’on a réussi à persuader de leur détresse et, plus encore, de la responsabilité du patron dans celle-ci. Car rien n’est plus facile, dans notre système psycho-médiatisé à outrance, boulimique de stéréotypes, que de convaincre quelqu’un de faible qu’il est victime de la méchanceté du salaud de service.

Pour illustrer notre propos d’un seul exemple entre mille, nous pourrions citer cette cliente, responsable d’une école supérieure privée du nord de la France, dont la vie fut gâchée durant des années pour s’être vu reprocher le suicide d’une subordonnée dans lequel elle n’était strictement pour rien. Garde à vue musclée, campagne médiatique des journaux bien-pensants et des télés suivistes, matraquage cégétiste. Relaxe devant le tribunal correctionnel. Appel à la demande du parquet et de la partie civile qui s’en remit publiquement à l’intervention de Mme Taubira. Nouvelle relaxe devant la cour d’appel. Retournement du journal régional, bien à gauche, autrefois prévenu contre elle. La crucifiée ressuscitée deux fois croyait son chemin de calvaire achevé. Coupable naïveté : un an plus tard, France Culture, ignorant avec superbe les décisions judiciaires définitivement intervenues, refaisait le match comme si de rien n’était. Mais cette fois, une seule équipe sur le terrain : interview complaisante et larmoyante des accusateurs. Pas un mot pour la relaxée, pas même avertie du procès radiophonique diligenté par contumace. Affaire en cours…

C’est donc dans ce contexte idéologique, médiatique et victimaire particulier que, dans un domaine très voisin, Benoît Hamon aura tenté de faire porter le chapeau financier du « burn out » à des entreprises françaises au bord de la dépression. Quand un mot n’a pas de traduction véritable dans sa langue vernaculaire, c’est que sa signification n’est rien moins que claire. Personne ne connaît l’origine du big bang, idem pour celle de « l’épuisement professionnel », dont le mystérieux syndrome touche d’ailleurs davantage les dirigeants que les employés. Qu’importe à M. Hamon, celui-ci a voulu en faire une maladie professionnelle rien que pour faire bisquer les patrons et jouir sans entrave les syndicats marxisants… Sauf que cette maladie psychique multiforme et pluricausale n’est pas professionnelle, ou pas exclusivement professionnelle. Fort heureusement, et malgré son désir de ne pas désespérer la gauche de la gauche, le sage M. Rebsamen est resté droit.

Mais c’est encore une fois dans le domaine sexuel que les harceleurs harassants du harcèlement donnent toute la mesure de leur démesure.

Pour illustrer son propos plaisamment, et dans la rubrique « mieux vaut en rire », le citoyen juriste propose une promenade guidée à l’intérieur du « plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun » présenté le 9 juillet dernier par une Mme la secrétaire d’État Pascale Boistard, qui mériterait d’être mieux connue.

Mais, avant cette visite récréative, arrêtons-nous à la lettre de saisine de ce rapport. Adressée le 16 juillet par la précitée et Mme Touraine à la présidence du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, elle vise exclusivement « le harcèlement sexiste auquel les femmes doivent faire face dans l’espace public ». Il se trouve qu’une étude dans le métro new-yorkais datée de 2014 tend à démontrer que 25 % des victimes de harcèlement sont de sexe masculin (« Stop Street Harassment », Wikipédia). Sauf à penser qu’il s’agit d’une spécificité américaine, les hommes sont également des harcelés, ce chiffre rejoignant au demeurant les statistiques françaises en matière de violence conjugale, ce qui déplaît souverainement à des associations féministes bien en cour, comme « Osez le féminisme ! », qui a participé aux travaux du flamboyant rapport.

Il est donc assez cocasse, mais significatif, hélas, que l’impasse totale sur la douleur masculine soit faite précisément sous l’égide du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes…

Pourtant, un quart, pour ne pas être tout, c’est loin de n’être rien…

Mais trêve de ruminations, parcourons un texte qui se propose de signaler au parquet pénal, au minimum pour un rappel à la loi, les comportements déviants suivants commis donc exclusivement par des hommes :

– Le « sifflement » : première cause d’embarras juridique. Il enchante les oreilles de Sophie de Menthon, mais exaspère celles de Sophia Aram. Quelle oreille écouter ? Et surtout quel siffleur ? Entre le gentil peintre italien juché sur son échelle qui sifflote d’admiration bienveillante au passage d’une élégante et le sifflet narquois et agressif de deux cailleras frustrées, allez ensuite souffler tout ça dans le cornet acoustique d’un procureur sourd à la subtile nuance.

– Les « commentaires sur le physique ou la tenue vestimentaire ». Voilà qui rappellera à d’aucuns la fameuse pétition signée et publiée par certaines journalistes politiques dans Libération se plaignant du comportement des hommes politiques, en ce compris leurs compliments, à laquelle le citoyen juriste avait fait un sort dans Le Figaro. Le même, dans le même journal, avait confessé piteusement s’être laissé aller, mais il y a prescription, à trousser par beau temps un compliment gratuit à l’une pour une face avenante, à l’autre pour une jupe seyante. Pour tenter d’obtenir l’indulgence publique, le repentant assurait n’avoir jamais espéré recevoir le moindre retour sur un investissement verbal purement désintéressé. Sinon peut-être un sourire. Pour en revenir à la fameuse pétition journalistique, le citoyen juriste avait notamment fait remarquer, non sans gêne pour son immodestie, qu’il avait pu lui arriver de recevoir quelques compliments d’une journaliste pour sa mise ou sa coupe de cheveux et qu’il y avait survécu vertueusement. Il faisait également observer que dans le rapport de force entre une journaliste et un politicien, essentiel pour apprécier le harcèlement putatif, il était loin d’être acquis que le second l’emporte sur la première.

– La « présence envahissante » (jambes écartées). Le citoyen juriste mais perplexe, dans son obligation de conseil précautionneuse, recommande en conséquence à tout usager de sexe mâle du métropolitain de conserver les genoux strictement serrés l’un contre l’autre. En revanche, et dans le silence du texte ministériel, il en déduit que le comportement d’un individu de sexe féminin qui écarterait les jambes ne serait pas constitutif d’un harcèlement répréhensible.

– Le « regard insistant ». Dans le même esprit citoyen, il est recommandé aux mêmes usagers porteurs de chromosomes hétérogamétiques XY (ou s’identifiant librement et socialement à ceux-ci) de regarder fixement leurs genoux serrés afin d’éviter toute dénonciation, fût-elle injustifiée, au représentant du parquet compétent. Les porteuses de chromosomes XX n’étant pas concernées.

– L’« invitation insistante ». Dans un souci, peut-être excessif, de libéralité, le rapport dont il s’agit distingue ladite invitation prohibée d’avec « la drague » qui, selon lui, aurait un aspect consensuel. Toutefois, et toujours au nom du principe de précaution, le citoyen juriste recommande plutôt pour toute prise de contact pouvant déboucher sur un contact l’usage du réseau internet. Il a pu en effet arriver que l’initiative d’un dragueur ne fasse pas consensus.

D’aucuns, lecteurs ou causeurs, pourraient objecter que des unions heureuses et prolifiques se sont nouées dans le métro parisien. Ce point n’est pas contesté. Il s’agit cependant d’un temps révolu. C’était avant que des gens très intelligents et très gentils se préoccupent de nous rendre égaux et heureux.[/access]

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Septembre 2015 #27

Article extrait du Magazine Causeur


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